Un chapitre où beaucoup de temps passe et sans beaucoup d'action, mais tout ça est très nécessaire! Moi, je l'aime bien ce chapitre! Et à partir de maintenant les chapitres s'allongent!

Bonne lecture!


Chapitre 5 : L'apprentissage

L'année qui est passée entre mon arrivée et la réunion à Hobbitebourg a été cruciale. De jour en jour, je me sentais devenir une nouvelle personne. Ou je dirais plutôt que je devenais qui j'étais réellement. Je n'étais plus la femme déprimée qui n'aimait pas sa vie, je sentais que j'étais là où j'aurais toujours dû être. La Terre du Milieu, c'était mon chez-moi.

Gandalf n'était resté que quelques jours à Fondcombe, avant de reprendre la route vers je-ne-sais quelle destination importante. Les elfes ont été extrêmement accueillants avec moi, malgré le fait que j'étais une Hobbite étrange (Elrond avait confirmé que j'étais de la race des Fort) avec des manières qui ne concordaient pas du tout avec le cadre de Fondcombe. Les elfes sont tellement solennels, ils sont les maîtres des bonnes manières et du protocole, alors que moi, j'avais mes habitudes contemporaines.

Mais d'un certain côté, c'était justement le fait que j'étais une hobbit qui m'avait aidé à être acceptée. À cette époque là, les elfes n'avaient que très rarement vu de semi-hommes, ils pensaient donc que mon comportement et mes manières étaient ceux d'un hobbit normal.

Bien sûr, nous gardions mon origine secrète. La version officielle, c'était que Gandalf m'avait trouvé inconsciente, tout près de Bree, et que la seule chose dont je me souvenais était mon nom. Gandalf avait pressenti que j'avais quelque chose d'important à accomplir et il m'avait donc amené à Fondcombe, où le Seigneur Elrond avait eu le même pressentiment. Voilà pourquoi il m'hébergeait et m'aidait.

Une magnifique chambre m'avait été offerte. Je m'y suis immédiatement sentie chez moi. Une immense fenêtre couvrait près de la moitié du mur du fond, à côté du lit qui était adossé au mur de gauche. À côté de la fenêtre, face à la porte d'entrée, il y avait un petit bureau. Tout près, contre le mur de droite, il y avait un long banc (assez long pour que je puisse m'y étendre) agrémenté de confortables coussins. Finalement, à droite de la porte il y avait une grande commode. Chacun des meubles de la chambre était fait en bois (qui ressemblait à de l'acajou, bien que je ne sache pas si cette essence existe en Terre du Milieu) soigneusement ouvragé, avec des motifs végétaux. C'était la chambre que j'avais vue en image avant d'apparaître à Bree.

J'avais rapidement repéré une gentille couturière, qui a accepté, après que je lui aie dit – menti – que c'était ainsi que les hobbits s'habillaient, de me fournir en pantalons, en t-shirt et en tuniques. Peu m'importait la mode de Fondcombe, je voulais avant tout être confortable dans mes habits. J'acceptais toutefois de porter des robes longues (et je choisissais toujours les plus simples) lorsque j'étais invitée à des soupers ou soirées.

Gandalf avait insisté pour que j'apprenne à me battre, et sachant que j'allais être obligée de suivre les nains dans leur quête, j'étais tout à fait d'accord avec lui. On m'avait fourni des armes typiquement elfiques : deux couteaux dont les lames étaient environ longues comme mes avant-bras. Ma préférence aurait été vers une épée, mais vu ma taille c'était impossible : elles étaient trop longues et trop lourdes.

Ce fut la même histoire pour les arcs. Aucun de ceux qu'ils avaient en réserve n'était à ma taille, et lorsqu'ils m'ont proposé de m'en fabriquer un, je leur ai plutôt demandé une arbalète. L'armurier n'avait aucune idée de ce dont je lui parlais et malgré mes dessins plutôt détaillés, il ne semblait pas très enclin à m'en fabriquer une. J'avais donc fini par dire que je me contenterais de mes couteaux.

