Le chapitre 7 de la fan-fic avec cette fois, principalement du Grunlek, Théo et Enoch. Encore 2-3 chapitres et ça castagnera sec jusqu'à la fin. Avec du sang. Beaucoup de sang. Beaucoup beaucoup beaucoup de sang.

Merci à tous ceux qui lisent, et qui restent fidèles, j'espère que cela vous plait toujours autant !

Edit : Pour répondre à NightmareDragon FB (merci pour le commentaire !), c'était juste pour dire que tes commentaires étaient la continuité logique de mes chapitres, vu qu'ils sont toujours là, fidèles au rendez-vous :)

Bonne lecture à vous.


Chapitre 7

.

Retrouvailles sanglantes

.

La nuit s'était déjà invitée lorsque Théo et le père de Bob arrivèrent au petit campement. Les flammes crépitaient et illuminaient le visage d'un nain et d'un corps placé de l'autre côté du feu.

Eden était partie chasser, permettant aux arrivants de faire leur entrée sans se faire arracher la gorge par erreur. Grunlek ne les vit pas immédiatement, mais un hennissement de Lumière, le cheval de l'ex-paladin, dont le corps ne brillait pas en cette occasion, le sortit de ses pensées :

- Qui est-ce ? Demanda-t-il, sur le qui-vive, prêt à bondir.

- C'est moi…

Reconnaissable entre mille, la voix du guerrier raisonna aux oreilles du nain, qui n'y croyait toujours pas.

- Théo ? Théo, c'est bien toi ? (Il aperçut enfin son visage) THEO ! Hurla-t-il en se jetant dans ses bras.

Ce dernier accepta l'étreinte mais n'eut pas un sourire. Il posa une main sur l'épaule basse gauche du nain et l'écarta lentement, avant de se détourner. Grunlek ne s'en formalisa pas, sachant la gêne que ce genre d'effusion pouvait provoquer chez son ami.

Derrière Théo vint un autre homme, plus petit et plus maigre, portant une longue robe caractéristique d'une classe spécifique de mage.

- Enoch ? (le ton était cette fois suspicieux) Que fichez-vous là ? (Il tourna le regard vers l'ex-paladin) Pourquoi es-tu avec lui ?

- Moi aussi, je suis heureux de vous revoir maître nain. Un plaisir, vraiment ! Dit le Démon en écartant les bras, comme s'il s'attendait également à une embrassade.

Mais elle ne vint pas. L'air déçu, il baissa les bras et poursuivit :

- Je pensais que nous étions amis… Je suis un peu chagriné.

Mais son sourire malicieux contredisait ses paroles, la réaction du nain lui paraissait normale.

- Que se passe-t-il Théo ?

- Si je puis me permettre, je vais répondre, et vous pourrez ensuite profiter un peu de vos retrouvailles, intervint Enoch.

"J'ai rencontré Théo dans une auberge il y a plusieurs jours, dans un sale état psychologique. J'ai décidé de le prendre sous mon aile, pour aider votre cause bien sûr (aucune ironie dans sa voix ne nota Grunlek). Depuis, nous avons décidé de vous rejoindre le plus rapidement possible, car nous vous savions en mauvaise posture."

"Oui, en effet, nous avons croisé votre ami demi-élémentaire. Il était toujours bloqué quand nous l'avons quitté. Et j'ai compris que vous étiez piégés."

Le nain se sentit défaillir à l'évocation de Shin. Toute cette mission n'existait que pour le sauver et rien d'autre, à ses yeux.

"Maintenant, vous pouvez aller discuter du bon vieux temps ! Moi, je vais aller faire un tour puis ensuite, je me reposerai !"

Il s'éloigna rapidement pour laisser les deux hommes seuls. Un silence pesant s'installa, car Grunlek cherchait encore à comprendre la raison qui avait poussée Théo à voyager avec Enoch. L'ex-paladin, lui, n'avait aucune envie de démarrer la conversation. Finalement, le nain commença :

- Comment vas-tu ? Nous étions à ta recherche quand tout ça est arrivé (il fit faire un mouvement circulaire à son bras), juste derrière toi. Et finalement, on nous a embarqués dans une aventure folle, contre notre gré. A cause de demi-élémentaires…Nous pensions ve…

- Pourquoi m'avez-vous trahi ?

