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Chapitre XVI

« Of Scandal and Tenderness »

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13 Mai 2025 – Deuxième Étage, Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie


« Romeo Choisit Juliette – Scandale au sein de l'Unité Spéciale »

« Quel autre symbole cliché mieux que celui des amants maudits de la littérature moldue peut illustrer le revers de fortune que vient d'essuyer Drago Malefoy ?

Son propre fils lui aurait en effet remis en mains propres sa démission officielle la veille au soir. Membre de l'Unité Spéciale composée par son père afin de faire appliquer la loi Edward Fawley qui aura fait couler beaucoup d'encre, Scorpius Malefoy aurait finalement tourné le dos aux traditions familiales qui enchaînent les Malefoy depuis la nuit des temps et quitté le célèbre Manoir qui fut autrefois le quartier général de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.

La raison de cette trahison est aussi vieille que le monde et fera rougir d'envie toutes les sorcières du pays, j'ai nommé l'Amour.

Il semblerait en effet que le jeune homme ait tout plaqué pour Rose Weasley, journaliste pour la Gazette dont les articles ont encouragé les lecteurs à s'indigner des méthodes employées par l'Unité en question pour traquer des Loups-Garous « innocents ».

Cette nouvelle tombe mal pour l'Unité, qui était pourtant parvenue à faire oublier le cuisant échec de sa collaboration avec les Aurors en capturant sept Loups-Garous au cours de la dernière Pleine Lune. Fort de son succès, Gregory Goyle, chef de la brigade, avait même promis d'en arrêter le double ce mois-ci. Si beaucoup commençaient à remettre en question la légitimité de l'Unité, le triomphe de l'équipe de Goyle avait fait taire tous les doutes.

Mais la démission du jeune Malefoy pourrait à nouveau faire douter l'opinion publique. En effet, sa démission remet en cause le travail acharné de son père et semble donner raison aux détraqueurs de la loi Edward Fawley, qui justement, sont nombreux dans la famille de notre Juliette.

Affaire à suivre, donc. »

Un article de Britt Chatty pour Des Bulles dans le Chaudron

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La porte du bureau de Drago Malefoy s'ouvrit à la volée et lorsque ce dernier releva les yeux, il rencontra le regard noir de Gregory Goyle fondant sur lui comme un hypogriffe enragé.

- Qu'est-ce que c'est que ça, Drago ? Beugla-t-il, le visage déformé par la fureur en jetant sur le bureau un exemplaire de Des Bulles dans le Chaudron. Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que ton fils s'acoquine avec la fille de Weasley ? Est-ce qu'il quitte l'Unité ?

Drago poussa un soupir tendu et leva une main pour faire taire le sorcier devant lui. Il pointa sa baguette en direction de la porte de son bureau pour qu'elle se ferme.

- Tu vas me dire ce qu'il se passe ? Ragea Goyle, en plissant les yeux, les poings enroulés près de ses hanches.

Drago ne se laissa pas impressionner et lui adressa un regard sec. Il ne laissait personne lui parler sur ce ton et Goyle le savait.

- Scorpius m'a effectivement remis sa démission officielle hier, dans la soirée, commença-t-il d'une voix calme et posée, dont la froideur fit imperceptiblement reculer l'imposant sorcier debout en face de lui.

- Et tu l'as laissé faire ? Demanda-t-il en arquant un sourcil dédaigneux.

- C'est un adulte, répondit simplement Drago, toujours parfaitement calme.

- C'est un gamin, contra Goyle dont le regard mauvais s'attarda sur la une du journal posé sur le bureau de son vieil ami.

Drago se leva lentement de son siège et fit le tour de son bureau pour venir se poster à quelques centimètres du gorille en robe de sorcier qui lui servait d'ami depuis le berceau.

- Je ne dis pas que sa décision m'enchante, dit-il en plantant son regard glacial dans celui de Goyle. J'ai conscience des conséquences que sa démission, et pire encore, que cet article va avoir sur l'Unité. Mais la Loi Edward Fawley est mon combat, pas le sien, et je refuse de le lui imposer plus longtemps encore.

Goyle entendit parfaitement ce que Drago ne disait pas.

Il refusait d'imposer à son fils des opinions qui n'étaient les siennes, comme l'avait fait son père avant lui. Il refusait de voir le reflet de son père lorsqu'il se regardait dans un miroir.

