Et voici le chapitre 8 ! Le timing est bon, je pense, donc il y aura autour de 15 chapitres ! Ça veut dire qu'on est à la moitié !
Pour répondre aux revieweurs avisés (ça se dit ça ? Non, sans doute pas) que je remercie car je vous aime :
- NightmareDragon FB : Le scénario se précise, oui et non, je pense pouvoir te promettre que tu ne t'attends pas du tout à ce qu'il va se passer. J'suis en jubilation rien qu'à l'idée de l'écrire.
- Sauwk : La Lumière, c'est surfait, ça sert à rien ! Et je suis d'accord pour Enoch, c'est sans doute le plus gentil de tous... Un peu... ^^
Bonne lecture à tous, j'espère que ça ne vous ennuie toujours pas (trop) !
Chapitre 8
.
Mensonge et vérité
.
La porte principale d'accès à la cité était contrôlée en permanence par des gardes qui ne laissaient entrer que ceux qui avaient un intérêt pour le développement de la ville. Mieux valait être commerçant ou un riche voyageur si l'on espérait y pénétrer.
Enoch et Théo arrivèrent en fin de matinée, relativement fatigués par la chevauchée et par la courte nuit qu'ils avaient eue au camp. Le Démon avait décidé de passer par la voie centrale, prétextant une non-envie de se battre. Théo s'en fichait, il préférait réfléchir au rôle qu'il devrait bientôt remplir, quel qu'il soit, car le père de Bob ne l'avait pas amené ici pour rien.
- Tu me laisses parler, d'accord ?
- Vous craignez que je ne sois pas diplomate ? S'interrogea Théo.
- Ca ne te ressemblerait pas…
La foule n'avançait pas comme ils l'espéraient, les gardes semblaient prendre un temps fou avec chaque passant. Enfin, après de longues dizaines de minutes, les deux hommes s'arrêtèrent à hauteur de l'examinateur.
- Nom, profession et durée de votre séjour, lâcha ce dernier avec la force de l'habitude.
- Enoch, maître d'armes à la retraite, et je resterai le temps que les intendants jugeront bon (le regard de l'homme transpirait l'étonnement et la méfiance devant le corps du Démon).
- Et lui ? (Il désigna Théo d'un mouvement de tête).
- Lui c'est le guerrier que j'amène aux intendants, mon fils.
Théo leva un sourcil, ne connaissant pas le plan d'entrée. Qu'Enoch eut tenté de passer pour un maître d'armes était déjà bizarre et invraisemblable. Mais lui, son fils ? Il décida cependant de ne pas intervenir.
- Vous vendriez votre fils ? Fit le garde, interloqué, tout en fouillant légèrement les deux hommes. Vous savez ce qu'ils font aux guerriers là-dedans ? A la plupart en tout cas.
- Ma foi, la situation familiale est compliquée et mon p'tit gars sait où est son devoir. (Il fit un clin d'œil au soldat) Enfin, il ne sait pas grand-chose, il est légèrement déficient, si vous voyez ce que je veux dire, ce qui le porte naturellement candidat aux expérimentations de vos maîtres. Mais dites-moi, mon ami, j'ai l'impression que tous ces gens n'avancent pas vite. Y a-t-il une fête ou quelque chose dans la ville ?
Le garde se relâcha un peu et répondit, après avoir examiné l'épée de Théo :
- Vos yeux d'ancien guerrier voient juste. On ne peut pas faire avancer les gens comme d'habitude. Pas à cause d'une fête par contre. Il y a eu des meurtres cette nuit, de gardes.
- Oh ! Nous vous présentons nos sincères condoléances (Enoch s'inclina et donna un coup de pied discret à Théo qui fît de même, en grognant). Les suspects ont-ils été arrêtés ?
- Non, tout s'est passé en silence, comme si la magie était à l'œuvre, ou des gens très talentueux. Du coup, nous contrôlons encore plus assidûment les passants.
- Ou cela s'est-il passé ? Et qu'en disent les Intendants ?
- Sur le mur Nord. Les gars ont carrément détruit une partie du mur et personne n'a rien entendu. De la sorcellerie, pour sûr. Mais les Intendants ne sont pas inquiets. Ils ne le sont jamais quand ça concerne la magie.
Enoch prit son temps pour répliquer, il devait être fin :
- Mais j'imagine que vous, cela vous inquiète un peu, non ? Je sais que je n'aime pas tellement la magie, même si elle fait partie de notre monde. Mais vous, vous êtes en première ligne, et sans défense…
Le gars baissa un peu les yeux et parla d'une voix légèrement plus faible, en ne sachant plus que faire de ses mains qu'il fît emboiter ensemble.
