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Chapitre XII

« Of New Plans and Pretence »

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30 Mars 2025 – Wiltshire, Angleterre, Manoir Malefoy


Scorpius sentait le regard de sa mère sur lui, mais refusait de lever les yeux vers elle. Lorsque Scar l'avait réveillé un peu avant le dîner comme il le lui avait demandé, il n'avait pas perdu de temps. Il s'était vêtu et était descendu dans l'immense salle à manger du Manoir, où les repas continuaient d'être servis, tous sans exception, alors qu'ils n'étaient jamais plus de quatre à table. Face à lui en revanche, son père faisait de son mieux pour paraître parfaitement à l'aise – sans nul doute pour ne pas éveiller les doutes de Lucius, qui trônait en bout de table et faisait la conversation à lui tout seul depuis le début du dîner –, et n'avait pas prononcé un mot non plus depuis que Scorpius s'était attablé. Si leur dernière conversation flottait toujours au-dessus d'eux, ni Scorpius, ni son père ne pouvait décemment rouvrir le sujet devant Lucius.

- Ce qu'il s'est passé cette nuit est la preuve qu'une fois encore, tu n'es bon à rien, crachait le vieil homme à l'intention de son fils, tout en portant son verre à ses lèvres sans prendre la peine de le regarder, une expression dédaigneuse sur le visage.

Drago ne prit pas la peine de répondre.

Il ne le faisait jamais.

- Tu as coulé l'Unité au moment même où tu as accepté de collaborer avec les Aurors, poursuivit-il avec morgue. Une bande d'incapables, voilà ce qu'ils sont, ajouta-t-il en marmonnant dans sa barbe, comme il le faisait toujours lorsqu'il avait un peu trop bu.

Scorpius releva les yeux, mais ne fit pas l'erreur de croiser le regard de son grand-père.

Quand il était plus jeune, il craignait l'homme plus que tout au monde, mais ne comprenait pas pourquoi son père, pourtant si sûr de lui et fier, ne répondait jamais aux piques qu'il lui lançait. Il ne comprenait pas comment Drago Malefoy pouvait rester assis et baisser les yeux sans rien dire lorsque son propre père déversait son venin.

Puis il avait grandi et compris que répondre n'aurait fait qu'encourager Lucius. Il n'attendait que ça depuis des années. Que quelqu'un lui réponde. Que quelqu'un finisse par élever la voix. Que quelqu'un l'arrache à la solitude dans laquelle il s'était enfermé après les Grands Procès. Après la mort de sa femme.

Il n'attendait que ça.

Il ne cherchait que ça.

Et Drago était trop intelligent pour céder. Peut-être que son silence permanent était finalement la preuve d'un courage que Scorpius n'avait plus.

Pendant des années, Scorpius avait confondu cette bravoure silencieuse avec de la lâcheté, alors qu'au contraire, Drago avait enduré les insultes sans broncher, les piques, sans jamais protester.

Mais Scorpius, lui, avait craqué. Il avait fini par ne plus pouvoir supporter l'arrogance et la cruauté de son grand-père et lui avait froidement balancé ses quatre vérités à la figure. Et ça lui avait fait un bien fou.

Ce soir, pour la première fois depuis des semaines, il comprenait que ça avait été une erreur. Il comprenait enfin que derrière le masque de dédain et d'arrogance, Lucius était un homme irrémédiablement brisé. La seule chose qui le faisait encore se sentir vivant, c'était la colère qui l'habitait. Et c'était la raison pour laquelle il passait le plus clair de son temps à essayer de provoquer celle des autres.

Lucius Malefoy était plus pathétique encore que Scorpius ne l'avait cru jusque-là, et il comprenait enfin que rien ne pourrait jamais le sortir du trou noir dans lequel il avait plongé. Il y avait trop de démons, trop de fantômes et de monstres dans son passé. Il y avait trop de haine et de rage dans son cœur pour qu'il puisse un jour revenir à la lumière.

Alors, lorsque que le vieil homme tourna son visage émacié vers Scorpius avec une moue méprisante, le jeune homme leva enfin les yeux.

- Tu n'es pas d'accord ? Aboya-t-il avec un sourire mauvais. Qu'est-ce tu en penses, Scorpius ?

- À quel sujet ? Demanda poliment le jeune homme en posant sa fourchette.

