Titre : Destinées entrelacées

Rated : M (pour être sure)

Disclaimer : Hakuouki et ses personnages appartiennent à Idea Factory, les OC m'appartiennent.

Bonjour tout le monde !

J'ai traîné pour sortir ce chapitre, et je n'ai aucune excuse parce qu'il était déjà pré-écrit, je n'avais plus qu'à le relire et à étoffer un peu.

Mais bon, avec la fatigue je relisais quatre fois la même ligne sans la comprendre donc j'ai attendu un peu avant de m'y remettre. Je ne suis toujours pas au meilleur de ma forme donc c'est possible que ce chapitre ne soit pas le meilleur, toutefois l'histoire avance et je pense rester fidèle aux personnages.

Je vous retrouve à la fin pour une précision importante concernant ce chapitre.

Bonne lecture !

OoOoOoO

Chapitre 6 :

La journée suivante fut ennuyeuse et passa très lentement. Les deux jeunes femmes étaient las d'attendre de connaître leur sort, et le temps semblait interminable sans avoir rien pour s'occuper. Saito et Okita ne venaient que pour amener les repas mais ne s'éternisaient pas. Shiori trouva d'ailleurs étrange que le guerrier ne la chahute pas comme à son habitude, mais il semblait préoccupé et ne la regardait pas vraiment. Ses yeux se focalisaient sur un point dans le vide, lui laissant comprendre que le jeune homme avait une affaire sérieuse à penser. Peut-être était-ce en lien avec ce que l'autre samuraï était venu lui dire la veille ?

Elle ne fit aucun commentaire, soulagée d'avoir un peu de répit, et il disparut dès qu'elle eut terminé son repas.

De son côté, Saito garda son silence habituel le temps que la demoiselle mange, mais elle ne s'y fiait pas et sentait combien l'ambiance s'était assombrie depuis leur dispute de la veille. D'ailleurs, elle ne faisait rien pour l'améliorer.

Elle savait qu'elle était allée trop loin en le qualifiant de brute, mais après tout, quand bien même ses manières étaient parfaites, il n'empêchait qu'il l'enfermait sans raison valable et qu'il attendait d'elle qu'elle obéisse sagement. Elle n'avait pas décoléré de toute la nuit, et elle était bien résolue à montrer sa rébellion.

Aussi, elle décida d'employer ses méthodes et ne dit pas un mot, se contentant de le fixer avec insistance. Elle riva son regard dans le sien, le vrillant presque tant elle laissait transparaître sa colère et son indignation, mais Saito ne cilla pas. Au comble de la provocation, il fit mine de rien et la somma de se hâter pour manger, prétextant d'autres occupations qui l'attendaient.

Pour seule réponses, elle picora son bol de riz grain par grain, ne le lâchant pas du regard. Saito soupira bruyamment et saisit le plateau de nourriture, s'apprêtant à se relever.

- Bien, il semblerait que tu n'aies plus faim.

Sans y penser, Keiko bondit sur le plateau pour le retenir, paniquée.

- Attendez !

Le samuraï la questionna du regard, faisant semblant de ne pas comprendre, et Keiko fut obligée d'abandonner.

- C'est bon. Je vais manger. Bafouilla t-elle.

Elle fit la moue et baissa les yeux vers son plateau pour manger de bon cœur, ne prêtant plus un regard au guerrier. Celui-ci dissimula un léger sourire en constatant qu'elle avait vraiment tout d'une enfant. Elle était bien trop ingénue pour un monde comme celui-ci.

Le reste de la journée se passa sans plus d'événements, jusqu'à ce que des bruits de pas se fassent entendre de tous côtés. Keiko se rapprocha de la porte et sursauta en voyant des ombres passer en courant devant sa chambre. Des hommes s'interpellaient et semblaient se préparer pour partir urgemment. Elle resta sagement dans sa chambre, ne souhaitant surtout pas attirer l'attention, et attendit que Saito vienne lui amener son repas.

Cependant, lorsque celui-ci se présenta devant elle, il n'avait rien dans les mains. Keiko écarquilla les yeux en l'observant de la tête aux pieds. Il était habillé de son haori bleu, et son bandeau était bien en place sur son front. Soudainement, la jeune femme se sentit très petite devant lui, comme écrasée par le souvenir de leur première rencontre, et par la carrure que lui ajoutait le haori.

Il attendit de croiser son regard avant de prendre la parole.

- Je pars en mission. Si tu tiens à la vie, ne sors pas. Ordonna t-il d'un ton froid.

