Alors là, ça commence à être intéressant! Je viens de relire (parce que je l'ai écrit il y a plutôt longtemps) et c'est définitivement un chapitre que j'aime! J'espère que vous allez l'apprécier vous aussi!

Attention! Si vous n'avez pas lu le livre ou vu le dernier film, ce chapitre contient un gros spoiler!

Je suis vraiment pas constante dans mes journées de postage de chapitre… À partir de maintenant, je vais essayer de le faire tous les vendredis!

Bonne lecture! Et n'oubliez pas que les reviews font toujours plaisir! D'ailleurs, merci à Enishida pour ses commentaires, qui me prouvent que j'ai choisi la bonne voie!


Chapitre 6 : Sur la route de la Comté

« Bonjour l'ami! » a dit le blond, qui était sans aucun doute Fili.

Tout comme les autres personnages que j'avais rencontrés jusque-là, ils étaient très semblables aux deux frères du film, sans être parfaitement identique. Ils étaient tout aussi jeunes, mais me semblaient plus beaux, tout en ayant des traits plus nainiques (oui, je viens d'inventer un mot).

Je me suis donné une claque mentale pour sortir de mon état de choc. Ça faisait presque un an que j'étais en Terre du Milieu, il fallait que j'arrête de défaillir chaque fois que je rencontrais un personnage connu.

Je n'allais pas leur dévoiler que je souhaitais rejoindre leur quête (je gardais ça pour leur oncle), mais j'allais m'assurer qu'ils garder une bonne impression de moi. Même s'ils étaient les plus jeunes, ça pourrait m'aider de les avoir de mon côté.

« Bonsoir messieurs. Je vous en prie, joignez-vous à moi. Mon feu est déjà bien allumé et j'ai amplement de cerf pour partager avec vous. » Je me suis levée debout, et faisant une courbette j'ai rajouté « Evelyne, pour vous servir! »

Devant leur air surpris, je me suis rappelé que j'avais mon foulard sur la tête, pour cacher ma chevelure féminine en cas de rencontre inopportune.

« Oui, je suis une femme », ai-je dit en enlevant le dit foulard. « Et oui, je suis une hobbite. »

Reprenant le sens des bonnes manières, ils se sont présentés à leur tour. J'ai ensuite reporté mon attention sur le repas, en y ajoutant d'avantage de morceaux de viande. Pendant ce temps, ils sont allés chercher leurs poneys qui étaient restés sur la route, pour les laisser brouter près du mien. Du coin de l'œil, je les voyais me lancer des regards interrogateurs et se faire des signes de tête, comme s'ils avaient une conversation silencieuse. Quand ils se sont assis devant moi près du feu, je sentais très bien leur malaise.

« Allez-y, posez vos questions », leur ai-je dis en souriant, pendant que je leur tendais leur part de cerf.

C'est Kili qui a pris la parole en premier. « Vous êtes seule? »

« Oui. » J'avais deviné qu'il espérait une réponse plus élaborée, et j'ai donc continué. « Je ne crois pas que le fait d'être une femme devrait m'empêcher de partir à l'aventure. Je fais partie des Dúnedains et je reviens des Havres, où j'étais en mission. »

J'avais envie de rire, à voir leur expression. Décidément, les femmes en Terre du Milieu n'avaient pas le même statut que chez nous.

« C'est la première fois que j'entends parler d'une femme chez les Rodeurs, » a commenté Fili, méfiant, pensant peut-être que je faisais une blague. « Est-ce qu'il y en a beaucoup? »

« Quelques unes, oui. Par contre, je suis le seul hobbit… La plupart d'entre eux aiment beaucoup trop le confort de leur Comté. Ce n'est pas parce qu'on est petit qu'on ne peut pas se battre, vous devriez le savoir. »

Je lançais un regard vers leur attirail – épées, couteaux, arc – qui étaient déposés près d'eux. Je pensais que cette remarque les mettrait de mon côté, mais non…

« Vous savez vous battre!? »

Je commençais à être un peu trop exaspérée.

« Bien sûr, qu'est-ce que vous pensez que je fais chez les Rodeurs? La cuisine? »

À leur regard, j'ai compris que c'était effectivement ce qu'ils pensaient. Je suis restée silencieuse, en me concentrant sur mon souper, pour me laisser le temps de me calmer. J'ai finalement préféré changer de sujet, pour éviter de prolonger le malaise.

