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Chapitre XVIII
« Of Warriors and Bites »
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24 Juin 2025 – Deuxième Étage, Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie
- Relève-toi, fit Ron, sa baguette pointée sur Scorpius qui se massait douloureusement les côtes.
L'Auror affichait une expression complètement neutre, dénuée de toute trace d'émotion ou de compassion. Scorpius se releva péniblement, mais adopta la même expression fermée et indéchiffrable, ignorant la douleur lancinante qui semblait déchirer son corps tout entier. Au cours du mois qui venait de s'écouler, il ne comptait plus les bleus ou les fractures qu'il avait dû faire soigner après de longues journées d'entraînement.
À nouveau debout sur ses jambes, Scorpius brandit sa baguette sans perdre une seconde pour parer l'attaque du Loup-Garou en peluche géant que Ron avait métamorphosé à partir d'un bibelot. Il manqua toutefois de rapidité, et son bouclier se mit en place une seconde trop tard, laissant le temps au Loup-Garou animé de planter ses crocs en mousse dans son épaule droite. Scorpius grimaça, et Ron baissa sa baguette.
- Encore, fit ce dernier.
Scorpius hocha la tête, la mâchoire serrée, le regard déterminé. Il resserra sa prise sur sa baguette et la brandit à nouveau devant lui. Il vit l'ombre d'un sourire éclairer le visage de Ron, mais ne laissa pas ce détail le déconcentrer.
- Ferme les yeux, lui ordonna Ron.
Habitué à cet exercice, Scorpius s'exécuta sans la moindre hésitation et se concentra davantage encore sur tout ce qui l'entourait et qu'il ne pouvait désormais plus voir. En alerte, il sentit la peluche animée se déplacer dans son dos et fit aussitôt volte-face pour contrer une attaque. Son bouclier le protégea de justesse, et il immobilisa aussitôt le Loup-Garou en lançant un puissant sortilège de stupéfixion.
- Excellent, commenta Ron en hochant la tête lorsque le Loup-Garou tomba lourdement sur le sol, figé dans la position qu'il avait prise pour attaquer Scorpius.
Le jeune homme abaissa sa baguette et se redressa avant de se tourner vers son professeur de circonstance. Ron releva sa manche pour jeter un coup d'œil à sa montre avant de pousser un long soupir.
- Il est déjà vingt-deux heures trente, dit-il. Tu es attendu quelque part ?
Scorpius secoua négativement la tête.
- Tant mieux. Baguette, ordonna-t-il.
Scorpius s'arma aussitôt et Ron agita la sienne, réanimant la peluche géante avant de la multiplier pour que trois autres énormes Loups-Garous surgissent et encerclent le jeune homme.
- Tu es seul, ton coéquipier est blessé, ou mort, et tu es encerclé. Qu'est-ce tu fais Malefoy ? Comment tu te sors de ce pétrin ? Lui demanda Ron, sa baguette toujours en l'air pour contrôler les Loups-Garous factices. Réfléchis, tu es seul face à plusieurs Loups-Garous qui n'ont qu'une envie, te dépecer vif et planter leurs crocs dans ton cou. Qu'est-ce que tu fais ? Répéta-t-il.
Scorpius inspira profondément et ferma les yeux, une seconde à peine, tandis que les Loups-Garous se rapprochaient, resserrant leur étau autour de lui.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, son regard se posa sur un bouton en argent à ses pieds. Un bouton de la robe qu'il portait et qui avait sûrement dû tomber au cours de l'entraînement. Sans vraiment réfléchir, il pointa sa baguette dessus et aussitôt, le bouton grossit jusqu'à se transformer en un gros labrador qui aboya bruyamment. Il détourna l'attention des Loups-Garous, l'espace d'un instant seulement, mais ce fut suffisant pour permettre au jeune homme de réfléchir à un nouveau plan d'attaque. Il pointa sa baguette vers son assaillant poilu le plus proche et l'immobilisa en une seconde. Cela eut pour effet de reporter l'attention du reste de la meute sur lui, mais il fut suffisamment rapide pour esquiver l'attaque et se débarrasser des Loups-Garous les uns après les autres.
Le souffle court, Scorpius cligna des yeux en réalisant qu'il était parvenu à immobiliser les quatre peluches en quelques secondes à peine.
Ron agita sa baguette et elles disparurent aussitôt.
- Beau travail, fit Ron en s'approchant du jeune homme. Tu as gagné en rapidité ces dernières semaines. Tes réflexes sont plus aiguisés qu'ils ne l'étaient au début.
- Merci, répondit simplement Scorpius avec un faible sourire en glissant sa baguette dans la poche de sa robe.
Ron hocha la tête, apparemment appréciateur du travail qu'avait fourni son élève.
- Tu es toujours sûr de ne pas vouloir rejoindre les rangs des Aurors ?
