( Avant de se lancer, je profite du moment pour ouvrir une parenthèse de précision/explication!
Je vais me servir de la review que CelebrenIthil vient de me laisser pour expliquer des trucs, que de toute façon je comptais expliquer bientôt! Pour simplifier la tâche (et pour vous éviter d'avoir à aller dans les reviews pour voir de quoi je parle), je vais copier les bouts auxquels je réponds!
« J'aurais aimé mieux connaître notre héroïne lors de ce chapitre, ainsi que Gilraen […] et les rôdeurs. Comment Évelyne s'est sentie la première fois qu'elle a tué un orc, […] Ça doit faire son impression, non? Surtout au corps à corps!
Je me demande si elle a eu peur, ou si elle se sent détachée et invincible un peu comme dans un rêve... De quoi elle s'ennuie de son monde, des situations où elle a vécu un choc des cultures... Enfin bref, Évelyne m'intéresse beaucoup! […] notre narratrice, elle, c'est un mystère. »
En fait je me suis beaucoup questionné là-dessus (et je continue de le faire). Mais ma ligne directrice, c'est que c'est elle qui raconte son histoire, donc elle choisi quels éléments elle va d'avantage développer. Et comme elle connait le dénouement de l'histoire, elle choisi de parler des trucs qui sont plus pertinents pour comprendre ses choix/actions futurs. Même chose par rapport à ses sentiments : elle n'aime pas beaucoup parler et ça la gêne (ex : elle n'a pas envie de dire à quelle point elle était terrifiée à son premier orc), donc parfois elle n'en parle pas (ou ment par omission, en disant que c'était facile, sans élaborer le reste).
Mais là je me suis rendue compte que c'est vrai que des fois ça serait plaisant d'en savoir plus, ou d'avoir le point de vue de quelqu'un d'autre.. Donc si ça vous intéresse, chers lecteurs (lectrices surtout), à la fin, je pensais faire une genre de suite, où on pourrait apprendre le point de vue des autres. Et je pourrais en profiter pour élaborer plus sur certains trucs/évènements qui vous intéressent!
Bref, maintenant, si vous vous dites « mais pourquoi ce dialogue là est développé et pas les autres? », vous allez mieux comprendre pourquoi!
Fin de la parenthèse! )
Un peu plus tranquille, ce chapitre! Encore de l'apprivoisement nains / Evelyne. Il faut bien passer par là : ce cher Tolkien ne les a pas programmés pour partir à l'aventure avec une femme hobbite!
Bonne lecture! :)
Chapitre 9 : Ragoût de fille
Je me suis assise, toujours sous le regard accusateur des deux nains, question d'avoir un peu moins l'impression que la salle tournait autour de moi.
« C'est quoi, le problème? » ai-je demandé en regardant Balin.
« Je comprends que vous.. que tu ne veux pas être traitée différemment parce que tu es une femme », a gentiment répondu Balin. « Mais ça ne change rien au fait que tu es la seule femme parmi un groupe de nains. Prend garde aux gestes que tu poses, ils pourraient être mal interprétés. »
« Pardon, je n'y ai pas pensé. »
J'étais sincère; il avait raison. Je m'étais laissé emporter, oubliant ma promesse de ne pas trop me rapprocher des nains. Définitivement, tout ça aurait été tellement plus facile si les nains avaient été tels que je les avais imaginés avec le livre – des nains de Blanche Neige – plutôt que comme dans le film. Le vieux nain m'a souri, comme pour me réconforter. Thorin, quant à lui, m'a tout simplement ignoré.
Tôt le lendemain, j'ai été réveillée par un ronflement sonore. Je me suis brusquement assise dans le lit – chose que j'ai vite regretté en constatant ma solide gueule de bois. J'étais seule dans un grand lit, mais quatre nains dormaient à même le plancher de la chambre. La mémoire m'est revenue tranquillement : question d'économie (et aussi parce que l'auberge n'avait pas suffisamment de chambres disponibles) nous avions décidé de partager quatre chambres. Les ronflements venaient de Bombur, qui avait gagné la compétition. Visiblement, son gros ventre lui permettait d'ingérer autant de bière que de nourriture. Incapable de me rendormir, je me suis levée.
Dans la salle à manger, il n'y avait que Gandalf, Bilbon et Thorin. En m'assoyant avec ces derniers, j'ai ressenti le besoin de m'expliquer pour mon comportement de la veille auprès du chef.