« Et vous, qu'est-ce qui vous amène sur la route? »

« Nous nous rendons dans les Monts de Fer, pour voir nos parents », a répondu Kili, avec un air qui se voulait détaché. « Comment c'est, la vie chez les Dúnedains? »

Je savais très bien qu'ils ne se dirigeaient pas vers les Monts de Fers, mais je n'ai pas insisté. D'ailleurs, j'étais heureuse qu'il reporte l'attention vers moi, ça me permettrait de me vendre. Je leur ai donc parlé des Rodeurs et de notre lutte incessante contre les orcs, jusqu'à ce qu'il soit temps de dormir.

Le lendemain matin, les deux frères m'ont demandé si je voulais poursuivre un bout de route avec eux. J'étais très touchée, quoi que j'espérais qu'ils ne m'offraient pas cela uniquement parce qu'ils ne voulaient pas laisser une femme hobbite seule.

« C'est très gentil, mais je ne reprends pas la route tout de suite, je dois attendre quelqu'un. »

« Dans ce cas, ravis d'avoir fait votre connaissance, dame Evelyne! Adieu! »

Et ils partirent, sans savoir que nous allions nous revoir dans une semaine. J'étais plutôt satisfaite de cette rencontre, mais leur réaction m'avait prouvé qu'il serait difficile de me faire accepter.

Plus la journée avançait, plus j'étais nerveuse. Et si Thorin ne passait pas par là finalement? Je ne pouvais pas me permette de l'attendre trop longtemps, pour ne pas risquer de manquer la réunion. Lorsque le soleil a commencé à disparaitre derrière les arbres, j'ai tranquillement commencé à ranger mes choses, tout en cherchant désespérément un plan B. J'en étais à attacher mon sac derrière la selle quand je l'ai entendu. J'ai pris une grande respiration, priant pour que ce soit lui, avant de me retourner et m'approcher de la route.

C'était lui, dans toute sa royauté. Et encore une fois, j'ai dû encaisser le choc, malgré le fait que je l'avais déjà rencontré. Ce coup-ci, c'était différent, je savais qu'il était réel. Et je savais que je devais à tout prix le convaincre de m'amener avec eux dans leur quête – ce qui, à la manière dont il m'a regardé en me voyant sur le côté de la route, serait sans aucun doute très difficile. Prenant mon courage à deux mains, j'ai plongé mon regard dans ses yeux bleu profond.

« Je suis ici de la part de Gandalf. »

« Y a-t-il un problème? » a-t-il demandé en fronçant les sourcils.

« Non non! Il voulait être certain que vous trouviez bien le lieu de la réunion, il m'a donc envoyé vous attendre ici. »

« Je n'ai pas besoin d'être escorté, et sûrement pas par une femme hobbite. »

Sur ces mots, il a repris son chemin, me laissant plantée là. Heureusement, comme j'avais déjà rangé mes choses, j'ai pu rapidement monter sur mon poney et le rattraper au trot avant qu'il n'ait trop d'avance sur moi.

« Je suis Evelyne, pour vous servir! »

« Je vous avais reconnu, bien que la dernière fois, vous sembliez avoir perdu votre langue. Je n'aime pas que vous soyez au courant de mes affaires, ce n'est pas au magicien de choisir à qui en parler. »

« Et bien le dit magicien a le pressentiment que je dois participer à votre quête. Et j'avoue avoir vraiment envie de vous aider. »

Je m'efforçais de garder le sourire tout en lui parlant, espérant que ça l'encourage à laisser tomber son air renfrogné. C'était peine perdu.

« Une femme n'a rien à faire dans notre Compagnie. Encore moins une femme que je ne connais pas. »

« Voici ce que je vous propose. Je dois me rendre à Hobbitebourg de toute façon. Laissez-moi cheminer avec vous, et vous verrez que je suis loin d'être un fardeau et que je peux aider autant qu'un homme. »

Il n'a rien répondu, mais j'ai pris cela pour un oui. Et puis, j'étais déjà en train de le suivre, il devait avoir compris que je ne lui laissais pas vraiment le choix. Ce n'est que quelques heures plus tard, après une chevauchée silencieuse qu'il a annoncé qu'il était temps de s'arrêter pour la nuit. C'était le moment de faire mes preuves.