- Certain, affirma Scorpius. Je suis là uniquement pour aider.
Ron hocha à nouveau la tête et rangea sa baguette à son tour.
- Très bien, je comprends, fit-il en haussant les épaules et en esquissant un sourire.
Scorpius demeura silencieux un instant, avant d'inspirer lentement, espérant gonfler ses poumons du courage qu'il n'était pas sûr d'avoir.
- Vous croyez que je suis prêt ? Demanda-t-il.
L'Auror le regarda avec surprise avant de froncer les sourcils, la tête légèrement penchée sur le côté.
- Scorpius, tu as traqué des Loups-Garous pendant des mois au sein de l'Unité. Et si j'en crois ma fille, tu t'es retrouvé en face de l'un ou plusieurs d'entre eux un paquet de fois…
Scorpius haussa les épaules, une expression impassible peinte sur le visage.
- Je sais. Seulement, c'est différent cette fois.
- En quoi ? S'étonna poliment Ron.
Scorpius détourna le regard et plongea les mains dans les poches de sa robe.
- D'habitude, je traque des Loups-Garous innocents. Pas des tueurs.
Ron grimaça.
- C'est vrai, admit ce dernier, les oreilles rougissantes, visiblement gêné. Mais tu t'entraînes depuis des semaines et tu as fait de gros progrès en très peu de temps. Personne ne sait ce qui va se passer demain, et je ne te ferai pas de promesse. Mais je ne m'inquiète pas pour toi. Tu ne seras pas seul.
Scorpius hocha la tête, silencieux, tandis que Ron s'éclaircissait la gorge, mal à l'aise.
- Allez, fit ce dernier en adressant un sourire penaud au jeune homme. Rentre chez toi, et repose-toi. Harry nous veut tous au bureau à sept heures tapantes demain matin. La journée va être longue, et la nuit encore plus, alors tâche de dormir, d'accord ?
Scorpius esquissa un sourire, et hocha la tête.
- Oui Monsieur, fit-il avant de se diriger vers le porte-manteau près de la porte pour récupérer sa cape, qu'il enfila rapidement, avant de quitter la pièce, épuisé.
25 Juin 2025 – Bristle Cottage, St Davis, Pays De Galles
La chambre était plongée dans le noir complet. Les épais rideaux émeraude étaient tirés et filtraient toute lumière. Dehors, il manquait tout juste un croissant à la lune pour être pleine, et peut-être que c'était la raison pour laquelle Scorpius n'avait pas fermé l'œil de la nuit.
Le jeune homme, étendu dans son lit, posa son regard sur le petit réveil mécanique ensorcelé à côté de lui et poussa un long soupir.
Lentement, pour ne pas réveiller la jeune fille étendue à côté de lui, il repoussa les couvertures et se glissa hors de son lit, veillant à faire le moins de bruit possible. Il se figea lorsqu'il entendit un grognement étouffé s'échapper de sous la couette et tourna la tête vers Rose, qui s'éveillait en douceur. Il la vit s'étirer, les sourcils froncés au-dessus de ses yeux encore clos, et ne put s'empêcher de sourire même s'il s'en voulait de l'avoir réveillée aussi tôt. Il était à peine cinq heures, et elle avait encore au moins deux bonnes heures de sommeil devant elle.
- Déjà debout ? Marmonna-t-elle, en relevant légèrement la tête, ses yeux s'ouvrant frileusement malgré la pénombre.
- Rendors-toi, Rose, souffla Scorpius.
La jeune fille refusa silencieusement de s'exécuter, et se redressa dans le lit en étouffant un bâillement de sa main gauche.
- Si tu te lèves, je me lève, dit-elle en commençant à repousser les couvertures.
- Je vais prendre une douche, tu as encore au moins un quart d'heure, d'accord ? Proposa Scorpius en soupirant, résigné.
Rose sembla hésita un bref instant, puis hocha la tête ;
- D'accord, mais pas plus, grommela la jeune fille en se laissant retomber dans le lit, avant de plonger sa tête dans l'oreiller de Scorpius.
Ce dernier l'observa en souriant pendant une poignée de secondes, avant de tourner les talons et de se diriger vers la porte de la salle de bain annexée à la chambre.
Il laissa l'eau chaude détendre la nervosité qui froissait les muscles de ses épaules pendant de longues minutes, la tête pleine des conseils que lui avait donnés Ron, ou même Albus, au cours des dernières semaines qui venaient de s'écouler, sans réussir à les organiser clairement.
Ne jamais quitter un Loup-Garou des yeux, ne jamais se séparer de son coéquipier, ne jamais lâcher sa baguette, toujours maintenir une distance de sécurité avec un Loup-Garou, et surtout, surtout, se tenir hors de portée de griffes et de crocs autant que faire se peut.
Ouais. Plus facile à dire qu'à faire.
