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Chapitre XIII
« Of Rumours and Half Truths »
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4 Octobre 2022 – Bibliothèque, Poudlard, Ecosse
Rose sentit ses joues s'enflammer à la seconde où Scorpius Malefoy fit irruption à la table à laquelle elle s'était installée quelques minutes plus tôt seulement. Elle ne pouvait s'empêcher de se remémorer leur brève interaction de la veille au soir sans être submergée par l'embarras. Merlin, qu'est-ce qui lui avait pris de lui dire toutes ces choses ? La dernière chose dont elle avait besoin, c'était qu'il pense qu'elle était une timbrée qui avait le béguin pour lui…
Elle inspira profondément et força ses lèvres tremblantes à s'étirer en un sourire parfaitement serein et naturel quand il tira silencieusement la chaise en face d'elle.
- Bonjour, Rose, dit-il de sa voix toujours calme et grave.
Rien ne semblait jamais l'affecter. Rien. Il était toujours parfaitement maître de lui-même, à tel point que c'en était agaçant.
- Tu as réussi à boucler la publication du journal, finalement, dit-il en lui offrant un de ses rares sourires.
Rose cligna des yeux, sa bouche s'arrondissant légèrement.
- Hein ?
- La Gazette de Poudlard, dit-il en fronçant légèrement les sourcils. J'ai reçu mon exemplaire ce matin, donc j'imagine que tu as réussi à boucler la publication hier soir.
- Tu es abonné ? Demanda-t-elle sans parvenir à dissimuler sa surprise, ses yeux s'agrandissant comme des soucoupes volantes, ses joues se couvrant d'un joli fard écarlate.
Scorpius haussa les épaules avec nonchalance, détournant le regard pour sortir ses affaires de son sac.
Rose secoua la tête et s'éclaircit maladroitement la gorge, prête à changer de sujet. Elle n'avait pas besoin de se ridiculiser davantage encore devant lui.
- Bref, fit-elle en baissant les yeux vers les notes qu'elle avait consciencieusement prises lors de leurs dernières « sessions ».
Ni l'un ni l'autre ne mentionna le reste de leur conversation de la veille, et Rose en fut sincèrement soulagée. Non pas que la chose fût surprenante, considérant le fait que Scorpius parlait peu, voire pas du tout quand ils étaient tous les deux. Chaque fois qu'ils s'étaient retrouvés pour travailler sur leur devoir commun de Métamorphose, il avait toujours été silencieux, efficace. Et pourtant… pourtant Rose avait trouvé ses silences éloquents. Il était si différent du reste de ses amis, ou de sa famille. Il était distant, réservé, froid. Et en même temps, il ne l'était pas du tout.
Pendant des années, ils avaient partagé un bon nombre de classes sans qu'il ne lui adresse jamais la parole. Pour autant, il n'avait jamais fait preuve d'impolitesse non plus, bien au contraire. Il était la politesse incarnée. Il ne s'encombrait pas de sourires hypocrites, mais ne manquait jamais de respect à qui que ce soit non plus. Il passait le plus clair de son temps seul, à lire ou à étudier, ou bien à discuter avec certains de ses amis de Serpentard. Mais même avec eux, il semblait toujours se tenir à distance. Jamais encore, elle ne l'avait vu ôter son masque et cesser de prétendre. De prétendre être l'élève modèle qu'on attendait qu'il soit. De prétendre être le leader calme et charismatique que les Serpentard semblaient avoir désigné à l'unanimité. Ou pire encore, de prétendre être le nouvel héritier d'un nom que certains redoutaient encore.
Pour toutes ces raisons, et mille autres encore, Rose n'avait qu'une envie ; lui arracher l'expression d'indifférence qu'il s'appliquait constamment à porter.
- …bien sûr, dans la majorité des cas, ça aura l'effet inverse et le sort se retournera contre le sorcier qui a voulu le lancer mais… Rose ? Rose ? Est-ce tu m'écoutes ? Demanda Scorpius en grimaçant, visiblement mal à l'aise.
La jeune fille sursauta et rougit violemment, ses yeux s'écarquillant lentement avec embarras.
- Désolée, marmonna-t-elle d'une petite voix gênée. J'étais ailleurs, tu disais ?
Quelque chose dans le regard de Scorpius changea brutalement, et l'ébauche d'un sourire amusé étira ses lèvres minces.
- Tu fais toujours ça, dit-il en posant sa plume.
- Ça quoi ? Demanda Rose sans comprendre.
