Ooh ça fait longtemps désolée! Maintenant que la fin arrive vite (en vrai je suis presque redue à écrire la Bataille des Cinq Armées!), j'ai plein de nouvelles idées qui me viennent en tête.. Et évidemment au lieu d'écrire, je passe mon temps à réfléchir à tout ça! Et ça fait que ma correction de chapitre en vue de les poster ici a ralenti aussi…
Je m'y remets, promis!
Voici donc un chapitre plutôt important.. Bonne lecture!
Chapitre 19 : Confidences
Même si je n'avais aucune idée du chemin que nous avions pris pour se rendre jusqu'à la salle du trône, je me suis vite rendu compte que Tauriel me menait à un endroit différent. Les passages étaient plus sombres et les escaliers plus étroits et nous descendions bien plus bas. À un tournant, un elfe – que j'avais identifié ces derniers jours comme étant le gardien des clés – nous attendait. Lui et Tauriel ont échangé quelques mots en elfiques.
« Je reviendrai vous voir dans deux semaines », m'a-t-elle ensuite dit. « Je m'attends à recevoir de bonnes nouvelles. »
Et elle m'a laissé seule avec le gardien des clés, qui m'a mené jusqu'au fond du couloir, devant une porte de fer. Il n'y avait qu'une seule petite ouverture, en haut, permettant aux elfes de regarder à l'intérieur. Sans un mot, il m'a détaché les mains avant d'ouvrir la porte à l'aide d'une de ses multiples clés et de me pousser sans ménagement à l'intérieur.
« Evelyne? »
Il m'a fallu quelques instants avant que mes yeux ne s'habituent à la pénombre de la pièce. Thorin se tenait à quelque pas devant moi, les traits tirés par la fatigue et le désespoir. Ses cheveux étaient emmêlés, des filaments de toiles d'araignée s'y trouvant encore.
« Qu'est-ce que tu fais là? »
« J'avais besoin de sucre, alors je me suis dit pourquoi pas aller en demander à mon voisin de prison », lui ai-je répondu.
Il a haussé le sourcil, ne comprenant mas mon explication. Mais le gardien des clés était encore tout près et je savais qu'il rapporterait tout ce que j'allais dire au Roi. J'ai donc silencieusement fait signe à Thorin que je lui expliquerais plus tard.
« Je trouve que c'est très beau, chez toi », ai-je poursuivi, comme si de rien n'était.
Mais en réalité, c'était un gros mensonge. Il ne m'a pas fallu plus d'une journée pour que je regrette ma demande de venir le rejoindre. Si j'avais trouvé ma précédente cellule peu confortable, elle me paraissait maintenant presque un cinq étoiles, en comparaison avec celle de Thorin. C'était petit, il n'y avait pas de lit, seulement une petite couverture de laine et la seule lumière provenait de la fente dans la porte. Mais le pire, c'était l'absence totale d'intimité lorsqu'il était temps d'aller au petit coin – si on peu appeler un pot de chambre partagé un petit coin. Je vous épargne les détails. Non vraiment, j'aurais dû y réfléchir d'avantage.
Les bruits de pas de l'elfe se sont fait entendre, signe qu'il s'en allait. Nous avons tout de même attendu encore quelques instants en silence.
« J'ai demandé à être enfermée avec toi, j'ai dit à Thranduil que j'allais te convaincre d'accepter son offre », ai-je commencé à lui expliquer.
« Si tu crois que… »
« Laisses-moi finir! » l'ai-je coupé avant qu'il ne s'emporte d'avantage. « Je ne veux pas que tu acceptes son offre, c'était seulement un prétexte pour te retrouver. Quand nous avons vu que tu ne revenais pas, nous avons deviné que tu avais été enfermé ailleurs. »
« Comment vont les autres? » m'a-t-il demandé, en bon chef, à la mention du reste de la Compagnie.
« Aussi bien qu'on puisse aller quand on est fait prisonnier sans raison… »
« Thorin? Evelyne? »
C'était la voix de Bilbon, à travers le trou de la serrure. Je me suis rapprochée de la porte d'un pas rapide.
