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Chapitre XVII

« Of Children and Revenge »

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28 Mai 2025 – Bureaux de la Gazette du Sorcier, Chemin de Traverse, Londres


Le cœur au bord des lèvres, Rose posa sa plume et inspira profondément avant de relire l'article qu'elle venait tout juste d'écrire.

Il faisait jour depuis quelques heures à peine, mais elle avait passé toute la nuit au bureau, à attendre que le jour se lève et que les informations tombent. Et lorsqu'elles étaient tombées, Quill l'avait chargée de rédiger une dépêche au plus vite.

Six sorciers étaient morts, dont trois Aurors, et quatre étaient à Ste Mangouste en soins intensifs.

Mais c'était loin d'être le pire.

Parce qu'il y avait pire.

Bien pire.

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Un bilan tragique, marqué par le sang et les larmes.

« Si les Aurors savaient que Gideon Redfur prévoyait de frapper un grand coup la nuit dernière, personne ne se doutait qu'il emploierait une telle violence.

Motivés par la haine et un profond désir de vengeance, Redfur et sa meute ont attaqué une dizaine de foyers la nuit dernière. Six sorciers sont décédés et quatre sont encore entre la vie et la mort à Ste Mangouste. Pourtant, aucun d'eux n'était véritablement la cible du lycanthrope qui se revendique comme un porte-parole, un martyr. Ces pertes, bien que tragiques, ne sont que les dommages collatéraux d'attaques parfaitement planifiées. Redfur et le reste des Loups-Garous composant sa meute savaient ce qu'ils faisaient cette nuit, si bien que les Aurors, alors même qu'ils étaient préparés à ce qui allait se produire, n'ont pu empêcher le carnage qui s'est déroulé cette nuit.

Au cours de ces derniers mois, Redfur n'a cessé de pointer du doigt les personnes qu'il jugeait responsables du sort des Loups-Garous aujourd'hui, à commencer par tous les membres du Magenmagot à l'origine de la loi Edward Fawley et les membres de l'Unité Spéciale dont la mission est de traquer tous les Loups-Garous quels qu'ils soient, ainsi qu'une dizaine d'autre imminents sorciers de notre communauté ayant publiquement parlé en faveur de la loi.

Chacune de ces personnalités a été la cible de la haine de Gideon Redfur cette nuit. En sous-effectif après le refus de l'Unité Spéciale de collaborer avec eux, les Aurors n'ont pas été en mesure de protéger toutes les familles attaquées, bien qu'ils aient réussi à arrêter une poignée de Loups-Garous apparentés à Redfur.

Ce dernier, avide de vengeance, s'en est pris à cinq enfants cette nuit.

Celena Goyle, neuf ans.

Augustus Shafiq, sept ans.

Arwel Sesam, cinq ans.

Deus Plott, dix ans.

Mary Helena Corn, sept ans.

Tous sont encore à Ste Mangouste à l'heure qu'il est.

Si nous savons déjà qu'ils survivront à leurs blessures, c'est uniquement parce que Redfur n'avait aucunement l'intention de les tuer.

Seulement de les transformer.

De faire d'eux les « monstres » qu'ont traqués leurs parents. »

Rose sursauta lorsque la porte de son bureau s'entrouvrit en grinçant légèrement. Elle releva les yeux et ses lèvres s'étirèrent aussitôt vers le haut, le cœur soudain un peu plus léger après les dernières heures qu'elle avait passées, isolée dans son bureau, à rédiger un article retraçant les événements de la nuit qui venait tout juste de s'achever.

Albus entra dans son bureau et se laissa tomber dans le fauteuil en face du sien en poussant un long soupir. Il avait l'air épuisé et affichait une mine épouvantable, mais son éternel sourire en coin ne l'avait pas quitté.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas censé être au Ministère ? Tu sais, à interroger des Loups-Garous et tout ça ? Demanda Rose en arquant un sourcil, bien que le soulagement de le savoir vivant puisse se lire sur son visage.

Albus leva les yeux au ciel et balaya sa remarque d'un geste de la main avant de désigner du menton le rouleau de parchemin que tenait sa cousine dans les mains.