La question fit l'effet d'un coup de poignard dans le cœur du nain.

- Quoi ? De quoi tu parles ? Quand t'avons-nous trahi ?

- Sur la plaine, désormais dévastée par le Démon, où se trouvaient les soldats des Eglises…

Grunlek paniqua un peu :

- Mais de quoi parles-tu donc ? Nous t'avons sauvé, justement parce que nous savions que Bob allait laisser libre cours à sa fureur ! Comment peux-tu penser que nous sommes allés contre toi ?

- Et vous avez détruit les églises. Et Viktor, alors que nous étions censés combattre avec eux.

- Parce qu'ils se fichaient de toi ! Ils préféraient te tuer et se sont retournés contre toi, et donc contre nous ! Nous avions un plan, clair, et Viktor l'a violé. Nous n'avons pas décidé de trahir, je te le jure !

- Mensonges…

Le nain n'en revenait pas, il s'était attendu à tout sauf à être accusé de trahison par celui qu'il considérait comme un ami perdu quelques minutes auparavant. Il se plaça devant Théo et soutint son regard.

- Laisse-moi te décrire tout ce qu'il s'est passé, tu étais encore possédé et peut-être que tu ne te souviens pas de certains détails cruciaux pour ta réflexion.

- Si tu veux...

- Merci.

Grunlek évoqua dans les moindres détails le plan qu'avait imaginé l'ancien mentor de Théo, Viktor, afin de détruire la mort tout en sauvant son corps, et la trahison de Viktor ensuite lorsque le plan était allé de travers. Il expliqua le choix de ses amis de se retourner contre les églises et contre la mort car ces dernières les avaient trahis.

Théo eut à nouveau l'impression de voir ressurgir des fragments de souvenirs et de sensations dans sa tête, qui concernaient ce jour précis. Il en tira un affreux mal de tête, comme si une force intérieure cherchait à le dissuader de se rappeler et de raisonner.

- Je ne sais plus quoi penser. J'ai besoin de me reposer, mon esprit est incapable de me faire réfléchir en ce moment. Peut-être dis-tu la vérité. Peut-être pas…

- Théo, pendant de nombreuses années, nous avons parcouru le monde ensemble, nous avons combattu à tes côtés et, malgré toutes nos différences, nous avons été de tous les bons et mauvais coups. Ensemble, s'aidant mutuellement. Alors donne-moi une seule raison qui aurait pu nous pousser à ne plus t'aider cette fois !

L'ex-paladin fût incapable de répondre. Le mal de tête se fit plus important. Soudain, Enoch revint et interpella le nain, en désignant le corps du demi-élémentaire :

- Dites, maître nain, qui est cet homme ?

- Jarvi, un demi-élémentaire. C'est lui qui a lancé le sort qui bloque Shin et qui nous oblige à combattre aux côtés des autres demi-élémentaires.

- Et que lui arrive-t-il ?

- Je l'ignore… Il a été pris de convulsions quelques heures plus tôt, pendant de très longues minutes. Il est inconscient maintenant, et je fais mon maximum pour le garder en vie. Sinon, son sort tuera Shin… Mais j'ignore le mal qui le touche. Au moins, j'ai stabilisé son état.

Le démon se tapa la paume de la main contre le front tout en secouant la tête.

- Oui, c'est une bonne idée ça, tu ne fais que prolonger le sort qui maintient ton ami figé.

- Qui maintient mon ami en vie, précisa le nain.

- Ca, c'est toi qui le dis, répondit Enoch en s'approchant du corps, avec des velléités visiblement agressives.

Le nain s'interposa entre le corps et le Démon, la colère se diffusant dans tout son être.

- Reculez ! De quoi parlez-vous ? Qu'espérez-vous faire ?

- Moi ? Aider ton ami, ne puis-je pas ?

- Vous ne le toucherez pas ! Vociféra Grunlek. S'il meurt, Shin meurt aussi !

- Non, s'il meurt, Shin sera libéré et pourra vous rejoindre plus rapidement. De toute évidence, il vous a menti, car il est incapable de lancer un sort d'une telle puissance. Son maître élémentaire lui-même a difficilement le pouvoir d'imposer à son corps un sort de cette taille sur une durée aussi longue.

Grunlek recula un peu et ne changea pas sa position défensive.

