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Chapitre VII
« Of Boxes and True Monsters»
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11 septembre 2022 – Bibliothèque, Poudlard, Ecosse
Il détestait les travaux de groupe. Non pas qu'il était l'un de ces types solitaires dont l'arrogance poussait à l'isolement, non. Enfin pas tout à fait. Seulement, il aimait travailler seul. Il aimait avoir le contrôle de ce qu'il faisait et ne supportait pas d'être ralenti par quelqu'un qui ne prenait pas ses études avec autant de sérieux que lui.
Cette fois en revanche, il ne savait pas comment appréhender la situation. Sa partenaire était Rose Weasley, une rouquine aux nombreuses tâches de rousseur, qu'il avait toujours respectée académiquement – quoi qu'en dise son père -, mais dont il ne savait pas grand chose, pour ne lui avoir que rarement adressé la parole. C'était tout juste s'il la connaissait à vrai dire, et encore, que de nom.
Un nom qu'on lui avait appris à ignorer. Voire même, à éviter autant que possible.
Pour toutes ces raisons, Scorpius Malefoy était réticent à l'idée de retrouver la jeune fille en question à la bibliothèque, et c'est donc en marchant à reculons et en grinçant des dents qu'il franchit la porte et se dirigea vers la section métamorphose où elle était supposée l'attendre.
À cette heure avancée un dimanche matin, la bibliothèque était étrangement déserte et silencieuse, et il n'eut donc aucun mal à trouver la jeune fille. Tranquillement assise à une table, entourée de livres, elle avait le nez plongé dans ses notes, et fronçait les sourcils en signe d'intense réflexion. Elle avait abandonné sa robe mais gardé son uniforme par dessus lequel elle avait enfilé un pull informe en laine bleue, qui, de toute évidence, avait été tricoté à la main. Tant de mauvais goût le fit intérieurement grimacer, mais il conserva une expression indifférente et s'avança calmement vers elle.
Rose releva la tête en l'entendant arriver, cligna des yeux, puis, à sa grande surprise, lui adressa un immense sourire.
Un sourire qui n'avait rien de figé ou d'hypocrite. De froid ou de mesquin.
Un sourire auquel on l'avait rarement habitué et qui le déstabilisa pendant une fraction de seconde. Un sourire qui le déstabilisa lui, Scorpius Malefoy, maître de ses émotions et des expressions qui glissaient sur son visage.
Il eut un moment d'hésitation, pris de cours par l'attitude si avenante de la jeune fille, mais réciproqua un sourire, qui malgré ses efforts, n'avait rien de la chaleur du sien, loin de là. Si ses sourires à elle étaient comme des soleils, ses sourires à lui étaient tout juste polis.
Il tira la chaise en face de la sienne et s'assit posément en entreprenant de sortir ses affaires.
- J'ai pensé qu'on pourrait commencer à mettre en commun nos recherches...
Scorpius arqua un sourire et vit le sourire de Rose s'effriter quelques peu.
- Oh, fit-elle en rougissant faiblement. J'avais pensé que… Te connaissant, j'avais pensé que tu ferais des recherches de ton côté avant de… ça ne fait rien, on aura qu'à utiliser les miennes ! S'exclama-t-elle soudainement en affichant à nouveau un sourire éblouissant de sincérité.
Et cette fois, son sourire ne se contenta pas de le déstabiliser. Non. Il le désarma complètement. Pendant ce qui lui parut être une éternité, Scorpius fut tout simplement incapable de détacher son regard de ses lèvres roses et pleines, étirées vers le haut en creusant des fossettes dans ses joues rondes parsemées de pâles tâches de rousseur.
Pourtant, très vite il se ressaisit et se composa son masque favori d'indifférence courtoise.
- Non, j'ai fait des recherches, répondit-il finalement d'une voix grave et désintéressée en haussant les épaules avec nonchalance.
Le sourire de Rose s'élargit davantage encore, si toutefois c'était possible, et Scorpius fronça les sourcils avec raideur.
- Mais que ce soit clair, précisa-t-il, mal à l'aise avec l'aisance dont elle faisait preuve, tu ne me « connais » pas. Nous ne sommes pas amis.
Scorpius vit Rose écarquiller ses grands yeux bleus stupéfaits et ses lèvres s'écarter légèrement, comme si elle était sur le point de rétorquer quelque chose, avant de refermer la bouche abruptement. Ses tâches de rousseur disparurent sous un fard écarlate qui jurait terriblement avec ses cheveux mais que Scorpius trouva étrangement ravissant, et elle fronça les sourcils à son tour.
