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Chapitre XI
« Of Choices and Decisions »
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30 Mars 2025 – Ste Mangouste, 1er étage, chambre 111
La douleur était fulgurante, mais pas au point de l'empêcher de se lever. Il ne resterait pas une seconde de plus dans son lit, peu importe ce qu'en pensait la guérisseuse qui avait pris soin de recoudre toutes ses plaies. Dès que cette dernière eut quitté la pièce, Scorpius se redressa dans son lit en serrant les poings pour ignorer la douleur qui semblait déchirer son dos à l'endroit où une longue cicatrice s'étirait désormais de bas en haut. Il balança ses deux jambes d'un côté du lit et posa les pieds sur le sol glacé pour se mettre debout. Il se dirigea vers la chaise où sa robe et sa chemise avaient été déposées le temps que sa guérisseuse recouse ses plaies, et grimaça en constatant les dégâts. De la poche de son pantalon il tira sa baguette et tapota sa chemise pour lui redonner vie. Le résultat fut suffisamment satisfaisant pour qu'il envisage de la remettre, mais lorsqu'il prit sa robe, il sut que rien ne pourrait être fait. Il l'abandonna donc en soupirant, remit ses chaussures, et rangea sa baguette avant de tourner les talons pour se diriger vers la porte. Celle-ci s'ouvrit soudainement, et Scorpius retint un soupir de frustration en voyant ses parents entrer dans la chambre.
Un seul regard vers son père confirma à Scorpius ce que Ron Weasley lui avait confié ; Drago n'avait de toute évidence pas fermé l'œil de la nuit.
- Scorpius ! S'exclama sa mère avec soulagement, un sourire tremblant sur les lèvres.
Elle posa une main sur la joue du jeune homme et leva les yeux pour rencontrer le regard de son fils.
- Que s'est-il passé ? Pourquoi n'es-tu pas rentré avec les autres ? On s'est fait un sang d'encre !
- Je vais bien, mère, répondit Scorpius en forçant un sourire à étirer ses lèvres.
Les grands yeux bleus d'Astoria se posèrent sur la nouvelle cicatrice au-dessus de son arcade sourcilière et elle mordit dans sa lèvre tremblante.
- Ce n'est pas l'impression que tu donnes…
Le sourire figé de Scorpius s'étira davantage encore et il haussa les épaules avec nonchalance, ce qu'il regretta aussitôt lorsqu'un éclair de douleur le parcourut.
- J'ai seulement eu une longue nuit, se contenta-t-il de répondre d'une voix monotone.
Il croisa le regard de son père et frémit malgré lui ; il n'y avait aucune chance pour qu'il échappe à un interrogatoire.
L'aîné des Malefoy s'avança vers sa femme et son fils, et lorsqu'il posa une main sur l'épaule d'Astoria, celle-ci releva la tête vers lui en fronçant les sourcils.
- Pourquoi n'irais-tu pas chercher un thé à ton fils ? Demanda-t-il d'une voix basse avec un sourire presque coupable.
Astoria sembla sur le point de refuser, mais ses épaules s'affaissèrent et elle hocha la tête en poussant un long soupir.
- Très bien. Mais je te préviens, je ferai vite.
Drago esquissa un sourire tendre et déposa brièvement ses lèvres sur le front de sa femme.
- Je n'en attends pas moins de toi.
- Bien, fit Astoria avant de tourner les talons et de quitter la pièce, laissant les deux Malefoy s'affronter du regard, entourés par les quatre larges murs blancs de la chambre d'hôpital dans laquelle ils se trouvaient.
Droit dans ses bottes malgré la douleur, Scorpius ne détourna pas les yeux. Il savait qu'il avait l'air d'une épave, mais pour la première fois de sa vie, son père non plus n'avait rien de l'irréprochable Malefoy qu'il avait toujours connu. De larges cernes se dessinaient sous son regard gris, des rides creusaient le coin de ses yeux, et son teint habituellement clair avait pâli davantage encore.
- Que s'est-il passé ? Demanda finalement le plus âgé des deux Malefoy.
