Hello tout le monde !
Déjà ; bonne année ! Je vous fait cadeau de ce chapitre, il arrive looongtemps après le précédent, je sais, je devrais poster plus régulièrement, maaaais j'ai eu le NaNo qui m'a occupée pendant tout le mois de novembre (comprenez que j'ai écrit QUE ça, et pas une seule fanfic), et j'avais d'autres projets sur le feu. Mais enfin, ça doit faire... Un peu plus de deux semaines que je bosse comme une malade sur ce chapitre, et voici. J'espère que vous avez faim, parce qu'il est LONG, et suite aux demandes que j'ai eu, il s'y passe pas mal de choses ! Bon, ça bougera encore plus d'ici le prochain ou celui d'après, hein, mais c'est déjà ça.
Sinon, Assassin's Creed Black Flag - qui est juste génial au passage, je soutiens que Mary Read est ma reine - m'a grave inspirée pour ce chapitre, aussi je vous conseille en fond sonore :
- In This World Or The One Below
- Pyrates Beware (à la 6ème partie please parce que ça fait épiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiique)
- I'll Be With You
le tout composé par Brian Tyler et directement tiré du jeu. Et vouala. Je vous aime tous. Bonne lecture ! C:
Genre : Romance/Adventure
Rating : T
Pairings : Gruvia, Gerza en arrière-plan.
Disclaimer : Les personnages de Fairy Tail appartiennent à Hiro Mashima. L'univers est de moi. Bonne lecture !
Chapitre IV
— Approach —
Tap, tap, tap.
Chaque coup résonnait jusque dans son esprit, qu'elle maintenait focalisé sur le chant émis par la lame chauffée à blanc lorsqu'elle était frappée par le marteau sur l'enclume. Erza avait toujours trouvé quelque chose de fascinant aux armes et à la manière dont elles étaient façonnées ; de manière si délicate, alors que les matériaux et les gestes utilisés étaient si bruts...
Les étincelles jaillissaient comme de nulle part pour venir danser dans ses yeux aux contours de bronze, paillettes dorées dans les cendres crépitantes de son regard embrasé. Parfois, une vague de chaleur y faisait naître quelques larmes salées, qu'elle chassait d'un geste agacé de la main pour être sûre de ne rien rater ; alors, un regard calme et amusé posé sur elle, le grand homme à ses côtés riait pour lui-même en guettant la réaction de sa protégée, un sourire venant déformer la cicatrice qui barrait grossièrement son œil gauche.
Parce qu'Erza avait toujours eu un trop plein d'amour dans le regard, parce que la passion avec laquelle elle regardait le brasier l'avait touché ? Il ne savait pas et ne le lui avait pas dit ; elle ne l'avait jamais sût et ne le saura sans doute jamais.
Ce jour là, Erza avait alors haussé un sourcil interrogateur vers le soldat, lorsque le grand homme à la peau mate contrastant avec son armure d'or avait gentiment posé l'une de ses grandes mains sur le sommet de sa tête, ses doigts venant se perdre dans ses cheveux à la teinte flamboyante ; les démonstrations d'affection du commandant s'étaient faites de moins en moins rares, ces jours-ci.
Était-ce parce qu'il savait qu'il devra bientôt quitter le pays pour soutenir les troupes de la flotte royale ? Il ne le lui avait jamais dit ; il n'en avait pas eu besoin.
« Ne t'en fais pas, Erza. avait-il alors déclaré, de cette façon solennelle si propre à sa nature de soldat fier et loyal, avec un ton de promesse qui n'avait fait qu'attiser le brasier de son regard, sa voix grave et vibrante résonnant contre les parois de son cœur rêveur. Toi aussi un jour, tu reviendras ici... Et ce sera pour tes armes à toi, cette fois. », avait-t-il ajouté avec un sourire aux allures affectueuses, presque paternelles pour l'orpheline qu'elle était.
Erza n'avait rien dit ce jour-là ; le sourire qu'elle offrit au commandant Lily avait amplement suffit.
Et dans ses yeux brillants et passionnés, les étincelles avaient continué de virevolter, comme pour célébrer la naissance de la lame de feu dont elle jaillissaient à intervalle régulier. Les coups continuaient de résonner, ses yeux continuaient de brûler ; et Lily souriait toujours, guettant ses réactions du coin de l'œil avec une attention particulière et amusée.
Les étincelles de son regard n'avaient pas cessé de brûler ; elles n'avaient jamais cessé de brûler.
Erza se souvenait d'autres étincelles, toutes aussi chaudes ; et pourtant, ce jour là, les larmes n'avaient pas arrêté de couler le long de son visage pâle, déjà trop grave pour son âge. Parfois, de l'autre côté du brasier entouré de soldats, son regard en croisait un autre, qu'elle voyait sans vraiment le voir ; il y avait toujours eu trop d'amour dans ses yeux, trop de passion – brûlée, envolée.
Un peu comme le brasier de flammes entre lesquelles reposait celui qui lui avait tout appris, avant qu'on ne lui ramène un corps froid et sans vie. Sa main qu'elle avait eut l'habitude de sentir sur sa tête avait perdu sa douceur, sa chaleur ; et même son sourire lui avait parut un peu moins chaud, un peu moins doux lorsqu'elle l'avait vu, lors d'un des matins de son treizième printemps, trop gris sans son sourire, trop silencieux sans sa voix vibrante de la passion et la sagesse des combats, sans la façon dont il prononçait avec un peu d'amour des « Erza ! » à tout va.
Lily lui était revenu ; mort pour sa patrie, abattu par une balle tirée en plein cœur. Erza avait toujours sût que sa fin devrait se finir comme ça, l'épée dans une main et l'autre fièrement posée sur son cœur ; mais jamais elle n'aurait imaginé que ce serait arrivé si vite.
C'était arrivé trop vite.
Il y avait eu ce regard, de l'autre côté des flammes ; sombre, presque noir, dans lequel se reflétaient les mêmes flammes, les même étincelles de souvenirs et de rêves, qui l'épiait silencieusement comme pour essayer de percer son armure à la recherche des restes de son cœur innocent. Elle ne l'avait croisé qu'une fois ainsi, respectueux, trop plein de compassion, un peu inquiet et anxieux ; et lorsqu'elle se sentait tomber, la main qui tenait la sienne serrait un peu plus fort ses doigts pour lui insuffler du courage, et, déjà plus grand qu'elle de presque une tête, Gérard restait silencieux et regardait les flammes emporter les restes de celui qui avait été son mentor et ami – de celui qui lui avait sauvé la vie – en la gardant silencieusement près de lui. Il avait toujours été là, après tout...
Mais lui, là-bas, vêtu d'une pauvre chemise rapiécée qu'il avait hérité de celle dont il avait tout appris, il n'avait pas cessé de chercher la flamme passionnée dans son regard, quitte à la provoquer ensuite pour la rallumer, quitte à rester là et à la regarder ; et elle avait finit par le remarquer, alors qu'un Gérard silencieux cachait ses larmes dans ses cheveux, alors que son cœur mutilé et pétri de douleur cherchait un sens à ça, à ce gigantesque monde et ces gens qu'elle ne comprenait pas.
Pourquoi est-ce que Grey l'avait fixée elle en particulier, pourquoi comme ça ? Pourquoi être entré dans sa vie à un tel moment, pourquoi en être sorti aussi brusquement ?
Silencieusement, Erza fit glisser les couvertures et s'assit au bord du lit, fixant pensivement la douce lueur émise par une bougie encore allumée, semblable à celle qui brûlait actuellement dans les chambres de ses camarades ; ils dormaient par petits groupe dans plusieurs chambres par mesure de sécurité, et Natsu avait toujours détesté s'endormir dans le noir. Malgré la lueur pâle qu'offrait naturellement les éclats d'une lune pleine, chacun avait d'un commun et silencieux accord décidé d'opter pour cette solution – et sûrement que ça lui allait bien, au fond, puisqu'il semblait s'être rapidement endormi.
La rousse soupira en ramenant une mèche devant son épaule, qu'elle commença machinalement à tresser ; derrière elle, la respiration profonde de son second ralentit jusqu'à être momentanément inaudible. Erza ferma les yeux, presque frustrée ; il s'était réveillé.
Quelques secondes passèrent, silencieuses, d'un silence lourd de secrets et de non-dits – parce qu'il n'y avait pas besoin de le dire, parce qu'il avait déjà compris.
Elle l'entendit se lever pour se diriger vers son lit et eut un minuscule sourire ; quelques secondes plus tard, encore assoupi, le jeune homme au tatouage énigmatique vint s'asseoir à ses côtés et fixa l'immensité du ciel étoilé sans rien ajouter. Le contact de leurs épaules qui se touchaient suffit à la détendre suffisamment pour qu'elle s'autorise un soupir et un sourire un peu plus prononcé ; parfois, elle se disait que jamais elle ne sera assez reconnaissante envers la vie pour lui avoir permit de croiser le chemin de Lily.
Et de tout ce qui avait suivi ; dans la chaleur que Gérard dégageait, dans la douceur qu'il lui apportait – et dans la lame brillante mais émoussée qu'elle tenait dans ses mains sans bouger.
Son second eut un sourire contre sa peau et se pencha vers elle, alors qu'elle la faisait tourner entre ses doigts fins pour admirer les rayons lunaires qui s'y reflétaient ; même après tant d'années, elle arrivait à la trouver aussi maladroite que magnifique par la passion qu'elle dégageait.
« Tu l'as gardée. », fit-il simplement, pas vraiment dans une question, plutôt comme une constatation, avant de sourire avec un semblant de nostalgie en y voyant une myriade de souvenirs.
Erza ne répondit pas ; quelques secondes plus tard, elle reposa la courte épée à plat sur ses cuisses et laissa échapper un soupir.
« Je la garde toujours sur moi, confia-t-elle avec un sourire songeur, une lueur lointaine dans le regard. Grey a toujours dit qu'à défaut de trancher, elle pourrait servir de porte-bonheur, alors... »
Sa voix s'affaissa en un murmure qui se perdit dans le silence ; respectueux et conscient des pensées qui la torturaient, l'ex-marin de la marine royale embrassa tendrement la peau découverte par la manche de son épaule et attendit que son regard ne s'accroche au sien.
Et, toujours dans le regard d'Erza brillaient des étincelles, les cendres encore brûlantes d'un amour sincère ; mais pas celles du feu qui avait forgé l'épée, celles du brasier qui avait emporté les cendres de courage de celui qui lui avait tout enseigné.
Bordé de quelques larmes, perles plus froides et salées que la Mer elle-même, dans son regard se reflétait encore la douleur liée au navire qu'elle avait silencieusement regardé partir en fumée, alors que s'étiolaient avec lui les mémoires d'un de ses plus précieux amis – de la seule personne qui l'ait jamais compris.
Gérard ferma les yeux, parcourant silencieusement et aveuglément les contours de son visage du bout des doigts ; il essuya une larme ou deux, parfois, s'attarda sur la courbure de tristesse de ses lèvres, souvent, y posa doucement les siennes, enfin.
Et la garda près de lui pour la soutenir, effaça son chagrin pour qu'elle redevienne belle et forte le lendemain ; parce qu'elle en avait besoin, parce qu'il était là pour ça.
