Dans ce chapitre, Evelyne prend une importante résolution! Il fallait bien passer par là!
Bonne lecture!
Chapitre 16 : L'orée de la Forêt Noire
Je me suis réveillée dans des couvertures de laines, sur un petit matelas de paille. Les nains avaient eu la gentillesse de m'y amener sans me réveiller – c'était tout de même un peu de leur faute, avec leur hydromel, si j'étais tombée endormie aussi profondément.
Le bruit qui m'avait réveillé était en fait Bofur, qui venait de trébucher sur Bilbon.
« Allez les hobbits paresseux », nous a-t-il lancé, « il est l'heure de sortir du lit, sinon il ne vous restera plus rien pour déjeuner! »
Bilbon s'est empressé de se lever et a presque couru jusqu'à la véranda. Cette gourmandise était bien une autre caractéristique des hobbits que je n'avais pas tout à fait.
« On m'a aussi chargé de te demander comment vont tes blessures », a dit Bofur en s'assoyant près de moi. « Oïn dit que tu dois remettre de la pommade pour aider la cicatrisation. »
« J'en mettrai alors », lui ai-je répondu en prenant le pot qu'il me tendait. « C'est moins douloureux, mais toujours autant inconfortable. »
« En tout cas, ça ne t'as pas empêché de dormir comme une bûche! »
Et il est reparti en riant, me laissant seule pour que je puisse appliquer la pommade. Bon il n'y avait pas de séparation entre le coin où nous avions dormi et le reste de la maison, mais au moins je pouvais l'appliquer sans enlever mes vêtements. La coupure sur l'épaule était en meilleur état que les traces de griffes, dont je garderais certainement les marques pour toujours. Leur position – sur la hanche – faisait qu'il y avait de la friction avec mes pantalons, ce, en plus d'être douloureux, n'aiderait certainement pas à la guérison.
Une fois la pommade appliquée, j'ai rejoint le reste de la Compagnie. Ils étaient en pleine argumentation quant à l'absence mystérieuse de Beorn et de Gandalf.
« Ne vous inquiétez pas, ils reviendront avant la nuit », leur ai-je expliqué. « En attendant, profitons du beau temps et de la sécurité de la propriété de Beorn. »
Cela a semblé un peu les rassurer, puisqu'ils ont cessé d'en discuter. Décidément, ils avaient de plus en plus confiance en mes conseils. Seul ou en petits groupes, ils sont partis s'installer dans différents coins du jardin ou de la maison, vacants à diverses occupations. Avant de partir, Oïn s'est lui-même enquis de l'état de mes blessures.
« Je crois qu'il me faudrait un bandage », lui ai-je répondu.
« Je m'en doutais bien. Nous en demanderons à notre hôte quand il reviendra », a-t-il acquiescé.
Après avoir pris autant de pain avec du miel que me le permettait mon estomac – qui n'était pas tout à fait remis de la dose d'hydromel de la veille – je suis allée rejoindre Ori et Bilbon, qui s'étaient installés sous un arbre. Le jeune nain était en train de dessiner le hobbit. Je l'avais déjà vu à l'œuvre, mais ce coup-ci j'étais vraiment impressionné par la ressemblance et l'exactitude de son dessin.
« C'est vraiment magnifique, Ori! »
« Oh! » s'est-il exclamé en cachant son carnet avec sa main, « ne regardes pas, ça me gêne! »
J'ai ri, mais j'ai obéi. Je me suis assise dans l'herbe face à lui, aux côtés de Bilbon.
« Tu es certaine qu'il ne faut pas s'inquiéter de l'absence de Gandalf? » m'a demandé le Hobbit au bout de quelques minutes.