Scorpius coupa l'eau en poussant un long soupir. La journée qui l'attendait était longue, mais Ron avait raison ; ce n'était rien comparé à la nuit qui allait suivre.
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Scorpius enfila sa cape, vérifia que sa baguette était toujours dans la poche intérieure de sa robe, et entreprit de fermer les boutons de son veston un par un. Il vérifia une dernière fois l'heure sur la montre à gousset dans sa poche, et se dirigea vers la cheminée victorienne qui trônait dans son salon.
Rose serait probablement furieuse quand elle se réveillerait et comprendrait qu'il était parti sans la prévenir, la laissant dormir, mais il n'avait pas le courage de la réveiller. C'était seulement plus facile comme ça.
Il secoua la tête pour chasser le visage endormi de la jeune fille de son esprit, et attrapa une poignée de poudre de cheminette dans le petit pot en terre cuite posé sur le manteau en marbre. Il s'apprêta à pénétrer dans le foyer de la cheminée lorsqu'un grattement de gorge le figea sur place. Il ferma les yeux et grimaça avant de se retourner vers la provenance du bruit agacé qui l'avait fait cesser toute tentative de fuite.
- Tu vas quelque part ? Lui demanda la jeune fille avec un regard noir, les bras croisés sur sa poitrine avec autorité.
Scorpius laissa échapper un soupir et jeta la poudre de cheminette dans les cendres froides avant de s'écarter de la cheminée pour faire face à Rose, mais demeura silencieux et afficha sa plus belle expression neutre.
- N'y pense même pas, lâcha sèchement Rose en faisant claquer sa langue. Ça ne marche pas avec moi, Malefoy, alors retire-moi tout de suite ce masque ou bien je te…
- Rose, grogna Scorpius en rejetant la tête en arrière avec frustration. Ce n'est vraiment pas le moment.
Apparemment, c'était la chose à ne pas dire, parce que Rose se figea sur place, avant de traverser la pièce en un éclair pour se poster en face de lui, les poings sur les hanches, le regard vissé au sien avec fureur.
- Ah non ? Fit-elle d'une voix étonnamment basse et froide. Et quand est-ce que ce sera le moment, hein ? Dis-moi, Malefoy, quand est-ce que ce sera le moment si tu ne reviens pas ?
La voix de Rose se brisa net, et elle ferma les yeux, refoulant les larmes qui menaçaient d'échapper à la barrière de ses cils.
Scorpius sentit sa poitrine se contracter douloureusement et il enroula ses bras autour de la jeune fille.
- Hé, viens-là, souffla-t-il en la serrant contre lui. Je suis désolé, Rose, je n'ai pas réfléchi…
- Je sais, fit la voix étouffée de Rose contre sa poitrine. T'es seulement stupide.
Le jeune homme étouffa un rire et posa ses lèvres sur la tempe de Rose en soupirant.
- La prochaine fois, je te réveillerai, promis.
- T'as intérêt, renifla la petite Weasley. Parce que sinon je…
- Je sais, coupa Scorpius, incapable de s'empêcher de sourire. Tu m'arraches les yeux et tu les donnes à Albus pour qu'il joue aux fléchettes ?
Cette fois, c'est Rose qui éclata de rire.
- Je suis sûre qu'il adorerait cette idée.
Le rire de Rose le contamina, et Scorpius rejeta la tête en arrière, laissant son rire rouler sur sa langue et le libérer du poids qui comprimait sa poitrine depuis plusieurs jours.
Lorsqu'ils reprirent tous les deux leur calme, Scorpius s'écarta lentement de Rose et lui adressa un sourire tendre et apaisé.
- Reviens, d'accord ? Demanda-t-elle d'une petite voix, en baissant les yeux sur le bout de ses chaussettes dépareillées.
- J'essayerai, promis, répondit simplement Scorpius en haussant les épaules.
Il se pencha pour déposer un rapide baiser sur ses lèvres tremblantes, avant de reculer d'un pas et de se diriger à nouveau vers la cheminée.
25 Juin 2025 – Newbury, Berkshire, Angleterre
Il faisait nuit depuis un peu plus d'une heure déjà, et jusque-là, Albus et Scorpius avaient demeurés parfaitement immobiles. Postés à l'orée d'un petit bois qui entourait la propriété de Theodore Tools, le Premier secrétaire du Département de Régulation des Créatures Magiques, et sa famille, ils étaient sur leurs gardes, dissimulés par de puissants sortilèges de désillusion. Ni l'un ni l'autre n'avait prononcé le moindre mot depuis qu'ils étaient arrivés sur place. Ils ne devaient sous aucun prétexte trahir leur présence, et communiquer à voix haute était donc parfaitement exclu.
Les secondes s'égrenaient lentement et il semblait à Scorpius que la discussion qu'il avait eue avec Rose quelques heures plus tôt remontait déjà à une éternité.