- Très bien Malefoy, comme tu voudras.
Scorpius ne sut pas très bien pourquoi, mais à cet instant, l'idée que Rose Weasley puisse – après une poignée de minutes à peine – l'avoir rangé définitivement dans le tiroir étiqueté « crétin arrogant » ou pire encore, celui sobrement intitulé « Malefoy », – comme si son nom seul suffisait à justifier son attitude –, le fit fléchir légèrement.
Elle n'avait rien fait pour mériter l'extrême indifférence qu'il réservait aux idiots qu'il était forcé de côtoyer à longueur de temps. Peut-être que l'habitude avait eu raison de lui. L'habitude, ou bien l'éducation rigide qu'il avait reçue, faite de valeurs archaïques et de sourires hypocrites.
- Désolé, lâcha-t-il soudain, d'une voix parfaitement maîtrisée – se surprenant lui-même –, comme s'il s'appliquait à demeurer Scorpius Malefoy tout en essayant de lui faire comprendre qu'il n'était pas que cela.
La jeune fille releva vers lui de grands yeux bleus écarquillés, mais demeura silencieuse plusieurs secondes, le détaillant en fronçant légèrement les sourcils comme si elle était face à une équation arithmétique particulièrement complexe. Puis, lentement, il vit un sourire se glisser sur ses lèvres et une pépite amusée briller dans son regard. Elle sembla réprimer un rire, et, tout en penchant légèrement la tête sur le côté, elle lui tendit une main par dessus la table ;
- Rose Weasley.
Interdit, Scorpius la fixa du regard plusieurs secondes, avant d'abaisser ses yeux sur la petite main tendue devant lui. Il eut tout juste le temps de remarquer les quelques tâches de rousseur qui parsemaient le dos de sa main et d'esquisser un mince sourire, avant de se ressaisir et de reporter son regard sur le visage de Rose Weasley et de lui serrer la main.
Le sourire de Rose s'élargit lorsqu'il répondit à son geste en se présentant à son tour, énonçant son nom d'une voix claire et forte.
Et, l'espace d'un bref instant, alors que les lèvres du jeune homme frémirent sans son accord, Rose crut apercevoir quelqu'un d'autre derrière le masque.
2 mars 2025 – Wiltshire, Angleterre, Manoir Malefoy
Scorpius se réveilla le cœur lourd. Toute la nuit, il avait rêvé de sourires et de tâches de rousseur, et lorsqu'il avait ouvert les yeux, il avait réalisé avec amertume qu'il ne s'agissait que de souvenirs. Des souvenirs à la fois plaisants et douloureux, plus vivaces maintenant qu'il avait perdu tout espoir de les voir se répéter un jour.
Leur lâcheté avait toujours coûté très cher aux hommes de la famille Malefoy, mais cette fois, Scorpius était persuadé d'être celui qui avait perdu le plus.
Il repoussa ses draps d'un coup sec et se leva, attrapant sa baguette sur sa table de chevet au passage. Il la pointa négligemment vers les rideaux accrochés à ses fenêtres et ils s'ouvrirent brutalement, permettant à la lumière du soleil matinal d'éclairer la pièce jusque là plongée dans le noir complet. Il se frotta les yeux en soupirant, et alla s'enfermer dans sa salle de bain, sans un regard pour le miroir accroché au-dessus du lavabo. Il savait ce qu'il y verrait, et il n'avait aucune envie d'être confronté au fantôme qui avait revêtu ses traits ces dernières semaines. Il laissa l'eau chaude défroisser les muscles endoloris de son dos, et avisa la nouvelle cicatrice qui décorait son bras gauche, du haut de son épaule jusqu'à son coude. Deux pleines lunes seulement, et il avait déjà une collection de cicatrices à faire pâlir d'envie le plus célèbre balafré de l'Histoire des Sorciers du Royaume-Uni, qui portait sur son front des années d'héroïsme.
Il poussa un long soupir en sortant de sa douche et enroula une serviette autour de sa taille sans prendre le temps de se sécher les cheveux.
Il regagna sa chambre et se laissa tomber sur son lit, éreinté.
Son regard se posa sur la petite boîte en argent posée sur son bureau et il déglutit difficilement. Lorsqu'il avait demandé à Scar de la lui restituer, il avait pensé que… il avait pensé qu'il lui suffirait de faire preuve d'un peu de courage. Qu'il lui suffirait de l'ouvrir pour faire taire ses doutes. Qu'il lui suffirait d'imaginer le futur et d'y croire pour qu'il se réalise.