Scorpius haussa les épaules, feignant la nonchalance mais n'hésita pas à croiser le regard voilé de son père.
- Scorpius, s'impatienta-t-il, une pointe d'angoisse dans la voix.
Le jeune homme laissa échapper un long soupir de lassitude, ses paupières se refermant brièvement sur ses yeux métalliques.
- Il n'y a pas grand chose à raconter, à vrai dire. On s'est séparés pour retrouver les Loups-Garous qui s'étaient éparpillés dans les bois à notre arrivée, j'en ai poursuivi et attrapé un, il m'a échappé et m'a attaqué, je me suis évanoui quand il m'a arraché la moitié du dos, et je ne me suis réveillé que plusieurs heures plus tard, lorsque le soleil était déjà levé. Fin de l'histoire.
L'expression de Drago s'assombrit et il se tut, la gorge nouée.
Les deux hommes, miroirs l'un de l'autre à quelques rides et nouvelles cicatrices près, s'affrontèrent du regard plusieurs secondes sans prononcer le moindre mot. Finalement, ce fut Drago qui fléchit le premier. Il s'éclaircit la gorge avec nervosité, visiblement mal à l'aise, et un pli soucieux apparut sur son front dégagé.
- Scorpius, je suis désolé, souffla-t-il.
Le jeune homme esquissa une moue écœurée.
- Désolé de m'avoir enrôlé dans une brigade de mercenaires ou désolé qu'un Loup-Garou me soit tombé dessus ? Lâcha-t-il avec une froideur non déguisée, sans même que son expression perde de son calme et de sa retenue.
Drago se redressa davantage encore, si toutefois c'était possible, et joignit les mains devant lui, la mâchoire serrée.
- Scorpius, le prévint calmement son père, le regard sévère.
Le jeune homme haussa les épaules.
- Peu importe de toute façon. Vous n'aurez pas à crouler sous la culpabilité puisque je suis vivant. Vous n'aurez qu'à sourire comme vous savez si bien le faire. Sourire comme un Malefoy le ferait. Vous savez… avec froideur et indifférence, comme si le fait que vous ayez envoyé votre fils courir après les créatures magiques les plus dangereuses qui soient ne faisait pas de vous un mauvais père.
Scorpius vit le regard de son père s'assombrir brutalement et ses épaules fléchir quelque peu.
- Tu as toutes les raisons du monde d'être en colère contre moi, siffla Drago entre ses dents serrées, mais je ne tolérerai pas que tu me manques de respect. Que tu le veuilles ou non, je suis ton père.
Scorpius laissa échapper un ricanement sarcastique.
- Comment pourrais-je l'oublier ? C'est justement tout le problème, n'est-ce pas ? Quoi que je fasse, qui que je souhaite devenir, notre lien de parenté se lira toujours sur mon visage…
Le jeune homme s'interrompit, fit un pas en direction de père, qu'il dépassait près d'une tête désormais, et planta son regard glacé dans le sien.
- Dites-moi, père, lorsque vous aviez mon âge et que Lucius se servait de vous comme d'un vulgaire pion d'échec pour défendre ses idéaux et servir ses convictions, sans jamais se soucier des dangers que vous encouriez à causes de ses croyances égoïstes ou de sa propre lâcheté, combien de fois avez-vous souhaité n'avoir jamais été un Malefoy ?
Drago ne détourna pas les yeux, mais sa mâchoire ne se desserra pas d'un iota. Tendu à l'extrême, il fit de son mieux pour paraître impassible, mais le frémissement de ses lèvres pincées finit par le trahir.
Scorpius secoua la tête avec dégoût et plongea les mains dans les poches de son pantalon.
- C'est ce que je pensais, lâcha-t-il en adressant à son père un dernier regard empli de pitié avant de se diriger vers la porte sans se retourner.
Cependant, lorsqu'il eut la main sur la poignée, il fit une pause ;
- Pas la peine d'inquiéter mère, je serai là pour dîner et les apparences seront sauvées. Je ne voudrais surtout pas déroger aux traditions de cette famille, après tout.
