Titre : Destinées entrelacées
Rated : M (pour être sure)
Disclaimer : Hakuouki et ses personnages appartiennent à Idea Factory, les OC m'appartiennent.
Hey !
Bon, c'est décidé, cette fic sera longue ! C'est logique, je ne veux pas rusher les relations entre les personnages pour ne pas que l'histoire perde en crédibilité, donc il va falloir du temps pour que tout ça s'instaure.
De même, je ne veux pas finir par faire du OOC sous prétexte que je veux vite arriver à l'étape amoureuse.
Pika-78 : Merci encore pour ta review, je le répète mais je suis ravie que mes OC te plaisent. En effet, pour le moment les relations entre les filles et le Shinsengumi semblent mal parties, mais c'est ça qui est drôle !
Poupe : Merci de tout cœur pour ta gentille review. Comme je l'ai dit dans le chapitre précédent, j'écris en sachant que je serai peu lue parce qu'il n'y a pas tant de fans que ça de Hakuouki, en tout cas de fan francophones. Moi-même, je lis mes fics en anglais, et j'ai hésité à écrire celle-ci en anglais parce que j'ai plus de facilité pour décrire les sentiments.
Mais bon, j'écris en sachant cela donc ça ne me chagrine pas, je prends les quelques reviews qui m'arrivent comme un bonus agréable :)
Comme tu l'expliques, c'est difficile de ne pas finir en OOC, même avec mes OC parce qu'il faut réussir à se mettre parfaitement dans la peau de chacun des personnages. J'espère pouvoir tenir le cap.
Du coup, comme je ne veux pas faire une fic superficielle où tout le monde trouve normal de revenir 150 ans en arrière sans que ça ne leur pose de problème existentiel, je suis obligée de prendre le temps de passer par la période « choquée » de mes personnages. J'espère pouvoir tenir ce projet sur la durée.
En tout cas merci encore à toutes les deux pour votre soutien :)
OoOoOoO
Chapitre 4 :
Kondo avait estimé que leur entrevue avait assez durée et avait renvoyé les jeunes femmes dans leurs chambres respectives, laissant le soin à Okita et Saito de les escorter.
Les deux sœurs n'avaient pas fait d'esclandre en étant de nouveau séparées, trop sonnées pour réagir sur le moment.
Keiko sortit la première sans attendre de voir si son geôlier la suivait ou non, elle avait besoin de prendre l'air, et tout de suite. D'un pas rapide, elle avançait sans prendre garde à ce qui l'entourait ni à quel chemin elle empruntait. Ses pas raisonnaient lourdement sur le sol en bois de la coursive, et elle ne s'arrêta qu'en longea une petite cour intérieure, à l'abri des regards. Elle la contempla un instant, puis descendit les deux marches qui la séparaient du sol, et s'agenouilla devant une petite mare qui y trônait.
Avec un empressement irréfrénable, elle y plongea les deux mains pour s'arroser le visage et se frotter vigoureusement les joues.
- Je dois rêver, c'est pas possible !
Devant le peu d'effet de l'eau fraîche sur sa peau, elle se releva et commença à faire les cent pas en fixant le sol.
- Il doit y avoir une explication, c'est pas possible !
Elle continuait de marmonner mais ses méninges ne trouvèrent aucune explication plausible pour répondre à son angoisse. Tout comme sa sœur avant elle, les éléments incohérents et inexplicables s'accumulaient et ne laissaient pas d'autre explication que la plus irrationnelle.
- C'est pas possible ! C'est pas possible !
La tension montait en elle, elle ne pouvait pas y croire, ça ne pouvait pas arriver. Elle était avec sa sœur pour fêter sa majorité, et quelques heures après elle se retrouvait pourchassée, blessée et séquestrée dans une autre époque ! D'un geste vif, elle se retourna vers la coursive et se mit à crier à plein poumons.
- Comment c'est possi- ?!
La plainte mourut dans sa gorge lorsqu'elle croisa le regard flegmatique du guerrier aux yeux bleus.
Elle l'avait oublié celui-là ! Il l'avait suivie sans qu'elle ne s'en aperçoive, et il avait sans aucun doute tout vu et entendu de son petit numéro.
Le samuraï ne laissa paraître aucune émotion et se contentait de la fixer passivement.
Un silence pesant s'installa un moment entre eux, et Keiko cru mourir de honte en repensant à sa crise de nerf. Elle lui avait hurlé dessus sans même s'en rendre compte, il devait la prendre pour une folle.
Le rouge lui monta aux joues et elle se mordit la lèvre par réflexe, attendant sa réaction avec anxiété.
- Je vais te conduire aux bains.
