UNE « AIDE » MALVENUE

Hum, hum... votre attention, s'il vous plaît ! Comme promis, en plus du chapitre de la semaine (qui sera je pense mis en ligne jeudi) je vous poste dès aujourd'hui, à raison d'un chaque jour, trois chapitres qui n'ont pas été publiés en temps et en heure car je les trouvais ratés. Je les ais retravaillés depuis et les voici.

Cependant, c'est un retour dans le passé qu'il faut effectuer : l'histoire est arrivée à une époque où ici Fili et Kili sont adolescents. Dans les trois chapitres qui viennent (celui-ci, celui de demain, celui d'après-demain), que j'espère avoir correctement remis à leur juste place dans la chronologie, vous allez retrouver des enfants.

Voili voilou.

Bonne lecture quand même.

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- Fili ! Je peux venir avec toi ?

Fili s'arrêta et se tourna vers son frère, qui venait de se glisser à sa suite et trottinait vers lui :

- Tu es trop petit, Kili, tu le sais bien.

- Mais juste pour regarder ?

Le grand hésita. Comme chaque jour, il se rendait aux terrains d'entraînement, comme tous les jeunes nobles de son âge. En temps normal, la présence de Kili en tant que spectateur ne l'aurait pas gêné mais, depuis quelques jours, Dwalin avait commencé à initier ses élèves aux diverses subtilités du combat rapproché. Or, si Dwalin mesurait soigneusement ses forces, il n'avait cependant pas pour habitude de ménager ses disciples. Et la vérité obligeait à dire que les garçons, à l'heure actuelle, mordaient la poussière tour à tour. Fili n'était pas du tout certain d'avoir envie que Kili voit ça. Il n'éprouvait pas de gêne vis-à-vis de ses condisciples car, pour le moment, aucun ne s'en sortait mieux qu'un autre. En revanche, un spectateur extérieur ne serait pas le bienvenu.

- Ce n'est pas une bonne idée, dit-il finalement.

- Mais je suis déjà venu, une fois ! protesta Kili.

- Oui, répondit l'aîné, saisissant la balle au bond, et tu te souviens de ce qu'a dit Dwalin ? Que ce n'était pas un terrain de jeux !

- Mais j'ai envie de venir…

Fili se pencha vers son cadet :

- Non, Kili. Il ne vaut mieux pas. Va jouer avec tes amis.

Il reprit sa marche mais s'arrêta presque aussitôt en entendant le pas de son frère derrière lui.

- Kili ! fit-il sans se retourner. Tu ne peux pas venir ! Rentre à la maison !

Puis il s'éloigna, laissant Kili, boudeur et contrarié, au milieu du couloir. Pourtant, Fili aurait dû savoir (et il se le reprocherait bientôt) qu'il en aurait fallu davantage pour faire renoncer son petit frère… Ce dernier n'avait que cinq ans et demi mais il était déjà terriblement entêté. En effet, le petit nain attendit simplement que Fili soit hors de vue puis, en catimini, il se glissa à sa suite.

Fili fut le premier à passer ce jour-là. Il parvint à réaliser quelques passes avant que Dwalin –que Melkor l'emporte !- le fasse pivoter sur lui-même et l'immobilise contre lui, son bras droit enroulé autour du cou du combattant en herbe.

- Et maintenant, expliqua-t-il en resserrant légèrement sa prise, il me suffit d'un mouvement pour te briser le cou ! Comme ça… ajouta t-il, en esquissant le mouvement en question tout en prenant bien garde de ne pas faire mal à l'enfant. Tu comprends ?

- Oui… répondit Fili, le souffle court.

Il savait que Dwalin faisait attention, n'empêche qu'il peinait à respirer ! Au même instant s'éleva un hurlement furieux :

- Lâche-le ! Laisse mon frère tranquille !

Une minuscule silhouette brune jaillit d'on ne sait où, fusa sur le terrain et se jeta sur Dwalin. Il aurait pu tout aussi bien tenter de faire bouger la montagne elle-même !

- T'as pas le droit de toucher mon frère !