« Thorin… Je sais que j'ai mal agi hier. Je sais que mon comportement est atypique, et je vais en glisser un mot quand nous serons tous ensemble. Je ne veux vraiment pas qu'il y ait de malentendu. »
Pour toute réponse, il a hoché de la tête, une fois. C'était déjà mieux que la veille.
Pour la journée, chacun des membres de la Compagnie s'est vu attribué une corvée. Pendant que certains allaient faire des courses et que d'autres s'assuraient que les poneys étaient toujours bien ferrés, j'ai hérité de la tâche, avec Bilbon, de faire l'inventaire de notre matériel. Il fallait s'assurer que rien ne manque, puisque selon l'itinéraire, nous ne traverserions pas d'autre ville avant d'arriver à Esgaroth.
« Les aventures ne sont pas si désagréables que ça, finalement », m'a dit le hobbit alors que nous remballions le tout.
Je lui ai souri. Pauvre Bilbon, il n'avait aucune idée de ce qui l'attendait. Quoi que pour l'instant, il avait raison : tout se passait bien.
La soirée a été beaucoup plus tranquille que celle de la veille, puisque nous devions reprendre la route au levé du soleil. Tel que prévu et promis, j'ai clarifié les choses auprès des nains.
« Je sais que je n'ai vraiment pas le comportement d'une dame. Je suppose que ma perte de mémoire m'a aussi fait perdre l'étiquette et les bonnes manières pour une femme d'agir avec les hommes. J'espère que vous n'avez pas mal interprété la familiarité dont j'ai fait preuve. Je suis comme ça, c'est la manière dont j'agis avec mes amis. »
Cela a semblé les mettre plus mal à l'aise qu'autre chose. Je suppose que pour ça aussi, j'avais manqué d'étiquette et été trop directe. Heureusement, le hochement de tête approbateur de Balin m'a rassuré et je suis retournée à mon assiette, la conscience tranquille.
Une semaine a passé, après notre départ de Bree, et nous étions maintenant en plein milieu des Terres Solitaires. J'avais chevauché presque la totalité de temps avec Bilbon. J'aimais entendre parler de la Comté et cela me gardait loin des nains. Certains avaient remarqué mon changement de comportement, mais malgré leurs protestations j'étais restée distante, les ignorant le plus possible. Oui, je trouvais cela difficile moi aussi, mais je savais que je n'avais pas le choix. Jusqu'à maintenant, la quête se déroulait comme prévu, ce qui me confortait dans ma décision de rester à Fondcombe.
Les Terres Solitaires étaient lugubres. Nous ne chantions plus et Thorin avait établi des tours de garde toutes les nuits. Le plus souvent possible, nous mangions ce que Fili et Kili pouvaient chasser (c'est-à-dire presque exclusivement des lapins) pour éviter que nos réserves ne diminuent trop vite.
C'était donc une fin d'après-midi de la mi-mai et Bilbon et moi étions en fin de convoi. J'en avais assez du lapin, ainsi, depuis quelques jours mes sens étaient en alerte, espérant tomber sur un cerf. En apercevant les pistes en bordure de route, j'ai mentalement remercié les rodeurs de m'avoir appris à si bien pister. Bilbon m'a vu descendre de mon poney et il a crié aux autres d'arrêter.
« Pas d'arrêt », ai-je entendu crier Thorin à l'avant. « Nous devons avancer d'avantage avant que la nuit ne tombe. »
« Dans ce cas continuez, je vous rattraperai », ai-je répondu en prenant mon arc qui était attaché sur mon poney. « Mais par pitié ne parlez pas si fort, si vous voulez enfin manger autre chose que du lapin. »
Comprenant que je partais chasser, il a fait signe à Fili et Kili de me suivre pendant que le reste de la Compagnie repartait.
« Vous restez ici ». ai-je chuchoté en les voyant se préparer à suivre les pistes avec moi. « Vous faites trop de bruits, vous allez l'effrayer. Je vais siffler quand vous pourrez venir. »
Ils ont voulu protester, mais se sont résigné en voyant que j'étais sérieuse. Il m'a fallu moins de dix minutes pour régler l'affaire. Le pauvre cerf avait dû quitter la route en nous entendant arriver, et il n'était pas allé très loin, attendant que la Compagnie soit passée pour reprendre son chemin. Comme son attention était portée vers Fili et Kili – qui réussissaient à être trop bruyant même en restant silencieux – je n'ai pas eu de problèmes à l'approcher.