Mais Goyle ne semblait pas voir les choses de la même manière, et lorsqu'il recula d'un pas en secouant la tête avec suffisance, Drago se redressa, la mâchoire serrée.

- Au moins, ton père n'était pas une mauviette, siffla Goyle, ses lèvres gercées s'étirant avec mépris. A ta place, il y a longtemps qu'il aurait remis ton traître de fils dans le droit chemin.

Drago ne cilla même pas. Il demeura impassible, le dos droit, les mains le long du corps. Il avait l'habitude de prendre des coups, après tout, et avait appris à les encaisser au fil du temps. À dix-sept ans, il avait été enrôlé de force dans les rangs du Seigneur des Ténèbres. Il avait été forcé de faire des choses qui, aujourd'hui encore, venaient hanter ses rêves, il avait vu des choses qui continuaient de le tourmenter, même après toutes ces années. Alors si Goyle croyait que ses insultes l'atteignaient, il se trompait lourdement. S'il croyait que son petit air suffisant et le sourire cruel dont il habillait ses lèvres l'intimideraient, il avait tort.

Les lèvres de Drago s'étirèrent lentement vers le haut, et son regard se peignit d'une colère glaciale.

- Tu oublies que la seule raison pour laquelle tu as ta place dans l'Unité est parce que je l'ai décidé. Si tu t'imagines une seule seconde que tu es indispensable à cette équipe, tu te trompes. Il suffit que je signe un bout de papier pour que tu rentres chez toi… Alors fais très attention à ce que tu dis sur mon fils, Goyle, ou j'aurai ta tête, est-ce que c'est clair ? Demanda-t-il de sa voix toujours aussi calme et froide.

Drago vit un éclair de fureur traverser le regard noir de son ami, mais lorsque celui-ci hocha péniblement la tête, en serrant les poings et les dents, il esquissa un sourire satisfait.

- Ravi qu'on se comprenne, dit-il. Tu peux disposer, ajouta-t-il en lui tournant le dos pour aller se rasseoir à son bureau.

Goyle poussa un grognement furieux et tourna les talons, sa cape volant derrière lui. Il sortit de la pièce comme il était arrivé en faisant claquer la porte et marmonnant des insultes.


13 Mai 2025 – Rez-de-Chaussée, Hall, Ministère de la Magie


Il était rare que Drago Malefoy quitte si tardivement son bureau. D'ordinaire, il s'arrangeait pour être rentré vers dix-huit heures, sauf lorsqu'il travaillait avec son équipe sur un projet ou un contre-projet de loi.

Ce soir-là en revanche, il était vingt heures passées lorsqu'il traversa le hall désert du Ministère pour rejoindre le réseau de cheminées. Toute la journée, il avait été interrogé sur l'article publié par Des Bulles dans le Chaudron, jusqu'à ce qu'Edgar Corn, le porte-parole officiel du Ministère, organise une brève conférence de presse afin de clarifier la situation et mettre fin aux rumeurs qui se propageaient de manière virale.

Épuisé par la journée particulièrement pénible qu'il venait de passer, Drago rêvait déjà d'un des fauteuils confortables du Manoir, dans lequel il pourrait savourer un verre d'hydromel de cent ans d'âge.

Mais de toute évidence, le sort en avait décidé autrement, car au moment où il mit un pied dans l'âtre d'une des cheminées, il entendit son nom faire écho dans l'immense hall du Ministère. Il se figea aussitôt en reconnaissant la voix dans son dos et hésita une fraction de seconde avant de finalement faire un pas en arrière et se retourner vers l'homme qui accourait vers lui. Il dissimula une grimace sous un sourire poli, quoiqu'agacé, et attendit patiemment que l'homme arrive à sa hauteur.

- Malefoy, fit-ce dernier en retournant le sourire poli que lui adressa Drago. Tu as une seconde ?

Drago soupira, baissa les yeux sur la montre attachée à son poignet gauche, mais hocha tout de même la tête.

- Une seconde, pas plus, marmonna-t-il.

- C'est important.

- Je ne suis pas idiot. Si je pensais que ça ne l'était pas, je n'aurais pas accepté, Potter.

Harry leva les yeux au ciel et balaya d'une main la remarque agacée de son interlocuteur.

