LES SOUTERRAINS

Kili s'ennuyait. Son grand frère était retenu au lit par un mauvais refroidissement et s'était endormi. Fili malade, on aurait tout vu ! Mais aussi, il l'avait bien cherché : s'il n'avait pas joué avec ses amis à qui-ira-le-plus-loin et qui-tiendra-le-plus-longtemps, chacun ôtant ses vêtements les uns après les autres dans la neige qui recouvrait les Montagnes Bleues, ça ne serait pas arrivé ! D'autant que Fili n'aimait pas perdre et qu'il avait donc fini pieds nus et torse nu, claquant des dents, refusant de céder le premier. Il était rentré bleu de froid et avait mis des heures à se réchauffer. Sans surprise, au matin il était brûlant de fièvre et toussait à fendre l'âme tandis que ses poumons sifflaient et grondaient. Certes, les nains sont incroyablement résistants à la chaleur comme à la froidure, mais il y a des limites à tout et puis, après tout, Fili n'avait que 12 ans ! Il s'était bien gardé de se vanter de ses exploits auprès des adultes, naturellement, et Kili de son côté avait su tenir sa langue. Il avait beau n'avoir que 7 ans, il savait se taire quand il le fallait.

En attendant, Fili dormait et Kili ne savait pas comment s'occuper. Dis et Thorin étaient pris par leurs occupations quotidiennes et même ses amis paraissaient tous avoir disparu ! Bref, le jeune garçon s'ennuyait ferme et déambulait, morose et sans but, dans les galeries occupées par les nains au sein des montagnes. Personne ne prêtait attention à lui et le petit nain sentait sa mauvaise humeur croître dans les mêmes proportions que son désœuvrement. L'idée lui vint d'aller jusqu'aux écuries voir les poneys. Il traînait donc ses pieds, sans enthousiasme, dans cette direction lorsqu'il vit passer Balin dans une galerie perpendiculaire à celle qu'il suivait lui-même, une dizaine de mètres devant lui. Kili trottina aussitôt dans l'espoir de rattraper le vieux nain : Balin pourrait lui raconter une histoire, il en connaissait tant ! Le temps que l'enfant parvienne à l'intersection, il ne vit plus personne mais n'en poursuivit pas moins. Il franchit un coude et n'eut que le temps d'apercevoir Balin prendre une autre galerie un peu plus loin. Et là, l'intérêt du jeune garçon s'éveilla soudain : le conseiller de son oncle prenait la direction des souterrains ! C'était un réseau de galeries non habitées et non utilisées, taillées aux niveaux les plus bas de la cité naine. Elles étaient supposées servir en cas d'attaque pour mettre en sécurité les femmes et les enfants, d'autant qu'elles menaient à des sorties secrètes vers l'extérieur. Cependant, par sécurité au cas où un étranger, voire un ennemi, aurait découvert par hasard l'une de ces entrées, les souterrains formaient un dédale compliqué dont il fallait connaître le secret pour ne pas s'y perdre. Pour cette raison, il était interdit aux enfants de s'y rendre sans être accompagnés (Fili y était allé une fois cependant, en prenant soin toutefois de laisser des marques à intervalles réguliers, avec un morceau de charbon de bois, afin de retrouver son chemin. Ces marques avaient ensuite beaucoup fait parler les adultes qui les avaient vues. Ils s'étaient bien doutés de ce qu'elles impliquaient mais n'avaient jamais découvert qui en était à l'origine).

Kili quant à lui pensa tout bêtement que s'il suivait Balin en ce jour d'ennui, il ne pourrait pas se perdre. Il accéléra l'allure et croisa une naine qui l'interpella :

- Où vas-tu comme ça, toi ?

- Je dois dire quelque chose à Balin, cria Kili sans même se retourner.

Puis il s'engouffra dans la galerie qu'il avait vue prendre à son « guide » et, quelques dizaines de mètres plus loin, il atteignit l'escalier qui s'enfonçait dans les entrailles de la terre. Le cœur battant d'excitation, Kili s'y engagea, les yeux fixés sur le point lumineux de la torche dont Balin s'était muni, car les souterrains étant inoccupés ils n'étaient pas éclairés. Kili n'y songea pas, ou plutôt se dit que se munir lui-même d'une torche était inutile puisque Balin avait de la lumière.