À peine était-il descendu de son poney que j'avais déjà trouvé un endroit pour le campement. Il m'a laissé faire, curieux de voir comment je m'en sortirais. En moins de cinq minutes, mes meilleurs morceaux de cerf (que j'avais gardés pour l'occasion) étaient en train de cuire sur le feu pendant que je m'occupais de desceller et nourrir les poneys. Thorin continuait de me regarder, sans rien dire. Même après avoir fini son repas, il s'est contenté de fixer le feu silencieusement, en me jetant des regards de temps en temps. J'avais deviné qu'il avait des questions, mais il était trop fier, contrairement à ses neveux, pour me les poser. J'ai donc pris les devants.

« Voir une hobbite capable de vivre sur la route vous perturbe à se point? » Ayant pour seule réponse un grognement, j'ai continué. « Je veux vous convaincre de me laisser vous aider à reprendre Erebor, et même si vous ne semblez pas vous intéresser à moi, je vais quand même vous parler de moi. Au moins, vous ne pourrez plus dire que je suis une étrangère. Si je sais si bien me débrouiller sur la route, c'est que j'ai passé la dernière année auprès des Dúnedains, à combattre les orcs. »

Je savais qu'avec lui, ce n'était pas une bonne idée de mentionner que la moitié de mon apprentissage s'était faite à Fondcombe et je me suis donc gardé d'en parler.

« La hache ou l'épée? »

J'ai souri à cette question. La personne qui avait ramené cette histoire jusqu'à notre monde avait même retenu les citations, mot pour mot. Visiblement, il s'attendait à ce que je n'aie pas de réponse pour lui. Je lui ai donc montré mes couteaux.

« Je sais me battre – et assez bien même – si c'était là votre question. »

Nous sommes repartis très tôt le lendemain, pressant le pas pour arriver à temps. Les jours ont passé, et nous nous rapprochions de plus en plus d'Hobbitebourg. Le nain n'était pas très bavard, mais je m'y attendais. Quand le silence me pesait trop, je racontais mes mésaventures chez les Rodeurs, sans trop savoir si ça l'intéressait ou non. Je mettais beaucoup d'énergie dans la préparation des camps et des repas, espérant que ce soit suffisant pour le convaincre.

Le 26 au soir, soit la veille de la réunion, nous avons passé la nuit dans une coquette auberge de Petite Cave, à l'extrémité ouest de la Comté. Espérant que le confort et la bière l'aient rendu plus sympathique, j'ai risqué quelques questions après le repas. Je connaissais son histoire, mais j'avais envie de l'entendre la raconter.

« C'était comment, Erebor... Avant Smaug? »

Une lueur s'était allumée dans ses yeux, et j'ai tout de suite su que j'avais posé la bonne question.

« C'était… grandiose. Dans certaines salles, le plafond était tellement haut que nous arrivions à peine à le voir. Les murs étaient lisses comme du marbre, vert profond et veinés d'or. On y tenait des banquets, d'immenses banquets qui duraient tout une nuit. Les forges marchaient jour et nuit, produisant armes, armures et joyaux plus beaux les uns que les autres. »

Il en parlait avec tant de passion, que ça me touchait au point d'avoir la gorge serrée. J'avais devant moi un tout autre nain, il semblait rajeuni et apaisé.

« C'est là que vous avez grandi? » ai-je demandé, souhaitant qu'il reste dans cet état.

« Oui. Jeune, je passais des heures à parcourir les galeries, les corridors et les halls. »

J'ai souri à l'image d'un mini Thorin courant partout dans la montagne, poursuivit par ses parents.

« C'est vraiment injuste, que Smaug vous ait ravi votre royaume… J'aimerais vraiment que vous acceptiez que je vous aide à le reprendre. »

« On verra. » Le visage du nain s'était durci et se rendant compte qu'il s'était peut-être un peu trop laissé aller, il a changé de sujet. « Et vous, d'où venez-vous? »

Surprise qu'il s'intéresse à moi, mais sachant que ma réponse ne lui conviendrait pas, j'ai pris le temps de prendre une bonne gorgée de ma bière – la bière de la Comté était vraiment excellente, Pippin et Merry avaient raison – avant de répondre.