Mais aujourd'hui, il avait conscience que c'était impossible. Tout ce temps, il avait demandé à Scar de cacher cette boite, de la conserver à l'abri des regards et des questions, et avait entretenu l'espoir qu'un jour il pourrait en faire ce qu'il avait toujours été censé en faire…
Mais c'était ridicule. Outrageusement ridicule d'avoir de l'espoir alors qu'il était né dans une famille où l'on en avait plus depuis des années.
Il tourna sèchement la tête et se leva, se défaisant de sa serviette pour se vêtir.
- Scar ! Appela-t-il ensuite d'une voix étonnement enrouée.
Un crac sonore se fit entendre, et la petite elfe de maison apparut aussitôt.
- Maître Scorpius a besoin de Scar, Monsieur ? Couina-t-elle en courbant lentement l'échine.
Scorpius désigna la boîte du menton, les traits tirés par le dégoût.
- Reprends-la. Je n'en aurais plus besoin finalement…
- Mais Monsieur, couina l'elfe d'une petite voix affolée, son regard allant de la boîte à Scorpius avec une expression presque attristée.
- Fais-en ce que tu veux, je te la donne. Jette-la, vends-la… ça m'est égal, dit-il d'un ton dur et détaché qui ne ressemblait que trop au Malefoy qu'il avait définitivement choisi d'être.
Les grands yeux de l'elfe s'écarquillèrent d'effroi et elle secoua la tête d'un air angoissé.
- Scar n'en veut pas, Monsieur ! Scar ne peut pas la prendre ! Maître Lucius serait furieux s'il l'apprenait et le pauvre cœur de feu Maîtresse Narcissa serait brisé… Le maître ne peut pas la donner à Scar, elle appartient à Monsieur Scorp…
- C'est un ordre, coupa Scorpius d'une voix basse et sans appel.
Scar déglutit, visiblement tiraillée entre une irrépressible volonté d'obéir et son propre refus de se voir restituer un bien aussi précieux. Mais voyant que la petite créature ne bougeait pas, Scorpius se leva et se dirigea d'un pas décidé vers son bureau. Il s'empara de la boite et se retourna vers Scar pour la lui remettre de force entre les mains.
- Je ne veux plus la voir. Plus jamais, ajouta-t-il en tournant les talons pour aller s'enfermer dans sa salle de bain, laissant l'elfe seule dans sa chambre, les genoux tremblants, les yeux rivés sur la boite qu'elle tenait désormais dans les mains.
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Scorpius n'accorda pas de seconde pensée à la boite. Il finit de s'habiller, descendit prendre son petit-déjeuner avec ses parents et son grand-père, supporta sans rien dire le silence écrasant qui régnait dans l'immense salle à manger du Manoir, et lorsqu'il eut avalé un petit-déjeuner parfaitement équilibré, il regagna sa chambre en silence afin de terminer de se préparer pour se rendre au Ministère.
Fin prêt, Scorpius redescendit au salon, où l'attendait son père d'un pied ferme devant la cheminée. Ils avaient rendez-vous au Ministère avec le reste de l'Unité et une équipe d'Aurors pour faire le compte-rendu des événements de la nuit précédente et tenter de trouver une explication au chaos qui avait régné.
- Comment va ton bras ? Demanda Drago en désignant l'épaule de son fils du menton.
- Mieux, répondit sobrement Scorpius en croisant le regard gris de son père.
Ce dernier esquissa un bref sourire et hocha la tête ;
- Tant mieux. Je… je suis content que tu t'en sois sorti vivant, dit-il en détournant les yeux, d'une voix plus basse, et bien moins assurée qu'à l'accoutumée.
Un moment pris au dépourvu, Scorpius fit de son mieux pour rester impassible, mais son regard gris fouilla celui de son père à la recherche d'un indice sur ses émotions. Pensait-il au père de famille qui était mort la nuit dernière, à la suite de ses blessures, en essayant de protéger sa femme et ses deux fils ? Pensait-il aux cicatrices qu'il portait depuis qu'il l'avait embarqué avec lui dans sa croisade contre les Loups-Garous ? Pensait-il à…
Non. Rien de tout ça ne semblait animer le regard de son père, du même gris métallique que le sien. Mais après tout, Drago Malefoy aussi était maître dans l'art de jouer la comédie. Façonné à son image, Scorpius était la copie conforme de son père. Aux yeux des autres, tout du moins.