Etouffant le bruit de ses pas pour ne pas donner l'alerte à celui qu'il suivait (c'était bien plus amusant ainsi ! Lui demander simplement à l'accompagner aurait ôté tout son sel à l'aventure), Kili se glissa de marche en marche. Il était d'autant plus excité que, dorénavant, il serait sur un pied d'égalité avec Fili. Il pourrait lui dire que, lui aussi, il avait été dans les souterrains !

L'escalier était immense et à mesure que l'on descendait, l'air se faisait plus froid et les marches, ainsi que les parois, portaient des traces d'humidité. Kili suivait toujours la torche de Balin, étoile orangée au cœur des ténèbres, mais il manqua tomber lorsqu'il arriva à la dernière marche, parce que dans le noir il n'avait pas vu que c'était désormais un sol plat qui s'étendait sous ses pieds. Balin avait peut-être trente mètres d'avance et la lumière qu'il portait n'éclairait pas si loin, aussi Kili fut-il un peu déçu, car il ne pouvait rien voir de ce qui l'entourait. Il n'en continua pas moins à avancer, suivant la paroi du bout des doigts pour se guider (incroyable ce que, dans le noir, on perdrait vite le sens de l'équilibre) et toujours en s'efforçant de ne pas faire de bruit car, au moment où il avait trébuché, il avait vu que Balin se retournait. Il était donc demeuré immobile en retenant son souffle jusqu'à ce que le vieillard reprenne sa marche. Heureusement, le sol était relativement égal et, par ailleurs, les nains sont accoutumés à se déplacer dans des galeries de roche. Le jeune garçon pouvait donc marcher sans difficulté tout en étouffant au mieux le bruit de ses pas.

L'enfant se demandait s'il se rendait à l'une des issues cachées dont il connaissait l'existence sans en connaître les emplacements : il s'imaginait déjà révéler à son frère et aux copains qu'il détenait un tel secret !

L'un suivant l'autre, Balin et Kili progressèrent ainsi durant plusieurs minutes et puis, soudain, il arriva quelque chose à quoi le jeune garçon n'avait pas songé un seul instant : Balin tourna sur la droite dans un couloir adjacent et la torche disparut. Les ténèbres opaques, totales, engloutirent l'enfant dont le cœur battit bien plus vite. Cependant, il se dit que ce n'était pas grave : continuant à suivre la paroi des doigts, il s'efforça d'accélérer l'allure pour parvenir à l'intersection. Et là, se disait-il, il retrouverait le point lumineux qui le guidait, tout simplement. A ceci près que lorsqu'en effet il sentit le vide sous ses doigts et plongea ardemment son regard dans l'ouverture qui s'ouvrait sur sa droite, il ne vit rien. Et pour cause, car ce n'était pas le bon couloir. Celui qu'avait emprunté Balin s'ouvrait à dix mètres de celui devant lequel Kili, soudain effrayé, demeurait immobile.

Opiniâtre comme le sont tous les nains, il ne se découragea pas et, quoiqu'en hésitant, s'enfonça dans cette nouvelle ouverture, l'oreille tendue pour essayer d'entendre le bruit des pas de celui qu'il suivait. Lorsqu'il comprit qu'il ne le retrouverait pas, il décida que le jeu avait suffisamment duré !

- Balin ! Balin ! appela-t-il.

Il était malheureusement bien trop tard : Balin était loin et l'épaisseur du roc étouffait la petite voix fluette. Les mains moites de frayeur, Kili décida de faire demi-tour : sortir du couloir, prendre à gauche et… ensuite tout droit… jusqu'aux escaliers… ce serait déplaisant, dans le noir total, mais il n'était pas loin, n'est-ce pas ? La peur au ventre, son cœur carillonnant jusque dans ses oreilles, l'enfant s'efforçait de se rassurer tandis que sa respiration haletante meublait seule le silence. Cela paraissait simple… il ignorait seulement combien les ténèbres totales vous font perdre très rapidement tout repère !

Il marcha à tâtons, sentant sa peur monter sans arrêt, espérant à chaque instant rencontrer au bout de son pied la première marche des escaliers. Ce qui n'avait aucune chance d'arriver car il allait dans la mauvaise direction. Lorsqu'il comprit qu'il était bel et bien perdu, seul dans l'obscurité épaisse, il s'arrêta. Terriblement oppressé, il essaya de crier :

- Au secours ! Au secours, je suis là ! Je suis perdu !

Mais seul un coassement franchit ses lèvres.