- Kili ! protesta Fili, affreusement gêné. Va-t-en !

- Qu'est-ce que tu fais là, moucheron ? demanda Dwalin en relâchant doucement son élève. File jouer ailleurs, tu n'as rien à faire ici !

C'en était trop pour Kili. Furieux, il se jeta sur le bras du géant… et le mordit de toutes ses forces !

- Aouhhh ! cria Dwalin en se dégageant d'une saccade.

Regard flamboyant et poings sur les hanches, Kili le fusillait du regard tandis que le colosse, interdit, regardait la morsure violacée, profondément marquée, qui s'étalait sur son avant-bras.

- Kili ! Va-t'en d'ici ! cria Fili, mort de honte.

- Il te faisait mal…

- Fiche le camp ! Je t'avais dit de ne pas venir !

Quelle ingratitude ! pensa Kili, sinon en ces termes, du moins dans l'idée. Dwalin n'avait pas l'air content, ce qui pouvait se comprendre… Fili se sentit tout de même obligé d'intercéder :

- Monsieur Dwalin… vous ne direz rien à Thorin, hein ?

Le guerrier ouvrit la bouche pour répondre… et la referma aussitôt, l'air d'un galopin prit en faute. Avant que Fili ait pu réaliser à quoi rimait son expression désabusée, une voix ferme s'éleva derrière lui :

- Inutile !

Bras croisés et sourcils froncés, Thorin se tenait derrière son neveu et ne paraissait pas, lui non plus, très content ! Du même coup, Kili perdit d'un seul coup son attitude martiale et arbora un air passablement inquiet.

- Va chercher tes armes et seller ton cheval, dit Thorin à Dwalin. Nous partons sur l'heure. Je t'expliquerai en route. C'est pour ça que j'étais venu…

Il tourna la tête pour regarder Kili, qui eut bien envie de se cacher derrière celui qu'il venait pourtant de mordre !

- Je te rejoins ! ajouta Thorin d'un ton bref.

Puis il franchit les quelques mètres qui le séparaient de son neveu, lequel ne se sentait plus du tout, mais alors plus du tout l'humeur batailleuse ! Un peu tard peut-être, il se souvenait que Dwalin était l'ami de son oncle. Dont l'expression n'augurait rien de bon.

- Tu vas me donner une fessée ? demanda-t-il, effrayé.

- Tu vas bien voir ! répondit Thorin avec sévérité.

Puis il le prit par la main et l'entraîna à grands pas, sous les regards moqueurs des garçons interrompus dans leur entraînement. Exception faite de Fili qui, lui, se serait volontiers caché sous terre !

- Il est marrant, ton frère ! rigola l'un de ses compagnons. Tu devrais l'amener plus souvent !

- Oh, ça va ! grinça Fili en se renfrognant. Et d'abord je ne l'ai pas amené, il est venu tout seul !

Livrés à eux-mêmes, les garçons rangèrent leurs armes et s'apprêtèrent à rentrer chez eux.

- Fili, proposa Furgil, l'un de ses amis, tu veux venir chez moi ?

- Ouais, grogna le jeune prince. Je veux bien, merci.

Il n'avait aucune envie de rentrer et d'être mêlé aux « explications » de son oncle et de son frère. Accompagnés d'un troisième camarade, tous deux gagnèrent donc les appartements que Furgil partageait avec ses parents. Darria, sa mère, recevait l'une de ses amies et toutes deux s'étonnèrent de voir paraître les trois garçons :

- Déjà ?

- Monsieur Dwalin a dû partir, expliqua Furgil.

- Il est blessé ! ajouta Elgroth en riant.

- Blessé ?

Sans se soucier du regard noir de Fili, le garçon qui décidément trouvait l'histoire désopilante la raconta en quelques mots aux deux naines.

- Ce petit Kili est remuant, mais adorable, dit Darria après que les trois compères se soient éloignés, Fili ayant une envie furieuse de taper sur Elgroth. Dis a de la chance, avec ses enfants.