Scorpius soupira et rompit le contact visuel avec une fureur refoulée dans ses poings crispés, et un embarras aisément dissimulé derrière un masque impassible.
Son père se racla la gorge et désigna la cheminée d'un geste de la main.
- Après toi.
2 mars 2025 – Deuxième Étage, Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie
Rassemblés dans une salle de réunion au niveau 2 du Ministère, les membres de l'Unité Spéciale et l'équipe d'Aurors déployée sur l'affaire étaient assis chacun dans leur coin et ne prononçaient pas un mot. Ils attendaient Harry Potter et Drago Malefoy, censés les briefer sur la situation. Si les Aurors étaient déjà plus ou moins au courant, ce n'était pas le cas des membres de l'Unité. Herod Shafiq et Ernault Kopf étaient toujours à l'hôpital, si bien que Gregory Goyle, Elvir Sesam, et Scorpius étaient les trois seuls membres présents de l'Unité à avoir une idée de la situation pour avoir été sur le terrain la nuit précédente. Pour autant, ils ne savaient pas grand chose de l'attaque surprise dont ils avaient été les cibles et les victimes.
Assis entre Goyle et un type nommé Emond Grey, Scorpius ne pouvait s'empêcher de lancer des coups d'œil furtifs vers l'autre côté de la table, où étaient regroupés les Aurors de l'équipe en charge de l'affaire. Ron Weasley discutait à voix basse avec un de ses collègues, et le jeune homme était tout simplement incapable d'apprivoiser sa curiosité. Rose ressemblait à son père des pieds à la tête. Le même regard bleu électrique, des cheveux du même roux flamboyant, et des poignées de tâches de rousseur éparpillées sur le visage, comme si Merlin les avait distraitement éclaboussés de son pinceau.
Il réprima un soupir de frustration et détourna le regard en fermant les paupières, se forçant à penser à autre chose que les tâches de rousseur dont le corps de Rose était recouvert. Parce que si son père, un Auror super-entraîné, avait une idée des images qui défilaient dans sa tête ou des souvenirs qu'il ne cessait de rejouer, encore et encore, il n'hésiterait sûrement pas plus d'une demi-seconde avant de lui arracher la tête. Ou pire.
Lorsque la porte crissa et s'ouvrit, le silence tomba aussitôt sur la petite assemblée, et tous les regards se portèrent sur les deux hommes qui pénétrèrent dans la pièce. Scorpius croisa brièvement celui de son père, et ce dernier secoua discrètement de la tête, les traits tendus. Il semblait avoir vieilli de dix ans depuis le début de la matinée.
Drago s'assit tandis qu'à côté de lui Harry resta debout à l'une des extrémités de la table. Lui aussi semblait avoir vieilli. Il avait l'air épuisé, abattu.
Et soudain, Scorpius revit Rose porter cette douloureuse expression qui l'avait rendu si furieux, lorsqu'elle avait refusé de lui dire ce qu'il se passait.
Harry s'éclaircit maladroitement la gorge avant d'inspirer profondément et de sonder son assemblée, membre par membre, par dessus ses épaisses lunettes rondes.
- Bien. Si je vous ai demandé à tous de venir aujourd'hui, c'est parce que la situation est plus grave qu'on ne le pensait.
Il s'interrompit, soupira, puis reprit ;
- Il y a quelques temps, nous avons commencé à recevoir des lettres de menaces, signées par un certain Gideon Redfur. Je sais que ce nom est familier pour beaucoup d'entre vous, mais pour ceux qui ne le sauraient pas, dit-il, son regard s'attardant sur Scorpius et un autre membre de l'Unité plus jeune que les autres, Redfur est un Loup-Garou qui a longtemps été un des disciples de Fenrir Greyback.
Il se racla à nouveau la gorge, visiblement mal à l'aise, puis lança un regard vers Drago Malefoy qui hocha la tête, la mâchoire crispée.
- Lorsque la loi a été votée, reprit Harry avec sobriété, Redfur a souhaité porter à notre attention son… son mécontentement.
Voyant que certains membres de l'Unité étaient déjà sur le point de rétorquer avec véhémence, Harry leva une main et secoua la tête ;
- Je ne blâme personne, nous ne sommes pas là pour nommer des responsables, mais pour trouver ensemble le moyen de les arrêter.
- Qui ça, "les" ? Demanda soudain une petite sorcière au visage rond qui faisait partie de l'Unité. Qui sont-ils exactement ?
- Nous ne le savons pas, répondit Drago Malefoy, tandis qu'Harry hochait la tête.