Lorsqu'ils entendirent leur fils répondre, Drago et Astoria échangèrent un regard anxieux, mais Scorpius les ignora. Lucius, lui, semblait plus heureux que jamais.

- Je disais, reprit calmement Lucius en remplissant à nouveau son verre, que ton père était incapable de diriger sa propre Unité. Votre partenariat avec les Aurors était un échec cuisant. Il aurait dû garder le contrôle dès le début plutôt que d'accepter l'aide de Potter.

Scorpius haussa les épaules, adoptant une attitude détachée, comme si la question ne le préoccupait pas plus que ça. Comme si, soudain, le Scorpius qui avait tenu tête à son père le matin même avait disparu et été remplacé par une pâle copie. Lucius, satisfait d'avoir ce qu'il pensait être l'approbation de son petit-fils esquissa un sourire avant d'avaler une longue gorgée de la boisson ambrée qui flottait dans son verre.

Drago en revanche, ne put s'empêcher de fixer son fils en fronçant les sourcils. S'ils avaient été seuls, nul doute qu'il aurait demandé à Scorpius à quoi il jouait. Mais ils n'étaient pas seuls et Scorpius s'appuyait sur ce détail dans l'espoir de reprendre les choses en main. Ces dernières semaines, il avait perdu le contrôle de ses émotions, les avait laissées dicter sa conduite, et il était temps que ça change.

Son choix était fait.

Peut-être même qu'il était fait depuis longtemps. Des semaines. Des mois. Des années.

Et si cela signifiait qu'il devait à nouveau se façonner un masque impeccable, et se fondre silencieusement dans le décor comme il l'avait toujours fait, alors il le ferait. Si cela signifiait qu'il devait être le Malefoy qu'on lui avait appris à être et qu'il devait se conduire comme la marionnette qu'il était censé être, alors il le ferait.


2 Avril 2025 – Bureaux de la Gazette du Sorcier, Chemin de Traverse, Londres


Rose poussa un long soupir et étira ses bras au-dessus de sa tête, faisant légèrement craquer ses os. Avec un sourire satisfait, elle retira ses lunettes et s'empara de sa baguette pour tapoter le rouleau de parchemin qu'elle avait passé deux jours à noircir afin d'éradiquer les erreurs et les ratures.

Après une énième et dernière relecture, la jeune journaliste enroula un petit ruban rouge autour de son article et se leva pour l'apporter au service d'édition.

Elle savait qu'elle avait tardé à rédiger son article et que beaucoup d'autres journaux avaient déjà publié le leur sur la dernière Pleine Lune et la première collaboration catastrophique de l'Unité Spéciale et des Aurors, mais elle savait que le sien serait meilleur, et c'était probablement la seule raison pour laquelle Quill n'avait pas exigé d'elle un article dès le lendemain de l'incident.

Pas un mot sur Thomas Smith ou Scorpius. Elle l'avait promis à son père et à son oncle, qui avaient convenu que dévoiler l'information ferait plus de mal que de bien. Parce qu'elle comprenait leurs raisons, Rose n'avait choisi de parler que de l'échec cuisant de la collaboration dont beaucoup avaient attendu les fruits, et de taire, pour l'instant, l'expérience que semblait vouloir mener Redfur sur les Moldus.

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« Echec et Mat »

« Quelques heures seulement après la dernière Pleine Lune, le chef de l'Unité Spéciale, Gregory Goyle, s'est exprimé publiquement sur sa collaboration avec les Aurors et annonçait sans prendre de gants qu'il y mettait un terme. Expliquant qu'Harry Potter et son équipe d'Aurors étaient la cause de leurs déboires dans la nuit du 29 mars dernier, il a déclaré ne pas souhaiter continuer à travailler avec une « bande d'incapables et de bouffons incompétents ». Si Drago Malefoy n'est toujours pas intervenu publiquement sur le sujet, le porte parole et attaché de presse du Ministère, Edgar Corn, a toutefois confirmé les propos de Monsieur Gregory Goyle.

Egalement interrogé, le chef du département des Aurors, Harry Potter, a pris soin de faire publier un communiqué hier matin, justifiant la raison de cette « rupture ». En effet, il explique que le travail de l'Unité Spéciale est d'arrêter les Loups-Garous non enregistrés représentant un danger potentiel pour la société, conformément à la loi « Edward Fawley » qui l'a investie, alors que les Aurors se concentreront sur la capture de Redfur et de ses compagnons, dont les actes criminels sont reconnus et pénalisés par la loi.