- Si c'est de mon fils dont il s'agit, tu étais là à la conférence, je n'ai rien à ajouter.

- Je ne suis pas là pour te parler de Scorpius, répondit Harry en secouant la tête. Je suis là pour te parler de la prochaine Pleine Lune…

- Vois ça avec Goyle, dans ce cas. C'est lui qui…

- Goyle ne veut rien entendre, coupa Harry en poussant un soupir irrité.

Drago haussa les épaules ;

- Ce n'est pas mon problème.

- Ça le sera quand Redfur viendra frapper à la porte de ton Manoir, répondit Harry en plantant son regard dans celui de son ancien ennemi.

Drago se figea et soutint le regard de Harry pendant de longues secondes. Il sembla hésiter une seconde, mais le sérieux du sorcier en face de lui le convainquit de son honnêteté.

- Ton équipe a découvert quelque chose ? Demanda-t-il d'une voix étrangement basse.

Harry hocha la tête avec gravité et poussa un long soupir de lassitude.

- Ces derniers mois, Redfur aurait rassemblé plus d'une trentaine de Loups-Garous. Notamment de jeunes Loups-Garous, facilement influençables. Ses dernières attaques étaient des leurres qui lui ont permis de faire diversion pendant qu'il recrutait et créait des Loups-Garous en masse. J'aimerais pouvoir te dire qu'on est sur le point de l'attraper, mais la vérité, c'est qu'il a au moins deux longueurs d'avance sur nous depuis le début…

- Donc ce que tu essayes de me dire, commença Drago en arquant un sourcil, c'est que tu fais mal ton travail et que tu es incapable d'attraper un homme qui vous nargue depuis le début ?

Harry lui adressa un regard noir, mais Drago ne se laissa pas impressionner le moins du monde et le maintint sans ciller.

- Non, ce que j'essaye de te dire, reprit Harry en fermant brièvement les yeux pour se calmer, c'est qu'on a finalement découvert dans quel but il a créé une si grande armée. On a attrapé deux des siens lors de la dernière Pleine Lune, et l'un deux a finalement craqué en échange de sa liberté et d'un enregistrement dans les règles.

Le sorcier blond souffla avec agacement et fronça les sourcils au-dessus de ses yeux métalliques.

- Viens-en aux faits, Potter, grommela-t-il.

- Redfur a une liste, reprit l'intéressé en grimaçant sensiblement.

- Une liste de quoi ?

- Une liste de noms. Une liste des personnes qu'il considère comme hostiles aux Loups-Garous, des personnes qu'il juge personnellement responsables du sort des lycanthropes. On sait depuis des mois déjà qu'il prévoyait de se venger de ceux qui étaient à l'origine de la loi Edward Fawley, mais cette fois, on en a la preuve.

Drago demeura pensif plusieurs secondes, les traits tendus.

- Comment pouvez-vous être certains qu'il ne s'agit pas encore d'un piège ? Demanda-t-il finalement.

Harry secoua catégoriquement la tête.

- On en est sûrs, affirma-t-il sans donner plus d'explications.

Une ride soucieuse apparut sur le front dégarni de Drago, et Harry reprit aussitôt la parole ;

- Il faut que tu convainques Goyle de nous aider. On ne sera pas assez nombreux pour protéger l'ensemble des personnes de cette liste sans l'aide de l'Unité.

Bien malgré lui, Drago laissa échapper un ricanement sarcastique.

- N'y compte pas trop, grommela-t-il. Il refusera d'en entendre parler. Il se moque pas mal de Redfur, il est bien trop heureux de vous laisser vous en occuper seuls.

- Dommage pour lui, parce qu'il vient deuxième après toi sur la liste de Redfur, alors s'il ne veut pas que Redfur en personne vienne le chercher, il ferait mieux de coopérer.

Drago secoua la tête.

- Goyle ne prendra pas ces menaces au sérieux. Il se croit intouchable depuis ses dernières arrestations.

- Alors il vaut mieux pour lui qu'il se remette un peu en question, parce que dans deux semaines, Redfur viendra toquer à sa porte après avoir frappé à la tienne, répondit simplement Harry avant de tourner les talons, sans attendre la réponse de Drago, qui le regarda s'éloigner.

