Chapitre 6

Le lendemain je débarquai à 10h chez lui, il avait tout installé. Mon cerveau était encore un peu embrumé de la veille. A mon grand soulagement, il ne reparla pas de l'incident d'hier au soir. Moi j'étais restée sur sa pichenette et sa dernière phrase « Je suis désolé de ne pas t'avoir empêché de partir. ». Ces quelques mots avaient martelés mon esprit durant tout le trajet en métro.

« Alors, on va commencer par les plans du Patron ok ? Toi tu vas tenir la caméra et je vais t'expliquer un peu le cadrage… C'est pas trop compliqué. Si tu as des questions, n'hésite pas surtout. »

J'adorais la minutie qu'il avait à régler sa caméra, ses gestes étaient rapides mais précis. On se mit en place, et quand je fus prête il se lança. Je faillis échapper la caméra quand il se mit a littéralement gueuler sa première réplique en faisant de grands gestes. « Coucou les enfants ! A présent c'est MOI qui vais parfaire votre éducation, vous êtes d'accord ? », Il jouait bien, et les mimiques étaient franchement drôles. « Toi, oui toi connard, il parait que t'aime les voyages ? J'ai pas mal de vidéos de vacances à te montrer ! T u verras ça bouge (cris de dégoût), c'est pleins de couleurs (bruit de vomi), et si t'aimes les animaux tu seras servis. Hin hin ».

Les plans finis ont les regarda ensemble, il sélectionna celles qui lui convenaient. On enchaîna directement avec le Geek, mon moment préféré fut quand il explosa un vieux portable en poussant des cris de gamins en plein caprice « haaaaaaaan miiiii naaon, siii mon portable est allumé… on.. on va pouvoir nous retrouveeeer… ».J'avais un peu la pression pour cette prise, il ne fallait pas qu'on la loupe car on avait qu'un portable à détruire. Finalement tout se passa super bien, il fallait admettre une chose Mathieu était hyper pro dans ce qu'il faisait, il prenait bien soin de tout vérifier moi je devais juste bien tenir la caméra et vérifier que ca ne sature pas. Après avoir pris mes marques, je n'hésitais pas à lui dire quand c'était drôle ou quand il fallait rajouter un mot, un geste ou une grimace.

En fin d'après midi on avait tourné toute l'introduction, c'était crevant de rester concentrer aussi longtemps. Mathieu, nous fit un café et nous discutâmes de la journée :

« Alors ? Ca t'a plu ?

- Franchement c'est hyper intéressant de voir comment tu fais et tout.

- C'est cool si ça te convient, je vais essayer de peaufiner les images ce soir ça sera déjà ça de fait. Si tu veux tu peux rester vu que demain on remet ça. Il avait l'aire épanoui et vraiment heureux de faire tout ça.

- Carrément, par contre je n'ai pas d'affaire je vais passer chez moi récupérer des trucs et je reviens…

- je t'accompagne ! »

Sans me laisser le choix il me tendit ma veste, prit la sienne, prit ses clefs et en deux temps trois mouvements nous étions dans la rue. Alors que tout se passait bien, son téléphone sonna… Mon sang ne fit qu'un tour, encore cet appel. Il s'excusa et décrocha, je pus entendre ce qu'il disait

« Ecoute, c'est bon, j'en ai assez… tu vis ta vie moi je me sens plus concerné !... Non c'est hors de question !... Ok quand je reviendrai on en parlera ! »

Je marchais en silence et je ne me permis aucun commentaire, Il fit de même. Le trajet me parut long, nous n'échangeâmes aucune parole. Arrivée devant chez moi, je le fis entrer sans un mot. On aurait dit qu'on jouait au roi du silence, comme si aucun de nous n'osait rompre en premier ce mutisme. Puis en souriant il me gratifia d'un « C'est mignon chez toi », si on jouait à un jeu il avait perdu et moi bêtement j'étais contente. Je le remerciai, j'aimais tellement être avec lui. En cet instant précis je n'eus qu'une envie c'était qu'il me prenne par la taille contre le mur de mon salon et qu'il m'embrasse très fort. Un peu comme si le fait qu'il soit enfin chez moi signifie « Ok, mon pauvre, tu es dans ma toile… maintenant il faut attaquer ». Mais je restais là planté dans le salon, le laissant scruter la pièce. Une fois son inspection terminée, il se tourna vers moi et s'approcha plus près. J'arrivais à discerner les détails de son visage, il me souriait avec un air un peu satisfait. Je retins mon souffle, il se passait quoi là ?

« Tu sais, je trouve formidable ce que tu as fait, Ok, je me répète… mais sincèrement. C'est super. » J'étais là je me contentai d'hocher la tête, les bases de la politesse ne voulait pas sortir de ma bouche. Il s'avança encore un peu plus, je me sentais comme tétanisée. Il me fit une petite pichenette sur le menton, puis le tint entre ces deux doigts et délicatement il posa ses lèvres sur les miennes. Ses doigts glissèrent le long de ma joue et de ma nuque… Moi, je ne savais plus quoi faire, comme si en quelques secondes j'étais redevenue une enfant qui embrasse pour la première fois. Il s'écarta, me sourit et m'enlaça. Ce fut à ce moment là que l'envie et le désir accumulés se manifestèrent, je me collai à lui le serrant plus fort embrassant son cou. Mes doigts parcoururent son dos avec avidité. Il répondit à mon étreinte en posant ses mains sur ma taille et en la ramenant encore plus vers lui, puis nos visages se firent face et sans hésiter une seule seconde. Je partis à l'assaut de ses lèvres, et de sa bouche. Dans cette bataille, douce et sensuelle j'en perdis mon haut. Je sentis mes cheveux tomber en cascade dans mon dos à présent nu. J'en avais rêvé pendant si longtemps… Je sentis ses mains hésitantes couvrir la cambrure de mon dos. Elles étaient froides, cela me fit gémir. Il Souleva ma chevelure brune afin de laisser apparaitre mon cou et y posa sa tête, calmement… comme apaisé. J'avais compris que pour lui la bataille s'arrêtait là, il avait comprit, il savait… on savait. Il laissa ses doigts glisser le long de mon dos puis remonter jusqu'à ma nuque. Quant à moi, j'étais à moitié enivrée par son odeur. Nous étions là debout, enlacés, je ne savais pas ce qu'il ressentait. Mais ses gestes étaient pleins de tendresses, une tendresse que je n'avais jamais ressentie avant.

Notre étreinte dura 10 bonnes minutes, après quoi, je pris l'initiative de faire mon sac. Dans la salle de bain, j'hésitais à prendre les préservatifs que j'avais acheté une époque… sans réelle conviction. Je pris soin de regarder la date de péremption plus un réflexe qu'autre chose, périmées ! La date elle-même semblait me dire « ah ah tu croyais quoi, ta vie est à chié ! Même dans ce domaine là ».

Je rejoignis Mathieu dans le salon, il tripotait frénétiquement la fermeture éclaire de sa veste. Il se leva, mit son chapeau et déposa un baiser sur mon front. Dans la rue, avec lui, j'avais le sentiment d'être devenue la fille la plus heureuse du monde.