Voici le chapitre 9, le plus long depuis le début, mais c'est pour la bonne cause, car c'est un chapitre qui va faire comprendre une partie du scénario (normalement).

Merci à Sauwk et NightmareDragon FB pour leurs reviews !

Bonne lecture à tous !


Chapitre 9

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Révélations

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Malgré l'heure tardive, la population continuait de vivre dans les rues de Mirage. Si un couvre-feu avait été instauré suite aux récents événements, personne ne le respectait. C'est en tout cas ce qu'observait Enoch alors qu'il remontait l'allée principale de la ville. Il s'était d'abord rendu aux écuries et y était resté une partie de l'après-midi, avant de finalement rejoindre les hommes qu'il devait rencontrer, tard dans la soirée.

Il avait rendez-vous à l'auberge noire, qui se situait en plein centre de Mirage. Un endroit généralement prisé, et ce début de nuit ne dérogeait pas à la règle, comme il put le constater à son arrivée. Le Démon se dirigea immédiatement vers le comptoir afin de s'acheter de quoi s'abreuver, mais une voix retentit, puissante au milieu de la salle :

- C'est l'heure, tout le monde dehors ! Allez allez, ne trainez pas, c'est fini pour ce soir ! (L'intervenant fit un geste de la main à l'attention du barman) Toi aussi l'aubergiste, c'est l'heure !

- Bien monseigneur, je reviendrai demain matin dans ce cas.

Il s'inclina puis laissa Enoch seul, sans même l'avoir servi.

- Génial, et qui va me servir maintenant ?... Grogna le père de Bob, tout en se retournant.

Au moins une dizaine de personnes était restée dans l'auberge, des gens qu'ils ne connaissaient pas pour la plupart. Celui qui avait parlé s'avança vers lui et se plaça à un mètre sans cesser de l'observer avec son petit sourire maléfique. Puis il s'inclina :

- Ami, l'Obscurité est heureuse de vous voir enfin présent à nos côtés.

Tous les autres se joignirent au mouvement, parfaitement synchronisés. Enoch fit un hochement de tête significatif en guise de salut.

- Je suis également content de te voir, Nathan. Ainsi que vous tous (Il balaya la salle d'un revers de la main). Des amis à toi, je suppose ?

- Des demi-élémentaires et membres de notre Eglise qui ont répondu présent à l'appel des élémentaires de l'Obscurité. Ils se battront à nos côtés. Certains de l'Eglise ont également infiltré le simulacre de nouvelle Eglise de la Vengeance et sont déjà postés dans le manoir des Intendants.

Enoch sourit à l'annonce de cette nouvelle :

- Excellent. Je parie que nos amis élémentaires de la Lumière ignorent que les Intendants mènent la danse de la nouvelle Eglise (Il pointait son index en l'air comme pour désigner les entités qu'il ne pouvait pas voir). Ils doivent plutôt chercher toutes les preuves possibles de mon implication… Dommage, je n'y suis pour rien cette fois… En tout cas, si tout se passe comme je l'ai prévu, Théo effectuera bientôt sa conversion à votre camp.

- Pour le bien de tous, espérons-le. C'est la condition de notre intervention comme vous le savez.

- Oui oui, je sais. L'Obscurité a besoin d'une contrepartie sérieuse pour justifier son intervention sur Terre. Sans ça, le conseil des Elémentaires, qui a décidé de m'interdire l'utilisation de la magie dans ce monde, les pauvres fous d'ailleurs, se retournerait contre elle. Ne vous inquiétez pas, je connais le marché de notre accord.

Il avait énuméré les éléments à grande vitesse car tous dans la salle connaissaient déjà l'histoire. Le conseil des Elémentaires s'était réuni juste après le cataclysme provoqué par le fils d'Enoch. Ne pouvant sanctionner les gens de ce monde, il avait décidé de se tourner vers le père et de le faire payer lui. Mais le Démon avait compris ce qui se tramait. La Lumière avait décidé que le moment était venu de prendre le pouvoir car la magie était devenue incontrôlable, comme l'avaient montré les Intendants et Bob. Et pour cela, il fallait l'appui des autres élémentaires.

- Comme s'ils pouvaient me contrôler, maugréa-t-il avant de s'exclamer quelques secondes plus tard : Les semblables de vos parents sont fascinants ! Ils sont aussi puissants qu'aveugles, une combinaison très dangereuse.