Keiko cligna des yeux, se demandant pourquoi il venait lui annoncer son départ. S'il ne lui avait rien dit, elle n'aurait rien su et n'aurait même pas eu l'idée de s'enfuir, c'était étrange. Ou alors, pensait-il encore qu'elle essaierait de s'enfuir en son absence ?

Sentant son sang bouillir d'être encore soupçonnée à tort elle rétorqua.

- J'avais compris la première fois, ce n'était pas la peine de venir me le rappeler.

Saito ne répondit rien et se contenta de hocher la tête avant de sortir.

A vrai dire, les affrontements auraient lieu très près de leur base, et il craignait que certains ennemis réussissent à y pénétrer. Si la jeune fille sortait, elle serait une proie facile, et il ne serait pas là pour la protéger. Peu importe comment elle le prenait, du moment qu'elle ne sortait pas.

De son côté, Okita ne pu prévenir Shiori qui dormait encore. Depuis la veille, elle commençait à récupérer, et son sommeil semblait se faire plus long et plus profond. Il ne la réveilla pas et partit comme il était venu.

La base se vida presque totalement, et la chambre de Shiori fut plongée dans la pénombre. Les heures passèrent et, alors que Keiko s'endormait épuisée par tant de contrariété, l'aînée s'éveilla en entendant un bruit suspect.

Elle ouvrit les yeux et remarqua avec surprise qu'il faisait nuit. Encore prise dans les brumes de son sommeil, elle ne perçu tout d'abord pas clairement son environnement.

Elle sursauta en sentant que quelqu'un l'épiait. La présence semblait toute proche, et la peur soudaine l'empêcha de réfléchir posément. Elle pouvait sentir de l'air frais entrer dans la chambre et supposa que la porte était ouverte. S'agissait-il d'un intrus ?

A peine eut-elle le temps d'avoir une telle pensée qu'un rayon de lune éclaira la chambre et lui laissa voir clairement l'identité de la personne.

Son cœur cessa de battre un instant et la respiration mourut dans sa gorge. Des yeux rouges, des cheveux blancs, un visage défiguré par la folie, de la bave au coin des lèvres, et du sang...tellement de sang.

Elle paniqua, et se débattit avec sa couverture pour vite se libérer de cette entrave et tenter de se lever. Mais ses membres engourdis la laissèrent tomber et elle se retrouva à nouveau sur les fesses.

Elle ne voulait plus entendre ce rire dément, elle ne voulait plus l'entendre ! Elle fuyait comme elle pouvait mais aucune distance ne semblait se créer entre ce monstre et elle. Il allait rire, il allait rire !

- Hey.

La créature fut instantanément tout proche d'elle et ouvrit grand la bouche comme pour s'apprêter à rire au ralenti. Non, pas ce rire ! Elle ne voulait pour l'entendre, elle ne voulait plus de cette angoisse !

- Hey !

Le monstre lui saisit fermement les épaules et la secoua alors qu'elle se couvrait les oreilles et pleurait de panique.

- Réveille-toi !

Shiori sursauta et ouvrit soudainement les yeux en entendant une voix lui crier dessus. Ce n'était pas la voix du monstre, mais qui était-ce ? La prise sur ses épaules s'affaiblit et la voix raisonna à nouveau.

- Ça va ? Tu semblais faire un sacré cauchemar.

La jeune femme releva lentement les yeux vers la personne qui se trouvait à ses côtés et bondit en apercevant le haori bleu recouvert de sang.

- Non ! Laissez-moi ! Allez-vous-en ! Hurla t-elle.

Avant qu'il ait le temps de comprendre ce qui se passait, Okita fut violemment repoussé. Il la vit reculer aussi vite que possible pour se blottir dans un angle de sa chambre, et l'épier avec une peur incontrôlable. Il le savait rien qu'en la voyant, les mots ne la ramèneraient pas à la raison.

De toute évidence, elle ne lui parlait pas à lui. C'était quelque chose d'autre qui la hantait au point qu'elle ne différencie plus cauchemar et réalité.

Alors, il prit le temps de réfléchir, s'accordant une longue minute sans bouger, se contentant de l'observer avec incrédulité, avant de comprendre ce qui lui faisait peur.

De toute évidence, il ressemblait présentement beaucoup à ces êtres. Il fallait dire que les affrontements avaient été violents, et du sang en grande quantité recouvrait son haori, son visage et ses mains.