« On trouvera quelque chose, promit-il à mi-voix, ses yeux verts toujours clos sur les souvenirs qu'ils essayaient tous les deux d'enfermer. On trouvera forcément une explication à ça... »
Erza ne dit rien ; son front doucement posé contre le sien, elle acquiesça dans un murmure à peine audible et resta ainsi de longues minutes, avant de se détacher presque à contre-cœur pour ranger avec soin la lame dans un étui qu'elle gardera sur elle le lendemain. Un peu rassuré, Gérard la suivit du regard et attendit qu'elle ne vienne de nouveau s'asseoir pour lui sourire avec douceur dans une tentative de la rassurer ; sourire pour la soutenir et l'empêcher de tomber.
« On trouvera. Je te promets qu'on trouvera. », répéta-t-il à mi-voix, ses yeux doux ancrés dans les siens.
Et il lui offrit un sourire tendre, encore, encore un peu ; alors, toujours brulants et passionnés, ses yeux brillèrent – brulèrent – un peu plus d'un espoir renouvelé lorsqu'elle le lui rendit.
Ils feront tout ce qu'il faudra.
Elle dormait encore.
Muré dans un silence pensif et assis sur ses talons devant un feu qu'il venait d'allumer pour faire cuire deux poissons soigneusement embrochés, Grey la regardait avec curiosité, lorsque les crépitements de la chair rosée ne retenaient pas son attention. Ils avaient un peu parlé, la veille ; à vrai dire, son manque de vocabulaire restait encore une barrière importante pour qu'ils parviennent parfaitement à se comprendre, mais ils avaient déjà trouvé de quoi poser une base de confiance – et de survie, surtout. Juvia savait qu'elle devait courir lorsqu'il lui demandait, se taire, se coucher au sol, se cacher ou rester prêt de lui lorsqu'il lui en donnait l'ordre. Ça n'avait pas été facile d'ailleurs ; mais alors qu'il la regardait marmonner dans son sommeil, le pirate se surprit à sourire en pensant qu'il avait tout de même plutôt bien travaillé.
Juvia. C'était un drôle de prénom ça, Juvia ; il l'aimait bien. Exotique, quelque part, original – mais ne l'était-elle pas au fond, étrangère et particulière, différente ? Il savait même pas d'où elle venait, où elle avait appris à parler, ce qu'elle était ; et à vrai dire, pour le moment, son estomac qui grondait famine suffisait à occuper ses pensées.
Le soleil avait déjà entamé sa course dans le ciel, éclairant progressivement la plage de sable blanc. La lueur violacée d'un ciel d'aube se reflétant encore dans la mer où se levait un soleil aux teintes roses-orangées, une brise fraîche faisait doucement rouler les grains de sable en des kilomètres de dunes aux pentes douces, entre lesquelles il avait parfois la chance d'apercevoir un crustacé plonger dans le sable pour s'y cacher. Grey retourna encore une fois les poissons qu'il avait embroché sur un bâton au dessus du feu et les retira après un dernier grésillement ; la surface écailleuse, grillée à souhait et comme il avait apprit à le faire ruisselait de graisse. Son estomac grogna encore ; ça risquait d'être un peu fade, mais il s'en contentera bien. Il avait tellement faim qu'il se sentait prêt en avaler n'importe quoi.
Elle dormait encore, Juvia ; et il sourit en pensant au fait qu'elle semblait avoir le sommeil très lourd, comme il avait pût le remarquer lors de la nuit passée, alors qu'il s'était étendu sur le sable à à peine quelques mètres d'elle, sa dague gardée par prudence à proximité. Elle bougeait peu, parlait, parfois, dans un murmure qu'il avait cherché à comprendre sans y parvenir ; sous la lune, la nature si particulière de sa peau brillait encore plus, et sa peau était si claire qu'elle lui faisait penser à la nuance satinée d'une perle. C'était assez poétique comme description et ça lui ressemblait pas vraiment, au fond ; mais c'est bel et bien comme ça que Grey voyait les choses.
L'écho des vagues s'écrasant contre le sable se faisait de plus en plus fort ; le niveau de la mer montait. Tout en faisant pensivement miroiter la lueur d'un soleil levant dans la lame de son poignard, Grey regardait la mer se soulever pour faire monter le niveau de l'eau, engloutissant de légères dunes de sable pour n'en laisser qu'une trainée d'écume. Elle montait ; et il pouvait presque la ressentir, se rappeler des ondulations qu'il avait pût sentir contre la coque du navire dans lequel il avait passé une grande partie de sa vie.
Une vague en particulier s'écrasa avec violence contre le sable ; calme, il n'en fit rien et esquissa un sourire alors que les traits de la créature frémissaient, son regard gris en rencontrant bientôt un autre, sombre et encore recouvert d'un voile de sommeil.
Juvia cligna des yeux pendant quelques secondes encore, étendue sur le flanc gauche. Prudent, le pirate cacha la lame de la vue de l'autre rescapée et la fixa en silence, guettant sa réaction ; il ne serait pas impossible qu'elle ait momentanément oublié qu'ils soient passés du stade de simples étrangers à celui d'alliés, après tout. Lui-même était encore trop déboussolé pour assimiler les choses de façon immédiate ; et le pirate finit par se dire qu'il allait falloir qu'il s'habitue à ce silence et à ce regard, pas tout à fait noir, pas tout à fait bleu, aux profondeurs insondables et aussi sombre et froid que le fond des mers du nord – parce que c'était bien parti pour durer un bon bout de temps et qu'il savait déjà qu'il la laissera pas mourir, au fond.
Juvia bailla et prit appui sur ses mains pour se redresser et s'asseoir sur le sable, frottant ses yeux ensommeillés ; amusé, Grey eut un sourire et fit tourner la broche comme si de rien n'était en voyant qu'elle s'était mise à le fixer avec encore plus d'intensité, soudainement bien plus éveillé infiniment curieuse.
« ... Grey. »
Et il souriait.
Le pirate leva les yeux et effleura son regard du sien un moment, la regardant le détailler sans gêne ou réserve apparente. Les sourcils froncés, la créature bailla et baissa les yeux vers ce qu'il s'occupait de faire cuire, l'air particulièrement intéressée ; alors elle avait également besoin de se nourrir.
« Salut, Juvia, fit-il enfin après un discret soupir, guettant les signes qu'elle laissait paraître sur les traits de son visage pour observer si elle avait comprit ou non ce qu'il lui disait. T'as faim ?
— ... Faim. »
Le pirate se mordilla la lèvre pour empêcher un soupir déçu de s'en échapper et se massa machinalement la nuque en regardant ailleurs ; l'air peu fière d'elle, Juvia baissa les yeux et se rapprocha timidement de lui, s'asseyant de l'autre côté des braises qu'elle fixait avec une fascination mal dissimulée. Est-ce qu'elle comprenait, ou bien est-ce que son attention ne se limitait qu'aux flammes ? Avec un sourire qu'il voulu avenant, le pirate haussa des épaules et lui tendit la broche ; Juvia sembla comprendre, étant donné l'intérêt nouveau qu'elle porta soudainement à la nourriture fumante.
« C'est pour toi, fit-il simplement en s'emparant d'une deuxième broche posée sur une pierre à ses côtés. Tu… Tu devrais manger tant que c'est chaud. », ajouta-t-il avec un regard appuyé, ignorant les grognements incessants de son estomac vide.
Elle ne dit rien et accepta sans broncher ; et à vrai dire, en la regardant manger de façon plus instinctive qu'autre chose du coin de l'œil, il se dit qu'il était peut-être un peu bête au fond, qu'il était clair qu'elle était pas comme lui et que peut-être qu'elle comprenait rien à ce qu'il lui disait, qu'il faisait ça pour se rassurer, parce qu'au fond peut-être que-
« … Merci. »
Elle l'avait articulé avec une application toute particulière, les yeux rivés sur lui comme pour voir si elle avait bien agi. Un sourire étira doucement les lèvres du brun ; l'air de comprendre qu'elle avait bien fait ou tout du moins de façon à le satisfaire, la créature sourit à son tour en se débrouillant comme elle le pouvait avec le poisson fumant, qu'elle mangea sans rechigner et avec appétit sous son regard amusé.
« De rien, Juvia. »
Il ne la vit pas rougir ; son esprit était déjà à des lieues d'ici, concentré sur ce qu'ils allaient devoir faire et l'éventuelle exploration qu'il avait prévu d'entamer à travers la forêt tropicale qu'il s'était souvent surpris à fixer, s'interrogeant sur les possibles questions ou réponses qu'ils allaient y trouver. Quelques minutes plus tard et après quelques conversations maladroites, Grey avait enfilé une chemise qu'il avait dégoté la veille et aidé Juvia à faire de même ; elle avait d'abord hésité en regardant les vêtements qu'il lui tendait sans tout à fait la regarder – il restait un homme et elle quelque chose qui ressemblait pas mal à une femme, qui plus est belle et complètement nue, tout de même – mais s'était habillée d'elle-même en le regardant faire. Il l'avait simplement aider à trouver comment enfiler les manches ; pour le reste, Juvia n'avait pas rechigné lorsqu'il lui avait tendu quelque chose qui pouvait plus ou moins faire affaire de jupon et même compris assez vite ce qu'elle devait en faire. Elle comprenait vite la plupart des choses qu'il lui disait, d'ailleurs.
La brûlure qui barrait le dos du pirate s'était faite étrangement peu douloureuse comparé à ce à quoi il s'était attendu, et muni du strict nécessaire, ils s'étaient aventurés vers les hauteurs avant que le soleil n'ai atteint celui d'un milieu de matinée. Et peut-être qu'ils n'allaient rien découvrir pour aujourd'hui, peut-être que leurs efforts seront vains et que le cœur du pirate n'en sera que plus bafoué au retour ; mais Grey n'abandonnera pas.
Parce qu'il comptait bien trouver quelque chose pour sortir d'ici ; quelque chose qui pourrait lui expliquer tous ces événements, Juvia, et surtout pourquoi il était ici.
« Et qu'est-ce que vous faites dehors aussi tôt vous deux, hein ? »
Coincés. Natsu se retint de soupirer et guetta la réaction de son amie du coin de l'œil ; vêtue du même déguisement de gens du voyage que la veille, Cana sentit sa lèvre tressaillir dans un tic nerveux avant d'esquisser un sourire, attrapant le bras de son compagnon de la façon la plus naturelle possible. Ce dernier se tendit sur le coup, surpris ; la brune l'ignora et papillonna du regard en direction du soldat qui venait de les interpeller.
Un homme de condition modeste, dans la fleur de l'âge. À l'apparence autoritaire, probablement moins qu'il ne le montrait si on savait discerner les tics anxieux qui le trahissaient ; un ventre légèrement redondant derrière son uniforme bleu marine, affichant une broche d'or à l'effigie d'une fleur près du cœur. Il sembla se détendre à la vue du sourire de la jeune femme et de celui – quoiqu'un peu crispé – de Natsu, et ce dernier se retint d'ailleurs d'ajouter quoi que ce soit quant à la poitrine de Cana exagérément pressée contre son bras en détaillant le soldat. Armé, ouais ; mais rien de bien dangereux pour des combattants comme eux.
« On s'promenait vers les quais, m'sieur, répondit enfin la brune avec un dialecte qui fit sourire Natsu de façon plus naturelle, alors que ce dernier se souvenait soudainement qu'elle avait eu tendance à parler comme ça lors de ses premiers mois en tant que pirate et que ça les avait bien amusés, Grey et lui. Vous comprenez, c'est plus tranquille quand y'a moins d'monde, et puis avec un gaillard comme ça, une fille comme moi devrait pas craindre grand chose... », ajouta-t-elle en tapotant le bras musclé de son compagnon.