- C'est ton article ? Tu l'as fini ?

- À l'instant, répondit Rose en hochant la tête. J'allais l'emmener à l'édition. Quill retarde un peu la parution de la Gazette les lendemains de Pleine Lune pour qu'on puisse y glisser une dépêche spéciale au cas où des événements particulièrement importants se produisent et…

- Et cette nuit, c'est le cas, termina Albus pour elle, un frisson venant finalement à bout de son sourire.

Rose observa son cousin en se mordant l'intérieur de la joue, soucieuse.

- Est-ce que ça va, Al ?

Le jeune homme haussa les épaules.

- Disons seulement que la nuit a été longue, et que j'avais besoin de faire une pause, avoua-t-il avant de laisser ses paupières retomber sur ses yeux, la tête rejetée en arrière contre le dossier de son fauteuil en soupirant profondément.

Le cœur serré, Rose esquissa un faible sourire avant de se lever, son article sous le bras, et d'aller se poster en face de son cousin. Elle lui posa une main sur l'épaule et le secoua avec douceur.

- Tu sais, il est à peine dix heures, dit-elle lentement en regardant l'horloge accrochée au-dessus de son bureau. Je parie que mamie vient tout juste de sortir ses petits pains à la cannelle du four…

Albus ouvrit un œil, puis l'autre, et un large sourire fendit son visage en deux, faisant de l'ombre aux coupures et aux cernes dessinés sur sa peau.

Rose ne put s'empêcher d'éclater de rire lorsque son cousin bondit sur ses deux jambes pour se diriger vers la porte en trois grandes enjambées.

- Dépêche-toi un peu, Rose, je dois être de retour au Ministère dans une heure ! S'exclama Albus, déjà dans le couloir.


28 Mai 2025 – Bristle Cottage, St Davis, Pays De Galles


Les deux hommes, miroirs l'un de l'autre, s'affrontaient du regard depuis plusieurs minutes déjà.

Le plus âgé d'entre eux avait d'épais cernes violets sous les yeux, et des rides creusaient son regard épuisé. Il semblait vieux tout à coup. Plus qu'il ne l'avait jamais été, lui qui était d'ordinaire toujours si impeccable, si sûr de lui. Il avait perdu toute l'assurance qui se dégageait habituellement de son regard métallique et de sa posture autoritaire, comme si la nuit qui venait de s'écouler l'avait fait vieillir d'un seul coup, de plusieurs années.

- Je refuse, répondit finalement le plus jeune des deux sorciers, sur un ton ferme et catégorique.

- Scorpius, soupira le premier avec gravité, la mâchoire crispée. S'il te plaît, écoute au moins ce que…

- Père, je ne suis pas moins en sécurité ici qu'au Manoir, coupa le jeune homme.

- Tu m'excuseras, mais je ne suis pas prêt à parier ta vie là-dessus, coupa sèchement Drago en se levant précipitamment du fauteuil dans lequel il était assis depuis une demi-heure.

Scorpius le regarda se mettre à faire les cent pas, visiblement rongé par le stress. Ça aurait presque pu lui arracher un sourire si la situation n'avait pas été si grave.

Il secoua la tête en soupirant et se leva à son tour.

- Père, reprit-il d'une voix plus calme. Je sais que vous vous inquiétez, et c'est légitime considérant que…

- Légitime ? Tonna Drago d'une voix blanche en se figeant sur place. Légitime ? Répéta-t-il en secouant la tête. Écoute, que ça te plaise ou non, Scorpius, tu es mon fils, ce qui signifie que oui, je m'inquiète pour toi lorsqu'un fou furieux doté d'une paire de griffes et de crocs s'en prend directement aux proches des sorciers contre lesquels il mène une vendetta personnelle !

- Mais…

- Et permets moi d'être inquiet quand il se trouve que je suis la personne numéro un sur la liste dudit fou furieux, ce qui fait de toi son numéro gagnant !