En effet, si Gregory Goyle semble blâmer les Aurors de l'inefficacité de la « traque » mise au point lors de la dernière et récente Pleine Lune, il semblerait que la raison pour laquelle aucun Loup-Garou n'a été arrêté dans la nuit du 29 mars soit plus grave qu'il n'y paraît.

Redfur n'est pas le chef d'une meute de Loups-Garous sauvages comme il voudrait bien nous le faire croire depuis le début, mais le mentor d'une bande de sorciers violents et révoltés, une combinaison dangereuse qu'il nous faut craindre plus que la fourrure dont ils se couvrent une fois par mois. Plusieurs Aurors ont effectivement reconnu que leur échec venait du fait qu'aucun d'eux n'était prépa à ce qui les attendait cette nuit-là. Prêts à affronter des Loups-Garous agressifs mais indisciplinés, ils ont au contraire faire face à des sorciers lycanthropes parfaitement conscients de leurs actes. Une seule explication plausible à cela ; chacun des hommes composant la meute de Redfur était sous l'effet de la potion Tue-Loup, leur permettant ainsi de rester lucide lors de leur transformation. Pris par surprise, les membres de l'Unité et les Aurors se sont retrouvés en position d'infériorité face aux Loups-Garous.

Nul doute que les Aurors vont désormais revoir leur stratégie afin de mettre un terme à la panique que ne cesse de créer Gideon Redfur depuis des mois. Parce que si ses dernières attaques semblent décousues et improvisés, il n'en reste pas moins qu'en frappant au hasard des petits villages isolés sans crier gare, Redfur a accompli un coup de maître : semer la panique et la zizanie, donnant ainsi une nouvelle raison à la haine de prendre racine et d'alimenter son combat. » Un article de Rose Weasley.

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Après avoir confié son article à l'équipe d'édition, Rose regagna son bureau pour prendre ses affaires et rentrer chez elle. Il était à peine dix-huit heures, et elle pensait déjà à la soirée tranquille qui l'attendait. Il était rare qu'elle termine aussi tôt et, sachant qu'aucun de ses parents ne serait rentré avant encore plusieurs heures en raison du travail qu'ils avaient en ce moment, rêvait du bain chaud qu'elle se ferait couler en écoutant tranquillement la radio, les yeux fermés, les orteils plongés dans la mousse.

Malheureusement, tous ses beaux projets volèrent en éclat lorsqu'elle reconnut la silhouette plantée devant sa porte.

- Charlotte ? Hésita Rose en s'approchant, les sourcils froncés avec inquiétude. Tout va bien ?

Le visage de la jeune fille s'illumina lorsqu'elle vit son amie et hocha la tête, ses boucles blondes rebondissant autour de son visage.

- Oui, oui ! Ne t'inquiète pas ! Pouffa nerveusement la jolie sorcière, virant à l'écarlate.

Rose s'arrêta net, et sa bouche s'ouvrit, formant un « o » parfait avant qu'un rire ne lui échappe.

- Laisse-moi deviner, se moqua-t-elle. Albus ?

Charlotte leva les yeux au ciel, ses joues virant du rose à l'écarlate en une seconde, mais hocha la tête.

- Qu'est-ce qu'il a fait encore ? S'amusa Rose en poussant la porte de son bureau, laissant son amie entrer derrière elle.

Elle se dirigea vers son bureau pour récupérer ses affaires, et entendit Charlotte pousser une exhalation dans son dos. Rose se mordit l'intérieure de la joue pour ne pas laisser son rire reprendre le dessus et envahir la pièce, jetant son portefeuille et quelques plumes dans son sac avant d'enfiler sa cape.

- Ce qu'il n'a pas fait, plutôt, grommela Charlotte.

Rose se retourna, haussant un sourcil circonspect

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Charlotte jeta les bras en l'air avec exaspération, avant de les laisser retomber et de secouer la tête.

- Je te jure que je vais finir par le tuer…

Cette fois, Rose fut bien obligée d'éclater de rire, et rien ne la calma, pas même le regard noir que lui lança Charlotte lorsqu'elles quittèrent son bureau. Albus tourmentait son amie depuis des années dans l'espoir que cette dernière finisse par céder à ses avances, charmée par sa constance et sa persévérance. Malheureusement pour lui, il avait jusque-là échoué à gagner ses faveurs.