Et sans un mot ou un regard de plus, il se détourna d'elle et continua son chemin sur la coursive. La jeune fille resta abasourdie. De toutes les réactions qu'elle aurait pu attendre de la part de cet homme, celle-ci n'en faisait définitivement pas partie. Elle ne bougea pas et le regarda marcher calmement, ses pas aussi discrets que ceux d'un chat. Elle ne savait vraiment pas quoi penser de lui, cet homme semblait vraiment avoir de nombreuses facettes, et la seule façon dont elle arrivait à le définir pour le moment était...
- Bizarre...
Saito s'arrêta et lui jeta un regard par dessus son épaule. L'avait-il entendue une fois de plus, ou bien l'attendait-il simplement ? Que ce soit l'un ou l'autre, elle l'embarrassait une fois de plus. Décidant qu'elle s'était bien assez humiliée pour aujourd'hui, elle trottina pour le rattraper et le suivit sans un mot de plus.
Il l'amena dans une pièce où de nombreux panneaux coulissants étaient dressés, et Keiko reconnu immédiatement la chaleur moite et réconfortante d'une source d'eau chaude. Avec le froid hivernal qu'il faisait dehors, la jeune fille appréciait déjà le changement de température. Elle n'osa pas bouger de peur de faire une bêtise de plus, et attendit que le samuraï fasse quelque chose. Malheureusement, il se contentait de la regarder d'un air toujours aussi impassible mais suffisamment insistant pour qu'elle se sente mal à l'aise. Ils étaient visiblement dans l'anti-chambre des bains, et elle ne savait pas vraiment ce qu'il attendait d'elle. Il n'espérait quand même pas...
L'angoisse la saisit soudainement, et elle remonta instinctivement ses mains sur sa poitrine pour se protéger de toute tentative déplacée.
En la voyant faire, Saito ne pu retenir un léger soupir irrité avant de se déplacer pour ouvrir un des panneaux coulissants afin de révéler la source d'eau chaude.
- Prends ton temps, j'attendrai ici. Précisa t-il avant de s'écarter pour la laisser passer.
Keiko lui lança un regard de travers avant de s'avancer d'un pas hésitant jusqu'au bord du bassin. Le samuraï referma le panneau, la faisant légèrement sursauter, et s'adossa contre un mur pour l'attendre.
La demoiselle garda le regard fixé sur le panneau pendant de longues minutes, attendant de voir s'il allait l'épier, mais rien ne vint. Elle tenta alors une ruse et s'accroupit pour battre des bras dans l'eau, espérant lui faire croire qu'elle y était entrée, et donc qu'elle était nue. Elle ne savait s'il y croyait ou non, mais toujours est-il qu'il ne donnait toujours pas de signe de vie.
Alors, quelque peu rassurée, elle entreprit de retirer ses habits avec une hâte toute relative étant donné l'état de son bras et de son poignet, et entra dans l'eau bouillante pour se camoufler dans la vapeur. Elle devait bien avouer que, malgré la situation, ce bain lui faisait un bien fou. Elle sentit ses muscles se relâcher et ses nerfs se détendre, et surtout elle pouvait enfin se défaire de ce sang séché et de cette horrible odeur de cadavre qui lui agressait les narines depuis la veille.
Elle pataugea pendant un long moment et commençait à sentir la chaleur lui faire tourner la tête et la rendre comateuse. Elle se rapprocha du bord de la source pour s'y asseoir et se réveiller un peu avec l'air frais qui soufflait doucement, adouci par les vapeurs tièdes. Ce moment de félicité fut de courte durée car, soudain, elle entendit des voix de l'autre côté du panneaux. Elle se hâta d'aller se dissimuler derrière un rocher, de peur que quelqu'un entre.
De son côté, Shiori prit plus de temps à réagir lorsque Kondo les congédia. Elle s'était levée lentement et était sortie en traînant les pieds, ne prenant même pas la peine de saluer les guerriers en sortant. Elle était perdue, sonnée, effrayée, tout à la fois. Elle ne se posait même plus de questions, elle laissait simplement les émotions l'assaillir et attendait que le calme se fasse un peu dans son esprit. Elle ne voulait plus réfléchir, elle voulait dormir et tout oublier, que tout cela ne soit qu'un mauvais rêve qui aurait disparu lorsqu'elle se réveillerait.
- Tu es contente de toi ? Lui demanda une voix pleine de remontrance.
Shiori s'arrêta pour voir que Okita la suivait, un sourire gravé sur les lèvres. Elle ne s'y fia pas, ce sourire était ironique, elle pouvait sentir qu'il était vraiment en colère malgré la distance qui les séparait.
- Contente de moi ? Répéta t-elle, perplexe. Elle ne voyait vraiment pas de quoi elle pouvait se réjouir dans sa situation.
- Tu as fait ployer le chef du Shinsengumi, tu dois te sentir tellement fière !
