Sans plus tarder, voici le premier vrai chapitre! N'oubliez pas de laisser des reviews, ça sera très apprécié!
Chapitre 2 : Le rêve
Quand j'y repense, je ne peux toujours pas m'expliquer pourquoi c'est arrivé à ce moment là. Je n'avais pas imploré pour changer de vie.. Du moins, pas cette soirée là. Je n'avais que joué de la flûte, alors que je l'avais fait des centaines de fois avec les autres trames sonores.
Sur le moment, j'avais la certitude de me retrouver dans un rêve. C'est demeuré ainsi un certain temps d'ailleurs, comme vous le verrez à mesure que j'avancerai mon récit.
Je n'ai donc pas patienté bien longtemps avant de me lever et me diriger vers le bout de la ruelle où je me trouvais, vers une rue semblant d'avantage animée et éclairée. La pluie tombait drue, et j'ai été agréablement surprise de constater que je portais un manteau à capuchon. Un manteau? Non, ca m'avait plutôt l'air d'une lourde cape. Un rêve dans lequel je portais une cape, ça augurait bien!
Une fois que j'ai été assez près de la rue principale pour que la lumière m'éclaire, j'ai pris le temps de détailler d'avantage mon accoutrement. En fait ce qui m'intriguait le plus, c'était mes pieds. J'avais remarqué que je ne portais pas de chaussures, mais je ne ressentais pas tout l'inconfort qu'on devrait ressentir en marchant dans une ruelle boueuse. Dès que je les ai vu, j'ai compris que j'avais les pieds d'un hobbit (vous savez, avec le poil, c'était assez évident). Je portais une chemise beige aux manches bouffantes, avec par-dessus une veste rouge sans manches, boutonnée. Évidemment, je portais une jupe, regrettant que mon rêve n'ait pas sorti des conventions de la Terre du Milieu.
Parce que oui, à ce moment là, j'avais réalisé que je rêvais être une hobbite en Terre du Milieu, et que j'allais certainement passer la nuit à me balader dans ce merveilleux monde. J'avais déjà fait des rêves semblable, mais pas très souvent. Et à chaque fois que je me réveillais, je regrettais de ne pas avoir d'avantage profité de ce qui s'offrait à moi. Ce coup-ci, je semblais être dans le genre de rêve où on peut contrôler nos mouvements, et j'avais donc la ferme intention de me gâter.
Je me suis avancée dans la rue et j'ai pris le temps d'analyse ce qui m'entourait. La nuit, la pluie, les façades des boutiques et maisons.. J'ai su instinctivement que j'étais à Bree. Je me souviens avoir pensé que j'aurais préféré apparaître en plein milieu de la guerre de l'anneau, ça aurait été bien plus palpitant. Mais j'ai rapidement chassé cette pensée, me rappelant que je m'étais promis d'en profiter. Qu'est-ce qu'on fait à Bree? On va au Poney Fringuant! D'ailleurs la pluie commençait à s'infiltrer sous ma cape, me mettre à l'abri était donc une merveilleuse idée. Et avec un peu de chances, mon inconscient y aurait fait apparaître un des personnages de Tolkien.
Je n'ai pas eu à marcher beaucoup avant de voir la fameuse enseigne sur le devant d'un grand bâtiment à trois étages. Sans perdre plus de temps (je pouvais tout de même me réveiller à tout moment), j'ai monté les escaliers et ouvert la porte. Je m'étais attendu à trouver l'auberge pleine, mais il n'y avait que quelques petits groupes, discutant tranquillement chacun dans leur coin. Je me suis dit qu'il devait sûrement être trop tôt, ou trop tard dans la nuit. Lorsqu'un gros monsieur au visage sympathique qui devait certainement être Prosper Poiredebeurré est venu me parler, il a confirmé ma deuxième hypothèse.
« Que puis-je faire pour vous, mademoiselle », m'a-t-il dit. « Je suis surpris de voir une jeune hobbite seule si tard dans la nuit. »
Il semblait attendre que je lui réponde, mais j'étais en pleine crise intérieure. Je venais tout juste de réaliser ce qu'impliquait être une hobbite. Tout autour de moi était gigantesque! Je ne suis pas très grande (disons de taille moyenne) dans la vie, mais là c'était une toute autre histoire. Le dessus de ma tête arrivait à peine au niveau de ses épaules, et je devinais que Poiredebeurré n'était pas un grand homme.
