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Chapitre IV
« Of Lies and Revelations »
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26 Janvier 2025 – Wiltshire, Angleterre, Manoir Malefoy
C'est un elfe de Maison qui l'avait fait entrer dans la demeure des Malefoy. L'endroit était somptueux, mais manquait terriblement de chaleur. Elle ne put s'empêcher de frissonner lorsqu'il la conduisit dans un petit salon bleu, froid malgré l'abondance de l'ameublement.
- Si Mademoiselle veut bien patienter un instant, s'inclina la minuscule créature, Scar va faire venir le maître Scorpius, Mademoiselle.
- Merci, sourit poliment Rose en s'asseyant dans un fauteuil avec prudence, de peur de faire tâche dans le décor figé.
Elle était terriblement nerveuse. Elle avait débarqué sur un coup de tête et le regrettait déjà. Mais elle avait besoin de savoir. Elle avait besoin de savoir si Scorpius avait rendu visite à Abraham Kulpritt, et surtout, pourquoi. Elle devait en avoir le cœur net, une bonne fois pour toutes.
Elle entendit la porte s'ouvrir dans son dos et sauta sur ses jambes.
- Malefoy, je…
Rose se tut aussitôt. Devant elle, raide dans son costume et sa robe parfaitement taillés, se tenait Drago Malefoy, l'air tout aussi surpris qu'elle. Toutefois, il parvenait mieux qu'elle à conserver une expression polie, et réussit même à esquisser un sourire, bien que figé.
- Mademoiselle Weasley ? Demanda-t-il de la même voix basse et indifférente que son fils. Que nous vaut ce… ce plaisir ?
Prise de court, Rose rougit furieusement, ce qui arracha l'ombre d'un sourire amusé à l'homme en face d'elle. Une Weasley des pieds à la tête. Même ses bonnes manières et son apparence distinguée ne le trompaient pas ; Ses boucles rousses, ses grands yeux bleus pleins d'humour et d'innocence, et ses délicieuses tâches de rousseur trahissaient un lourd héritage familial. Un héritage qui, étonnement, lui allait à ravir.
- Je… je…, balbutia Rose en cherchant une excuse à sa présence ici. En fait, reprit-elle en se ressaisissant, c'est vous que je voulais voir.
Drago Malefoy fronça les sourcils et s'avança vers elle, l'enjoignant à poursuivre ;
- J'aurais aimé que vous m'accordiez une interview, improvisa-t-elle en revêtant un masque professionnel et en s'armant d'une assurance qu'elle n'avait certainement pas.
- Une interview ? Sans vous être annoncée ? Demanda-t-il en arquant un sourcil.
Là, il retrouvait le « brut de décoffrage » si caractéristique des Weasley.
- Eh bien, commença Rose d'une voix légèrement hésitante, j'ai pensé que de cette manière, vous ne pourriez pas me la refuser.
Elle ne baissa pas les yeux, ne battit pas des paupières. Drago Malefoy l'observa un moment, avant de secouer la tête.
- Je me suis trompé, avoua-t-il sur un ton qui supposait qu'il était amusé – enfin, aussi amusé qu'un Malefoy puisse l'être. Il y a plus de Granger que de Weasley en vous.
Surprise, Rose ne se laissa pas décourager pour autant et enfouit la remarque dans un tiroir de sa tête.
- Très bien, reprit Drago Malefoy d'une voix lasse. Si vous voulez bien me suivre, on sera plus à l'aise dans le grand salon.
- Parfait, répondit Rose avec un bref sourire.
Soit, une interview avec Drago Malefoy ne faisait pas vraiment partie de ses plans. Seulement, cela se révélait être une aubaine pour l'article qu'elle envisageait d'écrire sur les confessions d'Abraham Kulpritt et la loi « Edward Fawley », ou plus vraisemblablement, la loi « anti-Loup-Garou ».
La jeune fille le suivit silencieusement hors du petit salon bleu. Alors qu'ils franchissaient la porte, Scorpius apparut aux pieds du grand escalier qui conduisait aux étages, seulement vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise blanche – ce qui revenait, pour lui, à une tenue décontractée. Il écarquilla les yeux en voyant Rose avec son père, et cette dernière lui lança un regard paniqué, avant de secouer la tête, l'implorant de ne rien dire. Il hocha discrètement la tête, mais s'avança toutefois vers son père.