Shiori décida d'ignorer sa tentative de provocation et recommença à marcher, mais Okita la contourna pour se placer devant elle, l'empêchant d'avancer afin d'avoir toute son attention. Elle essaya de le contourner mais il se déplaçait rapidement pour lui barrer la route, alors elle se campa sur ses jambes et lui lança un regard droit et qu'elle espérait assez dur pour l'impressionner. Il voulait une confrontation ? Il allait en avoir une, il ne serait pas dit qu'elle avait baissé les yeux devant un abruti pareil.
- Je n'ai absolument rien à faire des excuses de ton chef, ce n'est pas ça qui me sauvera la vie. Et si le fait qu'il se soit excusé te tracasse autant, tu n'as à t'en prendre qu'à toi car tu es celui qui l'a mis dans cette situation.
Les yeux du samuraï s'agrandirent et il perdit instantanément son sourire, la commissures de ses lèvres se plissant en une grimace remplie de haine.
- Espèce de sale petite -
- Tu es celui qui nous a attaquées et capturées, et tu espères de moi que je reste sagement à me taire ? Kondo-san est un bien piètre commandant si vous êtes tous aussi ingérables et criminels !
Sans attendre une parole de plus, il la saisit fermement par le bras et la jeta violemment contre un mur où il l'adossa de force, la dominant de toute sa stature et la vrillant de son regard le plus mauvais. Il se maintenait à distance raisonnable d'elle en appuyant une de ses mains à côté de son visage, mais la proximité était déjà suffisante pour qu'elle se sente oppressée. Pourtant, plus il la menaçait, moins elle cédait, la fraîcheur du mur dans son dos l'aidait à garder l'esprit clair au moins sur ce point.
- Tu ne sais rien de Kondo-san, tu ne sais rien de nous ! Gronda t-il.
- Et je ne veux rien en savoir !
Elle avait voulu lui crier au visage, mais sa voix s'était faite chevrotante, lui laissant comprendre qu'elle était plus impressionnée qu'elle n'y laissait paraître. S'en rendant compte, elle voulu s'enfuir en se détournant du côté qu'il n'avait pas barré de son bras, mais elle sursauta violemment lorsque le second poing du jeune homme vint percuter le mur juste à côté de son nez, lui barrant définitivement la route par la même occasion. Elle se figea, laissant la terreur l'envahir malgré elle, comprenant qu'il n'avait même pas besoin de sa lame pour la tuer. Elle lui lança un regard en coin et se perdit dans la tempête qu'abritaient ses yeux. Elle déglutit difficilement et sentit ses yeux s'humidifier malgré elle. Il était vraiment impressionnant, plus encore que la veille lorsqu'il l'avait menacée et blessée. Même sans katana, elle avait présentement une peur panique de lui. Il était vraiment très grand, et le voir à contre-jour lui donnait une aura encore plus obscure, et une carrure toujours plus imposante. Elle ne voyait que ses yeux, ses yeux qui se rapprochaient dangereusement, au point où leurs visages n'était plus séparés que par quelques centimètres.
Alors, d'une voix grave et profonde qui ne lui était pas habituelle, il parla avec une lenteur calculée, lui laissant le temps t'intégrer ce qu'il lui promettait.
- Tu crois que Kondo-san te protège ? Peuh ! Que tu es dupe, ils sont sûrement en train de choisir la meilleure façon de te tuer en ce moment même.
Puis, la voyant complètement tétanisée par son petit numéro, il poussa le vice en s'approchant encore pour murmurer à son oreille d'une voix laissant entendre le petit sourire qu'il arborait à nouveau.
- Mais je peux leur épargner cette corvée en m'en occupant moi-même. Un accident ça arrive, je pourrai leur faire croire que tu as essayé de t'enfuir, ou que tu m'as supplié d'en finir.
Le souffle de Shiori se figea dans ses poumons, la faisant suffoquer. Il allait la tuer, il allait vraiment la tuer ici et maintenant, il n'avait pas hésité un instant la veille et n'allait pas s'en priver maintenant qu'il pouvait agir à l'abri des regards. Elle essaya vainement de respirer, mais ses tentatives prenaient la forme de petits hoquets paniqués, comme si une main cruelle était pressée sur sa gorge.
Elle ne voyait plus que lui, son aura meurtrière la caressait cruellement, la faisant frissonner comme si une lame courrait sur sa peau, attendant le meilleur moment pour la trancher. Elle perdait pied, prise dans cette angoisse de frôler la mort incarnée, son esprit lâchait prise et elle commençait à voir trouble. Cette homme était sa fin, elle en était certaine. Tous les événements se mélangeaient dans sa tête pour prendre la forme de cet homme, il incarnait toutes ses craintes et la tenait prisonnière, à sa merci. Elle arrêtait de lutter pour respirer, elle arrêtait de lutter pour sa fierté, l'anémie et la panique avaient raison d'elle. Son regard se perdait dans le vague en guise de pâle protection contre la peur, et elle sentit son souffle se bloquer et ses poumons se crisper, l'empêchant de reprendre une bouffée d'air. Elle avait l'impression de se noyer sans eau, d'être étranglée sans corde.