« Bilbon! J'espérais que tu aies pu nous suivre jusqu'ici! »
« Qu'est-ce que cela signifie? » a demandé Thorin en s'approchant également.
Pour la énième fois, Bilbon a raconté l'histoire de l'anneau et comment il nous avait suivis jusque chez les elfes après nous avoir sauvés des araignées. Il était toujours à la recherche d'un moyen de nous faire sortir, mais sa simple présence a eu un effet très positif sur le moral de Thorin. Sans plus attendre, il l'a chargé de passer le mot au reste de la Compagnie : nous allions tenir bon et ne rien céder aux elfes.
« Dans combien de temps reviendront-ils te chercher? » m'a demandé Thorin, une fois le hobbit reparti.
« Tauriel.. L'elfe rousse a dit qu'elle viendrait aux nouvelles dans deux semaines. »
« Quoi!? Je pensais que ce serait une question d'heures, ou au pire d'une journée.. Deux semaines? » Il a jeté un regard circulaire à sa cellule, s'arrêtant une fraction de seconde sur le fameux pot de chambre, avant de poursuivre. « C'est tout à fait inadéquat. Je… Nous allons… Oui, nous allons leur demander de te ramener tout de suite. »
Et il s'est mis à frapper dans la porte, pour attirer l'attention des elfes. J'ai attrapé son bras, pour l'arrêter. Bon, ce n'est certainement pas ma force qui a retenu son bras – il a arrêté de lui-même –mais le résultat était le même.
« Ça va paraître trop suspicieux. Allez, ça ne sera pas si déplaisant », ai-je tenté, autant pour le convaincre que pour me convaincre moi-même. « C'est quand même mieux être en ma Compagnie que de rester seul à ruminer, non? »
« Evelyne », son ton était grave; apparemment il n'était pas d'accord avec moi.
Mais avant qu'il ne puisse continuer, un elfe est apparu devant la porte, nous demandant ce que nous voulions.
« Une deuxième couverture », me suis-je empressée de répondre avant que Thorin n'ouvre la bouche, « ça serait déjà un bon début. Mais deux lits ou deux matelas, ça serait bien aussi. Une plus grande cellule, tant qu'à y être. Et une salle de bain. »
L'elfe est reparti sans rien dire, et le nain n'a pas attendu très longtemps avant de reprendre ses reproches.
« J'ai dit que ce n'est pas convenable. Tu es une femme, et cette cellule est très petite. Ça serait très mal vu… »
« Et alors? » c'était donc ça le problème, monsieur-le-futur-roi avait peur pour son honneur et sa vertu. « C'est pas comme si on avait réellement le choix, nous sommes prisonniers. Et rappelons-nous que je voyage avec quatorze hommes, quinze si on compte le magicien, depuis des mois. D'ailleurs, dans la Comté, nous étions que nous deux et ça n'a jamais semblé te causer de problèmes. »
« Premièrement, nous avions le choix puisque c'est toi qui a demandé à être ici. Deuxièmement, il y a une différence entre être en groupe et n'être que deux. Troisièmement, nous campions dehors, non dans une pièce si confinée et… » Il s'est arrêté, refermant la bouche d'un coup sec.
« Et? » l'ai-je encouragé.
Il m'a jeté un regard noir avant d'aller s'asseoir sur sa couverture, au fond de la cellule.
« Et je ne connaissais te pas autant, alors. Et rappelons-nous que tu m'as pratiquement suivi de force, dans la Comté. »
Je me demandais ce que cela signifiait, en quoi le fait de mieux me connaître rendait la chose si différente. Mais me souvenant de son regard noir, j'ai préféré ne plus poser de questions. Je me suis donc contenté de m'asseoir à l'opposé de lui, contre la porte, et il s'est lui-même chargé de changer de sujet.
« Comment ça s'est passé, ton sommeil et ton réveil? Nous n'avons pas parlé depuis… »
« Il semblerait que j'ai rêvé que je mangeais des sushis pendant un semaine. Et je me suis réveillé dans la toile d'une araignée géante… c'était génial, vraiment. »
« …Des soucis? »
C'est vrai, il n'y avait pas de sushis en Terre du Milieu.