Il secoua la tête pour chasser le visage de la jeune fille de son esprit. Il devait rester concentré. Il ne pouvait pas se permettre de se laisser distraire.
Il lança un coup d'œil vers Albus, qu'il était le seul à pouvoir voir derrière le voile invisible qui le dissimulait à la vie de tous, et vit que celui-ci avait les doigts crispés autour de sa baguette, les yeux plissés comme s'il essayait de distinguer quelque chose dans la pénombre. Alerté, Scorpius suivit le regard d'Albus et se figea lorsqu'il vit ce qui avait attiré son attention.
De l'autre côté de la rue, qui séparait la demeure des Tools du petit bois dans lequel ils faisaient le guet, une ombre venait d'apparaître.
Les deux jeunes hommes échangèrent un regard inquiet et resserrèrent d'un même mouvement leur prise sur leur baguette, mais aucun d'eux n'osa bouger. Il pouvait s'agir d'une simple diversion et ils ne pouvaient pas prendre le risque de révéler leur présence. Pas tant qu'ils n'avaient pas la certitude qu'un ou plusieurs Loups-Garous étaient sur le point d'attaquer la famille du Premier secrétaire.
L'ombre grossit à mesure qu'elle se rapprochait de la maison qu'Albus et Scorpius surveillaient depuis plus d'une heure maintenant. Lorsqu'elle arriva à hauteur de la clôture, elle s'immobilisa, et les deux jeunes hommes purent voir distinctement la silhouette d'un énorme Loup-Garou se découper à la lumière du réverbère qui éclairait la rue.
Un frisson parcourut Scorpius, qui observa le Loup-Garou attendre tranquillement sur le trottoir d'en face. Le calme qui habitait la créature était celui d'un homme. Un homme qui savait ce qu'il faisait. Un homme qui attendait patiemment quelque chose. Ou quelqu'un.
Albus et Scorpius échangèrent un nouveau regard entendu. Le jeune Auror glissa sa main qui ne tenait pas sa baguette dans la poche de sa robe et en sortit un Gallion sur lequel il exerça une légère pression afin de déclencher l'alerte.
Un craquement se fit soudain entendre derrière eux, et ils firent aussitôt volte-face, baguettes brandies droit devant eux. Un second Loup-Garou venait de surgir du fond des bois et s'était immobilisé juste devant eux. Une lueur intelligente brillait dans son regard jaune, et il ne fit aucun doute pour Scorpius que lui aussi était parfaitement conscient de ses actes. Comme tous les Loups-Garous de Redfur, celui-ci avait pris soin de prendre sa dose de potion Tue-Loup.
La créature se redressa sur ses deux pattes arrières et releva le museau, ses narines frémissantes flairant l'air qui l'entourait.
Scorpius sentit son rythme cardiaque s'affoler lorsqu'il comprit que s'il ne pouvait pas les voir, il pouvait toutefois les sentir.
Le Loup-Garou se figea lorsqu'une brise les enveloppa et il poussa un hurlement qui déchira l'épais silence de la nuit, avertissant son semblable de la présence invisible d'intrus. Ce dernier bondit aussitôt sur ses pattes, en alerte.
Les deux jeunes hommes manquaient de temps. D'une seconde à l'autre, ils seraient forcés d'agir, et au moment où ils le feraient, le sortilège de désillusion prendrait fin, les révélant clairement. Les quelques secondes qui suivirent furent interminables, et très vite, Albus fit un signe de tête à Scorpius.
Ils brandirent leur baguette en même temps, et lancèrent un sortilège de stupéfixion aux deux créatures qui les encerclaient. Ils les esquivèrent facilement, et bondirent sur eux en poussant des grognements et des râles glaçants. Du coin de l'œil, Scorpius vit Albus se jeter à terre et rouler sur le côté pour éviter une attaque, avant de devoir lui même faire un bon en arrière pour éviter de se faire arracher la tête. Des éclairs rouges et bleus fusèrent dans tous les sens, ricochant contre des pierres ou des troncs d'arbre, sans parvenir à atteindre leur cible.
Non seulement les Loups-Garous qu'ils combattaient étaient pleinement conscients, mais ils étaient aussi surentraînés, et si les renforts n'arrivaient pas dans les dix prochaines minutes, Scorpius ne donnait pas chère de la peau d'Albus et de la sienne.
- Il faut les éloigner des habitations ! Hurla Albus à Scorpius par-dessus son épaule en évitant de justesse que les crocs du Loup-Garou avec lequel il luttait presqu'au corps-à-corps ne se referment sur son flan gauche.
Scorpius hocha la tête et pointa sa baguette sur une pomme de pain accrochée à la branche au-dessus de la tête du loup géant qui essayait toujours de le démembrer d'un coup de canine, pour la transformer en une lourde pierre. Celle-ci fit craquer la branche sous son point et manqua de justesse d'assommer le disciple de Redfur en tombant.
