Un chapitre où Evelyne apprivoise les nains (et vice-versa)!

Plus de reviews, ça me ferait vraiment très très plaisir!


Chapitre 8 : Jusqu'à Bree

Je me suis levée très tôt le lendemain. En fait je n'avais pas vraiment dormi, trop occupée à réfléchir à la suite des choses. Je savais que j'aurais le cœur déchiré, lorsque je les laisserais continuer pendant que je resterais à Fondcombe. Mais la peine serait beaucoup moins grande ainsi. Maintenant, pour me protéger d'avantage de cette douleur, il suffisait que je ne lie pas trop de liens avec les nains, particulièrement avec les trois qui ne survivraient pas à la quête. La perte d'un étranger serait beaucoup moins dure que la perte d'un ami.

Avec Thorin, ce serait facile, le nain était hautain et associable. Quoi que je comprenais maintenant mieux sa personnalité; il était ainsi en raison du fardeau qu'il portait, et j'avais presque de la sympathie pour lui. Mais peu importe, je n'aurais aucun problème à ne pas devenir amie avec lui.

Pour ce qui est de Fili et Kili, je savais que la tâche serait beaucoup plus difficile. Les deux frères étaient les plus sympathiques du groupe, et j'avais déjà deviné que c'était eux qui allaient le plus chercher à m'intégrer. Ma nouvelle personnalité, que j'avais développée au cours de la dernière année, était proche de la leur. J'avais envie de parler avec eux et de rire de leurs âneries, mais il ne fallait pas. Déjà, je luttais pour ne pas leur dire de fuir à toute jambe et retourner dans les jupes de leur mère… Mais je ne pouvais pas changer l'histoire, un point c'est tout.

Il commençait à peine à faire gris dehors, mais j'entendais les nains commencer à se réveiller également. J'ai entrepris de faire du ménage, pour que Bilbon ait une bonne surprise en se réveillant. Bientôt, j'étais aidé de cinq nains, pendant que les autres vaquaient à diverses occupations, telles que préparer le petit-déjeuner, s'occuper des poneys ou vérifier si nous avions tout l'équipement nécessaire avant le départ.

J'étais sortie dehors, pour secouer les tapis, quand Balin s'est approché de moi.

« Vous savez, chez les nains, les femmes sont si peu nombreuses que nous les cachons et protégeons. Aucun d'entre nous n'a jamais vu de femme telle que vous, demoiselle Evelyne. Ils ne sauront pas comment agir avec vous, mais j'ai confiance que ça passera et vous deviendrez l'une des nôtres. Je sens que vous apporterez quelque chose de bon, dans cette quête. »

« Merci Balin », lui ai-je répondu en souriant. « Ça me touche, de voir que vous me faites confiance. »

Ce nain était vraiment le plus censé du groupe, ai-je pensé. Du moins, jusqu'à ce qu'il ait la très mauvaise idée de reprendre la Moria, dans de nombreuses années.

Une fois le petit-déjeuner pris et les poneys prêts, les nains ont convenu qu'il était temps de partir : Bilbon ne s'était pas pointé, ce n'était plus la peine de l'attendre. Depuis leur réveil, ils avaient tenu paris à savoir s'il allait venir ou non.

« Eh bien, c'est le temps de payer! » a dit Nori dès que nous nous sommes mis en marche.

« Attendons encore quelques instants, voulez-vous. Laissons une dernière chance à M. Sacquet », a demandé Gandalf.

Je me suis dit que ce serait un bon moment pour glisser une information, question que les nains croient vraiment en mon don. Il fallait qu'ils aient confiance en ce que je leur disais, pour qu'ils m'obéissent en cas d'urgence.

« Gandalf a raison… Bilbon pourrait vous surprendre », ai-je dit en faisant un clin d'œil au magicien.

« Alors vous savez..? » a demandé Bofur.

« On verra bien… »

Heureusement, j'avais en effet eu raison. Bilbon était accouru, quelques minutes plus tard, avec son contrat signé. Après avoir repris la route et évité de justesse de me prendre un sac d'argent en pleine tête, je suis allée chevaucher à côté du hobbit.