Kargun opina mais répondit, d'un ton légèrement sucré :

- J'espère que le prince Thorin ne se montrera pas trop dur... pauvre petit... Je suis sûre qu'il fait de son mieux pour élever les fils de sa sœur, puisqu'ils n'ont plus de père, mais enfin, ce ne sont pas ses enfants... et lui-même n'a guère de patience...

Darria soupira Dis était son amie d'enfance et elles étaient très proches. Mais Darria songeait surtout à ses autres amies, dont les époux et les frères étaient tombés devant la Moria et qui élevaient seules leurs enfants.

- Je pense que c'est tout de même une chance pour les garçons, murmura-t-elle. Mieux vaut avoir un oncle que n'avoir personne ! J'en connais plus d'une qui donnerait cher pour avoir encore quelqu'un à son côté !

Là-dessus elle gloussa et ajouta :

- Quant au prince Thorin… il semble n'avoir aucune patience, certes, mais d'après Dis, il n'en manque pas quand il s'agit de ses neveux…

Cependant, Thorin gagnait les appartements qu'il partageait avec les siens et Kili sentit son coeur s'emballer tandis qu'il était obligé de trotter pour suivre les longues foulées de son oncle. Il avait beau n'avoir que cinq ans et demi, il était tout à fait à même de comprendre qu'il allait avoir des ennuis ! Affolé, il vit se rapprocher la porte de sa chambre comme le condamné à mort voit se rapprocher l'échafaud et se laissa tomber au bout du bras de Thorin, les jambes molles. Le roi nain se borna à se pencher, à enrouler son bras droit autour du corps menu et à le soulever. Après quoi, il reprit sa marche. Lorsqu'il poussa la porte de la chambre, Kili s'agrippa de toutes ses forces à sa tunique.

- Pas de fessée ! chuchota t-il, terrifié. Oncle Thorin, pas de fessée ! Je serai sage, maintenant. Je serai toujours sage !

- Vraiment ? fit Thorin.

Pour toute réponse, ses petits poings toujours crispés sur l'étoffe de la tunique, Kili se blottit contre lui, le corps tendu. Lorsque Thorin se pencha en voulant le déposer, le gamin se cramponna à lui, nouant ses jambes autour de sa taille.

- Oncle Thorin ! supplia-t-il encore, roulé en boule contre le thorax du guerrier.

- Lâche-moi, Kili. Et explique-moi un peu ce que c'est que ces manières, de mordre les gens ?!

- Il… il faisait mal à Fili…

- C'était un entraînement, rien de plus. Par ailleurs, tu n'avais rien à faire là !

- Je voulais seulement regarder…

- Ce n'est pas ce que tu as fait !

Thorin entreprit de desserrer les doigts crispés sur ses vêtements :

- Arrête ça ! ordonna-t-il d'un ton sec. Lâche-moi, maintenant, que je te tire les oreilles !

- Non… gémit le petit en lâchant la tunique désormais froissée et en plaquant ses mains des deux côtés de sa tête.

- Tu préfères que je te donne une fessée ? menaça le prince en faisant ses yeux noirs.

Kili secoua faiblement la tête en signe de dénégation et baissa craintivement les bras tandis que son oncle le déposait à terre. Dès que ses pieds touchèrent le sol, le gamin voulut, à son habitude, revenir se blottir contre Thorin, dans l'espoir de l'amadouer. Peine perdue, car le prince saisit son oreille et la tira plusieurs fois.

- Aïïïe ! pleurnicha Kili. Non, Oncle Thorin…

Insensible à ses gémissements, Thorin récidiva avec l'autre oreille.

- ... et tu seras puni, précisa-t-il. Je vais t'apprendre à mordre, moi !

Ignorant le regard inquiet du gamin, il tendit un bras impérieux vers l'espace libre situé entre les deux lits jumeaux de Fili et Kili.

- Face au mur ! ordonna-t-il sévèrement.

Tête basse, l'enfant obéit et alla se placer face à la paroi où il demeura, immobile. Il paraissait si perdu et si misérable, petit bonhomme innocent en butte aux dures réalités du monde, que Thorin sentit son cœur mollir. Il dut prendre sur lui-même pour ne pas mettre fin immédiatement à la punition et pour ne pas dorloter un peu son neveu afin de le consoler.

