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Chapitre XIX

« Of Future and Changes »

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7 Juillet 2025 – Deuxième Étage, Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie


Un front dégarni, des cernes sous les yeux, les épaules imperceptiblement voûtées pour un homme qui se tenait toujours parfaitement droit, Drago Malefoy semblait avoir vieilli de trente ans en quelques jours à peine. Assis à son bureau, il relisait pour la centième fois le discours qu'il avait écrit et réécrit jusqu'à ce que chaque détail soit satisfaisant. Il connaissait chaque mot par cœur, savait où placer chaque virgule, et pourtant, il redoutait le moment où il devrait se lever, quitter le confort de son bureau, et s'offrir en pâture aux journalistes qui l'attendaient en salle de conférence.

Il n'avait pas peur. Il était terrifié.

C'est pourquoi, lorsque trois coups brefs furent frappés à la porte, Drago sursauta violemment, avant de se tendre dans sa chaise et de laisser échapper un « Entrez ! » agacé entre ses dents.

Il ne fut qu'à moitié surpris de voir une cascade de cheveux auburn, un millier de tâches de rousseur, et un sourire tordu, mais ne put s'empêcher de laisser échapper un grognement frustré.

— Mademoiselle Weasley, grommela—t—il en guise de salutations, sans prendre la peine d'être poli.

La jeune fille ne sembla pas s'en formaliser. Bien au contraire, son sourire s'élargit davantage encore et elle croisa les bras sur sa poitrine en plantant un regard amusé dans celui de son aîné.

— Monsieur Malefoy, répondit Rose d'un ton enjoué avant de se laisser tomber dans le fauteuil en face de lui.

— Qu'est—ce que je peux faire pour vous ? Demanda—t—il d'une voix sèche.

Rose leva les yeux au ciel et ignora son ton peu avenant en balayant sa remarque d'un geste de la main. Après avoir passé de longues journées à se relayer au chevet de Scorpius, Rose avait appris à ne pas prendre personnellement son ton désagréable et la moue dédaigneuse qui semblait incrustée sur les traits de son visage quand il s'adressait à elle.

À vrai dire, depuis presque deux semaines qu'ils se voyaient quasiment quotidiennement, Rose avait appris à apprécier le père de Scorpius, au grand désarroi de son propre père, et prenait un malin plaisir à le voir se mettre en boule chaque fois qu'elle débarquait dans son bureau ou au Manoir sans prévenir. Elle savait que s'il y avait une chose que Drago Malefoy détestait plus encore que les Weasley et leurs tâches de rousseur, c'était les visites surprises, pour la simple et bonne raison qu'il n'y était jamais préparé, et il détestait ne pas être maître de la situation.

Mais elle savait dans le fond, malgré tout le mal qu'il se donnait pour être désagréable en sa présence, qu'il ne la détestait pas autant qu'il essayait de le prétendre. Il paraissait froid et implacable, mais à la manière dont il avait silencieusement veillé sur son fils pendant des jours lorsque celui—ci avait été mordu, elle avait compris que c'était tout le contraire. Il avait beau essayé de paraître détaché, Drago Malefoy était un père comme les autres. Lorsqu'il s'en était pris à elle dans les couloirs de Ste Mangouste, tout ce que Rose avait vu derrière ses boucliers faits d'insultes et de colère, c'était la douleur qui crispait ses traits et la culpabilité qui hantait son regard sombre. Drago Malefoy était un homme compliqué. Mais un homme quand même. Juste un homme.

— Vous savez, vous pouvez m'appeler Rose, lâcha finalement la jeune fille en haussant les épaules.

— J'aimerais mieux m'abstenir, répliqua l'homme avec raideur.

— Je peux vous appelez Drago, alors ? Fit Rose d'une petite voix innocente, en se mordant la lèvre pour empêcher un rire moqueur de rouler sur sa langue.

— Certainement pas, lâcha Drago d'une voix implacable en lui lançant un regard noir.