- Je vous dis que vous ne le toucherez pas. Je ne prendrai pas le risque de faire confiance à un fou qui a, de toute évidence, embrumé l'esprit de mon ami pour lui faire croire à une fausse trahison.

Cette fois, Enoch fût sincèrement choqué, car il ne s'attendait pas à cette accusation de la part du nain. Il ne répondit rien.

- Maintenant, termina Grunlek, vous allez me jurer sur votre honneur de Démon de ne pas toucher au corps de Jarvi avec votre magie. Et Théo, jure aussi que tu ne lui feras rien.

- Bien, comme vous voudrez maître nain, dit le Démon en s'inclinant à demi.

- Ouais, si tu veux, fit quant à lui l'ex-paladin.

Les deux se détournèrent, laissant le nain seul près du corps convalescent de Jarvi.


Quelques heures plus tard, alors que Grunlek somnolait à moitié à une dizaine de mètres du corps du demi-élémentaire, Enoch vint se placer à côté de lui, et le réveilla de quelques coups de botte dans la jambe. Le nain sursauta et se remit en position de garde, comme s'il ne s'était pas assoupi. De toute façon, Eden était revenue de la chasse et faisait des rondes régulières autour du campement. Il remarqua la présence du Démon :

- Que me voulez-vous ?

- Discuter, si cela nous est possible.

- Je ne pense pas vraiment avoir le choix…

Enoch sourit, car effectivement, le nain n'aurait pas pu éviter la conversation à venir. Il s'assit et commença :

- Comment s'est passé votre voyage jusqu'ici ? Avez-vous eu des contacts avec les demi-élémentaires ?

- Difficile de parler en termes positifs de ces gens qui nous ont menacés… Disons que l'entente se maintenait. Le demi-élémentaire de l'air, celui qui est à la tête du groupe, est très puissant. Sans doute aussi puissant que le démon de votre fils, ou pas loin. Peut-être le connaissez-vous, il se nomme Allister.

- Ma foi, non, il ne m'évoque rien… Au fait, pourquoi ne sont-ils pas là ?

- J'ai décidé de rester pour m'occuper de Jarvi. Eux sont partis en direction de Mirage (il désigna l'Est avec son bras).

Le Démon s'en inquiéta un peu :

- Quand sont-ils partis ? Mon fils est seul avec eux alors ?

- En milieu de journée hier. Ils ne devraient pas être à plus de quelques heures de l'entrée désormais. Et oui, effectivement, mais Bob peut se protéger tout seul. A vrai dire, je n'aurais pas été très utile contre les intendants et la magie qu'ils ont invoquée grâce au Codex.

- Mhh…

Grunlek poursuivit :

- Et vous ? Qu'avez-vous fait à Théo ? Quel est votre rôle dans toute cette histoire ?

- Cher ami nain, je ne fais que défendre mes intérêts et les intérêts de ceux qui me sont importants. Et il se trouve que dans cette mission, vous faites partie des êtres importants à aider. Quant à Théo, je ne fais qu'essayer de le remettre dans le droit chemin.

- En lui mettant dans la tête de idées fausses et corrompues ?

- Vous êtes incorrigibles, vous autres aventuriers, s'exclama Enoch. Comme si vous saviez ne serait-ce que le dixième de ce que, moi, je sais et comprends !

Le silence s'installa pendant plusieurs dizaines de secondes. Puis Grunlek décida de faire une sorte de cadeau au Démon :

- En tout cas, je vous remercie d'avoir ramené Théo. Nous aurions peut-être perdu sa trace pour de bon à cause de cette foutue histoire de Codex.

- Vous…me…remerciez ?

Le nain hocha la tête.

- Si vous saviez comme cela me rassure, dit-il après avoir longuement soufflé de soulagement.

- Vous rassurez ? De quoi ? S'étonna Grunlek.

- Comme ça, vous me pardonnerez un peu plus facilement ce que j'ai fait à Jarvi il y a quelques minutes.

Le nain se leva précipitamment et rejoignit à la hâte le corps du demi-élémentaire. De larges coupures étaient visibles sur les avant-bras. Le sang coulait toujours, vidant le corps de l'homme de sa substance. Le regard en feu, la haine brûlant son esprit, Grunlek se retourna et s'apprêta à frapper Enoch lorsqu'une voix pleine d'autorité s'interposa :

- Grunlek ! Arrête-toi !