- Père ? L'interrogea-t-il du regard.
- Oh, Scorpius, sourit celui-ci. Tu connais sans doute Mademoiselle Weasley ? Elle est venue pour une interview…
Le regard du jeune homme glissa vers Rose et celle-ci se mordit la joue.
- Tu peux te joindre à nous, si tu veux, reprit-il à l'intention de son fils. Après tout, ajouta-t-il en se tournant vers Rose avec un sourire pincé, il fait partie de l'Unité sur laquelle vous voulez tant m'interroger, n'est-ce pas ?
Rose rougit, et hocha la tête en lança un bref regard perdu vers Scorpius.
- Oui, c'est exact. Ce serait… ce serait avec plaisir.
- Bien, allons-y, répondit Drago Malefoy en ouvrant la voie.
Scorpius s'approcha discrètement de Rose, tournant vers elle un regard plein d'interrogations. « Pas maintenant, » lui souffla-t-elle du bout des lèvres. Il hocha la tête, l'air de comprendre, mais fronça les sourcils. Ses yeux glissèrent sur son visage avec inquiétude ; elle avait l'air épuisée. Son teint était livide, ses yeux, cernés, et ses épaules tremblaient imperceptiblement. Il doutait que cela ait quoi que ce soit à voir avec la situation actuelle, mais davantage à voir avec la raison de sa présence ici. Il détourna les yeux, mais attrapa sa main, une brève seconde, pour la serrer délicatement, avant de la relâcher aussitôt. Elle ne dit rien, mais un bref sourire éclaira son visage. Là où ses doigts s'étaient refermés sur sa peau, paume contre paume, une délicieuse chaleur la parcourait. Elle avait oublié à quel point la présence de Scorpius pouvait être chaude et rassurante, à des années lumières de l'attitude glaciale qu'il adoptait en permanence, et pendant un bref instant, le besoin de se réfugier dans ses bras la submergea, jusqu'à ce que la voix froide de Drago Malefoy la ramène brutalement à la réalité ;
- Entrez, Mademoiselle, dit-il en inclinant la tête avec respect.
Rose n'hésita qu'une brève seconde et pénétra dans l'immense salon à dominance émeraude. Son regard se posa sur la silhouette élégante d'une femme assise dans le fauteuil près de la cheminée, un livre ouvert sur les genoux.
Astoria Malefoy releva aussitôt la tête, et dissimula sa surprise derrière un sourire poli. Elle referma son livre, se leva, et s'avança vers son époux, toujours suivi de Scorpius et de Rose.
- Astoria, voici Rose Weasley, la présenta son mari.
Le regard bleu pâle de l'élégante épouse Malefoy se posa sur Rose, sans laisser transparaître la moindre émotion, avant de glisser vers son fils, qui le soutint avec la mâchoire crispée.
Puis, lentement, Astoria esquissa un sourire et tendit sa main vers la jeune fille pour la serrer poliment.
- Enchantée. Vous étiez à Poudlard avec mon fils, n'est-ce pas ?
- Oui, Madame, répondit Rose en hochant la tête.
Quelque chose dans l'attitude de la sorcière la mettait terriblement mal à l'aise. Elle ne pouvait s'empêcher de se sentir nue sous le regard froid d'Astoria Malefoy, comme si elle lisait en elle comme dans un livre ouvert. Comme si elle savait.
Rose rougit faiblement. À côté d'elle, elle se sentait négligée. Élégante jusqu'au bout des ongles, Astoria Malefoy était sans aucun doute une des plus belles femmes qu'elle n'ait jamais rencontrées. Sa beauté imposait naturellement l'admiration et son aura aristocratique forçait le respect.
- Asseyez-vous, Mademoiselle, la pria poliment Drago Malefoy.
Rose s'avança lentement et s'assit dans le canapé qu'il lui désignait d'un geste de la main. Les trois membres de la famille Malefoy prirent place à leur tour ; Astoria dans le fauteuil qu'elle venait de quitter, Scorpius et son père dans le canapé en face à la jeune fille.
- Je vous en prie, dit ce dernier, vous pouvez commencer quand vous voulez.
Rose s'éclaircit difficilement la gorge et hocha la tête, sortant de son sac son calepin et son crayon à papier, que les époux Malefoy observèrent en fronçant les sourcils.
