Avertissements pour cette fic : Spoilers tome 20, Aizen/Tôsen, yaoi donc, avec quelques mentions d'hétéro sur Tôsen et son amie morte. Spéculation sauvage, aussi, comme à chaque fois que j'essaie d'écrire du point de vue de Tôsen.
Kaname n'a jamais aimé être touché.
Aveugle, il a développé ses autres sens ; il ressent la présence des autres à leur énergie spirituelle, au bruit de leur respiration. Il peut presque sentir les mouvements de quelqu'un aux courants d'air sur sa peau. Le contact réel est trop fort pour lui, presque une agression, et son attitude distante, même quand ses paroles sont chaleureuses, montre assez bien qu'il ne le recherche pas.
Il sait assez bien, pour l'avoir entendu, que cela peut être une marque d'affection, mais il ne connait pas ce genre de toucher là, et estime ne pas en avoir besoin. Aucun de ceux qui ont compté le plus pour lui ne l'ont jamais touché. Ce n'est pas le genre de Komamura, et elle... il préfère ne pas y penser et se dire que c'était très bien comme ça.
Quand les gens de sa division médisent sur de ses cheveux crépus et emmêlés, il ne s'en soucie pas le moins du monde.
Le vice-capitaine Aizen dit qu'ils ont tort de refuser les différences, sa voix réprobatrice mais indulgente, et il propose à Kaname : "Je pourrais te coiffer."
Parce que le vice-capitaine Aizen cherche toujours la méthode qui apaisera les conflits, qui engendre le moins de problèmes. C'est un diplomate-né, disent les gens de lui. C'est quelqu'un d'admirable, pense Kaname. Ce n'est pas qu'il souhaite être comme lui, ça ne lui va pas, il sait parfaitement qu'il est froid et n'attire pas les sympathies comme le vice-capitaine Aizen. Mais travailler sous ses ordres est déjà bien doux, cela le rassure quant à la légitimité de ses missions ; c'est finalement lui qu'il suit, et pas leur capitaine.
Il ne s'imagine pas contester ses propositions, surtout sur un point aussi minime. Aussi, il acquiesce et le laisse toucher ses cheveux, malgré le malaise que lui cause cette idée.
Ce n'est pas si mal.
Le vice-capitaine Aizen démêle ses mêches en fouillis, lui fait des petites tresses, et c'est même étrangement agréable, ce n'est pas du tout comme d'être touché par d'autres personnes, parce qu'il a confiance en lui. C'est bizarrement relaxant, ces doigts sur son cuir chevelu, dans ses cheveux, dans son cou, et alors qu'aucun des deux ne dit rien, son sens du toucher surdéveloppé lui transmet des frissons de douceur.
Il se dit fugitivement que si elle l'avait touché juste comme ça, il aurait été très heureux. L'idée lui vient à l'esprit, encore plus brièvement, que même comme ça, ce n'est pas si mal. Oh, comme il déteste penser cela.
Il comprend alors pourquoi le contact humain est si effrayant, même quand ce n'est pas pour blesser.
Il voudrait s'en aller, et il lui faut tout son respect et toute sa maîtrise de soi pour laisser le vice-capitaine Aizen finir ce qu'il a commencé, et il ne jurerait pas que son supérieur ne s'est pas rendu compte de quelque chose.
Il a l'impression d'avoir changé bien plus profondément que ne pourrait le laisser croire une simple coiffure, d'avoir abandonné quelque chose.
Il pense à elle quand il est avec Aizen. Il pense à elle quand il l'entend parler.
Parce que le vice-capitaine Aizen est la seule personne qui puisse parler d'un monde meilleur presque comme elle le faisait. Parce que chaque inflexion de sa voix est douce, parce que chaque mot est exactement le mot qu'on recherchait. Parce qu'il veut changer ce monde.
Il en parle à Kaname, du moins, qui reste silencieusement assis à ses pieds. Il n'en parle pas aux autres, et dit que cela leur ferait peur. Les gens ont souvent peur de ce qu'ils ne comprennent pas.