Le temps de le dépecer et de l'attacher sur les poneys, le reste du groupe avait une bonne heure d'avance sur nous. Nous avons donc pressé le pas, espérant les rejoindre avant la noirceur. Évidemment, les deux frères ont profité de ce moment pour essayer de comprendre mon brusque changement de comportement.
« Où est passé l'Evelyne de la première semaine, celle qui nous demandait de la tutoyer et qui chantait avec nous? »
« Maintenant que nous sommes dans les Terres Sauvages », ai-je répondu en soupirant, « elle a réalisé que cette quête est sérieuse et périlleuse. Ce n'est pas le moment, ni l'endroit pour s'amuser. »
« Quand nous ferons face au dragon, là nous pourrons être sérieux. Mais pour le moment tout se passe bien, profitons-en. Et je ne vois pas le problème avec la familiarité dont tu as fait preuve, au contraire, ça nous surprenait positivement et ça nous faisait tous du bien. »
Je suis restée silencieuse, et j'ai réfléchi à leurs propos. Si seulement ils connaissaient la suite des choses… Mais je ne pouvais pas m'empêcher de leur donner raison : mieux valait profiter du moment présent, pendant que tout allait bien. Avant longtemps, ils n'auraient plus aucune raison de sourire. Je me suis rendu compte que j'avais été égoïste, en laissant tomber leur amitié pour me protéger. Il n'était toujours pas question que j'aille avec eux jusqu'à Erebor, mais si je pouvais rendre la première partie du voyage plus agréable, ce serait au moins ça. Plus de retenue, je serais moi-même à nouveau.
« Pour de si jeunes nains », ai-je fini par répondre, « vous parlez bien sagement. »
« Qui est-ce que tu traites de jeunes! » a rétorqué Kili, se sentant visiblement visé. « Tu as le même âge que nous! »
« Vous ne connaissez même pas mon âge! »
« Et quel âge as-tu? »
« Euh… »
J'essayais de faire un rapide calcul. Mon âge humain serait maintenant de 30 ans, mais si je me souvenais bien, les Hobbits atteignaient la majorité à 33 ans. Ça voulait dire que j'avais peut-être 50 ans, en âge Hobbit… Ouch.
« Je ne me rappelle plus. » C'était beaucoup plus simple, comme réponse. « Quel âge me donnez-vous? »
« 75! »
« QUOI! » ai-je crié, en manquant m'étouffer.
« En âge nain. En âge hobbit, par contre, je ne sais pas. »
« Et vous? » ai-je demandé, curieuse, « Quel âge avez-vous? »
« J'ai 82 et Kili a 77 », a répondu Fili.
« Donc, vous pensez que je suis plus jeune que Kili!? C'est ridicule, il n'a presque pas de barbe! »
Celle-là, Kili l'a trouvé moins drôle. Fili, par contre, en a presque tombé de son poney. Ça me faisait drôle, de penser qu'en réalité, ils avaient plus du double de mon âge. Pourtant, ils paraissaient si jeunes! Je me réconfortais en me disant qu'au moins, j'étais plus mature qu'eux.
Nous avons rejoint les autres une quarantaine de minutes plus tard, en plein fou rire. La bonne humeur s'est rapidement propagée, lorsque le reste du groupe a vu que nous rapportions un cerf. J'ai même surpris Thorin à sourire. Bon ça ressemblait d'avantage à un rictus du coin de la bouche, mais je me suis dit que venant de lui, c'était déjà très bien.
Quand j'ai vu l'endroit qu'ils avaient choisi pour la nuit, un plateau à flan de cran rocheux, j'ai souri. C'était, de loin, mon moment préféré du premier film et j'étais heureuse qu'il ait lieu pour de vrai et de pouvoir y assister. Le ventre plein par le cerf délicieusement cuisiné par Bombur, j'ai dû lutter pour ne pas tomber endormie immédiatement après le repas.
Je me suis installée près de Gandalf et j'ai fumé la pipe avec lui, silencieusement. Nous nous étions très peu parlé depuis le départ de Cul-de-Sac. Je suppose qu'il avait peur que je lui dévoile des informations qui auraient influencé ses actions et moi, je voulais éviter qu'il devine que je resterais à Fondcombe. Mais je croisais souvent son regard approbateur : il semblait satisfait de la place que je m'étais faite dans la Compagnie.