« Nous le reverrons bientôt… Et de toute façon il faudra s'y faire, il a dit qu'il nous quitterait sous peu. » Voyait l'air affligé qu'affichait Bilbon, j'ai poursuivi. « Tout se passera bien, même sans le magicien à nos côtés. »
Ce n'était pas tout à fait la vérité, mais il fallait bien que je réconforte le pauvre hobbit. J'ai ensuite fait dériver le sujet sur des choses moins sérieuses et déprimantes, en commençant par parler des incroyables animaux de Beorn. Nous sommes restés ainsi un peu plus d'une heure, avant que Bilbon ne demande à Ori s'il avait terminé, puisqu'il voulait aller se dégourdir un peu les jambes (mais je le soupçonnais fortement de vouloir aller se chercher un second petit-déjeuner).
« Bien sûr, j'ai fini depuis un bon moment déjà! » a répondu le nain. « Je travaille un portrait d'Evelyne, maintenant. »
« QUOI?! »
Je me suis levée comme une flèche, mais Ori a été plus rapide et avait déjà refermé son carnet.
« Ça te gênait que je te regarde pendant que tu dessinais Bilbon, mais moi, ça me gêne de me faire dessiner. »
Le nain m'a fait un sourire d'excuse, et je savais que même si ses oreilles étaient rouges d'embarras, il poursuivrait mon portrait dès qu'il en aurait l'occasion. Bilbon s'est éloigné de nous en riant et Ori a décidé de le suivre – certainement pour se trouver une cachette pour continuer à dessiner.
Je me suis étendue dans l'herbe et j'ai profité de ce moment de solitude pour réfléchir à ce qui s'en venait. Gandalf nous quitterais à l'orée de la Forêt Noire, et ensuite nous passerions plusieurs semaines à y errer. Je me souvenais que la Compagnie finissait affamée, avant la mésaventure avec les araignées et la capture par les elfes, et je me suis donc promis de m'assurer qu'ils emportent plus de nourriture que prévu.
Au bout d'un certain temps, on m'a appelé sur la véranda : les animaux de Beorn nous avaient sorti un encas. J'ai ensuite passé l'après-midi à m'entraîner avec mon arbalète, accompagnée de Kili. Il me donnait divers conseils, par exemple comment viser une cible en mouvement ou comment mesurer les distances pour ajuster mont tir.
Quand le soleil a commencé à descendre, nous sommes retournés à l'intérieur de la maison. Peu de temps après que les merveilleux animaux nous aient à nouveau servi à manger, Gandalf est arrivé. Il nous a expliqué qu'il avait suivi la trace de Beorn et que ce dernier s'était dirigé vers les Monts Brumeux. Puis, il a déclaré que l'endroit était parfait pour les ronds de fumée et s'est attelé à la tâche, vite accompagné par quelques-uns des nains. Les autres sont partis s'installés autour du feu et ont commencés à chanter. Je suis restée à la table, avec Gandalf, Fili, Balin, Dwalin, Dori et Thorin, et j'ai sorti la pipe que Balin m'avait gentiment prêtée.
Je regardais avec envie leurs ronds de fumée, surtout ceux de Gandalf, qui allaient où il leur commandait et prenaient diverses couleurs. J'avais essayé d'apprendre à en faire – des normaux s'entends, pas comme ceux de Gandalf – mais c'était peine perdu.
« C'est Thorin qui nous a enseignés, à Kili et moi », m'a dit Fili en voyant ma jalousie, « tu devrais lui demander. »
Mais je n'ai pas eu à demander au principal intéressé, puisqu'il était justement assis du même côté de la table que moi. Je n'étais pas certaine de l'idée de recevoir des leçons de sa part – j'avais surtout peur de m'humilier – mais quand je l'ai vu me faire signe de m'approcher, j'ai franchi les places vides qui nous séparaient. Il m'a tout d'abord fait une démonstration, en me demandant de bien l'observer, surtout ses lèvres et ses joues.
Tout se passait bien, jusqu'à ce que réalise que j'étais en train de fixer les lèvres et le visage de Thorin Écu-De-Chêne. Oui, je l'avais déjà détaillé à quelque reprise depuis notre première rencontre, mais jamais d'aussi près. Et oui, quand j'avais vu le film je l'avais trouvé particulièrement beau, mais je n'avais jamais été une de ces fangirl, qui se mettaient à vouer un culte à l'acteur et tapissaient leurs murs d'affiches. Non, c'était d'avantage la profondeur du personnage qui venait me chercher. Mais là, tout près de moi, ce n'était pas un personnage, c'était un homme – enfin, un nain – bien réel... Non, non et NON. Qu'est-ce que j'étais entrain de penser là?