Okita se recula légèrement en ne l'entendant plus suffoquer et la trouva tremblante, au bord de l'asphyxie. Il lâcha un rictus amusé avant de se reculer davantage, s'écartant d'elle pour aller s'adosser contre un pilier. Il ne pouvait pas la tuer, Kondo le lui reprocherait sans aucun doute, mais cette petite peste avait bien mérité cette vengeance de son cru.
Après de longues secondes, Shiori ne respirait toujours plus et Okita compris qu'il l'avait suffisamment choquée pour qu'elle n'ait plus conscience de son environnement. Elle ne l'avait pas vu s'éloigner, et le jeune homme le lui signala à sa façon.
- Et bien, et bien... Il semblerait que j'y sois encore allé trop fort ? Se moqua t-il avec un petit sourire en coin.
Alors la demoiselle sembla reprendre vie et prit une inspiration digne d'un noyé rescapé, sentant ses poumons protester contre cette soudaine et massive arrivée d'air. Elle posa sa main sur sa gorge et continua de reprendre son souffle, des larmes perlant aux coins de ses yeux sous l'effet de la délivrance.
Le samuraï la laissa reprendre ses esprit avec un léger sourire gravé sur les lèvres, sûrement content de contempler son effet sur la jeune femme. Il pouvait la voir trembler malgré la distance à laquelle il se tenait, et fut étonné de ne pas la voir s'écrouler au sol.
Mais, plus Shiori reprenait ses esprits, et plus elle retrouvait sa fierté et s'interdisait de céder davantage devant lui. Elle ne finirait pas à ses pieds, tremblante et pleurant quand une petite fille. Elle s'accrochait à cette résolution comme à sa vie, car elle avait la sensation d'être au milieu d'une tanière de loups qui ne demandaient qu'à l'égorger au moindre signe de faiblesse. Elle attaquerait avant qu'on ne l'attaque, c'était sa technique de défense.
Les événements de la veille continuaient de danser devant ses yeux, se superposant à la peur qui s'estompait à peine, mais elle ne lâcherait pas. Plus elle aurait peur, et plus elle s'accrocherait. Elle ferma les yeux et se retourna pour accoler son front contre le mur glacé, espérant s'ancrer dans le moment présent et chasser les fantômes et les émotions qui la paralysaient.
Elle ne dit pas un mot pendant de longues minutes, et Okita s'approcha d'elle, commençant à s'agacer de devoir l'attendre. Elle avait eu la punition qu'elle méritait, il ne comptait pas perdre davantage de temps avec elle.
- Hé, tu comptes rester là longtemps ? Demanda t-il d'un ton ennuyé mais léger en posant une main sur son épaule pour la faire se retourner.
Shiori sursauta et tout dans son esprit disjoncta. Il lui faisait mal en touchant son épaule blessée, il lui faisait peur en s'approchant encore, le loup allait la manger. Sans prendre le temps d'avoir une pensée cohérente, elle se retourna vivement et frappa violemment la main du samuraï, faisant résonner un bruit aussi claquant qu'une gifle. Okita resta stupéfait, la main toujours levée, et il pu clairement lire dans les yeux de la jeune femme. Elle avait peur, elle avait mal, elle était triste, elle était emplie d'une révolte désespérée.
- Ne me touche pas ! Lui cria t-elle.
Et sans attendre de le voir réagir, elle le poussa d'un coup sec pour l'écarter de son chemin et se hâta de le contourner.
- Je sais où est ma chambre, pas besoin de m'escorter. Lui dit-elle sans croiser son regard et commençant déjà à marcher.
Elle ne courut pas mais l'envie y était, elle voulait le fuir au plus vite mais elle craignait que cela n'attise chez lui une quelconque envie de chasse à l'homme. Qui savait ce que ce taré était capable de lui faire une fois de plus ?
Okita la regarda partir, puis reporta ses yeux sur ses doigts en y sentant quelque chose d'humide. Il plissa les yeux en faisant glisser la substance entre ses doigts, c'était du sang. Pris par sa colère, il en avait oublié qu'elle était blessée et avait sûrement rouvert sa plaie en la malmenant.
Pourtant elle n'avait pas émis la moindre plainte, le provoquant du regard et lui répondant avec un mordant auquel il n'était pas habitué de la part d'une femme. Il devait bien lui reconnaître ça, elle avait un cran qu'il commençait à apprécier, même si elle l'avait fait bondir en quelques mots. Il ne faisait jamais dans la demi-mesure lorsqu'on insultait Kondo, mais cette fille n'était qu'une gamine égarée et il s'était laissé emporter plus que de raison.