Les ténèbres lui paraissaient palpables, à présent. C'était comme une multitude d'épais voiles de velours noir l'enserrant de toute part. Ce n'était pas l'obscurité, c'était les TENEBRES absolues ! Si denses et si épaisses que Kili eut presque l'impression qu'elles s'enroulaient autour de lui pour le paralyser, qu'elles envahissaient jusqu'à sa bouche et ses narines.

- S'il vous plaît ! chuchota-t-il encore. Au secours !

Il ne se découragea pas et continua à avancer, une main posée sur le mur pour se guider, malgré la peur qui le taraudait.

Combien de temps se passa-t-il alors ? Sans doute beaucoup moins que ce qu'il parut à l'enfant, terrorisé, qui eut l'impression qu'il s'écoulait des jours entiers. Comme s'il avait passé toute sa jeune vie à se traîner dans le noir absolu, tremblant de peur autant que de froid.

Finalement, épuisé et désespéré, Kili finit par se laisser tomber sur le sol, le dos à la paroi. Il enroula ses bras autour de ses genoux avant d'y poser son front. Il était tellement fatigué, terrifié et oppressé qu'il ne pouvait même pas pleurer. Il devait s'être perdu si loin et si profondément, pensait-il, accablé, que jamais, jamais personne ne le retrouverait. Il était persuadé d'avoir marché des heures et des heures, qui sait à quelle profondeur il était descendu ? (en réalité, il avait constamment tourné en rond, mais il l'ignorait). Puis, il se demanda s'il n'y avait pas des monstres dans ces profondeurs inexplorées. C'était ce que racontaient les histoires, en tous cas : des gobelins, des balrogs, quoi d'autre encore ? Un premier sanglot lui déchira la poitrine, sec et râpeux, sans une larme. Sa détresse était si grande qu'il aurait, finalement, accueilli un tel monstre avec soulagement : cela aurait sans doute mieux valu qu'avoir à mourir de faim et de soif, seul dans les ténèbres ! Jamais il ne reverrait la lumière, ni les siens ! Un nouveau sanglot le secoua.

Kili perdit alors toute notion du temps. Il était plongé dans une sorte de torpeur douloureuse, la fatigue et la détresse le submergeant à parts égales. Il n'entendit pas tout de suite les appels. Il lui fallut un moment pour sortir de son engourdissement et se rendre compte qu'il percevait autre chose que le bruit des gouttes d'eau dans le noir. Ensuite, son coeur battant soudain très vite, il dut se persuader que c'était bien des voix de nains :

- ...lii ! Kiiliii !

Plusieurs voix. Lointaines.

L'enfant ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Il était trop terrifié, sa gorge était trop nouée. Il ne put que chuinter désespérément :

- Je suis là...

Les appels cependant se rapprochaient, venant de plusieurs directions. L'enfant faisait des efforts pour crier, en vain. Enfin, il aperçut au loin un point lumineux se détachant sur la masse opaque des ténèbres. Une torche ! Non, deux !

- Ohéééé ! cria t-on encore. Ohé !

Soudain, une nouvelle vague de terreur submergea l'enfant : ils allaient s'en aller, c'était sûr. Comme Balin tout à l'heure, ils allaient s'en aller, disparaître dans le noir, le laissant seul. Il devait absolument les alerter !

- Au secours ! murmura-t-il avec peine.

Sa voix lui refusait décidément tout service. Il lui semblait qu'une main invisible lui serrait la gorge et l'empêchait tant de parler que de respirer.

Alors, il se mit à frapper du plat de la main contre la paroi : tap ! tap ! tap ! C'était peu, mais il ne pouvait rien faire d'autre, même pas se lever et essayer de s'approcher des torches, il était totalement ankylosé par le froid et la peur.

- Ohéé ! Ooohééé ! continuaient les voix. Kiiiili !

- Tais-toi un moment. Tu n'entends rien ? On dirait des pas ?

- KILIII !

Les torches se rapprochaient. L'enfant sentait la paume de sa main devenir insensible mais il continuait à taper.

- Je suis là, je suis là ! couina-t-il misérablement.

- Par Mahal ! s'exclama une voix. Regarde, je crois qu'on l'a trouvé ! Là-bas !

Les torches se rapprochèrent encore, blessant les yeux de l'enfant trop accoutumés à l'obscurité.

- Eh bien ! reprit la voix. Qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu ne réponds pas quand on t'appelle ?

Il y avait cependant du soulagement dans le ton employé. Kili quant à lui, les yeux plissés pour se protéger de la luminosité, avait laissé retomber sa main et ne pouvait plus émettre un seul son. Même pas un murmure.

