Quelques imprévus plus tard, "Un petit boulot" est de retour...
Un petit boulot pour Sirius
Chapitre II : Enthousiasme et déconvenues
Lorsque Remus revint chez son ami, le mardi suivant, il trouva ce dernier sur le pas de la porte, vêtu comme un jeune étudiant moldu décontracté, prêt pour l'aventure. Le loup garou fronça les sourcils.
« Tu as déjà trouvé un job ? s'étonna-t-il.
- Presque, Remus, presque. Je vais à un entretien d'embauche – mon tout premier entretien d'embauche moldu. Souhaite-moi bonne chance ! »
Il s'apprêtait à s'avancer fièrement dans le couloir poussiéreux, mais Remus l'arrêta de la main.
« Une seconde, Sirius. Qu'est-ce que c'est, ce petit boulot que tu as trouvé ?
- Et bien, j'ai trouvé une annonce dans un journal moldu – je me suis abonné à quatre journaux différents, rien que pour les petites annonces. C'est une annonce pour un serveur qualifié, dans un restaurant du centre-ville.
- … et tu te sens l'âme d'un serveur qualifié, Sirius ? »
Sirius lui répondit par un sourire étincelant de confiance en lui, et lui fit un clin d'œil.
« Attends, je vais te montrer. »
Il se retourna et fila vers la petite porte de gauche, celle qui donnait sur la cuisine – le nouveau repère de Buck. Remus, pressentant une catastrophe, s'empressa de rentrer dans le petit appartement et d'en refermer soigneusement la porte.
Sirius revint rapidement, ouvrant la porte du pied, tenant fièrement en équilibre cinq assiettes différentes – trois du côté droit, c'est-à-dire une assiette dans la main et deux posées sur le bras, et deux autres du côté gauche, une dans la main et une savamment maintenue par les muscles tendus de son avant bras. Remus écarquilla les yeux de surprise – jamais il ne lui serait venu à l'idée que Sirius Black ait réellement des talents de serveur.
Puis Sirius tenta de faire un pas dans la pièce, et l'une des assiettes se mit à trembler dangereusement sur son bras gauche l'ensemble devint d'un équilibre plus que précaire, et ce fut à cet instant précis que Buck choisit de donner un petit coup de museau dans les côtes de Sirius, visiblement à la recherche d'une friandise à grignoter. Les cinq assiettes vacillèrent à nouveau dangereusement… et le tout s'écroula, les cinq plats venant se briser sur le carrelage avec un bruit assourdissant qui arracha une grimace notoire au pauvre Sirius.
Un choc vigoureux résonna immédiatement contre le mur de gauche « Mais qu'est-ce que vous foutez, là-dedans ? » s'exclama une voix masculine bien peu amène.
Remus soupira.
« Et bien, ce n'est pas gagné, Sirius… »
Ce dernier releva la tête et lui jeta un regard noir – qui arracha tout de même un sourire au loup garou.
Lorsqu'il revint le lendemain, Remus fut surpris de retrouver un Sirius débordant d'enthousiasme et d'énergie il semblait avoir totalement oublié le désastre de la veille.
« Sirius ? s'inquiéta Remus lorsque ce dernier le serra vigoureusement dans ses bras en guise de salut. Est-ce que tout va bien ?
- Très bien, Remus ! Très bien. Figure-toi que j'y suis allé quand même, à mon entretien… »
Remus secoua la tête, s'attendant au pire il referma la porte derrière lui et s'installa sur l'une des deux chaises qu'il avait matérialisées avec Sirius, la veille. De son côté, Sirius continuait à parler tout en arpentant la pièce, visiblement incapable de tenir en place Remus ne put qu'admirer l'énergie dont il faisait preuve, à peine un an après son évasion.
« Ca s'est très mal passé, évidemment – c'était un restaurant chic, tu saisis ? Je n'y étais indéniablement pas à ma place. Mais le plus intéressant, c'est que le recruteur m'a lancé une remarque d'un ton dédaigneux quelque chose du genre tu ferais bien mieux d'aller voir du côté du Krystal Club, toi !...Et bien figure-toi que j'y suis allé, à ce club, Remus !
- Oh non, soupira le loup garou.
- Si-si ! Et c'est tout à fait charmant, là-bas. Un brin tapageur, mais charmant. J'ai été embauché tout de suite !
- Je n'en doute pas… »
Le loup garou lâcha un soupir. Dans quel genre d'endroits était encore allé traîner Sirius ?
Remus n'eut cependant pas le temps de mener sa petite enquête moins de deux jours plus tard, lorsqu'il revint prendre des nouvelles, ce fut pour trouver un Sirius complètement dépité.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? s'inquiéta immédiatement le loup garou.
- Et bien… ça ne s'est pas exactement passé comme je l'avais prévu… Tout avait très bien commencé, pourtant jusqu'au moment où ce foutu bonhomme m'a demandé mes papiers… »
Remus fronça les sourcils.
