Voilà le 6ème chapitre, et on reparle de Shin !

Merci à NightmareDragon FB (tu fais partie du paysage de ma fan-fic' en fait ^^) et à Sauwk pour vos reviews.

Pour te répondre, Sauwk, les similarités que tu vois sont peut-être dues aux thèmes évoqués qui rappellent ceux de Star Wars. Mais si tel est le cas, il est inconscient de ma part, je n'ai pas puisé, volontairement du moins, mon inspiration dans cette (magnifique) saga :)

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, et comme toujours, lire un commentaire fait toujours plaisir !

Bonne lecture !


Chapitre 6

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Le choix d'attendre

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- Etrange et inquiétant… Albertus n'était pas censé agir ainsi…

Pour une fois, l'élémentaire de la lumière ne maîtrisait pas un élément, très important, de son plan, et cela le tourmentait.

- Que lui est-il donc passé par la tête ? Répondit son acolyte.

- Je l'ignore… Mes visions de son monde sont très imparfaites, une autre entité bloque mes capacités. C'est fâcheux. Très fâcheux. Et si tu me dis ne plus pouvoir communiquer avec lui, c'est que quelqu'un cherche à interférer entre les membres de la lumière…

- Enoch ? Serait-il assez puissant ?

- C'est un Démon, l'un des meilleurs et des plus dangereux. Bien sûr qu'il possède ce pouvoir. Mais ce n'est pas lui. D'abord, parce que je peux encore sentir s'il utilise sa magie, ce qui n'a pas été le cas. Et surtout car il n'aurait aucun intérêt à une alliance entre les intendants et l'Eglise de la Vengeance. Il aurait plutôt cherché à les opposer davantage encore.

- Alors qui ? Qui aurait un intérêt à ça ? Et pourquoi la guilde a-t-elle accepté, quel avantage peut-elle tirer d'une telle alliance, alors qu'ils ont les moyens de terrasser ce qu'il reste de nos serviteurs sur Terre. Se peut-il qu'Albertus se soit également détourné de notre cause pour agir à sa guise ?

- A ces questions, je n'ai pas de réponse et je dois réfléchir. Rien n'est logique dans le conflit qui se prépare. Chaque camp a ses chances, et tant que je n'aurais pas compris les motivations du haut-prêtre, nous ne ferons rien. Patientons, et observons, termina l'élémentaire.


Lancés au galop depuis l'aube, les chevaux profitaient d'une pause méritée en fin de matinée pendant que Théo et son compagnon s'abreuvaient. Le Démon avait demandé d'accélérer la course, afin de ne pas être en retard au rendez-vous qu'il s'était fixé. Normalement, il devrait rejoindre sa cible en toute fin de journée.

L'ex-paladin avait retrouvé son calme habituel, presque indifférent aux éléments extérieurs, bien qu'il s'intéressât chaque jour davantage à la situation du monde.

- Vous ne m'avez pas dit grand-chose sur l'attaque de Bob et des autres. Je m'étonne que votre fils n'ait rien fait pour se défendre, et que vous l'ayez laissé se faire prendre.

- Il a été attaqué par des demi-élémentaires… Et fort heureusement pour le royaume, il n'a pas laissé sortir le Démon. Nul ne sait ce qu'il se serait passé ensuite. Sans doute la fin du monde que tu connais…

L'air dubitatif, Théo se demandait de quoi voulait bien parler le père de Bob.

- Et où se dirigent-ils désormais ? C'est quoi la mission qu'ils doivent remplir pour sauver Shin ?

- Voler le Codex.

- Impossible. Les églises elles-mêmes, au sommet de leur puissance, n'auraient rien pu faire. C'est une mission suicide.

- C'est pourtant la leur. Mais tu ignores bon nombre de données, et le schéma d'ensemble. Pour faire simple, tout ce qui semble être n'est pas forcément. Les choses changent, les alliances bougent, et ce que tu entends, ce que tu vois et ce que tu lis ne sont pas forcément ce qui est réellement.

- … D'accord… J'ai rien compris…

Enoch sourit, conscient d'avoir embrouillé, sciemment, l'esprit du guerrier.

- Et vous pensez que les demi-élémentaires libèreront Shin, dans l'hypothèse absurde où ils réussiraient à voler le Codex ?

- Les demi-élémentaires sont des gens d'honneur, pour la plupart. Ceux qui font partie du groupe de mon fils ne dérogent pas à la règle.

- Ceux qui font partie ? Combien sont-ils ? Et il y a combien de gars dans ce "groupe" déjà ?

- Ils sont huit guerriers, en comptant le nain et mon fils.

- Donc six demi-élémentaires. Comme je le disais, impossible pour eux. Les intendants ont certainement déchiffré une grande partie du Codex et doivent avoir des pouvoirs supérieurs désormais.