Une fois de plus, la jeune fille leva les yeux au ciel, ce qui ne fit qu'irriter son interlocuteur davantage encore.

— Vous savez, vous n'êtes pas aussi intimidant que vous semblez le croire.

Drago arqua un sourcil et Rose vit ses lèvres frémir imperceptiblement.

— Ah non ?

— Non, répondit—elle en secouant la tête. Enfin peu importe. Je ne suis pas là pour ça.

— Oh parce que votre visite inopportune a réellement un but cette fois ? La provoqua Drago avec un rire sarcastique.

Une fois encore, Rose ignora sa remarque. Sa mine se rembrunit légèrement et elle se redressa dans son fauteuil.

— Je suis juste venue m'assurer que…

— Que quoi ? Se tendit Drago, de nouvelles rides apparaissant sur son front haut et dégarni. Que je ne me défilerais pas ?

— Non, fit Rose en fronçant les sourcils. Je sais que vous ne vous défilerez pas, ajouta—t—elle en haussant les épaules avec nonchalance. Mais je voulais savoir si vous étiez prêt. Personne ne vous force à faire ça aussi tôt.

Cette fois, un vrai sourire se dessina sur les lèvres du sorcier. Un sourire fragile, mais un sourire sincère.

— Je le suis. Et aussi difficile que ça l'est pour moi de le reconnaître, vous aviez raison, alors… le moins que je puisse faire, c'est essayer de réparer les dégâts que j'ai causés, non ?

Rose demeura silencieuse un instant, consciente que sa question était rhétorique. Puis, au bout de longues secondes, ses lèvres s'étirèrent à nouveau vers le haut et une étincelle amusée alluma son regard.

— Si vous saviez comme je regrette de ne pas avoir eu de micro pour enregistrer ça !

Drago fronça les sourcils.

— De quoi ?

Mais Rose se contenta d'éclater de rire, sans se soucier de se moquer ouvertement de lui et de titiller un peu cet orgueil gargantuesque dont se drapaient apparemment tous les Malefoy.

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Moins d'une heure plus tard, Drago faisait son entrée dans la salle des conférences, le dos droit, les mains parfaitement alignées avec le reste de son corps.

Il monta sur l'estrade, la poitrine comprimée. Il avait des difficultés pour respirer, comme s'il était sous l'eau et que l'air lui manquait. Il serrait et desserrait les poings, nerveux, mais regardait droit devant lui avec une confiance qu'il n'avait certainement pas. Lorsqu'il se positionna derrière le pupitre, il inspira discrètement de manière à tromper la foule silencieuse assise devant lui sur l'ampleur de son agitation, et parcourut l'assemblée du regard comme pour jauger le public auquel il avait affaire.

Les flashs des appareils utilisés par les photographes de presse ne cessaient de crépiter, l'aveuglant partiellement, ce qui ne l'empêcha pas, toutefois, de distinguer très clairement dans la marre de visages inconnus, celui d'une jeune fille au sourire tranquille, serein, qui tenait dans la main un bloc-notes et un drôle de bout de bois doté d'une mine grise. Elle lui adressa un sourire franc et honnête qui, au lieu de le rassurer, le mit plus mal à l'aise encore. Il ferma les yeux un bref instant, chassant de son esprit le visage avenant de la jeune fille, et les rouvrit aussitôt. Il posa son regard sur la première rangée en face de lui, cherchant celui de son fils, et tenta d'esquisser un sourire lorsqu'il le croisa. En vain, car son visage refusa de se contracter en autre chose qu'une moue crispée.

Edgar Corn, le porte-parole du Ministère, lui adressa un bref signe de tête, et Drago répondit par un hochement pour lui signifier qu'il était prêt. Enfin, aussi prêt qu'on pouvait l'être quand on s'apprêtait à se jeter soi—même en pâture dans la cage des fauves. Merlin qu'il haïssait les journalistes. Et il fallait que son idiot de fils soit épris de l'une d'entre eux…

Il s'éclaircit poliment la gorge, força un sourire courtois à gracier ses lèvres sèches, et aussitôt, le silence se fit.

