Je suis TELLEMENT désolée que ça ait été si long! J'ai dû gérer des déménagements (oui, oui « des » comme dans plusieurs), le décès d'un de mes furets et rattraper toutes les années que j'ai vécues sans connaître l'existence de Dragon Age.
Et en plus j'ai décidé d'attendre la sortie de la version longue avant de poursuivre mon écriture.. donc je me suis dit que je ralentirais mes post de chapitres ici (sauf que finalement j'ai beaucoup trop ralenti)
Chapitre 21 : La ville du Lac
« Eh merde… » ai-je dit, en prenant ma tête entre mes mains.
« Non, non! » s'est-il empressé de répliquer. « Ne t'en fais pas pour moi, je ne répéterai rien. Je suis simplement très intrigué et fasciné… J'aimerais seulement que tu m'expliques tout. »
J'ai scruté son visage, pour m'assurer qu'en effet, il n'y avait pas lieu de m'inquiéter.
« Plus tard, quand il n'y aura personne dans les parages », ai-je fini par lui répondre.
Mais nous nous sommes vite rendus compte que nos compagnons étaient bien trop occupés à critiquer Bard pour porter attention à la conversation que nous venions d'avoir.
« …des armes forgées! Des épées, des haches! » se plaignait Gloïn.
Bilbon s'est levé pour aller voir ce qui se passait. J'avais également envie de me joindre au débat, mais me souvenant que je devais faire comme si je ne savais plus rien du futur, j'ai préféré m'en abstenir. Et en réalité, je ne savais plus trop ce qui allait nous arriver, puisque rien de tout cela ne se produisait dans le livre. Je ne pouvais rien faire d'autre que de croiser les doigts pour que les choses s'arrangent d'elles-mêmes.
« Excusez-moi… » Tilda, la plus jeune fille de Bard, s'approchait timidement de moi. Je lui ai fait un sourire, ce qui l'a encouragé à poursuivre. « Mon frère m'a souvent embêtée en me racontant que les naines ont des barbes. Je ne l'ai jamais cru, évidemment! Est-ce que vous voudriez bien aller lui confirmer qu'il avait tort? »
« Je suis vraiment désolée, mais il avait raison.. Je suis une hobbite, pas une naine », lui ai-je répondu en lâchant un petit rire. Devant son air dépité, j'ai poursuivi. « Par contre, comme il t'a embêté avec ça, je veux bien jouer le jeu, seulement pour rire un peu. »
Elle a aussitôt affiché un large sourire. Je me suis retournée, cherchant Bain du regard. Je n'apercevais ni lui ni Bard et les nains discutaient tout bas entre eux, avec un air qui n'augurait rien de bon. J'allais leur demander ce qu'ils manigançaient quand Bain est rentré dans la maison. Tilda m'a alors aussitôt tiré par la main pour me mener jusqu'à lui.
« Tu vois », lui a-t-elle lancé, « je savais bien que les naines n'avaient pas de barbe! »
« Regardes bien mon menton », ai-je dit à Bain qui me fixait avec incrédulité. « Y vois-tu le moindre poil? »
« Je.. Mais… »
À mes côtés, Tilda frétillait littéralement. Je m'apprêtais à dévoiler la blague au pauvre garçon quand j'ai aperçu derrière lui toute la Compagnie se diriger vers la porte.
« Mais où est-ce que vous allez? » leur ai-je demandé.
« Non! » a ajouté Bain, en réalisant ce qui se passait. « Mon père a dit que vous ne deviez pas sortir avant la tombée de la nuit! »
« Et tu crois pouvoir nous arrêter? » lui a rétorqué Dwalin.
Je ne connaissais pas leur plan, mais quel qu'il soit, je ne l'approuvais pas. Et ma tentative de tisser des liens avec les enfants de Bard avait maintenant d'avantage l'air d'une diversion.
« Viens, Evelyne, nous t'expliquerons tout en route. »
« Mais.. Non! Je ne peux pas partir ainsi! » ai-je répliqué en désignant la robe que je portais.
« Nous n'avons pas de temps à perdre », ai-je entendu Thorin lancer – il avait déjà franchi la porte. « Tu nous suis ainsi ou tu te changes et viens nous rejoindre à la sortie de la ville. »
Je leur ai fait signe d'y aller sans moi, en lâchant un soupire. Pourquoi fallait-il que tout soit toujours autant compliqué? Ils n'étaient partis que depuis quelques minutes quand Bard est rentré en trombe dans la maison. J'étais occupée à secouer mes bottes devant le foyer, essayant désespérément de les faire sécher plus vite. Quand il a vu qu'il ne restait que moi, il s'est approché et m'a pris par l'épaule pour que je lui fasse face. Je l'aurais trouvé intimidant en temps normal, alors imaginez avec une taille de hobbite.