- Préviens Thorin, dit l'un des deux nains. Il ne bouge pas, il s'est sans doute fait du mal...

L'une des torches s'éloigna. L'autre nain, dans lequel Kili finit par reconnaître Gloïn, s'approcha de lui.

- Enfin ! dit-il d'un ton bourru. Voilà des heures que l'on est à ta recherche ! Es-tu blessé ?

Il se rendit compte que la lumière agressait les yeux de l'enfant et déposa sa torche à terre, derrière lui. Puis il prit la main de Kili dans la sienne.

- Tu es glacé ! Rien d'étonnant, d'ailleurs. Voyons, mon petit, parle-moi. Tu me reconnais, n'est-ce pas ?

Il continua ainsi, essayant sans résultat d'obtenir une réaction quelconque : Kili était en état de choc. Enfin, de nouveaux pas, précipités cette fois, ce firent entendre et l'enfant entendit une voix merveilleusement familière, merveilleusement rassurante, qui lui coula dans l'oreille comme un miel particulièrement suave :

- Loué soit Mahal ! Je commençais à désespérer !

- Je ne sais pas ce qu'il a, dit Gloïn en se redressant. Il n'a pas dit un mot, pas fait un geste. Il ne répondait même pas quand on l'appelait. Pourtant, il a réussi à se signaler en faisant un peu de bruit...

Thorin lui tendit sa torche, se pencha et enleva l'enfant dans ses bras vigoureux.

- Kili ! Tout va bien, maintenant. Tu m'entends ?

Pour toute réponse, le petit noua ses bras et ses jambes autour de lui puis enfouit son visage contre son épaule. Toujours sans émettre un son.

- Tu es gelé ! bougonna Thorin. Allons, sortons d'ici. On va déjà te mettre au chaud, après ça ira mieux. Prévenez les autres qu'il est retrouvé, ajouta-t-il pour ses compagnons.

Soutenant son neveu d'un bras, il reprit sa torche et prit la direction de la sortie. Kili ne bougeait pas, mais il se laissait bercer par le pas de son oncle et sentait, doucement, très doucement, la chape de détresse qui pesait sur lui glisser de ses épaules. Quant à Thorin, il sentait le coeur de l'enfant battre violemment contre le sien et il comprit que Kili était trop terrorisé et trop choqué pour le moment pour avoir la moindre réaction.

- Tout va bien, lui répéta t-il à l'oreille. Tu n'as plus besoin d'avoir peur. C'est terminé.

Pour toute réponse, le petit noua ses bras encore plus serrés autour de son cou.

- Eh là ! Doucement, Kili. Laisse-moi respirer.

Il continua à murmurer des mots de réconfort tout en commençant à escalader les escaliers qui menaient aux souterrains et atteignit enfin les parties éclairées des cavernes. Il abandonna sa torche et poursuivit son chemin. Kili commença à trembler avec violence, si fort que même ses dents s'entrechoquaient.

- Là, là ! fit Thorin. C'est fini, Kili, tu n'as plus rien à craindre.

Un gémissement terrifié s'échappa de la poitrine de l'enfant.

- J'ai... j'ai cru que j'allais mourir... qu'on ne me retrouverait jamais...

C'était à peine un chuchotement, encore entrecoupé, mais au moins c'étaient des mots !

- Mais nous t'avons retrouvé, et tu ne vas pas mourir, répondit Thorin.

Il était parvenu à destination.

- Dis ?

Mais il n'y avait personne. Sans doute la princesse s'étaient-elle jointe aux recherches. Elle ne tarderait pas à apprendre que Kili était retrouvé et à revenir. Thorin s'approcha de la cheminée, dans laquelle pendait une marmite, et entreprit de se défaire de son fardeau vivant.

- Allons, lâche-moi, Kili. Tu vas te mettre au chaud près du feu et boire un bol de soupe, cela te requinquera un peu.

Pour toute réponse, le petit resserra l'étreinte de ses bras et de ses jambes et gémit à nouveau.

- Kili !

- Non, je veux rester avec toi ! geignit le gamin. Ne me laisse pas tout seul !

- Allons, allons ! Du calme. Je ne vais pas te laisser tout seul. Et puis tu es à la maison, maintenant, tu ne crains plus rien.