- Et c'est exactement pour cette raison que nous aurons besoin de travailler ensemble, expliqua Harry. Pour l'instant, ça doit être notre priorité absolue, peu importe nos divergences d'opinion.
- Et pourquoi ? Intervint Goyle, le regard noir. En quoi est-ce que cette affaire concerne les Aurors ? Les Loups-Garous sont à nous.
Scorpius vit Harry fléchir avec dégoût, mais se retenir par respect, et lorsqu'il fut sur le point de répliquer, c'est son meilleur ami qui prit la parole ;
- Parce que si on veut retrouver cette meute et les arrêter, on aura besoin de faire fonctionner nos cerveaux. Chose dont tu as toujours été dépourvu, Goyle, répliqua Ron en laissant échapper un grognement sarcastique.
Gregory Goyle se retourna brusquement en serrant les poings, son regard noir vissé sur l'Auror qui avait osé lui manquer de respect.
- Si l'opinion d'un minable comme toi m'importait, Weasley, j'aurais…
- Ça suffit, intervint froidement Harry en lançant un regard réprobateur à son meilleur ami qui se contenta de lever les yeux au ciel. Encore une fois, nous ne sommes pas là pour ça.
Il se passa une main sur les yeux, par dessous les verres de ses lunettes, avant de reprendre ;
- Ecoutez, il va falloir qu'on mette tous nos différends de côté tant que Redfur et le reste de sa meute n'auront pas été arrêtés. La situation dépasse le cadre de la loi. On n'a pas affaire à des Loups-Garous isolés et inoffensifs qui ont refusé de s'enregistrer, mais à des Loups-Garous dangereux, révoltés, et organisés. Ils savent ce qu'ils font et ce qu'ils veulent, et ils ne s'arrêteront pas tant qu'ils ne l'auront pas obtenu.
- Potter a raison, intervint finalement Drago d'une voix inhabituellement lasse. Qu'on le veuille ou non, on aura besoin de travailler ensemble sur cette affaire.
Harry hocha la tête, et Drago poursuivit ;
- Nous avons un mois avant la prochaine pleine lune, et pas une minute à perdre si on veut éviter un nouveau carnage.
- Notre but est de les identifier et de les empêcher de nuire.
Scorpius, qui n'avait pas pipé mot, le cœur au bord des lèvres, leva les yeux vers Harry et son père et prit la parole
- Et comment ? Comment va-t-on réussir à les identifier ? On ne sait même pas par où commencer.
Il vit Harry échanger un regard furtif avec Drago et pousser un long soupir qui en disait long sur l'étendue de la situation.
- Très bonne question, lâcha-t-il sur un ton las et résigné.
2 mars 2025 – Wiltshire, Angleterre, Manoir Malefoy
Ce soir-là, Scorpius arriva au Manoir la tête pleine à craquer, le cœur lourd de révélations. Toute la journée, l'Unité et le groupe d'Aurors avec lesquels ils devaient désormais faire équipe étaient restés enfermés dans la même salle de réunion, travaillant d'arrache-pied sur une stratégie leur permettant d'identifier rapidement les membres qui composaient la meute de Redfur. Ils avaient étudié les lettres de menace à la loupe, dressé un portrait de tous les Loups-Garous enregistrés et ceux dont l'Unité soupçonnait la nature, et tenté de faire le tri des informations qu'ils avaient rassemblées.
Si les Aurors étaient habitués à de telles méthodes de travail, les membres de l'Unité, en revanche, ne l'étaient pas. Souvent inexpérimentés, ils étaient plus des mercenaires avides de pouvoir que des enquêteurs chevronnés.
Sans compter qu'à de nombreuses reprises, la tension palpable entres les membres de la brigade et les Aurors avait éclaté, provoquant des disputes enflammées auxquelles Harry et Drago avaient parfois eu du mal à mettre fin.
Ereinté, Scorpius sortit de sa cheminée et réprima un grognement lorsqu'il vit que son grand-père se trouvait dans le salon, assis dans son fauteuil favori, un verre de Whisky à la main.
Sachant qu'il ne pourrait pas se défiler, le jeune Malefoy offrit un sourire poli à son grand-père et se dirigea vers le buffet pour se servir un verre ; il lui faudrait au moins ça pour supporter les commentaires acerbes de Lucius ce soir.
- Dis-moi, grogna ce dernier avec un sourire mauvais. Est-ce que Potter est venu rampé devant vous en pleurant ?
Les épaules de Scorpius se tendirent, mais il inspira profondément et les relâcha aussitôt avant d'aller s'asseoir dans le fauteuil en face de celui de son grand-père.