- Bien, marmonna Rose d'une voix peu assurée en tournant les pages de son calepin, où elle venait d'enfermer les souvenirs que lui avait confiés Abraham Kulpritt une heure plus tôt à peine.
Elle inspira discrètement et releva la tête pour planter son regard dans celui de l'aîné des Malefoy, sans ciller.
- Si vous commenciez par me dire ce qui vous a motivé à proposer la loi anti-Loup-Garou ? Demanda la jeune fille.
Un mince sourire étira les lèvres de Drago Malefoy. A côté de lui, Scorpius ne trahissait pas la moindre émotion, tandis qu'Astoria observait la jeune fille avec une discrète curiosité.
- La loi Edward Fawley, vous voulez dire ? Corrigea Drago d'une voix doucereuse.
- Non, répondit Rose avec fermeté, sans la moindre trace d'irrespect dans la voix pour autant. Je voulais dire, la loi anti-Loup-Garou.
Drago arqua un sourcil.
- Vous savez, contrairement à ce que vous pouvez penser, je ne désire pas ouvrir la chasse aux Loups-Garous.
- Comment vous appelez ça, alors ? Traquer des sorciers innocents, qui veulent seulement se faire une place dans la société ? Qui voudraient seulement avoir un emploi et une famille sans être dévisagés parce qu'on leur a collé une étiquette répugnante sur le front ?
Drago Malefoy l'observa un moment sans dire un mot, avant de répondre ;
- Les Loups-Garous non-enregistrés représentent un danger pour la société, Mademoiselle Weasley, que vous le vouliez ou non. Et en tant que membre du Magenmagot, il est de mon devoir de veiller à ce que des lois et des réglementations plus strictes empêchent ce qui est arrivé au fils des Fawley se reproduire. La loi défendue par votre mère il y a quelques années était tout à fait honorable, ajouta-t-il en pinçant les lèvres, mais elle était naïve. Tout comme vous.
Malgré elle, Rose croisa le regard de Scorpius. Il l'avait accusée de la même naïveté, quelques semaines plus tôt, lorsqu'ils s'étaient croisés au Ministère, le jour où la loi avait été votée.
- En quoi représentent-ils un danger ? Répliqua-t-elle d'une voix sèche en reportant son attention vers le père du jeune homme.
- En quoi ? Répéta Drago en fronçant les sourcils. Où étiez-vous lorsqu'on a retrouvé le corps d'Edward Fawley complètement déchiqueté au lendemain de la pleine lune ?
Rose blêmit et ne put retenir un frisson de la parcourir. Voyant qu'il avait fait mouche, Drago Malefoy sourit.
- Vous voyez… Vous non plus, vous ne parvenez pas à justifier de tels actes.
- C'était un accident, bredouilla Rose d'une petite voix. Un accident tragique, mais un accident quand même…
- Un accident qui ne serait pas arrivé si Abraham Kulpritt s'était déclaré. S'il avait été enregistré, reprit-il, une aide aurait pu lui être apportée. Il aurait bénéficié des soins nécessaires, aurait reçu chaque mois sa dose de Potion Tue-Loup, et rien de tout cela ne serait arrivé…
- Et la solution, d'après vous, c'est d'envoyer tous les Loups-Garous à Azkaban ? Pour des crimes qu'ils n'ont même pas encore commis ? Demanda-t-elle d'une voix blanche en sentant la colère la submerger.
- Si c'est la seule solution pour que des innocents soient protégés, alors oui, j'estime que c'est la seule solution.
Rose fit de son mieux pour conserver son calme, mais son cœur battait furieusement dans sa poitrine.
- Pourquoi ne pas seulement encourager les gens à se déclarer dans ce cas-là ? Au lieu de les traquer, de faire d'eux des monstres, pourquoi ne pas leur tendre la main ? Pourquoi ne pas les aider à s'accepter ? Ne croyez-vous pas qu'une telle loi va dissuader les sorciers et les sorcières lycanthropes de s'enregistrer ? Demanda Rose en haussant légèrement le ton, emportée par ses émotions et les souvenirs encore frais de sa rencontre déchirante avec Abraham Kulpritt. La loi Edward Fawley incitera les Loups-Garous à rester cachés. Ils se sentiront rejetés, exclus, et…
- Et quoi ? L'interrompit-il. Vous pensez peut-être qu'il n'y a que des bons sorciers parmi eux ? Certains ne veulent de l'aide de personne. Certains d'entre eux sont des monstres à plus d'un titre, Mademoiselle. Vous ne savez pas de quoi vous parlez, vous êtes trop jeune.