Mais à en juger par l'adorable teinte qui colorait les joues de son amie, Rose devinait sans difficultés que les choses étaient sur le point de changer, même si elle ne savait pas encore exactement à quel point.

- Besoin d'un verre ? Demanda-t-elle en adressant un sourire moqueur à la jolie blonde.

- Va pour la bouteille, grommela-t-elle en suivant Rose jusqu'à l'ascenseur magique au bout du couloir.

Rose lança un coup d'œil à sa montre avant de reporter son regard vers Charlotte.

- Roxanne doit encore être à la boutique. On passe la prendre ?

- Bonne idée. Je vais avoir besoin de sa compassion légendaire, sourit-elle entre, les dents serrées, d'une voix dégoulinante de sarcasme.

Cela n'eut pour effet que de déclencher à nouveau l'hilarité que de Rose, qui dut se tenir les côtes en entrant dans l'ascenseur, sous le regard noir de son amie.


4 Avril 2025 – Deuxième Étage, Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie


Les bras chargés de livres et de rouleaux de parchemins, Hermione traversa le couloir du deuxième étage du Ministère d'un pas pressé. Cette fois, il serait forcé d'écouter ce qu'elle avait à dire. Il ne pouvait pas continuer d'ignorer ses mémos. Il ne pouvait pas continuer de se voiler la face après son dernier échec. Si ?

Secouant la tête pour chasser ses pensées négatives, Hermione s'arrêta devant la porte du bureau de Drago Malefoy et inspira profondément. Elle fronça les sourcils en constatant que ses mains étaient occupées et opta pour son genou, qu'elle cogna contre la porte en laissant échapper un gémissement de douleur.

- Entrez, fit la voix claire et forte de Drago de l'autre côté de la porte.

Hermione laissa échapper un soupir de frustration et cogna à nouveau dans la porte avec son genou, grimaçant une seconde fois.

- En fait, ce serait bien que tu m'ouvres la porte, grogna-t-elle d'une voix forte.

Elle s'ouvrit à la volée et Hermione vit Drago, assis à son bureau, sa baguette encore pointée vers la porte. Elle leva les yeux au ciel mais s'avança vers lui d'un pas déterminé, avant de s'asseoir sur la chaise en face de lui et de laisser tomber sous son nez tout ce qu'elle avait dans les bras.

Il releva la tête avec une expression agacée, mais elle refusa de baisser les yeux et soutint son regard avec la même intensité.

Après plusieurs secondes, il capitula et leva les yeux au ciel.

- Qu'est-ce que tu veux, Granger ?

- Que tu m'écoutes, répondit-elle d'une voix assurée.

- Tu as toute mon attention, grogna-t-il avec sarcasme.

- Bien, fit-elle en lissant les pans de sa robe. On a travaillé sur une nouvelle approche avec mon équipe et nous pensons que…

- Si c'est encore pour un de vos projets de contre-loi que tu es là, l'interrompit-il en levant une main, c'est pas la peine, tu perds ton temps.

Hermione lui adressa un regard noir mais fit de son mieux pour garder son calme. Elle ne se laisserait pas démonter si facilement. Son nouveau projet tenait la route et elle le savait. Si seulement elle pouvait convaincre Drago de lui accorder quelques secondes d'attention, elle savait qu'elle pourrait le persuader que la loi « Edward Fawley » était un échec en plus d'être une erreur monumentale.

- Malefoy, soupira-t-elle avec lassitude. Je sais que tu as étudié les statistiques de l'Unité. Je sais que vous avez des listes de suspects, mais aucune arrestation depuis des mois. Redfur sème la pagaille, et que tu acceptes de le reconnaître ou non, tu n'es pas assez stupide pour te mentir à toi-même. Tu sais pertinemment que si Redfur a réussi à rassembler autant de Loups-Garous, c'est parce qu'ils se sont sentis persécutés lorsque la loi a été votée. Tu savais que ça arriverait, mais tu t'es caché derrière tes grands principes et tu refuses de…

- Tu ne sais pas de quoi tu parles, la coupa-t-il sèchement.

- Malefoy…

- Tu es bien naïve si tu crois que Redfur a attendu la loi pour ressasser sa haine. Cet homme était une bombe à retardement et tout le monde le savait, cracha-t-il.

Hermione secoua la tête.