Le pirate se retint de justesse de lever les yeux au ciel et posa un regard étrangement calme vers leur interlocuteur ; il était visiblement détaché de la patrouille à laquelle il faisait partie et était donc seul et isolé de ses comparses, probablement suffisamment loin d'eux pour que ceux-ci ne puissent entendre les échos d'un éventuel affrontement. Ils auraient pu s'en débarrasser facilement, l'assommer – le tuer – et le cacher, le dissimuler, l'oublier, continuer.
Et pourtant, ils étaient là à jouer une putain de comédie ; parce que Cana semblait avoir décidé de ne pas le tuer.
L'homme renifla et lissa machinalement sa moustache en les examinant d'un œil attentif ; et lui, putain, et lui il voulait juste continuer, juste courir et chercher n'importe quoi qui pourrait les aider à comprendre ce qui était arrivé à Grey, et pourquoi ils étaient là sans lui, et pourquoi il était quelque part sans-
La main de Cana se posa sur la sienne, silencieuse ; il s'était mis à trembler sans s'en rendre compte et fixait désormais le visage de la jeune femme avec un mélange d'incompréhension et de culpabilité.
Le soupir que laissa échapper le soldat en faisant un quart de tour en arrière le ramena brusquement à la réalité ; elle serrait plus fort. Sans un mot, il se dégagea avec douceur et lui jeta un coup d'œil pour lui faire comprendre que ça allait.
Ça allait.
« Hm. C'est bon, allez-y, finit-il par grommeler avec un demi-sourire. Mais faites attention quand même, hein. On sait jamais.
— Merci. On sera prudents. », répondit Natsu avec un sourire forcé, appuyé par Cana qui l'imita avec un peu plus de conviction.
Le soldat s'éloigna, ses pas résonnant contre les murs des grandes maisonnées séparées par les ruelles étroites dans lesquelles ils vagabondaient depuis que le soleil s'était levé. Un chat au pelage noir et aux yeux dorés passa sous leur nez pour se réfugier au pied d'un arbre, une brise leur apporta l'odeur des quais et des marchandises fraîchement débarquées.
Et le silence revint alors qu'ils reprenaient leur quête, Natsu avançant en tête avec une vitesse redoublée et Cana le suivant en silence, tout en couvant son ami d'un regard inquiet.
« Ça sert à rien de marcher plus vite, tu sais, fit-elle remarquer au bout de quelques minutes, le forçant par là-même à ralentir pour l'écouter.
— On gagne du temps, répliqua-t-il en retour avant de se remettre à avancer. Erza nous a chargé de chercher de ce côté de la ville. Si on l'explore pas entièrement, on trouvera rien.
— Tout ce que t'y gagnes, c'est de te faire remarquer, continua Cana en accélérant la cadence de ses pas pour arriver à sa hauteur. Ce gars là était peut-être facile, rien dit qu'on se fera pas chopper la prochaine fois qu'on-
— Alors tu veux qu'on fasse quoi, hein ?! »
Les yeux lilas de la brune se plissèrent, alors qu'elle fixait le visage resplendissant de colère du pirate qui s'était brusquement arrêté pour prendre la parole. Aux alentours, personne ; pas un chat, pas un oiseau, pas un soldat.
Personne. Juste de hauts murs de briques brunes, quelques fenêtres closes, les branches d'un arbre verdoyant, des affiches de recherche placardées un peu partout, des relents d'odeur d'encre parvenant sans aucun doute d'une imprimerie à proximité, celle des poissons provenant des quais.
Et les questions auxquelles ils essayaient désespérément de trouver une réponse.
Natsu inspira profondément et sembla enfin remarquer qu'il avait élevé la voix suffisamment haut pour être suspect, s'étant encore laissé emporter. Après un soupir, le pirate se força à détendre ses muscles et ré-ajusta le manteau large et miteux qu'Erza avait ajusté sur ses épaules avant qu'il ne quitte l'auberge, accompagnant le chapeau censé masquer la couleur un poil trop atypique de ses cheveux. Cana estima qu'il s'était enfin calmé que lorsqu'il se remit à marcher, plus naturellement cette fois-ci ; c'était son instabilité qui en devenait prévisible.
« Désolé, finit-il par souffler alors qu'ils arrivaient sur la place des quais. Je... Je voulais pas...
— C'est rien. J'comprends. »
Le jeune homme tenta de sourire à son amie pour la remercier ; cette dernière se contenta d'attraper son bras en laissant ses yeux épouser les courbes matinales du paysage.
« Tu dors mal, en ce moment, ajouta-t-elle à voix basse, alors qu'ils passaient près d'un étalage d'épices fraîchement importées. T'as parlé dans ton sommeil, cette nuit.
— Ah. Désolé. », s'excusa le garçon en baissant les yeux, pas tellement surpris par ce que la brune venait de lui annoncer.
Cana secoua négativement la tête en se dirigeant vers les marchandises suivantes, toutes plus colorées ou atypiques les unes que les autres. Natsu la suivit sans rien dire en cherchant du regard tout ce qui pourrait leur être utile ; n'importe quoi, une carte, une breloque bizarre, un voyageur...
« C'est rien. De toute façon, Loki arrivait pas à dormir non plus. On a passé une bonne partie de la nuit à parler, avoua-t-elle encore plus bas, les yeux baissés. Et tu sais, pour ce que j'avais dit hier, je-
— C'est pas grave, la rassura le pirate à son tour, tout en scrutant machinalement les alentours. Erza m'a expliqué que tu faisais juste ça pour pas te faire du mal.
— ... Mais j'ai mal, Natsu. »
Une lueur douloureuse passa dans le regard terne du jeune homme, tandis que ce dernier la fixait dans un soupir. Cana se mordilla la lèvre et soutint son regard encore quelques secondes avant de se diriger vers d'autres cargaisons, aussi silencieuse et feutrée qu'une ombre ; et au fond, même si leurs douleurs respectueuses leur semblaient incroyables, celles qu'ils partageaient tous l'était au final tout autant.
« Et toi aussi, t'as mal, souffla la brune au bout de quelques secondes, le vent faisant onduler les bordures de crochet de sa longue jupe dissimulant un poignard contre sa cuisse, tandis qu'ils s'écartaient tout deux du chemin pour laisser passer une carriole marchande. Et tu sais, je pense que tant qu'on saura pas ce qui a tué Grey...
— Où est Grey, la corrigea le garçon d'une voix sèche, parcourant les lieux du regard. Tant que j'aurai pas de preuve, je refuse d'admettre que cet enfoiré est mort, ajouta-t-il ensuite plus posément avant de la laisser continuer.
— Hm, ouais, où est Grey... Bah, tu vois, avec Loki, on pense que tant qu'on le sait pas... Ça partira pas. Tu comprends ? C'est pour ça que j'ai accepté de venir vous aider à chercher ce qui pourrait... Natsu ? », fit soudain la brune en arquant un sourcil à la vue de son compagnon, qui avait sensiblement ralenti sa démarche pour jeter un regard en biais vers l'arrière.
Intriguée, Cana plissa des yeux pour lui faire part de son incrédulité ; sans un mot, le pirate fit mine de ré-ajuster son manteau et s'approcha pour l'attirer contre lui, leurs pas prenant une cadence plus lente entre les étalages qui se faisaient de plus en plus nombreux.
« Je crois qu'on nous suit, l'informa enfin Natsu avec un nouveau regard sur les côtés – et elle comprenait mieux pourquoi il avait insisté à ce qu'elle attrape son bras, parce qu'elle doutait d'avoir réussi à garder une démarche naturelle s'il ne l'avait pas forcée à en faire autant. Viens.
— T'as vu quelqu'un ? Comment tu peux en être sûr ?
— Je crois, j'ai dit. J'suis pas sûr, la corrigea de nouveau le pirate avant de bifurquer à droite, de façon à ce qu'on ne puisse plus les voir de là où ils venaient. Bon, on va se séparer au cas où, fit-il ensuite en cherchant son regard, tout en chargeant un pistolet qu'il garda dans sa manche. T'es armée ?
— Euh... Oui, mais, Natsu, peut-être que c'est juste une-
— On se retrouve sur les quais d'ici une heure. Si tu me vois pas ou que t'y es pas... On rejoint Erza à la cathédrale, d'accord ? »
La brune eut à peine le temps d'acquiescer ; quelques secondes à peine plus tard, alors qu'elle était encore accroupie, le jeune homme s'était élancé à travers la légère brume pour se soustraire à sa vue, lui arrachant un soupir ennuyé. Maintenant qu'elle y pensait, c'est vrai qu'à part avec Grey qui était pratiquement aussi impulsif que lui au combat, le travail d'équipe n'avait jamais été son fort...
Cana soupira longuement et se releva en replaçant machinalement les quelques boucles brunes de ses cheveux qui s'étaient échappées du bandeau qu'elle portait, un sourire étirant lentement ses lèvres ; quoi qu'il arrive, Natsu restera Natsu, hein ?
« Je te jure que si on te retrouve vivant, t'as intérêt à payer ta tournée, Grey... »
Et alors que ces paroles se perdaient au vent, le soleil continuait de se lever sur Crocus, illuminant les places fleuries et grandissant les ombres furtives et insaisissables rôdant dans les ruelles sombres de la capitale, aux pieds desquels ondulaient les vagues bordées d'une écume de cristal.
Gérard n'avait jamais douté de la capacité de persuasion dont pouvait être dotée une femme.
Lorsqu'il se rappelait de sa mère, la première chose qui lui venait à l'esprit était la douceur de son sourire, lorsqu'elle parvenait à capter son attention et à lui faire faire ce qu'elle voulait sans même hausser la voix. Il se souvenait aussi des tavernières, et de cette façon dont seul leur regard parvenait à dissuader les plus grands de se battre entre eux dans leur commerce. Les mères expatriées et la force silencieuse qui brillait dans tout ce qu'elles faisaient, prêtes à défendre leurs enfants envers et contre tout et ce avec n'importe quoi ; et puis Erza, aussi.
Erza dont seul le regard parvenait à lui faire comprendre ce qu'il devait ou ne pas faire, quels étaient les mots qu'il fallait dire pour encourager les hommes et comment gagner leur confiance. Erza, encore ; parce qu'il n'y avait que quand elle le regardait lui et qu'elle regardait ses hommes en silence qu'ils se sentaient capable de fendre les marées, d'abattre une armée entière d'une même épée. Et Erza, encore, parce que c'était Erza, tout simplement ; Erza au sourire aussi doux que celui de la mère, Erza au regard aussi dur que les femmes de taverne, Erza aussi farouche qu'une mère isolée – une guerrière dans l'âme, dans le cœur et dans presque tout ce qu'elle faisait. Erza qui incarnait tous les pouvoirs, aussi, au fond ; Erza la forte, Erza la douce, Erza l'espoir.
Et c'est bien parce qu'il n'en avait jamais douté qu'il savait à quel point les lèvres peintes d'un vermeil éclatant de cette femme là pouvaient être venimeuses, dangereuses. En la regardant en user sans vergogne envers les soldats qui croisaient son regard ou simplement lorsque les regards se faisaient trop insistants envers l'homme qui la suivait et son étrange tatouage, il garda un silence prudent mais ne la lâcha pas des yeux.