Immobile, Scorpius regarda son père blêmir au fur et à mesure que s'égrenaient les secondes, la gorge nouée. Jamais encore, il ne l'avait vu dans un tel état. Si inquiet. Si agité. Si vulnérable.

S'il en doutait encore après toutes ces années de silence, cette fois Scorpius ne pouvait plus refuser d'y croire ; son père, aussi froid et distant soit-il, l'aimait au point que l'inquiétude de le savoir en danger le fasse débarquer chez lui à l'aube. Ça ne voulait pas dire qu'il approuvait les récents choix qu'il avait faits, non. Mais cela signifiait que peu importe leurs différends, Drago ne cesserait jamais d'être le père qu'il n'avait pas toujours su être. Il ne cesserait jamais de l'aimer ou de se faire du souci pour lui, de veiller discrètement sur lui comme le ferait n'importe quel père.

Pour cette raison, Scorpius hésita une brève seconde à céder, le cœur alourdi par tous les sentiments qui agitaient soudain sa poitrine.

Mais au lieu de cela, il fit un pas vers son père et laissa ses lèvres s'étirer en un sourire dénué de toute agressivité, de toute colère.

- Vous n'avez pas idée du bien que…

Scorpius s'interrompit et secoua la tête avant d'inspirer profondément.

- Père, reprit-il d'une voix plus ferme. Je ne retournerai pas au Manoir. Et de toute façon, s'il y a bien un endroit où Redfur viendrait me chercher, c'est là-bas, non ? Personne ne sait que j'habite ici à part vous et…

- Et la petite Weasley, grommela Drago en détournant le regard.

- Et Rose, rectifia Scorpius.

Drago balaya sa remarque d'un geste de la main, ce qui fit Scorpius lever les yeux au ciel et poussa un profond soupir de lassitude.

Les deux hommes recommencèrent à s'affronter du regard, silencieux, droit, et fier comme ils l'avaient toujours été et le seraient toujours, avant que le plus âgé détourne le regard et soupire, vaincu.

- Très bien, souffla finalement Drago en secouant la tête. J'ai promis de ne plus m'en mêler, après tout, alors si c'est ton choix…

- Ça l'est, fit simplement Scorpius avec un mouvement d'épaules et un sourire triste.

- Très bien, répéta alors Drago avant de tourner les talons.

Immobile, Scorpius le regarda s'éloigner, le cœur lourd et léger à la fois, en prise avec des émotions contradictoires. Pour la première fois de sa vie, il avait l'entière approbation de son père, ou presque, et pourtant, il était tiraillé par un besoin de le retenir, de le suivre, et peut-être même de le serrer dans ses bras, juste une fois, même si les Malefoy ne faisaient jamais ça.

Il poussa un long soupir en entendant la porte se refermer sur son père, ses épaules se voûtant légèrement, avant de tourner les talons et de retourner dans le salon.


3 Juin 2025 – La Baguette de Sureau, Chemin de Traverse, Londres


Nerveux, Scorpius se tenait devant l'entrée de la Taverne à laquelle Rose lui avait donné rendez-vous, les bras parfaitement alignés avec le reste de son corps. Si sa petite amie était rarement en retard, ses cousins et cousines eux l'étaient toujours – à commencer par Albus –, et il commençait à se dire qu'arriver une demi-heure en avance était sûrement une perte de temps.

Il sortit sa montre à gousset de sa poche et vit l'aiguille des minutes atteindre tranquillement le nombre douze. Il était dix-neuf heures tapantes, et toujours aucune tignasse rousse ou corbeau à l'horizon. Il inspira profondément, ravalant discrètement les battements nerveux de son cœur, et rangea la montre dans sa poche, le plus sereinement possible.

- Princesse ! S'exclama la voix moqueuse d'Albus Potter dans son dos, le faisant légèrement sursauté, puis se figer sur place en grinçant des dents.

Est-ce qu'il cherchait à ameuter tous les passants en parlant aussi fort ?