Ce dernier attendit de le voir disparaître avant de fermer les yeux et d'inspirer profondément.

Vraiment, il était temps que cette journée prenne fin.


18 Mai 2025 – Bristle Cottage, St Davis, Pays De Galles


Scorpius apparut sur le pas de la porte d'un petit cottage après un transplanage réussi, un sourire serein accroché aux lèvres.

Il poussa la porte et entra dans la maison qu'il habitait depuis près de deux semaines et qui faisait partie d'une des nombreuses propriétés composant le patrimoine des Malefoy, avant de se défaire de sa cape et de l'accrocher au porte-manteau dans l'entrée. Il inspira profondément et gagna la cuisine dans l'espoir d'y trouver quelque chose à manger. Scar passait tous les trois jours pour remplir le garde-manger et faire le ménage. Sa mère avait longuement insisté, apparemment inquiète qu'il se laisse mourir de faim, et il avait été forcé de reconnaître – après avoir protesté de longes heures durant – que cela aurait probablement été le cas sans l'aide de Scar. Très vite, il s'était rendu compte qu'il n'avait aucun don pour la magie ménagère.

Alors qu'il s'apprêtait à ouvrir le garde-manger, trois coups brefs furent frappés à la porte.

Un sourire étira aussitôt ses lèvres et il courut presque dans l'entrée pour aller ouvrir.

Son sourire fana aussi vite qu'il avait fleuri lorsqu'il tomba nez-à-nez avec Albus Potter, ses cheveux en bataille, et son sourire horripilant.

- C'est une manie chez vous, de débarquer à l'improviste ? Grommela Scorpius en se redressant.

- Le pire, c'est mon oncle George, répondit Albus en poussant la porte pour entrer dans la maison, sans attendre que Scorpius l'y ait invité. Tu ne sais jamais quand ou avec quoi il va débarquer…

- Merveilleux, grinça Scorpius en suivant Albus qui prenait déjà ses aises dans son salon.

Le jeune Auror jeta un regard autour de la pièce avant de reporter son attention sur Scorpius, qui faisait de son mieux pour ne pas mettre le jeune homme dehors à coups de pied.

- Ça doit te changer du Manoir, j'imagine, fit Albus avec un sourire mesquin.

- Qu'est-ce tu veux, Potter ? Répondit Scorpius le plus poliment possible.

- Eh bien, je me suis dit que je te laisserais quelques jours pour mettre les choses au point avec ta famille et ma cousine, et pour t'installer, mais… mais ça fait déjà deux semaines et tu n'es pas revenu au Ministère.

- J'ai démissionné. Ça a fait la une, tu te souviens ?

- Comment oublier, grommela Albus, mes cousines n'ont parlé que de ça toute la semaine. Apparemment, c'est la chose la plus romantique qu'elles n'aient jamais vue… enfin bref ! Tu as quitté l'Unité, mais ça n'explique pas pourquoi tu n'es pas revenu au département des Aurors… Je suis ton co-équipier, tu te rappelles ? Ça aurait été sympa de me donner signe de vie.

Scorpius fronça les sourcils sans comprendre.

- Potter, ma collaboration avec ton père et ton oncle s'est arrêtée à l'instant même où j'ai quitté l'Unité. Je ne suis plus très utile en tant qu'espion si je n'ai personne à espionner…

- Mais tu vas continuer de travailler avec nous, non ? Demanda Albus, perplexe. Je veux dire, la prochaine Pleine Lune est dans dix jours et on a besoin de…

- Non, refusa simplement Scorpius en secouant la tête. C'est fini, ça ne me concerne plus, tout ça.

Albus secoua la tête, interdit.

- Bien sûr que si ! Ça nous concerne tous ! Tu fais partie de ce monde, oui ou non ?

- Ce n'est pas la question, s'obstina Scorpius.

- Alors quoi ? Tu laisses tomber ? Je croyais que tu avais quitté l'Unité parce que tu étais contre toutes ces conneries !

- C'est le cas, admit le jeune homme.

- Alors pourquoi est-ce tu refuses de te battre pour…

- Je ne suis pas un Auror, Potter, le coupa Malefoy d'une voix ferme. Et je ne suis pas non plus un héros, alors navré, mais je ne…

- Alors tu peux te battre contre une bande de Loups-Garous avec tes potes de l'Unité, mais pas avec nous ? Pas lorsque c'est juste ?