- Mes maîtres se plaisent à se penser différents. Heureusement pour vous d'ailleurs, répondit Nathan, rictus aux lèvres.

Bien entendu, l'Obscurité ne pouvait suivre la Lumière dans ses choix car cela reviendrait à lui donner les pleins pouvoirs. Alors elle avait accepté de s'allier avec Enoch. Mais pour agir en tant qu'Obscurité, le père de Bob devait "prouver" sa demande, sans l'aide de la magie. Provoquer un événement suffisamment important pour justifier une intervention. Une conversion de la Lumière à son opposée par exemple.

- Venons-en à la question de notre rôle ici. Quel est votre plan et quelle part y avons-nous ?

- Vous êtes ici pour aider à détruire la Guilde des Intendants et m'aider à récupérer le Codex. Car si on ne le récupère pas, soit le Codex reste entre les mains des Intendants, et vos maîtres pourront bientôt dire adieu à leur influence dans le monde, soit il est récupéré par le conseil, et donc les élémentaires de la Lumière, et je n'ai pas besoin de vous décrire ce que vous subirez. Le Codex n'est pas une simple accumulation de connaissances écrites très puissantes et dangereuses. C'est un artéfact à part entière. La guilde ne peut pas le comprendre et l'utiliser. Mais les élémentaires, eux, le peuvent.

Ses alliés se regardèrent quelques secondes pour se confirmer entre eux la gravité de la situation.

- Je pense que nous sommes d'accord, maître Démon. Nous sommes à vos ordres désormais, le temps de cette bataille, termina Nathan.

- Bien, très bien… Vous n'interviendrez sans doute pas avant demain, voire un peu après. Vous serez prévenus. Quant à moi, je dois vous quitter pour le moment, j'attends l'arrivée d'un ami nain dont il faut que je m'occupe.

Ils s'inclinèrent tous de nouveau pour entériner la décision et le reconnaître comme leur chef d'un moment. Puis Enoch les quitta.


Bob se tenait penché au-dessus de la table et observait le plan du manoir qu'avait déniché Allister, le demi-élémentaire de l'Air. Relativement récent, il leur permettait de préparer leur assaut dans les meilleures conditions possibles.

- Je ne vois toujours pas comment on pourrait entrer sans se frotter à des forces magiques terribles… Et il y aura des hommes d'armes probablement protégés par des boucliers, ainsi que des créatures invoquées. Bref, il y aura plein de saloperies et je ne sais pas comment vous faites pour être aussi optimistes, tous !

Le mage doutait sérieusement de la réussite de l'opération. Et l'assurance d'Allister le gênait plus qu'autre chose, il cachait un élément, un détail d'importance. Peut-être des alliés dans le manoir ou un pouvoir plus terrible encore qu'il ne l'avait montré jusqu'alors, même s'il n'en savait fichtrement rien.

- Encore une fois, Demi-Diable, nos pouvoirs combinés à ceux de votre part maléfique seront suffisants, je pense. Faites-nous confiance et faites confiance au démon qui est en vous.

Secrètement, Bob n'avait aucune envie, cette fois, de laisser son côté démoniaque prendre le dessus. Il avait promis à Grunlek de se maîtriser au maximum. Il ne lâcherait donc la bride à sa fureur qu'en cas de situation extrême, pas avant.

Les hommes étudièrent un moment le plan quand des voix se firent entendre au rez-de-chaussée. Apparemment, un homme voulait passer et venir dans leur chambre mais les hommes de l'auberge refusaient. Agacé par le bruit, Nyel, le demi-élémentaire de feu, alla à la rencontre du "problème" et demanda son identité.

- Théo Silverberg…

Le cerveau de Bob s'illumina à l'évocation de ce nom auquel il ne cessait de penser chaque jour. Il se retourna brusquement pour se diriger vers l'escalier à toute vitesse, faisant fi des chaises et affaires qu'il renversait.

- Théo ! Nom d'un Diable, Théo, c'est bien toi ? Cria-t-il avant même d'être arrivé en haut du palier.

- Je crois bien être unique, hérétique…

Bob bouscula Nyel qui se trouvait sur son chemin et descendit les marches quatre à quatre pour finalement tomber sur le guerrier. Il se jeta dans ses bras.