« Il est venu réclamer la Montagne! » a-t-il dit. « Pourquoi me l'avez-vous caché? Ils vont tous nous détruire! Le lac scintillera et brûlera. Où sont-ils allés? »
« Je ne sais pas… » Je ne voulais pas trahir les nains, mais Bard était définitivement trop intimidant. « Je ne sais pas où ils sont allés, mais ils m'ont dit de les rejoindre à la sortie de la ville. »
Il m'a ordonné de le suivre, ce que j'ai fait sans un mot, laissant derrière moi mes vêtements – que je n'avais pas encore eu le temps d'enfiler – et mes bottes. Les ponts de la ville étaient moins bondés que le matin, mais j'avais tout de même de la difficulté à suivre ses grandes enjambées, à la fois parce qu'il marchait trop vite et parce que mon début de rhume rendait ma respiration difficile.
« Vous savez », lui ai-je lancé en m'arrêtant reprendre mon souffle, « je ne crois pas qu'ils vont disparaître dans l'instant. Et ils ne partiraient pas sans moi.. Enfin, je ne crois pas. »
Je n'avais pas aimé la manière dont ils m'avaient laissé derrière, sans me faire part de leur plan. Peut-être que mes révélations avaient affectées plus que je ne le croyais la confiance que Thorin avait en moi.
« Je ne comprends pas ce que vous faites parmi eux… » a énoncé Bard, qui s'était retourné vers moi et me regardait reprendre mon souffle.
J'ai bien saisi le sens réel de son commentaire : je ne comprends pas pourquoi ils ont amené une femme avec eux. Après tout, ces questions fusaient partout où je passais.
« Je ne suis pas une naine, je suis une femme et je suis petite, mais je considère avoir ma place dans la Compagnie. Et leur quête me tient à cœur. Je sais que vous avez peur des conséquences que cela peut avoir, mais croyez-moi, il est temps de mettre fin au règne du dragon, sinon il y aura des conséquences bien pire. »
Il m'a jaugé du regard un instant, mais ne s'est pas donné la peine de me répondre. Il m'a plutôt fait signe de le suivre à nouveau. Nous avons marché quelques minutes, à un rythme un peu moins soutenu – heureusement pour moi.
« La porte est juste de l'autre côté de ce tournant », m'a-t-il annoncé en s'arrêtant juste avant le dit tournant. « Elle est gardée, jamais ils ne pourront sortir sans être vus par les gardes du Maître de la ville. »
« Dans ce cas, attendons les et vous leur expliquerez tout ça. »
Plusieurs minutes se sont écoulées dans le silence. Je commençais à être nerveuse, je n'aimais vraiment pas l'idée d'être séparée du reste de la Compagnie sans savoir ce qui allait se produire. À bien y penser, depuis le début de mon voyage avec eux, ce n'était que la troisième fois que je me retrouvais ainsi isolée du reste du groupe. Le soleil venait de se coucher et il faisait de plus en plus sombre. Et de plus en plus froid, aussi. Des flocons se sont mis à tomber, et je me suis vaguement rappelé une scène de la bande-annonce où Bard s'adresse aux nains, sous le même genre d'averse de neige. Cela m'a encouragée, je n'avais peut-être pas tout à fait perdu le contrôle de la situation.
« Je suis désolé, je vous ai trainé à travers la ville sans vous avoir laissé le temps de mettre vos bottes », a dit Bard en me voyant frissonner.
« C'est gentil de vous excuser », lui ai-je répondu en riant, « mais vous savez, les hobbits ne portent jamais de chaussures, je suis une exception. J'ai étonnamment chaud des pieds, en ce moment. C'est mon manteau que je regrette… Si seulement les elfes ne me l'avaient pas pris. »
Après un instant d'hésitation, il a enlevé son propre manteau pour le poser sur mes épaules. J'ai d'abord voulu refuser, mais j'étais trop frigorifiée – et plutôt flattée – pour le faire. Plusieurs autres minutes ont passé, avant que passent des groupes de gens devant nous, à vivre allure.
« C'est la prophétie! Ils sont emmenés devant le maître, sur la place du marché », s'exclamait avec excitation l'un d'entre eux.