Reprenant un air plus sérieux, il décida de la rattraper. Il ne lui fallut que quelques foulées pour la rattraper, et il lui saisit le poignet pour la forcer à le suivre.
Shiori n'attendit pas une seconde de plus pour se débattre comme un beau diable, craignant une autre de ses crises de psychopathe.
- Lâche-moi ! Lâche-moi je te dis ! Hurlait-elle à pleins poumons en tirant autant qu'elle pouvait dans le sens opposé et en secouant vivement son bras pour le faire lâcher.
Okita s'immobilisa et la tira d'un coup sec vers lui, la faisant chuter contre lui. Elle tenta de s'écarter vivement mais il leva son poignet pour qu'elle ne puisse pas faire plus d'un pas loin de lui.
- Continue comme ça, et je vais vraiment te tuer. Menaça t-il avec un petit sourire.
Shiori laissa paraître son angoisse pendant quelques secondes, avant de reprendre un air farouche et de tenter encore un peu de se libérer. Le samuraï ne bougea pas d'un pouce, appréciant malgré lui de la voir essayer encore et toujours de se libérer.
S'apercevant qu'elle n'arriverait à rien devant une telle force, la prisonnière afficha une moue boudeuse en sentant sa fierté s'effriter, et tenta de ne pas s'avouer totalement vaincue.
- Pas besoin de me tenir, je vais te suivre. Marmonna t-elle
- Non, tu risques de chercher à t'enfuir si je ne te tiens pas. Répondit-il d'une voix ne laissant pas de place pour la négociation.
L'aînée laissa échapper une plainte étouffée et ne pu s'empêcher de penser très fort qu'il était la principale raison de ses envies d'évasion.
Okita la guida donc sans lui dire un mot concernant leur destination, ne pouvant s'empêcher de sourire en voyant à quel point elle était ingénue, prenant la moindre de ses menaces pour argent comptant. Ses compagnons d'armes ne le connaissaient que trop bien et ne réagissaient presque plus à ses provocations, mais elle, elle était très facile à taquiner et, si elle survivait, il prendrait certainement un malin plaisir à le faire.
Il la traîna derrière lui jusqu'à entrer dans une pièce où se trouvait déjà Saito.
- Oh ! Hajime-kun ! Je vois que nous avons eu la même idée ! Fanfaronna t-il en secouant le poignet qu'il tenait en otage pour indiquer de quoi il parlait.
Le guerrier taciturne lui lança un regard empli de reproches et n'eut pas à prononcer un mot pour que son camarade le comprenne.
- Quoi ? Hijikata-san a dit de ne pas les laisser se voir avant qu'on les convoque, et c'est chose faite.
Shiori, qui était restée silencieuse jusque là, tiqua en l'entendant parler. « Les laisser se voir », il parlait de sa sœur et d'elle ? Elle osa lancer un regard en coin à son geôlier qui, pour une fois, lui fit un sourire discret qu'elle perçu comme chaleureux. Étrangement.
- Entre. Se contenta t-il de lui dire tout en relâchant son poignet.
Elle eut un moment de doute, n'espérant pas pareille faveur de sa part après ce qui s'était passé entre eux, mais entra malgré tout d'un pas hésitant.
Elle referma le panneau derrière elle et fut étonnée malgré elle de trouver sa sœur qui se cachait derrière un rocher. Lorsque leurs regards se croisèrent, Keiko bondit hors de l'eau pour aller se jeter dans les bras de sa sœur.
- Shiori !
L'aînée fut soudain envahie par une vague de bien-être et de sérénité, et elle laissa couler ses larmes, étreignant sa sœur contre elle aussi fort qu'elle le pu.
- Keiko... Murmura t-elle d'une voix éraillée par les sanglots.
Sa sœur, sa très chère petite sœur était là, dans ses bras. C'est tout ce qui importait. Tant qu'elles étaient ensembles, peu importait où et à quelle époque elles se trouvaient, tout irait bien.
- Shi...Shiori...tu m'étrangles !
L'aînée s'écarta et fixa son regard dans celui de sa sœur, raffermissant son souhait de la protéger à chaque seconde qui passait. Elle devait rester forte, elle devait agir intelligemment pour le bien de sa sœur. Keiko lui fit un sourire peu assuré, ne comprenant rien du trouble de sa sœur.
- Viens, il faut te laver sinon ta blessure va s'infecter.
Shiori suivit machinalement et laissa sa sœur l'aider à se déshabiller, cachant cependant son épaule blessée du mieux qu'elle pu afin de ne pas l'inquiéter. Elle savait qu'elle avait perdu beaucoup de sang et elle ne voulait pas infliger pareil spectacle à sa petite sœur.