- Putain de con de paladin ! Comment tu vas ? Tu viens d'où ? Non, on s'en fout de ça. Qu'est-ce que tu fous là ?! Comment tu m'as retrouvé ?! Lui parla-t-il à l'oreille, d'une voix assez forte toutefois.

- Ex-paladin, j'y tiens. Et ce sont trop de questions pour un seul homme, répondit-il sur le même ton, un sourire se dessinant sur son visage.

Théo rendait l'accolade au mage, même si intérieurement, son enthousiasme n'était pas total. Puis ils se séparèrent.

- Alors mon vieux, réponds maintenant, comment t'es arrivé jusqu'ici ? T'étais seul ?

La réponse ne vint pas immédiatement, l'ex-paladin monta d'abord dans la chambre, après avoir toisé du regard les hommes qui avaient tentés quelques minutes plus tôt de lui barrer la route. Il fît un signe de tête aux différents êtres de la pièce et alla directement s'asseoir sur une chaise, en plein centre.

- C'est Lumière qui m'a guidé, au moins pour les premières étapes, expliqua-t-il à Bob qui l'avait suivi. J'ignorais où j'allais mais elle m'a permis de retrouver mon chemin au moment où je ne savais pas ce que je faisais. Puis je suis tombé sur Grunlek et un demi-élémentaire (il se tourna vers le plus proche de ceux qui étaient dans la chambre), un de vos amis d'après ce que j'ai compris. Je suis resté quelques heures pour discuter et je suis venu ici ensuite. Mais j'avoue qu'il n'a pas été facile de vous retrouver.

Allister intervint enfin, afin d'accueillir à sa manière leur invité :

- Il ne me semble pas vous avoir autorisé à entrer… Mais comme votre ami n'en fait encore une fois qu'à sa tête, soyez le bienvenu, Théo Silverberg. Si vous avez rencontré le nain, pouvez-vous me dire comment allait Jarvi, le demi-élémentaire du Temps que vous avez également vu.

- Il était vivant. Grunlek ne s'éloignait jamais de lui trop longtemps. Il est entre de bonnes mains, heureusement. Le nain m'a expliqué ce que vous avez fait. Audacieux comme plan, prendre le risque d'affronter le Démon de Bob, ce n'est pas donné à tout le monde.

Enoch lui avait dit de ne parler de sa présence à personne, pas même à son fils, car le plan qu'il avait établi pourrait en être compromis. En fait, il lui avait dit de mentir sur à peu près tout. Le demi-élémentaire de la Lumière s'approcha alors, fixant Théo, et demanda d'une voix suspecte et mielleuse en même temps :

- Etes-vous sûr que vous étiez seul, cher paladin ? Il n'y avait personne pour partager vos secrets et vous accompagner dans ce long périple ?

- Ma foi, je m'en souviendrais si c'était le cas. Doutez-vous de la sincérité d'un de vos frères, soldat de la Lumière ?

- Non, bien sûr que non. Je m'interrogeais juste, veuillez me pardonner. C'est un plaisir de vous voir de retour au sein de notre ordre, mon ami.

Bob était sans doute le seul à avoir remarqué et ressenti la colère cachée de Théo, dans ses yeux notamment. Il était le même physiquement, peut-être un peu plus maigre, encore que ce fût difficile de le remarquer avec son armure, mais il avait singulièrement changé mentalement, cela se voyait.

- Théo, c'est quoi cette voix ? Depuis quand tu réponds calmement aux gens qui t'agressent ?! T'es pas devenu une petite fille quand même, hein ?

Il le testait, histoire de voir si l'ancien mauvais diplomate avait quelques restes.

- Bob, je vais te faire bouffer tous les papiers de la pièce si tu continues.

- Ahhhh, merci mon Diable, mon Théo inquisiteur n'est pas mort !

"Trêve de plaisanterie, que viens-tu faire dans cette galère ? Sais-tu seulement dans quoi nous sommes tous là ?"

- Vous essayez de voler le Codex. Ou alors vous êtes en vacances, mais dans ce cas, je peux me barrer tout de suite, ça ne m'intéresse pas.

- Effectivement, répondit le mage. Tu es là pour nous aider ? (il pivota vers les autres) Vous verrez, c'est un putain de guerrier, quand il veut bien se bouger, et il peut invoquer sa magie ! Ils vont pas aimer ça les Intendants !