Kaname écoute ses douces paroles couler sur lui, comme la chaleur du soleil sur sa peau - il ne peut pas le voir, mais ce n'est pas pour ça qu'il ne sent pas sa présence.
Il ne peut pas voir Aizen sourire, mais il entend sa bienveillance dans sa voix, il la sent dans la caresse de ses mains sur sa tête, qui est presque devenue une habitude depuis ce jour-là. Mais ce n'est pas pareil. Autant la voix du capitaine Aizen le rend serein, autant ses doigts légers lui laissent un sentiment confus - l'impression que normalement il n'aime pas qu'on le touche, et que là ce n'est pas normal, ce n'est pas seulement une sensation agréable, c'est un besoin, et il a honte d'en avoir besoin.
Il a honte de penser à elle à ces moments.
Il a honte parce qu'alors que la voix d'Aizen lui fait ressentir qu'il est totalement heureux d'être ici, ses mains lui laissent croire qu'il lui manque quelque chose.
Cela ne pouvait pas durer.
Ce n'est pas que Kaname ne pouvait pas continuer comme ça éternellement. S'il lui manque quelque chose, ce n'est pas grave. Il n'est pas du genre à demander ce qui ne lui revient pas légitimement, à ne pas pouvoir se contrôler.
Non, si devait cesser, c'est parce qu'Aizen comprend tout, parce qu'il l'enseigne, parce qu'il dévoile ce qui est passé sous silence.
Même quand on veut le taire, même quand ce n'est pas agréable. Même et surtout quand on essaie de se le dissimuler à soi-même.
Kaname se rappelle certains des enseignements d'Aizen. "Je vais devenir capitaine. Il y a des choses que toi seul dois savoir." Il a appris - mais Aizen le lui avait dit depuis longtemps déjà, il ne s'en était juste pas rendu compte - que quand on veut vraiment changer le monde, il y a des choses qu'on doit sacrifier. On doit commettre des actes douloureux pour soi et pour les autres.
On commet toujours des actes douloureux pour soi et pour les autres. Parfois on ne le sait pas, c'est tout. Apprendre que c'est nécessaire, qu'on ne peut que faire un choix, est perdre son innocence. Il est étrange que Kaname ait l'impression de l'avoir gardée jusque là, il avait déjà souffert, pourtant, mais ce n'est jamais été à cause d'un de ses choix.
L'innocence est belle, mais c'est une forme d'ignorance, et Aizen est probablement la personne la moins innocente du monde. Et Kaname, à suivre son enseignement, ne l'est probablement plus vraiment non plus. Il soupçonne qu'elle ne l'était pas entièrement non plus, à l'époque, bien moins que lui.
Cela ne l'empêchait pas d'être aussi pure que le ciel étoilé, et cela n'empêche pas le capitaine Aizen d'être admirable de lucidité et de ne rien le laisser le détourner de ses buts, et Kaname espère qu'il pourra les suivre.
Les leçons d'Aizen sont sans concession, et il ne laisse rien ignorer à Kaname sur lui-même non plus alors que ses caresses se font plus poussées, que ses mains descendent des cheveux de Kaname sur son visage, sur ses lèvres, rendent sa respiration rapide et irrégulière, et lui font comprendre ce qu'il veut vraiment.
Aizen aurait pu s'arrêter ici, après lui avoir fait juste comprendre les désirs honteux de son corps. Cela aurait été cruel, mais cela aurait été juste.
Mais il continue, ses mains descendent dans le cou de son subordonné, écartent son kimono, et Kaname n'a pas un geste, pas un mot pour l'arrêter.