« Non, SOU-CHI. Les nains ne connaissent pas ça? Si l'occasion se présente, je vous en cuisinerai. »
« Est-ce que Bombur t'a remercié? » m'a-t-il demandé. « Il nous a dit que tu l'as poussé juste au bon moment et que tu es tombé à sa place. »
« Oui, il m'a remercié. Et je crois que je devrais te remercier aussi, ils m'ont dit que c'est toi, qui m'as porté à travers la forêt. »
J'avais appris cette information pendant une des conversations que nous avons eues pour passer le temps depuis notre emprisonnement, quand j'avais demandé aux nains ce qui s'était passé lors de mon sommeil. J'avais tellement été gêné que j'avais été très heureuse d'être seule dans ma cellule. Et au plus profond de moi, malgré tous mes efforts, je n'ai pas pu m'empêcher de me dire que j'aurais bien aimé être réveillée, pour en profiter.
« Ce n'est rien », a-t-il répondu, « j'étais celui qui portait le moins de sac, c'était logique que ce soit moi qui te porte. »
Notre conversation a pris fin brusquement – ce qui m'a bien convenu, la gêne me regagnait un peu trop à mon goût – on nous apportait notre souper ainsi qu'une couverture supplémentaire. Il n'y avait pas une grande variété dans les repas, mais au moins nous étions nourris, ce qui était très bien.
Nous avons mangé en silence; silence qui s'est poursuivi pour la majeure partie de la soirée. Quand je me suis retrouvée couchée sur le sol dur, dans ma mince couverture de laine, j'ai eu une pensée pour le matelas que j'avais quitté dans ma précédente cellule. Dire que je l'avais trouvé trop mince… Si j'avais réussi à les convaincre de m'amener ici, peut-être réussirai-je à les convaincre de nous donner une meilleure cellule?
J'ai tenté de mettre mon plan à exécution dès le lendemain matin. J'avais dit à Thorin de faire comme s'il dormait et j'ai parlé tout bas avec l'elfe qui nous a apporté le petit-déjeuner. Je lui ai dit que si le Roi voulait que je réussisse, il valait mieux qu'il nous traite avec plus de respect. Franchement, mettre le nain le plus important de la Compagnie dans la pire de leur cellule, ce n'était vraiment pas un bon moyen pour espérer passer un accord avec lui. L'elfe est reparti sans rien dire – visiblement, c'était une habitude, chez eux.
Un peu plus d'une semaine est passée – il était de plus en plus difficile de garder le compte des jours. Plus d'une semaine de silences, d'inconfort et de malaises. Nous avons bien eu quelques conversations intéressantes, par exemple sur la vie dans les Montagnes Bleues ou sur le rôle que jouaient les Rodeurs du Nord, mais ça ne compensait pas pour tous les points négatifs. Lors d'une de ces discussions, Thorin a décrit le temple de Mahal, qu'il avait aidé à construire.
« Mahal? » lui ai-je demandé.
« C'est notre créateur, à nous, les nains », m'a-t-il expliqué. « C'est lui qui nous a enseignés tout ce que nous savons : comment forger, miner, construire et plus encore. »
Mahal… Oui, c'était certainement le Vala aux gros bras, celui qui m'avait dit tenir aux fils de Durin. Un sur six de remémoré.
Bilbon était revenu nous voir, pour nous dire qu'il avait passé le message aux nains et que ceux-ci avaient été très heureux d'avoir eu de nos nouvelles. Il n'avait toujours pas trouvé le moyen de nous sortir de là, et je lui ai conseillé de bien écouter les conversations des elfes, qu'il arriverait peut-être à y trouver des renseignements pouvant l'aider. Thorin m'avait alors jeté un regard qui signifiait qu'il savait que j'en savais plus, mais j'ai fait comme si je ne l'avais pas vu.
Le Hobbit était reparu une autre fois, pour nous dire qu'il avait entendu les elfes parler de la préparation d'une pièce, une réserve non-utilisée dans laquelle il fallait apporter deux matelas. Il les avait suivis et avait même pu y jeter un coup d'œil. Nous avons accueilli cette nouvelle avec un énorme soupir de soulagement.
