Désolée pour le délai. Mais voilà, la suite est enfin arrivée !

Jane et moi avons grandi. Les choses ont commencé à devenir vraiment étranges. Une fois, un garçon a ennuyé ma sœur. Le lendemain, il a attrapé une grave maladie. Une autre fois, un villageois s'est moqué de nos parents. Les trois quats de ses chèvres sont mortes pendant la nuit. Une vieille femme au marché m'a laissé une petite bourse en cuir très jolie pour la moitié du prix, et elle a trouvé sous son étal une autre bourse remplie d'argent. De telles choses se sont produites maintes fois, et Jane et moi commencions à douter qu'il ne s'agisse que de hasard.

Dans nos têtes d'enfants, nous étions contents de partager un secret comme celui-là, rien qu'à nous d'avoir un certain pouvoir sur les gens. Mais bien vite, les superstitieux nous ont trouvé trop dérangeant. Le fait qu'il n'y ait pas que Dieu qui puisse influer sur leurs destins, ç'a été un bouleversement pour eux.

Un jour, ils sont venus chez nous. Jane et moi avons entendu des éclats de voix, et nous nous sommes mis parterre, les oreilles collées au parquet de l'étage. Ils ont dit que le lendemain, nous devrions venir sur la place avec eux, et que si nous ne venions pas, ils viendraient nous chercher. Ils ont baissé le ton, ensuite, ont parlé de malédiction, de sentence, de mises au point, de mesures. Ils ont ajouté quelque chose à ce propos, et ma mère a éclaté en sanglots.

Nous avons compris que demain serait un jour décisif. Demain, ce serait notre procès. Demain, ce serait la vie et la mort. Perdus dans nos réflexions silencieuses, nous n'avons pas entendu les pas s'approcher de notre chambre. La clé a tourné, et nous étions prisonniers avant d'avoir faits le moindre geste. Jane avait les poings serrés, quelques larmes brillaient dans ses yeux bleus si semblables aux miens. Le lendemain, décida-t-elle, nous irons à leur procès, et s'ils nous disent coupables, nous nous enfuirons.

- Il serait plus prudent de s'enfuir sans passer au procès, dis-je.

- Je ne veux pas m'en aller avant de leur avoir réglé leur compte si j'en ai l'occasion, répondit-elle d'un ton implacable.

Son désir de frapper, se venger, faire le mal, m'a contaminé. Encore une fois, j'ai constaté que c'était ma sœur qui menait. Il en avait toujours été ainsi. Elle était le guide, quand moi j'étais les muscles qui lui faisaient défaut. Même si elle prenait les mauvaises décisions, même si j'étais mille fois plus raisonnable qu'elle, je ne pouvais me dresser contre ma sœur.

Elle s'est endormie dans mon lit, blottie contre moi. Comme avant.

La suite arrive dans maximum une heure ! C'est qui la plus rapide ?

(En vrai, j'ai écrit ce chapitre-ci et le suivant en un seul, mais après, je l'ai coupé en deux. Pour le suspense, vous voyez ?)