Titre : Destinées entrelacées

Rated : M (pour être sure)

Disclaimer : Hakuouki et ses personnages appartiennent à Idea Factory, les OC m'appartiennent.

Salut tout le monde !

Voilà le second chapitre qui met en place l'histoire. N'hésitez pas à me dire quel est votre personnage préféré et pourquoi.

Bonne lecture.

OoOoOoO

Chapitre 2 :

Shiori se réveilla en première et se redressa lentement, assaillie par un violent vertige. Lorsqu'elle fit attention à son environnement, elle vit qu'elle était assise à même un sol recouvert de feuilles mortes et de brindilles. Petit à petit, elle reprit ses esprits et se rappela de ce qui s'était passé. Elle regarda autour d'elle et trouva sa sœur assoupie à ses côtés. Elle tendit la main pour dégager doucement la chevelure qui recouvrait son visage et décela un hématome sur son front. Quand s'était-elle fait ça ? Avait-elle, elle aussi, fait un malaise ? Elle secoua doucement sa sœur pour la réveiller et fut soulagée de l'entendre grogner en signe de protestation.

- Keiko, tu vas bien ?

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Baragouina la cadette qui se tenait la tête d'une main.

- Je ne sais pas, mais rentrons vite. La nuit est en train de tomber.

Shiori se releva et aida sa sœur à faire de même, avant de lancer un regard de travers au petit temple. Il était toujours là, bien entendu, mais il semblait différent. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle se sentit soudainement mal à l'aise à cet endroit, comme si trop de chose incohérentes se rassemblaient au même endroit. Quelque chose n'allait pas, mais elle était incapable de mettre le doigt dessus. Prise par un besoin incompréhensible de s'enfuir, Shiori attrapa sa sœur par le bras et la traîna à travers la bambouseraie.

Ce n'est qu'en arrivant dans une ruelle que l'aînée laissa échapper un soupir de soulagement et se pencha en avant pour reprendre son souffle.

- Euh... Shiori ? Les rues ne sont pas goudronnées par ici ?

Shiori se redressa et sentit son cœur se serrer. C'était ça : l'environnement était étrange. La bambouseraie n'était plus aussi haute et le temple semblait moins délabré, et maintenant les rues faites d'une terre mal battue. Elle se sentit prise d'un malaise devant ces changements auxquels elle ne savait donner de signification.

- Shiori, je ne me rappelle pas d'être passée par ici. Tu te rappelles de cet endroit ? Poursuivit la cadette d'une voix légèrement chevrotante, commençant à paniquer.

- Non... Nous avons dû prendre un autre chemin sans faire attention. Continuons jusqu'à la rue passante, nous devrions retrouver notre chemin à partir de là.

Keiko hocha docilement la tête, mais tout sur son visage laissait paraître son incrédulité. Comment pourraient-elles s'être perdues ? Elles connaissaient le chemin qui menait jusqu'au temple mieux que quiconque.

La grande sœur afficha une mine sereine pour ne pas effrayer davantage sa cadette, mais elle n'arrivait pas à trouver de meilleure explication à cette situation. Après tout, même si elles s'étaient évanouies, personne ne les avait déplacées puisqu'elles s'étaient réveillées au même endroit. Elle ne pouvait pas expliquer les changements étranges, mais il était évident que c'était bien leur temple et leur bambouseraie, elles finiraient bien par retrouver leur route. Du moins, plus elles avançaient et plus elle tentait de s'en convaincre, car l'état des rues l'inquiétait de plus en plus. A quel endroit de Kyoto trouvait-on encore des rues non goudronnées, ou du moins non dallées, dont le sol était visiblement modelé par les allées et venues des passants ?

Shiori tenta de garder son sang froid pour le bien-être de sa sœur, mais elle ne pu plus cacher sa stupéfaction lorsqu'elles arrivèrent dans une rue principale. Toutes deux se figèrent et restèrent un long moment à observer les gens, bouches bées.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? Je ne reconnais rien. Laissa échapper l'aînée dans un murmure.

- Et les gens sont habillés bizarrement. Il y a une reconstitution historique aujourd'hui ? Tenta la plus jeune.