« Merci. » Il m'a demandé pourquoi, et j'ai continué. « Pour être venu. Connaissant les nains, ils ne vous le diront pas. Et je vous remercie personnellement, j'aurais détesté être le seul non-nain. Le magicien ne compte pas, il est trop… trop magicien. »

La journée passa vite, agrémentée de nombreuses chansons. Nous avions devant nous quelques jours de chevauchée à travers la Comté et l'humeur était bonne. La nuit tombée, nous nous sommes arrêtés dans une auberge de La Grenouillère, dans le quartier Est. Le lendemain fut très semblable, hormis le soir, où nous avons monté un campement en bordure du Brandevin.

C'est là que j'ai compris ce dont Balin m'avait parlé. J'essayais d'aider : d'amener du bois pour le feu, de transporter les sacs ou de prendre soin des poneys… Mais dès que j'entamais une tâche, un nain venant me prendre ce que j'avais dans les mains pour le faire à ma place.

« Non, non laissez, je vais m'en occuper », ou « c'est trop lourd, je vais le porter ».

J'ai attendu que nous soyons tous autour du feu à prendre notre ragoût pour mettre les choses au clair. Il n'était pas question que les prochains mois se déroulent ainsi. Je me suis levée debout et j'ai pris mon air le plus fâché possible – ce qui était facile, parce que j'étais véritablement fâchée.

« Je ne suis pas une naine. Et je ne suis pas non plus une femme hobbite typique. Si vous avez accepté que je vienne, c'était parce que je pouvais aider. Mais si vous ne me laissez rien faire sous prétexte que je suis une femme, je vais m'en aller tout de suite. »

« Mais.. »

« Non, pas de mais! Traitez-moi comme si j'étais un nain, comme vous! Oubliez que je suis une femme! Avec les rodeurs c'est ainsi que nous avons fonctionné et tout s'est très bien passé! »

Je les ai regardés un à un, avec un regard qui se voulait dur, pour leur faire comprendre que j'étais sérieuse. Balin souriait, il a donc plutôt eu droit à un clin d'œil. Quand mon regard s'est posé sur Thorin, j'ai été surprise de voir qu'il souriait lui aussi. J'ai rapidement chassé mon questionnement, pour regarder le nain suivant.

Le lendemain matin, j'ai été heureuse de constater que personne ne m'empêchait de participer aux tâches. C'était notre dernière journée dans la Comté et je savais que plusieurs semaines de routes nous attendaient avant le prochain évènement dont j'avais la connaissance (le pépin avec les trolls). Sachant donc que j'aurais amplement le temps de réfléchir à cela plus tard, je me suis concentrée sur l'apprentissage des chansons de route des nains. Je pouffais souvent de rire devant les paroles, en leur soulignant comment ça pouvait être ridicule (un potiron qui sautille, vraiment?).

C'était la dernière journée d'avril, et le temps était doux. Le soleil aidait grandement à l'humeur du groupe. L'après-midi était entamée depuis quelques heures quand Fili, Kili et Bofur sont venus à mon niveau, entre deux chansons.

« Alors, si on doit vous traiter comme un homme… » a commencé Bofur.

« La première étape serait de me tutoyer », ai-je dis avant qu'il ne continue.

Les trois nains se sont regardés, d'abord surpris par ma demande. C'était aussi quelque chose que j'avais fait avec les Dúnedains. Je savais que c'était la norme en Terre-du-Milieu, mais je ne me sentais jamais à l'aise quand on me vouvoyait.

« D'accord », a répondu Fili. « Mais tu dois nous tutoyer aussi. »

« Youhou! » voyant l'entièreté de la compagnie se retourner vers moi, je me suis rendue compte que je m'étais exclamé un peu trop fort. « Désolée, ce n'est rien. »

Que j'aie laissé sortir ma joie sans trop y réfléchir me prouvait que je me sentais de plus en plus à l'aise parmi les nains. Dire que je m'étais promis le contraire il y a quelques jours… J'ai chassé ces pensées, préférant profiter du moment présent.

« Qu'est ce que tu voulais me dire? » ai-je demandé à Bofur.

« Que tu allais devoir prendre ta bière cul-sec, comme nous, quand nous arrêterons à Bree. »

Les trois me regardaient, attendant visiblement une réaction outrée de ma part.

« Vous pourriez être surpris de la quantité d'alcool que je peux ingérer! »

Notre joyeuse conversation a continué jusqu'à ce qu'on s'arrête pour la nuit. Je leur ai parlé des fêtes données par les rodeurs, qui étaient rares mais où la bonne bière coulait à flot. Ils m'ont expliquée comment se passaient les banquets nains, allant de toute la nourriture qu'on y trouvait aux danses traditionnelles. J'étais beaucoup intéressée par leur culture, trouvant leurs explications beaucoup plus révélatrices que ce que j'avais pu lire dans les livres de Fondcombe.