Scorpius poussa un long soupir de frustration et ferma les yeux en se pinçant l'arête du nez. Albus Potter était décidément au moins aussi borné que Rose.

Il blâmait la génétique, clairement.

- Je croyais que c'était justement ça le problème ! L'Unité n'est pas composée d'Aurors qualifiés, mais d'abrutis violents qui se moquent de savoir ce qui est juste ou non ! Et que tu le veuilles ou non, je ne suis pas un Auror, Potter, seulement un ex-membre d'une brigade de justiciers auto-proclamés !

Albus secoua la tête, résigné.

- C'est vrai, reconnut-il à contrecœur. Mais je croyais que tu valais un peu mieux que ça.

Scorpius lui adressa un regard glacial, mais le jeune homme en face de lui ne battit pas d'un cil. Albus se contenta de fixer le jeune homme dans les yeux avec la même intensité que lui. Ils s'affrontèrent du regard pendant un long moment, sans qu'aucun d'eux ne bouge ou ne prononce le moindre mot, puis, Scorpius reprit calmement la parole ;

- Je ne suis pas un Auror, répéta-t-il pour la seconde fois.

- Ça ne veut pas dire que tu ne peux pas te battre. Si on avait laissé les Aurors se battre contre Voldemort pendant la guerre, il serait au pouvoir aujourd'hui, et ni toi ni moi ne serait là pour le voir. C'est parce que des sorciers se sont battus pour défendre leur liberté, qu'il a été vaincu.

- C'est différent, protesta Scorpius en fronçant les sourcils. Les enjeux ne sont pas comparables. Les Aurors n'ont pas besoin de moi. Ils savent ce qu'ils font.

Albus haussa les épaules avant de plonger une main dans ses cheveux.

- Je ne te comprends vraiment pas, soupira-t-il.

- Je ne te le demande pas.

Albus pinça les lèvres comme le faisait sa mère lorsqu'elle était frustrée, une habitude dont il avait hérité, bien malgré lui.

- Qu'en pense Rose ? Demanda-t-il finalement.

Un mince sourire étira les lèvres soudain amusées de Scorpius.

- Vraiment ? C'est ta dernière carte ? Se moqua-t-il.

Albus amorça un nouveau mouvement d'épaule, mais l'amusement le gagna à son tour, et il éclata de rire.

- On sait jamais, ça aurait pu marcher, se défendit-il en levant les mains.

- Ça aurait pu, admit Scorpius sans se départir de son sourire. Sauf qu'elle trouve que j'ai déjà bien assez de cicatrices.

- Et alors ? Fit Albus en arquant un sourcil amusé. Rien de plus viril que quelques bonnes vieilles cicatrices de guerre.

- Chez les Potter, peut-être, rétorqua Scorpius en laissant échapper un grognement sarcastique.

Albus pouffa en secouant la tête, avant de se redresser et de soupirer faiblement.

- D'accord. J'imagine que je perds mon temps à essayer de te convaincre.

Le silence de Scorpius fut suffisamment équivoque pour qu'Albus ne poursuive. Ce dernier adressa un dernier regard au jeune homme, avant de tourner les talons et de se diriger vers la sortie. Il ouvrit la porte et sortit pour aller transplaner un peu plus loin, tandis que Scorpius le regardait s'éloigner en fronçant les sourcils.

- Potter ! Le retint-il finalement en avançant sur le pas de la porte.

Albus se retourna aussitôt

- Oui ?

- Pourquoi… pourquoi est-ce tu tiens tant que ça à ce que je me batte avec les Aurors ?

- Je ne sais pas, avoua Albus avec un léger sourire. Tu as beau avoir un Nimbus dans le derrière, je trouvais qu'on faisait une bonne équipe…

Scorpius, cligna des yeux, interdit. Il ne savait pas exactement s'il devait se sentir insulté ou pas, mais venant d'Albus Potter, il avait le sentiment qu'il s'agissait au contraire d'un compliment.

Le jeune Auror n'attendit pas de réponse avant de transplaner au loin, laissant Scorpius planté comme un idiot sur son propre palier, les yeux écarquillés.