J'étais tellement nerveuse à mon premier entraînement! J'avais la certitude que j'allais réussir à me couper un bras ou une jambe – ou pire : le bras d'un elfe. Mais finalement, je m'en suis très bien sortie. En fait, à ma grande surprise (et à celle de tous les elfes), les mouvements qu'on m'enseignait me venaient naturellement, comme si je les avais déjà appris et que je ne faisais que me les remémorer – ce qui collait très bien avec ma supposée histoire. Je passais tout de même plusieurs heures par jour à m'entraîner, à la fois parce que je voulais être certaine d'être à la hauteur et parce que ça me permettait d'évacuer mon stress.

Je passais également beaucoup de temps dans les archives de Fondcombe. Les cartes et manuscrits qui s'y trouvaient me passionnaient et je me disais que plus j'en savais sur la Terre du Milieu, plus je me fonderais dans le décor. J'avais même trouvé un livre sur les us et coutumes des nains, que j'ai lu avec soin, étant donné que j'allais bientôt en côtoyer une troupe. Et la seule caractéristique que j'avais retenue suite au film, c'était leur manque de bonnes manières, ce qui ne me disait pas grand-chose sur le comportement que je devrais adopter – le concours de rot étant hors de question pour moi).

J'aimais m'installer dans les jardins, toujours à un endroit différent, pour réfléchir. J'essayais de me remémorer chaque détail du livre de Tolkien et du film, pour me demander comment j'agirais à chaque instant. Je pensais régulièrement aux Valars, leur priant de m'envoyer un signe sur la conduite que je devrais prendre – selon Gandalf et Elrond c'était bien eux qui m'avaient fait venir, même si moi, ça me faisait étrange d'avoir été choisi par une bande de dieux. J'avais vraiment peur – une peur qui me donnait la nausée – de tout faire rater, qu'un évènement ne se passe pas comme prévu. Les conséquences allaient être désastreuses si par exemple Bilbon ne trouvait pas l'anneau, ou que Smaug survivait.

Je me demandais parfois si j'allais devenir une de ces détestables Mary-Sue, telles que j'avais lu dans les fanfictions que j'avais commencé à lire – mais que je ne terminais jamais, trouvant tout cela trop ridicule. Je riais intérieurement, en pensant à toutes ces auteures et leur réaction si elles savaient que tout ça était réellement possible.

J'avais fini par avoir ma propre théorie, pour m'expliquer l'existence des livres et des films et de leur exactitude avec la vraie Terre du Milieu. Je supposais qu'il devait exister plusieurs mondes, un peu comme dans Narnia. D'ailleurs, C. S. Lewis avait été ami avec Tolkien. Un des deux, ou une de leurs connaissances, avait peut-être voyagé en Terre du Milieu, mais était apparu plus tard, au Quatrième Age, et avait réussi à revenir et relater toute l'histoire. Ça me faisait peur aussi, le risque que je puisse soudainement réapparaître dans mon salon. Je voulais à tout prix rester. Je crois que c'est pour cela que je m'installais dans les jardins, parce que le calme qui y régnait m'apaisait en m'empêchait de trop paniquer.

C'est lors d'une de ces soirées douces, pendant que j'étais assise près d'une fontaine, que j'ai rencontré celle qui deviendrait une grande amie. Ça faisait près d'un mois que j'étais à Fondcombe, et déjà, je commençais à être lasse des manières trop formelles des elfes.

« C'est donc vrai », m'avait-elle dit en souriant « Je ne suis plus la seule femme non-elfe hébergée par Lord Elrond. Je suis Gilraen, ravie de vous rencontrer. »

J'ai rapidement encaissé le choc, avant de me présenter. J'avais complètement oublié qu'elle avait demeuré à Fondcombe avec son fils, le fameux Aragorn. Toutefois, elle ne me parla de lui – utilisant le nom Estel – qu'après plusieurs rencontres, et je savais que c'était pour le protéger. Nous avions pris l'habitude de nous rencontrer dans les jardins, toujours devant cette même fontaine. Elle me parlait de l'Eriador, des villages Dúnedains qui s'y trouvaient et du travail qu'ils y faisaient pour tenir les orcs en échec et par le fait même protéger la Comté.