Ainsi, nous n'avons pas été surpris quand on nous a enfin déménagés de cellule. Après nous avoir attaché les mains, Tauriel, le gardien des clés, et deux autres elfes nous ont guidés encore plus bas dans le palais. À mesure que nous descendions, nous entendions de plus en plus le grondement de la rivière.
« Qu'est-ce que..? » Thorin a tout de même feinté la surprise lorsque les elfes l'ont poussé à l'intérieur de la pièce.
« Prenez ceci comme une preuve de bonne volonté du Roi Thranduil », lui a lancé Tauriel.
Elle a fermé la porte derrière lui avant de se retourner vers moi.
« Il ne te reste que cinq jours », m'a-t-elle annoncé, parlant tout bas.
« C'est pas sérieux!? » lui ai-je rétorqué. « Comment vouliez-vous que j'arrive à le convaincre dans des conditions si misérables? Même moi je n'avais plus aucune envie de coopérer! Nous n'aurons qu'à vous faire signe quand ce sera réglé. Laissez tomber l'idée de m'imposer un délai, s'il-vous-plait... »
Fidèle à elle-même et à son peuple, elle s'est contentée de me détacher les mains avant de me pousser également à l'intérieur de notre nouvelle cellule. Elle était légèrement plus grande que la précédente et beaucoup plus chaleureuse. Il n'y avait pas d'ouverture dans la porte, mais nous pouvions profiter de la lumière de deux lampes accrochées au plafond. Par terre, deux matelas avaient été posés, avec chacun un coussin et deux couvertures. Mais vraiment, ce qui en faisait tout le charme, c'était la petite pièce attenante, dans laquelle avait été déposé non pas un, mais deux pots de chambre.
S'y trouvaient également deux seaux d'eau tiède et des serviettes, à mon plus grand bonheur. J'avais fini par m'habituer à mon odeur corporelle, de même que celle du nain, au point de ne plus nous sentir. C'était surtout mes cheveux, que je n'en pouvais plus. En plus d'être plus sales qu'ils ne l'avaient jamais été, ils étaient rendus beaucoup trop longs. Je me suis tout de même lavé au complet avec plaisir, après avoir plongé la tête au complet dans le sceau.
Lorsque j'ai vu Thorin sortir – en bon gentleman (gentlenain?) il m'avait laissé y aller en premier – les cheveux autant mouillés que les miens, j'ai deviné qu'il avait fait la même chose que moi. Il s'est ensuite assis sur son matelas et s'est appliqué à les démêler en grommelant, enlevant difficilement les toiles d'araignée qui s'y accrochaient encore – apparemment les araignées géantes ont des toiles particulièrement tenaces.
« Besoin d'aide? » lui ai-je demandé.
D'un mouvement de tête, il m'a fait signe de m'approcher. Je me suis assise derrière lui et, les mains tremblantes – non mais d'où il sortait, ce tremblement – j'ai retiré les toiles qui y étaient collés, mèches par mèches.
« Merci », m'a-t-il dit, une fois que j'aie eu terminé. « Est-ce que tu me permettrais… de te faire une tresse? »
Sa proposition m'a troublée, particulièrement avec l'hésitation que j'avais sentie dans sa voix. J'avais déjà rattaché mes cheveux dans mon traditionnel chignon, sans même attendre qu'ils soient secs. Depuis que les nains m'avaient vu les cheveux détachés à Fondcombe, ils me reprochaient régulièrement de les garder en chignon. Mais de là à ce que Thorin me propose de me les coiffer… D'ailleurs, j'avais souvenir d'avoir lu quelque chose par rapport aux nains et leurs tresses. Était-ce dans les livres de Fondcombe ou sur internet pendant que j'étais encore sur Terre?
« Mais… » J'hésitais, cherchant la bonne formulation. « Ça n'est pas une tradition naine? Quelque chose de significatif… d'intime? »
Il a rit légèrement, avant de détacher mon chignon et commencer son tressage, sans même attendre mon accord officiel. Comment de si grandes mains, habituées à manier l'épée, pouvaient être si délicates? Un frisson a parcouru mon échine et j'ai mentalement prié pour qu'il ne l'ait pas remarqué.