Après avoir échangé un regard entendu, Bard et moi les avons suivis – et après que je lui aie rendu son manteau, qui était bien trop long pour que j'arrive à marcher avec. Il y avait foule, sur la dite place du marché. Quand nous sommes arrivés, Thorin était en train de parler et Bard s'est frayé un chemin à travers la foule pour le rejoindre. Je l'ai suivi et me suis installé entre Bilbon et Balin. Ils ne m'ont pas vue immédiatement, trop concentré par l'argumentation qui avait lieu devant nous.
Au bout d'un moment, le Maître a cédé à l'émoi populaire et nous a souhaité la bienvenue. Il nous a ensuite invité à prendre part au banquet qui avait lieu ce soir là – mais ayant été temporairement interrompu par l'arrivée des nains.
« La prochaine fois que vous élaborerez un plan sans moi, rappelez-vous comment cette fois-ci a faillit tourner à l'échec », ai-je mentionné à Balin, alors que nous montions les escaliers pour se rendre à la grande salle.
« Détrompe-toi », m'a-t-il répondu, « je n'étais pas du tout d'accord avec ce plan. Néanmoins, il faut dire que tout s'est arrangé. Maintenant nous recevrons tout l'aide dont nous avons besoin. »
« Je crois que nous ferions mieux de rester sur nos gardes. Je n'aime pas ce Maître.. On ne peut pas être aussi laid et digne de confiance », ai-je dit en examinant le dit individu. Il était en train de laisser son siège à Thorin et faisait installer des chaises pour Fili et Kili, de chaque côté. « Il ne me semble pas sincère, ses gestes sont calculés. »
« Calculée ou non », a ajouté Balin, alors que nous prenions nous-mêmes nos places, non loin de la table d'honneur, « c'est la seule aide que nous pourrons avoir. Pour l'instant, profitons de ce festin. »
Et c'est ce que nous avons fait. Notre dernier repas aussi copieux datait de notre visite chez Beorn – et encore là, il n'y avait pas de viande, alors que ce festin-ci en était presque uniquement composé.
Le ventre plein, j'ai fini par somnoler la tête posée contre la table, au son des cris de joie des nains et des « berci beaugoup » de Bilbon. J'avais dû m'assoupir, quand Kili m'a doucement secoué l'épaule. Le bruit ambiant avait grandement diminué, ce qui m'a fait réaliser que la fête devait être terminée.
« Ils vont nous prêter une maison, est-ce que tu es suffisamment éveillée pour marcher, ou est-ce que Thorin va encore devoir te porter? »
J'ai envoyé un coup de coude au jeune nain, avant de me lever, parfaitement réveillée. Un coup d'œil circulaire m'a permis de voir la Compagnie attroupée devant la sortie, avec l'homme qui devait être le bras droit du Maître. Bilbon était à l'arrière du groupe, se frottant les yeux et s'étirant. Apparemment, il avait lui aussi profité du banquet pour faire une sieste. Quelle mauvaise réputation de paresseux donnions-nous là aux hobbits!
La maison qu'on nous avait prêtée n'était pas très loin de la place du marché (qui était apparemment le lieu central de la ville), nous y sommes donc arrivés en quelques minutes. Elle était suffisamment grande pour loger toute notre troupe et des lits avaient même été préparés dans le petit salon à l'étage, puisqu'il n'y avait que deux chambres. Thorin a partagé la plus grande avec ses deux neveux et je me suis fait traîner jusqu'à la seconde, même si je répétais que ce n'était pas nécessaire. Mais une fois couchée dans le lit – un vrai lit, avec un oreiller – et séparée des ronflements par une porte, j'étais plus qu'heureuse d'avoir eu droit à ce privilège.
Le lendemain, j'ai été la première debout, puisque j'avais pris quelques heures de sommeil d'avance pendant le banquet. En passant dans le salon, j'ai vu le pot de pommade d'Oïn sur une petite table. Je me souvenais l'avoir entendu demander à Kili d'en appliquer avant de dormir. Comme le pot n'avait pas bougé, j'en ai déduit que le jeune nain avait préféré faire à sa tête. Je l'ai mis dans une de mes poches, me promettant d'avoir une bonne discussion avec Kili dès qu'il serait debout. Je me suis rendue dans la cuisine, et après un rapide inventaire de ce qui s'y trouvait, j'ai décidé de cuisiner une grosse omelette avec bacon et saucisse. Ça me faisait étrange de cuisiner ailleurs que sur un feu de camp, ça me rappelait la terre, même si l'équipement et les accessoires de cuisines étaient moins technologiques.