Il se redressa alors et décida d'ôter le vêtement et de s'essuyer le visage avec celui-ci pour retirer la majeure partie du sang qui couvrait ses joues. Puis, il se redressa et s'avança vers la jeune femme pour qu'elle puisse le voir de près et constater qu'il n'était pas un monstre.

Mais celle-ci paniqua en le voyant si proche et chercha à s'enfuir. Alors, Okita lui saisit fermement les bras pour la maintenir en place.

- Regarde-moi. Ordonna t-il.

Shiori ferma fermement les yeux, craignant d'entendre la créature crier si elle osait la regarder, mais celle voix lui était familière et la curiosité l'emporta sur la crainte. Doucement, elle rouvrit les yeux et les releva lentement vers le visage de son assaillant, pour plonger dans un océan vert.

Vert ? Mais où était le rouge meurtrier ?

La réalité la frappa de plein fouet et elle reprit pied en croisant le regard du guerrier. Ce n'était pas un monstre. Ce n'était pas une de ces bêtes assoiffées de sang.

- C'est toi... Constata t-elle avec soulagement.

- Déçue ? Plaisanta t-il, espérant chasser cette ambiance horriblement lourde.

Elle reprit sa respiration et se calma doucement, ne quittant pas du regard celui du jeune homme. Plus la peur passait, plus elle se sentait éreintée et flottante.

C'était une bonne nouvelle qu'il ne soit pas un monstre, une excellente nouvelle. Mais celui qui se trouvait devant elle lui réservait sûrement le même sort, il le lui avait annoncé en lui amenant son habit blanc. Les pensées se mélangeaient dans son esprit et elle se sentait divaguer. Pourtant, elle devait le lui demander.

Dans un murmure à peine audible, elle lui demanda d'une voix tremblante.

-Vas-tu me tuer ?

Okita laissa paraître sa surprise et la considéra un moment avant de répondre sérieusement.

- Pas ce soir.

Tout devenait trouble, elle se sentait délirer. Pas ce soir, ça voulait dire qu'elle allait bien mourir ? Mais elle ne voulait pas mourir, plus les épreuves l'accablaient et plus elle se rendait compte à quel point elle aimait la vie. Elle ne voulait pas mourir, elle ne le voulait vraiment pas.

- Est-ce que je vais vraiment mourir ? Demanda t-elle d'une petite voix ressemblant à un couinement.

Okita hésita un instant avant de lui demander avec le regard le plus sérieux du monde, comme s'il y avait une possibilité pour qu'elle ait le choix.

- Tu ne veux pas mourir ?

A peine avait-elle entendue sa question que les larmes roulèrent librement sur ses joues.

- Non. Murmura t-elle dans un soupir, terrorisé.

Elle avait tout fait pour rester forte et fière depuis leur arrivée dans cette époque, mais tout lâchait. Les larmes coulaient et elle sanglotait bruyamment en fixant ses mains agrippées fermement aux pans de son kimono.

- Je...je ne veux pas...mourir...je ne veux... pas.

Elle continua sa litanie jusqu'à sentir une main se poser sur sa tête pour lui emmêler doucement les cheveux. Elle releva le regard et croisa le visage souriant du jeune homme, c'était un sourire chaleureux, rassurant.

Elle n'analysa pas davantage et se laissa aller à pleurer toutes les larmes de son corps jusqu'à ce qu'elle s'épuise et s'endorme sans s'en rendre compte.

Le lendemain matin, Shiori se réveilla bien après le lever du Soleil. La lumière était douce et tamisée dans la chambre, pourtant ses yeux la brûlaient intensément. Instinctivement, elle porta une main sur ses yeux pour les masser, mais cela n'arrangea pas beaucoup sa douleur. Pourquoi avait-elle les yeux si irrités ?

Elle chercha une réponse dans sa mémoire et se rappela soudain de ce qui s'était passé la veille. Elle avait complètement paniqué en confondant ce guerrier avec un monstre. Elle qui voulait paraître inébranlable, elle avait sangloté comme une enfant devant son ennemi juré, quelle pitié...

Cela étant, même si sa fierté en avait pris un coup, elle se sentait plus légère ce matin. A vrai dire, elle pensait que les événements traumatisants qu'elle avait vécus en arrivant ici ne l'avaient pas tant marquée que ça, qu'elle avait su le surmonter comme tout le reste. Mais de toute évidence ce n'était pas le cas, et elle ne s'en était même pas rendue compte, trop habituée qu'elle était à prendre sur elle sans chercher à se délester un peu.