Elle entra doucement dans l'eau et s'immergea totalement avant de passer ses doigts sur sa blessure pour essayer de la nettoyer. Malheureusement, la plaie était profonde et elle ne parvenait pas à atteindre la totalité de la coupure.
La voyant se débattre et grimacer de douleur, la cadette ne posa pas de question et se plaça automatiquement derrière Shiori pour l'aider. Elle dégagea la main de sa sœur pour voir ce qu'elle faisait, et fut arrêtée dans ses gestes en voyant à quel point la chair avait été incisée.
- Mon dieu... Shiori c'est horrible ! Couina t-elle assez fort pour que les deux samuraï qui attendaient devant les panneaux tendent une oreille attentive.
- Ce n'est rien, juste une éraflure.
- Une éraflure ? Je ne sais pas comment tu vas pouvoir guérir sans soins !
- Sa lame était bien aiguisée, la plaie devrait se refermer rapidement. Ne t'inquiète pas autant.
Shiori ne voulait pas l'inquiéter, mais elle savait qu'il y avait de forts risques d'infections étant donné où elles se trouvaient. Les bienfaits de la source étaient plus que bienvenus, car elle serait sûrement le seul remède disponible pour la soigner.
Keiko frotta doucement ses mains sur la peau endolori, évitant soigneusement la plaie, et espérant ne pas faire trop souffrir sa sœur. L'aînée ne souffrait finalement pas tant que ça, l'adrénaline avait dû la shooter suffisamment pour qu'elle ne sente qu'un léger tiraillement tant que Keiko ne touchait pas directement la plaie.
- Ça va laisser une cicatrice. Affirma la plus jeune.
Shiori ne répondit pas, mais elle le savait déjà. Même si l'entaille était nette, elle n'en réchapperait pas sans une trace indélébile. Elle était certaine de devoir abandonner son travail de mannequinat une fois rentrée, mais c'était le cadet de ses soucis.
- Ça aurait pu être pire. Si je n'avais pas dévié la lame je serai morte.
Keiko se figea en entendant sa sœur lui avouer la vérité la plus crue. C'est vrai, leurs vies étaient en jeu, c'était tout ce à quoi elle devait penser pour le moment. Shiori pu voir que cette réalisation percutait sa cadette de plein fouet, mais elle devait lui dire les choses telles qu'elles étaient pour espérer les sortir de cette situation vivantes. Elle voulait sauver leurs vies, le payer de l'innocence de sa petite sœur était un bien moindre prix, même si elle regrettait de devoir le faire.
- Masao te dirait que les épreuves forgent le caractère ! Rit-elle doucement, espérant dédramatiser la situation.
- Shiori...
- Et ton bras ? Comment va t-il ? Demanda t-elle pour détourner la conversation.
- Bien, ma blessure est superficielle, et...on me soigne. Finit-elle en détournant le regard.
- « On » ? Ah...cet homme. Comprit-elle.
Keiko lança un regard gêné à sa sœur, elle culpabilisait d'être soignée alors que sa grande sœur souffrait dans l'indifférence la plus totale. Mais celle-ci la réconforta en posant une main tendre sur sa tête, lui caressant doucement les cheveux.
- Je suis rassurée, je craignais qu'il te malmène. Avoua t-elle.
- Pourquoi il ferait ça ?
Quelle naïveté, sa petite sœur n'avait pas encore la moindre idée du monde cruel dans lequel elles venaient de mettre les pieds. Elle ne lui dirait rien de ses interactions avec l'autre samuraï, espérant juste qu'elle ne vive pas d'expérience similaire.
- Peu importe. Ne traînons pas, les vapeurs commencent à me monter à la tête.
Les jeunes femmes sortirent de la source et enfilèrent leurs vêtements sales en grimaçant. Shiori frissonna en sentant le sang frai qui avait refroidi mais pas encore séché sur son habit, la sensation était vraiment désagréable contre sa plaie.
Lorsqu'elles furent prêtes, elle échangèrent une dernière étreinte pour se donner courage, et allèrent retrouver les guerriers qui attendaient.
Saito semblait fidèle à lui-même, mais Shiori détecta quelque chose de différent chez le guerrier aux yeux émeraude. Elle ne s'y attarda pas et les sœurs suivirent sagement les deux hommes jusqu'à un croisement de couloirs où leurs chemins devaient se séparer. Keiko lança un regard inquiet à sa sœur, mais celle-ci lui fit un sourire rassurant et hocha doucement la tête pour l'inciter à suivre le jeune homme. La cadette fit de son mieux pour bien paraître, mais Shiori pouvait voir l'inquiétude dans son regard. Elles se séparèrent sans un mot, marchant docilement où on le leur demandait. L'aînée ne pu s'empêcher de lancer un dernier regard inquiet à sa sœur lorsqu'elle fut retournée, puis secoua énergiquement la tête avant de reprendre un regard droit et dur. Elle sursauta légèrement en voyant que Okita l'observait par dessus son épaule, mais celui-ci ne dit rien et se contenta de la ramener à sa chambre sans mot dire.