- J'ai le même âge que votre fils, rétorqua la jeune fille en lui lançant un regard noir. Et ça ne l'empêche pas d'avoir choisi son camp.
- Son camp ? J'aime à croire que nous sommes tous dans le même camp, Mademoiselle Weasley. Que nous défendons tous ceux qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes. Qu'en penses-tu, Scorpius ? Demanda son père en se tournant vers lui.
Scorpius fixait Rose sans ciller, avec une nonchalance parfaitement mesurée. Il ne trahissait rien, ni émotion, ni sentiment, comme si la présence dans la pièce de la fille dont il était amoureux depuis des années à l'insu de ses parents ne l'affectait pas le moins du monde.
- Je pense que Rose croit défendre des innocents, dit-il finalement en haussant les épaules. Ce qu'elle ne comprend pas, c'est que ces innocents n'en sont pas.
- En quoi sont-ils différents des gens comme vous et moi ? Rétorqua-t-elle.
- La différence, répondit Scorpius en se penchant légèrement vers Rose, c'est que si tu tombais sur un Loup-Garou un soir de pleine lune, il n'hésiterait pas une seconde à planter ses crocs dans ton cou, souffla-t-il d'une voix froide, le regard voilé d'une émotion que Rose fut incapable de reconnaître.
Elle grimaça, ce qui n'échappa pas à l'aîné des Malefoy, qui lui adressa un sourire satisfait.
- D'autres questions ? Demanda-t-il avec une politesse dégoulinante de condescendance qui fit grincer les dents de Rose.
- Non, répondit-elle en secouant la tête. Je crois que je sais à quoi m'en tenir…
Elle referma sèchement son calepin et le jeta dans son sac avec son crayon.
- Bien, fit Drago Malefoy en se levant. Scorpius, tu la raccompagnes ?
- Oui, bien sûr.
- Parfait.
Il serra la main de Rose, Astoria se leva pour en faire de même, et Scorpius fit signe à la jeune fille de le suivre. Elle ne se fit pas prier, et, après avoir adressé un dernier regard aux parents du jeune homme, le suivit hors du salon.
La porte se referma derrière eux, et Scorpius baissa les yeux vers Rose, dont le teint était plus pâle qu'à l'ordinaire.
- Est-ce que ça va ? Souffla-t-il.
La jeune fille secoua violemment la tête, mais ne répondit rien.
- Rose, reprit-il, pourquoi es-tu venue ici ? Soupira-t-il d'une voix basse et fatiguée.
- Il fallait que je te voie, avoua-t-elle sans lever les yeux vers lui. J'ai… je suis allée à Azkaban…
Scorpius se tendit. Sa mâchoire se contracta et son regard se fit plus dur.
- Je suis allée voir Abraham Kulpritt. Il a dit que… il a dit qu'un jeune homme était venu quelques jours plus tôt, pour lui poser des questions.
- Qu'est-ce que ça a à voir avec moi ? Demanda-t-il d'une voix sèche.
- Je crois que tu le sais, dis Rose en levant son regard bleu vers lui. Je crois que tu es allé…
- Tu te trompes, coupa-t-il brutalement. Tu te trompes, oublie ça.
- Malefoy, je sais que c'était toi, je sais que tu…
Scorpius plaqua une main contre sa bouche et lui lança un regard noir. Rose écarquilla les yeux avec stupeur et se figea.
- Oublie ça, répéta-il dans un souffle en plantant son regard dans le sien avec sévérité. Rose, s'il te plaît… pour une fois, laisse tomber.
De longues secondes s'écoulèrent avant que Rose ne finisse par hocher la tête ; Scorpius laissa retomber sa main le long de son corps et poussa un lourd soupir. Ses lèvres s'entrouvrirent légèrement, comme s'il était sur le point de dire quelque chose, mais des bruits de pas se firent entendre dans l'escalier et tout son corps se tendit à nouveau. Cette fois, la panique agita son regard gris. Jamais encore Rose n'avait vu le jeune homme céder à la panique. Les Malefoy étaient calmes. Ils maîtrisaient leurs émotions à la perfection.
- Malefoy, qu'est-ce qu'il…
- Sors, la coupa-t-il brusquement. Dépêche-toi, va-t'en.