— Bonjour à tous, commença-t-il d'une voix tendue. Je sais que cette conférence de presse en aura surpris plus d'un, mais au vu des récents événements, il nous a semblé nécessaire – à moi comme au reste de mes collègues – qu'une nouvelle politique concernant la situation qui nous préoccupe tous depuis quelques mois devait être mise en place d'urgence. Comme vous le savez, Gideon Redfur n'a cessé de terroriser la population ces derniers mois, allant toujours plus loin dans ses démonstrations de violence et de haine, dans ses folies de revanche, expliqua-t-il, de sa voix basse et claire avant de s'interrompre brièvement pour sonder son assistance et de reprendre ; Il ne s'agit pas là de reconnaître une légitimité aux actions de Gideon Redfur ou de capituler face au chantage criminel qu'il tente d'exercer sur nous depuis des mois, et il ne s'agit pas non plus de renoncer à l'arrêter pour ses crimes. Les Aurors font tout leur possible pour le débusquer et l'arrêter. Non, il s'agit pour moi de reconnaître les erreurs qui nous ont menés droit où nous en sommes aujourd'hui.

Il marqua une courte pause, son regard détaillant lentement l'assemblée de journalistes et d'hommes politiques devant lui, avant d'inspirer et de reprendre le plus calmement possible :

— C'est en toute humilité que je me présente à vous aujourd'hui. Je ne reviendrai pas sur les faits qui m'ont fait ouvrir les yeux, car je sais que ce qui est arrivé à mon fils — par ma faute — a déjà fait couler beaucoup d'encre. Si je suis là aujourd'hui, c'est pour vous dire que j'avais tort. Que j'avais tort de croire que nous pouvions lutter contre la haine et la colère des hommes par la force et la violence. J'avais tort de penser qu'être un homme se réduisait à en avoir la forme. J'avais tort d'imaginer qu'il suffirait de réglementer arbitrairement le droit d'un groupe d'individus sans prendre en considération le facteur humain, sans prendre en compte que chaque cas est différent, que chaque homme, précisa—t—il, est différent.

À nouveau, il se tut et ferma brièvement les yeux, une demi-seconde à peine, comme s'il cherchait à faire à appel à un courage qu'il n'avait jamais eu ;

— Et c'est pour cette raison, reprit-il d'une voix qu'il força de son mieux à rendre lisse, que je vous annonce dès à présent le démembrement immédiat de l'Unité Spéciale instituée suite à l'entrée en vigueur de la loi « Edward Fawley » adoptée par le Magenmagot le 6 janvier dernier.

Un brouhaha se leva aussitôt, des journalistes se levant et posant des questions dans tous les sens, mais Drago leva une main pour les faire taire.

— Dans cette optique, reprit-il d'une voix plus forte afin de faire régner le silence, les muscles de sa mâchoire tendus, le Magenmagot va rouvrir une cession parlementaire qui sera cette fois menée par Madame la députée Hermione Weasley, qui a travaillé sans relâche sur un projet de loi visant à repenser entièrement l'égalité de tous les membres de notre communauté, quels qu'ils soient, ainsi qu'à l'élaboration de textes constitutionnels garantissant à chacun des droits et des libertés fondamentaux.

Il inspira profondément et adressa un signe de tête poli à l'ensemble des sorciers assis en face de lui.

— Ce sera tout, merci.

Aussitôt une myriade de questions l'assaillit, mais Drago quitta l'estrade en adressant un signe de tête à Hermione qui, de son siège, lui souriait d'un air approbateur et confiant. Edgar Corn le remplaça aussitôt et entreprit de répondre aux questions des journalistes qui se battaient pour se faire entendre.

Drago regagna sa chaise en s'agrippant au peu de fierté qui lui restait, mais lorsqu'Hermione se pencha discrètement vers lui avec un sourire, il crispa la mâchoire.