- Un moment t'es là, et l'instant d'après, pouf, tu t'es envolée, souffla-t-il d'une voix basse et étonnamment douce.
La jeune fille rougit de plus belle et baissa les yeux sur ses mains nouées.
- Je sais, je me laisse facilement distraire, avoua-t-elle avec un mouvement d'épaule.
- J'ai remarqué, oui.
Son sourire s'élargit, et Rose eut bien du mal à s'arracher à sa contemplation de ses lèvres. S'il le remarqua, il eut la galanterie de ne pas le lui faire remarquer.
Pendant une fraction de seconde, elle se demanda s'il y avait une chance que Scorpius puisse trouver ses tâches de rousseur ou ses boucles folles aussi charmantes qu'elle trouvait son uniforme impeccable et son sourire aristocratique séduisant. Puis elle secoua la tête, se châtiant elle-même ; elle pouvait toujours rêver debout. Elle doutait que quelqu'un d'aussi ordonné que lui puisse vouloir d'une fille aussi désordonnée qu'elle. Elle était bruyante et chaotique, il était silencieux et grave. Elle était brouillonne, il était parfait.
- Désolée, répéta-t-elle pour la seconde fois, d'une voix plus confuse encore. Tu disais ?
Scorpius l'observa plusieurs secondes, les sourcils froncés, toute trace d'humour disparue de son visage, avant de soupirer faiblement et de s'éclaircir maladroitement la gorge.
- Je disais que dans la plupart des cas, le sort se retournera contre le sorcier qui l'a lancé, parce que l'articulation est la clé dans ce genre d'exercice…
Rose hocha distraitement la tête, notant ce qu'il disait sur son parchemin.
- Le moyen le plus simple d'éviter ce problème serait encore de maîtriser les sortilèges informulés, reconnut-elle en tournant plusieurs pages du livre ouvert devant elle.
Scorpius grimaça, une lueur d'amusement dans son regard métallique.
- Le problème en métamorphose, c'est que la formulation à voix haute de l'incantation permet au sorcier de préciser sa pensée plus clairement, ce qui laisse moins de place à l'erreur. C'est pour ça que l'on exclut généralement les sortilèges informulés dans ce champ de la magie.
Songeuse, Rose releva la tête et planta son regard dans celui du jeune homme assis en face d'elle. Elle demeura silencieuse plusieurs secondes, sans jamais rompre le contact visuel.
- Quand est-ce que tu as commencé à te passionner pour cette matière ? Je veux dire… c'est évident que tu adores ça. Tu as probablement lu tous les livres qu'on puisse trouver dans cette bibliothèque, ayant un rapport de près ou de loin avec la métamorphose. Je me trompe ? Ajouta-t-elle en arquant un sourcil au-dessus de ses lunettes.
L'expression de Scorpius fut indéchiffrable pendant plusieurs secondes, jusqu'à ce que, lentement, il se détende et laisse ses lèvres s'étirer en un sourire magique.
- Je ne dirais pas « tous », mais…
Rose éclata soudain de rire, le coupant net, laissant ses nerfs s'apaiser peu à peu. Et juste comme ça, elle se sentit bien plus légère.
L'effet que ce garçon avait sur elle… Merlin, elle refusait d'y penser.
13 Avril 2025 – Terrier, Loutry Ste Chaspoule, Devon, Angleterre
Le Terrier était plein à craquer, comme c'était toujours le cas pendant les vacances scolaires, et un brouhaha tranquille régnait dans la maison familiale des Weasley. Si la présence de chaque membre de la famille était requise chaque dimanche midi en temps normal, Molly Weasley n'acceptait aucun désistement lorsque les plus jeunes de ses petits-enfants – Hugo, Lily, et Lucy – rentraient pour les vacances. Même si personne n'aurait osé manquer un repas de famille de toute façon.
Coincée dans un canapé entre Fred et son petit frère, Rose riait aux éclats, la tête rejetée en arrière, le coude d'Hugo enfoncé dans ses côtes. Assis dans un fauteuil en face d'eux, sa petite-amie sur ses genoux, James racontait avec enthousiasme une histoire improbable sur un patient qui avait fini à l'hôpital après avoir essayé de tondre sa pelouse avec ce qu'il croyait être un tondeuse moldue, mais qui était en fait un motoculteur.
- Quelqu'un à parler de tondeuse ? S'exclama la voix débordante d'enthousiasme d'Arthur Weasley.