- Non. Il avait besoin de notre aide autant que nous de la leur. La situation dépasse les simples…
- Tu parles, lâcha-t-il avec dédain. Potter a toujours été un martyr pleurnichard et naïf.
Il avala d'une traite le reste de son verre et le tendit sans un mot à Scorpius qui se leva aussitôt pour le lui remplir. Ce dernier préféra demeurer silencieux, sachant pertinemment qu'il valait mieux faire profil bas lorsque Lucius décidait de vider son cœur de l'amertume qui le rongeait.
- Il a bien dû se rendre compte que c'est nous qui avions raison…
- Nous ? Demanda Scorpius malgré lui en lui tendant son verre.
Il se mordit la langue, mais heureusement, Lucius ne sembla pas remarquer le sarcasme dans sa question.
- Ton père et moi.
Cette fois, Scorpius se garda bien de faire remarquer qu'aux yeux du reste de la société, Lucius n'existait plus et que malgré ce qu'il semblait croire, son avis n'importait à personne. Il n'était rien de plus qu'un vieil homme en colère, qui s'apitoyait sur son misérable sort dans l'immensité de sa demeure, sans personne – ou presque – à qui cracher sa haine au visage.
Scorpius se rassit et avala une longue gorgée de son Whisky-Pur-Feu en fermant les yeux.
- Potter va être obligé de reconnaître que ton père avait raison, encore une fois… Quel misérable crétin…
- Vous semblez oublier qu'il vous a sauvé la vie, marmonna Scorpius.
Trop tard, il réalisa que son grand-père l'avait entendu, et lorsqu'il releva les yeux vers lui, un éclair de panique déchira son regard métallique.
- Qu'est-ce que tu viens de dire ?
La voix de Lucius était basse et froide. Son regard était noir, empli d'une haine et d'une colère silencieuses qui fit frémir le jeune homme. Et pourtant, Scorpius se redressa imperceptiblement dans son siège et releva le menton, sans détacher son regard de celui de son grand-père.
- J'ai dit que vous sembliez avoir oublié que si vous êtes encore en vie aujourd'hui, c'est grâce à Harry Potter, et personne d'autre.
Scorpius ne sut pas très bien ce qui le poussa, pour la première fois de sa vie, à regarder son grand-père droit dans les yeux et lui dire ce qu'il pensait sans fléchir. Peut-être que c'était la pleine lune cauchemardesque qu'il venait de passer. Peut-être que c'était son altercation avec Rose. Peut-être que c'était la journée interminable qui venait de s'écouler…
Ou peut-être, peut-être, qu'il en avait marre, tout simplement. Marre de se taire. Marre de s'incliner devant un homme qui n'avait jamais éprouvé la moindre culpabilité pour toutes les choses qu'il avait fait subir à sa famille. Marre d'être l'héritier d'un nom qui l'empêchait d'être le garçon, l'homme, qu'il avait toujours voulu être.
Ou peut-être qu'il en avait marre d'être un lâche.
Alors, sans vraiment réfléchir à ce qu'il était en train de faire, Scorpius se dressa sur ses pieds, abandonnant son verre à moitié plein sur la table basse en chêne et en marbre.
- Peut-être que si vous passiez moins de temps à vous apitoyer sur votre sort, vous pourriez voir les choses telles qu'elles sont.
- Comment oses-tu…
- Oser ? Coupa Scorpius en lâchant un ricanement sarcastique. Oser quoi ? Vous manquer de respect ? Pourquoi j'aurais le moindre respect pour vous ? Vous n'en avez aucun. Pour personne. Pas même pour votre propre fils…
- Tu ne sais rien de ce que j'ai…
- De ce que vous avez vécu ? L'interrompit-il encore. Et quelle excuse ça vous donne ? Aucune. Vous aviez le choix de devenir un homme meilleur. Vous aviez le choix de tout recommencer à zéro, ou presque… On a toujours le choix, dit-il en souriant douloureusement, se rappelant des paroles de Rose. On a toujours le choix, mais il semblerait que dans cette famille, on fasse systématiquement le mauvais. Vous êtes lâche… vous avez trop peur de changer, de lâcher prise et de pardonner… et ça fait de vous un lâche.
Le visage émacié de Lucius se durcit encore et il sauta sur ses jambes à son tour, se dressant de toute sa hauteur, mais Scorpius le dépassait très largement d'une tête. Et pour la première fois, il vit à quel point son grand-père était vieux, et il secoua la tête avec pitié.