— Tu as fait ce qu'il fallait, lui dit-elle d'une voix douce.

— On verra, répondit-il entre ses dents, sans croiser son regard, qu'il se bornait à river droit devant lui, sans ciller.

Hermione secoua la tête avec résignation et se laissa retomber contre son dossier en croisant les bras sur sa poitrine. Elle reporta son attention sur Edgar Corn, qui répondait calmement aux questions avec un sourire poli mais tendu, avant de jeter un coup d'œil par-dessus son épaule pour apercevoir Rose qui grattait furieusement des notes dans son petit calepin, sans relever la tête. Hermione sourit pour elle-même et se retourna à nouveau sur le porte-parole du Ministère, ses propres notes posées sur ses genoux en vue du discours qu'elle devait faire elle aussi.

Les choses étaient finalement sur le point de changer. Et pour la première fois depuis qu'elle travaillait au sein du Magenmagot, elle avait trouvé un allié — un allié récalcitrant, mais un allié tout de même — en la personne de Drago Malefoy. Pourtant, lorsque son regard glissa sur le profil de Scorpius, assis quelques sièges plus loin le visage fermé, son cœur se serra.

Personne ne méritait ce qui était arrivé au jeune homme et le fait que ce soit le prix à payer pour faire changer les choses était tout simplement injuste et écœurant.

Hermione inspira profondément et chassa le sentiment de culpabilité qui envahissait lentement sa poitrine et reporta son attention vers l'estrade, où Edgar Corn annonçait déjà son nom.

Hermione se leva, rassembla ses notes et se dirigea d'un pas déterminé vers l'estrade, un sourire aux lèvres.

Elle prit place derrière le pupitre et adressa un sourire courtois à l'assemblée devant elle avant de chercher le regard de Scorpius dans la foule. Ce dernier lui fit un signe de tête approbateur et elle s'éclaircit la gorge en reportant son attention vers l'ensemble des personnes présentes.

— Bonjour, dit—elle. Comme vous avez dû le comprendre maintenant, je suis là pour vous présenter brièvement les projets du Magenmagot en ce qui concerne la condition des Lycanthropes. Il nous a semblé, au vu des derniers événements, que nous devions établir une nouvelle politique à leur égard. Il est plus que temps que nous cessions de faire la guerre à des catégories de personnes sous prétexte que nous sommes différents. Notre histoire est marquée à l'encre rouge par ces guerres de sang et nous ne pouvons continuer d'accepter que notre système juridique tolère ces injustices sociales.

Hermione croisa le regard empli de fierté de sa fille, et un sourire gracia ses lèvres.

— C'est pourquoi, reprit—elle, nous allons travailler dès à présent sur un projet constitutionnel visant à garantir des droits et des libertés à tout individu, quel qu'il soit. À long terme, nous souhaitons que l'intégration des Lycanthropes dans notre société se fasse le plus naturellement possible, et c'est la raison pour laquelle nous avons nommé un médiateur à la tête d'un nouveau département de Protection des Créatures Magiques, dans le but de rétablir enfin la communication entre les sorciers et le reste des membres de notre communauté magique, à commencer par les lycanthropes. Le but est d'encourager les sorciers lycanthropes à s'enregistrer pour bénéficier d'une protection et d'aides sociales qui devraient leur permettre de suivre un traitement Tue—Loup et ne plus souffrir de leur transformation, et de garantir leur immersion dans notre société et le monde du travail.

Elle marqua une pause et pivota vers Scorpius en souriant.

— Scorpius ? L'appela—t—elle avec douceur.

Le jeune homme hocha à nouveau la tête et se leva, un sourire crispé accroché aux lèvres. Le même sourire tendu qu'affichait son père quelques instants plutôt. Mais au moment où il rejoignit Hermione sur l'estrade et qu'il croisa le regard confiant de Rose, l'air séquestré dans ses poumons se libéra enfin, et il sourit.