19 Mai 2025 – Appartement B228, Septième Étage, Nord de Londres


Rose inspira profondément et revérifia pour la cinquante-troisième fois l'adresse que Scorpius lui avait donnée à contrecœur. Quand elle avait parlé de rendre visite au fils unique d'Abraham Kulpritt après qu'il lui ait avoué être allé le voir à Azkaban parce que celui-ci le lui avait demandé, il avait d'abord refusé de lui dire où Kelson Kulpritt habitait, mais elle s'était contenté de hausser les épaules et de lui faire savoir que, qu'il l'aide ou pas, elle le trouverait et rien ne l'empêcherait d'aller lui rendre visite. Résigné face à la ténacité de la jeune fille, Scorpius avait fini par céder et lui donner l'adresse qu'elle demandait.

Pourtant, maintenant qu'elle était là, Rose n'était plus aussi sûre d'elle. Elle avait soudain peur de faire plus de mal que de bien avec ses questions et son entêtement à vouloir révéler au monde la vérité sur Abraham Kulpritt, un Loup-Garou qu'elle croyait victime plus que coupable.

La jeune fille inspira profondément afin de gonfler ses poumons d'air et laissa doucement retomber son poing contre la porte de l'appartement. S'il y avait la moindre chance que Kelson Kulpritt lui permette de prouver au reste des sorciers que son père n'était pas le monstre sanguinaire dépeint dans certains journaux et par de nombreux politiciens ayant défendu la loi Edward Fawley, alors elle se devait de rassembler son courage et d'aller jusqu'au bout.

Elle entendit des pas se rapprocher de l'autre côté de la porte et le bruit d'un verrou que l'on ouvre, avant de tomber nez-à-nez avec un homme de taille et d'âge moyen – elle ne lui donnait pas plus de quarante ans, et d'après ses calculs, il devait en avoir trente-huit – dont le sourire poli était forcé par une lassitude évidente.

- Bonjour, Monsieur Kulpritt, se présenta Rose. Je suis…

- Je sais qui vous êtes, la coupa le sorcier avec un haussement d'épaules et une moue contrite. Entrez, je vous en prie, ajouta-t-il en s'écartant pour la laisser passer.

Rose esquissa un faible sourire et pénétra dans le petit hall d'entrée. Le sorcier ferma la porte derrière elle, et l'entraîna dans son salon.

- Asseyez-vous, je vous en prie, lui dit-il en désignant le canapé. Je peux vous proposer quelque chose à boire ? Demanda-t-il avec cette même expression de politesse fatiguée.

- Non, merci, ne vous dérangez pas, fit Rose en secouant la tête, ses doigts s'entremêlant nerveusement les uns aux autres.

Kelson Kulpritt hocha la tête et s'assit à son tour, dans un fauteuil en face d'elle. Il se gratta la nuque et lui adressa un sourire nerveux ;

- Je… J'ai voulu vous écrire tellement de fois après avoir lu votre article… Mais j'ai manqué de courage, comme toujours, avoua-t-il.

Rose lui sourit avec douceur. La ressemblance avec son père n'était pas flagrante, mais ils avaient le même regard infiniment gentil et fragile et le même menton pointu.

- Il m'a beaucoup parlé de vous, vous savez, dit-elle.

Le sorcier sourit tristement avant de baisser les yeux sur ses mains nouées.

- Je n'ai aucun souvenir de lui, commença-t-il d'une voix faible. Ma mère…

Il s'interrompit brièvement et inspira profondément avant de relever les yeux vers Rose.

- Ma mère l'a quitté quand il a été mordu, et m'a emmené avec elle. Je n'avais qu'un an à l'époque, alors je n'avais pas vraiment mon mot à dire. Pendant longtemps, j'ai cru qu'il était simplement mort, parce que c'est ce que m'avait toujours dit ma mère quand je lui demandais où était mon père…

Il plongea la tête dans ses mains, Rose l'observant silencieusement, les yeux humides.

- J'ai appris qu'il était encore vivant en même temps que le Royaume-Uni entier apprenait qu'il avait tué un petit garçon de cinq ans… Je… je ne savais pas quoi penser. J'étais complètement… j'étais sous le choc. Non seulement j'apprenais que mon père n'était pas mort, mais en plus, on m'annonçait que c'était un Loup-Garou. Un monstre, ajouta-t-il, d'une voix tremblante.