- Mais il faut qu'on…
- Maintenant, Rose ! Ordonna-t-il, d'une voix implacable et sévère, son ton ne laissant aucune place à la discussion.
Les prunelles de la jeune fille vinrent se planter dans les siennes, et elle blêmit Scorpius avait peur. C'était une chose à laquelle elle n'était pas habituée, et cette-fois, même sa curiosité maladive ne l'emporta pas.
Elle hocha la tête, fébrile, et se dégagea de son emprise sur son bras.
- Très bien.
Et elle tourna les talons, laissant Scorpius regarder sa silhouette s'éloigner, impuissant. Il vit la porte du Manoir se refermer derrière elle, et entendit le craquement faible et lointain particulier au transplanage avec soulagement. Les pas s'étaient rapprochés, et lorsqu'il se retourna, Scorpius tomba nez-à-nez avec Lucius Malefoy.
- Nous avions un invité ?
- Une journaliste, répondit simplement Scorpius en haussant les épaules en faisant de son mieux pour adopter une attitude détachée.
Lucius Malefoy grimaça avec mépris.
- Qu'est-ce qu'elle voulait ?
- Une interview de Père. Ça n'a pas duré très longtemps, il s'est montré ferme.
- Parfait, sourit le vieil homme en s'éloignant à nouveau.
Scorpius le regarda avec mépris et dégoût se diriger vers le petit salon, sûrement dans le but de noyer son propre pathétisme dans le Whisky-Pur-Feu.
Une main se posa sur son épaule, et il se retourna vers sa mère, qui l'observait avec un mince sourire.
- Tu as fait ce qu'il fallait en soutenant ton père, lui dit-elle. Tu peux être fier de toi.
Scorpius contracta la mâchoire, mais ne répondit pas un mot. Le sourire d'Astoria Malefoy s'étira et elle pencha légèrement la tête sur le côté.
- C'est une fille absolument charmante, commença-t-elle. Elle est très jolie. Je comprends mieux ce qui t'a attiré chez elle…
- Rose est plus que…
- Je sais, le coupa sa mère. Jolie et intelligente… Dans une autre vie, elle aurait été parfaite pour toi…
Cette fois, Scorpius fut incapable de contenir ses émotions et les laissa le submerger.
- Non, ordonna-t-il d'une voix basse, mais implacable. Vous n'avez pas le droit de parler d'elle, mère. Vous n'avez pas le droit de…
- Scorpius, les interrompit la voix sans appel de son père, qui venait d'apparaître dans le couloir à son tour. Dans mon bureau.
Scorpius se tendit, mais hocha la tête sans un regard pour sa mère, et suivit son père dans son bureau, à l'étage supérieur.
Il grimpa lentement les escaliers derrière lui, sans dire un mot, et entra dans son bureau à sa suite. Drago fit le tour du bureau pour s'asseoir dans son fauteuil, tandis que Scorpius se laissa tomber avec humeur dans le sien.
- Depuis quand ? Demanda Drago de but en blanc, les mains croisées sur son bureau.
- De quoi tu parles ? Répondit Scorpius sur un ton le plus léger possible.
Son père lui lança un regard noir, qui voulait clairement dire '"ne te fiches pas de moi ou tu le regretteras".
- Depuis quand couches-tu avec la fille des Weasley ? Réitéra-t-il avec froideur.
Scorpius se figea dans son fauteuil, et son regard se voila de colère et d'amertume.
- Je ne couche pas avec elle, répondit-il avec irritation.
- Ne joue pas à ça avec moi, Scorpius. Nous savons tous les deux que ce n'est pas moi qu'elle venait voir aujourd'hui. Elle a sauvé les apparences en prétextant vouloir une interview, mais si tu crois une seconde que j'ai avalé ces salades, tu te trompes.
Son regard froid ne lâcha pas celui de son fils un seul instant.
- Alors je vais te le demander une dernière fois ; depuis quand, Scorpius ?
Les poings de Scorpius se crispèrent sur les accoudoirs de son fauteuil, mais il se refusa à répondre. Un long moment passa, avant qu'il ne relève la tête et plante son regard dans celui de son père.
- Ça ne vous regarde vraiment pas, lâcha-t-il finalement.
Il se leva brusquement, sans daigner adresser un dernier regard à son père, et quitta le bureau en claquant la porte.