Les cinq jeunes adultes se retournèrent vers le vieil homme qui venait de surgir dans le salon, l'expression d'un enfant découvrant ses cadeaux de Noël avec trois mois d'avance accrochée au visage, et ils redoublèrent de rire.
- Arthur ! Gronda la voix de sa femme depuis la cuisine.
Le patriarche de la famille Weasley grimaça et fit aussitôt demi-tour, désertant le petit salon, en maronnant quelque chose qui ressemblait beaucoup à « maudite soit son ouïe supersonique… ».
- Tu sais, fit Fred en arquant un sourcil amusé, un de ces quatre, c'est lui qui va débarquer à l'hôpital à cause d'un accident de mococulpeur.
- Motoculteur, corrigea aussitôt Rose en levant les yeux au ciel, bien qu'elle ne pût s'empêcher de sourire.
Hugo passa un bras autour de ses épaules et l'attira contre lui dans une étreinte étouffante.
- Plus ça va, plus tu ressembles à maman.
Rose éclata de rire et s'arracha à ses bras en sautant sur ses pieds.
- Je vais prendre ça pour un compliment, merci beaucoup.
- C'en était un ! Fit Hugo dans son dos alors qu'elle s'éloignait déjà et quittait la pièce.
Elle entendit les éclats de rire de ses cousins et un sourire tranquille s'installa sur ses lèvres. Elle se sentait plus légère qu'elle ne l'avait été depuis des semaines. Lorsque sa famille était réunie au grand complet, elle n'avait pas le temps de laisser ses pensées l'assombrir comme c'était le cas le reste du temps. Pas de Loups-Garous, pas de criminels fous-furieux en liberté, pas de politiciens et de sorciers véreux, pas de loi intolérante, et pas de Scorpius. Ou presque.
Elle secoua la tête et chassa le sourire tendu du jeune homme de son esprit.
Elle ne laisserait pas son silence radio entacher sa bonne humeur. Qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire s'il n'avait pas donné signe de vie depuis des jours, après l'avoir seulement croisé par hasard au Ministère ? De ne pas avoir eu le droit à plus que quelques mots évasifs, un sourire crispé, et un regard inexpressif ?
Non. Elle refusait de penser à toutes ces choses maintenant, alors qu'elle était entourée de gens qui n'avaient pas peur de l'aimer.
Elle s'arma de son plus beau sourire et se rendit dans la cuisine, où sa grand-mère et plusieurs de ses tantes finissaient de préparer le repas.
- Besoin d'aide ? Demanda-t-elle en enroulant aussitôt ses longues boucles rousses dans une queue de cheval haute afin de dégager son visage et en remontant les manches de son chemisier.
- Attrape ta baguette et aide-moi à terminer le glaçage de ce gâteau, lui demanda Ginny sans quitter son ouvrage des yeux.
Rose ne se fit pas prier et rejoignit sa tante en souriant.
- J'espère que Harry, Al, et ton père ne vont pas tarder, lui souffla-t-elle avec un sourire malicieux, parce que si son pain de viande est prêt avant qu'ils n'arrivent et qu'elle doit le laisser cuir plus longtemps, ta grand-mère va déclencher une guerre.
Rose pouffa discrètement en lançant un coup d'œil vers Molly qui, effectivement, marmonnait quelque chose à propos d'un pain de viande trop cuit. La jeune fille vit sa tante lever les yeux au ciel et elles échangèrent un regard complice avant de se remettre au travail.
- Où en est ton article sur la dépénalisation de l'utilisation personnelle des potions de catégorie C ? Demanda Ginny.
- Je l'ai presque fini, répondit Rose en haussant les épaules. Ça m'a pris un temps fou de retracer leur évolution jurisprudentielle et législative, cela dit, ajouta-t-elle en grimaçant. Et puis qui ça intéresse, franchement ?
- A part mon frère, personne, se moqua Ginny. Mais ça faisait deux mois que George nous rabâchait les oreilles avec cette histoire. Non pas que ça change grand chose, finalement. Que ce soit légal ou pas, il a toujours utilisé ce genre de potion pour ses expérimentations. La seule différence, c'est que techniquement, maintenant il aura le droit de le faire…
Rose éclata de rire.
- Tu sais qu'il a encore essayé de s'introduire dans la boutique de Rox par effraction pour lui voler des pousses de Snargalouf ?
- C'est pour ça qu'il lui manquait un doigt l'autre jour ? S'exclama Ginny en riant de plus belle. Il ne voulait pas me dire comment c'était arrivé ! J'aurais dû m'en douter cela dit. Quand est-ce qu'il va laisser tomber ? Demanda-t-elle en levant les yeux au ciel, un rire secouant toujours sa voix.