Ce n'est pas parce qu'il ne peut pas résister. Oh, bien sûr, il serait difficile de rejeter ces frissons de plaisir qui submergent sa peau sensible, ces sensations nouvelles, mais il pourrait le faire. Il serait encore plus difficile de briser cette intimité, physique sans doute, mais pas moins profonde pour autant, avec la personne qu'il admire le plus, dont il veut le plus se rapprocher, mais même cela, il pourrait le faire. Et les mains d'Aizen, quoique précises et actives, ne sont pas pressantes, ne portent pas la marque de son absolue autorité, il n'a pas l'impression que c'est une obligation, c'est quelque chose qui lui est offert, proposé, il le comprend sans avoir besoin d'entendre le moindre mot.
Non, s'il s'abandonne, c'est parce qu'il y a dans le contact d'Aizen, en plus du plaisir, encore un enseignement, presque spirituel. Parce que les désirs qu'il éprouve font partie de lui, et qu'Aizen ne le laissera pas être innocent à ce sujet non plus, ou du moins serait déçu. Il doit les découvrir, que ce soit pour les accepter ou les détruire. Il ne doit pas dire qu'il ne veut rien de tout cela, parce que ce serait un mensonge.
Et pourtant, il est envahi par des bouffées de honte, non pas parce qu'il accepte avec reconnaissance les mains d'Aizen qui progressent lentement sur son corps, qui caressent son torse, ses épaules, son ventre, mais pour ce qu'il pense en cet instant. Parce qu'il pense à elle, il se dit qu'il n'aurait dû désirer qu'elle de cette façon - non, il se dit qu'il n'aurait pas dû la désirer du tout, mais Aizen fait en sorte qu'il ne puisse plus rejeter cela, qu'il ne puisse plus nier ce qu'il est.
Il a honte parce que même si son affection et son admiration pour Aizen sont réelles, sont tellement importantes, au fur et à mesure que les mains d'Aizen explorent son corps, détachent ses vêtements, il ne sait plus si ces sentiments sont l'origine de son plaisir, ou si c'est la pure sensation physique qu'il découvre, qui l'entraîne, qui le roule comme une vague, qui le brise. Quand les mains d'Aizen l'ont complètement déshabillé et remontent le long de ses cuisses, quand sa langue, pour la première fois, caresse son torse aux endroits le plus sensibles alors que ses cheveux frôlent sa peau, il brise le silence, il ne peut réprimer un gémissement qui contient son plaisir aussi bien que sa honte.
Mais les mains d'Aizen ne tremblent pas, sa respiration ne se trouble pas une seconde, et il ne semble éprouver ni désir ni pitié, il n'est là ni pour prendre, ni pour offrir, mais pour dévoiler. Et c'est pour cela que cet acte ne le salit pas, n'est ni dégradant ni sordide, et ne serait-ce le trouble des pensées de Kaname, cette pureté descendrait sur lui aussi.
Et puis la façon dont Aizen le touche en ce moment le rend totalement incapable de penser, tout son corps, tout son esprit, sont entièrement concentré sur ses mains qui jouent sur son sexe, qui ne laissent une vague de plaisir se dissiper que pour être remplacée par une autre bien plus forte, et quand l'extase l'envahit il murmure le nom du capitaine Aizen, et c'est un remerciement, c'est une déclaration, c'est une prière, c'est plus que tout cela à la fois, c'est la reconnaissance du fait qu'à cet instant il n'y a que lui, et que cela fait sans doute longtemps qu'il n'y a plus que lui.
Ils ne recommencent plus, par la suite.
Parce que Kaname n'est pas avide au point de ne pouvoir se contenter d'un tel souvenir.
Parce que c'est un élève doué qui n'a pas besoin qu'on lui répète la même leçon.
Parce que prendre connaissance de ses faiblesses ne veut pas dire qu'on ne peut les combattre.
Et pourtant, il ne peut retenir un frisson, qui n'est pas seulement celui du souvenir, quand après avoir quitté le Soul Society, après avoir finalement accompli ces plans prévus depuis si longtemps, Aizen lui murmure à l'oreille. "Je pourrais te coiffer, Kaname. Tu auras besoin de changer à nouveau, n'est-ce pas, pour vivre ici ?"