De son côté, Keiko traînait un peu des pieds derrière le guerrier. Elle était inquiète pour sa sœur et ne savait pas exactement comment elle devait agir. Elle ne s'était jamais retrouvée sans elle, et elle ne savait pas quelle attitude adopter sans ses conseils.
Saito la conduisit jusqu'à sa chambre et l'y laissa quelques minutes avant de revenir avec le même petit bac en bois que le matin-même.
Il s'agenouilla devant elle et eut la délicatesse de ne pas lui saisir directement le bras. Cette fois-ci, il tendit la main dans l'attente qu'elle le lui donne. Elle y consentit et le jeune homme commença à appliquer l'onguent sur sa plaie. Il était toujours aussi silencieux, et visiblement concentré sur sa tâche, ne tenant pas compte du regard insistant que la jeune fille posait sur lui.
Elle ne savait rien de lui, et au fond elle ne voulait pas vraiment en savoir davantage, mais avoir un minimum de clés concernant son caractère l'aiderait peut-être à être un peu plus rassurée en sa présence.
- Dites...
Le samuraï ne répondit pas, mais elle pouvait sentir qu'il l'écoutait. Quel homme étrange, elle ne savait pas s'il se moquait d'elle ou s'il était silencieux de nature.
- Je me disais...je ne connais pas votre nom...
Bon, elle l'avait demandé de façon très étrange, ne posant même pas vraiment la question, mais elle n'avait jamais été très douée pour faire des manières et pour les relations sociales en général.
Saito avait fini de bander son bras et redescendit la manche du kimono avant de se lever, le bac en bois contre sa hanche. Il se détourna d'elle et ouvrit le panneau coulissant. Il n'allait pas lui répondre ? Keiko bouillait déjà intérieurement quand elle le vit se retourner légèrement vers elle.
- Saito Hajime.
Elle resta stupéfaite un instant, ne comprenant pas tout de suite qu'il s'agissait de son nom. Quoi, c'était ça sa réponse ? Qui se présentait de façon aussi concise ?
Toutefois, elle devait bien avouer qu'elle était ravie qu'il ait daigné lui répondre. Elle n'était pas certaine qu'il le fasse étant donné son mutisme récurrent.
Il ne dit rien, attendant de savoir si elle avait bien compris ce qu'il venait de lui dire. Après tout, elle avait fait preuve d'un comportement pour le moins...dérangé pour le peu qu'il en avait vu.
- Saito-san... Murmura t-elle comme pour s'assurer qu'elle était autorisée à prononcer son nom.
Celui-ci hocha doucement la tête, puis sortit de la pièce, laissant la jeune fille songeuse. Elle ne savait toujours pas si cet homme était gentil ou non, mais au moins elle savait à qui elle avait à faire. Elle se rendait compte qu'il s'agissait d'une pensée tout à fait enfantine, comme si le simple fait de connaître un nom suffisait à connaître la personne, mais cette idée lui plaisait et la rassurait.
Saito, quant-à-lui, sentait déjà qu'il devrait tout faire pour se tenir éloigné de cette femme. Cette petite lui attirerait des ennuis, il en était certain. Et d'où tenait-elle ses manières ? Une femme digne de ce nom n'était pas censée hurler tout ce qui lui passait par la tête. Il posa le bac dans la cuisine et rangea chaque élément à sa place, continuant de se dire que cette fille n'avait définitivement aucunes manières.
Les deux jeunes femmes restèrent dans leurs chambres pendant la journée, profitant d'un repos plus que bienvenu après autant d'émotions. Shiori s'écroula sur son futon sans même s'en rendre compte, dormant d'un sommeil sans rêve. Aucun cauchemar ne vint troubler son repos, ni créatures sanguinaires, ni guerrier lunatique, juste le néant bienfaiteur.
Le soir venu, Saito retourna en cuisine pour préparer un plateau à la jeune fille. Il y déposa un bol de riz, un bol de soupe miso, un poisson grillé et un morceau de tofu mariné. Gardant à l'esprit qu'il s'agissait d'une femme et qu'elle avait perdu beaucoup de sang sans rien manger depuis la veille, il lui donna sa part de tofu et en ajouta un morceau au plateau. Lorsqu'il eut fini de tout disposer, il chercha le petit pot d'onguent dans la réserve mais fut étonné de ne pas le trouver. Pourtant il était certain de l'avoir correctement rangé.