Cela créa une brève distraction qui laissa tout juste le temps à Scorpius de s'échapper et de s'enfoncer un peu plus dans les bois, le loup sur ses talons. Il lança des sortilèges à l'aveuglette par dessus son épaule, tentant tant bien que mal d'immobiliser ou d'assommer son assaillant, en vain.
- Cours ! Hurla Albus qui fonçait sur lui, son propre Loup-Garou à ses trousses.
Scorpius, trop heureux de s'exécuter, mit ses longues jambes à profit et courut le plus vite possible, mais déjà, les deux créatures gagnaient du terrain, bien plus rapides qu'eux.
- Qu'est-ce qu'ils foutent, bordel ! Hurla Albus qui lançait sortilège sur sortilège. Ils devraient déjà être là !
- La réserve doit déjà être dispersée sur le terrain ! On est tout seuls, Potter, je doute que des renforts viennent nous sortir de ce pétrin, aboya Scorpius pour se faire entendre. Attention ! Cria-t-il en voyant un des deux Loups-Garous bondir sur Albus.
Albus n'eut pas le temps d'esquiver la patte qui s'abattait sur lui et fut projeté en arrière, sa tête butant contre une pierre lorsqu'il retomba sur le sol, sa baguette quelques mètres plus loin.
- POTTER ! Hurla Scorpius en dressant aussitôt un bouclier qui s'interposa entre eux et les deux créatures hurlant à la lune.
Albus se releva aussitôt, une plaie sanguinolente à la tête, et se jeta sur sa baguette en vacillant légèrement.
- Ça va aller ? Demanda Scorpius par-dessus son épaule.
Albus hocha la tête et rejoignit Scorpius pour faire face aux deux loups de l'autre côté du bouclier qu'avait dressé Scorpius.
- Combien de temps tu crois pouvoir encore tenir ?
- Pas très longtemps, répondit Scorpius en grimaçant, sa baguette tremblant entre ses doigts crispés. Tu as une idée ?
Albus tourna un visage sombre et entaillé vers le jeune homme
- On tient, répondit-il simplement. C'est tout ce qu'on peut faire.
Scorpius hocha la tête, la mâchoire crispée.
- À trois, fit-il. Un…deux…trois !
Il rompit le bouclier et Albus lança un premier sort qui siffla entre leurs deux assaillants avant de rebondir contre un arbre. Sa deuxième tentative fut plus fructueuse, et un éclair rouge frappa le loup gris en pleine poitrine. Ce dernier vacilla avait de tomber en arrière, figé dans la dernière position qu'il avait prise.
Le dernier Loup-Garou debout poussa un hurlement déchirant avant de bondir sur le jeune Auror en découvrant les crocs, sa patte s'abattant sur son visage avec férocité. Le cri de douleur que poussa Albus glaça le sang de Scorpius qui se figea sur place, un frisson lui parcourant l'échine. Il lui fallut une demi-seconde pour réagir, et il fit la première chose qui lui passa par l'esprit. Il pointa sa baguette sur une petite pierre près de la tête d'Albus, qui avait les deux mains plaquées sur son visage ensanglanté, et la transforma aussitôt en un immense berger allemand qui bondit sur le Loup-Garou. Une fois encore, la diversion, bien que de courte durée, donna suffisamment de temps à Scorpius pour trouver comment détourner l'attention du lycanthrope d'Albus. Le loup se retourna vers lui après avoir envoyé le chien valser quelques mètres plus loin, et s'approcha en grognant férocement. Scorpius eut tout juste le temps de voir Albus se relever péniblement, méconnaissable sous les plaies sanguinolentes qui lui barraient le visage, avant de sentir les crocs aiguisés de la créature qu'il combattait se refermer sur son épaule gauche.
Un hurlement de douleur franchit la barrière de ses lèvres et il s'écoula à genoux, sa baguette lui échappant des doigts. La souffrance lui fit tourner la tête, et très vite sa vision se brouilla. Il entendit des cris, des hurlements, des râles étouffés, mais ne parvint pas à les distinguer les uns des autres. Sa tête heurta quelque chose de moelleux, mais il aurait été incapable de dire ce que c'était. La douleur était telle qu'il avait l'impression de ne plus rien sentir. Il se sentait flotter, tout à coup.
Mais peut-être que c'était normal.
Peut-être que c'était seulement le poison, le venin, ou peu importe le nom qu'on lui donnait, qui se répandait doucement dans ses veines.
Il savait ce qui était en train de se passer. Il voulait lutter contre, mais c'était vain ; son corps avait déjà renoncé.