- Non, je ne crois pas que sa haine soit née de ta loi, je crois qu'il a toujours attendu qu'on lui donne une raison de sortir de l'ombre. Et c'est exactement ce que tu as fait en faisant voter cette loi. Tu lui as donné une raison et des arguments. Tu lui as donné les armes pour se créer une armée.

- Blâme-moi si ça t'amuse, lâcha-t-il d'une voix froide en haussant les épaules, ça m'est égal.

Hermione l'observa plusieurs secondes, avant de soupirer longuement en se pinçant l'arrête du nez, les paupières fermées sur ses yeux pour faire le vide.

Ils travaillaient ensemble depuis des années, et pas une fois ils n'avaient réussi à se mettre d'accord sur quoi que ce soit. Peut-être parce qu'il y avait trop de précédents entre eux. Ou peut-être parce qu'ils étaient trop différents pour parvenir à ce comprendre.

Peut-être que sa fierté à lui l'empêchait de reconnaître ses erreurs. Ou peut-être que sa fierté à elle l'empêchait de renoncer.

Pourtant, Hermione n'était pas dupe. L'homme qu'elle avait en face d'elle aujourd'hui était très différent du petit garçon prétentieux ou de l'adolescent lâche qu'elle avait connu dans sa jeunesse. Il avait appris de ses erreurs mais refusait toujours de les reconnaître à voix haute, comme s'il avait peur que ses vieux démons le rattrapent. Peur de son ombre.

Drago Malefoy était un homme meilleur. Un homme qui faisait de son mieux pour défendre ses idéaux dans les règles, même si ses idéaux la feraient toujours grincer des dents.

- Cinq minutes, lâcha-t-elle enfin. Cinq minutes, c'est tout ce que je te demande…

Il poussa un long soupir, empreint de lassitude et d'exaspération, mais hocha lentement la tête.

- Très bien, reprit-elle calmement. Tu as toujours dit qu'en faisant voter cette loi, ton seul but était d'écarter le danger potentiel que représentaient les Loups-Garous non enregistrés, puisque jusque-là, on leur en laissait la possibilité, non ?

Drago hocha silencieusement la tête et Hermione poursuivit, prenant ça pour un signe d'encouragement ;

- Je suis d'accord sur ce point, dit-elle lentement, traquant la moindre réaction chez le sorcier en face d'elle. Dans une certaine mesure, nuança-t-elle toutefois. À vrai dire, je suis d'accord sur le fond. Les lycanthropes non enregistrés sont potentiellement dangereux, et pour nous, et pour eux. Seulement, le problème ce n'est pas qu'ils soient enregistrés ou non. Le problème c'est qu'ils aient peur de s'enregistrer parce qu'ils savent qu'en le faisant, ils vont être stigmatisés. Et ça, ce n'est pas normal. Ils ne devraient pas avoir peur d'avouer leur lycanthropie. Ils ne devraient pas vivre en redoutant chaque jour que quelqu'un apprenne ce qu'ils sont, parce qu'ils ne devraient pas avoir honte de ce qu'ils sont.

- Où est-ce que tu veux en venir, Granger ? Soupira-t-il à nouveau.

Hermione pinça les lèvres avant d'inspirer profondément.

- Est-ce tu as déjà entendu parler du système de santé moldu ?

Drago arqua un sourcil l'air de dire « Tu te fiches de moi ? », mais Hermione l'ignora et poursuivit ;

- Si on pouvait mettre en place une organisation similaire, garantie par une constitution et des lois précises, on pourrait…

- C'est du grand n'importe quoi, la coupa-t-il avec agacement.

- Mais…

- Tu me fais perdre mon temps, Granger, et mon temps est précieux.

- Malefoy…

- J'en ai assez attendu comme ça, lâcha-t-il en levant les yeux au ciel. Si tu permets, tes cinq minutes sont écoulées et j'ai du travail, ajouta-t-il en désignant la porte du menton.

Hermione laissa échapper un râle exaspéré, mais Drago l'ignora et reporta son attention sur le document qu'il lisait quand elle était entrée.

Elle l'observa plusieurs secondes, attendant qu'il ajoute quelque chose, mais il s'obstina à l'ignorer royalement et elle comprit le message ; la discussion était close.

- Est-ce tu peux au moins lire tout ça ? Demanda-t-elle finalement après une éternité de silence, en désignant les parchemins et les livres qu'elle avait abandonnés sur son bureau. J'ai marqué les pages et souligné ce qui était important.

Drago demeura silencieux.