Lui aussi était confiant.


7 Juillet 2025 – Bristle Cottage, Pays de Galles


Scorpius se laissa tomber sur son canapé à la seconde où il franchit le seuil de chez lui. Épuisé par la longue journée qu'il venait de passer et affaibli par la morsure, il se fatiguait plus vite que d'ordinaire, même si les guérisseurs lui avaient assuré que c'était les effets secondaires des potions et des filtres qu'on lui donnait pour accélérer le processus de cicatrisation et atténuer la douleur qui le tenaient éveillé la nuit.

Il rejeta sa tête en arrière, la laissant retomber sur le dossier du canapé, et laissa échapper un long soupir. Il grimaça lorsqu'un éclair de douleur parcourut son épaule et leva son autre main pour la masser.

Depuis qu'il s'était réveillé à Ste Mangouste un peu moins de deux semaines plus tôt, Scorpius faisait de son mieux pour ignorer sa nouvelle condition, et ce soir, il se sentait plus hypocrite que jamais. Comment pouvait—il prétendre vouloir faire accepter à des lycanthropes leur nature, si lui—même en était incapable ?

Parce qu'il avait Rose. Rose qui, lorsqu'il avait ouvert les yeux à l'hôpital, s'était trouvée debout d'un côté de son lit en balançant ses quatre vérités au visage de son père, debout de l'autre côté, avec un calme impressionnant. Rose, qui lui avait adressé un sourire emprunt de soulagement et d'euphorie lorsqu'il avait faiblement enroulé ses doigts autour de son poignet quand il s'était réveillé. Rose, qui n'avait pas douté de lui une seule seconde lorsque sa mère lui avait parlé du poste quel envisageait de lui proposer au sein d'un nouveau département au Ministère. Rose qui, lentement mais sûrement, s'enracinait en lui. Il n'y avait qu'à voir autour de lui ; son propre salon était envahi par le bazar incroyable qu'elle avait semé sur son passage. Sur la table basse il y avait les rouleaux de parchemin, les plumes, et le pot d'encre noire, qu'elle avait laissés là après avoir passé des heures à travailler sur un article. Son pull fétiche en laine bleue, tricoté par sa grand—mère paternelle cinq ou si noëls plus tôt, pendait sur l'accoudoir du canapé. Au pied de l'escalier, une paire de petites ballerines noires avait été abandonnée. Jeté près de la cheminée, un sac de vêtements propres. Et Merlin savait ce qu'elle avait laissé traîner à l'étage ou le souk qu'elle avait mis dans la cuisine en préparant à dîner presque tous les soirs de la semaine précédente.

Pourtant, au lieu d'agacer Scorpius comme il avait pensé que ce serait le cas, il se surprenait à aimer davantage chaque jour le désordre que Rose mettait dans sa vie.

Mais peut—être que c'était ça, le truc. Peut—être qu'il n'était pas fait pour l'ordre. Peut—être qu'il avait besoin de bazar, de bruit, de couleurs.

Ou peut—être avait—il juste besoin de Rose.


14 Juillet 2025 – Deuxième Étage, Département de la Justice Magique, Ministère de la Magie


Il était tôt, mais Scorpius détestait être en retard, et c'est la raison pour laquelle il arriva au Ministère avec une demi—heure d'avance pour son tout premier jour en tant que médiateur pour le département de Protection des Créatures Magiques, un service nouvellement institué pour le projet de loi que mettaient en place les membres du Magenmagot.

Il resta planté près de cinq minutes devant la porte du bureau désormais ornée d'une petite plaque en métal sur laquelle était gravé son nom, avant de se ressaisir, de se redresser, et de pousser la porte en inspirant profondément.

Il ne fut qu'à moitié surpris en découvrant que son bureau était déjà occupé par un intrus indésirable, et pénétra dans la pièce d'un pas assuré.