Elle soupira et se redressa péniblement sans prêter attention à ce qui l'entourait. Ce n'est qu'en entendant un petit ricanement qu'elle sursauta et vit Okita qui la fixait avec un petit sourire en coin.

- Et bien, je n'ai jamais vu une fille dormir autant ! Se moqua t-il.

- Tu es resté là ? Demanda t-elle, stupéfaite et, il faut le dire, un peu indignée.

- Tu étais agrippé à moi, j'étais pris en otage ! Se défendit-il en secouant les main de manière défensive.

- Quoi !?

Shiori sentit sa mâchoire tomber. Elle ne l'avait pas laissé partir ? Elle n'avait quand même pas été pitoyable à ce point...du moins elle l'espérait.

Elle se souvenait de son moment de folie, mais ensuite tout était flou et confus. Non, elle ne pouvait quand même pas être tombée aussi bas et l'avoir retenu telle une enfant perdue ?

Relevant doucement les yeux vers lui, elle le vit soudainement pouffer et afficher à nouveau son sourire moqueur. Il se foutait d'elle ! Comment pouvait-elle se faire aussi facilement manipuler par ce type !

- Comme si j'avais la force de te retenir ! Pesta t-elle, de mauvaise humeur.

Okita plissa les yeux et sourit plus sincèrement en la voyant faire la moue. En voyant cette expression, les traits de Shiori s'adoucirent et elle le détailla un long moment du regard. Comme la veille pendant sa sortie, leur échange silencieux n'avait rien de dérangeant, aucun d'eux n'éprouvait de gêne et aucun d'eux ne jugeait l'autre. C'était juste une façon de voir l'autre, d'essayer de le décrypter en lisant dans ses yeux.

Et Shiori ne savait pas vraiment ce qu'elle voyait dans les yeux émeraude du jeune homme. Il y avait un mélange complexe d'amusement, de cruauté et de...compassion ? Ça n'avait aucun sens, ces trois traits n'étaient pas compatibles.

Une fois encore, le samuraï fut le premier à reprendre la parole et se retourna pour prendre un plateau plus imposant que d'habitude.

- On a encore un peu de temps avant le conseil. Viens, je nous ai ramené à manger.

- Le conseil ?

- Oui, il aura lieu ce matin.

Doucement, elle se leva et s'approcha du guerrier. A quelques pas de lui, elle s'immobilisa, ne sachant pas si elle pouvait vraiment partager son repas.

- Tu n'es pas du matin, hm ? Assied-toi. Lui dit-il comme si c'était la chose la plus normale du monde.

Elle fit ce qu'il lui demandait et s'assit en seiza en face de lui. Elle ne tiqua pas en voyant le peu de distance les séparant, ni lorsqu'il tendit le bras pour lui donner un onigiri. Malgré leur proximité, elle avait l'esprit ailleurs, s'inquiétant tout d'un coup du sort qui lui serait réservé.

- Tiens.

Mécaniquement, elle saisit la boule de riz et son esprit ne s'éveilla que lorsque leurs doigts se frôlèrent. Elle retira vivement sa main pour l'amener contre sa poitrine.

- Merci. Itadakimasu. Dit-elle en faisant une petite courbette.

- Oui, oui...

Shiori mordit distraitement dans la boule de riz et ne pu se retenir de grimacer. Ce truc était vraiment trop salé ! Elle lança un regard en coin au guerrier et le vit tranquillement manger son repas. Elle ne pouvait pas croire qu'il l'ait fait exprès, après tout il lui avait servi un repas correct jusqu'ici. Peut-être s'était-il simplement trompé dans la dose de sel, mais ne s'en rendait-il pas compte ?

Elle mordit à nouveau et se retint de laisser paraître la moindre gêne, après tout il avait fait l'effort de lui amener à manger.

Le repas se passa en silence et Shiori se surprit à apprécier la compagnie du guerrier. Comme ça, dans la vie quotidienne, il ne lui semblait plus si terrible. Le voir agir de façon si banale la rassurait un peu et libérait son cœur de l'angoisse permanente qui l'oppressait. Il arborait le même petit sourire en coin et ses yeux brillaient de malice, mais elle ne trouvait plus ça aussi menaçant et se permit même de lui faire la conversation.

- Je me demandais... Commença t-elle.

- Hm ? Demanda t-il en relevant les yeux vers elle.

- Je ne connais pas ton nom.

Son sourire s'élargit et il réfléchit un instant avant de répondre.