Les sœurs tournèrent et retournèrent sur elles-mêmes pour observer les échoppes animées et les gens passer. Tout semblait trop naturel, la population ne semblait pas fêter quoi que ce soit pourtant personne n'était habillé normalement. Il n'y avait aucun spectateur et aucune danse, comme si tout ça était leur quotidien et qu'il n'y avait rien d'étrange.

Et plus que les gens, c'était l'environnement qui finit de les surprendre. Aucun immeuble, pas de poteaux électriques ou de lampadaires, pas de voitures ou de vélos, pas d'antennes. C'était comme si toute forme de technologie avait disparue de ce quartier.

- Qu'est-ce que c'est que cet endroit ?

- Je ne sais pas, c'est vraiment étrange.

Elles restèrent de longues minutes à observer ce qui se passait sous leurs yeux avant de réussir à sortir de leur torpeur.

- Demandons notre chemin à quelqu'un, on ne doit pas être bien loin de chez nous, on sort à peine de la bambouseraie.

Keiko hocha la tête et allait interpeller un passant quand un cri strident la prise de court.

- A l'aide ! Au feu !

Les deux sœurs se retournèrent vers l'origine des cris et suivirent la foule qui s'y dirigeait. Elles décidèrent de ne plus faire attention aux détails, comme l'omniprésence de maisons faites de papier et de bois, ou les katanas accrochés aux ceintures de certains hommes. Elles hâtèrent le pas et furent stupéfaites de se retrouver devant une maison dont le toit était dévoré par les flammes. Les maisons de cette ruelle étaient accolées, et les voisines ne tarderaient pas à prendre feu elles aussi. Il fallait agir rapidement sans quoi toute la rue serait rapidement embrasée.

- Il y a encore des gens à l'intérieur ? Est-ce que quelqu'un a appelé les pompiers ? Demanda Shiori aux personnes qui l'entouraient.

Mais les gens la regardaient comme une bête de foire, et personne ne lui répondit.

- Hé oh ! On vous parle ! Quelqu'un a appelé les pompiers ? Renchérit Keiko.

Mais seule la voix d'une petite fille effrayée leur parvint en réponse.

- Ils n'arriveront jamais à temps ! Les maisons auront brûlées le temps qu'on aille les chercher ! Pleurait-elle.

- Et le téléphone vous ne connaissez pas ?!

Mais ils restaient figés telles des statues, ne bougeant pas ni pour aller appeler ni pour faire évacuer les maisons.

- Bon, laisse-les, je ne sais pas où on est tombé mais ils sont pas nets.

- C'est peu de le dire !

- Il faut prévenir les voisins. Keiko tu prends les maisons à gauche, moi celles à droite.

- Et après ?

- Je ne sais pas.

Shiori ne comprenait pas ce qui se passait et ne savait pas quoi attendre de cet endroit, mais ce dont elle était sûre c'est qu'il fallait sauver les gens de ce feu ravageur. Le vent se levait, il fallait se dépêcher.

Les sœurs se ruèrent vers les maisons alentour pour ouvrir les panneaux coulissants et ordonner aux habitants de sortir.

Bien qu'ils trouvaient ces jeunes filles étranges, les gens finirent par les aider dans leur tâche et firent sortir toute la population des habitations.

Les flammes étaient attisées par le vent nocturne et frôlaient dangereusement les autres bâtisses. Les jeunes femmes se retrouvèrent à nouveau devant l'incendie, impuissantes.

Elles furent accueillies par les pleurs d'une dame agenouillée devant la maison.

- Mon petit Kosuke ! Non !

Les sœurs échangèrent un regard choqué, ayant peur de comprendre ce qui se passait.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Keiko en s'agenouillant près de la femme.

- Mon fils ! Il est à l'intérieur ! Pleurait-elle.

- Quoi ?! Et vous attendez quoi pour aller le chercher ! S'exclama t-elle.

Le feu avait pris de l'ampleur et la fumée s'échappait en grosses volutes de l'entrée, mais si son enfant était dans cette maison, qu'attendait-elle pour aller le sauver au lieu de rester plantée là ?

Il fallait faire quelque chose, elles n'étaient même pas certaines que ces gens aient appelé les pompiers. Et dire qu'elles avaient laissé leurs téléphones chez elles...

Shiori pivota sur elle-même et vit un petit puits situé non loin.

- Keiko, aide moi.

