Avertissements : Gin/Kira (yaoi, donc), angst, vaguement bdsm, mais par rapport à ce que je peu faire avec ce couple, c'est pas grand chose. Je voulais essayer de faire ce qui se passe au début de leur relation, pas une fic de première fois, mais pas quand c'est devenu complètement normal pour Kira non plus.
"Ce n'est pas ce que je voulais devenir." pense Kira, étendu dans son lit ; il fixe le plafond, essaie de trouver le sommeil. Il est réellement fatigué, pourtant, mais un sentiment insidieux le garde éveillé, qui ressemble à de la culpabilité, mais pas tout à fait. Il est en train d'accueillir en lui une honte familière.
"Comment ai-je pu tomber si bas ?"
Il sait que demain, comme tous les autres jours ses temps-ci, à un moment ou à autre de la journée, le capitaine Ichimaru viendra à lui avec son large sourire, et lui demandera à l'oreille des faveurs qu'il ne lui refusera pas ; ou peut-être qu'il ne lui demandera rien, et le plaquera contre un mur, et...
Il le sait, et même pire que cela. Il l'attend, il l'espère.
Au début, quand il laissait le capitaine Ichimaru jouer avec son corps et l'abandonner à moitié nu sur le bureau, sans souffle, brisé par le plaisir, il se disait que c'était de l'obéissance à son supérieur. Quand ses ongles lui déchiraient la peau, il se disait que c'était une punition pour ses fautes, que c'était cela qui lui laissait une telle sensation d'ivresse. Mais il ne peut plus se réfugier dans ces prétextes, ou du moins il ne peut plus dire que c'est tout. Pas quand ses regards emplis de désir s'attachent désormais à son capitaine dès qu'ils sont dans la même pièce, pas quand la douleur, et l'humiliation et le plaisir qui viennent avec, lui semblent la sensation la plus merveilleuse du monde.
Et il l'a tous les jours, et parfois plus souvent, alors il pourrait probablement être heureux. Il y a toujours un moment où le capitaine Ichimaru glisse ses mains sous sa ceinture, ou lui ordonne d'une voix douce et ironique de se mettre à genoux devant lui, ou le renverse sur le bureau et commence à le déshabiller en mordillant son oreille... Il aime son regard glacé, ses longues mains, ses lèvres fines, ses dents pointues, son large torse, ses cuisses musclées, son sexe dur. Il aime ses baisers brûlants qui lui laissent les lèvres en sang, ses ongles qui s'enfoncent dans sa peau, ses coups de reins violents. Il aime les mots qu'il lui murmure à l'oreille. Il aime quand c'est pour lui faire des compliments sur son obéissance, son enthousiasme, la vitesse à laquelle il apprend ; il aime aussi quand c'est pour lui dire qu'il n'est qu'un objet de plaisir, parce que servir fait partie des choses qu'on lui a enseignées comme étant bonnes, parce que cela lui fait oublier ce qui envahit sa tête à d'autres moments.
Cela lui fait oublier qu'il ne fait pas que donner du plaisir à son capitaine, qu'il en reçoit aussi, que c'est lui qui en a follement besoin, qui l'attend, qui l'espère, chaque jour, chaque heure ; qu'à chaque fois qu'il regarde le capitaine Ichimaru, à chaque fois qu'il y pense, il ressent un désir fou et scandaleux, même si ce n'est que dans sa tête et son coeur, même si heureusement ce désir n'atteint son corps que quand le capitaine Ichimaru le frôle.
Ce n'est pas ce qu'il voulait devenir ; oh, bien sûr, il voulait monter dans la hiérarchie des shinigami, et faire consciencieusement et efficacement tout ce qu'on lui demanderait, et il voulait - il rougit quand l'idée l'effleure - il voulait tomber amoureux une nouvelle fois, aussi, il voulait aimer quelqu'un au point de n'avoir que son image dans le coeur, que ses désirs en tête, il voulait que ses sentiments soient acceptés, à défaut d'être retournés. Mais pas de cette façon-là.
Il avait des idées de pureté, de noblesse, de force morale, qui sont en train de se réduire en miettes, doucement, lentement.
Ce n'est pas seulement parce que le capitaine Ichimaru est un homme, ce n'est pas seulement parce qu'il lui fait des choses étranges - même si bien sûr, l'excitation qu'il en retire lui fait honte, mais c'est la façon de faire du capitaine Ichimaru, et c'est donc normal qu'il l'aime tellement, et c'est mieux pour lui, après tout.