Après plusieurs secondes, Hermione comprit qu'elle n'obtiendrait aucune réponse et se leva en poussant un soupir, avant de quitter le bureau sans se retourner.

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Au même étage à ce moment-là, Albus Potter frappait à la porte du bureau de son père après avoir reçu un mémo volant le forçant à quitter l'entraînement des élèves Aurors.

- Entrez, fit la voix de Harry.

Albus entra dans le bureau sans cérémonie et se laissa tomber sur le fauteuil en face de celui de son père.

- Tu voulais me voir ? Demanda-t-il avec curiosité.

Harry releva la tête en souriant.

- Oui. Ron ne devrait pas tarder, on va l'attendre.

Albus planta ses pieds sur le bureau de son père, qui les dégagea aussi sec d'un coup de baguette en lui lançant un regard sévère. Pas le moins décontenancé, Albus éclata de rire et Harry leva les yeux au ciel.

- Parfois, tu es pire que James, grogna-t-il en reportant son attention sur des documents officiels, qu'il parcourait d'un regard attentif.

- Merci, s'exclama Albus en souriant, apparemment ravi du compliment.

Cela eut pour mérité d'arracher un léger rire à son père qui apposait sa signature en bas d'un paragraphe.

- Parfois je me demande de qui tu tiens, grommela ce dernier avec un sourire. Tu es tellement insupportable.

Albus secoua la tête avec un sourire amusé et sourcil haussé.

- Non, je suis charmant.

- Arrogant, rétorqua Harry.

- Confiant.

Harry éclata de rire, abandonnant sa paperasse.

- Non, en fait, t'es le portrait craché de ta mère, sourit-il en croisant les bras sur sa poitrine avec amusement.

- Es-tu en train de dire que maman est insupportable et arrogante ?

- Non, fit Harry en secouant la tête, réprimant un gloussement. Ne t'avise pas de lui dire ça.

Le jeune homme adressa un sourire moqueur à son père, et heureusement pour ce dernier, son meilleur ami choisit ce moment-là pour faire irruption dans son bureau. Ron prit place à côté d'Albus après lui avoir tapoté le dos en guise de salutation, et poussa un soupir en désignant Harry du menton.

- Tu lui as dit ?

- Pas encore, je t'attendais.

Ron hocha la tête, tandis qu'Albus se redressait dans son fauteuil en fronçant les sourcils.

- C'est grave ? S'inquiéta-t-il soudain.

- Non, non, le rassura son père. C'est à propos de Redfur.

- D'accord…

Harry échangea un bref regard avec Harry avant de reporter toute son attention vers son fils, la mine grave.

- Est-ce tu te sens prêt à aller sur le terrain ? Demanda-t-il de but en blanc.

Pris au dépourvu, Albus se figea, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés. Ses poumons se dégonflèrent comme des ballons de baudruche, et un faible sourire étira lentement ses lèvres.

- T'es sérieux ? S'exclama-t-il.

Harry hocha la tête.

- Albus, ce n'est pas un jeu, le prévint-il.

- Je sais, fit ce dernier en secouant la tête. Je sais, t'inquiète pas.

- Bien. En temps normal, je ne te l'aurais pas proposé aussi tôt, mais… on va peut-être avoir besoin de toi.

Le regard d'Albus oscilla entre son père et Ron avec interrogation.

- Tu te rappelles de ce que je t'ai dit l'autre jour ? Sur le moldu qu'on a retrouvé parmi les Loups-Garous ?

Albus fronça les sourcils, ne sachant pas très bien où son père voulait en venir, mais hocha la tête.

- Oui. Tu m'as dit que c'est Malefoy qui l'a arrêté.

- Exactement.

- Exactement quoi ? Demanda Albus sans comprendre.

- Malefoy n'a rien dit au reste de l'Unité. C'est pour cette raison qu'on a demandé à Rose de ne pas en parler dans son article, dit Ron d'un air grave.

- Mais… il n'est pas censé leur faire un rapport… ou un truc du genre ? S'étonna de plus en plus Albus.

- Si. Mais il ne l'a pas fait parce qu'il savait que la situation dégénérerait si l'Unité était mise au courant.

- D'accord, fit lentement Albus. Mais qu'est-ce que ça a à voir avec moi ?

- On lui a demandé son aide. On a besoin de lui pour garder un œil sur l'Unité et s'assurer que Goyle ne nous mette pas de bâtons dans les roues en faisant de la rétention d'information, grinça Ron.