Il la connaissait bien, après tout.
La belle asiatique aux longs cheveux de jais jouait de ses charmes et faisait tourner la tête de tous ceux qui la voyaient, attiraient les regards admiratifs des petites filles, ceux respectueux et envieux des adultes ; lui, silencieux, il se contentait de dissimuler son visage au mieux à l'aide de son chapeau et suivait sans rien dire, avançant à travers les allées ensoleillées vers des quartiers aux bâtiments de plus en plus grands et soignés. Il se dit vaguement qu'elle semblait être un peu de trop, elle, avec ses parures de satin si finement décorées ; chaque pli de dentelle était un secret de plus, les abysses de son regard un puits de mystères jamais résolus – et elle le savait, et il savait qu'elle le savait, simplement.
À sa manière et bien que radicalement opposée à Erza, Ultear était capable de représenter toutes formes de pouvoir.
L'odeur du bétail et celle des différentes échoppes s'étaient faites lointaines, de même que la rumeur omniprésente des soldats exécutant leur patrouille ou encore celle des habitants. Gérard ne pût s'empêcher de soupirer de soulagement lorsqu'ils quittèrent une ruelle plus étroite qu'avait soudainement emprunté son accompagnatrice, débouchant sur une gigantesque place ensoleillée dont même la couleur des pavés semblait plus claire que celle de ceux qu'il y avait en ville. Des soldats armés restaient fixés à chaque entrée de bâtiment ; bien qu'un peu nerveux, le pirate en déduisit qu'il s'agissait de lieux de pouvoir ou de résidences habitant des gens tout aussi importants.
« As-tu reconnu la place où nous nous trouvons ? »
Le jeune homme détacha son regard de sa contemplation et se tourna vers la jeune femme, dont le sourire qui étirait ses lèvres pourpres lui était destiné.
Il ne lui rendit pas, pourtant, fixant durement son regard avant de répondre ; il la connaissait suffisamment bien pour comprendre que son sourire n'était pas que sincérité, qu'il ne s'agissait que du masque qu'elle avait appris à constamment porter. Bien qu'en apparence détendue, Ultear restait sur ses gardes et le sondait de ses grands yeux sombres ; belle et dangereuses avec ses sourires et rayonnante sous le soleil qui faisait briller sa peau de satin, elle le mettait à l'épreuve, faisait appel aux souvenirs qu'il avait enterré, testait sa détermination et mesurait sa volonté.
Il ne lui en voulait pas, cependant ; elle était bien celle avec qui il avait passé une partie de sa vie, après tout.
« Non, pas vraiment, fit-il simplement en haussant des épaules, détaillant les bâtisses aux murs blancs en protégeant ses yeux du soleil grâce aux bords larges de son chapeau à plumes. Je devrais ?
— Ici, c'est la cathédrale, fit-elle en désignant un bâtiment à l'architecture en effet particulièrement soignée d'un geste élégant de la main. Nous jouions ici, autrefois, lorsque le commandant Lily tenait à participer aux cérémonies. Tu te souviens ? »
Elle souriait toujours ; Gérard se contenta de poser un regard mélancolique sur l'arrière de la cathédrale en question. Maintenant qu'il y repensait, il se souvenait des heures passées à essayer de cerner chaque courbure, chaque visage sculpté, chaque rainure de chaque brique qu'il pouvait distinguer lorsqu'il devait attendre ici ; et malgré le temps passé, cette impression de grandeur qui l'assaillit en observant les anges emprisonnés à jamais dans la pierre ne l'avait pas quitté.
« Et celui-là ?
— Le parlement. Lily y allait souvent, répondit Gérard en fronçant des sourcils, comme pour se rappeler de toutes ces fois où la silhouette massive de son mentor avait passé les gigantesques portes cirées. Et là... La bibliothèque ? »
Ultear ne répondit pas ; tout de fois, le sourire qui bordait ses lèvres s'était fait plus doux, plus sincère.
« C'est ça. C'est ici que nous nous rendons. »
Le quartier-maître du Fairy Tail admira un moment la bâtisse, remerciant silencieusement Lily de lui avoir appris à lire lorsque le soldat l'avait pris sous sa manche.
« Je suis heureuse de te revoir, Gérard, ajouta-t-elle en appuyant sa déclaration d'un regard tendre, avant de se remettre à avancer comme si de rien n'était. Allons-y, fit-elle ensuite en se dirigeant vers une autre bâtisse aux gigantesques baies vitrées et dont l'arche d'entrée était bordée d'une mince lignée dorée. Ce que tu cherches doit être là-bas. »
Le pirate lui emboîta le pas sans rien dire ; juste avec un sourire. Parce qu'Ultear était forte, elle aussi ; maligne, belle et insaisissable, voilée de mystères et au regard pourtant si resplendissant de vérité, lorsqu'elle se laissait voir jusqu'au fond du cœur comme il l'avait fait. Et parce qu'Ultear était l'enfance et les souvenirs, parce qu'Ultear était la sœur, il était tout aussi certain qu'elle fera tout ce qui était en son pouvoir pour l'aider ; même s'il fallait qu'elle soit restée dame de la cour et que lui soit devenu pirate, même s'il était parti sans rien dire des années plus tôt pour revenir sans prévenir.
« Merci du fond du cœur, Ultear. Je te revaudrai ça, promit alors le jeune homme tandis qu'ils traversaient la place resplendissante de soleil et de souvenirs.
— Ne t'en fais pas pour ça. », répondit-elle en souriant – avec un autre de ses sourires cette fois, encore, avec un sourire amusé et confiant, différent.
Et il ne pût s'empêcher de le lui rendre lorsque les billes de néant de son regard se plantèrent dans le sien pour assurer sur le même ton :
« J'y compte bien, Gérard. J'y compte bien... »
« Juvia ? Ça va ? »
Les yeux sombres de la jeune femme s'encrèrent aussitôt dans les siens.
Ça lui faisait toujours bizarre, à Grey, quand il la regardait dans les yeux ; parce qu'ils n'étaient ni noirs ni vraiment bleus, parce qu'ils avaient une profondeur que les autres regards qui avaient croisé le sien jusque là n'avaient pas et que les yeux de Juvia avaient toujours ce quelque chose en plus, cette souffrance omniprésente attachée à la peur qu'elle cachait derrière tous ces pétales d'innocence.
Et ça lui faisait bizarre, à lui.
Ils avaient marché toute la matinée et cherchaient à présent un endroit frais où attendre que le soleil de plomb accompagnant les alentours de midi ne s'étiole doucement dans le ciel pour qu'ils puissent continuer l'expédition qu'ils menaient. Grey avait vite remarqué que Juvia présentait des difficultés à marcher, du moins sur une longue durée ; les pauses s'étaient donc faites nombreuses et elle s'était à chaque fois arrêtée près d'un point d'eau, le remerciant toujours du regard avant de lui affirmer qu'ils pouvaient continuer. Il ne lui avait pas proposé de la porter, ceci-dit ; après tout, elle n'était qu'une potentielle alliée depuis la veille et il craignait qu'elle n'ait des doutes quant à ses attentions s'il se montrait trop tactile ou avenant. Ça ne le gênait pas vraiment, ceci-dit ; il n'aimait pas spécialement les contacts physique de par sa nature solitaire et garder une certaine distance était donc facile pour lui.
La jungle était dense et gigantesque, plus épaisse que la plupart de celles qu'il avait déjà visité ; mais les sentiers étaient nombreux et bordaient la plupart du temps les nombreux points d'eau, qui s'enchaînaient tantôt en un étang provenant d'une cascade, tantôt en une rivière claire attirant les animaux du coin. Une main placée en visière au dessus de ses yeux pour regarder Grey à contre jour et l'autre maintenant une branche de palmier à l'écart, Juvia attendait simplement qu'il ne prenne la parole. Attentif au moindre signe – un tressaillement dans les jambes qui pouvait montrer une faiblesse musculaire, un teint trop pâle ou au contraire trop coloré l'aidant à déterminer ce dont elle avait besoin et à quelle fréquence d'urgence, il la fixait, attendait aussi. Elle ne se portait pas si mal que ça, visiblement ; néanmoins, ça faisait déjà plus d'une demi-heure qu'ils marchaient vers le sommet de cette île sans faire de pause et la chaleur commençait à se faire sentir.
Grey soupira, essuya la sueur plaquée contre la peau de son front et répéta avec patience :
« Est-ce que ça va ? Tu veux qu'on s'arrête ? Je sais pas trop où on va, alors...
— Juvia ne veut pas s'arrêter, le coupa la jeune femme en secouant la tête. Juvia va bien. »
Le pirate cligna des yeux avec une agréable surprise mais se contenta d'un léger sourire. C'était amusant, cette façon dont elle parlait. Pas commun et assez maladroit, certes.
Mais amusant tout de même.
« Bon, si tu le dis... soupira le brun en avisant la montée d'un ruisseau qu'ils longeaient depuis un moment déjà. On a qu'à continuer par là, et puis on verra bien.
— Oui. »
Juste « Oui » ; et ça pouvait vouloir dire beaucoup de choses au fond, mais ça suffisait à ce qu'il comprenne.
Du moment qu'elle le suivait toujours, ça lui suffisait.
Méfiant, Grey continuait d'avancer la dague à la main, guettant les arbres et les fourrés avec prudence ; il avait déjà accosté sur ce genre d'île pour de réapprovisionner en eau et pour réparer le Fairy Tail après une grosse prise, et il savait pertinemment qu'elles pouvaient habiter des animaux sauvages et particulièrement agressifs. D'un autre côté, ça lui ferait une proie à abattre et de quoi manger le soir venu ; alors il se contentait de rester prudent, avançant le long du sentier qu'ils suivaient jusqu'aux hauteurs de l'île sans trop réfléchir.
Au moins, ça lui évitait de se morfondre quant au possible sort de Natsu et des autres.
Après plusieurs heures et quelques pauses, ils finirent par ralentir à la vue de pierres disposées au sol. Non pas qu'une pierre ait quoi que ce soit d'intéressant – et à la limite, dans le cas présent, Grey ne s'y serait pas intéressé même s'il s'agissait d'un diamant plus gros que sa tête – mais leur disposition l'intrigua suffisamment pour que Grey fasse signe à Juvia de s'arrêter net d'un mouvement de la main.
Les pierres avaient été disposées de façon à former le sentier ; et Grey sentit les battements de son cœur accélérer en distinguant des empreintes de pas inscrites dans la terre humide du sol. Juvia dût comprendre ce qui l'intriguait, puisqu'elle désigna d'elle-même la direction que suivaient les empruntes.
« On est pas seuls sur cette île... »
La vérité éclata comme un coup de canon dans l'esprit de Grey et ce dernier sentit une bouffée d'adrénaline lui couler dans les veines. Sur le coup, il avait allumé un brasier dans l'espoir qu'un navire, même marchand, passe à proximité ; mais jamais il n'aurait pensé qu'on puisse les repérer de l'intérieur...
« Et merde. Juvia, faut qu'on les trouve avant qu'ils nous trouvent. », fit Grey en parcourant les alentours d'un regard prudent.
Et à vrai dire, il ne sût pas si elle avait compris ou non, mais leur survie importait bien trop pour qu'il ne s'en soucie sérieusement ; au moins, elle restait près de lui et semblait regarder en arrière pour vérifier qu'il n'y avait rien – ou plutôt, pour s'assurer qu'il n'y avait bel et bien aucune menace.