26 Janvier 2025 – Aberdeen, Écosse
Lorsque Rose apparut sur le perron de sa maison et entra chez elle, elle se força à inspirer profondément pour rassembler son courage.
Jamais elle n'aurait pensé en se levant ce matin-là que sa journée prendrait de telles propensions. Elle devait simplement se rendre à Azkaban, interroger Abraham Kulpritt, et rentrer chez elle pour rédiger un article qui lui vaudrait les louanges de son patron. Et c'était tout.
Elle n'avait pas imaginé un seul instant que sa visite à Azkaban la mènerait au Manoir des Malefoy. Elle n'avait pas imaginé se retrouver dans la même pièce que Scorpius et ses parents. Elle n'avait pas imaginé qu'elle se sentirait si mal, si lasse, si déboussolée.
Mais elle l'était.
Lentement, elle se dirigea vers la cuisine, pour se faire un thé – "Le meilleur remède contre les petits coups de blues", disait souvent sa grand-mère, – avant de monter à l'étage pour se réfugier dans sa chambre, une tasse brûlante dans les mains.
Elle avait un article à écrire, et rien, pas même Scorpius Malefoy et ses signaux contradictoires ne l'en empêcheraient.
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Rose ne posa pas sa plume avant d'avoir terminé son article. Pendant des heures, elle gratta furieusement le parchemin dans un grincement désagréable, même lorsque ses parents furent tous les deux rentrés, eurent essayé de la convaincre de manger quelque chose, et furent allés se coucher, un peu avant minuit.
Les yeux rougis, elle bailla longuement lorsque, enfin, elle mit un point final à son article. Elle se frotta les yeux derrière les lunettes rondes qu'elle portait pour lire ou travailler, avant de reprendre sa plume pour relire et corriger les pages qu'elle avait passé de longues heures à noircir.
« Qui sont les vraies victimes de la Lycanthropie ?»
Il y a peu, le nom d'Abraham Kulpritt était sur toutes les lèvres. À quelques jours de la première pleine lune suivant le vote de la loi « Edward Fawley », de nombreuses questions restent sans réponse. Interrogé sur les raisons qui l'ont motivé à défendre cette loi, Drago Malefoy, membre du Magenmagot, répond qu'il est nécessaire de protéger les humains, quels qu'ils soient, contre des « monstres » contre lesquels ils n'ont pas les armes pour se défendre. Il explique que pour éviter de nouveaux cadavres, de nouvelles victimes, il est indispensable d'isoler et d'enfermer les sorciers lycanthropes non-enregistrés qui constitueraient un danger pour l'ensemble de la société. A l'entendre, la chasse aux Loups-Garous, dont est chargée l'Unité Spéciale nouvellement constituée, ne serait donc rien d'autre qu'une brigade dont le but est de « protéger », et non de « traquer ».
Mais si l'Unité Spéciale nous protège, nous, contre les Loups-Garous, qui les protège, eux ? Qui protège les Loups-garous de notre cruauté ? De notre égoïsme ?
Le Ministère nous parle d'innocents, je vous parle de victimes ;
Abraham Kulpritt en est une.
Bien avant le tragique accident du 9 avril 2024, cet homme, accusé du meurtre du petit Edward Fawley, a vu sa vie basculer. C'est cette histoire, que je me dois de vous raconter. Celle d'un homme brisé. Celle d'un homme qui, du jour au lendemain, a tout perdu. Son emploi, sa famille, sa vie. Il n'est pas né Loup-Garou, il l'est devenu. Or, contrairement à la mort du fils unique de Sigmund et Aurora Fawley, cela n'avait rien d'un accident. Cet homme, père de famille, a vu son existence bouleversée lorsqu'un soir de pleine lune, alors qu'il campait avec sa famille, il a eu le malheur de croiser la route d'un véritable monstre. Si le nom de Fenrir Greyback vous dit quelque chose, c'est parce qu'il fut longtemps considéré comme l'un des sorciers les plus cruels de son temps. Fidèle partisan de Voldemort, il rejoignit ses rangs dans le but de s'adonner à son jeu favori – la chasse humaine – et fut capturé par les Aurors peu après la chute du mage noir. Fenrir Greyback fut l'un des premiers à revendiquer sa lycanthropie et à en jouir comme d'une arme.
Abraham Kulpritt fut l'une de ses nombreuses victimes, avant d'être la victime de notre société. Victime d'une société où nous rejetons la différence parce qu'elle nous effraie Victime d'une société qui alimente la haine et encourage la violence en pointant du doigt ces différences qui font que nous sommes humains.