- Je te préviens, petit morveux, commença-t-il en lui lançant un regard noir qui, avant aujourd'hui, aurait fait Scorpius se rasseoir et détourner le regard, si tu continues de me…
- Je n'ai pas peur de vous, le coupa-t-il une fois de plus. Je n'ai plus peur. Vous êtes vieux, lâche, et désarmé. Toute ma vie, je vous ai craint. J'ai craint l'idée que je m'étais faite de vous. Mais tout ça, dit-il en le désignant d'un geste de la main, c'est du vent. Toute cette famille joue la comédie depuis trop longtemps, et vous, vous êtes le roi de toute cette mascarade… Alors non, je n'ai pas peur de vous, reprit-il d'une voix calme et détachée. Parce que vous ne pouvez rien contre moi. Vous n'avez même plus de baguette, ajouta-t-il en lançant un regard pathétique à son grand-père. Vous n'avez pas le moindre pouvoir sur moi. Toutes ces années, vous en aviez parce que mon silence vous en donnait. Mais c'est terminé.
Il recula d'un pas et secoua la tête. Le dos droit, les mains dans les poches, il fixait son grand-père comme s'il le voyait pour la première fois.
- C'est terminé, répéta-t-il d'une voix calme, avant de quitter la pièce sans se retourner.
Il savait que, tôt ou tard, cet instant de bravoure inattendue lui coûterait cher, mais pour l'instant, il n'en avait absolument rien à faire, parce que pour la première fois depuis des jours, il se sentait léger.
2 mars 2025 – Aberdeen, Écosse
« Les Révoltés »
« Beaucoup essayeront de vous faire croire que les événements qui se sont déroulés lors de la dernière pleine lune, le 1er mars dernier, sont la conséquence d'une indulgence à l'égard des Loups-Garous qui aura duré trop longtemps. Beaucoup essayeront de vous faire croire qu'une telle attaque était à prévoir, car les lycanthropes seraient tous des monstres en puissance, dont l'identité génétique ne les voue qu'à la destruction. Mais cela reviendrait à condamner un grand nombre d'individus pour leur sang. Et ça, c'est un débat que la société magique a déjà vécu. Un débat que personne n'est prêt à rouvrir. Un débat qui a laissé trop de cicatrices.
Ce qui est arrivé la nuit dernière est une tragédie. Une tragédie qui aurait pu être évitée, quoi qu'on en dise.
En effet, ces derniers temps, un sorcier lycanthrope du nom de Gideon Redfur a rassemblé un grand nombre de ses semblables. Si beaucoup parlent de « meute » pour les identifier, eux-mêmes s'appellent les « Révoltés».
À la suite de l'attaque surprise de Leeds la nuit dernière, de nombreux sorcières et sorciers ont été blessés, et un homme a été tué en voulant protéger sa famille. Si la principale cible de Redfur et ses compagnons était l'Unité Spéciale chargée de les traquer, il n'en reste pas moins que les victimes collatérales de coup d'éclat sont des innocents pris au piège dans une guerre qui n'est pas la leur.
La loi « Edward Fawley » n'est peut-être pas l'unique facteur à l'origine de cette abominable attaque, mais elle en est son principal déclencheur. Elle est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase déjà trop plein de ras-le-bol et d'amertume.
Alors oui, cette attaque aurait pu être évitée. Elle aurait pu être évitée il y a longtemps, si, au lieu de systématiquement marginaliser la différence, nous l'acceptions. Elle aurait pu être évitée si nous avions été capables d'apprendre de nos erreurs plutôt que de les cacher sous le tapis et de les oublier.
Que nous le voulions ou non, une nouvelle guerre du sang se prépare, et si nous ne voulons pas en être les victimes ou les pantins, alors ne tombons pas dans le piège une nouvelle fois. Ne nous laissons pas aveugler.
Evitons les amalgames malheureux. Ne mettons pas dans le même panier des hommes comme Abraham Kulpritt ou Gideon Redfur alors qu'ils [...]»
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Rose regarda nerveusement son cousin finir de lire son article, en se mordillant la lèvre inférieure avec nervosité. Elle voulait son avis avant de pouvoir l'envoyer à la Gazette pour publication.
- Alors ? Demanda-t-elle, n'y tenant plus.
- Deux secondes, fit Albus avec un sourire amusé, sans pour autant lever les yeux de l'article qu'il lisait.
Rose grogna mais s'enfonça à nouveau dans sa chaise.
Albus reposa finalement le rouleau de parchemin et Rose se redressa immédiatement.