- Tu es sûre de vouloir le savoir ? Je suis l'exécuteur du Shinsengumi, et il est fort probable que je doive te tuer aujourd'hui.

- L'exécuteur ?

- Celui qui tue sur ordre de Kondo Isami tous ceux qui sont une menace pour notre ordre.

- Mais nous ne menaçons personne, nous avons juste rencontré ces créatures par malchance.

- Ça, ce sera au conseil d'en décider.

Shiori baissa la tête, de nouveau intimidée par la possibilité de mourir. Que ferait-elle s'ils décidaient de les tuer ? La fuite ne semblait pas envisageable, mais elle ne pouvait pas les laisser les tuer sans raison. Sa réflexion fut interrompue par Okita qui se releva.

- D'ailleurs nous devons y aller. Prépare-toi.

A ces mots, un homme frappa à la porte pour signifier qu'ils étaient attendus.

Saito alla à son tour chercher la cadette et ne lui dit que le strict nécessaire. Malgré son visage continuellement neutre, Keiko sentit qu'il était toujours aussi distant.

- Viens, il est l'heure.

Keiko se mordit la lèvre, elle ne voulait plus se chamailler avec lui. Après tout, il avait été le seul présent pour elle durant sa rétention, et il l'avait toujours bien traitée. Elle ne le détestait pas vraiment, et plus elle y réfléchissait, plus elle trouvait qu'elle avait été injuste envers lui. Mais tout ce qui lui arrivait était une telle folie qu'elle avait l'impression d'étouffer.

Elle avait pensé que le guerrier serait celui qui céderait en premier et reviendrait vers elle, c'était ainsi que ça se passait toujours avec sa sœur, mais il n'avait rien fait de tel. Cet homme n'avait aucune raison de revenir vers elle et de se réconcilier. D'ailleurs, y avait-il quelque chose à réconcilier ? Elle était la seule à trouver un intérêt en sa présence, lui ne devait la voir que comme une contrainte dont il se débarrasserait volontiers à la première occasion. Elle avait réfléchi longtemps à ce propos, concluant qu'il n'avait aucune raison de chercher à renouer le dialogue. Si elle voulait que les tensions s'apaisent, elle devrait être celle qui cède.

- Euh... Saito-san...concernant ce que je vous ai dit...

- Allons-y, on nous attend.

Sans un regard de plus, il se détourna d'elle pour commencer à partir, ne l'écoutant pas. Keiko le suivit sans dire un mot de plus, elle l'avait sans doute vraiment vexé. Après tout, cet homme était vraiment le raffinement incarné, alors le traiter de brute l'avait sûrement un peu froissé.

Les jeunes femmes se retrouvèrent une fois encore devant les hommes du conseil, mais elles ne se perdirent pas en effusions affectives. Elle s'assirent sagement devant les membres en attendant le verdict avec angoisse.

- Shiori et Keiko Maeda, je ne vais pas vous faire peur plus longtemps. Nous avons estimé que vous ne représentiez pas une menace immédiate pour le Shinsengumi. Annonça Kondo.

Elles laissèrent échapper un soupir de soulagement et échangèrent un sourire soulagé. Au moins elles ne mourraient pas pour le moment, c'était déjà une bonne nouvelle. Shiori ne pu se retenir de jeter un coup d'œil à son gardien, se demandant quelle serait sa réaction en entendant la nouvelle, mais celui-ci lui souriait comme à son habitude. Elle ne savait jamais dire s'il se moquait d'elle ou s'il lui souriait sincèrement.

- Cependant, nous n'avons pas la certitude que vous ne soyez pas des espionnes. Repris Hijikata.

- Des espionnes ?

Shiori leva un sourcil, perplexe. Avaient-elles vraiment le profil d'espionnes ? Elles étaient aussi fines que deux Mikado et ne pouvaient clairement pas leur résister s'ils décidaient de les tuer, quant à leur discrétion...on pouvait dire que ce n'était le fort d'aucune d'elles. Il était totalement saugrenu de les imaginer en espionnes infiltrées dans les rangs du Shinsengumi. Pourtant, Kondo hocha la tête et Hijikata poursuivit.

- C'est pourquoi vous resterez sous surveillance jusqu'à ce que nous soyons certains que vous ne servez pas l'ennemi.

- Quel ennemi ? Demanda Keiko.

- Nous préférons ne pas divulguer plus d'informations. Il est déjà dérangeant pour nous que vous ayez vu ces créatures. Intervint le troisième homme.