Au lieu de marginaliser les Loups-Garous et d'en faire les boucs-émissaires de nos problèmes, ne devrions-nous pas plutôt leur tendre la main ? Les aider à vivre parmi nous au lieu de les rejeter et d'encourager la haine ?
Parce que si au lieu de les chasser, nous avions dès le départ fait en sorte qu'ils se sentent acceptés, si nous avions tout mis en œuvre pour qu'ils ne soient pas dévorés par la honte, alors, beaucoup d'accidents comme la mort d'Edward Fawley auraient certainement pu être évités. Plutôt que de blâmer un homme qui ne peut décemment pas être jugé responsable de sa condition, nous devrions commencer par nous blâmer nous, qui sommes responsables de la honte dont nous les embarrassons quotidiennement.
Peut-être que les Loups-Garous ne sont pas les coupables. Peut-être qu'ils sont tout simplement nos victimes. » Un article de Rose Weasley
Satisfaite, Rose esquissa un léger sourire et posa sa plume pour de bon. Elle roula son parchemin, le ferma avec un petit ruban bleu, et se leva. Elle s'étira, se dévêtit pour enfiler son pyjama et s'écroula sur son lit avant de s'enrouler dans sa couette avec bonheur.
Le cœur agité après la journée qu'elle venait de vivre, elle laissa le sommeil l'envelopper et l'emmener dans un monde de rêve et de souvenirs.
2 avril 2023 – Bibliothèque, Poudlard, Écosse
Hissée sur la pointe des pieds, Rose tendait le bras pour attraper un livre sur une des étagères en hauteur, lorsqu'une main étrangère se referma sur le manuel convoité. Elle fronça les sourcils et se retourna pour protester, lorsqu'elle vit Scorpius le lui tendre avec un sourire moqueur. Elle leva les yeux au ciel avant de lui prendre le livre des mains et d'aller se rasseoir à la table où elle travaillait, seule.
Elle l'entendit tirer la chaise à côté de la sienne et s'asseoir, mais l'ignora.
- Tu sais, tu es censée dire merci, Rose…
- Merci, répliqua-t-elle en balayant sa remarque d'un geste de la main, sans pour autant tourner la tête.
- Pas comme ça, dit-il en levant les yeux au ciel, l'ombre d'un sourire amusé dansant sur ses lèvres.
Malgré elle, Rose laissa échapper un léger rire, mais elle se reprit en se mordant la lèvre. Elle pivota sur sa chaise pour faire face au jeune homme et secoua la tête avant de fermer les yeux et de se pencher vers lui pour l'embrasser doucement sur les lèvres.
- Mieux ? Souffla-t-elle.
- Beaucoup mieux. Je commençais à croire que mon père avait raison, et que vous autres, les Weasley, n'aviez aucune manière…
Elle le frappa dans la poitrine, mais il se contenta d'éclater de rire avant de l'attirer brusquement vers lui en posant une main dans sa nuque, et d'écraser ses lèvres sur les siennes avec légèreté.
- Quelqu'un va nous voir, chuchota-t-elle en souriant contre ses lèvres, les paupières fermées sur ses grands yeux bleus rieurs.
- C'est la dernière sortie de l'année, tout le monde est à Pré-au-Lard, répondit-il en haussant les épaules.
- Oh, comprit Rose, en se détachant du jeune homme et en reportant son attention sur son devoir, le cœur lourd.
Un bref instant elle avait cru que… Mais c'était stupide. Jamais il ne serait prêt à révéler leur relation à qui que ce soit. Cinq mois qu'ils sortaient secrètement ensemble, et rien n'avait changé.
Scorpius fronça les sourcils en voyant sa petite-amie s'écarter de lui avec froideur.
- Rose…
- Je travaille.
Il sentit son cœur se contracter douloureusement et se pencha vers la jeune fille pour enfouir son visage dans son cou.
- Je suis désolé, soupira-t-il. Je ne voulais pas…
- Je sais, le coupa-t-elle. Tu ferais mieux de rejoindre tes amis avant que l'un d'eux ne nous voie ensemble, répliqua-t-elle froidement.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire.
- C'est exactement ce que tu voulais dire.
Il releva la tête et encadra son visage avec ses mains pour planter son regard dans le sien.