Scorpius ferma les yeux et laissa échapper un faible soupir de résignation en voyant qu'il attirait les regards d'inconnus qui semblaient l'associer à l'hystérique qui avançait vers lui avec une expression moqueuse. Il était clair qu'Albus savait parfaitement ce qu'il faisait et prenait un plaisir évident à mettre Scorpius dans l'embarras. Ce dernier fusilla le jeune homme du regard ;

- Potter, le salua-t-il en grimaçant.

Albus éclata de rire et abattit une main amicale sur son épaule. Scorpius écarquilla les yeux, surpris, mais hocha la tête en esquissant un sourire forcé.

- Nerveux ? Demanda Albus avec un sourire sadique.

- Pas du tout, répondit Scorpius en adressant un nouveau regard noir au jeune homme en face de lui.

Albus leva les yeux au ciel, un sourire amusé peint sur ses lèvres rieuses, l'air de dire « à d'autres, mon pote », mais Scorpius ignora son affront silencieux en détourant les yeux, cherchant désespérément du regard la silhouette de Rose dans la ruelle.

- Elle va être en retard, glissa Albus qui devina sans peine le désarroi de Scorpius et préférait s'en amuser plus qu'autre chose. J'ai reçu son hibou juste avant de partir du Ministère. Quill lui a demandé de récrire un passage de son article, alors elle ne nous rejoindra pas avant une petite demi-heure.

Scorpius hocha la tête, faisant de son mieux pour paraître détaché, mais il ne parvint pas à tromper Albus, qui secoua la tête avec résignation.

- Je sais que tu penses que nous sommes une bande de sauvages mal-brossés, mais promis, on ne va pas te sauter à la gorge, fit Albus sur un ton léger. Enfin… Roxanne peut-être, ajouta-t-il après une seconde de réflexion.

Le jeune Auror éclata de rire en voyant Scorpius pâlir et le poussa vers la porte en riant comme un maniaque.

- Allez, viens, on va les attendre à l'intérieur. Et puis c'est quoi cette cape ? Dit-il en secouant la tête. On est en juin, je te rappelle.

- C'est une cape d'été, grommela Scorpius en suivant Albus à l'intérieure de la petite taverne.

- Si tu le dis, Princesse, fit le jeune Potter en se tournant vers Scorpius pour lui adresser un sourire éclatant.

Scorpius inspira profondément et plongea les deux mains dans les poches de son pantalon pour se retenir de les enrouler autour du cou du garçon qui, accessoirement, était le cousin de la fille dont il était amoureux. Pas sûr qu'étrangler Albus lui ferait gagner des points auprès de Rose.

Il suivit Albus, qui alla s'installer à une petite table ronde dans le fond de la taverne, et prit place en face de lui, se défaisant de sa cape pour la poser soigneusement sur le dossier de sa chaise. Albus le regarda faire en levant les yeux au ciel, mais ne fit aucune réflexion.

- Al ! S'écria une petite voix enjouée.

Les deux jeunes hommes se tournèrent aussitôt vers Charlotte, qui s'approchait tranquillement de la table à laquelle ils étaient installés, un sourire franc accroché aux lèvres. Le visage d'Albus s'illumina et il se leva pour serrer brièvement la jeune fille dans ses bras. Scorpius remarqua les tâches roses qui s'étalaient sur ses joues et ne put s'empêcher de sourire en réalisant qu'Albus aussi avait légèrement rougi. Lorsque son regard moqueur croisa celui du jeune Potter, celui-ci lui adressa un regard noir, mais cela n'eut pour effet que d'accroître l'amusement de Scorpius, qui arqua un sourcil provocateur.

- La ferme, grommela Albus, dont les lèvres peinaient à ne pas s'étirer vers le haut.

Scorpius se leva à son tour pour saluer la jeune fille et celle-ci lui adressa un sourire timide.

- Charlotte, dit-elle en lui tendant une main.

- Scorpius, répondit poliment le jeune homme avant de se rasseoir.

Charlotte prit place à côté d'Albus et se tourna vers celui-ci en fronçant les sourcils.

- Rose n'est pas encore là ?

- Non, elle a été retardée, sourit Albus, une étincelle amusée faisant briller son regard émeraude.

- Fred et Rox ? Interrogea-t-elle alors.