L'odeur du petit-déjeuner a fait office de réveil matin et un par un, les nains se sont pointés pour prendre une assiette. Tous sauf Kili et j'en ai donc profité pour aller le voir. Je l'ai réveillé en lui lançant le pot de pommade sur le ventre.
« Tu peux faire semblant que tout va bien devant les autres, mais moi je ne te laisserai pas refuser de te soigner », lui ai-je dit une fois le choc du réveil passé.
« Je n'en ai pas… »
« Non! J'ai dit que ça ne marcherait pas avec moi, » l'ai-je aussitôt coupé. Puis, j'ai levé sa couverture et cherché à atteindre sa blessure. « Je ne sais pas si c'est parce que tu as peur de paraître faible ou si c'est parce que tu ne veux pas les inquiéter… Mais ta stratégie n'est vraiment pas bonne. Je te promets de ne rien dire, laisse-moi seulement t'aider. »
Il n'a rien dit, mais m'a tendu la pommade. Entre-temps, j'avais atteint sa blessure. La plaie était encore plus répugnante que ce à quoi je m'attendais, mais je n'ai rien dit, de peur qu'il me chasse de la chambre. Ma besogne terminée, je suis partie avec le pot de pommade – je savais que si je lui laissais, il n'en ferait rien – en lui promettant de répéter cela jusqu'à ce que tout soit bien guéri.
Quand je suis redescendue, le reste de la compagnie avait déjà planifié les tâches de la journée. Je me suis jointe au groupe qui allait à la recherche de vêtement et couverture pour le reste du voyage. Le Maître de la ville nous avait prêté – il avait bien insisté sur le fait que ce n'était qu'un prêt – une petite somme d'or, pour ces achats. Je portais toujours la robe prêtée par Bard et j'avais bien l'intention de la lui rendre. J'ai réussi à trouver un pantalon, une chemise et un petit manteau pour enfant, qui m'allaient relativement bien. Ils n'avaient pas la classe de mes vêtements elfiques – quoi que l'état dans lequel nos mésaventures les avaient laissés, n'avait plus rien de « classe » – mais ils étaient tout de même plus confortables que la robe.
Accompagnée de Balin, je me suis ensuite rendu chez Bard, pour reprendre mes affaires et rendre la dite robe. Le batelier/archer n'y était pas, mais j'ai fait promettre à Sigrid de le remercier pour son accueil et de lui transmettre nos excuses pour le manque de respect des nains.
La discussion que j'avais promise à Bilbon a eu lieu le lendemain, alors que nous parcourions le marché ensemble. Il y avait suffisamment de bruit pour que nous puissions parler tout bas sans se faire remarquer. Je lui ai raconté essentiellement la même chose que ce que j'avais dit à Thorin et j'ai répondu à ses nombreuses questions.
« Je trouvais cette aventure déjà incroyable, maintenant elle l'est encore plus », a-t-il conclu, alors que nous retournions vers la maison.
« Imagine comment c'était incroyable, pour moi, au début », lui ai-je rétorqué. « Tu es vu comme un héro, là-bas! »
« Dans un sens, notre histoire est semblable », a-t-il ajouté, non sans avoir préalablement froncé des sourcils face à ma dernière remarque. « Nous avons quitté tout ce que nous connaissions pour aller vers l'inconnu. Seulement, moi je sais que si je suis encore vivant après tout ça, je rentrerai chez moi. Alors que toi, même si tu préférerais rester, mais tu ne sais pas ce qui va t'arriver… Ça doit être horrible. Tu sais, je crois que tu devrais écrire ton récit. Si jamais ça se reproduit, que quelqu'un de ton monde vienne ici, ça pourrait l'aider à être mieux compris… Et si.. si jamais tu disparais, ça nous laisserait un souvenir. »
« Toi aussi, tu devrais l'écrire », lui ai-je répondu, ignorant volontairement la partie où il parlait de ma possible disparition. « Après-tout, tu es le premier hobbit à prendre part à une si grande aventure! »
Ce soir-là, j'ai cuisiné – tenté de cuisiner – des sushis. J'avais réussi à trouver un poisson fumé au marché, qui s'apparentait au saumon, ainsi que différents légumes qui me semblaient convenable. Le résultat était loin des sushis de la terre et ne faisait pas l'unanimité chez les nains. Au moins, tous s'entendaient pour dire que c'était mieux que la nourriture elfique. Ils y voyaient également un signe que ma mémoire revenait puisque je n'avais pas pu leur dire d'où je tenais la recette : « je le sais, c'est tout ».