Son raclement de gorge m'a ramené à la réalité, et je voyais bien qu'il attendait une réponse de ma part. Qu'est-ce que j'allais faire? Lui demander une chambre, ou une bière? Je ne savais même pas si j'avais de la monnaie sur moi. J'essayais de subtilement glisser ma main vers mes hanches pour voir si j'avais une bourse lorsque la porte s'est ouverte derrière moi. Je me suis retournée et je l'ai reconnu immédiatement. C'était l'homme que j'avais vu dans les images qui ont précédé mon rêve. C'était Gandalf le Gris.
Il était très semblable au Gandalf qui se trouve dans les films de Peter Jackson, mais en même temps très différent. Déjà, je me sentais toute petite (en fait, j'étais petite) à côté de lui. Il dégageait une telle prestance que j'en ai été décontenancé. Cela ne m'a pas empêché de prendre le temps de le détailler : la barbe, la robe, le foulard et le chapeau gris étaient tel que le Gandalf que je connaissais, mais le visage était différent, à la fois plus sérieux et plus sympathique. Il avait dû se rendre compte que je le fixais bêtement, puisque son regard s'est tourné vers moi. J'ai alors eu l'étrange impression qu'il savait tout de moi. Je me suis dit que c'était normal, puisque c'était mon inconscient qui l'avait fait apparaître dans mon rêve, donc il faisait parti de moi, en quelque sorte.
« Ah, vous êtes là! » m'as-t-il dit avant de se retourner vers l'aubergiste. « Mon cher Prosper, nous nous installerons dans un salon, et je prendrais bien un repas, s'il t'en reste à cette heure-ci. Et du vin rouge aussi. Pour mon amie, ce sera… »
« Une bière! » ai-je demandé en espérant que mon imagination créerait un goût particulier pour la bière de la Terre du Milieu.
Poiredebeurré nous a ensuite guidés vers un petit salon situé un étage plus haut. Il y avait une grande fenêtre, avec une vue sur la cours intérieure et la ville, devant laquelle était placée une petite table entourée de deux fauteuils légèrement défraîchis. Je suis restée quelques instants devant la fenêtre à admirer la vue, avant d'aller m'asseoir. Gandalf avait déjà pris place et il était entrain d'allumer sa pipe. Je le regardais faire, n'osant pas le déranger pendant qu'il semblait relaxer fumant. Je commençais à me tortiller sur ma chaise et à me demander quoi dire, quand il s'est enfin tourné vers moi.
« Alors, à qui ai-je l'honneur? »
« Je.. Je m'appelle Evelyne. »
Ouf, il m'intimidait au point à me faire presque oublier mon nom. Il s'apprêtait à dire autre chose, lorsque Poiredebeurré est arrivé avec son repas et ma pinte de bière. Gandalf en profita pour lui réserver deux chambres, dont une pour hobbit.
« Vous savez », ai-je dit à Gandalf une fois que l'aubergiste a refermé la porte, « je n'ai pas besoin de chambre. Je ne crois pas avoir à dormir à l'intérieur d'un rêve. »
« Un rêve? » a-t-il répondu, une étincelle passant dans ses yeux et en affichant un large sourire. « Si vous étiez en train de rêver, pensez-vous que vous me diriez cela? »
Je n'avais aucune réponse à lui fournir. J'ai ensuite profité du silence qui s'installait pendant que le magicien mangeait pour savourer ma bière. Elle était différente de toutes celles auxquelles j'avais goûté jusque là. Plus forte, mais aussi plus sucrée. C'était vraiment dans mes goûts.
Je commençais toutefois à m'impatienter : je m'étais promis de profiter du rêve à fond, et là, j'étais coincé avec un magicien silencieux. Voyant finalement que Gandalf n'avait pas l'intention de relancer la conversation, je lui ai demandé pourquoi il s'attendait à me voir en entrant dans l'auberge et pourquoi il m'avait amené avec lui au salon.