— Qu'est—ce tu fais là, Potter ? Grommela—t—il. Tu n'as pas de travail ? À vrai dire, je suis surpris que tu sois déjà là, ajouta—t—il en lançant un regard à la montre que Rose lui avait offerte des années plus tôt. Ça t'arrive donc d'être à l'heure quelque part ? Demanda—t—il sans même prendre la peine de dissimuler son sarcasme. Et vire tes pieds de mon bureau.

Le jeune homme, dont le visage était barré par trois longues cicatrices, arqua un sourcil amusé mais resta affalé dans le fauteuil de Scorpius, les pieds résolument plantés sur son bureau.

— Tu sais, ce que j'aime c'est toi, Malefoy, c'est ton affabilité naturelle. Ça se voit que tu ne te forces pas.

Scorpius leva les yeux au ciel tout en se défaisant de sa cape qu'il alla accrocher au porte-manteau près de la porte.

— Sans parler de ta gratitude, ajouta Albus en haussant les épaules. Je veux dire, c'est pas comme si je t'avais sauvé la vie ou quoi…

— Après que j'aie sauvé la tienne ! Rétorqua Scorpius. Trois fois !

Albus balaya la remarque du jeune homme d'un geste de la main.

— C'est un détail.

— Bah voyons, fit Scorpius en lâchant un grognement sarcastique.

Albus, qui s'amusait beaucoup d'irriter Scorpius, finit par se lever et quitter le fauteuil confortable dans lequel il avait attendu le jeune homme. Il savait que Scorpius, d'ordinaire si impassible, sortait les griffes en sa présence. Aussi bizarre que cela puisse paraître, Albus prenait ça pour un signe de confiance, et peut—être même d'amitié. Il savait que Scorpius n'avait pas d'amis de son âge, voire pas d'amis du tout, et d'une certaine manière, c'était ce qui l'encourageait à prendre la place vacante. Certes, il était difficile de lui décrocher un rire et son manque d'humour rivalisait avec celui de son oncle Percy, mais malgré son air condescendant et son sourire pincé, Albus ne pouvait s'empêcher de trouver Scorpius sympathique.

— Qu'est—ce tu fais là, Potter ? Demanda finalement Scorpius en allant s'asseoir à la place qu'Albus avait libérée.

— J'ai un cadeau de bienvenue pour toi.

— Si c'est une de ces choses qu'on trouve dans la boutique de ton oncle, tu peux le garder.

Albus éclata de rire.

— Je sens que je vais adorer te faire des cadeaux de Noël…

— N'y pense même pas, lâcha Scorpius en lui lançant un regard noir.

— C'est ce qu'on verra… Mais non. Te connaissant, je me suis dit qu'il ne te viendrait même pas à l'esprit de décorer ton bureau, alors j'ai pris les devant.

Scorpius grimaça, s'attendant déjà au pire.

— Quand j'aurai besoin d'une décoratrice d'intérieure, je te le ferai savoir, Potter, grommela le jeune homme entre ses dents avec un sarcasme non dissimulé.

Une fois encore, Albus se contenta d'ignorer sa remarque et sortit de la large poche de sa robe un cadre qu'il lui tendit des deux mains avec un sourire narquois.

— J'ai pris soin de l'encadrer…

Les yeux de Scorpius tombèrent sur le cadre qu'Albus lui tendait. Il reconnut aussitôt la une du Sorcière Hebdo du 4 mars dernier, sur laquelle on le voyait affreusement proche de Rose dans l'ascenseur de Ste Mangouste. Écrit en gras, le titre « Les Amants de La Loi « Edward Fawley » rappelait à son bon souvenir la conversation déplaisante qu'il avait eue avec son père le jour de sa publication.

Il tenta de lancer un regard noir au jeune homme en face de lui, qui affichait une expression triomphante, mais échoua lamentablement lorsqu'un léger sourire vint chatouiller ses lèvres.

— Je vais le poser là, fit Albus, l'air satisfait de lui—même, avant de poser le cadre sur le bureau de Scorpius avec précaution.