- Probablement jamais, répondit Rose bien que la question n'attendait pas véritablement de réponse. Il croit que Roxanne finira par céder.
Ginny laissa échapper un grognement sarcastique.
- Il peut toujours courir. Elle lui en veut toujours de l'avoir utilisée comme cobaye pour son thé Chauve-Qui-Peut. Franchement, qui utilise ses propres enfants comme cobayes ?
- George, répondit Rose en riant.
Ginny secoua la tête avec une expression de résignation amusée.
- Rose ! L'appela une voix grave.
La jeune fille releva la tête et aperçut Albus à l'entrée de la cuisine. Molly se retourna aussitôt et alla serrer son petit-fils dans ses bras dans une étreinte on ne peut plus Weasley.
- On vous attend depuis une heure ! S'exclama-t-elle en le relâchant enfin. Ton père et Ron sont arrivés avec toi ?
- Désolé, mamie, dit Albus en se massant les côtes. On a été retenus au Ministère un peu plus longtemps que prévu.
Molly grommela quelque chose que personne ne comprit avant de retourner derrière ses fourneaux. Rose vit Ginny lever les yeux au ciel et pouffa silencieusement. Albus s'approcha d'elles, et déposa un baiser sur la joue de sa mère avant de tirer sa cousine par la main.
- Désolé, maman, je te l'empreinte une seconde.
Ginny leur intima de sortir de la cuisine en balayant sa remarque d'un geste de la main et Rose suivit aussitôt son cousin.
- Tout va bien ? Demanda aussitôt la jeune fille en fronçant les sourcils lorsqu'ils furent dehors.
- On peut dire ça, grimaça Albus en passant une main dans ses cheveux.
Le cœur de Rose s'immobilisa une fraction de seconde ; déjà, elle imaginait le pire.
- Albus ?
- Un colis est arrivé au bureau des Aurors ce matin.
- Redfur ? Devina-t-elle aussitôt d'une petite voix tremblante.
Albus hocha calmement la tête. Il avait entraîné Rose dans le jardin, et celle-ci frissonna légèrement malgré les premiers rayons du soleil qui perçaient derrière la couche nuageuse.
- Heureusement, il a été pris en charge tout de suite par de service des contrôles, mais deux sorciers ont été blessés. Mon père a fait de son mieux pour éviter que l'info ne s'ébruite trop rapidement, parce qu'il ne veut pas qu'elle soit déformée, mais il pense quand même que c'est nécessaire d'informer les gens, ajouta-t-il en poussant un long soupir.
Rose le regarda passer ses deux mains sur son visage avec lassitude et remarqua pour la première fois la fatigue qui imprimait ses yeux verts habituellement rieurs.
- Il veut que je rédige un article ? Comprit-elle.
Une fois de plus, Albus hocha la tête et lui adressa un bref sourire.
- Il veut que tu préviennes les gens de ce qui va se passer, admit-il. Redfur… le colis contenait seulement quelques des explosifs magiques artisanaux, et les blessés ont déjà dû quitter Ste Mangouste à l'heure qu'il est… Le plus inquiétant, c'est le message qui allait avec. Redfur… Redfur a pris soin de laisser une note à l'intention du Ministère…
Rose pâlit légèrement en voyant les épaules de son cousin s'affaisser davantage encore.
- Qu'est-ce qu'elle disait ?
- Que la prochaine Pleine Lune serait sanglante.
- Sanglante ? Bredouilla Rose en frissonnant.
Albus ne répondit rien.
Il n'eut pas besoin de le faire.
16 Avril 2025 – Bureaux de la Gazette du Sorcier, Chemin de Traverse, Londres
Rose quitta son bureau, article sous le bras, un sourire tranquille accroché aux lèvres. Elle avait enfin bouclé son dernier article et n'avait plus qu'à l'amener au service éditorial. D'un pas serein, elle se dirigea vers l'ascenseur, pressa le bouton pour le faire venir, et attendit patiemment qu'il s'arrête à son étage. D'une manière générale, elle se sentait bien ces derniers jours – tant qu'elle ne pensait pas à Scorpius, tout du moins. Se plonger dans le travail l'aidait à faire le vide. Elle savait qu'il n'y avait rien qu'elle puisse faire, si ce n'est attendre – attendre qu'il fasse le premier pas – et malgré sa nervosité, elle avait foi en lui. Elle savait qu'il ferait le bon choix, peu importe le temps que cela lui prendrait.