« Qui, le patron ? C'était à prévoir, Sirius… on aurait dû te transfigurer de faux papiers, où…
- Pas le patron, justement ! Un pourri de la commission de je-ne-sais-plus-quoi. Il est venu faire une inspection, et comme je n'avais « pas encore montré mes papiers » et tout – à croire qu'il leur faut un pedigree, à ces nifleurs débiles ! -, il a commencé à me traiter d'immigré ou je ne sais quoi… alors, bien sûr, je lui ai flanqué mon poing dans la figure…
- Oh, voyons, Sirius… »
Remus secoua la tête, atterré.
« Ce n'est pas une insulte, tu sais. Les contrôles dans le monde moldu sont plus strictes pour les moldus étrangers ils n'ont pas les facilités que nous avons pour détecter les marchandises importées, ni pour assurer la sécurité aux frontières. Le monde sorcier n'a pas tous ces contrôles, toutes ces procédures strictement encadrées – justement parce qu'il y a beaucoup plus de facilités dans le monde sorcier. N'importe quelle famille peut venir par porte-au-loin pour s'installer en Angleterre et scolariser ses enfants à Poudlard… pour les moldus, c'est moins évident, et donc plus réglementé.
- Ah. »
Sirius semblait toujours aussi perplexe. Remus sourit.
Il s'était souvent fait le porte-parole des moldus auprès de James et de Sirius, au cours de leur scolarité après tout, sa mère en était une – et Remus s'était toujours tenu au courant de l'actualité moldue, pour ne jamais rompre avec cette partie de son ascendance (sans compter qu'il était d'un naturel très curieux).
Avisant l'air dépité de son ami, le loup garou décida de prendre les choses en main.
« Où sont tes journaux de petites annonces ? J'aimerais y jeter un coup d'œil. »
Relevant la tête de son établi pour la vingtième fois au moins en à peine un quart d'heure, Sirius soupira audiblement.
Où sont tes journaux de petites annonces, Sirius ? Laisse-moi y jeter un coup d'œil…
Sirius froissa le feuillet qu'il avait devant les yeux d'un geste rageur. S'il avait su, il n'aurait jamais laissé Remus se mêler de ses affaires.
Assistant bibliothécaire en intérim… il lui en foutrait, à Remus, des assistants bibliothécaires !
Après un énième regard à l'horloge murale – qui, décidément, devait s'être arrêtée -, le sorcier repoussa résolument les piles de livres et de coupons qu'il avait sur son plan de travail, envoyant au diable ce funeste classement. Quelle idée, franchement, de répertorier tous les ouvrages sur les « passe-temps » virils (à comprendre : jardinage, bricolage, modèles réduits et autres joyeuses réjouissances moldues – tout autant de choses que les sorciers effectuaient en un seul coup de baguette, sans même y accorder l'ombre d'une pensée (et encore moins autant de temps qu'il avait dû en falloir pour écrire ce ramassis d'instructions et de conseils)).
Sirius n'avait jamais été un habitué des bibliothèques on pouvait compter sur les doigts de la main le nombre de fois où il s'était laissé aller à se hasarder dans celle de Poudlard. Les élèves y étaient trop studieux, l'ambiance trop feutrée il se dégageait de ces lieux une telle impression d'ennui qu'il n'avait pu s'empêcher, la première fois qu'il y avait pénétré, d'enchanter les vieux grimoires pour leur faire chantonner toutes les chansons de variété à la mode, dans le plus joyeux désordre – à commencer par celle de la toute jeune Célestina Moldubec, qui faisait tourner bien des têtes à Poudlard à l'aube de ses tous premiers jours de gloire. La bibliothécaire l'avait chassé de son sanctuaire à grands renforts de sorts offensifs (on ne peut pas, en toute bonne foi, qualifier autrement des sortilèges qui provoquent des rashs purulents et des démangeaisons sous-cutanées, si ?) et de cris stridents et Sirius s'était promis de n'y remettre les pieds qu'en cas d'extrême nécessité – ligne de conduite qu'il avait scrupuleusement observée depuis.
Lorsqu'il avait besoin d'un ouvrage précis, il l'empruntait à Remus et puis, le loup garou était une véritable mine d'informations, qu'il ne s'était jamais senti le moindre scrupule à exploiter.
Et des scrupules, il en avait de moins en moins à chaque seconde passée dans cette funeste bibliothèque moldue – franchement, un coup bas pareil, il ne l'avait pas vu venir…
Sa vengeance serait terrible – foi de Sirius Black.
Il avait cru que rien ne pourrait être pire que cette funeste après-midi de classement, à la bibliothèque mais encore une fois, le destin adorait démolir ses présomptions.
Le destin, incarné en la personne de Perpetua Rosemund, cette fois-ci.
Sa rayonnante mais encombrante voisine avait rapidement surpris des bribes de conversations entre Remus et Sirius, et avait cru deviner la teneur du problème et, évidemment, elle s'était crue obligée de leur proposer une solution.
