Carlisle faisait les cent pas. Quelques heures plus tôt, il avait téléphoné à Emmett, le priant de venir dès que possible au poste car il avait des questions à lui poser. Le jeune homme, surpris, avait dit qu'il arrivait immédiatement. En ce moment même, il était en train de descendre du bus et devait parcourir deux blocs de maisons avant de rejoindre la brigade. Au fond de lui, son cœur pulsait rapidement, presque douloureusement car il se demandait pourquoi Carlisle voulait l'interroger. Pensait-il qu'il était coupable dans l'histoire ? Il serra les poing. Tout cela était parfaitement ridicule, pourquoi enlèverait-il sa propre sœur ? Carlisle devait probablement dérailler, oui, voilà.
Une fois arrivé à la brigade, il poussa la porte et marcha jusqu'à l'ascenseur. Une femme dans la cinquantaine lui sourit avant de le détailler à travers ses lunettes vertes et rectangulaires. Il se retint de lever les yeux au ciel, alors que l'ascenseur ouvrait ses portes. En gentleman, il laissa passer la femme qui le remercia en battant des cils. Emmett se retint de pouffer, trouvant cette femme parfaitement ridicule. Il était célibataire depuis longtemps, bien longtemps, mais ce n'était pas une raison selon-lui, pour acceptez les quelconques avances d'une femme beaucoup plus âgé que lui.
_ Quel étage ? Demanda-t-elle.
Sa voix légèrement niaise, déplaisait à Emmett qui se racla la gorge avant de parler.
_ Le deuxième.
La femme appuya son doigt manucuré et vernis de rose sur le bouton du deuxième étage, puis du cinquième. Emmett soupira intérieurement de soulagement de savoir qu'elle ne s'arrêtait pas à son étage. Lorsque les portes de la cabine de l'ascenseur s'ouvrirent enfin – une éternité selon-lui – il sortit avec hâte de la cabine après avoir jeté un dernier regard à la femme qui battait des cils. Vieille folle, ne put-il s'empêcher de penser.
Emmett parcoura rapidement la ranger de bureau et il aperçu Jasper qui se leva pour serrer la main d'Emmett.
_ Comment tu vas ? Demanda le blond.
_ On fait aller, répondit-il. Tu sais pourquoi Carlisle veux me voir ?
Jasper se passa une main dans le cheveux, faisant rapeler au jeune Swan, Edward qui faisait si souvent ce geste.
_ Il a interroger Antoine hier matin et celui-ci a parlé de toi, alors il voudrait juste te poser quelques questions, ne t'en fait pas, il ne t'emmènera pas dans une salle d'interrogatoire, il sait parfaitement que tu n'as rien à voir avec la disparition de ta sœur.
Bien qu'il aurait dû se sentir soulager, Emmett n'y parvenait pas, alors qu'il rejoignait lentement le bureau du père de son ami. Il se demandait vraiment ce qu'Antoine avait pu déclaré à son sujet, notamment qu'il ne voyait pas la raison. Mais ce qui l'effrayait le plus, était que Carlisle soit au courant du braquage qui avait retiré la vie à ses parents, bien qu'il devait peut-être être au courant par le biais d'Edward.
Arrivé derrière la porte du bureau de Carlisle, Emmett frappa deux coups et attendit que l'homme blond lui dise de rentrer, ce qui ne tarda pas. Lorsque le brun pénétra à l'intérieur, Carlisle déposait au même instant une tasse rempli d'un café fumant sur son bureau ébène et prit place sur sa chaise, invitant d'un geste de la main, Emmett à faire de même.
_ Merci d'être venu si vite, commença Carlisle. Il faut que tu sâches que j'ai interrogé Antoine hier matin.
Emmett hocha la tête, sentant ses mains devenirent moites. Il se frotta le cou dans un geste mal à l'aise.
_ Il m'a avoué qu'il avait kidnappé ta sœur pour se venger d'un sale coup que tu lui avais fait. Tu sais de quoi il parle ?
Bien sûr qu'Emmett savait de quoi il en était question, mais il hésitait à tout dévoiler. Lui dire, serait expliquer dans les moindres détails le braquage, déroulé presque neuf ans plus tôt. Il ne voulait pas finir en prison, se serait le comble après tout ce temps, après avoir réussi à s'échapper sans se faire attraper par la police, mais si cela pouvait faire avancer l'enquête sur sa sœur ? Toutefois, il ne voyait pas l'utilité de tout lui dire, nier ce qu'Antoine avait déclaré changerait-il la donne ou non ?