Le pirate se remit à avancer de plus belle, la créature sur les talons ; du fait que le signal ait été allumé sur le littoral, la meilleure façon de le voir avec cette jungle aurait été d'être positionné en hauteur. Ces pierres n'étaient qu'à moitié enfoncées dans la terre, ce qui voulait dire qu'ils n'étaient pas les seuls ici et que ça avait été fait assez récemment ; donc, qu'il y avait peut-être d'autres naufragés, encore vivants, ici.
Et que s'ils n'avaient pas encore bougé, il y avait de fortes chances qu'ils leur tombent dessus ; ou encore qu'ils se rencontrent en chemin, auquel cas Grey aurait l'avantage puisqu'il ne sera pas aussi surpris que ses possibles adversaires.
Ils arrivèrent à la débouchée d'une gigantesque clairière ombragée, où venaient se poser les rayons de soleils qui parvenaient à percer le rideau feuillus que formaient les branches entrelacées. La terre était recouverte de feuilles mortes à certains endroits et tendre sous ses pas. On avait toujours appris à Grey à reconnaître le terrain ; si on l'attaquait ici, Juvia avait de quoi se mettre à couvert et lui faisait suffisamment confiance à ses talents d'épéiste, alors il n'y avait pas de raison de-
Crack.
Grey sût qu'il s'était montré trop hâtif lorsqu'il sentit le craquement sous son pied droit...
« Mais qu'est-ce que- »
... Et qu'il se sentit brusquement tirer vers l'avant sans n'avoir rien vu venir, le monde changeant tout à fait de sens et son épée tombant au sol avant qu'il ne comprenne qu'il était suspendu par le pied droit à ce qu'il identifia comme une corde, reliée à un système à poulies fixé à un arbre.
Pris au piège.
Le cœur battant la chamade, Grey rencontra le regard aussi stupéfait que le sien de Juvia alors que celle-ci le fixait avec des yeux ronds, hésitant à s'approcher ou non. Le pirate se retint de jurer ; putain, si elle comprenait pas ce qu'il voulait, là, il était dans de beaux draps. Sa dague était rangée dans son fourreau, mais à ce train là, libérer son pied de la corde qui le retenait avec une si petite lame...
« Juvia, l'interpella-t-il en essayant de retrouver son calme. Juvia, j'ai besoin de toi, là. Tu vois cette épée, là ? Il faut que tu- »
La créature détacha brusquement son regard du sien pour se retourner ; les sourcils froncés – et passablement désorienté du fait qu'il se retrouve actuellement la tête à l'envers –, Grey suivit son regard avec difficulté, essayant de discerner ce qui avait attiré son attention à ce point là. Son cœur rata un battement lorsqu'il comprit que quelque chose s'approchait d'eux ; merde merde merde, il fallait absolument que-
Juvia.
« Juvia, dégage ! s'écria Grey en essayant de l'atteindre par tous les moyens du bout des doigts, gesticulant de façon désagréable à cause de la corde. Cache-toi ! »
Juvia ne répondit pas ; Grey reconnut dans son regard la même lueur paniquée qui devait luire dans le sien et ne pût qu'attraper fébrilement les épaules de Juvia lorsqu'apparurent respectivement l'homme le plus grand et le plus petit qu'il n'ait sûrement jamais vu – Elfman étant lui-même de taille imposante, mais dont l'aura qu'il dégageait n'avait rien à voir avec celle de l'homme qui venait de faire son apparition.
Ils parurent surpris, tout d'abord ; Grey avisa la tenue un poil trop simpliste de Juvia et la dirigea derrière lui, la protégeant du mieux qu'il le pouvait de son corps. Pour ce qui était du plus petit – et également du plus vieux –, quelques coups de poings bien placés devraient suffire. Quant à l'autre...
« Tiens le vieux, regarde un peu ce qu'on a là... »
Rien que le ton de sa voix suffit à le faire frémir ; Grey sentit Juvia reculer et l'entendit trébucher pour tomber vers l'arrière alors qu'il avisait les poings de l'homme aux cheveux bruns, dont la démarche était aussi intimidante que la taille des dits-poings qui pourraient suffire à l'assommer d'un seul coup.
« Laissez-la tranquille, où j'vois jure que- »
Il y eu comme un éclair blanc ; trop de lumière, trop de couleurs, et le monde se mît à se balancer sans qu'il ne puisse y faire quoi que ce soit. Juvia a crié ; il a à peine le temps d'apercevoir le poing qui venait de le frapper s'éloigner avant que ses yeux ne se ferment d'eux même.
D'un seul putain de coup de poing.
Alors, en effet, incapable de bouger, Grey en fit l'amère expérience et perdit rapidement connaissance, avec pour dernier souvenir les sifflements aigus à la fois hargneux et terrorisés de Juvia à ses cotés.
Cinquante mètres à l'arrière, à côté de l'étal à épices. Natsu émit un tic agacé en reprenant sa marche, essayant de rester le plus naturel possible ; il savait pas qui le suivait, mais c'était un tenace...
Quarante cinq mètres à côté d'un groupe de gamins qui vendaient des fleurs, vers la gauche. Il se rapprochait ; mais merde, pour qui il bossait ? Même une unité de chasseurs de pirates l'aurait interpelée publiquement. Quant aux soldats, Natsu ne se posa même pas la question ; celui qui le prenait en filature était de toute façon bien trop petit pour rejoindre les serviteurs du roi.
Sceptique mais concentré, Natsu avisa une carriole qui passait par là, vérifia qu'il avait toujours son pistolet chargé à portée de main et eut un sourire en bifurquant soudainement et sans prévenir vers les ruelles de la ville ; ça, l'autre l'avait sûrement pas vu venir. Ravi de son effet de surprise, le pirate réajusta son chapeau, fit quelques pas plus rapides histoire de vérifier si les bottes qu'il portait étaient aptes à ce qu'il entame une éventuelle course-poursuite et finit par se retourner brièvement, encore une fois de façon tout à fait imprévisible.
Le temps de croiser le regard bleu de son poursuivant, dont le visage encapuchonné et masqué par un foulard ne lui laissait l'occasion de voir que deux perles marines, rivées sur lui ; repéré. L'autre se figea momentanément mais ne le lâcha pas des yeux pour autant, ce qui fit ricaner l'autre ; et qu'ils le regardent bien, d'ailleurs, tant qu'ils le pouvaient.
La carriole passa devant lui et le dissimula aux yeux de son poursuivant ; alors, un sourire presque arrogant et plein de défi aux lèvres, Natsu se mît soudainement à courir.
Ses pas résonnèrent bientôt en écho ; l'autre le suivait, probablement frustré d'avoir été découvert. Natsu remarqua à la cadence de ses pas qu'il était rapide et étonnamment agile ; est-ce que c'était le cas sur tous les terrains ? Avisant une série de tonneau, Natsu bifurqua dans leur direction et les escalada avec une aisance impressionnante avant d'atterrir sur une balcon qui le mena au toit ; la vie de marin, ça en forgeait plus d'un.
Néanmoins, son assurance en prit un coup lorsqu'il constata que l'autre le suivait depuis le toit voisin, sans aucune difficulté apparente. Ça risquait d'être plus difficile que prévu...
« Eh, t'as un problème, enfoiré ? »
Natsu vit des passants lever la tête sur son passage, alertés par sa voix, alors qu'il bondissait vers le toit suivant d'un geste souple ; l'autre n'avait pas répondu à sa provocation et le poursuivait toujours, concentré sur sa course. Passablement agacé, le pirate serra des dents et se concentra sur son trajet, évitant les endroits où il avait repéré des sentinelles et privilégiant un chemin qui le mènerait en bordure de l'église. Ce salopard se croyait plus malin que lui ?
Le garçon sourit pour lui même ; c'est qu'il avait jamais eu affaire à Erza. Surtout à Erza quand on prenait la forme d'un problème inattendu dans ce qu'elle avait initialement prévu.
« Tu m'attraperas pas ! »
Natsu ne savait pas si ça avait eu un quelconque effet sur son poursuivant, mais il retint son souffle en s'agrippant au rebord d'un toit en hauteur par rapport à celui où il se trouvait. De justesse ! De l'autre côté, vêtu d'une tenue blanche et grise, celui qui le prenait en filature sembla hésiter ; il était bien plus petit que Natsu, et bien que le sachant agile, le pirate ne pensait pas qu'il... – et merde.
Qu'il sauterait pour attraper sa jambe, soit la seule chose qu'il était capable d'atteindre, et qui, par la même occasion, les firent tous les deux tomber à la renverse en contrebas.
Natsu se redressa difficilement, sonné et le souffle coupé par la chute ; et sûrement qu'il ne devait son salut qu'à la bâche de ce pauvre marchand, qui venait de voir toute une caisse de poissons étalée aux sols après que deux individus soient proprement et simplement tombés dessus. Le pirate chercha aussitôt le poursuivant du regard ; étalé sur le sol, ce dernier reprenait également ses esprits, se redressant difficilement sur le sol. Son dos lui faisait un mal de chien et ce fut encore hagard que le garçon ramassa son pistolet et son chapeau, désormais couvert de poussière.
« J'vais te faire bouffer tes dents, espèce de tarré... », grogna Natsu en se dirigeant vers lui, d'abord à quatre pattes puis après s'être levé.
L'homme qui venait de perdre sa marchandise avait commencé à pousser des exclamations outrées dans une langue que Natsu ne connaissait pas ; merde, il risquait d'alerter les gardes. Si le jeune pirate n'avait pas eu mieux à faire, il l'aurait sûrement aidé histoire de se faire pardonner et qu'il se taise ; ou menacé brièvement de lui trancher la langue s'il la fermait pas, sinon.
« Abandonne ! Je te laissera pas filer après ça ! », prévint Natsu, presque remis et s'apprêtant à le plaquer au sol.
Titubant jusqu'à un mur pour se maintenir debout, l'autre fit quelques pas comme pour s'enfuir, hésita, s'arrêta sous l'œil méfiant du pirate ; et finit enfin par se retourner et croiser de nouveau son regard, plus longuement cette fois.
Y'avait quand même quelque chose d'assez familier dans ce bleu.
« Maintenant, dis moi pourquoi tu- »
Natsu se figea et sentit sa mâchoire se décrocher et ses yeux s'arrondir de surprise lorsque le foulard glissa en même temps que la capuche, pour dévoiler le visage de son poursuivant ; ou plutôt, en l'occurrence et dans le cas présent...
« Que-... Lisanna ?! »
Celui de sa poursuivante.
Erza avait toujours aimé cette église.
Le vent faisait virevolter les mèches écarlates dépassant du chapeau à bords larges qu'elle portait, les plis de sa robe noire ondulant gentiment sous le soleil de début d'après-midi. Il faisait plutôt chaud, mais ça ne l'avait pas gênée dans l'immédiat ; elle aimait bien trop cet endroit.
L'ombre de l'église s'étendait doucement pour se découper sur l'herbe tendre du cimetière à proximité. Silencieuse, Erza essuya du bout des doigts la poussière qui s'était installée dans les inscriptions de la pierre et s'autorisa un sourire nostalgique, emprunt de beaux souvenirs comme d'une douleur qui refusait de complètement partir.
Lily.