« Oh, mais si vous cherchez un petit boulot, j'ai tout à fait ce qu'il vous faut mon neveu et sa charmante femme partent en week-end après demain, pour une virée en amoureux – et ils n'ont pas encore trouvé de gardien pour leurs charmants petits bambins, voyez-vous. Ce ne serait l'affaire que d'un week-end, mais c'est déjà ça de pris…Vous êtes un jeune homme de confiance, mon cher monsieur mon voisin de gauche, rien que ça ! Je peux bien intercéder un peu en votre faveur… »
Franchement, elle aurait pu s'abstenir, songea lugubrement le « jeune homme de confiance ». Dans le salon où il se trouvait – ou du moins, dans ce qui avait été, quelques heures plus tôt, un salon -, les trois « charmants petits bambins » venaient de changer de centre d'intérêt après avoir jeté leur dévolu sur la peinture, ils avaient à présent décidé d'entreprendre l'arrachage méthodique du papier-peint.
Sirius jeta un œil à ses mains toujours tâchées de bleu, et soupira à nouveau.
De la peinture à l'huile. Non pas de la peinture à l'eau, qui aurait pu partir avec un simple rinçage non, de la peinture à l'huile, impossible à faire disparaître même après des heures de frottage vigoureux avec un chiffon imprégné de dissolvant.
Et il y en avait partout – aussi loin que pouvait porter son regard.
Et Sirius n'avait pas le droit de faire de magie…
Il repensa avec une nostalgie franchement teintée d'amertume à son enthousiasme à l'idée d'un petit boulot moldu, quelque huit jours auparavant. Quelle idée saugrenue il avait eue là…
Toutefois, le sorcier crut que les choses allaient enfin s'arranger lorsqu'il tomba sur l'annonce fort sympathique d'une petite pizzeria de la périphérie, à laquelle il manquait un livreur. Sirius jeta un coup d'œil aux pré-requis nécessaires, qui remplissaient des lignes et des lignes dans toutes les petites annonces qu'il avait regardées auparavant mais celle-ci était fort brève, et un seul élément était cité : avoir le permis, pour pouvoir piloter sans dommage la petite motocyclette que la pizzeria mettrait à la disposition de son nouveau livreur (motocyclette indispensable pour se faufiler sans encombre, et le plus rapidement possible, dans les ruelles tortueuses et labyrinthiques de Londres). L'annonce enthousiasma Sirius au plus haut point, et il se hâta de la montrer à Remus dès que celui-ci revint visiter son ami, après une nuit de pleine lune particulièrement harassante.
La légendaire patience de Remus était de fait bien moindre que d'ordinaire, et il ne put s'empêcher de grimacer en voyant Sirius revenir à la charge avec ses satanées petites annonces.
« Regarde ce que je viens de trouver, Remus ! » s'exclamait le sorcier en lui collant le journal sous le nez – en le lui mettant presque dans l'œil, d'ailleurs. « Tu l'as vue, celle-ci ? Il faut simplement savoir conduire une moto, et en plus, on ne travaille que le soir. C'est formidable, non ? Je sais très bien conduire une moto la mienne volait, elle ne roulait pas, mais c'est exactement le même principe il y a juste le revêtement qui change.
- Sirius, ils demandent à ce qu'on leur présente au moins un permis B, en bonne et due forme. C'est la première chose qu'ils vérifieront. Il te faudra présenter un authentique permis moldu et, autant que je sache, tu n'en as pas. »
Sirius ne semblait pas s'en émouvoir, et Remus sentit le peu de patience qui lui restait s'effilocher dangereusement.
« Non, en effet, avait repris le musicien. Mais ce n'est qu'un détail, ça il suffira que tu m'en crées un faux.
- Sirius, je n'ai jamais passé mon permis de conduire – je n'ai que le permis de transplanage, tout comme toi, et je doute sérieusement que la formulation soit similaire.
- Ta mère devait bien en avoir un, non ?
- … probablement, mais je ne l'ai jamais observé avec suffisamment d'attention pour me souvenir en détail de son contenu ! »
Sirius le regardait avec attention, comme s'il s'attendait à ce qu'il ajoutât quelque chose sentant sa détermination à ramener son ami à la raison faiblir fortement, Remus soupira et se retrancha à contrecœur :
« Mais j'arriverais probablement à faire un essai… il ne sera pas parfait, cependant – et sûrement loin d'être convaincant.
- Bah, ils n'y regarderont pas à deux fois au besoin, je leur jetterai un petit sortilège de confusion.
- C'est insensé, Sirius…
- Le Ministère ne détecte pas des sorts si légers, Remus, tu le sais aussi bien que moi. »
Remus secoua à nouveau la tête, se sentant plus impuissant que jamais. Là n'est pas la question, Sirius mais il ne se sentait pas le courage de chercher à réfréner une nouvelle fois l'enthousiasme de son ami. Après tout, Sirius ne l'écouterait pas et il se sentait si fatigué…
« Et puis, lorsqu'ils verront mon charisme et mon dynamisme naturel, ces moldus de la pizzeria, ils s'empresseront de me donner le poste a-t-on déjà vu livreur plus avenant ? »
Remus ne put s'empêcher de sourire faiblement, et Sirius sembla rassuré de voir ce visage épuisé retrouver quelques couleurs.
« Après tout, rien ne peut être pire que le fiasco avec les enfants » ajouta résolument le musicien.
Il était assurément difficile au loup garou de ne pas lui concéder ce point-là.