Et sans attendre la réponse de son père, Scorpius quitta la pièce.
30 Mars 2025 – Deuxième Étage, Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie
Scorpius laissa retomber son poing contre la porte du bureau de Ron Weasley, les nerfs à vifs. La nuit avait été longue et la matinée, éprouvante. Il n'était pas sûr d'être en mesure de supporter un tête à tête avec le père de la seule fille au monde dont il ait jamais été amoureux, mais il savait qu'il n'avait pas le choix.
- Entrez, fit la voix de Ron Weasley de l'autre côté de la porte.
Scorpius poussa lentement la porte et pénétra dans la pièce en redressant les épaules.
Assis à son bureau, Ron releva aussitôt la tête lorsqu'il le vit entrer.
- Monsieur, le salua Scorpius en s'avançant vers le bureau.
- Assieds-toi, je t'en prie, souffla l'Auror d'une voix lasse. Je vais aller chercher Harry et on pourra faire le point, ajouta-t-il en adressant au jeune homme un faible sourire.
Scorpius hocha la tête en prenant place dans le fauteuil que lui avait désigné le père de Rose, et le vit se lever pour quitter la pièce.
Seul dans l'immense bureau, Scorpius ne put s'empêcher de laissa son regard parcourir la pièce tout autour de lui. Lorsqu'il remarqua les quelques cadres photos sur le bureau, son expression s'adoucit et il sourit. Sur l'une d'elles, Rose riait à gorge déployée en essayant d'échapper à l'étreinte de papa ours dans laquelle l'enveloppait son petit frère. La photo était récente, parce que même si Hugo Weasley avait toujours donné à Scorpius l'impression d'être un géant, sur cette photo, il semblait plus âgé, plus mâture que lorsqu'il l'avait vu pour la dernière fois à Poudlard.
Très vite pourtant, son sourire fana lorsqu'il réalisa que jamais Rose n'avait paru aussi heureuse, aussi insouciante et épanouie en sa présence. Son cœur se serra douloureusement mais il l'ignora en portant son attention sur ses mains jointes devant lui.
Deux voix graves se rapprochèrent dans le couloir et quelques secondes plus tard, Ron fit à nouveau irruption dans le bureau, Harry sur ses talons. Les deux hommes s'assirent, Harry prenant place dans le fauteuil près de Scorpius après lui avoir adressé un sourire un peu tordu qui se voulait rassurant.
- Scorpius, commença lentement Harry, je sais que tu dois en avoir marre, mais j'aimerais que tu me racontes une fois encore ce qu'il s'est passé cette nuit dans les moindres détails.
- Je comprends, fit Scorpius en hochant la tête. Ce n'est pas un problème.
Harry esquissa un sourire maladroit et Scorpius inspira profondément, prêt à revivre pour la quatrième fois la longue nuit qu'il venait de passer.
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Harry se laissa retomber dans son fauteuil et adressa un regard à Ron, traduisant une conversation silencieuse entre les deux hommes, avant de reporter son attention vers le jeune homme assis à côté de lui.
- Très bien, soupira-t-il en fronçant les sourcils d'un air soucieux. Très bien, répéta-t-il.
Le silence retomba, mais Scorpius, malgré sa gêne, céda au besoin de poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'il avait quitté la maison des Weasley pour se rendre à Ste Mangouste. Il s'éclaircit la gorge, mal à l'aise, et hésita une fraction de seconde avant d'oser ;
- Qu'avez-vous fait de… du moldu ?
- On l'a mis en sécurité, répondit Ron. Pour l'instant, il est sous sédatif. C'était le seul moyen qu'on avait de le calmer et son corps avait besoin de se reposer, grogna-t-il avec embarras devant le regard ahuri de Scorpius. On s'est rendus à l'adresse que tu m'as donnée, à Bristle Cottage, et on l'a soigné avant de le mettre à l'abri.