26 Juin 2025 – Ste Mangouste, 1er étage, Service des Blessures par Créatures vivantes
Une main légère se posa sur l'épaule tremblante de la jeune fille, dont le visage était plongé dans ses mains, les coudes posés précairement en équilibre sur ses genoux. Elle sursauta au contact inattendu et se redressa dans le fauteuil qu'elle occupait depuis presque deux heures. Elle releva lentement les yeux et se força à étirer ses lèvres vers le haut, mais fut tout simplement incapable de dire quoi que ce soit.
Astoria Malefoy, plus pâle que jamais, demeurait toutefois impeccable dans sa robe parfaitement taillée, et aussi belle qu'elle l'était toujours. Elle prit place dans le fauteuil à côté de celui de la jeune fille, et son regard bleu électrique, d'ordinaire fier et autoritaire, lui sembla tout à coup fragile, éteint.
- Il va s'en sortir, souffla Astoria en rassemblant ses mains devant elle, ses jambes croisées aux chevilles avec une élégance que remarqua Rose malgré la situation.
Mais ça n'avait rien de vraiment surprenant. C'était sa manière à elle d'échapper à la situation ; se concentrer sur des détails sans importance et oublier ceux qui en avaient.
- Le… la blessure n'est pas mortelle, reprit Astoria d'une voix parfaitement calme, même si, Rose n'en doutait pas une seconde, l'élégante sorcière devait probablement faire appel à toute son éducation aristocrate pour ne pas s'effondrer.
La poitrine de la jeune fille se serra et elle se leva d'un bond en secouant la tête, les yeux fermés.
- La morsure, corrigea-t-elle d'une voix ferme. Ce n'est pas… ce n'est pas une blessure, c'est une morsure. Pourquoi avoir peur de le dire ?
Rose rouvrit les yeux et planta son regard bleu dans celui de la sorcière en face d'elle.
- Il a été mordu, répéta-t-elle en roulant les poings près de ses hanches. Ça ne sert à rien de prétendre que c'est juste une égratignure, continua-elle, le menton tremblant.
Une larme coula le long de la joue d'Astoria Malefoy, et elle ne prit pas la peine de l'essuyer. Prétendre que son cœur ne saignait pas était inutile. Prétendre que savoir son fils inconscient dans un lit d'hôpital, sur le point de se réveiller changé pour toujours ne l'affectait pas était ridicule. À quoi bon faire semblant ? À quoi bon continuer de maintenir les apparences lorsque la seule chose qui importait, c'était que son fils se réveille ?
- Je sais, répondit-il finalement Astoria.
Elle ferma brièvement les paupières avant de redresser le menton et d'esquisser un sourire fragile ;
- Comment faites-vous cela ? Demanda-t-elle en inspirant profondément.
Surprise, Rose fronça les sourcils au-dessus de son regard cerné, creusé.
- Comment est-ce que je fais quoi ?
Astoria scruta la jeune fille un instant, comme si elle pensait trouver la réponse sur son visage, avant de se décider à répondre ;
- Comment pouvez-vous l'aimez aussi fort, aussi inconditionnellement, alors que vous savez ce qu'il sera quand il se réveillera ? Précisa-t-elle, sa voix se brisant sur les derniers mots.
Rose se figea sur place et son regard se durcit. Pendant une brève seconde, la fureur chassa la douleur qui comprimait sa poitrine.
- Parce que vous, vous ne pouvez pas ? Demanda-t-elle sans essayer de dissimuler son dégoût.
L'expression d'Astoria Malefoy s'adoucit, adorant de son regard bleu la jeune fille qui se tenait debout devant elle.
- Bien sûr que je peux. Mais je suis sa mère, je ne cesserai jamais, jamais, de l'aimer, peu importe les circonstances.
- Oh, comprit Rose en rougissant.
Elle baissa les yeux sur le bout de ses chaussures et s'étreignit, embarrassée par son accès de colère déplacé.
- Excusez-moi, je ne voulais pas…
- Non, ne vous excusez surtout pas, au contraire, fit Astoria en secouant la tête. Pour une mère, savoir que son fils a trouvé quelqu'un qui l'aime sans condition et est prêt à lui tenir tête… C'est tout ce que je pouvais souhaiter, finit-elle en haussant les épaules.
- Je ne…
Mais Rose s'interrompit. Elle ne savait tout simplement pas quoi répondre à cela et préféra demeurer silencieuse. Elle se rassit dans le fauteuil qu'elle avait quitté quelques minutes plus tôt, et reprit sa position initiale, les coudes posés sur ses genoux tremblants, le visage plongé dans ses mains ouvertes.
Les deux femmes s'installèrent dans un silence lourd, les minutes s'égrenant lentement, malgré l'agitation qui régnait toujours autour d'elles.
Une heure passa. Puis deux. Et trois.
Entre temps, son cousin James et sa mère étaient passés, avaient essayé de lui décrocher un mot, en vain, elle était demeurée résolument silencieuse.