Mais Kili ne fit que se serrer davantage contre lui. Avec un soupir, le prince nain s'assit devant la cheminée et berça doucement l'enfant, attendant que celui-ci se calme. Au bout d'un moment, il demanda :

- Alors, tu ne la veux pas, cette soupe ?

A son grand soulagement, il sentit l'étreinte se desserrer doucement et put asseoir l'enfant sur ses genoux. Mais Kili demeura blotti contre lui, le visage toujours enfoui dans ses vêtements, agrippé de toutes ses forces à sa tunique, comme lorsqu'il était tout petit et que, craignant une réprimande, il s'accrochait ainsi à lui. Thorin continua donc à lui parler, doucement, sans trop se soucier de ce qu'il disait, sentant le corps contracté se détendre peu à peu. Enfin vinrent les larmes. Comme un barrage qui cède brusquement, Kili se mit à sangloter comme si son cœur se brisait, comme si jamais il ne pourrait s'arrêter.

- Allons bon ! grommela Thorin.

Mais il était conscient que cette étape était nécessaire, que Kili se libérait ainsi de la terreur qu'il avait éprouvé. Aussi le laissa-t-il pleurer tout son saoul, se bornant à le tenir contre lui, sans rien dire, en caressant doucement la chevelure brune, jusqu'à ce que peu à peu les sanglots s'apaisent d'eux-mêmes.

- Bon ! dit-il. Ta mère ne va pas tarder. Mouche-toi, Kili. Pas sur moi, garnement ! Essaie de te rendre un peu présentable, hein ? Inutile de lui faire peur, elle aura eu assez d'émotions comme ça aujourd'hui.

Kili renifla, s'essuya les yeux, se moucha. Enfin, timidement, il leva les yeux vers son oncle et demanda :

- Tu es fâché ?

- Non... oui... enfin... je suis content de t'avoir retrouvé, sacripant, mais il faudra quand même que tu m'expliques ce que tu faisais tout seul et sans lumière dans ces souterrains !

Thorin fronça les sourcils :

- ... dans lesquels il me semble me souvenir vous avoir interdit d'aller seuls, précisément...

- J'étais pas seul ! protesta Kili.

- Qu'est-ce que tu dis ?! s'affola le prince, se demandant si un autre gamin, dont l'absence n'aurait pas encore été signalée, ne continuait pas à errer dans le noir.

- Je m'ennuyais, alors j'ai suivi Balin. Je voulais voir... les souterrains. Mais il a tourné et... et il a fait noir et...

Un violent frisson secoua le corps de l'enfant.

- Pourquoi ne l'as-tu pas appelé ?

- J'y ai pas pensé... pas tout de suite.

- Une belle ânerie que tu as encore inventée ! le gronda Thorin. Tu n'en feras jamais de meilleures ! Je me demande parfois ce que tu as dans la tête, Kili ! Te rends-tu compte de ce qui aurait pu se passer si Derna ne t'avait pas croisé et ne t'avait pas vu filer dans cette direction ? Il aurait pu se passer du temps avant qu'on commence à te chercher là-dessous !

L'enfant renifla encore et de nouvelles larmes perlèrent à ses yeux.

- Allons, ne pleure plus. Tout est bien qui finit bien. Mais essaie donc de réfléchir un peu avant d'agir, dorénavant ! Ca t'évitera peut-être de te retrouver dans des situations pareilles. Fili m'en a déjà fait voir de toutes les couleurs, mais alors toi, tu bats des records !

- Pardon, murmura le petit.

- Tu es pardonné, bougonna Thorin. Encore que tu mériterais que je te tire les oreilles ! ajouta-t-il d'une voix grondeuse, qu'il démentit en ébouriffant gentiment les cheveux de l'enfant. Enfin, n'en parlons plus. Nous t'avons retrouvé, c'est le principal.

Sans transition, un sourire encore timide apparut sur la petite frimousse chiffonnée :

- Je t'aime, mon oncle !

Et Kili noua à nouveau ses deux bras autour du cou de Thorin, finissant sans y penser d'essuyer son nez dans sa barbe en l'embrassant.

- Oui, oui, marmonna le prince nain, attendri malgré lui. Moi aussi je vous aime, mais vous me ferez damner avec vos bêtises ! Si j'attrape des cheveux gris avant l'heure, ce sera à vous que je le devrais !

- Tes cheveux sont noirs ! répondit Kili, très sérieusement, en regardant la longue tignasse de son oncle.

- Entre ton frère et toi, grogna Thorin histoire d'avoir le dernier mot, ça ne saurait durer !