Théo avait presque invoqué ces mots car ils résonnèrent durant quelques secondes. Le nain retint son geste un instant pour se tourner vers l'ex-paladin, l'épée tirée. Ses yeux étaient noirs, comme s'ils avaient expulsé toute la lumière possible.

- Je ne me répéterai pas…

- Tu fais confiance à ce fou ? se plaignit un Grunlek choqué par l'attitude de son ami.

- Je vais te répéter ce que tu m'as dit il y a quelques heures. Donne-moi une seule raison qui pourrait le faire vouloir la mort de Shin.

Ce fût au tour du nain de ne plus savoir quoi répondre. Ce dernier courut vers le corps de Jarvi pour lui appliquer les premiers soins, afin de stopper les hémorragies.

- Merci Théo. Nous en avons fini ici, nous pouvons poursuivre notre route. Maitre nain, je vous suggère d'envoyer votre loup chercher Shin, il aura sans doute besoin de son aide lorsque le sort se désintégrera. J'enverrai également mon fidèle cheval pour lui permettre de vous rejoindre le plus rapidement possible.

- Je ferai mon possible pour le sauver, arriva à répondre Grunlek en desserrant un peu sa mâchoire.

- Certes, mais vous devriez quand même envoyer Eden. Un simple conseil de quelqu'un qui ne vous veut que du bien, et qui est certain de l'état de Shin. A moins que vous ne préfériez finalement croire les demi-élémentaires qui vous ont enlevés l'espoir plutôt que le père de votre ami. A présent, si vous voulez bien nous excuser, nous avons une mission à accomplir. Ah, et au cas où, je n'ai pas trahi mon serment. Vous m'avez fait jurer de ne pas utiliser ma magie contre lui, et j'ai tenu parole. Veillez à utiliser les bons mots la prochaine fois que vous voudrez vous jouer d'un Démon.

Ils quittèrent le campement sur Lumière, le cheval d'Enoch étant parti au galop en direction de Shin. Grunlek, dépité, donna également l'ordre à Eden de rejoindre Shin et de l'aider au maximum. Puis il s'occupa de Jarvi.


Quelques minutes plus tard, alors qu'ils étaient ensemble sur le cheval de Théo, ce dernier interpella le père de Bob :

- J'ai vu les blessures sur ses poignets, elles ne sont pas suffisamment importantes pour que l'homme meurt. Vous vous êtes trompés.

- Mon cher Théo, je crains d'avoir transformé un peu la réalité. Disons que j'ai légèrement menti car c'était nécessaire. La coupure a été réalisée par un poignard démoniaque. Une seule coupure suffit à aspirer la vie d'un homme, quelque soit sa condition. Je n'ai pas, à proprement parler, utilisé ma magie sur lui, mais j'ai utilisé un objet magique. Donc j'ai partiellement respecté mon serment, ce qui m'est largement suffisant. Au mieux, il vivra encore une journée.

Théo sourit légèrement :

- Vous êtes un Démon…


Bob et les demi-élémentaires se trouvaient à quelques centaines de mètres du mur ouest de Mirage, dans une petite tranchée et venaient de décider de la façon dont ils investiraient la petite ville :

- Bien, récapitulons, débuta Allister, le demi-élémentaire de l'Air. Tobias (il désigna le demi-élémentaire de la Nature qui les accompagnait depuis le début), tu t'occuperas des gardes en haut de la muraille. Morgas, tu utiliseras tes pouvoirs de l'obscurité pour cacher le groupe lorsqu'il avancera, et tu ouvriras une brèche, silencieusement, dans le mur. Enfin, Sylver, tu nous feras signe avec ta lumière lorsque nous pourrons vous rejoindre. Tout le monde a compris ?

Un plan simple auquel souscrivait Bob, bien qu'il ne participât pas à l'opération. La prise de risque était minimale, ils avaient repéré les lieux et savaient qu'il n'y avait que quatre gardes à éliminer. Un nombre étonnant mais plausible car ils avaient déterminé que les Intendants ne devaient vraiment protéger que leur manoir.

Les demi-obscurités partirent dans les minutes suivantes pour leur cible.

La bataille de Mirage venait de débuter.