- Ils ne devraient pas tarder, fit le jeune homme en haussant les épaules avec nonchalance.

Et effectivement, les jumeaux apparurent un instant plus tard, Roxanne avec un sourire éclatant accroché aux lèvres, Fred l'air à la fois agacé et amusé par l'exubérance de sa sœur lorsque celle-ci s'arrêta net devant Scorpius, le déshabillant ouvertement du regard.

- Roxanne, se présenta-t-elle en tendant sa main au jeune homme. Eh bien… si jamais ça ne marchait pas avec Rose, je suis tout à fait disposée à…

- Merci, Rox, la coupa Charlotte en riant et tirant son amie par la manche pour la forcer à s'asseoir sur la chaise à côté d'elle plutôt que sur les genoux du jeune homme qui, de toute évidence, ne savait pas où se mettre.

Albus et Fred éclatèrent de rire, et ce dernier se présenta au jeune homme à son tour.

- Fred, dit-il simplement. Ignore ma sœur, c'est une sauvage.

- Une Weasley, corrigea Charlotte en hélant une serveuse. Scorpius, qu'est-ce que tu bois ? Demanda-t-elle en se tournant vers le jeune homme quand la serveuse s'approcha de leur table.

- Un verre d'eau, probablement, répondit Albus à sa place avec un sourire narquois.

Charlotte balança son coude dans les côtes du jeune homme qui poussa un glapissement de surprise.

- Qu'est-ce que je disais, fit Charlotte en souriant à Scorpius ; un Weasley.

Scorpius sourit, amusé malgré son mal aise.

- Une Bièreaubeurre, ça ira, répondit-il finalement en adressant un regard triomphant à Albus, qui se massait toujours les côtes.

- Parfait, s'exclama Charlotte. Ça fera six Bièraubeurre alors, merci, dit-elle à la serveuse, qui hocha la tête et repartit aussitôt.

Très vite, Roxanne reprit le fil de la conversation, et Scorpius sentit un poids s'envoler de sa poitrine. Dire qu'il était parfaitement à l'aise serait une exagération effrontée, mais il réalisa que, malgré ce qu'il avait pu penser, il n'avait aucun mal – ou presque – à se trouver une place dans ce cercle de « sauvages mal-brossés », et lorsque Fred lui demanda si Gregory Goyle avait une haleine aussi trollesque qu'on le disait, il ne put s'empêcher d'éclater de rire. Les quatre personnes attablées autour de lui se figèrent un instant, apparemment surpris qu'il soit effectivement capable de rire, mais Scorpius ne leur en tint pas rigueur, tout comme aucun des cousins et amis de Rose ne semblait retenir contre lui le nom de famille qui lui faisait tant d'ombre.

- Non, à vrai dire, c'est encore pire, dit-il en secouant la tête.

Et tous repartir d'un grand éclat de rire, jusqu'à ce que Charlotte se morde la lèvre d'un air coupable.

- Est-ce qu'on peut vraiment rire de lui, étant donné… étant donné la situation actuelle ? Demanda-t-elle d'une petite voix, de peur de plomber l'atmosphère.

Albus leva le menton et haussa les épaules.

- À en écouter Ron, il y a deux personnes dont on peut rire quelle que soit la situation, et Goyle est l'une d'entre elles, donc je pense qu'on peut, oui, conclut-il.

- Qui est la deuxième ? Demanda Scorpius, poussé par une curiosité qui ne lui ressemblait pas beaucoup.

Albus échangea un regard amusé avec son cousin, assis à la droite de Scorpius, avant de reporter son attention sur ce dernier en haussant un sourcil amusé.

- Ton père, dit-il en haussant les épaules.

Un silence parcourut la petite assemblée, jusqu'à ce que Scorpius, à la surprise générale, éclate de rire une nouvelle fois.

- Ils ne peuvent vraiment pas se voir, n'est-ce pas ? Finit-il par demander en secouant la tête.

- Nan, vraiment pas, répondit Albus.