Vers sept heures, James vint lui dire qu'Albus était réveillé après avoir passé de longues heures à se faire recoudre et Rose suivit son cousin comme une automate dans la chambre du jeune Auror.
Lorsque James poussa la porte pour la laisser entrer, Rose fut agressée par le sourire éblouissant d'Albus et malgré elle, un sourire prit aussitôt possession de ses lèvres. Contrairement à ce qu'elle avait craint lorsque James lui avait raconté ce qu'il s'était passé, Albus n'avait pas si mauvaise mine. Certes, il avait le teint extrêmement pâle et des cernes creusaient son visage, mais les cicatrices roses qui barraient son visage avaient été proprement soignées, et même s'il les porterait à vie, elles s'estomperaient très vite.
- Hé…
- Rose ! S'exclama Albus d'une voix qui se voulait débordante d'enthousiasme, bien que même lui ne puisse dissimuler toute trace de fatigue.
La jeune fille s'approcha du lit de son cousin, suivie de James, qui affichait une expression sereine, les bras croisés sur le torse.
- Comment tu te sens ? Demanda Rose en recouvrant la main d'Albus de la sienne.
- Complètement dans les vapes, répondit-il en haussant les épaules.
- C'est l'effet des potions qu'on t'a données pour atténuer la douleur et accélérer le processus de cicatrisation, dit James. Ça va durer quelques heures.
La porte de la chambre s'ouvrit et les trois jeunes adultes tournèrent la tête vers Ginny, qui poussa un soupir de soulagement en voyant que son fils était réveillé. Elle s'approcha du chevet d'Albus et esquissa un faible sourire avant de se pencher vers lui et de déposer un baiser sur son front.
- Maman, grogna le jeune homme.
- Al, tu as failli mourir cette nuit, alors si je veux te traiter comme mon bébé, je te traite comme mon bébé…
- Failli étant le mot clé.
- Peu importe, votre père est un homme mort, dit-elle en se tournant vers James. Franchement ! À quoi il pensait, vous laisser toi et Scorpius seuls sur le terrain ? Vous n'êtes que des gamins !
Albus fronça les sourcils avec indignation.
- Excuse-moi, mais…
- Oh, ne t'avise même pas de me contredire, lui ordonna sa mère en lui adressant un regard sévère.
James pouffa dans son dos, s 'attirant le regard noir de Ginny.
- Et toi ? Tu n'as pas des patients à soigner ?
Le jeune guérisseur déglutit et sortit de la chambre de son frère à reculons, laissant Rose seule avec Albus et Ginny.
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Rose passa près d'une heure au chevet de son cousin à rire de ses blagues idiotes et de sa bonne humeur à toute épreuve. Elle savait qu'il en rajoutait pour la distraire, qu'il faisait le pitre dans l'unique but de lui faire penser à autre chose que Scorpius, qui était toujours inconscient dans la chambre d'à côté, et elle lui en était reconnaissante.
Mais même avec toute la bonne volonté du monde, rien n'aurait pu le lui faire oublier.
Alors lorsqu'Harry entra dans la chambre, Rose décida qu'il était temps qu'elle les laisse un peu en famille et se glissa hors de la pièce en catimini.
Dans le couloir, elle tomba nez à nez avec Drago Malefoy, qui faisait les cent pas devant la chambre de son fils. Astoria, elle, n'était plus là.
Lorsqu'il la vit, Drago s'immobilisa et son regard se durcit.
- Qu'est-ce que vous faites là ? Aboya-t-il.
Rose ne se laissa pas démonter et maintint le regard de l'homme en face d'elle. Elle refusait de se laisser marcher sur les pieds par un Drago Malefoy, et ni son regard glacial ni son ton venimeux ne la ferait fléchir.
- Je suis venue voir les gens que j'aime.
Drago plissa les yeux avec humeur et fit claquer sa langue contre son palais.
- La vraie question, c'est plutôt qu'est-ce que vous, vous faites là ?
- Je vous demande pardon ? Fulmina-t-il. Mon fils est…
- Oh, le monstre, l'interrompit Rose avec un sourire glacial.
La mâchoire de Drago se crispa et il devint pâle comme un linge. Jamais la jeune fille ne l'avait vu si livide.
- Mon fils n'est pas…
- Oh, moi je le sais, l'interrompit à nouveau Rose en haussant les épaules. Mais c'est l'étiquette que vous collez sur le front des gens comme lui, non ? Pas de différence, pas vrai ? Un Loup-Garou est un Loup-Garou après tout. À ce propos, je me demandais… vous attendez qu'il soit réveillé pour demander à vos sous-fifres de l'embarquer ou bien vous…
- Ça suffit, tonna Drago d'une voix froide. Vous ne savez pas ce que vous dites.