- On l'a interrogé, poursuivit Harry. Il était terrorisé et on n'a pas pu en tirer grand chose. Ça a été difficile de lui faire avaler du Véritasérum parce qu'il refusait de boire ce qu'on lui proposait. Il devait avoir peur qu'on le drogue ou quelque chose comme ça.
- Il avait pas vraiment tort, grommela Ron dont les oreilles rougissaient à vue d'œil.
Harry grimaça, contrit, et Scorpius aurait presque souri si la situation n'avait pas été si dramatique.
- Il a dit quelque chose sur Redfur ? Ou sur d'autres Loups-Garous ?
Harry et Ron échangèrent un regard dépité avant de secouer la tête.
- Pas vraiment. Pour lui, tout est confus. On sait qu'il s'appelle Thomas Smith et qu'il faisait une excursion scolaire dans le Kent. Ils campaient de nuit lorsqu'il s'est fait attaquer le mois dernier. Il se rappelle avoir souffert et avoir perdu beaucoup de sang avant de se réveiller dans le noir. Il a été retenu prisonnier jusqu'à hier soir, mais il n'a vu aucun visage. La seule chose dont il se souvient après ça, c'est la douleur de sa première transformation en Loup-Garou. Mais il ne se souvient pas de ce qu'il s'est passé cette nuit. Il ne sait pas ce qu'il est devenu…
La voix de Harry se brisa et Scorpius sentit sa gorge se nouer. Il crispa nerveusement les poings sur ses cuisses et son regard se posa alternativement sur chacun des deux Aurors.
- Est-ce qu'il a dit s'il y en avait d'autres comme lui ? Souffla-t-il d'une voix hésitante, la peur noyant son regard.
- Non, fit Ron en secouant la tête avec austérité. Cela dit, c'est très peu probable.
- On pense que Thomas était le cobaye de Redfur, son premier essai, en quelque sorte.
- Heureusement pour nous, reprit Ron en soupirant, cet essai s'est avéré être un échec. Mais malheureusement, ça ne veut pas dire que Redfur va renoncer à se créer une armada de Loups-Garous Moldus, parce qu'il sait que ça va nous compliquer les choses. On n'a aucun moyen de répertorier les Moldus qui ont été mordus. Ils sont insoupçonnables à moins d'être découverts…
- Ce n'est pas idiot, soupira tristement Scorpius.
- C'est même très futé, admit Harry avec dégoût.
Ces derniers mots firent aussitôt régner un silence pesant sur les trois hommes qui ne savaient trop quoi dire. Et pourtant, Scorpius avait encore tellement de questions à poser, tellement de choses à comprendre, de points à éclaircir. Il pouvait facilement deviner que la même question hésitait à franchir le mur de lèvres des deux Aurors « Et maintenant on fait quoi ? ». Parce que si la découverte d'un Loup-Garou Moldu suggérant que Redfur voulait grossir ses rangs avec des soldats insoupçonnables était inquiétante, c'était loin d'être le pire. Le pire n'avait pas été abordé. Le pire semblait flotter dans l'air comme le fantôme d'une menace qui vous glaçait jusqu'aux os.
Alors, lentement, Scorpius s'éclaircit maladroitement la gorge et porta son regard vers l'Auror le plus célèbre du Royaume-Uni.
- On aurait dû attraper plus d'un Loup-Garou cette nuit… Mais tout ce qu'on a c'est un adolescent moldu terrifié qui ne se rappelle de rien…
Harry poussa un long soupir et secoua la tête en passant nerveusement une main sur son front.
- Tu n'es pas le seul à être tombé sur des Loups-Garous conscients cette nuit, Scorpius. Lorsqu'on a mis en commun tous les rapports après ton récit, il est apparu clair que Redfur et ses hommes étaient tous parfaitement lucides. Seul le jeune Moldu, Thomas, était véritablement un Loup-Garou ce soir.
- Mais… ça veut dire que…
- Oui. Ils avaient tous pris du Tue-Loup pour être pleinement maîtres d'eux-mêmes, ça ne fait aucun doute. Ils savaient exactement ce qu'ils faisaient cette nuit.