Sans prendre le temps de lui expliquer, l'aînée prit un seau et le remplit d'eau. Sa sœur la suivit pour faire de même et les jeunes femmes sortirent leurs mouchoirs pour le mettre sur leur bouche.

- Prête ?

La cadette hocha la tête et Shiori prit son élan pour entrer dans la maison. Mais alors qu'elle s'élançait, une main puissante la retint par l'épaule.

- Ecarte-toi, femme. Ordonna une voix grave.

Shiori dégagea son épaule et se retourna pour voir qui lui parlait de la sorte. Elle fut surprise de croiser le regard de glace d'un homme aux cheveux longs. Son visage ne laissait transparaître aucune émotion, et ses yeux bleus étaient d'une pureté et d'une profondeur qui la laissèrent un instant interdite.

L'homme la sortit de sa méditation en lui prenant le seau des mains pour s'en verser le contenu sur la tête. Sans un regard de plus à son égard, il s'engouffra dans la maison.

Keiko avait observé la scène, stupéfaite, et n'avait pas remarqué d'autres hommes qui s'approchaient. Ce n'est que lorsqu'une voix masculine lui lança une remarque désobligeante qu'elle prit conscience de leur présence.

- Et bien, et bien... comptes-tu rester plantée là ?

Lorsque les sœurs se tournèrent, elles purent voir quatre hommes habillés avec le même haori bleu ciel que celui de l'homme qui était entré dans la maison.

Shiori se posta devant sa sœur pour la protéger de ces hommes aux intentions peu claires.

- Oh la, Souji, il semblerait que tu les aies effarouchées ! S'exclama un homme aux cheveux auburn.

- Heh... Ce n'est pas de ma faute si elles ne sont pas réactives. Hé toi ! Dépêche-toi de me donner ce seau ! Ordonna t-il en dominant de façon menaçante les jeunes femmes.

Cet homme était le plus grand du groupe et avait les cheveux châtains, dont une partie était relevée en un chignon particulier. Il arborait un sourire narquois, et ses yeux laissaient voir son amusement. Il savait qu'il les impressionnait et s'en délectait.

Il fit un pas de plus vers les jeunes filles, et Shiori arracha presque le seau des mains de sa sœur.

Elle n'en revenait pas, cet homme essayait de les intimider, pour qui se prenait-il ?

Ne prenant pas le temps de réfléchir aux conséquences, l'aînée lui jeta le contenu du seau en plein visage avant de jeter le récipient à ses pieds.

- Pour qui tu te prends ? Tu n'as qu'à le faire toi-même si tu n'es pas satisfait ! Lâcha t-elle, furieuse.

Elle eut à peine le temps d'entendre les autres essayer de dissuader cet homme avant de se retrouver avec la pointe d'un katana rivée sur la gorge.

Elle ne l'avait pas vu bouger, et si elle avait avancé ne serait-ce que d'un pas il l'aurait transpercée.

Shiori baissa les yeux sur la lame et se rendit compte qu'il s'agissait bien d'une vraie. Lorsqu'elle les remonta pour croiser le regard de son assaillant, elle sentit son cœur rater un battement et des sueurs froides perler dans son dos. Son regard était froid comme la glace et terriblement sérieux, cet homme pouvait la tuer. Jamais elle n'avait été aussi convaincue d'une telle chose.

- Tu me fais perdre un temps précieux, je n'ai pas le temps de jouer. Lâcha t-il d'une voix plus grave.

- Non mais ça va pas ! C'est une vraie lame, putain ! Vous êtes malades ! Cria Keiko en espérant déstabiliser ce fou.

Mais alors qu'elle avançait vers lui pour lui saisir la main, il riva son regard dans le sien et elle se figea sur place.

- Ça suffit, Souji. Ordonna une voix grave.

L'homme qui s'avançait vers eux avait une prestance différente. Son visage affichait une sévérité naturelle, et son kimono des plus classiques laissait supposer une rigueur particulière. Ses longs cheveux de jais flottaient gracieusement au vent et, étrangement, il imposait le respect.

Le dénommé Souji soupira et retira sa lame.

- Oh ? Le Shinsengumi ne punit-il pas l'insolence ? Lui demanda t-il sur un ton provocateur.