Ne voulant pas perdre davantage de temps, il en saisit un autre aux effets similaires et amena le plateau à Keiko.
Il la soigna avant son repas, et elle commençait à se sentir mal de se faire bichonner de la sorte alors que sa sœur n'avait pas la même chance.
- Hm... Saito-san ? Vous savez, vous n'avez pas besoin de vous embêter autant.
- Ça ne m'embête pas. Affirma t-il sans attendre d'une voix remplie d'une conviction qu'elle ne comprenait pas.
La demoiselle aurait presque pu se réjouir de la réponse si elle n'avait pas été aussi glaciale. Elle avait presque l'impression qu'il la disputait.
Elle fut étonnée de le voir lui amener de quoi manger. Elle avait pensé que son rôle se résumait à la surveiller, mais il semblait qu'il doive également veiller à ses besoins.
En parlant de besoins, Keiko se mordit la lèvre en le voyant se relever pour partir, ne sachant pas comment aborder le sujet.
Elle avait dû laisser paraître son trouble car le regard océan se posa sur elle.
- Qu'y a t-il ? Demanda t-il presque immédiatement, la faisant sursauter.
Elle détourna le regard, ne sachant comment formuler la chose de façon élégante.
- Hm...et bien vous voyez...comment je fais si j'ai envie de...
Saito resta silencieux un instant avant de sortir de la pièce.
- Suis-moi.
Elle s'exécuta et lui lança un regard interrogateur lorsqu'ils s'arrêtèrent devant une palissade. Il ne répondit rien et lui fit signe de la tête pour qu'elle y aille. Elle fronça les sourcils et contourna la haie de bois pour se retrouver devant un petit trou assez profond à côté duquel reposait un tas de terre, ainsi que ce qui s'apparentait à une pelle. Lorsqu'une odeur désagréable lui monta au nez, elle eut peur de comprendre.
Cette fois-ci elle lança un regard paniqué au samuraï.
- C'est une blague ?! S'exclama t-elle.
Comme à son habitude, celui-ci ne répondit pas et se contenta de la regarder fixement. De toute évidence, il ne savait même pas ce que voulait dire le mot « blague ». En sentant sa vessie être sur le point d'exploser, elle reporta son regard sur le trou maudit et lâcha une plainte à déchirer le cœur.
- Bon sang, c'est un cauchemar...
Là, tout de suite, elle espérait vraiment rentrer rapidement chez elle car elle vivait ses pires moments de solitude.
Ignorant tout du malaise de sa petite sœur, Shiori se réveilla de sa sieste réparatrice, et fut étonnée de sentir une bonne odeur de nourriture lui arriver au nez. Elle ouvrit un œil, puis l'autre, prenant conscience de la dure réalité qui était la sienne. Elle était toujours dans cette chambre, ce qui voulait dire qu'elle était toujours à l'époque d'Edo.
Mais ses réflexions furent interrompues par les grondements sourds de son ventre. Elle se redressa et remarqua qu'un plateau rempli de petits plats avait été déposé près de son futon.
Sans chercher à comprendre, elle se jeta sur la nourriture, affamée et anémiée. La personne qui le lui avait amené n'avait pas eu la main morte car elle avait double dose de tout, les plats débordant presque du plateau. Elle piocha dans tous les plats et dévora plus qu'elle ne mangea, sentant déjà son corps revivre.
Elle ne fit une pause qu'en enlevant le couvercle d'un petit pot de terre. La couleur et la texture étaient étranges, ne lui donnant pas du tout envie d'y goûter. Sans parler de l'odeur. Ça sentait...un mélange de vase et de plantes.
Elle y plongea les doigts pour examiner la matière de plus près et reconnut qu'il s'agissait d'une sorte d'argile. Elle comprit alors de quoi il s'agissait : c'était un cataplasme.
Elle ne se fit pas prier pour l'utiliser, trop heureuse de pouvoir faire quelque chose pour sa blessure et ainsi limiter les risques de mourir dans d'atroces souffrances des suites d'une infection. Elle défit son kimono pour dénuder son épaule et appliqua généreusement la pâte, se demandant quand même qui avait eu une telle attention à son égard.
OoOoOoO
Et voilà !
Bon je suis très fatiguée en ce moment alors j'ai eu un peu de mal à pousser les réflexions des personnages comme dans les chapitres précédents, mais je pense avoir quand même écrit un chapitre correct. De toute façon je ne suis jamais satisfaite de ce que j'écris donc...
J'essaye de passer du dramatique au comique, en passant par des moments plus mouvementés. J'aimerais bien que vous me disiez ce que vous en pensez pour pouvoir rectifier sur le prochain chapitre si nécessaire.
En attendant, je vous dis à la prochaine ! :)