« Je ne sais pas. Gandalf m'a trouvé, la veille de notre rencontre à Bree il y a un an et je n'avais plus aucun souvenir sur mon passé. Il m'a pris sous son aile, et nous nous sommes rendus compte que je savais bien me battre. C'est là qu'il a dit que notre rencontre à ce moment précis n'était pas un hasard et que je devrais prendre part à votre quête. Et aussi, vous l'avez peut-être vu, mais je suis plus robuste que les hobbits de la Comté et je préfère porter des bottes. Ça rend mon origine encore plus mystérieuse.. Je mets tous les efforts possibles pour me rappeler, mais je n'y arrive pas. »

J'ai attendu sa réaction, espérant que mon explication était suffisante pour lui. Mais la seule réponse que j'ai eue, a été un simple « c'est le temps de dormir ».

Je me suis réveillée en sueur, quelques heures avant l'aube. J'avais fait un terrible cauchemar. Je ne m'en rappelais pas en détail, mais j'avais des images qui me flottaient en tête.

Il y avait un bruit de bataille assourdissant, tout autour de moi. La neige sur le sol n'était plus blanche, mais rouge, couverte de sang. Devant moi, se tenait un immense orc et à ses pieds, trois cadavres. Fili, Kili et Thorin étaient tombés.

J'avais rêvé de la Bataille des Cinq Armées. Ma soif d'aventure m'avait momentanément fait oublier la fin tragique qui attendait les héritiers de Durin. Cela signifiait que je devrais les accompagner pendant des mois, sachant ce qui les attendait, sans pouvoir rien faire pour empêcher le drame. Aux dires d'Elrond et de Gandalf, je devais même faire en sorte que ça se passe comme prévu. Et en plus il fallait que ce soit précisément ces trois nains que j'avais rencontrés en premier. Trois nains qui, avouons-le, étaient plutôt avantagés physiquement et, pour les deux frères, étaient des plus sympathiques. Si seulement ils avaient étés tel que je les avais imaginés avec la description de Tolkien : vieux, barbes blanche avec capuchons de couleurs vives, comme ceux de Blanche-Neige.

C'en était trop. Il n'était plus question que je fasse partie de la quête. Cette idée me déchirait, j'avais tellement souhaité que ça marche, et j'y avais tellement mis d'effort. J'en suis venue à faire un compromis avec moi-même : je me rendrais avec la compagnie jusqu'à Fondcombe, où je resterais me reposer avant de retourner chez les Rodeurs. Ça me permettrait de revoir Gilraen et de lui donner des nouvelles des siens.

Incapable de me rendormir, je me suis levée et j'ai attendu Thorin, en prenant soin des poneys. Je souhaitais presque que mes révélations – en fait ce n'était pas vraiment des révélations, puisque je n'avais rien dit de véridique – sur mon passé l'aient convaincu de ne pas me faire confiance. Mais lorsqu'il est arrivé, il n'en a pas fait mention, demandant seulement si j'étais prête. Nous avons repris la route, sans presser le pas, sachant que nous arriverions à temps.

« Vous êtes bien silencieuse, aujourd'hui. »

Finalement, peut-être aimait-il entendre mes histoires.

« La Comté est tellement belle, je me perds dans sa contemplation », lui ai-je répondu, pour cacher que c'était mon malaise qui me rendait muette.

La noirceur était tombée depuis un certain temps quand nous sommes arrivés au pied de la Colline. Laissant nos poneys avec ceux des autres, nous nous sommes ensuite dirigés vers la porte, à travers laquelle on pouvait entendre un grand vacarme. Je me suis arrêtée à mi-chemin, pour m'installer sur le petit banc dans le jardin.

« Je vous laisse y aller. Lorsque la réunion sera finie, vous direz à Gandalf que je l'attends ici. »

Il a acquiescé, et levé le poing pour frapper à la porte.

« Entrez donc avec moi, de toute façon, vous semblez déjà au courant de nos affaires », a-t-il dit, sans même se retourner vers moi. « Et le ciel se couvre, ce ne serait pas convenable de vous laisser attendre sous la pluie. »

Et il a toqué à la porte.