- Et il a accepté ?

- Pas encore.

- Mais on a des raisons de penser qu'il le fera, dit Harry. Et quand il le fera, il aura besoin d'un coéquipier.

Albus cligna plusieurs fois des paupières.

- Moi ?

Son père hocha la tête avec un sourire.

- On va pas vous lâcher en pleine nature pendant la Pleine Lune, expliqua Harry. Mais on pense qu'il serait plus en confiance avec quelqu'un de son âge. Tu es la personne la plus à même de faire équipe avec lui et vous voir ensemble éveillerait moins les soupçons que si on le flanquait avec un Auror gradé.

- C'est pas bête, j'imagine, convenu le jeune homme en hochant la tête.

- C'est Ron qui vous supervisera.

Albus se tourna vers son oncle et approuva d'un signe de la tête, avant qu'un sourire amusé ne s'empare de ses lèvres moqueuses.

- Avoue, tu veux seulement que je garde un œil sur lui de peur qu'il s'approche un peu trop près de Rose…

Le visage de Ron se rembrunit aussitôt et il asséna un coup dans l'épaule de son neveu.

- La ferme, grogna-t-il en grimaçant alors qu'Albus et Harry partageaient un grand éclat de rire.


4 Avril 2025 – Rez-de-Chaussée, Hall, Ministère de la Magie


Rose s'extirpa rapidement de la cheminée par laquelle elle venait d'arriver et traversa le hall, encore désert à cette heure, mais plus pour très longtemps. Elle était un peu en avance, et Albus ne finissait pas encore avant une demi-heure, mais elle pourrait toujours passer par le bureau de son père avant de retrouver son cousin.

Elle s'engouffra dans le premier ascenseur qui arriva et pressa le bouton du deuxième étage en souriant distraitement. Elle avait promis à Charlotte de ne pas faire passer à Albus un interrogatoire, mais elle savait que ce ne serait pas nécessaire. Albus n'avait jamais pris la peine de cacher ses sentiments. Il avait toujours été d'une franchise étonnante concernant ce genre de choses. Il n'avait jamais eu peur du ridicule, jamais ressenti le besoin de surprotéger ses sentiments. Il suffirait que Rose prononce le nom de Charlotte pour qu'Albus déballe purement et simplement tout ce qu'il avait sur le cœur. Après tout, il n'avait jamais particulièrement caché ses sentiments pour la jeune fille, même à l'époque où celle-ci les ignorait le plus poliment possible.

Pour être honnête, Rose avait été surprise de n'apprendre que maintenant que, depuis qu'elle travaillait au Ministère, Charlotte déjeunait régulièrement avec Albus quand il passait à l'improviste à son bureau pour la forcer à passer du temps avec lui. Mais elle avait été plus surprise encore d'apprendre que, quelques jours plus tôt, alors qu'ils déjeunaient justement ensemble, Albus avait tenté de l'embrasser, avant de renoncer au dernier moment, mettant la jeune fille dans tous ses états.

Le petit son de cloche indiquant qu'elle était arrivée à destination retentit, arrachant Rose à ses réflexions. Elle sortit de l'ascenseur et se dirigea machinalement vers les bureaux des Aurors, qui occupaient l'aile ouest de l'étage.

Elle s'arrêta net lorsqu'elle reconnut la silhouette élancée de Scorpius devant le bureau de son oncle et s'approcha lentement, le cœur battant à tout rompre. Elle n'avait pas eu de nouvelles de lui depuis le matin suivant la Pleine Lune, lorsqu'il avait débarqué chez elle dans un état épouvantable, et sa poitrine se comprima en se remémorant la scène.

- Malefoy ? Demanda-t-elle d'une voix douce.

Le jeune homme se retourna et sembla surpris de la voir, parce qu'il lança des regards paniqués autour de lui, et ne se détendit que lorsqu'il fut certain qu'ils étaient seuls.

Rose fronça les sourcils avec inquiétude devant son comportement.

- Tout va bien ?

- Oui, pourquoi ? Demanda-t-il avec nonchalance en haussant les épaules.

Rose l'étudia du regard, avant de laisser tomber.

- Qu'est-ce tu fais là ? Je croyais que l'Unité ne travaillait plus avec les Aurors.

- Ce n'est pas le cas, répondit calmement Scorpius. Je devais seulement voir ton oncle. Rien d'important, des formalités administratives, balaya-t-il d'un geste négligé de la main.