- Faut voir le bon côté des choses, fit Fred. Au moins, on est sûr que les dîners de famille ne seront jamais ennuyeux maintenant que tu sors avec Rose…

- Parce que tu trouves qu'ils l'étaient jusque-là ? Grommela sa sœur en lui adressant un regard appuyé.

- Eh bien…

- Je suis là ! Les interrompit la voix de Rose, qui débarquait soudain à leur table, la mine resplendissante.

La jeune fille alla s'asseoir directement à la dernière place libre, à côté de Scorpius, au moment même où la serveuse arrivait avec leurs Bièraubeurres. Rose adressa un bref regard en direction d'Albus, qui lui lança un clin d'œil discret, et demanda d'une voix un peu trop joviale au goût de Scorpius ;

- Qu'est-ce que j'ai loupé ?

Scorpius plissa les yeux, son regard se posant alternativement sur Albus et Rose.

- Quill ne t'a pas vraiment retenue au journal pour que tu réécrives ton article, n'est-ce pas ? Grommela Scorpius en se penchant vers son oreille.

La jeune fille lui adressa un sourire des plus innocents et haussa les épaules.

- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles, répondit-elle avant de tendre la main vers sa chope et d'avaler une gorgée de sa Bièraubeurre, son regard bleu pétillant derrière les verres de ses lunettes, qu'elle avait oublié d'ôter en quittant les bureaux de la Gazette.

Scorpius leva les yeux au ciel mais ne put empêcher ses lèvres de s'étirer lentement vers le haut.

- Tu as de la chance, je suis un peu trop partial en ce qui te concerne, souffla-t-il dans l'oreille de la jeune fille afin que personne d'autre ne l'entende.

Il vit avec satisfaction Rose rougir comme un petit coquelicot et se redressa pour porter sa Bièraubeurre avec un air aussi détaché que possible.

Après tout, il était plus doué qu'elle pour demeurer parfaitement impassible.

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Il était déjà tard lorsque Scorpius et Rose sortirent de la Baguette de Sureau et dirent au revoir à Fred, Roxanne, Albus, et Charlotte. Fred transplana directement depuis la ruelle pour rentrer chez lui, tandis que Roxanne, qui habitait dans un appartement juste au-dessus de sa boutique préféra rentrer à pied, et qu'Albus proposa de raccompagner Charlotte chez elle.

Lorsqu'ils furent enfin seuls, Scorpius poussa un long soupir, un sourire tranquille accroché aux lèvres.

- Alors ? Demanda simplement Rose en glissant sa main dans la sienne, laissant les doigts de Scorpius se refermer avec douceur autour des siens.

Le jeune homme tourna la tête vers elle et haussa les épaules.

- Ça a été, non ? Demanda-t-il.

Rose lui offrit son plus beau sourire et hocha la tête.

- Oui. Ça a été, répondit-elle avec douceur avant de lui demander s'il avait faim.

- Un peu, admit-il.

Rose laissa échapper un grognement soulagé.

- Tant mieux, parce que moi je meurs de faim et je connais un endroit où on sert les meilleurs croque-messieurs du monde.

- Du monde ? Demanda Scorpius en arquant un sourcil dubitatif.

- Du monde, assura fermement Rose en hochant la tête.


3 Juin 2025 – Bristle Cottage, St Davis, Pays De Galles


Un sourire serein peint sur les lèvres, Scorpius franchit le seuil de chez lui quelques minutes seulement avant que minuit ne sonne douze coups. Il se défit de sa cape, qu'il accrocha au porte-manteau dans l'entrée, et monta directement à l'étage pour gagner sa chambre.

Il remarqua immédiatement le petit paquet posé sur son oreiller lorsqu'il alluma la lumière à l'aide de sa baguette. Son cœur manqua plusieurs battements et il ferma les yeux, les mains tremblantes. Il n'avait pas besoin de s'approcher ou de déchirer l'emballage pour savoir exactement ce qu'il y avait à l'intérieur.

Pourtant, il s'approcha du lit et fixa le paquet, la bouche sèche.

Et lorsque son regard se posa sur le petit morceau de parchemin joint au paquet soigneusement emballé, il sourit.