La clochette de l'ascenseur retentit, arrachant Rose à ses pensées. Elle secoua la tête avec résignation pour éclaircir ses idées, et s'engouffra dans la petite cage magique en souriant poliment aux deux jeunes femmes qui discutaient au fond de celle-ci.
- Apparemment si, soufflait l'une d'elles avec excitation. Mon beau-frère jure l'avoir vu faire des allers-retours toute la semaine entre les bureaux de l'Unité et ceux des Aurors.
Rose se tendit brusquement. Sûrement, la sorcière pensait être discrète, mais Rose pouvait l'entendre très distinctement et son attention s'écharpa. Assurément, elle ne parlait pas de Scorpius… si ?
- Mais je croyais que Goyle avait mis fin à leur collaboration ? Répondit la seconde sorcière en chuchotant toujours.
- C'est le cas, assura la première d'une voix à peine audible. Ce qui nous laisse nous interroger sur la vraie raison de ses entretiens fréquents avec le chef du département des Aurors, non ?
Rose cligna des yeux, le souffle coupé. Elle eut toutes les peines du monde à demeurer impassible. Dans son dos, les deux sorcières continuèrent de discuter à voix basse, mais Rose ne les entendait plus. Son cœur tambourinait violemment dans sa poitrine, et il lui était impossible de penser clairement. Immobile, elle peinait à respirer.
Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, elle ne sembla pas réaliser qu'il lui fallait sortir, jusqu'à ce que l'une des sorcières dans son dos s'éclaircisse bruyamment la gorge.
Rose sursauta, se retourna en rougissant et rencontra le regard noisette de la sorcière qui l'observait avec un sourcil arqué dubitativement.
- Vous sortez, non ? Demanda-t-elle d'une voix douce, comme si elle s'adressait à une fillette de quatre ans.
Rose rougit de plus belle, et se força à rire.
- Désolée, marmonna-t-elle, j'étais perdue dans mes pensées.
Les deux sorcières échangèrent un regard, mais ne prononcèrent pas le moindre mot.
- B-bonne journée ! Tenta de s'exclamer Rose le plus nonchalamment possible en sortant enfin de l'ascenseur.
Lorsque les portes se refermèrent derrière elle, Rose laissa échapper l'air accumulé dans ses poumons contre son gré.
La tête pleine à craquer de pensées contradictoires qui se heurtaient les unes aux autres, Rose se redressa, le cœur tremblant d'impatience.
Elle devait savoir. Elle devait juste…
Elle ne pouvait pas le laisser s'échapper une fois encore. Il était temps qu'il soit honnête avec elle, une bonne fois pour toutes.
16 Avril 2025 – Wiltshire, Angleterre, Manoir Malefoy
Son article toujours sous le bras, Rose apparut quelques secondes plus tard devant le portail du Manoir Malefoy. Parfois, elle blâmait les gènes Weasley en elle, qui la poussaient à une impulsivité dangereuse.
Elle frissonna bien malgré elle lorsque son regard glissa sur la silhouette sombre et menaçante du Manoir, mais se reprit très vite et inspira profondément, ce qui ne l'empêcha pas de sursauter lorsque la minuscule Scar, l'elfe de Maison des Malefoy, surgit devant elle sans crier gare.
- Mademoiselle Weasley, couina-t-elle en s'inclinant très bas.
- Bonjour, répondit poliment Rose en souriant aussi sincèrement qu'elle le put. J'aimerais m'entretenir avec Scorpius, si c'est possible. C'est urgent, ajouta-t-elle précipitamment.
- Monsieur Scorpius n'est pas là, Mademoiselle, mais Scar peut lui laisser un message, si Mademoiselle le souhaite.
- Non, il faut que je le voie, fit Rose en secouant la tête. Je vais l'attendre.
Scar dissimula une grimace contrite mais hocha la tête et fit signe à la jeune femme de la suivre à l'intérieur de la demeure. Rose ne se fit pas prier, et suivit silencieusement la minuscule créature jusqu'à la porte d'entrée du Manoir, puis à l'intérieur, où Scar la conduisit dans un petit salon bleu.
- Est-ce que Scar peut vous servir un thé, Mademoiselle ? Demanda poliment l'elfe lorsque Rose fut assise dans un fauteuil.
- Ça ira, merci beaucoup, répondit gentiment la jeune fille en souriant. Je vais seulement attendre là.