Le père de Bob prit un morceau de pain qu'il mâchouilla tranquillement, avant de répondre :

- Comme je le disais, ce qui semble être n'est pas forcément. Mais tu comprendras cela plus tard, toute la vérité ne t'est pas utile pour l'instant.

- Très bien…

Ravi que l'ex-paladin ne cherche pas à imposer sa volonté pour obtenir la vérité, Enoch souffla un peu. Une nouvelle bonne chose dans le processus de "guérison", à la façon du Démon, de Théo.

- Et d'ailleurs, comment vous savez tout ça ?

- Et bien, contrairement à toi, je considère encore certaines personnes comme des amis, répondit-il, sourire en coin. Des amis puissants…


Le demi-élémentaire du feu, Nyel, tendit l'assiette de ragoût au nain, qui se fendit d'un remerciement hâtif. Il s'éloigna ensuite pour donner la part restante à Bob et s'agenouilla à ses côtés. Le fils d'Enoch ne tourna même pas la tête à son approche, peu convaincu de la nécessité de discuter avec leurs bourreaux.

- Vous savez, commença Nyel, nous ne sommes pas mauvais. La plupart ici regrettent votre situation, nous avons hâte de pouvoir vous libérer vous et votre ami.

- Mhh…

- Nous avons conscience qu'il est difficile de nous croire, mais vous verrez, une fois la mission accomplie, vous rentrerez tous chez vous.

Bob observa rapidement le visage du demi-élémentaire, jeune et fier de sa condition. Mais il ne maîtrisait sans doute pas ses pouvoirs, ni sa destinée. D'une manière qu'il ne comprenait pas, il avait la sensation que Nyel était utilisé par quelque chose ou quelqu'un, comme si sa volonté propre n'existait plus. Un simple mouton à qui l'on avait retiré le droit de penser. Et le demi-Démon n'arrivait pas à poser une explication rationnelle sur cette sensation étrange.

- Pourquoi voulez-vous le Codex ? Demanda-t-il enfin, cachant tant bien que mal son trouble.

- Parce qu'il pourrait nous servir ! répondit le demi-élémentaire, étonné de la question. Le Codex est une puissante arme et notre Cause saura l'utiliser intelligemment.

- Votre cause ? Bon sang ! De quoi parlez-vous ?! Vous pouvez pas juste vous exprimer clairement ?!

Finalement agacé par l'imbécilité de Nyel, Bob se leva et alla rejoindre Grunlek, occupé à finir le ragoût qu'il ne trouvait pas si mauvais que ça. Moins bon que ses plats, bien sûr, mais il était un maître cuisinier.

- Vraiment, sont cons ces demi-élémentaires… (Il frotta ses tempes avec ses pouces) Positivons, positivons ! Au moins, ce n'est pas inhérent à Shin, on pourra le lui dire…

Le nain s'esclaffa, s'offrant un rare moment de bien-être au milieu de mornes journées, puis acquiesça. Autour de lui, le calme régnait dans le camp. D'après ce qu'avait dit Allister, la ville où se trouvait le manoir des Intendants n'était plus très loin. Une pause avait donc été décidée en milieu de journée afin de permettre à tous de se reposer, tout en restant hors de portée des pouvoirs des intendants. Il avait hâte d'en finir, même s'il doutait sincèrement, en si petit nombre, de pouvoir vaincre et remplir la mission. Au moins, la mort les libérerait, si Grunlek décidait de suivre la logique optimiste de Bob.


La conscience de Shin l'obligea à reprendre possession de son esprit, interrompant sa méditation. Il se sentait… bien. Sans pouvoir bouger, il sentait la force de son corps et la puissance de la magie couler en lui. En revanche, ce qu'il vit juste en face de lui le fît frissonner.

- Et bah alors, on en a quand même choppé un apparemment. Toi, tu vas payer pour tous ceux de l'Eglise que tes amis ont tués.

Le demi-élémentaire ignorait de quoi l'homme parlait, mais il pouvait voir la folie dans ses yeux. Et bien sûr, il ne pouvait pas répondre…

- Allez les gars, on va casser ce bouclier ! (Il pointa Shin du doigt) Je sais pas ce que t'as fait de mal pour être entouré de ce machin, mais je sais pourquoi on va te charcuter, pas vrai les gars ?

- Oui, mais arrête de discuter Gildas, tu vois bien qu'il ne peut pas t'entendre.

- Ca me défoule, ok ? Ses amis ont tué cinq des miens il y a quelques jours, des gars qui m'étaient proches, j'avais envie d'exprimer mon ressenti. Maintenant, on peut le détruire.

Shin avait déterminé la présence certaine de quatre hommes, mais il y en avait peut-être d'autres qui échappaient à ses sens. Il vit l'homme, Gildas, envoyer un sort contre le bouclier, mais ce dernier l'absorba. Ce fût alors un déferlement de sortilèges et coups physiques portés contre le seul rempart qui séparait le demi-élémentaire de ses assaillants, pendant plusieurs minutes.