Rose le vit fermer les yeux, et l'espace d'une seconde, son cœur se serra avec culpabilité en lisant sur le visage de l'homme une détresse qu'elle n'aurait jamais pensé y lire.
Elle se tut mais refusa de baisser les yeux.
- Vous prétendez que vous aimez mon fils, mais le Scorpius que vous aimez est mort. Si vous croyez que rien n'a changé, qu'il vous suffira de vous accrocher à vos stupides sentiments, alors vous êtes encore plus naïve que je ne le croyais. Il n'y aura jamais de retour en arrière possible…
Interdite, Rose cligna des yeux, avant de secouer la tête et de faire un pas en avant, venant délibérément réduire la distance respectueuse qu'il y avait entre eux.
- Je ne sais pas si vous pensez vraiment ce que vous dites ou si vous êtes seulement triste, mais l'un comme l'autre, c'est pathétique.
Tous les muscles du sorcier se tendirent, mais il ne prononça pas le moindre mot. Une myriade d'émotions allant de la colère à la douleur assombrissait déjà bien assez son regard métallique pour que Rose ne rajoute quoi que ce soit.
Ils s'affrontèrent du regard plusieurs secondes jusqu'à ce que la jeune fille capitule et pousse un long soupir.
- Personne n'est parfait, vous savez ? Ni vous, ni moi, ni Scorpius. Il n'était pas parfait hier matin lorsqu'il a franchi la porte de chez lui, et il ne sera pas parfait lorsqu'il se réveillera dans quelques heures. On est juste humains. Tous autant que nous sommes, sans exception.
Drago ne détourna pas le regard mais demeura résolument silencieux, la gorge sèche, la mâchoire crispée.
Devant son mutisme évocateur, Rose secoua la tête, résignée. Elle tourna les talons sans ajouter le moindre mot et se dirigea vers la porte de la chambre numéro 106 où avait été transféré Scorpius. Conscient ou pas, elle en avait assez d'attendre. Elle avait besoin de le voir, même si on ne lui accorderait sûrement pas plus de quelques secondes.
Pourtant, alors qu'elle s'apprêtait à poser une main sur la poignée de la porte, la voix brisée de Drago la surprit
- Pourquoi ? Demanda-t-il, le regard brillant.
Rose se retourna, cligna des yeux, interdite, puis haussa les épaules, un sourire graciant lentement ses lèvres.
- Parce que je l'aime, répondit-elle tout simplement avant d'ajouter d'une voix douce ; Et je suis persuadée que vous êtes la personne la mieux placée pour le comprendre.
Elle posa finalement une main sur la poignée de la porte, mais au dernier moment, elle se retint et pivota pour faire une fois de plus face au père de Scorpius.
- Vous savez, fit-t-elle lentement, il sera toujours votre fils à son réveil. Il sera toujours Scorpius, lui dit-elle avec douceur.
Et sans attendre davantage, elle poussa la porte de la chambre, laissant Drago Malefoy planté dans le couloir de l'hôpital, une larme solitaire roulant sur sa joue pour aller mourir dans son cou.
Il déglutit difficilement, vérifia que personne n'avait été témoin d'une seconde de faiblesse inappropriée, et essuya le tracé encore humide de la larme inopportune.
N/A : Bonsoir, bonsoir ! Bien. Bon, il se passe beaucoup de choses, et pas grand choses dans ce chapitre, finalement. Dans cet avant-avant dernier chapitre... Parce que oui, la fin est trèèèèèèès proches, plus que deux semaines et on pourra tous (toutes ?) dire au revoir à Bad Blood. Tout se passera très vite dans les deniers chapitres, et vous aurez peut-être l'impression que la fin a été bâclée, mais je vous assure, elle ne le sera pas, parce que j'y mets tout mon coeur ! Promis.
Sur ce, je vais vous abandonner pour ce soir, mais pas avant de vous avoir demandé, du coup : Qui avait compris qu'il s'agissait effectivement de Scorpius dans le prologue ?
RàR : à Mea95Gryffondor : Bonsoir ! Comme chaque semaine, c'est vrai plaisir de te retrouver et de lire tes reviews ^^ Je sais, je le dis à chaque fois, mais vraiment, voir que quelqu'un prend la penne de revenir chaque semaine parce qu'il veut lire la suite de l'histoire qu'il publie, ça fait chaud au coeur, quand même. Donc merci de m'avoir suivie jusque-là ^^ Enfin passons ! Oui, Scorpius a définitivement choisis son camp. Clairement, ça a eu et ça va continuer d'avoir beaucoup d'impact, mais au moins, ça a le mérite d'emmener tous les personnages là où je voulais qu'ils soient. Une petite dose d'introspection chez les Malefoy au complet - ou presque - ça ne peut faire que du bien :p Sur ce, merci encore, et bon week-end ;)