- Ce n'est pas si simple…
Lorsque Rose ne répondit rien, il poursuivit ;
- Je voudrais pouvoir passer tout mon temps avec toi, sans avoir à me cacher, et tu le sais.
Rose baissa les yeux, mais recouvra ses deux mains des siennes en soupirant.
- Je sais. C'est juste que… j'aimerais… j'aimerais pouvoir dire à tout le monde que je t'aime sans avoir peur de…
- Moi aussi, coupa-t-il avec un faible sourire avant de l'embrasser délicatement.
Elle se laissa faire, docilement, savourant la chaleur de ses lèvres contre les siennes. Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, Rose se sentait toujours chez elle dans son étreinte rassurante. Aussi froid et distant qu'il paraissait en temps normal, il devenait tendre, drôle, et chaleureux lorsqu'ils étaient seuls.
Elle releva les yeux vers lui avec hésitation en se mordant la lèvre, mais refoula la question qu'elle mourrait d'envie de lui poser. Alors pourquoi ?
- Quand on aura quitté Poudlard, ce sera plus simple. On aura qu'à…
- En quoi ? L'interrompit-elle d'une petite voix. En quoi ce sera plus simple ? Tu seras toujours un Malefoy, et je serais toujours une Weasley.
Scorpius ferma brièvement les yeux avant de soupirer.
- Je ne veux pas parler de ça maintenant. Je veux seulement profiter de ce qu'on a là, tout de suite.
- Tu vois, c'est justement ça le problème, sourit douloureusement la jeune fille. On n'a rien. On n'a rien du tout, parce que tout ça, c'est du vent. Si on venait à disparaître, qui se souviendrait qu'on s'est aimés ? Personne.
- Rose…
- Tu sais que j'ai raison. Tu refuses seulement de l'admettre.
Scorpius ne sut quoi répondre, alors il demeura silencieux. La douleur dans le regard de la fille dont il était si profondément amoureux lui était insupportable, mais il ne savait pas comment la faire disparaître.
Alors, comme toujours lorsqu'il se sentait impuissant, il referma ses bras autour de Rose pour se rassurer, pour se convaincre que sa présence était tout ce dont il avait besoin pour être heureux.
Mais ça ne l'était pas.
N/A : Bonjour à tous ! Voilà déjà le chapitre IV ! Avouez que la semaine est passée vite. Moi, je n'ai pas vu les jours défiler, personnellement... Mais peu importe. Nouvelle confrontation éclaire entre Scorpius et Rose dans ce chapitre. Enfin, entre Rose et la quasi-totalité de la famille Malefoy, à vrai dire... Et un article furieux et engagé de Rose, comme on pouvait s'y attendre après sa visite à Azkaban et au Manoir. Et un nouveau Flash-Back, qui nous en apprend un peu plus sur la fragilité de leur couple à l'époque, finalement. J'espère que l'entrée fracassante de Rose au Manoir ne vous aura pas désappointés, en tout cas ^^
Merci encore à tout ceux qui prennent le temps de lire cette histoire, et bon week-end à tous ! :-)
RàR : à Valentine ; Ravie que le contexte politique te plaise, parce qu'il va clairement rythmer cette histoire du début à la fin. Merci pour ton soutien, je suis très contente que aies décidé d'embarquer avec moi :-)
à Mea95Gryffondor ; Ah, ça pour être compliquée... ou peut-être qu'elle ne l'est pas finalement. Peut-être que ces les personnages qui la rendent compliquée, alors que vraiment, la situation est simple. Je ne sais pas trop ^^ Je suis on ne peut plus d'accord avec toi. Le monstre n'est pas toujours celui qu'on croit ;) Ravie que tu aimes Charlotte, qui de toute évidence n'était pas insensible aux charmes de Scorpius non plus, effectivement xD - mais pourquoi ses fesses alors que ses épaules sont si masculines et larges, et fortes... ? :p Bref! Merci encore et encore pour tes reviews si encourageantes ^^
à Nahis ; Bienvenue sur cette histoire ! Je suis très contente qu'elle t'ait plu jusque-là ; j'ai beaucoup travaillé sur toute ce débat sur les loups-garous, et j'espère qu'à la fin, j'aurais réussis à donner mon avis sans trop trahir l'histoire et les personnages que j'y fait évoluer ^^ Merci pour tes compliments, en tout cas, je les prends avec plaisir :)