« Peut-être qu'il est temps. »


5 Juin 2025 – Deuxième Étage, Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie


- Granger, je n'ai vraiment pas le temps pour ça, grommela Drago Malefoy, poursuivie par Hermione, chargée d'une pile de parchemins, à travers les couloirs du Ministère de la Magie.

- Cinq minutes ! C'est tout ce que je te demande ! Plaida-t-elle.

- On a déjà eu cette conversation, il me semble, et ma réponse n'a toujours pas changé, soupira Drago avec agacement.

Il s'arrêta net et tourna les talons pour faire face à la sorcière qui le harcelait depuis des mois avec ses notes en bas de pages et ses extraits de jurisprudence du IIIème siècle après la seconde ère des Gobelins.

- Même après ce qu'il vient de se passer ? Demanda Hermione

- Surtout après ce qu'il vient de se passer ! S'exclama Drago. Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Demanda-t-il en secouant la tête avec effroi. Pourquoi voudrais-tu donner plus de droits à des monstres qui s'en prennent à des enfants ? Je ne sais pas si tu lis les articles de ta fille, Granger, mais au cas où ça t'aurait échappé, Redfur a délibérément choisi de mordre une ribambelle d'enfants pour faire passer un message. Comment peux-tu défendre quelqu'un comme lui ?

Hermione lui adressa un regard noir et fit un pas vers lui, l'air suffisamment menaçant pour que l'homme en face d'elle recule d'un pas.

- Tu ne m'entendras jamais défendre les choses épouvantables qu'a faites Redfur. Jamais. Mais ce que tu ne comprends pas, c'est que tous les Loups-Garous ne sont pas des monstres. Si seulement tu essayais de comprendre plutôt que de les mettre tous dans le même panier et de leur coller une étiquette qu'ils n'ont jamais méritée…

Drago lâcha un grognement sarcastique.

- Personne ne peut échapper à sa vraie nature, Granger. Personne ne peut échapper au moule dans lequel il a été créé.

La mâchoire d'Hermione se crispa et elle planta son regard ardent dans celui de son collègue.

- Vraiment ? Demanda-t-elle d'une voix basse et délibérément provocatrice. Pourtant, ton fils l'a fait, je me trompe ?

Drago se figea à l'évocation de son fils et Hermione esquissa un sourire satisfait. Devant le silence du sorcier devant elle, elle reprit calmement

- Tu finiras par ouvrir les yeux. Tu finiras par comprendre que la seule solution à ce carnage, c'est la liberté. Une population libre n'a aucune raison de se rebeller, Drago. Seuls ses membres oppressés éprouvent le besoin de se révolter contre le pouvoir qui les opprime.

Elle marqua une pause, rattrapa un rouleau de parchemin qui glissait de ses bras surchargés, et reprit ;

- Quand tu auras réalisé qu'il faut abroger la loi Fawley d'urgence et repenser tous les droits des Lycanthropes, tu sauras où me trouver.

- Et quand tu auras réalisé que ce jour n'arrivera pas, fais-moi signe, je te garderai une place au sein de l'Unité Spéciale, rétorqua Drago avec un sourire sarcastique.

- Tu veux dire, prendre la place qu'a laissée ton fils quand il s'est rendu compte que son père se battait une fois de plus dans le mauvais camp ?

Drago blêmit, et Hermione se mordit aussitôt la lèvre, prise de remords.

- Désolée, je ne voulais pas…

- C'est rien, coupa sèchement Drago. Bonne journée, Granger, ajouta-t-il en tournant les talons.

- Non, attends, Malefoy !

Mais Drago ne daigna pas répondre ou se retourner. Il accéléra le pas et disparut à l'angle du couloir, laissant Hermione désemparée et seule au beau milieu du corridor désert.


7 Juin 2025 – Deuxième Étage, Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie


Scorpius joua nerveusement avec la montre dans le fond de sa poche, poussa un long soupir, secoua la tête, et tourna les talons avant de faire aussitôt demi-tour et de venir se planter devant la porte sur laquelle était accrochée une plaque portant le nom de « Harry Potter » et qu'il fixait depuis presque vingt minutes.