En même temps que je me donnais une énorme gifle mentale, j'ai réalisé que Thorin avait déjà bien entamé ses explications sur la technique.
« …Et seulement à ce moment tu peux ramener un peu ta mâchoire vers le haut et tourner tes lèvres vers l'intérieur. À toi maintenant. »
Je n'avais vraiment plus la tête à cela, mais je me suis quand même exécutée. Comme je n'avais pas du tout suivi ses instructions, j'ai eu, comme prévu, l'air idiote.
« Ça me gêne, avec vous tous qui me regardez », ai-je dit, en guise de justification.
Et c'était un peu vrai, surtout avec le regard que Gandalf me lançait. J'avais l'impression qu'il savait exactement ce que mon esprit tordu venait de considérer. Au bout d'une quinzaine de minutes, juste assez pour que ça semble naturel et non précipité, j'ai annoncé que j'avais sommeil et je suis partie me coucher.
J'entendais les nains parlers bas et chanter, mais cela ne me dérangeait pas, puisque je n'avais pas sommeil pour vrai. J'avais besoin de me remettre les idées en place. J'étais là pour essayer d'empêcher la lignée de Durin de s'éteindre à la Bataille des Cinq Armées et il n'avait jamais été question que je m'amourache de qui que ce soit. Et encore moins d'un des nains que je voulais justement sauver. Ça ne serait pas bon pour l'histoire et si jamais mon plan ne fonctionnait pas, ça ne serait pas bon pour moi. Et quand bien même tout se passait bien, il y aurait toujours le risque que je réapparaisse sur la terre. Déjà que quitter la Terre du Milieu me briserait le cœur, pas besoin d'ajouter une peine d'amour en plus. Je ne deviendrais pas une Mary-Sue. Voilà, tout était clarifié.
M'étant endormi malgré tout, j'ai été la première debout le lendemain matin. Même Gandalf était encore étendu – mais avec ses yeux ouverts, c'était toujours difficile de savoir s'il dormait vraiment ou non. Par contre, assis à la table, se trouvait nul autre que Beorn, qui était revenu. Je suis allée le rejoindre et nous avons tranquillement discuté. J'avais beaucoup de questions sur ses animaux et il était heureux de me raconter leur histoire. J'ai entre autre appris qu'il n'avait pas eu à les entraîner, qu'ils étaient libre de partir s'ils le voulaient et que s'ils prenaient soin de la maison et des repas, c'était en échange de la protection que leur offrait Beorn.
Au bout d'un moment, l'homme-ours s'est levé et est allé réveiller les autres. Lorsque que tout le monde fut en train de prendre le petit-déjeuner, notre hôte nous a raconté qu'il était parti vérifier si notre récit était véridique. Il nous a ensuite assurés qu'il nous aiderait autant qu'il le pouvait et nous a conseillé de partir dès que nous serions prêts.
Alors que nous chargions sur les poneys les provisions que Beorn nous avait si gentiment fournies, je me suis tranquillement approchée de Thorin.
« Crois-tu que nous pourrions lui en demander d'avantage, sans avoir l'air impolis… Je sais que ça en fera plus à porter, mais je préfère avoir un mal de dos que d'être affamée. »
« Je vais voir à cela », m'a-t-il répondu avant de s'éloigner vers le changeur de peau.
Ce dernier nous a offert d'avantage de pains de fruits séchés et même si je savais que nous ne pourrions pas en porter d'avantage, j'aurais aimé en avoir encore plus. Nous sommes donc partis, peu de temps après midi, sur les superbes poneys (cheval pour Gandalf) de Beorn.