Jamais je ne lui ai demandé de rencontrer Estel, j'avais trop peur que ça ait une influence sur ses actions futures – mais aussi d'être trop intimidée. De même pour elle, elle préférait le garder dans son cocon de protection. Elle me parlait quand même de lui à l'occasion, des progrès qu'il faisait ou encore de ses bêtises.

Ainsi passèrent cinq mois, avant que Gandalf ne réapparaisse. Je commençais à trouver le temps long, ayant fait le tour des archives et atteint le plafond avec mes entraînements. Je voulais du concret, de vrais combats pour réellement mettre en pratique mes apprentissages. J'avais pu faire quelques sorties avec les gardes, mais en ces temps là, très peu d'orcs s'aventuraient près des limites de Fondcombe et je n'avais pas eu la chance (ou malchance plutôt) d'en croiser. Une idée avait commencé à germer dans mon esprit, et le retour de Gandalf arrivait à point.

« Je n'ai plus rien à apprendre ici », lui ai-je dis. « J'aimerais rejoindre les Rôdeurs du Nord, les Dúnedains. J'ai besoin d'avoir de l'expérience sur le terrain, surtout si je dois me faire accepter par les nains. Et cela me permettra d'être près de la Comté, pour me rendre à la réunion. »

Tout ce que Gilraen m'avait appris sur son peuple m'avait donné envie de les rejoindre. Je savais que je me sentirais davantage à ma place avec eux qu'avec les elfes.

« Est-ce que je dois comprendre que vous connaissez mes moindres déplacements? » avait répondu Gandalf après un instant. Voyant mon incompréhension pendant que je faisais signe de tête négatif, il a continué. « Il se trouve que je comptais reprendre la route dans quelques jours, pour rencontrer les chefs Dúnedains. Je veux avoir leur version quant aux rumeurs de déplacements inhabituels d'orcs. Vous pourrez venir avec moi. »

Tout se passait tellement bien que j'en venais à me redemander si cela pouvait être réel. Gilraen avait été triste d'apprendre mon départ, mais heureuse que je m'en aille parmi les siens. Elle m'avait d'ailleurs remis une lettre à destination de ses parents, en même temps qu'un magnifique manteau gris foncé. Il m'arrivait aux chevilles et le col et les manches étaient décorés d'une mince bande de fourrure.

« L'hiver dans le nord est plus dur qu'ici », m'avait-elle dit. « Je n'en aurai plus besoin. Il est long, mais cela te gardera d'avantage au chaud. J'ai ajusté la taille et les manches, pour qu'il ne soit pas trop ample. »

Je l'ai chaleureusement remercié, c'était le morceau qu'il manquait à mes vêtements de voyage. J'avais choisi ces derniers de façon à ce qu'ils ne semblent pas trop elfiques, parce que je m'en allais chez les Rôdeurs mais surtout parce que je ne voulais pas éveiller la méfiance des nains. Je portais une chemise vert foncé, par-dessus laquelle j'enfilais une tunique à manche courte faite de cuir épais, qui me protégerait légèrement des potentiels coups d'épée, sans être autant encombrant qu'une véritable armure. Mes pantalons étaient suffisamment ajustés pour que je puisse enfiler mes bottes par-dessus, tout en étant confortable. J'avais une ceinture très large, qui avait été faite sur mesure pour que je puisse y ranger mes couteaux, dans des fourreaux intégrés à l'arrière.

J'ai donc quitté Fondcombe en compagnie du magicien un matin frais d'octobre. Nous avons cheminé un peu plus d'un mois avant d'atteindre notre destination. Entre-temps, j'avais enfin eu droit à mon premier vrai combat. Nous étions en train de monter notre campement pour la nuit lorsque nous les avons entendus. Cinq orcs, encore plus repoussant que ceux créés par Peter Jackson. Le combat a été court, ils ne s'attendaient pas à recevoir une telle résistance de la part de ce qui semblaient être seulement un vieillard et une petite fille.