- Depuis le début on a à faire à des hommes, Scorpius, continua Ron d'une voix lasse. Certainement pas des Loups-Garous.
- Ce qui veut dire, reprit Harry, qu'ils ont l'avantage sur nous. Sans Tue-Loup, ils ne sont qu'une bande de Loups-Garous violents mais désorientés, qui ne savent pas ce qu'ils font ou qui ils sont. Alors que là… sous l'influence du Tue-Loup, ils ont toutes leurs facultés mentales, assorties à une belle paire de griffes et de canines…
- On se bat contre des sorciers entraînés, comprit finalement Scorpius d'une voix cassée.
Harry et Ron hochèrent la tête et Scorpius fixa ses mains, la tête pleine à craquer d'images qui lui donnaient la nausée.
Il vit Harry échanger un regard avec son meilleur ami, et lorsque ce dernier hocha la tête avec approbation, Scorpius se tendit dans son siège.
- C'est pour cette raison que l'on va avoir besoin de toi, Scorpius, commença lentement Harry.
- De… moi ? Hésita le jeune homme en fronçant les sourcils, dubitatif.
Harry parut mal à l'aise et laissa à Ron le soin de poursuivre les explications.
- Rose dit que tu n'es pas comme ton père…
À l'évocation de Rose, le cœur de Scorpius se jeta violemment du haut de son piédestal dans sa cage thoracique et un léger fard couvrit ses pommettes hautes.
Ron se gratta la gorge et agita nerveusement une main dans l'air ;
- Si c'est vrai, alors on va avoir besoin de ton aide. Si comme elle le pense, tu désapprouves les méthodes de l'Unité, tu pourrais peut-être penser à… à changer de camp.
Une pluie de briques sembla s'abattre sur le jeune qui eut bien du mal à conserver une expression impassible.
- Je… je ne suis pas sûr de comprendre…
Harry laissa échapper un soupir avant de planter son regard émeraude dans celui écarquillé de Scorpius.
- On sait que l'Unité recueille depuis des mois des informations sur les sorciers suspectés d'être des Lycanthropes et il nous les faut, grimaça-t-il. Le problème c'est que Goyle refuse de nous les communiquer.
Ron laissa échapper un grognement mauvais ;
- Goyle a peur que les Aurors lui fassent de l'ombre. Il se fiche pas mal de Redfur et de sa meute. Tout ce qu'il veut c'est traquer et arrêter des Loups-Garous, peu importes les méthodes employées.
- Si ton père ne l'y avait pas forcé, Goyle n'aurait même pas fait équipe avec nous ce mois-ci… Et vu l'échec qu'on a essuyé cette nuit, il y a fort à parier qu'il rassemble ses troupes et fasse les choses de son côté à partir de maintenant, soupira Harry, la mine sombre.
Scorpius observa silencieusement les deux hommes.
- Qu'est-ce que vous attendez de moi exactement ? Demanda-t-il d'une voix basse, en fermant les paupières avec anxiété.
- Que tu nous tiennes informés des moindres faits et gestes de l'Unité, répondit Ron de but en blanc. On veut tout savoir sur leurs avancements, les informations qu'ils récoltent, ce qu'ils prévoient de faire, où et quand…
Le jeune homme cligna des yeux, interdit.
- Vous voulez que… que je trahisse l'Unité ? Que je trahisse mon père ?
Harry eut la décence de grimacer, mal à l'aise, mais Ron ne s'embarrassa pas de telles manières.
- Oui. C'est exactement ce qu'on veut.
- Ron, grommela son ami.
- Quoi ?
Harry leva les yeux au ciel avant de se tourner vers Scorpius.
- Non. Ce qu'on veut, reprit-il en plantant son regard dans celui du jeune gomme, c'est que tu fasses ce que tu penses être juste… On ne te force à rien. C'est ton choix. Ta décision. Et personne ne pourrait, ou ne devrait la prendre à ta place.