Il inspira profondément, leva le poing, mais le laissa finalement retomber le long de son corps.

- Oh pour l'amour de Merlin ! S'exclama la voix d'Albus Potter dans son dos.

Scorpius se retourna aussitôt vers lui, et le vit tranquillement adossé au mur, en train de lever les yeux au ciel. Le jeune Auror se redressa, s'écarta du mur et s'approcha de Scorpius avec une expression blasée.

Scorpius le vit avec stupéfaction frapper à la porte du bureau de son père avant de lui adresser un grand sourire dégoulinant de sadisme.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je te jette dans la gueule du loup...

- Hilarant, répliqua Scorpius en lui lançant un regard noir.

- Reconnais que c'est plutôt à propos…

- Entrez ! L'interrompit la voix de Harry de l'autre côté de la porte.

Albus posa une main sur l'épaule du jeune homme à côté de lui et lui adressa un clin d'œil encourageant. Ou moqueur, c'était toujours difficile de savoir avec Albus.

- Courage, Princesse, lui lança-t-il avant de tourner les talons et de l'abandonner devant la porte.

Scorpius reporta son attention sur la poignée, inspira profondément, et poussa la porte du bureau pour y pénétrer.

Il fut surpris – enfin, à moitié seulement – de trouver le père de Rose assis en face de Harry Potter et son pouls accéléra très légèrement.

- Scorpius ? S'étonna Ron.

Le jeune homme tenta un sourire, en vain.

- Bonjour. J'aurais aimé m'entretenir avec vous, si c'est possible.

Harry le scruta un instant par-dessus ses lunettes et hocha la tête en lui désignant un fauteuil d'un geste de la main.

Mal à l'aise, Scorpius ne savait pas très bien comment expliquer la raison de sa présence ici à une heure aussi matinale.

Mais il n'eut pas besoin de le faire, parce que Harry et Ron échangèrent un long regard entendu. Puis, lentement, le chef du département lui tendit la main par-dessus son bureau, un sourire franc accroché aux lèvres.

- Bienvenue parmi nous, Scorpius.


N/A : Bonsoir tout le monde ^^ Je sais qu'il est tard, mais ma journée a été longue. Trèèèèès longue. J'espère sincèrement que vous n'en n'avez pas autant bavé aujourd'hui et que vous appréciez tous d'être en week-end, parce que moi je le suis. D'autant plus que demain je vois ma super Bêta DelfineNotPadfoot et on va se faire un brunch. Youhou ! (Non, je sais que vous ne vous en foutez pas.)
Trêve de plaisanterie ! Je vous le dis assez souvent depuis quelques semaines, mais nous approchons (à grands pas) de la fin de cette histoire ! Et oui. Et bien que je ne pense pas publier une autre fiction longue tout de suite après, ni avant un bon moment, je peux dors-et-déjà vous dire qu'un OS sur Hugo viendra compléter Bad Blood :-)
Sur ce, je vous souhaite à tous un très bon week-end, et je vous dis à vendredi prochain, si tout se passe bien et que je ne me laisse pas déborder par ma quantité déjà atroce de travail :p

RàR : à Romane ; Bonsoir ^^ Je suis contente que la rencontre Rose/Kulrptitt fils t'ai plus, parce qu'elle est passée relativement inaperçue j'ai l'impression, alors que j'y tenais beaucoup :) Ah, Albus et Scorpius... je crois que je les aime encore presque plus que Rose et Scorpius :p Merci pour ta review, toujours :) Bon week-end ;)

à Mea95Gryffondor ; Hey ! :-) Alors si tu as aimé le passage entre Scorpius et Al la semaine dernière, j'imagine que celui d'aujourd'hui t'a plus aussi ^^ Enfin, j'espère... Et non, Rose n'habite pas avec lui :p D'ailleurs, je ne pense pas que ça se fasse dans des familles comme la sienne? Vivre avec une fille avant le mariage, t'imagines un peu ? :p Merci encore pour ta review et bonne soirée !