- Tu es celui qui a été insolent, Souji. Et depuis quand s'en prend-on aux femmes ?

La dernière remarque avait sonné comme une remontrance, et l'homme haussa les épaules en reprenant son sourire narquois.

- Bien, bien... Dit-il d'un ton détaché avant d'entrer à son tour dans la maison sans un regard de plus pour les jeunes femmes.

Les autres hommes le suivirent, et le dernier arrivé inclina la tête en passant devant elles, comme pour excuser le comportement de son ami.

Les deux sœurs restèrent figées sans dire un mot, les regardant essayer de démolir la maison pour éteindre le feu au lieu d'attendre les pompiers.

- Ces types sont fous, je ne sais pas où nous sommes tombées mais allons nous-en. Proposa Keiko.

Shiori opina et elles quittèrent cette rue bondée au pas de charge. Elles ne parlèrent pas de ce qui venait de se passer, elles auraient tout le temps de le faire lorsqu'elles seraient rentrées. Pour le moment, il fallait vite quitter cet endroit car plus le temps passait plus elles s'inquiétaient d'être tombées dans un endroit dangereux.

Elles marchèrent pendant de longues heures en changeant régulièrement de rue pour essayer de trouver une allée familière, mais rien n'y fit.

C'était comme si elles avaient été téléportées très loin de chez elles, dans un quartier où une secte bizarre avait élue domicile et demandait aux gens de vivre comme à l'époque d'Edo.

Bientôt, les lanternes s'éteignirent et seule la Lune les éclairait. Une évidence les frappa : elles étaient définitivement perdues et seules au monde.

Elles n'avaient pas osé demander leur route aux gens après cet incident, et elles se retrouvaient seules dans la nuit à errer dans un quartier inconnu où des fous n'hésitaient pas à sortir leurs katanas pour les menacer.

Le silence était total, et alors qu'elles avaient espéré croiser un passant pendant longtemps, elles le redoutaient à présent.

C'est alors qu'elles entendirent un cri strident résonner dans la nuit et des bruits de pas rapides s'approcher.

- Putain, c'est quoi encore ça ? Sursauta Keiko.

- Viens, cachons-nous là !

Shiori avait traîné sa sœur derrière une charrette entourée de tonneaux. Elles s'y accroupirent et attendirent que les bruits passent. Elles essayèrent de garder leur calme, mais la peur de l'inconnu les fit paniquer peu à peu.

- C'est quoi ce bordel ? D'abord les gens bizarres, puis ce type qui manque de te tuer, et maintenant des cris horribles ! Murmura la cadette, au bord de la crise de nerfs.

- Chut ! Reste tranquille !

Mais Keiko n'y tenait plus. Doucement, elle sortit la tête de leur cachette pour voir une femme arriver en courant. Elle haletait et semblait paniquée. Elle appelait à l'aide mais personne ne sortait des maisons malgré les sanglots évidents dans sa voix.

La cadette allait lui faire signe de venir se réfugier auprès d'elles quand la femme se figea à quelques mètres d'elle, une expression d'horreur gravée sur le visage.

Lentement, elle descendit le regard vers son ventre, et posa des doigts tremblants sur la lame qui en dépassait. Sans pitié, le katana fut retiré d'une traite, et la femme jetée à terre par trois hommes qui se tenaient derrière elle. Keiko ne pu retenir un juron épouvanté.

- Oh put–

L'aînée s'était dépêchée de bâillonner sa sœur avec sa main pour ne pas attirer le danger sur elles.

Malheureusement, dans le silence complet de la nuit, les seuls gazouillements lugubres de la victime qui se noyait dans son sang ne suffirent pas à les couvrir. Les assassins les avaient entendues, et ils se tournèrent vers elles.

- Tiens, tiens. On a encore de la viande fraîche à se mettre sous la dent. Ça tombe bien, celle-ci n'était pas très coopérative. Venez-là mes jolies !

Les hommes avancèrent doucement vers elles, ne cachant pas le moins du monde leurs intentions macabres. Ils n'étaient qu'à quelques mètres d'elles, elles ne pouvaient pas fuir.

Shiori voulait malgré tout tenter de s'enfuir avec sa sœur, mais, avant qu'elle ne puisse se lever, les hommes s'arrêtèrent d'avancer.