Scar s'inclina à nouveau et disparut aussitôt, laissant Rose seule avec ses pensées agitées, dans le petit salon glacial des Malefoy.
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Même après de longues minutes, Rose refusa de partir sans avoir vu Scorpius. Elle en avait plus qu'assez d'attendre des réponses et qu'il le veuille ou non, il lui en donnerait aujourd'hui.
- Rose ?
La voix de Scorpius la fit sursauter brusquement. Il s'avança lentement vers elle, les sourcils froncés, dubitatif, et Rose sauta sur ses jambes. Elle sourit maladroitement, baissa les yeux avec embarras, ses mains nouées nerveusement devant elle.
- Rose, répéta-t-il d'une voix basse, qu'est-ce que tu fais là ?
La jeune fille haussa les épaules et planta finalement ses yeux dans les siens en gonflant ses joues d'air avant de soupirer profondément.
- Je ne sais pas vraiment par quoi commencer, avoua-t-elle en grimaçant. Je voudrais juste…
Scorpius demeura impassible. Immobile devant elle, il attendait poliment qu'elle s'explique, sans dire le moindre mot. Il n'avait pas l'air furieux de la trouver là. Pas plus qu'il ne paraissait heureux, à vrai dire. Il était juste… debout, planté là à attendre. Poli. Courtois. Silencieux.
Et peut-être que c'est ce qui décida Rose à vider son sac, finalement. Son désir de le secouer comme un prunier pour obtenir une réaction, quelle qu'elle soit.
- Les gens parlent, lâcha-t-elle finalement.
Scorpius haussa les sourcils, feignant un intérêt poli.
- Tu ne veux pas savoir ce qu'ils disent ?
- Ça m'est égal, admit-il.
- Malefoy, grogna-t-elle avec exaspération.
Un sourire fin se dessina sur les lèvres du jeune homme, et l'espace d'une seconde, Rose fut certaine de voir ses yeux ombrageux pétiller avec amusement.
- Tu n'as pas donné signe de vie depuis la dernière Pleine Lune.
Il se raidit aussitôt et lança un regard paniqué vers la porte ouverte du salon.
- Pas ici, souffla-t-il. Tu sais qu'on ne peut pas parler de ça ici.
Rose se retint de taper son pied contre le sol avec frustration, mais lui adressa un regard tout aussi expressif.
- Je ne te comprends plus du tout, soupira-t-elle. Je ne sais plus… Je ne sais plus à quelle version de toi je dois m'accrocher. Chaque fois que tu fais un pas en avant, tu te rétractes pour faire un bon de géant en arrière et je… je ne sais plus si je dois croire que les choses vont changer, ou non…
Scorpius resta silencieux un moment, avant de commencer avec prudence ;
- Je ne sais pas ce que tu attends de moi, Rose, admit-il en fronçant les sourcils. Mais quoi que ce soit, je ne suis pas sûr de pouvoir te le donner.
- Mais l'autre jour… l'autre jour, quand tu as débarqué chez moi…
- Il s'est passé beaucoup de chose depuis, coupa-t-il en haussant les épaules.
Il détourna les yeux et plongea les deux mains dans les poches de son pantalon, l'air songeur.
- Rose, je ne peux pas t'expliquer ce qu'il en est pour l'instant, reprit-il d'une voix plus basse encore, mais bientôt j'aurai des réponses à tes questions, et je ne les fuirai pas.
- Pourquoi tu ne me dis pas tout de suite ce qu'il se passe ? Est-ce que ça a un rapport avec tes entretiens privés avec mon oncle ?
Malgré lui, Scorpius laissa échapper un petit rire, léger et amusé, avant de secouer la tête et de poser un regard bien plus doux sur la jeune fille.
- J'imagine que ça ne devrait pas me surprendre que tu saches ça, dit-il en haussant les épaules. Honnêtement, Rose, parfois, la journaliste en toi me fout les jetons. Comment tu peux être au courant de tout comme ça, tout le temps ? Ajouta-t-il en arquant un sourcil moqueur.
La jeune fille écarquilla les yeux, surprise par son ton et son vocabulaire, mais ne put s'empêcher de rire à son tour. Elle avait toujours adoré le rire du jeune homme, rare mais ô combien sincère, et l'avait toujours trouvé terriblement contagieux.
Elle se mordit la lèvre pour se reprendre et peu à peu, le silence se fit autour d'eux, leurs derniers éclats de rire perdus dans le décor.
Ils restèrent plantés là, sans vraiment oser se regarder, pendant une éternité, peut-être deux, jusqu'à ce que finalement, Rose lève les yeux vers Scorpius et esquisse un sourire fragile.