Rose déglutit difficilement, mais refoula les larmes qui menaçaient d'inonder ses grands yeux bleus.

- C'est à ce moment-là que vous avez décidé de contacter Scorpius Malefoy ? Demanda-t-elle.

Kelson Kulpritt secoua négativement la tête.

- C'est lui qui est venu me trouver, expliqua-t-il d'une voix basse et lente. Il vouait me poser des questions sur mon père. Je crois… je crois qu'il cherchait à comprendre, à se faire sa propre opinion. Comme s'il n'était pas certain de savoir ce qu'il était censé croire ou non.

- Et c'est là que vous lui avez demandé de rendre visite à votre père à Azkaban ?

Cette fois, l'homme hocha la tête, un sourire triste se dessinant progressivement sur ses lèvres.

- Oui. Il était réticent, au début. Ce que je peux comprendre, parce que, en tant que membre de l'Unité Spéciale, il pouvait difficilement justifier une visite de courtoisie à l'ennemi public numéro un, expliqua-t-il avec un rire sombre.

Rose hocha la tête, l'air de comprendre, tandis que son hôte prenait une nouvelle inspiration.

- Mais il a fini par accepter, malgré le risque de se faire prendre. Il a payé un ou deux gardiens de la prison pour qu'ils gardent le silence, et il a pu voir mon père. Ça s'est avéré bien plus facile que prévu, finalement, et à part vous, personne ne s'est douté de quoi que ce soit. Mais j'imagine que mon père vous a parlé du jeune Malefoy quand vous êtes allé lui rendre visite.

Rose hocha la tête.

- Il ne m'a pas dit son nom, mais j'ai tout de suite pensé que c'était lui, même si je ne pouvais pas en être sûre.

- Oui, fit Kelson en hochant la tête. Pour tout vous dire, quand il est venu frapper à ma porte, je me suis demandé ce qu'un type comme lui venait faire ici. Je l'ai pris pour un employé du Ministère, coincé et arrogant, qui venait me chercher des noises…

Malgré elle, Rose éclata de rire.

- Il fait cet effet à beaucoup de gens, admit-elle.

- Mais il est loin d'être le fils-à-papa que tout le monde croit qu'il est, n'est-ce pas ? Enfin, j'imagine que vous le savez mieux que personne, ajouta-t-il en souriant avec douceur.

Rose ne put s'empêcher de rougir, et lorsqu'elle baissa nerveusement les yeux, ce fut au tour de son hôte d'éclater de rire.

Il se calma peu à peu et adressa un sourire profondément sincère à la jeune fille.

- Vous êtes sûre que vous ne voulez pas une tasse de thé ? Je..., hésita-t-il,… j'aimerais que vous me parliez de mon père, si ça ne vous dérange pas trop…

Rose retourna son sourire et hocha la tête ;

- Ce serait avec plaisir.


19 Mai 2025 – Bristle Cottage, St Davis, Pays De Galles


Rose transplana juste devant le portail du petit cottage où habitait Scorpius depuis deux semaines, le cœur encore chargé des émotions attisées par sa conversation avec le fils de Kulpritt. Peut-être que Kelson Kulpritt n'avait jamais connu son père, mais pas une seconde il ne le blâmait pour son absence. Au contraire, il semblait mieux que personne lui pardonner ses erreurs et accepter sa lycanthropie, et Rose imaginait déjà la possibilité de faire se rencontrer les deux hommes.

Elle sourit distraitement en apercevant de la lumière dans le salon lorsqu'elle arriva devant la maison, et entra sans frapper, comme elle le faisait toujours.

- Scorpius ! L'appela-t-elle en enlevant sa cape, qu'elle accrocha au porte-manteau.

Le jeune homme apparut aussitôt, un sourire accroché aux lèvres. Il s'approcha d'elle et entoura ses bras autour de sa taille avant de se pencher pour l'embrasser, fermant les yeux pour se noyer dans le bonheur que lui procurait cette simple étreinte.

- Comment ça s'est passé ? Demanda-t-il lorsqu'il mit fin au baiser.

- Très bien, sourit Rose.

- Est-ce que tu restes dîner ? Demanda-t-il avant de déposer un bref baiser sur ses lèvres.