« Les nains tressent leurs cheveux et barbe seulement parce que c'est pratique et parfois esthétique », m'a-t-il expliqué, en continuant de placer mes cheveux. « C'est vrai que ça se fait souvent entre membre d'une même famille ou entre conjoints, mais c'est parce que c'est plus facile quand c'est quelqu'un d'autre qui le fait. Voilà, terminé. »
Ignorant du mieux que je pouvais sa main qui était restée posée sur mon épaule plus longtemps que nécessaire, j'ai tâté ma tête avec mes mains (notre luxueux appartement de comportais pas de miroir). La tresse qu'il m'avait faite partait de la droite, pour tomber à gauche, devant mon épaule. Elle ressemblait certainement beaucoup à celle de Katniss, dans Hunger Games – mais je me suis abstenue de faire le commentaire, puisqu'il n'aurait rien compris.
« Je dois ressembler à une naine, mais sans la barbe. »
« Je me surprends parfois à souhaiter que tu aies été une naine… »
Je me suis vivement retournée vers lui, sondant son regard pour m'assurer que j'avais bien entendu – et bien interprété la signification. Il affichait un vague sourire et semblait tout à fait sérieux.
« …Qu'est-ce que tu veux dire? »
« Je crois que tu le sais », a-t-il doucement répondu. « J'énonce le fait que si tu avais été une naine, les choses auraient pu être différentes. »
« Je pense que c'est justement pour cette raison, que je suis… devenue une hobbite. »
Oui, j'avais bien compris ce qu'il sous-entendait. Et j'avais aussi vu qu'il s'apprêtait à en dévoiler d'avantage, ce pourquoi j'étais rapidement intervenue. Toutes ces journées enfermées avaient graduellement émietté ma volonté de garder le secret sur mon origine. Tant qu'à vouloir une amitié sincère, valait mieux être honnête, non? Et l'urgence de changer de sujet m'avait fait franchir la porte (sans mauvais jeu de mots du fait que nous étions emprisonnés).
« Devenue? Qu'est-ce que.. quoi? »
J'ai pris une grande respiration et j'ai entamé mon récit. Adu moins, avec notre situation actuelle, s'il se fâchait, il ne pourrait pas me renvoyer ou s'enfuir.
« Quand j'ai raconté que j'avais perdu la mémoire, ce n'était pas vrai. Je sais que ce que je vais te raconter va te sembler invraisemblable et que tu vas certainement m'en vouloir énormément. Mais je te demande seulement de me laisser finir et d'essayer de te mettre à ma place, pour comprendre mes motivations. »
J'ai attendu quelques instants, pour le voir acquiescer. Son sourire était complètement disparu, et il s'était légèrement éloigné de moi.
« Je ne viens pas de la Terre du Milieu. Il existe plusieurs mondes parallèles et apparemment, il arrive que quelqu'un puisse voyager d'un monde à un autre. La veille de ta rencontre avec Gandalf à Bree, je me suis réveillée dans une ruelle. J'ai rencontré le magicien à l'auberge et il m'a aidé. J'étais une humaine, avant… Là d'où je viens, il n'y a que des humains. C'est totalement différent de la Terre du Milieu. »
J'ai repris mon souffle, me préparant du même coup pour la suite. La partie la plus délicate s'en venait. Je savais que je n'avais pas le choix de lui mentir encore, lui annoncer sa mort ainsi que celle de ses neveux serait trop risqué.
« Et je n'ai pas le don de voir le futur. Dans mon monde, la Terre, il y a un film… Ce sont des images, qui bougent, avec du son et qui relatent des histoires, un peu comme un livre. Il y a un film qui raconte la première partie de votre quête. Je vous connaissais tous déjà, seulement je pensais que vous étiez des personnages fictifs. Il y a eu quelques moments où ça ne s'est pas passé comme je le croyais, mais en général, je savais tout. »
J'avais décidé de ne parler que du film, et faire comme si je ne connaissais pas la suite. Au début, quand seulement deux films étaient prévus, le premier devait arrêter autour de leur fuite du Royaume Sylvestre. Je m'en tenais donc à cette version. Ça me donnait l'impression de faire un moins gros mensonge.