Les regards n'étaient plus portés sur elles mais sur quelque chose qui se trouvait derrière. Les sœurs ne bougèrent pas d'un poil, n'osant pas espérer un sauveur quelconque.

Puis, elles entendirent des grondements bestiaux et des rires déments qui les firent sursauter.

- Le.. Le Shinsengumi ? Questionna un des agresseurs.

Les trois hommes n'obtinrent pour réponse qu'une attaque violente où le sang gicla de tous côtés. Shiori reconnu le haori bleu des hommes qu'elles avaient croisés peu de temps avant, étaient-ils ensemble ?

Les hommes étaient dos à elles, ne leur permettant pas de décliner leur identité, pourtant, quelque chose perturba les jeunes femmes et leur intima de ne pas se faire remarquer. Ces sauveurs inopinés avaient des cheveux d'un blanc immaculé et, rapidement, elles purent distinguer leurs visages déformés par une folie meurtrière.

Ils étaient comme défigurés, ressemblant plus à des bêtes assoiffées de sang qu'à des humains. Leurs yeux étaient d'un rouge grenat qui ressortait dans la nuit, leurs dents ressemblaient à des canines dont ils se servaient pour mordre à même la chair de leurs assaillants. Mais ce qui ajoutait le plus à l'horreur que ressentait les jeunes femmes était leurs rires déments et le bruit des corps qu'on démantèle.

Les trois agresseurs ne furent bientôt plus qu'une masse informe faite de sang et de tripes dont le vent portait l'odeur écœurante. Shiori et sa sœur étaient tétanisées, elles ne parvenaient plus à penser clairement et pleuraient silencieusement. Elles ne faisaient que prier tous les dieux existants pour que ces monstres ne les remarquent pas. Mais c'était peine perdu.

A peine leur festin terminé, ils humèrent l'air comme s'ils avaient détecté une odeur appétissante et se tournèrent d'un même mouvement vers la cachette des jeunes femmes.

Les ricanements reprirent et l'un d'eux devança les autres en se ruant sur elles. Comme si la scène se déroulait au ralenti, elles eurent le temps de le voir se jeter sur elles sans pouvoir réagir. Keiko sentit alors une poigne de fer l'attraper par le poignet, faisant craquer ses os, la ramenant à la réalité par la douleur.

Saisie de panique, elle poussa un cri strident qui résonna dans tout le quartier, et se débattit pour se défaire de la prise de l'homme. Mais il était trop fort, comme shooté à la testostérone, c'était comme si rien n'aurait pu lui faire lâcher prise. Les larmes ruisselèrent sur son visage face à l'évidente tragédie qui l'attendait.

Shiori attrapa sa sœur et essaya de la dégager de la prise de cette bête, mais rien n'y faisait et les autres approchaient avec le même sourire sordide gravé sur les lèvres.

Elles allaient mourir toutes les deux, rien ne pourrait les sauver. Elles avaient atterri dans un quartier de fous où les psychopathes et les tueurs en série avaient élu domicile. Rien ni personne ne viendrait les sauver, elles en étaient persuadées.

C'est alors que Keiko sentit son poignet être libéré et qu'elle chuta en arrière avec sa sœur. Les deux jeunes femmes lancèrent un regard perplexe à leur agresseur qui se tenait toujours devant elles, avant de le voir chuter à leurs pieds et se transformer en tas de cendres.

Devant elles se tenait à présent un autre homme vêtu du même haori bleu. Keiko était en état de choc et sursauta vivement lorsqu'il porta un dernier coup dans le vide pour enlever le sang de sa lame avant de la ranger dans son fourreau.

Lorsqu'il se tourna vers les jeunes femmes, Shiori le reconnut immédiatement. Il s'agissait de l'homme qui l'avait empêchée d'entrer dans la maison en feu. Il posa sur elle un regard neutre, et elle ne su dire si leur situation était préférable ou non à la précédente.

- Et bien, et bien ! Il semblerait que nous retrouvions nos petites fouineuses ! Serait-ce le destin ? Lança une voix doucereuse.

Okita apparut aux côtés de l'autre homme et les gratifia d'un sourire qui sembla presque sympathique. Les jeunes femmes se détendirent légèrement jusqu'à ce qu'il poursuive.