Scorpius ne sut nommer le sentiment qui l'envahit, mais pour la première fois de sa vie, on lui donnait la possibilité d'être ce qu'il voulait, de décider seul de ses actions, et il avait peur de ne pas savoir quoi faire de cette liberté.
- Je ne…
- Tu n'es pas obligé de répondre maintenant, fit Harry en haussant les épaules. Tu as eu une longue nuit et tu devrais te reposer. Tes blessures ne guériront que si tu leur en laisses le temps, crois-en mon expérience, ajouta-t-il avec un ricanement sarcastique.
- Harry a raison. Rentre chez toi et réfléchis-y calmement…
- D'accord, fit lentement Scorpius en hochant la tête. Je… merci.
Il se leva de son fauteuil, raide comme un fil de fer, incertain quant à la manière de prendre congé. Il se décida finalement à sourire le plus poliment possible et serra brièvement la main aux des deux hommes avant de se diriger vers la porte. Devant celle-ci, il pivota et hésita un instant avant de poser la dernière question qui lui brûlait les lèvres ;
- Est-ce que… Que va-t-il advenir de Thomas Smith ? Osa-t-il finalement, l'estomac noué.
Le regard des deux Aurors s'assombrit, mais Scorpius ne baissa pas les yeux.
- On ne peut pas le relâcher comme ça. Il est dangereux, aussi bien pour les autres que pour lui-même. Un long processus de réadaptation l'attend. Qu'il le veuille ou non… il fait partie de notre monde maintenant…
Scorpius hocha lentement la tête.
- Je comprends…
Et sans attendre plus longtemps, Scorpius quitta la pièce.
30 Mars 2025 – Wiltshire, Angleterre, Manoir Malefoy
À la seconde où il franchit les portes du Manoir Malefoy, Scorpius sentit son cœur s'alourdir comme une enclume. Il était épuisé et n'avait pas le courage d'affronter l'inquiétude de sa mère, les silences réprobateurs de son père, ou les piques dédaigneuses de son Grand-Père. Il savait qu'il ne pourrait y échapper bien longtemps cependant, et c'est la raison pour laquelle il appela Scar dès qu'il se fut enfermé dans sa chambre.
Un craquement sonore se fit entendre et la minuscule Elfe de Maison apparut en clignant de ses grands yeux à la vue de l'état dans lequel se trouvait son jeune maître.
- Scar, soupira Scorpius avec soulagement en plongeant une main dans sa poche pour en sortir une lettre parchemine sur laquelle se lisait l'écriture de sa guérisseuse.
Le jeune homme tendit la lettre à son Elfe et reprit
- J'aurais besoin que tu ailles me chercher ces philtres médicaux sur le Chemin de Traverse.
Il sourit devant la mine inquiète de Scar et leva les yeux au ciel.
- C'est seulement des cicatrisants et des antidouleurs, Scar. Je ne pourrai pas fermer les yeux si je ne les prends pas et je suis exténué.
L'Elfe hocha la tête, visiblement soulagée.
- Je ferai vite, Monsieur Scorpius.
- Très bien. Pose-les sur ma table de chevet à ton retour et réveille-moi avant le dîner.
- Oui, Monsieur Scorpius, répéta Scar en s'inclinant très bas.
- Merci, sourit le jeune homme avec gratitude.
Scar disparut et Scorpius entreprit de se dévêtir avant d'aller s'enfermer dans la salle de bain mitoyenne à sa chambre, impatient de laisser l'eau chaude détendre ses muscles endoloris.
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Lorsqu'il sortit de la douche près de trois quarts d'heure plus tard, Scorpius enroula une serviette autour de sa taille et regagna sa chambre. Trois petites fioles étaient alignées sur son chevet à côté d'un grand verre d'eau et il ne perdit pas une seconde pour en avaler une ou deux gorgées – selon ce qu'indiquait la prescription médicale – de chacune d'entre elles, avant de s'effondrer sur son lit avec un gémissement appréciateur.
3 Octobre 2022 – Bibliothèque, Poudlard, Ecosse
Un boulet de canon le percuta de plein fouet, au beau milieu du couloir pourtant désert à une heure si tardive. Il quittait la bibliothèque après une longue soirée de révision et n'avait plus que quelques minutes devant lui pour rejoindre sa Salle Commune avant le couvre-feu.