- Ben, je dois bien vous avouer qu'on est un peu effrayé ici. On est prêt à combattre contre l'acier, mais la magie, ça, on ne peut rien faire contre. Et on pensait qu'on était protégés, même dans l'ombre. Mais non, de toute évidence…
- Je dois vous faire une confidence, mon brave. Ce n'est pas la première fois que je traite avec les intendants, ils me connaissent. J'essaierai de leur parler de vos inquiétudes. Après tout, il n'est pas normal que vous vous fassiez charcuter sans raison.
Le visage du garde s'illumina.
- Vraiment ? Vous feriez ça pour nous ? Vous nous seriez d'une grande aide.
- Evidemment ! Et je me doute bien que vous ne pouvez pas leur dire vous-même, je connais un peu les rouages de l'armée. Un soldat ne se plaint pas, sinon il est accusé de trahison.
Théo écoutait tout ce flot de mensonges sans contester. Il savait, au fond de lui, que toute cette supercherie n'était pas très honnête. Cela dit, pour la suite, mieux valait cela qu'une honnêteté sans issue.
- Au fait, termina Enoch, il est possible qu'un nain arrive dans la nuit ou dans la journée de demain. Pourriez-vous me rendre un service le concernant ?
- Et bien, ça ne devrait pas poser de problèmes. Dites-moi tout de même de quoi il s'agit.
- Laissez-le passer. C'est un ami qui fait également affaire avec les Intendants, et il sera probablement pressé.
- Très bien, vous avez ma parole ! Comment le reconnaitrai-je ?
- Les nains ne courent pas les rues je suppose, alors dites simplement dès que vous en rencontrez un que le Diable vous a parlé. (Devant le regard circonspect du garde, il ajouta :) C'est un code entre nous, pas d'inquiétude. S'il réagit, vous saurez que c'est lui.
- Bien messire, il en sera fait selon vos ordres !
Les deux passèrent la porte et se dirigèrent immédiatement vers le lieu où s'étaient déroulés les meurtres la nuit précédente. Une fois sur place, au milieu d'une foule compacte qui tentait toujours d'observer la scène macabre, Théo se fraya un chemin tandis qu'Enoch le suivait et tournait la tête de tous les côtés, comme s'il cherchait quelque chose. Ils se dégagèrent finalement pour observer l'ensemble de la place. Un trou moyen d'un mètre de hauteur transperçait le vieux mur, c'était sans doute le passage par lequel s'étaient faufilés les demi-élémentaires. Soudain, Enoch poussa une petite exclamation :
- Ah ! Voilà, je t'ai trouvé !
- Quoi donc ? Demanda Théo, un peu surpris.
- Rien. (Il se tourna vers l'ex-paladin) Bien, mon cher ami, il est temps de nous séparer.
- Pardon ? Nous séparer ? Et je suis censé faire quoi au juste ici ?
Le guerrier tentait de garder la voix basse, et réussit avec difficulté, malgré le début d'énervement.
- Et bien, tu vas retrouver mon fils et les demi-élémentaires. Puis tu les aideras. Rien de bien compliqué.
L'esprit de Théo était au contraire en ébullition. Il avait toujours cru que le plan consisterait à faire échapper Bob, avec l'aide de Grunlek et Shin.
- Vous n'aviez pas l'intention de délivrer votre fils ?
- Bien sûr que si, mais après avoir éliminé la menace des Intendants !
- Je vous ai dit qu'ils n'avaient aucune chance, le Codex les a rendus trop forts. Croyez-moi, je sais de quoi je parle.
- Et comme je te l'ai déjà dit, tu n'as pas toutes les données pour juger cela. Puis, crois-tu que je te dirais de faire ça si c'était sans espoir ?
Cela faisait sens aux yeux du guerrier, même si quelque chose clochait.
- Et le Codex ? Une fois récupéré, vous le voudrez je suppose. Qu'en ferez-vous ?
- Allons, mon garçon, il ne me serait d'aucune utilité. Voyons, je suis un Démon, un être légendaire, que ferai-je d'un vulgaire grimoire ?
Enoch avait répondu d'une voix relativement puissante, pour convaincre Théo. Pour ce dernier, cela faisait une nouvelle fois sens, le père de Bob était déjà plus fort que n'importe qui sur terre.
- Bien… Dois-je m'attendre à des alliés éventuels dans le groupe, à part Bob ? D'ailleurs, où suis-je censé le trouver, ce groupe ? Et vous, qu'allez-vous faire désormais ?
- A l'auberge des tisseurs, non loin du manoir. La ville est n'est pas immense mais tu mettras sans doute plusieurs heures avant de les rejoindre. Ils n'attaqueront pas avant la nuit prochaine de toute façon, voire même après. Et oui, comme tu l'as certainement deviné, l'un des demi-élémentaires est un…bon contact… Il se révèlera à toi le moment venu, très bientôt. Quant à moi, je vais aller retrouver des amis. Pas la peine de me poser davantage de questions, c'est tout ce que tu sauras.