La première partie du voyage s'est faite d'avantage en silence, nous demeurions nerveux de voir apparaître orcs et wargs. Mais comme la journée était belle et qu'il n'y avait aucune trace de danger, j'ai entamé une chanson, vite rejointe par les autres. Le reste de la journée s'est donc passée dans la bonne humeur, entre chansons et discussions animées. Il était définitivement bon de voyage avec les nains : peu importe la gravité de la situation, ils finissaient toujours par ne plus y penser et s'amuser.
L'état de mes blessures s'améliorait – les bandages fournis par Beorn et le fait de chevaucher plutôt que de marcher aidant – et bien vite j'en suis venue à la phase de guérison où elles me démangeaient énormément. J'avais tellement de peine à m'empêcher de me gratter que les nains avaient établi une rotation où chacun me surveillait et attrapait mon bras dès que j'esquissais un mouvement vers mon épaule ou ma hanche.
Trois jours ont ainsi passé, et graduellement le mur sombre que formait la forêt s'est mis à grandir devant nous. Une fois à l'orée, nous avons déchargés les poneys.
« Pas mon cheval! » a annoncé Gandalf en voyant les nains s'affairer autour.
Nous avons donc compris – enfin, moi je le savais déjà – que Gandalf n'entrerait pas dans la forêt avec nous
« Evelyne, j'aimerais vous parler », a annoncé Gandalf, en me faisant signe de le suivre, ignorant les complaintes des autres.
Nous nous sommes éloignés suffisamment loin pour que personne ne puisse nous entendre.
« Je vous quitte en étant d'avantage rassuré en vous sachant parmi eux », m'a-t-il tout d'abord dit. « Vous veillerez à ce que tout se passe bien? »
« Aussi bien que possible… Mais ça ne sera pas une partie de plaisir », lui ai-je répondu. Le voyant froncer des sourcils, j'ai décidé de le conforter d'avantage. « Je sais que ce que vous avez à faire est crucial. Allez-y et ne vous inquiétez pas trop pour nous : nous allons réussir à traverser la forêt. Et je crois bien que nous nous reverrons avant la fin. »
Il a hoché de la tête, me signifiant que ma réponse lui allait.
« Et il y a autre chose, dont je souhaite vous parler depuis un moment », a-t-il poursuivi. « Dame Galadriel m'a dit que vous avez la possibilité de changer certains évènements, en mieux. C'est une bonne nouvelle, pour autant que cela se passe bien. J'ignore qu'est-ce que vous pouvez modifier, mais j'ai vu comment vous avez changé votre comportement, et je peux donc un peu deviner ce que cela concerne. Ou plutôt, qui cela concerne. »
Il m'a lancé un regard appuyé, mais je ne savais pas quoi lui répondre. J'aurais eu envie de lui parler de tout ce qui allait arriver, mais j'avais peur que ça le retienne. Comme je ne lui répondais pas, il a repris.
« Je vous fais confiance, je suppose que vous faites ce que vous croyez nécessaire. Mais j'ai tout de même un conseil : prenez garde aux gestes que vous posez. N'oubliez pas que vous êtes une hobbite et qu'ils sont des nains. »
Je l'ai fixé quelques secondes, me demandant s'il sous-entendait bien ce que je pensais.
« Pour cela également, il n'y a aucune inquiétude à avoir, Gandalf. »
Sur ces paroles, nous sommes retournés auprès du reste de la Compagnie.
« Allons, allons », leur a répliqué Gandalf lorsqu'ils ont repris leurs supplications, « rien ne sert d'argumenter. Tel que je vous l'ai déjà dit, j'ai une affaire d'une extrême urgence à régler dans le Sud. Je compte sur M. Sacquet et Evelyne pour vous porter chance et s'assurer que vous gardiez votre bon sens! Et qui sait, peut-être nous reverrons nous avant la fin! »
Mais ce n'est que le lendemain matin que les réels adieux se sont faits.
« N'oubliez pas, ne quittez en aucun cas le sentier », a-t-il rajouté une dernière fois. « Bonne chance! »
« Gandalf! » lui ai-je lancé juste avant qu'il ne se retourne pour de bon. « Bonne chance à vous aussi! »
Après tout, il s'en allait faire face à Sauron.