Hijikata vit Shiori s'apprêter à répondre et il la coupa dans son élan.

- Moins vous poserez de questions sur notre organisation, plus vous aurez de chances de rester en vie.

Keiko frissonna en entendant les menaces du vice-commandant, mais Shiori le fixa un instant et comprit à son regard qu'il ne cherchait pas à les intimider, c'était un conseil. Elle hocha docilement la tête et laissa tomber ses questions sur les créatures.

- Donc, cela veut dire que nous allons rester enfermées dans nos chambres jusqu'à ce que vous estimiez que nous sommes dignes de confiance ? Demanda Shiori.

- Nous vous autorisons à sortir de vos chambres, et à vous voir, mais uniquement accompagnées par vos gardiens.

Keiko tourna la tête vers Saito pour lui lancer un regard gêné. Celui-ci le remarqua et fit un signe de tête au vice-commandant.

- Si vous avez des préférences quant au choix des gardiens, vous pouvez les formuler. Poursuivit Hijikata.

La plus jeune des sœurs fut stupéfaite par ce que venait de dire le guerrier. Saito lui avait-il parlé de leur altercation ? Les hommes les plus âgés commençaient déjà à s'agiter pour essayer d'attirer les faveurs des demoiselles, mais elle se hâta de répondre, sans laisser le temps à Shiori d'ouvrir la bouche.

- Non, ça nous va. Pas besoin de les changer.

Shiori la regarda avec stupéfaction, curieuse de savoir ce qui lui prenait. Depuis quand ça petite sœur était-elle si docile et si...décidée ?

- Enfin... Bien sûr, si ça ne dérange pas les hommes qui s'occupent de nous. Ajouta t-elle en lançant un regard inquiet à Saito.

Il l'étudia un instant avant de reprendre la parole d'un air détaché.

- Ça m'est égal.

Hijikata hocha la tête et reporta son attention sur Okita.

- Souji ?

Le jeune homme n'hésita pas à accepter ce rôle en bon soldat qu'il était.

- Aucun problème.

La chose était entendue, Saito et Okita devraient surveiller les deux jeunes femmes. Les sœurs pensèrent que la discussion s'arrêtaient là et commençaient déjà à ramener leurs jambes sous elles pour se relever.

- Il reste un détail à aborder... Poursuivit Kondo, la voix peu assurée.

Elles furent étonnées d'entendre le commandant hésiter et se rassirent en attendant de voir ce qui allait encore leur tomber dessus.

- Il n'y a que des hommes au sein du Shinsengumi et j'apprécierais qu'ils ne perdent pas leurs objectifs de vue en voyant des femmes se promener au sein de notre camp. Je sais que la demande peut sembler incongrue, mais j'aimerais que vous vous habilliez comme des hommes pour cacher votre véritable nature. Expliqua Kondo avec un sourire gêné.

- Entendu. Répondit Shiori avec un léger sourire à l'attention du commandant.

Elle avait beau être encore un peu révoltée d'être ainsi séquestrée, elle devait bien avouer qu'elle aimait bien cet homme. Il semblait être quelqu'un de bien, et elle espérait qu'il recrutait ses hommes selon ce même principe. Deux femmes au milieu d'une troupe d'hommes même dissimulées elle craignait de subir des situations un peu embarrassantes. Mais pour le moment ce qui comptait était qu'elles puissent enfin aller et venir plus ou moins librement.

Keiko aussi était soulagée de quitter ce kimono. Elle n'en pouvait plus de se sentir entravée dans ses mouvements, même s'ils étaient limités depuis ces derniers jours. Elle pourrait enfin s'habiller normalement et se balader au Soleil.

- Dans ce cas, espérons que nous pourrons cohabiter paisiblement pendant les jours à venir. Conclut-il en s'inclinant.

Les jeunes femmes s'inclinèrent en réponse et tout le monde se leva pour quitter la pièce. Shiori suivit son gardien qui ne l'avait pas attendue pour se diriger vers la chambre de la demoiselle. Si elle avait bien compris ses allées et venues dépendraient de lui, car sans lui elle n'irait nul part. Elle se demanda s'il serait invivable ou plutôt conciliant avec elle. A force de le voir capable du pire comme du meilleur, elle ne savait plus vraiment quoi penser de lui, si ce n'est qu'elle ne le comprenait pas du tout.

- Et maintenant ? Demanda t-elle en le suivant au pas de charge.

- Okita. Dit-il en s'arrêtant soudainement.