Rose ne parut pas convaincue, mais n'insista pas.

Son regard parcourut le visage du jeune homme et elle porta instinctivement une main vers son front, caressant du bout des doigts la cicatrice au-dessus de son arcade sourcilière. Scorpius ferma les yeux, frissonnant imperceptiblement sous le contact, et Rose s'écarta vivement, les joues en feu.

- Désolée, bafouilla-t-elle en baissant le regard.

Elle ne vit pas le sourire qui s'empara des lèvres de Scorpius et s'éclaircit maladroitement la gorge.

- J'ai attendu de tes nouvelles… Je pensais… après l'autre jour, je pensais que tu m'écrirais, que tu… je ne sais pas trop, avoua-t-elle. Je pensais que les choses seraient différentes.

Elle releva les yeux vers Scorpius, mais toute trace d'un sourire avait disparu.

- Rien n'a changé, Rose.

- Je vois, fit-elle en tentant de paraître nonchalante.

Scorpius ne répondit rien, mais lorsque le regard de Rose retomba sur ses chaussures, il put l'étudier tout son soûl. De ses grands yeux bleus mélancoliques aux boucles qui encadraient son visage, des tâches d'encre qu'elle avait sur les mains aux lunettes qu'elle avait oublié de retirer et qui lui donnaient des airs de bibliothécaire extravagante, ou des nombreuses tâches de rousseur qui s'étalaient sur son nez à la plume qui retenait ses cheveux dans un chignon lâche et désordonné.

Merlin qu'elle était belle.

Il mourrait d'envie de faire un pas et de retirer la plume pour avoir le plaisir de voir ses longues boucles retomber sur ses épaules mais s'en empêcha, il mourrait d'envie de se pencher, juste un peu, et de poser ses lèvres sur les siennes, mais resta résolument immobile, il mourrait d'envie de…

La porte du bureau de Harry s'ouvrit soudainement, arrachant Scorpius à ses pensées et faisant sursauter Rose. Elle releva aussitôt les yeux et vit Albus sortir tranquillement du bureau de son père. Il glissa un regard discret vers Scorpius avant de s'approcher de Rose, qui vit ce dernier disparaître derrière la porte par laquelle son cousin venait, lui, d'apparaître, et son cœur se serra quand il ne se retourna pas.

Albus fronça les sourcils, jetant un regard par-dessus son épaule avant de se retourner vers Rose.

- Tout va bien ?

Pour toute réponse, Rose esquissa un sourire fragile qui, malgré ses efforts, ne le trompa pas.


N/A : Ahoy ! :-) Vous avez de la chance que je vous aime, parce que sinon, ce chapitre ne serait pas là. Ouais, certes, il n'est pas extraordinaire, mais vu que j'ai sacrifié ma nuit de sommeil pour vous... (okay, si je ne m'y étais pas mise à la dernière minute, j'aurais dormis plus de deux heures, mais quand même.)

Je m'excuse par avance de ne pas pouvoir poster la semaine prochaine. Mais pire encore, je tiens à vous prévenir dès maintenant que je publierai un chapitre la première semaine d'aout, mais que je ne serai pas chez moi les trois suivantes, ce qui signifie qu'il faudra attendre mon retour de vacances, en septembre, pour le chapitre XIV. Je vous dirais bien de ne pas me haïr, mais sachant comment se termine le chapitre XIII, j'ai peu d'espoir.
BREF. Sur ce, bon week-end à tous :)

RàR : à Sandrine ; Dans ce cas on est deux, moi aussi j'adore faire interagir Scorpius avec son père ! Merci pour ta jolie review et à bientôt :)

à Baronnis ; Je m'excuse ! J'ai complètement oublié de te répondre la semaine dernière, parce que quand j'ai fait mes ràr en fin de chapitre pour les lecteurs anonymes, j'ai oublié que même si tu avais un compte, je n'avais pas pu te répondre par MP ! En tout cas sache que ta review m'avait fait très plaisir, tout comme ta dernière ^^ Je suis vraiment très contente que cette histoire te plaise jusqu'ici ^^

à Mea95Gryffondor ; Ahh ! Tout le monde à l'air de savoir quel choix fera Scorpius. Je pensais pourtant avoir berner tout le monde... faut croire que non :p Ha ha ^^ Ravie que le petit flash-back t'ai plu ;) Bon week-end ! :D