Venir ici lui avait toujours fait du bien, depuis le jour où on lui avait offert une pierre à cette endroit et celui où elle avait quitté cette ville dans laquelle elle avait passé pratiquement toute son enfance. Erza eut un pincement au cœur à la pensée que c'était la première fois qu'elle revenait ici après son départ.
En tant que pirate.
Est-ce que Lily aurait refusé qu'elle se présente à lui s'il l'avait sûr et s'il avait été vivant aujourd'hui ? Peut-être ; très sûrement, même, ou pas sans lui avoir adressé un regard dur, tout du moins. Ils étaient voleurs, brigands, tueurs...
Et pourtant, les hommes qui l'avaient tué ne valaient pas mieux ; seulement, eux, c'était sous la bannière de leur pays qu'ils voguaient, pas sous leur propre étendard.
Les sculptures qui ornaient les murs de la bâtisse étaient aussi impressionnantes que dans son église. Gérard y avait toujours vu des anges ; elle avait préféré y voir des fées. Est-ce que ce n'est pas ce qui avait valu son nom au Fairy Tail, d'ailleurs ? Songeuse mais souriante, Erza resta encore ainsi quelques minutes avant de se lever, le cœur moins lourd. Cet endroit lui rappelait bien trop de choses ; Lily, Gérard, Grey, ses leçons de combat, les messes auxquelles assistait son mentor, les longs après-midis où elle patrouillait d'elle-même aux alentours pour prouver à Lily que ses limites étaient bien plus loin que ce qu'il ne pouvait penser, Grey qui se moquait d'elle et le jour où il lui avait offert cette dague, les preuves qu'elle voulait faire...
La capitaine du Fairy Tail eut un sourire ; et puis il y avait elle, aussi. Leurs disputes, leurs bagarres et les coups bas qu'elles s'étaient fait, leurs larmes parce que le cœur d'une fille à cet âge là était bien trop compliqué. Leur amitié, aussi ; parce qu'Erza était sûre qu'elles avaient malgré tout été amies.
Et même maintenant qu'elles avaient pris des chemins différents, Titania savait que cette amitié ne pouvait pas s'être simplement envolée.
« Ça faisait longtemps, Mirajane. »
La jeune femme aux yeux bleus et aux cheveux clairs lui rendit son sourire ; Erza avait eut le temps de voir luire la petite lame que dissimulait son éventail. Elles avaient grandi toutes les deux, mais avec du recul, ni l'une ni l'autre n'avait vraiment changé.
Ce n'était que des vêtements différents ; au fond, Titania savait qu'elles étaient les mêmes.
« Ravie de te savoir en vie, Erza, répondit-elle toujours avec le sourire, de cette façon bien trop polie qui fit presque rire la rousse. Comment vont tes affaires après tout ce temps ?
— Bien, répondit aussitôt la capitaine. Je t'en parlerai bien davantage, mais je te garantis pas que ce soit possible si tu tentes quoi que ce soit avec cette chose. », ajouta Titania en désignant l'éventail du regard.
Le sourire de Mirajane cilla à peine ; il fallait bien la connaître pour savoir que ce qu'elle pensait se reflétait toujours dans ses yeux, qui la fixaient à présent froidement. Ça n'effraya pas la rousse pour autant ; si elles se débrouillaient toutes les deux aussi bien en matière de maniement d'armes lorsqu'elle avait quitté la capitale pour prendre la mer, il y avait déjà presque cinq ans de ça, Erza avait elle bénéficié de la rudesse et de la violence des combats qui se faisaient en mer. C'était une tueuse accomplie, une guerrière incontestée ; pas sûr que ce soit le cas de Mirajane.
Cette dernière laissa une lueur amusée briller dans son regard, la brise soulevant doucement les ondulations argentées de sa chevelure ; Erza sourit aussi. On aurait dit de l'écume.
« Si j'avais voulu te tuer, tu n'aurais pas eu le temps de te retourner pour me voir le faire, fit sa rivale de toujours avec un ton léger qui ne laissait néanmoins pas l'occasion de ne pas la prendre au sérieux. Qu'est-ce qui me vaut ta visite à Crocus ? »
Le sourire d'Erza s'étiola doucement en repensant à Grey ; comme son reflet dans un miroir, celui de Mirajane fit de même et elle se rapprocha brusquement, rivant son regard dans le sien avant de demander d'une voix hésitante, presque tremblante par l'inquiétude qui la traversait :
« Est-ce que Elfman...
— Elfman va bien, la coupa Titania en posant ses mains sur les épaules de la jeune femme pour la calmer. C'est pas pour ça que je suis venue ici.
— Alors... Il s'est passé quelque chose ? »
Erza jeta un coup d'œil aux alentours ; il n'y avait personne. Considérant que l'endroit était suffisamment sûr, la rousse sortit la carte qu'elle avait dissimulé dans la manche de sa robe et l'étala sur le sol, cachée entre leurs deux silhouettes. Sceptique, Mirajane chercha une réponse dans les yeux de la capitaine, qui lui montra le point représentant la capitale et celui dont venaient manifestement Arcadios et ses hommes avant qu'ils ne leur tombent dessus.
« Qu'est-ce que tu essaies de me dire ? Erza, je t'ai déjà dit que la piraterie ne m'intéressait pas, alors-
— Grey à disparu dans une explosion, trancha Titania en refoulant du mieux qu'elle le pouvait la douleur qui vint lui enserrer le cœur. Dans l'explosion d'un navire de la marine royale, qui venait d'ici, fit-elle en désignant leur départ, à ici. »
Mirajane ferma la bouche garda le silence, compatissante, quoique sans vraiment comprendre. Erza ferma brièvement les yeux lorsqu'elle posa sa main sur la sienne mais ne s'arrêta pas pour autant.
« C'était un grand navire, avec juste quelques hommes. Mais... Il n'y avait rien à bord. Pas une pièce, pas un seul tonneau de rhum, insista Erza en cherchant son regard. Natsu est le dernier à avoir vu Grey, et il a dit que la seule cargaison possible à bord, c'était ça... »
Mirajane détailla attentivement la copie du croquis qu'avait fait le jeune homme en silence. Patiente mais déterminée à ce que la jeune femme lui apporte l'aide dont-ils avait besoin, Erza fixait les traits de son visage dans le but d'anticiper sa réaction. Même elle était consciente que c'était trop étrange, et il lui était arrivé de penser que la douleur avait joué des tours à Natsu ; mais cette subite tempête avait été réelle, elle.
Alors elle avait décidé de croire que ce que Natsu avait vu l'était aussi.
« D'accord, mais... Ça ne me dit pas ce que tu attends de moi, ni même ce que tu comptes trouver. Si Grey est mort, tu sais très bien que ce n'est pas la vengeance qui...
— Je ne suis pas venue pour me venger, déclara Erza d'une voix étrangement calme, sous le regard navré de Mirajane. Nous voulons seulement trouver des réponses. Est-ce que tu penses pouvoir te renseigner sur cette cargaison ? »
La demande qu'elle avait formulé était simple, humble ; elle n'était pas venue ici seulement pour Lily. Elle savait aussi pertinemment que Mirajane avait les moyens de savoir n'importe quoi, et qu'elle aurait donc sans problèmes sût où la trouver.
L'aînée des Strauss poussa un long soupir, considérant la demande ; filant entre les branches d'oliviers entourant le cimetière, le vent laissait entendre sa plainte à qui voulait l'entendre, l'ombre des feuilles découpant des motifs dentelés là où le soleil voulait de poser. Elles restèrent ainsi longuement, sans rien dire, les yeux dans les yeux ; Mirajane réfléchissait, pesait probablement le pour et le contre et Erza attendait, consciente que son amie était désormais la mieux placée pour les informer. Il y avait bien Ultear, à qui Gérard faisait confiance ; mais leurs contacts n'étaient pas les mêmes, et par conséquent, leurs informations non plus.
Et même si elle ne le disait pas à Mirajane, quelque part, croire en l'espoir que Grey ait une chance d'être vivant grâce à ce qu'il avait découvert sur ce bateau était bien trop tentant pour se résoudre à croire qu'il était mort.
Juste, bel et bien, simplement et définitivement ; mort.
Mirajane s'apprêta à prendre la parole lorsqu'elle se figea pour lever la tête vers l'entrée du cimetière ; intriguée, Erza suivit son regard et fronça des sourcils en reconnaissant Natsu, accompagné d'un individu au visage dissimulé par une capuche et un foulard.
Le jeune pirate hésita l'espace d'une seconde avant de sourire à Mirajane, tandis que cette dernière se redressait et fixait celle qui l'accompagnait les sourcils froncés, incrédule.
« Salut, Mira, fit le jeune homme en se déplaçant prudemment vers son capitaine.
— Que... Qu'est-ce que tu faisais dehors, Lisanna ? Tu sais très bien que la garde a redoublé, et s'ils t'attrapent, je- »
Erza sentit ses yeux s'arrondir de stupeur en reconnaissant la plus jeune sœur de Mirajane, dont le visage ressemblait sensiblement et même étonnamment à celui de son aînée. Elle portait ses cheveux courts, néanmoins ; pour pouvoir se travestir plus facilement ? La rousse garda ses questions pour elle tout en s'approchant, souriant chaleureusement à la benjamine des Strauss qui se fit un plaisir de le lui rendre.
Les membres de cette famille avaient tous plusieurs cordes à leur arc ; mais jamais elle n'aurait pensé que Lisanna se tournerait vers ce genre d'aventures.
« Tu nous a manqué, Erza, fit-elle simplement, avec la gentillesse qui la définissait depuis que la rousse la connaissait.
— Tu as... Grandi, Lisanna. Qu'est-ce que tu fais, habillée comme ça ? »
La benjamine des Strauss accorda un regard à son aînée, comme pour lui demander la permission de continuer ; lâchant un soupir mi-las, mi-agacé, Mirajane l'invita à poursuivre d'un mouvement de tête, surveillant discrètement les alentours.
« Je recherche les informations que les contacts de Mira-nee ne nous permettent pas d'avoir, répondit sérieusement Lisanna, l'air déterminée. J'allais suivre un groupe de soldats quand j'ai entendu Natsu, alors...
— Elle nous a suivi, finit Natsu en souriant avec amusement à la jeune fille. Je ne l'ai repérée qu'après un moment, alors je me suis séparé de Cana sur les quais, ajouta-t-il plus sérieusement. Je devais la rejoindre d'ici une heure, alors il va falloir que je-
— C'est trop risqué la coupa Lisanna. Mira-nee l'a dit, la garde a redoublé ces derniers jours... Et je me doute bien que ce marchand ait déposé une plainte. Si ça les intéresse suffisamment, ils vont nous rechercher, soupira ensuite la jeune fille, sous le regard désapprobateur de sa sœur. Enfin, je pourrais t'accompagner, mais... »
Elle se tourna vers son aînée, bientôt imitée par les autres. Les lèvres pincées, l'aînée des Strauss leva les yeux au ciel avant de se tourner vers Erza :
« Donne-moi une position approximative de la dernière fois que tu as vu ce bateau, fit-elle en désignant la carte. Il y avait combien d'hommes à bord ?
— Peu pour un navire de cette taille, répondit Natsu avant son capitaine. Tout juste une vingtaine, peut-être un peu plus.
— Et le nom du capitaine ?