Shiori le percuta une fois de plus et le vit lui lancer une œillade amusée par dessus son épaule. Ça devenait une habitude pour elle de se ruiner le nez sur son dos.

- Pardon ? Demanda t-elle enfin en se frottant le visage.

- Tu m'as demandé mon nom, c'est Okita Souji. Je suis capitaine de la première division.

La jeune femme cligna des yeux, surprise qu'il lui parle normalement, puis s'inclina rapidement.

- Je suis Maeda Shiori, enchantée !

- Je le sais. Se moqua t-il.

Étrangement, Shiori était à nouveau nerveuse, mais cela n'avait rien à voir avec de la méfiance ou de la peur. Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ?

Okita la ramena jusqu'à sa chambre et lui donna ses consignes.

- Reste ici le temps que je t'amène des vêtements.

- D'accord.

Il revint avec un hakama bleu nuit et un kimono pour homme beige, et les tendit à Shiori avant de refermer la porte derrière lui.

La jeune femme enleva difficilement ses habits à cause de sa blessure à l'épaule et enfila ses nouveaux vêtements. Cependant, c'était la première fois qu'elle mettait un hakama, et elle improvisa pour l'attacher en faisant un nœud grossier.

- Tu as fini, Shiori ? Demanda Okita de derrière la porte.

La jeune femme tiqua un peu en l'entendant l'appeler par son prénom, mais ne releva pas, estimant qu'il était préférable de ne pas attiser les braises d'un feu dangereux. Après tout, ils avaient commencé à se tutoyer dès le premier soir, visiblement les règles de base de la politesse ne seraient pas respectées.
- Oui !

Le jeune homme entra et l'inspecta en lui tournant autour, un doigt posé sur le menton.

- J'aurais dû y penser, tu n'as jamais noué de hakama n'est-ce pas ?

Shiori rougit, gênée par son ignorance.

- Ce n'est pas si flagrant, personne ne fera attention à moi de toute façon.

- Non, pour le reste des hommes tu seras un membre du Shisengumi. Il est impensable que tu ne sois pas correctement vêtue.

Et sans attendre un mot de plus, il s'approcha de la jeune femme et lui saisit les hanches pour la faire pivoter d'un geste autoritaire. Il défit le hakama et entreprit de le nouer traditionnellement. Ses gestes étaient assurés et vifs, si bien que Shiori ne fit pas attention à leur proximité ni au fait qu'il pose les mains sur son ventre. Elle était fascinée par sa dextérité et sa rapidité, et elle doutait d'un jour pouvoir le mettre aussi bien que lui.

- Tu es vraiment doué, Okita-san.

Le samourai arrêta son geste, étonné du compliment.

- Ça a l'air si compliqué... Tu dois avoir l'habitude d'en porter.

- J'en porte depuis que je suis enfant, mais je n'aime pas être entravé dans mes mouvements alors je l'arrange à ma façon. Répondit-il sincèrement.

Shiori tourna la tête vers lui, c'était la première fois qu'elle l'entendait parler de lui. C'est vrai, jusqu'à ce matin, elle ignorait même son nom. Est-ce que la décision du conseil l'avait décidé à s'ouvrir un peu plus ? Il reprit son petit sourire habituel et termina son œuvre en serrant plus fort le dernier nœud, faisant lâcher une exclamation à la jeune femme. Il rit doucement et finit de cacher les bandes de tissu sous sa ceinture.

- Voilà, c'est terminé. Dit-il en se reculant.

Pendant ce temps, Keiko suivait un Saito aussi silencieux qu'une tombe. Il la fit entrer dans sa chambre et posa ses mains sur les panneaux coulissants pour les refermer derrière elle.

- Saito-san ! L'appela t-elle soudain.

Le samourai s'immobilisa et la fixa froidement.

- Hm... Par rapport à ce qui s'est passé avant-hier... je suis désolée ! Dit-elle en s'inclina aussi bas qu'elle le pu.

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre, soucieuse qu'il chasse ses excuses par son indifférence.

- J'ai paniqué, tout ça c'est tellement fou. Des gens qui veulent me tuer et me séparent de ma sœur, et la possibilité que nous ayons changé d'époque... c'est trop effrayant !

Les larmes lui montaient aux yeux alors qu'elle essayait de lui expliquer qu'elle n'avait rien contre lui en particulier. Elle avait trop de choses à dire, et en même temps si peu d'explications à donner que son discours était décousu.

- Je... en fait, je veux dire...