- Malheureusement, vous avez vu quelque chose que vous n'auriez jamais dû voir. Quel dommage de devoir vous liquider... Cela aurait été plus simple si tu les avais laissé finir leur œuvre, Hajime-kun. Ajouta t-il en désignant les cendres d'un signe de tête.

Shiori se figea, elle remarqua enfin la lueur de malice qui habitait les yeux verts de cet homme. Sa sœur n'était pas en état de courir, elle devait la protéger.

L'aînée lança un regard à l'autre homme pour voir sa réaction, mais elle ne fut pas celle espérée.

- Hijikata-san ne nous a pas ordonné de tuer les témoins. Tu agis de ton propre chef, Souji.

Son ton était plus informatif qu'autre chose, et il ne bougea pas pour l'empêcher de tirer son katana et de le pointer vers les jeunes femmes.

Okita avait perdu son sourire et Shiori retrouva dans ses yeux le même danger que lorsqu'il l'avait menacée la première fois.

- Je n'ai rien contre vous personnellement. C'est pour le bien du Shinsengumi.

Elle n'avait plus le choix, elle devait tenter le tout pour le tout. Elle n'eut pas le temps de réfléchir et agit par instinct en le voyant lever sa lame sur elle. D'un geste rapide, elle saisit le katana de l'homme décédé à leurs côtés et leva sa lame pour le contrer. Avec toute sa force, elle tenta de le faire reculer et de l'éloigner de sa sœur. Okita recula de quelques pas, plus par surprise et par curiosité que par réelle difficulté.

- Oh ? Allons, rends les choses plus simples.

Il eut à peine le temps de terminer sa phrase qu'elle l'attaqua aussi rapidement qu'elle le pu. Les lames s'entrechoquèrent mais cette fois il ne recula pas et mit plus de force dans l'échange. Shiori essaya de tenir bon en faisant appui de tout son corps, mais Okita ne bougeait pas et se contentait de la fixer par dessus leurs lames croisées. Ses yeux ne délivraient qu'un seul message : « Tu vas mourir, abandonne ».

Se sentant faiblir et mettre presque un genou à terre, Shiori céda et essaya de dévier la lame meurtrière. Mais l'homme la frappa à l'épaule et elle ne pu que frapper de façon désordonnée vers son agresseur pour le forcer à garder ses distances.

- Shiori ! S'écria Keiko qui était restée en retrait.

La cadette avait toujours trouvé que les katanas étaient datés et faisaient ringards, alors elle n'avait jamais vraiment demandé à Masao de lui apprendre comment s'en servir. Mais Shiori avait toujours adoré les lames et avait appris quelques bases avec lui. Cependant, elle doutait que cela suffise, et en la voyant blessée, il lui sembla évident qu'elle allait perdre ce combat.

Sa sœur tint bon et se redressa pour lever son sabre à hauteur de son visage, prête à attaquer. Son adversaire semblait s'amuser de ses vaines tentatives, mais la jeune femme espérait malgré tout avoir une chance de le vaincre sur un malentendu.

Alors elle l'attaqua et visa son ventre, mais il esquiva et elle se dépêcha de bondir en arrière pour éviter une éventuelle attaque. Pourtant il ne tenta pas de contre-attaquer, et semblait vraiment apprécier cet échange.

Peu lui importait les raisons de sa passivité, elle n'allait pas laisser passer une telle chance. De nouveau, elle l'attaqua et il esquiva chacun de ses coups.

- Souji, si tu dois la tuer, tue-la. Arrête de jouer Le réprimanda son compère.

Shiori le regarda du coin de l'œil, étonnée de l'entendre parler, et se jeta de toutes ses forces sur Okita en espérant le toucher avant qu'il ne décide « d'arrêter de jouer ». Malheureusement aucun de ses coups ne parvint à ne serait-ce que le frôler. Elle l'entendit soupirer et sursauta lorsqu'il para violemment un de ses coups, lui envoyant des ondes de choc dans les bras.

- Oui, oui... Répondit-il de façon détachée.

Alors, d'un geste il fit reculer Shiori de plusieurs pas. Elle se rendit compte qu'elle n'avait même pas la force de retenir sa lame et décida d'attaquer en désespoir de cause.

Mais Okita para son coup et lui saisit le poignet pour lui retourner le bras dans le dos et lui faire lâcher son katana.