— Arcadios... »
Le regard d'Erza s'était assombri. Concentrée, Mirajane lâcha un soupir, ramassa la carte pour la dissimuler dans sa manche comme l'avait fait Erza et se tourna de nouveau vers les deux plus jeunes.
« Accompagne-le et cherche des informations sur une cargaison de grande valeur, fit-elle en extirpant un rouleau de papier sur lequel elle griffonna quelques mots avec un bout de charbon avant de le lui tendre. Privilégie les prisonniers de marque, mais ne néglige aucune piste. Et... »
Mirajane poussa un profond soupir ; intriguée, Lisanna l'interrogea du regard tout en rangeant la missive dans l'une des poches de ses vêtements, dont le confort et l'aspect pratique se voyaient à la façon dont la chemise et la culotte blanches et amples qu'elle portait au dessus d'une sorte de combinaison grise moulante absorbaient ses mouvements et dissimulaient ses formes de sorte à ce qu'on puisse la prendre pour un homme – en l'occurrence, pour un jeune homme.
« Donne ça à tu sais qui, acheva Mirajane, l'air profondément agacée. Je ne vois pas qui pourrait mieux nous aider que lui pour l'instant, ajouta-t-elle avant que Lisanna n'ait pût dire quoi que ce soit.
— D'accord, fit-elle simplement, quoiqu'étonnée, avant de dissimuler son visage de nouveau. Suis-moi, Natsu. »
Silencieux, le jeune pirate adressa un dernier regard à Titania avant de filer à la suite de la jeune fille. Erza se tourna ensuite vers Mirajane, qui lui tendit son bras comme pour l'inviter à se promener, une ombrelle ouverte au dessus de sa tête. Elle n'avait rien perdu de la prestance qu'elle lui avait connue avant de partir ; et même si ses armes se matérialisaient à présent sous la forme de charmes, Erza savait que Mirajane restera à jamais une adversaire redoutable.
« Bien, Erza. Aussi étonnant que ça puisse paraître et bien que tu saches mon mépris pour la piraterie... Je ferai ce que je peux pour t'aider, soupira-t-elle avec un demi-sourire. Je m'ennuyais et je n'ai plus rien à faire ces temps-ci, et Lisanna a l'air de s'amuser un peu, pour une fois... Et je suis navrée pour Grey, ajouta-t-elle, compatissante.
— Ça va aller... Merci du fond du cœur, Mirajane. »
Erza lui rendit son sourire, le cœur plus léger ; et satisfaite, aussi, quelque part.
Elle savait bien que rien n'avait changé entre elles.
Natsu n'était pas revenu.
Le visage penché au-dessus de divers étalages, Cana sursauta violemment en sentant un effleurement dans le bas de son dos ; l'instant d'après, l'odeur singulière – et plutôt rassurante en ce qui la concernait, parce qu'elle ne lui dira jamais que ça avait quoi que ce soit de séduisant – de Loki se fit sentir alors qu'il regardait au dessus de son épaule.
La brune soupira longuement pour chasser la tension qui vint lui raidir les épaules ; à côté d'elle, le roux se contenta de sourire, une lueur malicieuse dans ses yeux verts.
« Putain, Loki, tu m'as fichu une de ces frousses...
— J'ai vu. Tu as trouvé quelque chose ? »
Cana secoua négativement la tête.
« Il y a eu des arrivées, mais les bateaux ne transportaient que du sucre et de la soie, soupira-t-elle. Et je n'ai rien trouvé ici.
— Natsu n'était pas avec toi ? fit Loki en jetant un coup d'œil aux alentours.
— Hm, il était persuadé qu'on était suivis. Tu le connais... répondit la brune avec un demi-sourire.
— Je vois. »
Ils s'échangèrent un regard appuyé, plein d'une complicité que le deuil qu'ils vivaient sans l'admettre avait tissé ; enfin, réajustant le châle qu'elle avait autour des épaules, Cana se dirigea vers une autre rangée d'étals, espérant cette fois-ci y trouver quelque chose qui pourrait les aider. Et ils savaient pas trop quoi, au fond ; juste un indice, une piste – n'importe quoi.
« Et toi ? Ça s'est bien passé ?
— Hm, si tu veux savoir, je n'ai rien fait à ses pauvres filles, répondit Loki avant qu'elle n'ait le temps de dire quoi que ce soit. Mais tout de même, enfermer d'aussi jolies créatures dans un couvant...
— Loki, je te parle de ce qu'on était censé chercher, soupira Cana, admirant des bateaux miniatures avant de passer à une série de bibelots qui avaient attiré son regard depuis un moment déjà.
— Il y avait quelques servantes du palais, ajouta le roux en faisant fi de sa remarque. À part se lamenter à propos de la maladie de la princesse, elles ne m'ont pas appris grand chose. Certaines connaissaient Arcadios, mais seulement de vue... »
La brune ferma les yeux un moment, tandis que le pirate à ses côtés lui prenait doucement la main. Devant eux, une fillette aux longs cheveux blonds se tenait derrière son étal, jouant avec une boule de cristal qu'elle gardait entre ses jambes croisées. Cana lui sourit en se penchant pour mieux regarder, sous le regard prudent de Loki.
« Tu vends des boules de cristal ? »
La fillette ne répondit pas immédiatement ; un sourire timide aux lèvres, elle se contenta d'acquiescer en silence, posant la sienne sur la table pour sortir quelque chose d'un coffre qu'elle gardait à ses côtés. Sceptique, Loki fit signe à Cana qu'il allait voir ailleurs ; subitement intéressée, la brune le laissa faire et détailla le paquet de cartes qu'avait sorti la fillette. Toujours en silence, cette dernière lissa les plis de son jupon clair et invita la jeune femme à s'asseoir en face d'elle.
« Ah, euh… »
Le roux étant parti, Cana hésita avant de finalement se laisser tenter, quoique consciente que la plupart des gens qui proposaient ce genre de service étaient généralement des professionnels de l'arnaque ; au pire des cas, elle n'avait pas de bourse, seulement son poignard. Ces cartes lui rappelaient sa mère et ce n'était pas quelques minutes qui allaient leur faire perdre une avancée qu'ils n'avaient de toute façon pas...
La fillette la fixa un long moment, posa la boule sur la table puis une carte, dont le symbole ancien était inconnu à la brune ; les sourcils froncés, cette dernière observait le matériel avec curiosité. Ce n'est pas comme ça qu'étaient les cartes au avait l'habitude d'utiliser sa mère...
« Tu cherches quelque chose. »
Cana sursauta en entendant la voix de la blonde assise face à elle ; elle ne souriait plus, la transperçant de ses yeux verts. Soudainement mal à l'aise, Cana porta une main prudente à sa cuisse, près de son couteau. Elle était certaine d'avoir bien entendu, et pourtant, c'est comme si la voix de la fillette avait vibré, avec des notes étrangères et difficilement articulées.
Et sa voix avait raisonné comme celle d'une femme ; d'une femme à la voix bien trop mûre pour être la sienne.
Rappelée à l'ordre par les yeux verts, la jeune pirate acquiesça alors, hésitante ; la petite dégageait une aura impressionnante, qui invitait au respect d'une façon qui l'échappait totalement. Pas comme Erza ou Gérard, pas comme certains de ces capitaines qu'elle avait eu l'occasion de voir un jour...
C'était différent ; fort. Et ça lui échappait, complètement, totalement.
« Je... Je cherche un ami. Un moyen de le trouver, si c'est possible. J'aimerais savoir s'il est vivant.
— Je sais, répondit aussitôt la blonde – et Cana sentit les battements de son cœur s'accélérer à l'entente de sa voix, si directe et sûre d'elle mais bel et bien étrangère, comme si la langue avec laquelle elle s'exprimait n'était sa langue natale. Donc, tu veux savoir où il se trouve. »
Elle ne dit rien, la gorge nouée. La petite avait l'air confiante, mais il se dégageait toujours d'elle ce… cette aura. Cana ne parvenait pas à s'expliquer ce qu'elle ressentait à ce moment là ; ça lui rappelait à la fois l'époque où sa mère était là et celle où elle n'était qu'une enfant qui fixait tous les jours la mer avec espoir.
La blonde observait ses cartes, en plaçant quelques unes côte à côté pour en retirer certaines, les replacer, les observer encore, regarder Cana dans les yeux et continuer ce même manège durant plusieurs minutes. L'étal semblait aussi proposer des objets visiblement venus d'ailleurs ; elle en reconnut même qu'elle avait déjà vu lors d'escales faites à bord du Fairy Tail. Maintenant qu'elle y faisait attention, ils se trouvaient éloignés des autres marchands…
« D'où viennent tes marchandises ?
— Je ne sais pas, répondit la fillette après quelques secondes. Ce ne sont pas mes marchandises.
— Mais... Tu… »
Cana décida de se taire. Cette gamine avait décidemment quelque chose de spécial, et il était hors de question qu'elle s'en aille sans en apprendre plus. Et puis, qui sait ; si elle était aussi étrange que ça…
Est-ce qu'elle pourrait l'être au point de pouvoir être liée à ce qu'elle cherchait ?
Maintenant qu'elle la regardait d'un peu plus près, elle pût apercevoir des marques autour de ses poignets. Comme des… cicatrices. Elle n'avait rien d'une esclave, pourtant ; elle était seule et il n'y avait personne qui semblait s'en préoccuper aux alentours.
« Si ces marchandises ne sont pas à toi, qu'est-ce que tu fais ici ?
— Je l'attends. Et toi, pourquoi tu es venue ? »
La brune se figea à la vue du sourire de la fillette ; énigmatique, innocent. Sincère, aussi ; et pourtant absolument pas en accord avec la dureté de son regard.
« Je cherche un ami. T'es bizarre, comme gamine, se permit-elle d'ajouter ensuite en la fixant un peu plus longtemps, les yeux plissés. Qui est-ce que tu attends ?
— Mon ami, répondit la blonde de cette voix bien trop morne pour être celle d'une enfant de son âge, avant de reporter son regard vert vers elle et de froncer des sourcils. Donne moi ta main. »
Cana hésita ; l'autre insistait du regard. Prudemment, la brune finit par soupirer et lui donner sa main, l'autre maintenant fermement son poignard. Si elle tentait quoi que ce soit, elle pouvait dire adieu à la sienne.
« Pense à lui. Pense à l'endroit où il pourrait être, ordonna la fillette en fixant le vide.
— Je ne suis même pas sûre qu'il soit en vie, alors... »
Cana soupira, la laissant faire. Le pire, c'est qu'elle avait l'air de vraiment savoir ce qu'elle faisait ; alors ça n'était pas qu'une arnaque ? Dans tous les cas, cette gamine était décidemment bien, bien trop bizarre, et ça suffit pour que la jeune femme décide de ne plus jamais remettre les pieds dans cette foutue-
Grey.
Grey sur une plage ; Grey blessé, sur une plage. Grey qui a mal, Grey qui souffre, Grey qui pleure ; Grey vivant.
Grey vivant.
La brune sentit son cœur battre à une vitesse phénoménale dans sa poitrine.
Cana ne sût pas quand ses membres s'étaient mis à trembler ; toujours est-il qu'elle sentit sa vue se brouiller sans être capable de faire quoi que ce soit d'autres lorsque les doigts de la fillette serrèrent doucement les siens.
« M-Mais comment est-ce que tu peux savoir que... »
C'était chaud la blonde souriait, et l'instant d'après, elle sentit de nouveau sa conscience se faire happer par l'éclat bleuté du cristal.