Les jours ont défilé rapidement, jusqu'à la veille de notre départ. J'avais continué à soigner Kili de force, en appliquant de la pommade et renouvelant son bandage tous les jours. Il m'assurait que ça allait de mieux en mieux et que ça ne lui faisait plus mal, mais je n'étais pas certaine de voir une amélioration dans l'allure de la plaie. Au moins, elle n'empirait pas.
Et à mesure que les jours avançaient, je devais mettre de plus en plus d'effort pour ne pas laisser paraître mon stress face à la bataille qui s'en venait. Il ne fallait surtout pas que Thorin se doute que je lui avais encore menti et que je connaissais encore la suite. Nous nous étions à peine parlé depuis notre arrivée à Esgaroth, comme quoi notre malaise mutuel se poursuivait même ne dehors de notre cellule. Pour me rassurer, je me répétais sans cesse que de toute façon, pour le moment, je ne pouvais rien faire. Il faudrait seulement que j'agisse vite dès que nous serions dans la montagne.
Pour souligner notre départ imminent – le fêter plutôt – le Maitre de la ville avait organisé un autre banquet. Étant moins épuisée que la dernière fois, j'ai d'avantage pu en profiter. L'ambiance festive m'aidait à temporairement oublier mes inquiétudes. Par contre, j'avais développé une aversion pour le maître de la ville, sans même lui avoir parlé directement. Je n'aimais pas l'idée qu'il pouvait se permettre de vivre dans une telle abondance (le festin était gigantesque) alors que tous les villageois étaient si pauvres. Au moins, je savais que tout cela changerait bientôt.
J'ai quitté la fête tôt, pour être le plus en forme possible le lendemain. Ce ne fut pas le cas pour tous les autres, ai-je réalisé au petit matin, alors que nous nous dirigions vers le quai d'où notre départ était prévu. Bilbon a fait remarquer que Bofur n'était pas là.
« Mais nous ne pouvons pas partir sans lui! » me suis-je indigné devant l'indifférence de Thorin.
« Nous avons déjà trop traîné ici, nous n'avons plus une minute à perdre », a-t-il rétorqué. « Et il ne sera pas seul, tu restes ici aussi. »
J'ai été tellement prise par surprise qu'aucun son d'indignation ne voulait sortir de ma bouche. Mon choc s'est amplifié quand je l'ai vu annoncer la même chose à Kili, qui a ensuite été rejoint par Oïn et Fili. Mais qu'est-ce qui était en train de se passer là? La panique m'a presque fait perdre mes moyens, mais j'ai pris une grande inspiration et je me suis adressé à Thorin.
« Tu ne peux pas nous forcer à rester derrière. Nous nous sommes engagés dans cette quête, nous devons y aller jusqu'au bout! »
« Kili est mon neveu, il doit obéir à mes ordres. Les autres, ils restent de leur plein gré. Quant à toi, tu as toi-même dit que tu risquais de faire rater notre quête. Au point où nous sommes rendus, je préfère ne pas prendre de risque. »
Je lui ai lancé un regard tueur, outrée qu'il ose sortir cet argument devant les autres, alors qu'il savait très bien que je ne pourrais pas le démentir devant les autres.
« Est-ce que je peux te parler en privé? » lui ai-je demandé entre mes dents.
« Je n'ai pas le temps », a-t-il rétorqué.
Je ne l'ai pas écouté et l'ai pris par le bras pour le tirer plus loin dans la foule, usant de toutes mes forces.
« Tu sais très bien que cette histoire de mauvais pressentiment n'était pas vraie, pourquoi tu l'utilises pour m'obliger à rester? » lui ai-je demandé dès que nous avons été suffisamment loin.
« Kili a besoin d'être soigné, je sais que c'est toi qui s'en est occupé depuis qu'on est ici. »
« Quelle mauvaise raison! Oïn reste pour cela », ai-je rétorqué, de plus en plus paniquée. « Dis plutôt que c'est parce que tu ne me fais plus confiance! »
« Tu seras d'avantage en sécurité ici. »
Et il est parti. Le temps que je retourne jusqu'au bord du quai, il était déjà monté dans le bateau. Et ils sont partis. Thorin ne nous a pas jeté un seul regard, mais les autres avaient l'air sincèrement désolés – surtout Bilbon. Je les ai fixés, regrettant de ne pas avoir monté de force sur le bateau, malgré l'ordre de Thorin, jusqu'à ce que Bofur arrive en trombe.
Nous étions coincés dans une ville qui allait très bientôt subir une attaque de dragon. Comment allais-je nous sortir de là?