- Alors ? Réitéra-t-elle, libérant sa lèvre de l'assaut de ses dents.
Albus leva les yeux au ciel, avant de poser un regard doux sur sa cousine.
- Tu sais très bien que c'est excellent.
- Vraiment ? Couina-t-elle. Tu ne crois pas que c'est un peu… trop ? Peut-être que je ne devrais pas être aussi…
- Aussi quoi ?
- Subjective, répondit Rose en soupirant. Après tout, même si la Gazette est indépendante aujourd'hui, ça ne me donne pas le droit de prendre parti. Si je commence à prendre parti, alors qui va dire la vérité, qui va être suffisamment objectif pour laisser aux gens la possibilité de se faire leur propre idée et d'apprendre à se battre seuls pour défendre ce qui est juste ?
- Je n'appelle pas ça prendre parti, intervint Albus en faisant la moue.
Il passa une main dans sa tignasse désordonnée et poussa un long soupir.
- Je pense, reprit-il d'une voix hésitante, que tu racontes ce que tu vois, en toute objectivité. Et ce que tu vois, c'est une situation critique. Tu vois des hommes à qui on arrache leur liberté au prétexte qu'ils sont différents. Et aujourd'hui, tu es la seule qui leur donne publiquement une voix. Nos parents se battent pour leurs droits, mais toi, tu te bas pour qu'on les écoute, pour qu'on les entende, et je pense… je pense que c'est ce dont ils ont besoin. Ce dont on a tous besoin. De les entendre.
Rose hocha lentement la tête, sans toutefois être entièrement convaincue.
- Ce qui m'étonne, c'est que tu n'as pas évoqué les lettres de menaces, soupira-t-il. Tu as délibérément passé ça sous silence, pourquoi ?
- Ton père pense que pour l'instant, ce n'est pas nécessaire, répondit Rose en haussant les épaules. Je pense qu'il ne veut pas que la communauté s'enflamme. Le risque avec cette histoire, c'est que les gens donnent encore plus de crédit à la loi. Redfur et sa « meute » vont faire de l'ombre et du tort au reste des Loups-Garous. Ils vont naturellement s'imposer comme les leaders du reste des lycanthropes et c'est la seule image que les gens auront des Loups-Garous. Ils seront aveuglés par les crimes qu'ils menacent de commettre, soupira Rose en coinçant une mèche de cheveux derrière son oreille.
- Alors peut-être que c'est à toi de leur montrer qu'il n'y a pas qu'eux, fit Albus en haussant les épaules avec un sourire fatigué.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? S'étonna Rose en fronçant les sourcils.
- Eh bien… tu as parlé de Kulpritt, et les gens l'ont pris en pitié, mais ils n'ont pas oublié pour autant qu'il avait tué un petit garçon de cinq ans. Ce que tu dois montrer aux gens, c'est le reste. Ceux qui restent dans l'ombre. Des gens du quotidien, comme toi et moi, ou mieux encore, des héros de la guerre qu'on a oubliés parce que ça nous arrangeait bien.
- Tu penses à des sorciers comme le père de Teddy ? Comprit Rose, dont le regard s'illumina lentement. Albus… c'est une excellente idée…
Le jeune homme ne répondit rien, mais un sourire arrogant gracia ses lèvres. Il était plus que temps de mettre fin aux mensonges et aux idées reçues que s'acharnaient à dresser des sorciers rongés par la haine.
N/A : Bonjour ! Merci à tous pour vos superbes reviews, encore une fois !
Que dire à propose de ce chapitre, à part qu'il m'en a vraiment fait baver... BB7, où comment écrire sur tout et sur rien à la fois... ha ha. Non mais sans rire, il se passe à la fois beaucoup de chose... et rien. Très frustrant. Bref. Il m'a donné un mal fou, et rien que pour ça, je n'aime pas ce chapitre. Donc bon, le mieux c'est que je vous laisse en parler vous-même...
Et sur ce, je vous souhaite à tous un bon week-end ;)
LittlePlume
RàR : à Mea95Gryffondor ; Bonjour ! ^^ Oh faut pas dire ça ! j'ai tendance à considérer que le boulot est partagé. Moi j'écris juste ce qui me passe derrière la tête, toi, tu t'assois, tu lis, et tu prends le temps de laisser une review alors que rien ne t'y force. Donc, merci beaucoup :) Tu as bien raison, on ne devrait pas résoudre la violence par la violence. Toute cette histoire est justement basée sur ce problème... Enfin bref ! Merci encore, et à bientôt ;)