Quand ils s'aperçurent que la protection n'avait pas été modifiée, en apparence, d'un iota, ils stoppèrent.

- C'est quoi ce bouclier ? Ca ne lui a rien fait !

Mais l'homme se trompait. Shin pouvait le sentir, le halo avait perdu un peu de puissance. Imperceptible toutefois pour celui qui ne maîtrisait pas totalement ses pouvoirs, ce qui était le cas de ces soldats, le changement était pourtant bien réel.

- On continue ? Demanda, insistant, Gildas.

- Oui, ça finira bien lâcher.

De nouveau, les coups se succédèrent, ainsi que les sorts. Pendant plusieurs dizaines de minutes, il n'y eut plus aucune interruption, jusqu'à un nouvel arrêt, définitif cette fois.

- Ca ne sert à rien ce que l'on fait. Pourquoi on ne peut pas le détruire ? Ce n'est pas juste ! Geignit Gildas, tapant des poings sur le sol.

- Moi j'ai l'impression que la protection est un peu moins épaisse. C'est bizarre, je n'en suis pas sûr mais je crois bien.

Shin aussi le voyait, mais lui en était sûr. Cette fois, le changement était perceptible pour un œil avisé. Heureusement pour l'archer, l'homme n'insista pas.

- Ce n'est sans doute qu'une illusion, rien de plus. De toute façon, je crois qu'on est tous bien fatigué…

Il se détourna et fût suivi par les autres soldats. Shin espérait qu'ils s'en iraient, mais ils s'établirent simplement quelques mètres plus loin et installèrent une tente, d'après les sons de coups portés sur des piquets qu'il pouvait entendre. De toute évidence, ils avaient l'intention d'attendre que le bouclier se brise de lui-même…


Grunlek se pencha sur le corps du demi-élémentaire du temps, tremblant, et secoua la tête.

- C'est magique, c'est tout ce que je peux dire.

- Ca alors, personne n'aurait pu s'en douter, railla Allister. Merci pour votre sagesse, maître nain, que ferions-nous sans vous ?

Ce dernier lui lança un regard noir et se leva pour rejoindre Bob, debout un peu plus loin. Le groupe était sur le point de reprendre la route quand Jarvi s'était effondré, pris de convulsions. Cela avait duré quelques minutes, avant de se calmer, puis de reprendre pendant presque une heure. S'il n'était pas mort, son état l'empêchait de les suivre, ce qui était un problème assez inquiétant.

- Qu'en dis-tu ? Demanda un Bob inquiet à cause des conséquences que cela pourrait avoir, pensait-il, sur Shin.

- J'en dis qu'il ne peut pas nous suivre et que nous ne pouvons pas l'abandonner seul.

- Donc, ça pue…

- Voilà.

Allister et Morgas, le demi-élémentaire de l'Obscurité, étaient penchés sur le corps du blessé magique. Ils tentaient de le faire reprendre conscience, sans succès. Grunlek les rejoignit et déclara :

- Il faut que quelqu'un reste avec lui, il ne s'en sortira pas autrement. (Il tourna la tête vers les demi-élémentaires). Moi je resterai.

Bob accourut, déconcerté :

- Hors de question, on va avoir besoin de toi !

- Vous viendrez avec nous, maître nain, vous n'avez pas le choix, renchérit Allister.

Grunlek se campa devant le demi-élémentaire de l'Air, et le regarda dans le blanc des yeux. Il prit une inspiration et parla d'une voix qu'il espérât impérieuse :

- Oh que si, j'ai le choix. Je resterai ici pour aider cet homme (il désigna Jarvi du doigt) et donc pour aider mon ami que vous avez piégé. Si l'envie vous prend de m'en empêcher, alors vous perdrez mon soutien ainsi que celui de Bob, puisque vous souhaiterez condamner Shin par votre refus. Dans tous les cas, vous serez perdants. Sans compter que nous nous battrons jusqu'à la mort pour vous faire payer cet acte.

"A vous de décider, soit je reste en arrière, soit Bob, moi et potentiellement certains d'entre vous mourrons."

Le demi-élémentaire réfléchit à toute vitesse puis répondit, d'un ton méprisant :

- Bien, nous nous passerons de vos services dans ce cas… Votre absence de magie vous sauve, un paradoxe assez cocasse.

Le nain l'ignora, s'installa à côté de Jarvi, et attendit que Bob arrive :

- J'espère que tu comprends mon choix, mon ami.

- Oui, bien sûr. T'aurais pu me prévenir avant mais tu as bien fait.

- Tu prendras soin de toi hein ?

- Hey, toujours ! Répondit Bob. Tu me connais, je n'aime pas les emmerdes.

Grunlek sourit devant ce mensonge avant de terminer :

- Surtout Bob, ne te change pas en démon. C'est ce qu'ils veulent, mais je n'aime pas ce que cela te ferait. Alors reste calme !

- D'accord. Compte sur moi mon ami.