Ivorwen et Dirhael, les parents de Gilraen, étaient très heureux de recevoir des nouvelles de leur fille. C'est d'ailleurs chez eux que j'ai été hébergée, pendant que Gandalf continuait sa route vers le nord. Les Dúnedains ont d'abord été surpris de voir une hobbite guerrière, mais comme aucune aide n'était de refus en ces temps difficiles, ils m'avaient rapidement intégré.

Les quatre mois et quelques jours que j'ai passés auprès d'eux m'ont permis d'apprendre à traquer, chasser et tuer efficacement – autant l'orc que le gibier. En cette saison, le gibier était la principale source de nourriture des Rôdeurs. On m'avait donc donné un petit arc, qui servait habituellement à l'apprentissage des enfants, mais qui n'en était pas moins efficace.

Pour ce qui est des orcs… J'ai pu voir toute la hargne que leur portaient les Dúnedains. Chacun d'entre eux avait perdu un ami ou un frère à cause de ces immondes créatures. Je me suis rapidement mise à partager cette aversion et même si je savais qu'il valait mieux éviter ces confrontations, je me suis rendu compte que j'aimais la poussée d'adrénaline qui venait lorsqu'on devait se battre pour sa vie. Ma petite taille et le fait que je sois une femme sont devenus des avantages dont je savais tirer profit. Les ennemis ne me voyaient pas comme un danger et ne me portaient presque pas attention, ce qui me permettait à tous coup de les surprendre. Lors des journées plus froides, lorsque je portais mon manteau et cachais ma tête dans un grand foulard, je passais pour un garçon, et je voyais clairement la différence. J'en profitais, cela mettait de la variété.

Je n'étais définitivement plus la même que lorsque j'étais à Fondcombe, et encore moins que lorsque j'habitais la banlieue de Montréal. Autant j'avais eu peur de participer à la quête et tout gâcher, autant maintenant je ne me voyais plus faire autre chose qu'aider les nains à reprendre Erebor. J'ai tout de même eu beaucoup de peine à quitter mes amis Rodeurs, et je leur ai promis de revenir parmi eux, si je survivais à cette aventure.

Je me suis donc retrouvée, un beau matin de la mi-avril, à installer mon campement tout près des Hauts Reculés, là où la route descendant des Montagnes Bleues rejoignait la route qui reliait Fondcombe aux Havres Gris, en passant par la Comté. J'avais traversé cette dernière en tout hâte, malgré mon envie de l'explorer de fond en comble.

Avec l'aide de Gandalf, j'avais élaborée ma stratégie pour réussir à convaincre Thorin à faire de moi le quinzième membre de leur compagnie. Comme dans le film, le chef avait convoqué une rencontre des clans dans les Ered Luin, ce qui faisait qu'il devait inévitablement passer devant mon campement pour se rendre à Hobbitebourg. J'avais bon espoir qu'une semaine de route en ma compagnie le convaincrait de mon utilité dans la quête. Selon mes calculs, il ne devait pas passer avant environ cinq jours, mais j'avais préféré arriver à l'avance, juste au cas.

Les jours ont passé, et j'ai bien profité de ce léger répit. Un soir, alors que la noirceur venait tout juste de tomber et que je faisais cuire mon repas, j'ai entendu des bruits de sabots. J'ai portée mon attention à la route, pour voir si c'était Thorin, même si je ne l'attendais pas avant le lendemain après-midi. J'ai rapidement constaté que ce n'était pas un, mais deux voyageurs qui arrivaient du nord. Arrivés au carrefour, je les ai vus descendre de leurs poneys et j'ai supposé qu'ils avaient prévu passer la nuit à cet endroit – comme je le faisais depuis quelques jours et comme devaient le faire plusieurs voyageurs. Voyant mon feu entre les arbres à quelques pas de la route, ils se sont approchés. À leurs silhouettes, j'avais vite deviné qu'ils s'agissaient de nains, et dès que la lueur de mon feu a éclairé leur visage, j'ai su qui ils étaient.

J'avais complètement oublié que deux autres nains devaient arriver des Montagnes Bleues, en vu de la réunion chez Bilbon. J'avais devant moi nul autre que les jeunes neveux de Thorin, Fili et Kili.


Une fin de chapitre comme je les adore! Il va falloir attendre une semaine pour la suite!