_ Si cela a rapport avec le braquage qui... qui a retiré la vie de tes parents, sache que je sais que tu y participait, mon propre fils également. Tu ne finiras pas en prison, si c'est cela qui t'inquiète.
Il ignorait comment Carlisle était parvenu à connaître ses craintes, mais il se détendit tout de même un peu, soulager. Parler de ses parents, l'entendre de cette manière là, de vive voix par une autre personne, lui faisait mal.
_ Je pense qu'expliquer depuis le tout début serait plus judicieux, mais cela risque de prendre un certain temps.
Carlisle s'installa plus confortablement dans son siège, prêt à écouter le récit du frère de Bella. Il l'avait vu hésiter à tout lui dévoiler, et parler du braquage l'avait aidé à parler. Enfin, il allait savoir ce qu'il s'était réelement parler ce jour-là, car Edward n'avait rien voulu lui dire, excepté qu'il était au courant qu'il était le meurtrier des parents de celle qu'il aimait.
_ C'était il y bientôt neuf ans. Nos parents étaient dans une mauvaise passe. Notre mère était sans travaille depuis deux mois et la paie de notre père n'était pas suffisante pour subvenir aux besoins de la famille. J'avais dix-huit ans à l'époque, je pensais que je pouvais changer les choses, je voulais faire quelque chose. Notre mère pleurait chaque soir, pensant que Bella et moi dormions, mais en vérité, nous étions en haut des escaliers à l'écouter pleurer et notre père la réconforter. Un jour, j'en est prit marre et je suis aller voir Antoine. Je lui ai proposé de braquer une petite banque, histoire que je puisse sortir mes parents du trou dans lequel ils étaient tombés quelques mois plutôt. Il a accepté de suite et notre choix s'est arrêté sur la banque de Seattle.
Emmett s'arrêta, reprenant son souffle. Il revoyait dans sa tête ses parents, il revoyait sa mère pleurer sur l'épaule de son père et celui-ci la réconforter. Il se revoyait avec sa petite sœur en haut des marches des escaliers, tout deux écoutant leur parents et tout ces souvenirs le faisait souffrir. Carlisle, de son côté, écoutait attentivement le récit d'Emmett, entendant sa douleur à travers ses paroles, la lisant également aux travers de ses yeux chocolats. Il s'en voulait au fond de lui, de devoir faire ressasser tous ses souvenirs douloureux, mais il devait comprendre pourquoi Antoine tenait tant à se venger.
_ Cela a prit un peu plus d'un mois pour tout préparer. Antoine connaissait du monde, c'est ainsi qu'il avait fait venir son frère James, une fille du nom de Victoria et... Edward. Ont s'entendaient tous très bien, ont connaissaient chacun ce que nous devions faire, avec la règle la plus importante : ne...
Emmett se passa une main sur le visage en avalant difficilement sa salive.
_ … tuer personne.
Carlisle ressentit, inexplicablement, un frisson lui parcourir le dos.
_ On est arrivé sur les lieux un après-midi. Une certaine peur me rongeait de l'intérieur. Je ne voulais pas que tout ce termine mal, je ne voulais pas décevoir mes parents simplement les aider et les rendre fière de moi. Mais... personne n'avait prévu que ce jour-là... que ce jour-là, mes parents seraient présents.
Emmett avait la gorge serré de chagrin, de remords et de culpabilité. Il avait été stupide de croire que braquer une banque aurait été la solution à tous les problèmes.
_ Antoine et moi avons échangés un regard. J'étais paniqué à l'idée qu'ils leurs arrivent quoi que ce soit et Antoine avait dû le voir, parce qu'il était venu vers moi, me promettant que tout irait bien, que nous allions suivre tout les cinq le plan que nous avions mit en place et détailler pendant les deux dernières semaines. Je m'étais sentit un peu mieux.
L'homme se retenait de pleurer, il se devait d'être fort, il se refusait de pleurer devant l'homme qu'était Carlisle. Bien que perdre ses parents, devant soit qui plus est, n'était pas chose facile, Emmett tenait tout de même à sa dignité.
_ J'ai vu les visages horrifiés de mon père et ma mère... James les a fait allongé, comme toutes les autres personnes présentes dans la banque. Victoria et Antoine se sont occupés de faire remplir les sacs d'argents à l'aide de deux employés et Edward, James et moi, surveillont les clients. Mais mon regard seul était dirigé sur les visages de mes parents, sur celui de ma mère recouvert de larmes, et de mon père qui lui chuchotait des mots à l'oreille. J'aurai aimé retiré ma cagoule, dévoilé ma véritable identité, rassurer mes parents en leur disant que tout allait bien se passer, qu'ils ne risquaient rien. Mais je savais au fond de moi-même que je ne pouvais pas faire cela, cela était autant risqué pour moi-même que pour mes amis.