Après le repas, Bilbon s'est décidé à poser la question qui devait lui bruler les lèvres depuis notre départ.

« Gandalf a mentionné que vous étiez de la race des Fort… Comment est-ce possible? »

« Je ne sais pas… »

Sauf Thorin, aucun des nains ne savait en détail mon histoire de perte de mémoire. J'avais soigneusement évité le sujet jusqu'à maintenant. Mais voyant que tous les nains étaient silencieux depuis la question de Bilbon, j'ai su que c'était le moment de m'expliquer.

« Gandalf m'a trouvé inconsciente, exactement un an avant la réunion à Cul-de-Sac et la veille de sa rencontre avec Thorin à Bree. Quand je me suis réveillée, je ne savais pas où j'étais ni d'où je venais. Je connaissais mon nom, c'est tout. Je ne savais même pas que j'étais un hobbit Fort, c'est Gandalf qui l'a tout de suite vu. Et pendant que nous discutions dans un petit salon du Poney Fringant, j'ai eu le pressentiment qu'il devait absolument se rendre dans la salle commune, pour rencontrer quelqu'un d'important. »

J'ai repris mon souffle, tout en observant la réaction des nains. Leur expression variait entre l'épouvante et l'incompréhension.

« Mais qu'est-ce que c'est, qu'un hobbit Fort? » a demandé Ori.

« À l'origine des hobbits, il y avait trois branches », a expliqué Bilbon. « Il y avait les Pieds velus, qui étaient plus nombreux et sont ceux qui ressemblent le plus aux Hobbits d'aujourd'hui. Il y avait ensuite les Pâles, qui étaient plus clairs de peau et de cheveux et qui étaient plus grands et minces. Et les Forts, ils étaient plus larges, plus lourds, plus grands. C'étaient les seuls à parfois porter des bottes. De nos jours, ces trois branches sont mélangées, mais il arrive que dans une famille on puisse distinguer une forte veine de Pâle ou de Fort. Mes cousins Took et Brandebouc, par exemple, ont une bonne part de sang Pâle. »

J'étais heureuse que Bilbon ait répondu, je ne connaissais pas autant de détails. Les nains ont cogité quelques temps sur ces révélations, avant de retourner leur attention vers moi.

« Vous n'avez aucun souvenir? »

« Balin, quand j'ai demandé à être tutoyée, ça comptait aussi pour toi, » lui ai-je d'abord dit en souriant. « Non, je ne me souviens de rien… J'ai essayé, et j'essaie encore, mais c'est complètement noir. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, et Gandalf non plus. Il m'a donc amené chez les elfes, espérant qu'ils pourraient aider, mais.. »

« Chez les elfes!? » s'est exclamé Thorin avec dégoût, me coupant la parole. Puis il s'est tourné vers Gandalf. « C'est une manie chez vous, de vouloir apporter tout le monde chez ces êtres immondes? »

Sa réaction m'a confirmé que j'avais bien fait de ne pas parler de mon apprentissage à Fondcombe, quand j'essayais de me faire accepter. Mais il était temps que j'en parle, plutôt qu'ils le découvrent quand nous arriverions à la Vallée Cachée.

« Les elfes ont un grand savoir Thorin », lui a rétorqué Gandalf.

« Et ils ont été très gentils », ai-je continué. « Ils m'ont hébergé, donné mes couteaux et appris à me battre, sans rien demander en échange. »

« Vous avez dit avoir passé la dernière année chez les rodeurs. Je ne permets pas qu'on me mente. »

« C'était plus une omission… J'ai également été chez les rodeurs, et c'est auprès d'eux que j'ai le plus appris. Si je n'ai pas mentionné Fondcombe, c'est que je connais l'animosité que les nains ont envers les elfes. M'auriez vous accepté même en me sachant amie des elfes? »

Thorin ne m'a pas répondu, mais au regard qu'il me laçait, sa réponse était claire. Sa mauvaise humeur envers moi a persisté les deux jours suivants, jusqu'à notre arrivée à Bree.