Bilbon a fini par se faire réveiller par les ronflements et les choses se sont enchaînées, telles que dans le film. Balin a commencé son récit de la bataille d'Azanulbizar et je l'écoutais attentivement, mais sans le regarder. J'avais les yeux rivés sur le dos de Thorin. Il avait été l'un de mes personnages préférés, et c'était drôle de penser que maintenant, il était celui qui était le moins sympathique envers moi (ce qui, de toute façon, me convenait bien). Il était bourru et entêté. Mais malgré tout, je ne pouvais pas lui en vouloir. Il portait la souffrance de son peuple sur les épaules, ainsi que la perte de son grand-père, de son père et de son frère.
« Et je me suis dit, alors, il y en a un que je pouvais suivre. Il y en a un, que je pourrais appeler Roi. »
C'était cette phrase, ce moment précis de la scène, qui m'avait permis de comprendre toute la profondeur du personnage de Thorin. Alors que ce dernier traversait le groupe (qui ne s'était pas levé debout de manière théâtrale comme dans le film, mais qui était néanmoins assis, à le fixer) son regard a croisé le mien, et j'ai eu un frisson. Au moins, contrairement à la fois de la chanson, je n'avais pas pleuré ce coup-ci.
Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit là. Je me demandais si Azog allait être toujours vivant ou si ce allait se passer comme dans le livre. Je croisais les doigts pour que ça se passe à la manière de Tolkien, avec Bolg, qui n'apparaîtrait qu'à la fin.
Deux autres semaines de chevauché ont passé. Le temps était de moins en moins clément, malgré le mois de juin qui approchait. Je m'étais fait un devoir de soutenir le moral des troupes, c'était donc souvent moi qui entamais les chansons. Les nains n'étaient pas toujours motivés à chanter, mais quand ils m'entendaient défaire les paroles, ils se joignaient à moi en riant.
Depuis que je les avais nourris plusieurs jours avec le cerf, j'avais l'impression que l'ensemble du groupe m'acceptait mieux. Même Dwalin était venu discuter avec moi à quelques reprises.
Un soir, alors que j'aidais Bombur à sortir son matériel de cuisine, j'ai vu Gandalf se diriger d'un pas rapide vers son cheval, maugréant contre les nains. Les Trolls, ai-je pensé. Déjà, je pouvais déjà sentir le stress monter, en même temps qu'une montée d'adrénaline. J'achevais de manger mon ragoût, quand j'ai vu Bofur donner les portions de Fili et Kili à Bilbon. Apparemment, ça se passerait comme dans le film.
Je me suis dirigée droit vers Thorin.
« Tenez-vous prêt, il va falloir combattre des Trolls », lui ai-je annoncé.
« Vous prenez le parti de Gandalf, vous voulez me pousser jusqu'à Fondcombe », m'a-t-il répondu froidement. « Des Trolls? Vous auriez pu trouver mieux, il n'y a pas de Trolls si loin au sud. »
« Il faut me croire! Je l'ai vu! »
Son froncement de sourcil m'a prouvé qu'il ne me croyait pas du tout. Ça voulait dire qu'il n'avait jamais cru à mon histoire de don qui me permet de voir le futur. J'aurais dû être en colère, mais au fond de moi, j'étais fière qu'il m'ait accepté pour autre chose que ce supposé don.
J'ai grogné en sa direction, et je suis partie vers l'endroit où je devinais que les Trolls devaient être. Je suis vite tombée sur Fili et Kili, qui se cachaient derrière un arbre.
« Très brave de votre part, de laisser aller le pauvre Hobbit! » ai-je rapidement dis en passant près d'eux. « Allez chercher du renfort, on en aura besoin! »
Et j'ai poursuivi ma route, directement vers la lueur du feu des Trolls. Quand je suis arrivée, j'ai vu qu'ils venaient tout juste de remarquer la présence de Bilbon. Je n'avais jamais combattu de Troll, mais connaissant leur stupidité, j'étais certaine de pouvoir tenir jusqu'à l'arrivée des nains. Je me suis élancée droit vers eux, couteaux en main.
C'était sans compter la racine, qui se dressait sur mon chemin. Je me suis étalée de tout mon long, face à trois Trolls affamés.
« Qu'est-ce que c'est? » a demandé l'un d'eux.
J'ai senti une main puissante m'agripper la cheville et me soulever la tête en bas.
« C'est une petite fille! J'adore les petites filles! En ragoût, c'est mon met préféré. »