- Faites un peu attention où vous a… Rose ?
Sa voix perdit aussitôt de sa froideur lorsqu'il baissa les yeux et vit que la jeune fille était tombée sous la violence du choc. Autour d'elle étaient éparpillés des dizaines de livres et de rouleaux de parchemins, tombés de ses bras lorsqu'elle l'avait heurté.
- Désolée, Malefoy, s'excusa-t-elle en rougissant comme un coquelicot.
Le jeune homme cligna des yeux avant de se ressaisir et de s'accroupir pour l'aider à rassembler ses affaires.
- Merci, souffla-t-elle en lui adressant un sourire à tomber par terre – encore.
Il se redressa et observa d'un œil critique la pile de livres, sur laquelle tenaient en équilibre les rouleaux de parchemin, que Rose tenait à bout de bras.
- Où est-ce que tu vas comme ça ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Au journal. La Gazette paraît demain et Hugo, mon petit frère, précisa-t-elle en souriant avec douceur, est à l'infirmerie parce qu'il s'est fracturé le bras pendant un entraînement de Quidditch. Il devait couvrir la phase d'édition cette semaine pour la parution de demain matin, mais comme Madame Bandage refuse de le laisser sortir avant demain, je dois le remplacer à la dernière minute.
- Oh, fit Scorpius. Lui aussi est féru de journalisme, si je comprends bien ?
Rose pencha la tête sur le côté, étudiant le jeune homme devant elle en arquant un sourcil. Puis, elle éclata de rire et secoua la tête, visiblement amusée par quelque chose qui échappait complètement au Serpentard devant elle.
- Pas vraiment, non. Mais Hugo adore rendre service. Alors quand Melissandre a quitté Poudlard et que je n'ai trouvé personne pour la remplacer au début de l'année, il s'est proposé.
- Je vois, répondit Scorpius, mal à l'aise.
Même s'il travaillait avec Rose depuis quelques semaines sur un devoir commun de métamorphose, il ne savait toujours pas comment se comporter avec elle. Il était désarmé par sa franchise, son sourire, et son impressionnant débit de parole.
- Mais toi, c'est ce tu veux faire plus tard, non ? Du journalisme ? Reprit-il.
Le regard de la jeune fille s'illumina, et sans bien savoir pourquoi, Scorpius sentit le sang affluer à ses joues.
- Oui, admit-elle en lui adressant un de ses sourires éblouissant de sincérité. Et toi ?
- Quoi moi ? Demanda Scorpius en clignant bêtement des yeux.
- Eh bien… ça fait presque deux semaines qu'on travaille sur ce devoir pour le professeur Marvelous, et je ne sais toujours rien sur toi. Tu ne parles jamais de toi.
- C'est parce qu'il n'y a pas grand chose d'intéressant à dire.
Rose fronça les sourcils, faisant apparaître un petit creux sur son front, entre ses deux yeux.
- Permets-moi d'en douter…
- Non, je t'assure, je ne…
- Tu portes toujours ton uniforme à la perfection, le coupa-t-elle soudainement.
- Que…quoi ?
Rose l'ignora d'une geste de la main et enchaîna aussitôt ;
- Pas parce que c'est inscrit dans le règlement de l'école ou que certains professeurs enlèvent des points dans le cas contraire, mais parce que tu ne supportes pas le désordre, poursuivit-elle en riant légèrement, comme si l'anecdote était particulièrement amusante. Tu es gaucher mais tu tiens ta baguette de la main droite. Tu ne parles que si tu y es forcé, ou presque. Tu passes tes sorties à Pré-au-Lard à la bibliothèque parce que tu préfères le silence à l'agitation. Tu es extrêmement poli et toujours ponctuel. Tu ne grignotes jamais entre les repas, et pourtant, je sais de source sûre que tu ne quittes jamais ton dortoir sans une barre de chocolat de chez Honeydukes dans ton sac, parce que tu les adores. Tu es un élève brillant, mais tu es incapable de préparer une potion correctement, même si ta vie en dépendait. En revanche… Tu adores la Métamorphose. Tu réussis toujours tout du premier coup, même les exercices les plus difficiles.