— La ferme, grommela ce dernier.

— J'ai pas dit un mot ! Fit Albus en affichant une expression trop innocente pour être sincère.

Scorpius arqua un sourcil ; lui aussi pouvait jouer à ce petit jeu.

— Comment va Charlotte ? Demanda—t—il en feignant l'innocence à son tour.

Albus perdit aussitôt son petit air suffisant, mais un sourire amusé gracia ses lèvres.

— D'accord. Un partout.

— Parfait. Maintenant laisse—moi travailler et trouve quelqu'un d'autre dont tu pourras pourrir l'existence.

Albus éclata de rire mais ne prit pas la peine de répondre. Il secoua la tête et tourna les talons en prenant soin de refermer la porte derrière lui.

Lorsqu'il fut seul, Scorpius posa ses yeux sur le cadre posé sur son bureau autrement immaculé et, cette fois, il laissa un sourire prendre pleinement possession de ses lèvres.


14 Juillet 2025 – Bristle Cottage, Pays de Galles


Scorpius était confortablement installé dans le canapé moelleux qui trônait dans son salon lorsque les flammes verdoyantes de la cheminée crépitèrent. Rose apparut presque aussitôt en arborant un sourire épuisé. Elle prit tout juste le temps d'aspirer la suie de sa robe d'un coup de baguette, de l'enlever et de la jeter sur le fauteuil le plus proche, avant de fondre sur Scorpius en poussant un long soupir.

Interrompu dans sa lecture, Scorpius n'eut d'autre choix que de poser son livre et de passer un bras autour des épaules de la jeune fille qui ne perdit pas une seconde pour se nicher contre lui.

— Je croyais que tu dînais chez ton oncle et ta tante avec tes parents et ton frère, ce soir ?

— J'en reviens, fit Rose en baillant. Mais je voulais passer ici avant de rentrer.

Elle se redressa légèrement et sourit avec douceur au jeune homme près d'elle, qu'elle observa un instant avant de demander avec prudence ;

— Comment ça s'est passé ?

Scorpius haussa les épaules et détourna le regard vers la fenêtre, depuis laquelle on pouvait apercevoir la lune.

— C'était un peu étrange, avoua Scorpius.

— Comment ça, étrange ? L'interrogea Rose.

— Eh bien… Disons que je n'avais pas réalisé que je serais amené à travailler avec des sorciers que… que j'ai arrêtés quand je travaillais pour l'Unité.

— Ah…

— Comme tu dis, soupira Scorpius. Ce matin, j'ai reçu Peter Scratch pour parler de sa réinsertion.

— C'est le sorcier que tu as interrogé pendant des heures avec Goyle ? Demanda Rose en fronçant les sourcils.

Scorpius hocha la tête.

— La dernière fois que je me suis retrouvé en face de lui, je l'interrogeais sur Redfur après l'avoir capturé pour l'envoyer à Azkaban, grimaça—t—il. Et maintenant, je suis censé le voir une fois par semaine pour l'aider à trouver un travail et à se reconstruire une vie. J'ai l'impression d'être… un hypocrite.

Les traits de Rose se peinèrent et elle posa une main sur la joue de Scorpius en fronçant les sourcils avec sévérité.

— Arrête ça. Il t'a fallu un peu de temps pour te décider à faire ce qui était juste, d'accord, mais le principal c'est que tu aies fini par faire le bon choix. Par avoir le courage de tes opinions.

— Dit comme ça, on dirait presque que ça excuse tout le reste, soupira le jeune homme.

— Scorpius… personne n'est parfait. Tout ce qu'on peut faire, c'est essayer de faire de son mieux, chaque jour. Et ce que tu fais, toi, maintenant, c'est incroyable. Tu donnes enfin de l'espoir à des personnes qui n'en avaient plus depuis longtemps. Tu leur offres la possibilité de repartir de zéro et de reprendre leur vie en main…

Scorpius força un sourire à étirer ses lèvres mais ne fit pas la moindre remarque. Il savait que Rose se voilait la face. Il était loin de mériter l'admiration qu'elle lui portait, mais il était bien trop égoïste pour la contredire.