- Mhh… Je ne sais pas quoi penser de vous, père de Bob. Dois-je continuer de vous détester ou vous remercier ? Ou peut-être autre chose ? Quelque chose en moi a changé, je le sens, je le sais. Et vous n'y êtes pas étranger.
- Je n'ai fait que te montrer la voie. Rien de plus. Quant aux effusions de sentiments, je les laisse aux humains. Contente-toi d'aider mon fils, et je t'en serai reconnaissant.
Théo hocha la tête, quitta le Démon, et se mit à la recherche de l'auberge en question. Enoch attendit qu'il soit assez loin pour se murmurer à lui-même :
- Oui, contente-toi de sauver mon fils…
Shin avait senti le bouclier vaciller, progressivement et sans discontinuer depuis la nuit dernière. Il restait infranchissable, en théorie, mais il disparaitrait bientôt. Et à ce moment-là, l'archer ne donnerait pas cher de sa peau. Les hommes de l'Eglise étaient cinq et ils n'étaient pas content du tout.
Eux aussi avaient remarqué le changement d'épaisseur du sort, comme si la couche de magie visible représentait la puissance de la protection. Tous réveillés, ils se préparaient tranquillement, les regards mauvais, à s'attaquer au demi-élémentaire. Il aurait peut-être dix secondes, quinze maximum, pour se mettre en position de combat Un laps de temps terriblement court.
Shin espérait que sa méditation porterait ses fruits, sinon, il se savait dans une très mauvaise posture. Et inutile d'essayer de négocier avec les assaillants, il les avait entendus parler d'atrocités à son égard. Non, ils étaient ennemis et rien ne pourrait changer cela.
Une grosse heure s'écoula quand enfin, Shin sentit les derniers filaments de magie s'évanouir dans la nature. Une petite explosion sonore s'entendit lors de la disparition du bouclier. Shin poursuivit le mouvement qui avait été insufflé par la boule magique du demi-élémentaire du temps et bascula en arrière. Une vive douleur lui comprima les poumons et lui déchira les entrailles, tandis que la souffrance se généralisa dans tout son corps. Il ne pensait pas que la boule serait douloureuse après coup.
Heureusement, cela ne dura que quatre-cinq secondes. Il se releva tout en agrippant son arc tombé à terre et invoqua alors ses pouvoirs, tandis que les membres de l'Eglise se dirigeaient déjà vers lui, les visages marqués par la haine. Les premiers sorts volèrent vers lui, qu'il esquiva tant bien que mal. Puis le demi-élémentaire entra en action. Il décocha une flèche de glace qui se ficha dans le cœur de l'un des hommes tandis que l'un des guerriers l'attaqua à l'épée. Cette dernière étincelait, probablement sous le coup d'un sort la rendant plus tranchante. Shin se servit du coup porté qui tentait de lui trancher la gorge pour glisser sous la garde et planter dans le ventre, directement avec sa main droite, une autre flèche qu'il venait de créer.
Malheureusement, les trois derniers s'étaient déplacés autour de lui, hors d'atteinte. Un sort le frappa au poignet gauche, qui perdit instantanément sa force, tandis qu'une sorte de collier magique apparut autour de son coup et se ferma de lui-même. La respiration soudain coupée, il envoya une nouvelle flèche vers l'homme qui tentait de le tuer, mais elle passa nettement au dessus de lui. Son visage perdit sa couleur naturelle et l'archer lâcha une nouvelle fois son arc, tentant de se débarrasser, dans des efforts inutiles, du collier qui l'enserrait. Il se sentait mourir sans rien pouvoir faire.
C'est alors qu'un hurlement familier se fit entendre, tout proche. Shin s'effondra, encore conscient mais à la limite de la mort. Il put cependant voir un immense loup accompagné d'un cheval majestueux fondre sur ses ennemis. Alors, il sombra.
Jarvi était mort.
Le nain n'avait rien pu faire pour empêcher ça. Il avait stoppé les saignements mais apparemment, et en dépit de ce que pensait Grunlek, il avait agi trop tard. Désormais, il n'avait d'autres choix que de foncer vers la cité, sans certitude sur ce qu'il devait faire là-bas. Tuer Enoch ? Peut-être avait-il dit la vérité, mais il n'aimait pas faire partie d'un plan qu'il ne comprenait pas. Il pouvait aussi rejoindre Bob, mais le nain naviguerait alors dans des eaux troubles, des eaux infestées d'intendants. Ou autre chose…
Il partit rapidement, sur son destrier, et entreprit le voyage dès le début de la nuit. Le lendemain, il allait combattre. Mais il ne savait pas vraiment pour quel camp…