Il la jeta ensuite au sol et éloigna du pied l'arme tombée à terre. Une fois encore, il pointa sa lame sur elle.

Shiori, bien que paniquée, était aussi révoltée de se faire malmener ainsi. Sans tenir compte de sa situation, ou plutôt bien consciente de son peu de chance de survie quoi qu'elle fasse, elle lui lança un regard assassin. A défaut de le battre, elle ne voulait pas lui offrir la vision d'une fille faible et apeurée rampant à ses pieds. Elle riva ses yeux dans les siens et ne les baissa pas lorsqu'elle croisa son regard de tueur.

- Heh ? Quel regard intéressant... Dit-il avec un rictus amusé.

- Souji. Le rappela son compagnon.

- Je sais, je sais. Allez...Tu es plutôt intéressante, mais je ne peux pas laisser de témoins compromettre l'existence du Shinsengumi. Prépare-toi à mourir !

Le guerrier leva son katana d'un geste rapide et l'abaissa tout aussi vivement. Shiori vit la lame s'abattre sur elle et su qu'elle n'aurait pas le temps de l'esquiver. Alors elle ferma les yeux aussi fort que possible et attendit. Mais à la place d'une douleur, c'est une douce chaleur qui l'enveloppa soudainement.

En ouvrant les yeux, elle vit que sa petite sœur l'avait protégée en se jetant devant la lame.

- Keiko !

Le sang ruisselait le long du bras de la plus jeune, qui ne s'écarta pas pour autant de sa sœur. En voyant le sang couler, Shiori perdit toute réserve et tout sang-froid. Pour la première fois de sa vie, elle avait vraiment envie de tuer quelqu'un, et une fureur incontrôlable s'empara d'elle.

Elle écarta doucement sa sœur d'elle et lança un regard haineux à celui qui l'avait blessée.

- Sale bâtard ! Ne touche pas à ma sœur !

Sa voix avait tonné tel un grondement sourd et elle se rua sur lui sans chercher à trouver une arme. Elle le frappa de toutes ses forces, mais ses petits poings n'avaient aucun effet sur le corps surentraîné de cet homme. D'un geste vif, il arrêta un de ses poings et la mit à terre.

- Ça suffit, finissons-en.

Okita semblait lassé de la situation et leva à nouveau son arme pour l'achever sans autre forme de somation.

- Arrête, Souji. Ordonna une voix autoritaire.

L'homme baissa son katana et se retourna vers son vice-commandant.

- Hijikata-san, elles ont vu les rasetsu. Ce serait plus sûr de les éliminer. Argua le guerrier aux yeux verts.

- Certainement, mais le Shinsengumi ne se complaît pas dans la simplicité.

Hijikata s'approcha de Shiori et la releva en la saisissant par les épaules. En voyant que ses mains étaient recouvertes de sang, il poursuivit.

- Et il ne s'en prend pas non plus à des civils, encore moins à des femmes.

Okita leva les yeux au ciel mais rangea son arme, ne pouvant bafouer ouvertement les valeurs du Shinsengumi.

- Saito, relève l'autre.

- Bien.

Saito s'approcha de la cadette et lui saisit le bras pour la relever. Étonnamment, sa poigne était suffisamment ferme pour la soulever d'une main, mais elle n'avait rien de cruelle. S'il n'avait pas eut cette expression détachée sur le visage, elle aurait juré qu'il était précautionneux.

Mais lorsque ces doigts fins enserrèrent son poignet, Keiko ne pu retenir un cri de douleur qui fit lâcher prise au samuraï.

Elle se mordit la lèvre le temps que la douleur s'estompe mais ne pu retenir quelques larmes de perler aux coins de ses yeux.

D'un pas vif, Hijikata s'avança vers la jeune femme et lui saisit le bras avec moins de ménagement. Puis, de son autre main il tenta de faire bouger son poignet, la faisait hurler et se débattre pour se dégager.

- Keiko ! S'écria sa sœur.

Elle voulu s'élancer vers elle pour la secourir, mais une lame surgit pour se placer devant ses yeux et lui barrer la route.

- Reste à ta place si tu tiens à la vie. Menaça Okita avec un sourire rivé sur les lèvres.