Emmett sera les poings par la rage qui commençait lentement à progresser dans son corps. Il revoyait chaque détails de cette affreuse journée.
_ Ma mère s'est levée toujours en pleure et elle m'a supplié de la laisser vivre, me disant qu'elle avait deux enfants, un garçon du nom d'Emmett et une fille qui s'appelait Bella. Elle ne s'adressit qu'à moi et je ne cesse de me demander encore aujourd'hui si elle avait sû ou non que c'était moi, si son instinct de mère lui avait permi de me reconnaître mais... elle m'implorait. Edward lui a dit de se taire et elle s'est tournée vers lui en le suppliant.
Emmett n'en pouvait plus, il se leva de sa chaise et s'appuya contre la fenêtre froide pour tenter de ce calmer, de s'apaiser un peu.
Carlisle, quant-à lui, ferma les yeux, compatissant auprès de la douleur du jeune homme. A partir de ce moment-là, il se doutait de ce qu'il s'était passé et il devait avouer que, même s'il n'en n'avait pas été l'acteur, il ressentait malgré tout de la honte il n'avait pas élevé son fils de cette manière-là.
_ Edward... ton fils... il a tiré sur ma mère. Mon père s'est levé d'un seul coup en hurlant et... Edward n'a pas hésité pour lui non plus. Et moi, je suis resté sous le choc, tétanisé. Je ne m'attendais pas à cela, pas mes parents. Je me souviens être sortit de ma torpeur une fois que j'eu été à l'extérieur, tiré par Antoine qui me disait qu'il fallait partir. Je lui ai hurlé dessus, je lui ai dit qu'il fallait que j'aille les voirs, qu'ils avaient besoin de moi, mais il m'en a empêcher.
Emmett laissa libre court à ses larmes, il ne pouvait plus se retenir, il avait besoin de faire éclater sa peine.
_ On est monté dans le van de James et j'étais devant avec lui parce que Antoine ne voulait pas que je me retrouve aux côtés d'Edward quant-à moi, je le voulais ardemment parce que... Je ne pouvais pas rester sans rien faire, il avait tiré sur mes parents, ils n'avaient plus bougés, ils étaient forcément... Quand nous sommes arrivés à l'entrepôt, je suis descendu et j'ai ouvert la portière d'Edward et l'est fait sortit de force. Je me souvins l'avoir traité de tous les noms qui me passaient par la tête, avant que je ne brandisse mon arme en sa direction. Mais au moment où j'ai pressé mon doigt sur la gachette, Victoria s'est mise devant ton fils pour le protéger et... elle est morte.
Les battements du cœur de Carlisle reprirent une cadence régulière. Connaître que son fils avait frôlé de si prêt la mort, l'affolait. Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait son fils avec lui en ce moment, alors qu'il aurait tout aussi bien pu le perdre.
_ Edward a pleuré, beaucoup. Antoine également. Ce premier était en couple avec elle, mais le second aussi, sans qu'Edward ne le sache. Antoine me disait toujours qu'il n'avait jamais autant aimé une personne comme Victoria et que je l'avais tué. Nous ne nous sommes pas parlé pendant plusieurs jours... puis il m'a proposé de partir pour New York, de manière à tout reprendre à zéro. J'ai accepté en échange d'attendre que Bella est atteint sa majorité, puis je suis parti.
Carlisle resta silencieux un moment, ne sachant quoi dire. Il se doutait que ce braquage qui avait retiré la vie de ses parents avait été marquant, mais il n'aurait jamais songé que cela soit si éprouvant.
_ Je suis sincèrement désolé, Emmett, je veux que tu le sâches.
Emmett haussa les épaules. Ce n'était pas des excuses qui lui rendraient ses parents, qui changerait qu'il soit fautif dans un sens dans l'évènement qui avait retiré la vie de ses parents. Rien de tout cela ne serait arrivé s'il n'avait pas voulu aider financièrement ses parents, d'une manière illégal. Carlisle reprit un instant après :
_ Donc Antoine s'est vengé pour le meurtre de... Victoria, c'est bien ça ?
_ J'imagine, répondit Emmett en s'approchant de Carlisle.
Emmett le supposait, parce que lorsqu'Edward avait tué ses parents, il avait été assoiffé de vengeance. Antoine devait assurément l'être également envers Emmett pour avoir retiré la vie de celle qu'il aimait tant.
_ Merci Emmett, j'imagine que ce ne devait pas être facile.