Il ne disait rien, mais je voyais bien à travers ses yeux que son cerveau devait être en pleine ébullition.
« Comment est-ce possible? » a-t-il fini par demander, au bout de quelques minutes.
« Je me pose cette question depuis plus d'un an… Au début, Gandalf m'a forcé à me joindre à la quête, me disant que mon rôle serait de m'assurer que tout se passe comme prévu. » Il a grommelé quelques insultes en Khuzdul à l'intention du magicien, mais j'ai quand même poursuivi. « C'est pour ça que j'ai voulu abandonner, j'avais peur que ma présence ait l'effet contraire mette en péril la réussite de la quête. Mais Galadriel, c'est une elfe très sage que j'ai rencontrée à Fondcombe, m'a expliqué qu'au contraire, si j'étais là c'était pour améliorer les choses. Mais en réalité, à partir de maintenant, je ne sais plus trop ce que je peux améliorer… »
« Que sais-tu de plus? »
« Je sais comment nous allons nous évader. Mais après, je suis dans l'ignorance totale. » Le voyant se redresser à la mention de l'évasion, j'ai d'avantage élaboré. « C'est Bilbon qui va nous sortir d'ici.. Mais je crois que nous allons encore devoir être patients quelques semaines. »
Je me suis levée et je suis allée m'installer sur mon matelas.
« Je crois que j'ai expliqué l'essentiel… Je.. J'espère vraiment que tu ne m'en veux pas trop. Je tiens vraiment à terminer cette quête, à vous aider à réussir.. Jamais, même dans mon monde, je ne me suis sentie aussi bien et aussi heureuse que depuis que je suis parmi vous… Si tu as d'autres questions, je vais y répondre. »
Mais jusqu'à ce que Bilbon nous rende visite le lendemain après-midi, il ne m'a pas reparlé. Je le comprenais, ça faisait beaucoup d'information invraisemblable à assimiler. Il me jetait parfois des coups d'œil, comme pour m'analyser, et je lui répondais par un sourire, espérant que ça aide ma cause.
« J'ai fait une découverte », nous a annoncé le hobbit à travers la porte. « J'ai exploré les environs, je trouvais étrange qu'on puisse si bien entendre la rivière, d'ici. Il y a une cave à vin, pas très loin. Et les elfes ont une trappe, qui leur permet de jeter leurs tonneaux à la rivière, pour le commerce. Il faudra attendre le bon moment, mais je crois avoir une ébauche de plan en tête. »
Après l'avoir félicité pour sa découverte, Thorin lui a conseillé de ne pas annoncer aux autres la bonne nouvelle, pour ne pas leur donner de faux espoirs et pour éviter qu'ils soient surpris à en discuter entre eux. Puis, quand le semi-homme fut reparti, il s'est retourné vers moi.
« Ça me déplaît énormément que tu m'aies menti. Je crois que j'aurais dû connaître la vérité dès le début. Néanmoins... » Il a commencé à faire les cent pas, en continuant de parler. « Je crois que je peux comprendre tes motivations. J'aimerais en savoir plus sur ton monde et sur ces images qui parlent de notre quête. J'aimerais savoir concrètement l'influence que tu as pu avoir jusqu'à maintenant. J'ai des centaines de questions qui me viennent à l'esprit. Mais… il y en a une, qui n'arrête pas de me revenir en tête, malgré toutes les autres plus importantes. Que voulais-tu dire quand tu as parlé d'une raison pour laquelle tu étais devenue une hobbite? »
Il avait arrêté de marcher et se tenait face à moi, me fixant dans les yeux. Je ne pouvais plus me défiler.
« Le processus ou je ne sais quoi, la chose qui m'a fait changer de monde et de race… Ça devait être prévu ainsi. Parce que… je crois que ça aurait été beaucoup trop tentant, si j'avais moi aussi été une naine. »
Il a hoché de la tête, très lentement, me signifiant qu'il comprenait parfaitement ce que je voulais dire.
Et voilà, c'est fait! C'est même doublement fait! La pression/tension qui avait tranquillement monté jusque là vient de redescendre!
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