« Lorsque je me suis réveillé ce matin, j'avais un fort pressentiment que je devais venir ici ce soir, pour y rencontrer quelqu'un. J'étais déjà sur la route, mais je ne devais arriver que demain, j'ai donc dû presser le pas. Maintenant », a-t-il ajouté en posant son assiette et se penchant vers moi, « pouvez-vous me dire pour quelle raison je devais vous voir? »
« Eh bien j'étais entrain d'écouter le making of du Hobbit, j'ai voulu jouer de la flûte, mais j'ai dû m'endormir. Et me voilà devenue une hobbite dans mon rêve! »
Il haussait le sourcil à mesure que je lui parlais et il semblait se demander si je lui faisais une blague. Il m'a demandé ce que voulait dire « écouter le Hobbit », et je lui ai expliqué que la Terre du Milieu avait été dépeinte dans des livres, puis des films (« vous savez, des images qui bougent avec du son ») que j'aimais beaucoup. Ça expliquait pourquoi j'étais entrain d'y rêver. Quand j'étais sur le point de raconter quels événements prenaient place dans les livres, pour savoir à quel moment je me trouvais, il m'a fais signe d'arrêter de parler.
« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée pour moi, de connaître le futur. »
Il a alors pris une profonde inspiration, avant de me regarder droit dans les yeux. J'avais encore l'étrange impression qu'il lisait en moi.
« Ma chère », a-t-il repris, « il semble que les Valars vous aient envoyé ici pour une raison. Laquelle? Je ne saurais le dire.. Mais je crois connaître quelqu'un qui pourrait nous aider. J'étais en route pour la Comté, où je souhaitais me reposer quelque temps.. Mais je vais vous amener jusqu'à Fondcombe. Nous partirons dans deux jours. Pour le moment, je crois qu'il serait bon d'aller dormir, il se fait très tard, l'aurore doit être sur le point de se montrer. Nous nous reverrons demain, dans la salle commune, pour le petit-déjeuner. Nous avons encore de longues discussions devant nous. »
J'aurais encore eu des tonnes de questions à lui poser, mais comme il se levait déjà, je me suis contentée de le suivre. Ma chambre n'était pas très grande, mais j'ai tout de même été émerveillée de la découvrir. Il y avait un lit simple, recouvert d'une couverture de laine vert sombre. Face au lit se trouvait un petit bureau surmonté d'un miroir, sur lequel se trouvait une bassine d'eau tiède. Il y avait deux petites fenêtres rondes, et malgré la noirceur extérieure, j'ai pu voir qu'elles étaient presque au niveau du sol.
Je n'étais pas fatiguée et de toute façon je ne voyais pas l'utilité à dormir. Je me suis donc installée devant le miroir pour prendre le temps de me détailler. Mon visage était le même : cheveux châtains clairs légèrement ondulés tombant sur mes épaules, yeux noisette, visage rond.. Mes oreilles étaient maintenant pointues, comme celles des hobbits, et je n'ai pas pu m'empêcher de leur toucher, de les tirer pour sentir qu'elles étaient bien vraies.
J'ai enlevé ma jupe, ma veste et ma chemise, pour mieux détailler le reste de mon corps. Sous mes vêtements, je portais ce qui devait être un sous-vêtement hobbit typique. Le tissus était blanc et suffisamment épais pour qu'on ne voie pas au travers. C'était en un seul morceau : le bas était une culotte descendant à la mi-cuisse et le haut était semblable à un corset avec des bretelles. Ma silhouette était également la même (c'est-à-dire normale, dans la moyenne; je n'ai jamais eu de mensurations exceptionnelles), si on fait abstraction du fait que j'étais plus petite. Mes pieds étaient plus grands, et je n'étais pas certaine d'apprécier le poil qui les parsemait, ni la sensation de marcher sans chaussures. J'avais également l'impression que mes mains étaient plus grandes qu'avant.
C'est en me retournant pour voir mon dos que j'ai remarqué quelque chose sur ma peau, dépassant de mon sous-vêtement. J'ai dû me débattre pour réussir à le délasser (surtout que les lacets étaient dans le dos) et à le descendre, pour voir le reflet de mon dos en entier.
J'avais un tatouage, couvrant plus de la moitié de mon dos. Les couleurs étaient tellement réelles qu'on aurait presque cru que c'était une photo imprimée. C'était un oiseau vu d'en dessous, avec ses ailes déployées sur mes omoplates. Sa tête et ses ailes étaient gris foncé presque noir, et son ventre était jaune, tacheté. C'était l'oiseau que j'avais vu au début de mon rêve.