Emmett marcha lentement jusqu'à la porte pour s'en aller, lorsqu'il se retourna une dernière fois vers Carlisle en déclarant :
_ Tu sais, je crois qu'il fut plus douloureux de raconter tout cela pour la première fois à quelqu'un, plutôt que de l'avoir vécu... cela prouve un peu plus de ce qu'il c'est réellement passé ce jour-là.
Emmett quitta finalement le bureau du chef de la brigade sans attendre de répondre. Il avait seulement eut le besoin de dire ce qu'il pensait.
Edward Cullen, de son côté, avalait verre après verre. Au bout du quatrième, il ne savait plus combien il en avait ingurgité, mais une chose dont-il était sûr était que le nombre était élevé. Tout ce qu'il voulait, c'était oublier, oublier ce visage malsain, faire taire cette voix horrible de sa tête, cesser de penser, d'oublier pourquoi il existait alors qu'il aurait dû être mort. En effet, depuis ce jour où Emmett Swan avait pointé son arme vers lui, il ne cessait de s'en vouloir, de se demander pourquoi Victoria avait-elle décidé de ce mettre devant lui pour le sauver, à moins qu'elle ne s'attendait pas à ce qu'une balle ne s'échappe de l'arme de métal. Mais Edward pensait parfois qu'il aurait mieux dû mourir, ainsi, il ne souffrirait pas en ce moment même de la disparition de Bella – bien qu'il ne regrettait en rien de l'avoir rencontré – il ne culpabiliserait plus pour le meurtre qu'il avait commis, lorsque tout le monde était d'accord pour ne pas se servir des armes. Il avait été idiot de tiré sur cette pauvre femme et ce pauvre homme mais la panique l'avait fait dérapé. Mais il s'avait tout de même que cela n'était pas une excuse valable.
Victoria arrivait parfois à lui manquer, malgré qu'il s'avait aujourd'hui que celle-ci entretenait une relation avec Antoine en même temps que la leur. Avec ce même homme qui avait harcelé sa Bella de message, ce même homme qui l'avait kidnappé, ce même homme qu'il avait vu et entendu parlé dans la vidéo de son dernier interrogatoire. Il pouvait remercier Wendy de lui avoir donné une copie il ne l'aimait pas vraiment, mais elle grimpait peu à peu dans son estime. Mais voilà où il se trouvait à présent : en train de boire pour oublier jusqu'à qui il était.
_ Edward ! Edward !
Une voix lointaine semblait l'appeler, il n'en n'était pas sûr, mais se retourna tout de même. Il aperçu au loin Jasper arriver à grandes enjambées vers son frère. Le jeune blond était fâché et déçu du comportement de son frère, notamment qu'il avait bien insisté pour qu'il soit présentable ce soir.
_ Je n'arrive pas à le croire, soupira Jasper. Aller on rentre.
_ Un dernier verre, proposa Edward. Je t'en sers un ?
Jasper tira son frère par la manche de son blouson qui se leva doucement.
_ On y va, j'ai dit.
Edward se laissa donc faire, pas par envie, mais tout simplement car la force de résister lui manquait dans ses muscles.
_ Alice va être furieuse, commenta Jasper en aidant son frère à quitter le tabouret sur lequel il était attablé. Je lui ai parlé de t'invité à dîner et toi, voilà comment tu vas te présenter, empestant la cigarette et l'alcool. Je te rappele que j'ai un fils et une fille !
_ J'aime bien tes enfants, répondit Edward d'un ton rêveur.
_ Tu vas surtout les effrayer, oui.
Jasper emmena tant bien que mal Edward jusqu'à sa voiture, non sans avant avoir remercier le barman de l'avoir appelé. Il fallait avouer que ce bar était celui auquel l'équipe de la brigade venait passer du temps après avoir résolut une importante affaire, le barman les connaissant donc tous bien. Arrivé proche de sa voiture, Jasper ouvrit la portière avant passager et installa son frère tant bien que mal à l'intérieur.
_ Je vais appeler Alice pour la prévenir de reporter le dîner.
Et tandis que le jeune blond composait le numéro de sa fiancée, il entendait son frère – dont la portière était fermée – chanter une comptine : A la clair fontaine.
Désolé pour ce retard, ayant deux controles en fin de semaine, j'ai passé mon mercredi après-midi dans mes révisions. Pour me faire pardonner, je posterais un chapitre demain – qui sera un bonus (se sera le braquage, cela vous tente-il?) Et comme prévu, dimanche il y aura un nouveau chapitre, avec l'apparition d'Alice et les enfants ! Vous attendiez-vous à tout ça ?