- Je reviens dans cinq minutes, fit-il d'une voix brève. Ne t'avise pas de bouger de là !

Kili n'osa pas désobéir. Lorsque la porte se fut refermée derrière son oncle, il demeura là où il se trouvait, sans bouger, le cœur gros.

Il ne s'écoula en effet pas plus de cinq minutes avant que la porte s'ouvre à nouveau mais, fidèle à la consigne, l'enfant ne tourna pas la tête et demeura immobile.

- C'est bien, fit Thorin. Tu peux venir, maintenant, Kili.

Le gamin trotta jusqu'à lui, entoura sa jambe de ses bras et se blottit à nouveau contre lui, sans un mot.

- Tu ne recommenceras pas, n'est-ce pas ? demanda Thorin en s'efforçant de conserver un ton ferme.

Le gamin fit "non" de la tête.

- Bien. Alors n'en parlons plus.

Le petit visage se leva vers lui et, sans dire un mot, Kili tendit les bras. Thorin le souleva. Le gamin nicha aussitôt son visage dans son cou.

- Maintenant je dois partir, ajouta Thorin. Dwalin m'attend. Tu lui présenteras tes excuses dès que tu le verras. C'est compris ?

Kili fit signe que oui.

- Très bien.

Le prince serra brièvement l'enfant contre lui et le déposa à nouveau.

- Tu reviens vite ? demanda Kili.

- Je ne sais pas, Kili. Va voir ta mère, je crois qu'elle te cherche.

Dis en effet cherchait son fils cadet, car elle était en train de lui coudre une nouvelle tunique et avait besoin de lui pour prendre les dernières mesures. Dis ne pensait jamais que sans le dragon Smaug, elle n'aurait jamais eu à effectuer des tâches telles que la couture ou la cuisine. Elle n'avait jamais eu à le faire auparavant, ni sa mère ou la mère de sa mère avant elle ! Mais il n'était plus possible aujourd'hui, dans les Montagnes Bleues, de vivre comme autrefois ils vivaient à Erebor. Cela tombait tellement sous le sens que la princesse ne songeait pas à s'en plaindre : elle était contente, au contraire, d'avoir pu apprendre toutes ces choses et de pouvoir ainsi s'occuper des siens.

Elle tendit le vêtement en cours de confection devant Kili pour s'assurer que la taille était correcte et son regard tomba sur les oreilles de l'enfant, d'un joli rose foncé.

- Toi, fit la princesse, tu t'es encore fait tirer les oreilles ! Qu'est-ce que tu as fait, cette fois ?

- Rien, marmonna Kili en évitant le regard de sa mère.

Il savait très bien que Dis ne prendrait pas son parti !

- Ne mens pas, Kili ! fit la princesse avec sévérité. Tu ne t'aies pas fait tirer les oreilles pour « rien » ! Quelle bêtise as-tu encore inventée ?

- J'ai... j'ai mordu Monsieur Dwalin, fit le gamin d'une voix à peine audible. Mais c'était pas ma faute, ajouta-t-il vivement. Je croyais qu'il faisait mal à Fili !

Dis ouvrit des yeux ronds.

- Parce que maintenant tu mords les gens ?! C'est la meilleure ! Aurais-je élevé un petit warg au lieu d'un petit nain ?

- Je suis pas un warg ! protesta aussitôt l'enfant, suffoqué d'être comparé à une créature aussi répugnante (il n'en avait encore jamais vu mais en avait beaucoup entendu parler, toujours avec crainte et dégoût).

- Eh bien, on ne dirait pas ! fit Dis, mécontente.

Kili se renfrogna aussitôt. Boudé par Fili, puni par son oncle et maintenant grondé par sa mère, il commençait à trouver sa situation bien injuste ! Qu'avait-il fait d'autre, après tout, que vouloir venir en aide à son grand frère ? Or personne, pas même l'intéressé, ne paraissait lui en savoir gré !

Incroyable ce que la vie peut parfois être compliquée !