- Malefoy… ?
La voix de Rose déchira le silence, mais Scorpius ne leva pas les yeux vers elle le regard résolument rivé sur le bout de ses chaussures.
- Oui ? Fit-il d'une voix rauque.
- Dis-moi juste une chose… Une seule, et après, je te jure que je m'en vais…
Scorpius l'observa un long moment, avant d'hocher la tête, lentement, prudemment.
- Est-ce que… est-ce que c'est toi qui es allé voir Kulpritt en prison ?
Scorpius ferma les paupières et ses doigts s'enroulèrent sur ses genoux, formant des poings crispés, puis il soupira. Et inspira.
- Oui, répondit-il finalement d'une voix blanche.
- Pourquoi ?
La voix de la jeune fille était tremblante, mais elle ne cilla pas. Elle laissa à Scorpius le temps de rassembler ses idées, ou son courage, et hésita un bref instant à poser une main sur son épaule, avant de renoncer.
- Parce que son fils me l'a demandé, avoua Scorpius après une éternité, d'une voix si faible que Rose l'entendit à peine.
- Que…quoi ?
- Rose, soupira-t-il doucement, c'est une longue histoire, et ce n'est pas à moi de te la raconter… Est-ce tu pourrais… laisser tomber ?
- Mais…
- S'il te plaît ? Insista-t-il en planta ses yeux dans les siens avec une intensité qu'elle ne lui avait pas vue depuis très longtemps.
Elle se mordit piteusement l'intérieure de la joue, mais finit par hocher la tête, résignée.
- Je crois juste que…
- Tiens, tiens, tiens, fit soudain une voix dans leur dos.
La voix glaciale de Lucius Malefoy fit sursauter Rose. Un frisson parcourut son échine, mais lorsque le regard du vieil homme se planta dans le sien, elle refusa de détourner les yeux.
Scorpius se tendit immédiatement, et son expression se ferma.
Si Rose avait cru le voir porter un masque pendant des années, elle se trompait. Le Scorpius qui faisait face à son grand-père en cet instant… c'était ce Scorpius-là, le faux. Ses traits étaient tendus à l'extrême, son regard vide et froid, ses lèvres sèches et crispées. Toute trace de légèreté l'avait quitté. Et pour la première fois de sa vie, Rose réalisa que devant elle se trouvait le vrai Malefoy.
Malefoy. Pas Scorpius.
- Monsieur, dit-il d'une voix si basse et si calme, que Rose sentit un deuxième frisson la parcourir.
Le regard de Lucius Malefoy se durcit lorsqu'il se posa sur son petit-fils, et ses lèvres s'étirèrent lentement en un sourire mauvais.
- Mademoiselle Weasley, fit-il d'une voix doucereuse en reportant finalement son attention sur Rose, que nous vaut ce plaisir ?
- Je…
- Vous êtes venue fouiner, peut-être ? Vous cherchez de l'inspiration pour un autre de vos torchons ?
Rose rougit furieusement, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, la bouche entrouverte, prise de court. Il y avait un tel dédain dans la voix du vieux sorcier que sa gorge se noua malgré elle.
- Dites-moi, Mademoiselle Weasley, reprit-il en se délectant du silence qu'il imposait, est-ce que vous êtes là pour ruiner la carrière de mon petit-fils ? Ou bien est-ce qu'une fois encore, vous et votre famille voulez…
- Ça suffit, l'interrompit soudain la voix implacable d'Astoria Malefoy, droite dans ses hauts talons à l'entrée du petit salon.
- Je ne…
- Scorpius, raccompagne Mademoiselle Weasley, s'il te plaît, coupa-t-elle encore en s'adressant à son fils en souriant avec plus de douceur.
Le jeune homme hocha la tête, et fit glisser une main légère dans le dos de Rose pour la forcer à sortir. Il ne laissait toujours rien paraître, mais lorsqu'ils passèrent devant sa mère, il lui souffla un bref « merci », auquel elle répondit avec un sourire sincère.
- Je m'excuse pour cet accueil, Rose, ajouta-t-elle poliment, en plantant son regard dans celui de la jeune fille. Désolée que vous ayez eu à subir cela.
Rose ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, mais un grognement mauvais se fit entendre dans leur dos, et Scorpius la poussa dehors. Il referma la porte et l'entraîna dans le couloir, loin, le plus loin possible de l'homme qu'il détestait plus que tout au monde. Rose leva les yeux vers le jeune homme et fut bouleversée par ce qu'elle lut dans son regard métallique. La fureur et la haine se mélangeaient dans ses iris sombres, arrachant à Rose une grimace confuse.