Le bateau brûle.
Il le regarde sans rien dire ; elle voit à son visage qu'il a l'air triste. Le temps passe et soleil se couche, il ne pleure plus. L'autre se réveille, là-bas ; elle est belle, et elle ressemble énormément à ce que Natsu leur avait montré. Elle n'est pas comme lui, comme elle, comme eux ; Grey n'a pas peur d'elle.
Elle ouvre la bouche pour parler. Grey sourit ; ses yeux pleurent presque mais il sourit.
« Je m'appelle Grey. Grey Fullbuster. Et toi ? »
Grey sourit ; ses brillent d'espoir, et elle reconnaît à son regard une invitation à aller jusqu'au bout de ses ambitions, cette détermination qui avait brillé dans ces mêmes yeux le jour où il lui avait demandé de venir avec eux.
Elle ouvre la bouche pour répondre.
Elle s'était mise à pleurer sans s'en rendre compte ; une main se posa sur son épaule quelques secondes plus tard et elle rencontra un regard vert aux notes sauvages, qu'elle ne reconnu que quelques secondes plus tard comme étant celui de Natsu, inquiet de voir sa camarade ainsi mais étrangement calme. Trop troublée pour réfléchir correctement, elle ne se posa même pas la question du pourquoi de sa présence et se tourna vers la surface polie du cristal, à présent terne ; face à eux, la fillette aux longs cheveux blonds arborait un sourire confiant, les yeux cette fois-ci bordés d'une tendresse trop mature pour ce qu'elle semblait être.
Silencieuse et ravalant du mieux qu'elle le pouvait ses sanglots, la brune s'essuya les yeux et fixa la gamine avec des yeux à la fois suppliants et emplis d'incompréhension, tandis qu'on la tenait avec douceur pour l'empêcher de vaciller.
« Dis-moi ce que tu sais. S'il te plaît, implora le pirate aux cheveux clairs, rivant son regard dans celui de la blonde.
— Ils sont là où Elle nous a toutes rappelée un jour, souffla simplement la fillette, avant d'avancer la boule de cristal vers les deux pirates.
— Natsu, elle-, tenta d'expliquer Cana, tremblante, avant qu'il ne la coupe pour demander :
— Qui ça, ils ? Est-ce que tu peux me le montrer ? demanda le jeune pirate, les poings serrés et se mordillant la lèvre comme pour s'empêcher de laisser ses émotions prendre le dessus. Dis-moi où aller, où-
— Ça suffit, Mavis. »
Confus, Natsu leva un regard inquisiteur vers celui qui venait de prendre la parole. La fillette – Mavis, semblerait-il – avait filé se réfugier derrière la silhouette d'un grand gaillard blond, dont le visage était marqué par une impressionnante cicatrice partant de son front à sa joue droite. Carré comme un marin et à la musculature impressionnante, il les transperçait de son regard sapin et s'apprêtait à leur parler avec un dédain évident lorsqu'il se redressa et arqua un sourcil à la vue de la silhouette en blanc et au visage dissimulé, qui venait comme d'apparaître aux côtés du jeune homme aux cheveux pâles.
« Vous voulez quoi ? », fit-il alors, méfiant et avec une certaine intimidation dans la dureté de ses mots.
Lisanna dévoila son visage et tendit au grand blond la missive que son aînée lui avait donné.
« Mira-nee a besoin de ton aide, déclara-t-elle platement mais d'un ton sans appel, tandis qu'il déroulait le rouleau pour en lire le contenu. Elle a ajouté que tu étais le seul à pouvoir nous aider, Laxus. »
Natsu et sa compagne d'équipage fixaient tour à tour la jeune fille et le dénommé Laxus, l'une plus confuse que l'autre ; silencieux, le blond parcourut plusieurs fois la missive des yeux avant de lever la tête vers la benjamine des Strauss. Derrière lui, Mavis les fixait avec un mélange d'attention et de curiosité, silencieuse mais toujours souriante.
« C'est pas son genre de t'envoyer... fit le grand blond, songeur. Et pourquoi Mira aurait besoin d'mon aide pour des pirates ?
— Eh, on est pas venus ici en tant que pirates, intervint Natsu, piqué à vif par sa remarque. Tout ce qu'on veut, c'est des informations sur ce qui est arrivé à notre ami, on a rien-
— Vous êtes quand même des pirates, gamin, siffla Laxus, venimeux. Pour moi, ça change rien, et j'vois pas ce qui m'empêcherait de te mettre mon poing dans la gueule et d'appeler la garde ensuite pour te voir te balancer au bout d'une-
— Laxus. »
C'est Mavis qui avait prit la parole ; la tension suspendue, Cana et Lisanna retinrent Natsu et tentèrent de l'apaiser, tandis que la fillette faisait signe au balafré de s'approcher. Les sourcils froncés de contrariété, le blond soupira d'agacement et se pencha pour la laisser lui murmurer quelque chose à l'oreille, les yeux toujours rivés vers les pirates et l'espionne qui les accompagnait. Loki ne s'était pas remontré et c'était tant mieux, songea Cana en guettant la réponse à leur requête sur le visage de l'homme face à eux ; Natsu était déjà bien compliqué à gérer tout seul, et même si Loki était du genre à garder son sang-froid, elle n'était pas sûre que même lui ait pût se retenir face à la remarque de celui dont ils attendaient l'aide. Elle avait déjà eu l'occasion de voir ce genre d'exécution ; la pendaison.
Et c'est bien pour ça qu'elle comprenait la réaction de son ami.
Lisanna ne cessait de jeter des regards autour d'eux, nerveuse ; les passants passaient pourtant sans se soucier d'eux, s'intéressant tantôt aux poissons fraîchement pêchés comme aux fruits, épices, tissus et fleurs vendus ici et là, ponctués par les enfants qui venaient proposer des compositions florales ou divers journaux sur la place marchande. Les nerfs à fleur de peau, Natsu se faisait violence pour ne pas hurler la frustration qu'il tentait de retenir à cet enfoiré de balafré et ne devait sa retenue qu'à sa détermination à retrouver Grey. Cana le fixait aussi, intriguée ; est-ce que c'était l'ami dont Mavis parlait ?
Enfin, après une longue minute, Laxus soupira, relu la missive, la rangea dans une des poches de son manteau de cuir et leur jeta un regard mauvais, avant de se tourner vers Lisanna.
« Dis à Mira que je serai là, grogna-t-il sous le regard comblé de la fillette à ses côtés. Et dis lui aussi que la récompense a intérêt à être à la hauteur, parce que sinon... »
Lisanna lui sourit en guise de réponse et attrapa le bras de Natsu comme pour lui faire signe de s'en aller. N'ayant probablement pas tout saisi, les deux pirates la regardèrent faire avec des yeux hébétés.
« Merci, Laxus. Je suis sûre que ma sœur te sera très redevable pour ça.
— C'est ça. Déguerpissez, maintenant. J'veux plus voir ces pirates sur mon terrain, compris ? »
Le ton s'était fait chargé de menaces ; sans plus attendre, Lisanna les guida vers une allée moins fréquentée et ne s'autorisa à se détendre qu'une fois à l'abri des regards. Encore perdus, Cana et Natsu se consultèrent du regard avant de se tourner vers la jeune fille ; ils en avaient tous les deux le souvenir d'une fille naturellement gentille, mais ils avaient soudainement l'impression qu'elle en savait bien plus qu'eux sur toute cette histoire.
« Ehm, c'était Laxus, un mercenaire et... Ami de ma sœur. Il a l'air un peu grognon comme ça et c'est pas si loin de la vérité, mais il sait se montrer utile, expliqua Lisanna en haussant des épaules. Enfin, quand la récompense en vaut la peine... Mais je pense que votre histoire l'intéressera.
— J'ai l'impression que c'est surtout la récompense, qui l'intéresse, commenta Natsu avec dégoût. Pire qu'un pirate...
— Oh, il n'est pas si étranger que ça à la piraterie, tu sais, sourit la benjamine des Strauss en se remettant à marcher. Il expliquera peut-être ses motivations ce soir.
— Et Mavis ? »
Cana ne fut qu'à moitié surprise de lire une forme de malaise dans le regard azur de la jeune fille. L'air troublée, Lisanna fixa un moment le vide avant de se tourner vers elle et de répondre avec un sourire crispé :
« Mavis est... Elle est pas d'ici. »
Ça n'avait pas tout à fait répondu à la question de la brune ; néanmoins, ça ne les empêcha pas de marcher en silence sur le chemin qu'empruntait la fille vêtue de blanc. Et si ça n'avait pas empêché Cana de comprendre, ça n'avait pas empêché l'émergence d'autres questions non plus. Et ces images, dans sa tête, ces voix, celle de Grey et son visage qu'elle saurait reconnaître parmi tant d'autres, et-
Cana sursauta alors que Natsu lui avait attrapé le bras pour l'inviter à avancer. Leurs regards se croisèrent ; le soleil couchant se reflétait dans ses prunelles sauvage, et il avait l'air inquiet.
« Ca va aller ?
— Euh… Oui, oui, se reprit la brune avec un sourire crispé. C'est juste que cette petite, Mavis, elle… Elle m'a montré quelque chose, je crois. », avoua-t-elle presque à mi-voix, certaine de ce qu'elle avait vu mais pas tout à fait sûre d'y croire.
Natsu ne dit rien ; Lisanna fixait la brune avec un mélange de compassion et de tristesse lorsqu'elle prit ses mains entre les siennes, un sourire navré mais compréhensif aux lèvres.
« Elle est spéciale. C'est pour ça que Mira-nee nous avait dirigé vers eux… Je ne pensais pas que tu tomberais sur elle avant nous.
— Elle m'a montré Grey, continua la brune. Et… Et cette chose, là, que tu avais dessiné, ajouta-t-elle en se tournant vers le jeune homme. C'était irréaliste, et pourtant, je suis sûre que-
— Je sais, trancha Natsu avec douceur. J'ai eu le temps de voir aussi… Je te crois, Cana. »
La brune lui rendit doucement son sourire ; Lisanna les regardait en silence et souriait aussi, leurs ombres se découpant sur le chemin poussiéreux sous la lueur du soleil couchant. Enfin, reprenant son sérieux, le jeune homme aux yeux verts se tourna vers leur amie et demanda avec intérêt :
« Est-ce que Mavis fait souvent ce genre de chose ? Est-ce qu'elle t'a déjà montré des gens qui n'étaient pas à côté de toi comme ça ?
— Il y a peu de gens qui peuvent voir ce qu'elle montre, soupira Lisanna. Je n'ai jamais rien pût voir. Par contre, Laxus le peut. C'est pour ça qu'il va sûrement venir ; ça veut dire que vous recherchez la même chose que lui. Vous l'intéressez. », ajouta-t-elle avec un sourire.
Les deux pirates gardèrent le silence. Confiante, la benjamine des Strauss reprit sa marche après avoir de nouveau dissimulé son visage grâce à la capuche, les menant entre les ruelles avec une prudence mesurée. Ça amusait Natsu qui lui en fit la remarque, d'ailleurs ; Cana ne dit rien, elle. Les images allaient et venaient sans cesse dans son esprit, les sons s'y entremêlant avec une aisance et une netteté surprenante ; son prénom à elle, aussi, réponse à l'une des nombreuses questions qu'elle s'était posée et énigme à elle toute seule.
« Juvia. »