Non, c'est surtout que c'est trop d'un coup, qu'il se sent si faible, si avide, devant ses propres désirs, que cela lui fait se sentir si misérable... que ne ferait-il pas pour cette extase-là ?
Ce n'était pas ce qu'il voulait... ce n'est pas qu'il ne voulait pas avoir de relations sexuelles, bien sûr que non... mais même quand il osait s'imaginer aimé par une jeune fille belle et douce, il n'aurait jamais imaginé qu'un tel plaisir existait, il n'aurait jamais imaginé que cela serait un tel besoin.
Avant, les premières fois, il demandait au capitaine Ichimaru de s'arrêter, de ne pas faire cela ; même si son corps ne pouvait pas résister, et se pliait avec bonheur à ses caresses, il voulait encore se donner l'impression de n'être pas totalement consentant, pas vraiment. Parce qu'il savait déjà que rien de tout cela n'était normal, et moins encore le fait qu'il y prenne autant de plaisir.
Et puis il y a eu cette fois où le capitaine Ichimaru s'est réellement arrêté, avec un petit rire, et l'a laisse haletant sur le coin du bureau, et ne l'a pas touché de la journée ; et ce jour-là il a compris que ce n'était qu'illusion, et que l'impression de garder sa conscience pour lui ne valait pas cette frustration, ce manque dévorant. Maintenant, il se laisse faire sans la moindre protestation, même quand la fantaisie vient au capitaine Ichimaru de le déshabiller et de le prendre à l'extérieur, dans un couloir, dans un endroit où n'importe qui pourrait passer, même quand il lui fait faire des choses qui le font rougir jusqu'au oreilles d'embarras pur.
En fait, il n'est pas sûr qu'il serait capable d'avoir un geste, un mot pour se défendre si le capitaine Ichimaru décidait de s'occuper de lui dans un endroit où il y a effectivement des gens, devant ses amis même. La honte le dévorerait, la honte le tuerait, mais il ne pourrait pas. Et puis finalement, ce ne serait peut-être pas si grave, le mépris qu'ils lui porteraient allégerait peut-être un peu celui qu'il se porte à lui-même, comme le font les remarques ironiques du capitaine Ichimaru sur la meilleure façon d'appeler un jeune garçon qui se mord la manche pour ne pas hurler de plaisir alors qu'il est en train de se faire prendre brusquement, violemment, exactement comme il préfère.
Ce n'est certainement pas ce qu'il aurait voulu devenir, mais il ne peut pas nier que c'est ce qu'il est, maintenant, et il n'aime pas vivre dans le mensonge.
Quand Hinamori lui dit qu'elle est heureuse que le capitaine Ichimaru et lui s'entendent bien, avec un ton qui dit qu'elle en est surprise mais vraiment heureuse, il se dit que ce n'est pas vraiment la bonne façon d'appeler ça, mais c'est agréable quand même, car elle a toujours plus raison que ceux qui le plaignent et croient qu'il voudrait être ailleurs - non, il ne le veut pas, il voudrait changer de division autant qu'il veut que le capitaine Ichimaru s'arrête quand il l'embrasse à pleine bouche, cela a environ autant de sens.
Il voudrait peut-être n'avoir jamais été là, par contre. Parce que ce n'est pas ce qu'il aurait voulu devenir. Parce qu'il voulait être fort et vertueux.
Pourtant, jamais un instant cela ne l'empêche de souhaiter de tout son coeur que le capitaine Ichimaru veuille bien lire dans son regard suppliant et honteux d'être suppliant, et le taquiner de sa langue et de ses mains jusqu'à mettre son corps et son âme à genoux devant lui, et l'utiliser encore et encore, et lui dire combien il aime l'utiliser, combien Kira est désirable quand il gémit de cette façon, la bouche meurtrie, les yeux mi-clos.
Peut-être un jour pourra-t-il être entièrement heureux de sa situation, peut-être pourra-t-il ne plus avoir aucun regret, s'offrir entièrement au capitaine Ichimaru, ne plus avoir besoin de rien d'autre, d'idées de pureté ou de droiture morale. Peut-être oubliera-t-il que ce n'était pas ce qu'il voulait.
Et pourtant, il accueille encore sa honte, sans essayer de la détruire, de l'enfouir dans l'ombre douce et dangereuse des sentiments qu'il porte au capitaine Ichimaru. Il fuit ce soulagement ultime le plus longtemps possible, avec acharnement.
Il sait que quand il en sera là, il sera tombé plus bas encore.