Il sentit la jeune fille se blottir à nouveau contre lui et pousser à nouveau un long soupir.

— Il va falloir que j'y aille. J'ai promis à mon frère que je ferais une partie de Bavboules avec lui et mes parents en rentrant. Tu voudrais venir ?

Scorpius esquissa un sourire, mais secoua la tête.

— Une prochaine fois peut—être. Je ne vais pas tarder à me coucher.

— D'accord, fit Rose en s'extirpant de l'étreinte confortable du jeune homme.

Elle se pencha vers lui et l'embrassa chastement sur les lèvres avant de se redresser et de se diriger vers l'âtre de la cheminée. Elle se retourna au dernier moment et fronça les sourcils.

— Au fait, tu n'aurais pas vu mon pull ? Tu sais, le bleu, en laine ?

Scorpius se mordit la lèvre pour empêcher un rire de rouler sur sa langue, en vain. Il éclata de rire et secoua la tête avec une résignation amusée.

— Tu l'as laissé à l'étage.

— Ah je me disais aussi… Tant pis, je le récupérerai demain. Bonne nuit.

— Bonne nuit, Rose.


N/A : Bonjour à tous ! Avant toute chose, je tiens à m'excuser de vous avoir fait faux bon la semaine dernière, mais franchement, j'ai été incapable de finir mon chapitre dans les temps, parce que j'avais beaucoup trop de travail. J'espère que ça ne vous empêchera pas d'apprécier ce chapitre, en tout cas ! Pas d'inquiétude en ce qui concerne la publication du dernier chapitre la semaine prochaine, il est déjà écrit et n'attend plus que vous soyez prêts ^^

Merci pour votre patience et vos reviews toujours aussi fantastiques, et bonnes vacances/bon week-end à tous ! :)

RàR : à Emma ; Il ne faut pas être triste voyons ! Je suis contente que BB t'ai autant plus, mais ne suis certaine que tu trouveras d'autres fictions pour égayer tes vendredis soirs. D'ailleurs, si je peux te conseiller une fiction, ce serait celle de Marie Lapiz "Le Maître de la Mort", ou bien "Que le Meilleur Gagne", de DelfineNotPadfoot. Avec ça, crois-moi, tu auras de quoi t'occuper quelques temps ^^. Enfin bref ! Merci pour cette review pleine d'enthousiasme, qui me fait moi aussi un peu regretter de mettre un point final à BB. Je suis très contente que les personnages te touchent, vraiment :) Merci encore et bon week-end !

à Romane ; Tu n'as aucune excuse à me faire, voyons ^^ Ce qu'il y a de bien avec ce site c'est que c'est gratuit et que ni lecteur, ni auteur n'est tenu de quoi que ce soit contractuellement ;) Franchement, tu m'as laissé déjà bien plus de reviews que la moitié des lecteurs sur ce site, alors tu n'as à avoir honte de rien... Comment ça l'auteur est sadique ? :o Non, je ne suis pas sadique ! Je suis seulement réaliste. C'était le seul moyen pour que Drago ouvre les yeux, nan ? C'est triste, je sais... Merci pour cette review en tout cas, et bon week-end ^^

à Mea95Gryffondor ; Merci beaucoup, ça me fait vraiment plaisir ^^ et bien finalement, tu auras fait partie d'une des rares lectrices à avoir deviner qu'il s'agissait de Scorpius dans le prologue, ou qui ne l'avait pas oublié, alors félicitations ! Et alors une fois plus, tu as visé juste, Drago a bien effectivement été obligé d'ouvrir les yeux et de se remettre un peu en question maintenant que son propre fils est devenu un Loup-Garou :) Merci pour ton indéfectible bonne humeur dans tes reviews :) Passe un bon week-end :)