Rose marqua une pause pendant laquelle elle étudia la mine effarée du jeune homme avant de se mordre nerveusement la lèvre, et baissa les yeux sur ses chaussures.
- Si je devais deviner, reprit-elle d'une petite voix, je dirais que ton truc à toi, c'est ça. La métamorphose. Et si tu avais le choix, c'est ce que tu ferais de ta vie.
Cette fois, Scorpius se raidit.
- Qu'est-ce qui te fait croire que je n'aurais pas le choix ? Demanda-t-il d'une voix un peu plus ferme qu'auparavant.
Rose haussa les épaules, sans pour autant relever les yeux vers lui, trop gênée par ses propres aveux.
- Je crois seulement que toi, tu penses ne pas l'avoir.
Pour la première fois de sa vie, Scorpius ne sut quoi répondre. Devant lui, Rose fixait toujours le bout de ses chaussures avec une moue embarrassée, le teint écarlate.
Elle n'était pas en train de se moquer de lui. Pas plus qu'elle ne le méprisait. Non. Elle semblait sincèrement curieuse, tout autant qu'elle était mortifiée. Une combinaison de sentiments qui, s'il devait l'admettre, lui allait à ravir.
Il fut le premier surpris lorsqu'un rire s'échappa du fond de sa gorge et résonna dans le couloir désert.
Rose releva la tête, ses grands yeux bleus écarquillés avec stupeur.
- Tu as raison, dit-il finalement. Je n'ai pas vraiment le choix.
Rose ignora sa remarque et s'approcha d'un pas.
- Est-ce que tu viens de rire ?
Son ton abrupt calma aussitôt Scorpius, qui s'éclaircit la gorge et se redressa.
- Que… quoi ? Demanda-t-il, incertain d'avoir bien entendu.
Les lèvres de la jeune fille s'étirèrent délicieusement vers le haut et son regard pétilla de douceur.
- Tu devrais vraiment faire ça plus souvent, Malefoy, souffla-t-elle avant de tourner les talons et de s'éloigner sans se retourner.
- Faire quoi ? Bredouilla-t-il en la voyant disparaître à l'angle du couloir.
Mais seul le silence accueillit ses propos et Scorpius resta planté là plusieurs minutes, rejouant leur étonnante conversation dans sa tête, essayant d'en disséquer les moindres secondes.
Il ne trouva aucune explication rationnelle à ce qu'il venait de se passer, mais une certitude s'installa confortablement dans le creux de sa poitrine.
Rose Weasley était la personne la plus étonnante, la plus honnête, et la plus intéressante qu'il ait jamais rencontrée, et il avait hâte de la retrouver le lendemain à la bibliothèque.
N/A : Non je ne vous ai pas fait faux-bon ! Si vous n'avez pas encore succombés à la chaleur et que vous avez eu le courage de lire ce chapitre jusqu'au bout (parce que soyons franc, il ne se passe pas grand chose, finalement), alors FÉLICITATIONS ! :p Je ne m'attarde pas ce soir, désolée, et je vous dis à vendredi prochain, sans faute (enfin sauf imprévu, bien sûr). Bon week-end à tous et merci d'être toujours là :)
RàR : à Valentine ; Merciiii ! Je suis contente que Ron te plaise, parce que c'est un personnage que j'adore ! (si c'était pas encore clair :p)
à Mea95Gryffondor ; Ahhh ! On aime tous ces petits moments Scorpius/Rose. Leur relation est loin d'être facile, mais je pense qu'ils sont sur la bonne voie :p Merci pour ton commentaire, encore et encore :)
à Romane ; Ah mais je suis là pour répondre aux questions ! N'hésite pas surtout ^^ Merci en tout cas, je suis très contente que cette histoire continue de te plaire :D