Jamais encore elle ne l'avait vu dans un état pareil.
- Je suis désolé, souffla-t-il. Rose je suis vraiment, vraiment désolé.
La jeune journaliste posa une main rassurante sur son épaule et esquissa un sourire tremblant. Elle le vit fermer les paupières sur ses yeux ombrageux et son cœur se crispa ; il s'en voulait pour ce qu'il venait de se passer. Il portait la culpabilité de son grand-père sur ses épaules, et laissait une fois de plus son nom de famille le définir.
Lentement, elle posa une main sur sa joue et se hissa sur la pointe des pieds pour venir poser ses lèvres à la commissure des siennes. Elle l'entendit retenir son souffle, mais il refusa d'ouvrir les yeux. Elle sourit tristement et s'écarta en reculant d'un pas. Puis deux.
- Au revoir Malefoy…
Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte d'entrée, les genoux et les mains tremblantes.
- Rose !
Son cœur se figea, et lentement, la jeune fille tourna la tête, hésitante.
- Pourquoi… pourquoi Malefoy ? Demanda-t-il d'une voix cassée. Pourquoi est-ce tu n'as jamais cessé de m'appeler comme ça ?
Rose haussa les épaules, et un sourire tendre et douloureux prit possession de ses lèvres.
- Au début, c'était par habitude, parce que tout le monde autour de moi se référait à toi de cette façon. Mes amis, ma famille… Mais ensuite, avoua-t-elle, je voulais juste… Je voulais juste que tu saches que le fait que tu sois un Malefoy n'avait aucune importance. Je voulais que tu m'entendes prononcer ton nom et comprennes que je t'aimais. Que je t'aimais toi, Scorpius. Héritier des Malefoy ou pas…
Elle secoua la tête et se mordit la lèvre en baissant les yeux.
- Mais ça n'a plus vraiment d'importance, si ? Parce qu'au final, tu es le seul qui puisse prendre cette décision.
- Qu…qu'elle décision ? Balbutia-t-il.
- La décision de ne considérer ton nom que pour que ce qu'il est. Un nom. Juste un nom.
Elle pencha la tête sur le côté avec un sourire un peu tordu et refoula les larmes qui menaçaient de franchir la barrière de ses lèvres.
Interdit, Scorpius regarda Rose tourner à nouveau les talons et s'éloigner, avant de disparaître derrière les lourdes portes du Manoir Malefoy, le cœur battant à tout rompre.
N/A : Bonjour ! Encore une fois, je serai succincte, vu que le temps me manque. Je sais que cette fin de chapitre est un peu brutale, mais croyez-moi, vous n'avez pas envie de me tuer maintenant :) Refreinez donc vos envie de meurtre et patientez encore un petit peu, il ne reste qu'une poignée de chapitres avant la fin, après tout ;)
Je vous souhaite à tous un bon week-end et de bonnes vacances, et je me sauve !
A bientôt !
RàR : à Romane ; Les vieilles Charrues ? Donc tu as vu 30 Seconds To mars et Arctic Monkeys ? Maintenant c'est moi qui ai des envies de meurtre… :p Bref… Effectivement, Albus a hérité de la tenacité de son grand-père, c'est le moins qu'on puisse dire ;) Merci de continuer à prendre le temps de lire cette histoire qui part dans tous les sens, en tout cas ! A bientôt.
à Mea95Gryffondor ; Toi qui voulais une scène Scorpius/Rose un peu romantique, es-tu servi ? :p Bah quoi, il y a quand même eu un petit bisou, non ? Ha ha. Okay, je suis cruelle. Mais j'espère que tu ne m'en tiendras pas rigueur ! Merci pour tes compliments ;) Bonnes vacances à toi aussi.
à Emma ; Tout d'abord, je teins à te dire un grand merci pour ta review sur HoL, qui m'a fait énormément plaisir, et je ne peux qu'être d'accord avec toi. James et Lily étaient trop lisses, trop parfaits, et manquaient bien souvent de profondeur. Je crois que j'ai tendance à trop les idéalises d'une manière générale, c'est mon gros problème ^^ Quant à cette histoire-ci, un peu en bordel ces derniers temps, je le reconnais, je suis contente qu'elle te plaise :) Et effectivement, un duo Albus/Scorpius, ce serait chouette :D Merci pour tout ;)