La jeune fille lui adressa une moue contrite et secoua la tête en soupirant ;

- Désolée, j'ai promis à ma mère de l'aider à faire des recherches ce soir, mais je voulais passer te voir avant de la retrouver…

- Ça ne fait rien, fit Scorpius en haussant les épaules avec un sourire tranquille. Scar m'a laissé de quoi tenir au moins pendant un mois, alors je survivrai.

Rose se mordit la lèvre, un remord coupable envahissant sa poitrine. Elle savait qu'il avait l'habitude d'être seul et que ça ne le dérangeait pas, mais elle avait quand même l'impression de l'abandonner, quoi qu'il en dise. Savoir qu'il passait son temps seul, dans cette grande maison vide, lui faisait mal au cœur.

- Rose, ça va aller, je t'assure, dit-il en fronçant les sourcils lorsqu'il la surprit en train de se mordiller la lèvre avec culpabilité.

La jeune fille soupira et se laissa tomber sur le canapé, l'attirant avec elle dans sa chute. Il s'assit à côté d'elle et elle vint aussitôt se nicher contre lui, sa tête sur son épaule.

- Tu pourrais venir à la maison, si tu veux, lui proposa-t-elle, sachant pourtant qu'il refuserait.

- Rose…

- Je sais, grogna-t-elle, on a dit qu'on irait doucement. Mais j'ai horreur de te savoir tout seul ici. Tu ne t'ennuies pas, toute la journée, ici ? Jamais ?

Scorpius éclata de rire.

- Je sais que tu ne peux pas rester en place cinq secondes, Rose, mais moi, j'aime le calme.

- Mmm, grommela la jeune fille en fermant les yeux.

Scorpius la regarda avec un sourire attendri et lui pinça affectueusement la hanche.

- Ne t'endors pas…

- Laisse-moi tranquille, grommela-t-elle en s'enfonçant davantage encore dans ses bras.

Scorpius étouffa un rire et l'observa silencieusement pendant plusieurs secondes avant de passer un bras autour de ses épaules et de l'attirer plus encore contre lui pour pouvoir déposer un baiser-plume sur son front.

- Cinq minutes, alors, pas plus, souffla-t-il.

- Mmm.


N/A : Bonjour Potterheads ! :-) Oui, bon, j'imagine que vous attendiez moins ce chapitre que celui de la semaine dernière, mais sait-on jamais, peut-être qu'il vous aura plu quand même ^^ Non, le fait que Scorpius et Rose aient enfin décidé à se bouger un peu les fesses ne sonne pas (encore) le glas de cette histoire. Vous avez même gagné un chapitre de plus que ce qui était prévu, parce qu'il s'est avéré que je n'ai pas pu suivre exactement mon plan... bref. Tout ça pour dire, il nous reste encore quelques Pleines Lunes en perspectives, et quelques méchants à attraper... Sans compter que tous les personnages ne sont pas encore arrivés là où je voulais les emmener ! Pffiou.

Je vous souhaite à tous un bon week-end, en vous remerciant d'être encore là pour lire cette histoire, et je vous dis à vendre di prochain si tout se passe bien :-)

RàR : à Romane ; Ha ha :p Non ça y est, ma haine est passée, je suis pas très rancunière. Cela dit, ça m'a quand même fait plaisir de savoir que malgré les mièvreries du dernier chapitre, tu as pu l'apprécier ^^ Et comme tu le dis si bien, il faut alterner en sans et boyaux et romance. Après tout, c'est une ScorRose oui ou zut ? :p

à Valentine ; MERCI BEAUCOUP ! :p Bon, "génial", c'est très largement exagéré, mais je t'en veux pas, je préfère rougir de plaisir ^^ C'est le but, montrer que les personnages évoluent, même si parfois dur de faire en sorte que ça arrive normalement, et pas trop brutalement... Enfin bref ^^Merci encore pour tes fidèles reviews :)

à Mea95Gryffondor ; Bonjour ^^ Effectivement, le chapitre tournait beaucoup autour de Scorpius, même si le but était de outrer que sa relation avec Rose peut changer parce qu'il change et que ses relations avec son entourage changent d'une manière générale. Du coup, oui, on n'a pas fini de voir la famille Malefoy, ils ont encore un bout de chemin à faire :p Que Scorpius aille vivre avec Rose ? Je crois pas que Ron soit hyper-hyper chaud... :p