Ses larmes coulaient librement, elle était incapable de terminer son explication. Elle ferma fort les yeux pour essayer de retenir ses pleurs, mais ils ruisselaient sur son visage malgré elle.

Elle les rouvrit lorsqu'elle sentit une main chaude sur son épaule. Saito se tenait devant elle et lui adressait un regard compatissant. Il hocha doucement la tête pour lui signifier qu'il avait compris, et elle fit de même pour le remercier avant de passer une main fébrile sur son visage pour essuyer ses larmes. C'était la première fois qu'elle comprenait que Saito était un homme de peu de mots mais d'une grande sensibilité.

Il retira sa main et sortit de la chambre.

- Je vais te chercher des vêtements, ne sors pas sans moi.

- Oui.

- Sous aucun prétexte. Ajouta t-il.

- J'ai compris ! S'agaça t-elle.

Lorsqu'elle le regarda, elle cru voir l'ombre d'un sourire sur ses lèvres, mais il s'estompa si vite qu'elle douta d'avoir bien vu.

Il referma la porte et elle l'attendit sagement. Lorsqu'il revint, avec les habits, elle lui lança un regard contrarié.

- C'est quoi ce truc ?

- Un kimono masculin et un hakama.

- Au secours... Gémit-elle en saisissant du bout des doigts les bandes de tissus ne demandant qu'à être nouées.

Saito n'eut pas besoin d'en entendre plus pour savoir qu'il allait devoir l'aider. Il soupira et lui demanda d'enfiler le kimono pour qu'il puisse ensuite l'aider avec le hakama.

Il lui montra chaque étape, mais comprit rapidement que Keiko n'était pas une demoiselle patiente et attentive. Elle n'aspirait qu'à être libérée de ce cours ennuyeux sur l'art d'enfiler un vêtement.

- Je ne peux pas juste même un kimono pour homme ? Demanda t-elle pleine d'espoir.

- Non, il ne cacherait pas assez tes formes. Le hakama te donne plus de carrure.

Elle soupira bruyamment, laissant Saito perplexe quant à ce qu'il devait penser de la jeune fille. Elle était vive et indisciplinée, elle parlait sans retenue avec des hommes et osait même hausser le ton. Vraiment, d'où venait cette fille ?

- Saito-san, allons-nous nous promener ensuite ?

Et en plus elle ne tenait pas en place...

Saito soupira une énième fois avant de sortir de la chambre, suivi de près par Keiko.

OoOoOoO

Tadaaam !

Alors avant tout je veux donner une précision concernant le fait que Shiori demande son nom à Okita. En effet, je l'appelle « Okita » depuis le départ dans la narration pour éviter une écriture trop lourde, mais à aucun moment elle n'entend son nom. Elle sait juste que son prénom est « Souji », mais ils ne sont pas franchement copains comme cochons, comme on dit, donc elle ne l'appellera pas comme ça.

D'ailleurs, quand je retranscris les pensées de Shiori, je ne la fais jamais prononcer son nom, c'est toujours « le guerrier », « le samuraï », « le jeune homme », etc...

Voilà sinon ce chapitre est encore relativement long, bien que je me sois décidée à lever le pied sur les descriptions interminables. J'ai tendance à vouloir écrire le moindre geste des personnages, et c'est trop lourd à lire et trop long à écrire, donc je vous laisse imaginer la scène et ne donne que quelques ficelles pour que vous ayez les actions principales.

Je vais vraiment travailler à alléger mes descriptions pour les choses non importantes parce que ça risque de me dégoûter à force. Je dois apprendre à tolérer que ce ne soit pas parfait ! (dur, dur ! x) )

A part ça, je crois que j'avais dit que j'introduirai les autres personnages dans ce chapitre, mais de toute évidence j'ai encore traîné donc ça sera pour le prochain (promis!).

Voila, Saito et Keiko ont crevé l'abcès dans un silence caractéristique du beau ténébreux, et Shiori essaye encore de démêler le sac de nœuds que représente Okita.

Comme d'habitude n'hésitez pas à me donner vos sentiments et vos avis, ça me motive et je les prends toujours en compte pour modifier mon écriture. Et j'avoue que si je n'ai pas de retour, je suppose que le chapitre ne vous a pas vraiment plu alors ça m'inquiète un peu. ;)

Je ne sais pas si je publierai un autre chapitre d'ici la fin de la semaine entre le 31 et le 30 (mon anniversaire!), donc au cas où je vous souhaite de passer un excellent réveillon.

Bye ! :)