Shiori l'avait compris, ce sourire ne valait rien de bon et mieux valait ne pas le contrarier. Elle tenta de se raisonner en se disant que cet Hijikata les avait sauvées, mais les plaintes de sa sœur lui nouaient l'estomac.

L'homme relâcha enfin la plus jeune, et celle-ci se plaça inconsciemment derrière l'épaule de Saito. Au moins, lui n'avait pas cherché à lui faire de mal.

- Ton poignet est cassé, je l'ai remis en place pour faciliter sa guérison.

Sans plus d'attention, il lui tourna le dos et revint vers l'aînée qui était surveillée de près par Okita.

- Vous allez venir avec nous, nous devons savoir ce que vous avez vu ce soir. Décida t-il.

Shiori lui lança un regard de travers mais Okita se plaça en périphérie de son champ de vision pour la dissuader de se rebeller. Elle se tut alors et attendit de voir ce qui allait leur arriver.

- Saito, tu t'occupes de la plus jeune. Souji, tu prends celle-là. Ne les laissez pas se voir avant qu'on ne les convoque. Ordonna le vice-commandant.

- Bien. Répondirent les deux guerriers d'une même voix.

Saito saisit la cadette par son poignet non blessé mais celle-ci se dégagea rapidement, paniquant à l'idée de se retrouver séparée de sa sœur.

- Non ! Couina t-elle.

Mais elle n'eut pas le temps de faire un pas vers Shiori que Saito avait dégainé sa lame et l'avait placée devant sa gorge. Elle se figea et lança un regard en coin à son agresseur, n'ayant pas imaginé un instant qu'il puisse l'attaquer.

- Vous ne devez ma clémence qu'au fait d'être des femmes. Ne poussez pas votre chance, ou je leur ordonne de vous tuer sur le champ. Menaça Hijikata.

Shiori voyait la peur dans les yeux de sa sœur et tenta de la rassurer avant qu'elles ne soient séparées.

- Keiko, tout va bien se passer. Fait ce qu'il te dit, et surtout ne fais rien qui puisse nous mettre davantage dans l'embarras. Tout ira bien. Dit-elle d'une voix tremblante qui se voulait confiante.

Okita ricana doucement en signe de mépris et saisit sans ménagement la sœur aînée pour la conduire au Shisengumi. Sa poigne était douloureuse et elle était certaine qu'il le faisait exprès. Il devait être contrarié de ne pas avoir pu finir son œuvre.

Ils ne dirent rien jusqu'à leur arrivée devant les portes du temple.

- Ne dis pas un mot ou je te tue. La prévint Okita.

Shiori ne prit pas le risque de demander pourquoi et le suivit par un passage dérobé pour entrer dans le temple. Ils marchèrent pendant de longues minutes dans un couloir si étroit que la jeune femme dû se placer derrière Okita pour avancer. Il s'arrêta net devant une porte coulissante et Shiori le percuta, ne s'attendant pas à ce qu'il s'immobilise. Celui-ci ne releva pas et ouvrit la porte.

- C'est ta chambre. Reste-y jusqu'à ce que je vienne te chercher. Ne tente pas de t'échapper.

Shiori y entra d'un pas hésitant et Okita referma la porte derrière elle. Elle attendit un long moment avant d'oser respirer normalement et de calmer son cœur. Elle se laissa tomber au sol et apprécia d'être enfin au calme pour pouvoir remettre de l'ordre dans ses idées.

Pendant ce temps, Saito conduisit Keiko à sa chambre. Ils n'échangèrent pas un regard ou une parole jusqu'à ce qu'il ouvre la porte de sa chambre.

- Reste ici, je viendrai te chercher demain matin. N'essaie pas de t'échapper.

- Oui... Avait-elle répondu faiblement.

Lorsque Saito referma la porte derrière elle, Keiko s'écroula sur le futon et laissa ses nerfs lâcher en pleurant toutes les larmes de son corps jusqu'à s'endormir.

OoOoO

Et voilà, c'est tout pour le moment.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, toutes les critiques sont les bienvenues.

Je ne vous donne pas de calendrier de publication parce que je ne m'y tiens jamais. Parfois je publie cinq chapitres en deux jours, et parfois je ne publie rien pendant deux mois donc...

Sachez-le en me lisant ^^