Heureusement, la plupart des autres nains n'avaient pas changé d'opinion à mon propos. Ceux qui se tenaient déjà loin de moi, soit Gloïn, Bifur et Dwalin, continuaient de volontairement m'ignorer. Nori, Dori et Oïn, je les avais classés comme neutres. Ils n'étaient pas particulièrement joviaux envers moi, mais ils n'étaient pas non plus méchants. Quoi que Oïn m'a surpris, quand il est venu me voir, le lendemain de ma déclaration, pour me proposer diverses potions ou herbes qui pourraient m'aider à retrouver la mémoire. Gandalf et Balin chevauchaient presque toujours à l'avant, avec Thorin, ce qui faisait que je me tenais loin d'eux.

Il restait Ori, Bombur, Bofur, Fili, Kili et Bilbon, avec qui je passais la grande partie de mon temps. Les nains ont passés ces deux journées à me proposer diverses solutions, pour retrouver la mémoire et à nommer chaque région de la Terre-du-Milieu qu'ils connaissaient, espérant que cela me rappelle quelque chose. Bilbon, de son côté me posait des questions sur Fondcombe, auxquelles je répondais avec plaisir. Je lui avais même glissé, sans que personne n'entende, qu'il allait peut-être pouvoir constater tout cela de ses propres yeux.

En entrant à Bree, Thorin nous a annoncés que nous y passerions deux nuits, puisque nous devions en profiter pour se procurer d'avantage de vivres et divers équipements que nous n'avions pas trouvés dans la Comté.

Nous nous sommes donc retrouvés, ce soir là, assis autour d'une longue table du Poney Fringant, avec la ferme intention de profiter du fait que nous ne reprenions pas la route le lendemain matin. Fili, Kili et Bofur se souvenaient parfaitement de mes propos concernant la bière, et je me suis donc retrouvé, un peu contre mon gré, à participer à leur concours de boisson. La règle était simple : celui qui vidait le plus grand nombre de choppes gagnait. Gandalf et Bilbon étaient partis se coucher, et tout le reste de la compagnie participait, même Thorin et Balin, qui m'avaient pourtant semblé être plus censés.

J'étais consciente que je n'avais aucunes chances de gagner, mais j'étais bien déterminée à ne pas être la première à céder. Lorsque Thorin et Balin ont abandonné ensemble, après quatre choppes, j'ai compris qu'ils n'avaient participé que par principe, pour faire plaisir aux autres. Ils se sont dirigés vers une table voisine – qu'on avait identifiée comme celle des perdants – pour discuter tranquillement. Après la cinquième bière, la plupart des regards se sont tournés vers moi. Visiblement, ils s'attendaient à ce que je sois la prochaine à partir. Mais même si ma tête commençait à tourner, il était hors de question que je leur donne ce plaisir. Au milieu de la septième choppe, Ori s'est levé, se déclarant trop fatigué pour continuer. J'ai fini la mienne jusqu'à la dernière goutte, avant de me lever à mon tour, en essayant de tenir le plus droit possible.

« J'espère ne pas trop vous décevoir, mes chers petits amis… »

« Hey mais on est aussi grands que toi! » ai-je entendu crier.

C'est vrai, mon état d'ébriété m'avait momentanément fait oublier que j'étais une hobbite. Oubliant également mon manque d'équilibre, je suis montée sur ma chaise.

« Plus maintenant. Donc, je disais que j'espère ne pas trop vous décevoir, mais je vais arrêter ici, avant de perdre le contrôle et de faire des folies. »

« Quel genre de folies? »

J'ai fait semblant de ne pas entendre et je suis descendu de ma chaise en riant. Et puis, – je ne sais ce qui m'a poussé à faire cela, peut-être l'idée de leur montrer un exemple du genre de chose que l'alcool me faisait faire, ou simplement pour montrer que je les appréciais – j'ai fait le tour de la table, donnant un bref câlin à chacun des nains. Ils sont presque tous restés figés, et je me suis retrouvé à faire un câlin à leur dos, sauf (évidemment) Fili, Kili et Bofur, qui me l'ont rendu.

Je me suis ensuite dirigée vers la table des perdants, où Ori dormait déjà, la tête contre la table. Thorin et Balin, quant à eux me regardaient avec un air des plus sérieux et j'ai tout de suite su que je les avais contrariés.

« Vous auriez voulu un câlin aussi? » ai-je demandé d'une petite voix, même si je devinais que là n'était pas le problème.