"Ahah, qu'est-ce que c'est bon de te revoir, même si je te rappelle que tu dois toujours me détruire en fin de compte. C'est pas grave, on fera ça un autre jour ! S'exclama-t-il"

La discussion continua sur un ton plus léger tandis la nuit se poursuivait. Ils échangèrent ensemble sur ce qu'avaient été les deux semaines terribles de l'après-cataclysme, Bob racontant leur quête afin de le retrouver et Théo parlant de son désarroi. La première discussion "amicale" de l'ex-paladin depuis de longues semaines.


Plus tard, bien avant l'aube, Allister se leva et quitta l'auberge discrètement, en tâchant de faire le moins de bruit possible afin de ne réveiller personne. Tout le monde, même les deux amis retrouvés, dormait profondément, dans des positions plus ou moins confortables selon les cas. Tout le monde, sauf Morgas, le demi-élémentaire de l'Obscurité. Allister ne l'avait certainement pas vu mais il ne faisait que somnoler à moitié, comme de coutume.

Il avait remarqué son manège discret, attentif à ne pas faire le moindre bruit. Trop louche pour que cela soit normal. Il attendit quelques minutes puis il se leva pour se diriger vers le rebord de la fenêtre ouverte. De son bras droit déployé, la main orientée vers l'extérieur, paume face au vent, il lâcha des filaments de magie qui s'envolèrent vers un lieu prédestiné.

- Mon cher Enoch, Je crois que cela va te ravir… marmonna-t-il dans l'ombre.


Grunlek était arrivé en début de matinée, après une longue chevauchée. On lui avait fait traverser la porte assez bizarrement. Un des gardes avait indiqué que le Diable lui avait parlé de lui, ce que le nain avait interprété comme étant l'œuvre d'Enoch, et, devant sa réaction, l'avait fait entrer sans poser de questions. Oui, très bizarre, mais il ne s'en était pas plaint, cela lui faisait un obstacle de moins à surmonter.

Car une autre question vint le heurter une fois dans la ville. Où se rendre ? Directement au manoir, avec le risque qu'il n'arrive avant les autres ? Ou attendre, au risque cette fois de manquer le combat ? Il n'en savait rien et errait dans les ruelles en réfléchissant à la question. Des ruelles bien calmes, c'est la réflexion qu'il se fit quand il remarqua qu'il n'avait croisé personne depuis au moins vingt minutes. En milieu de journée, c'était étonnant. Et il ne croyait pas aux coïncidences.

Il s'arrêta de marcher et tenta de percevoir, dans le silence apparent, des bruits qui pourraient trahir la présence d'individus cachés. Rien, pendant plusieurs secondes. Puis un petit grattement, peu significatif, suivi d'un autre, beaucoup plus fort. Comme une souris frottant ses griffes contre un papier quelconque…ou une boule de feu qui venait d'être invoquée !

Elle manqua de le percuter en pleine tête alors qu'il se retournait déjà pour faire face aux deux assaillants. Des mages, portant des tenues qu'il avait déjà vues auparavant : L'Eglise de la Vengeance. L'un se tenait près d'un mur au sortir d'un petit couloir et l'autre se trouvait au centre de la rue.

- Tiens, tiens, voilà bien une sacrée surprise ! Débuta l'homme encore partiellement caché par le mur. On va enfin pouvoir s'amuser avec du nai…

Il n'eut pas le loisir de terminer sa phrase, un poignard ayant tranché sa gorge. L'autre n'eut conscience du souci que trop tard, lorsque le même poignard lui perfora le cœur. Les deux soldats s'effondrèrent, morts.

- Décidément, j'aime ces poignards ! Bien plus discrets que des sorts !

Enoch s'avança, sous le regard éberlué de Grunlek.

- Bah, pas la peine de me remercier, dit-il de manière théâtrale, jetant ses mains en avant. Vous auriez fait pareil pour moi !

- Merci… Je ne m'attendais pas à vous voir, à vrai dire. Mais j'apprécie le sauvetage.

- Comme je te l'ai déjà dit, je suis l'ami de votre groupe, et je m'efforce de le protéger dans sa globalité.

- Et ce sauvetage ne m'empêchera pas de croire que vous nous utilisez pour atteindre un autre objectif.

Enoch essuya sur un petit carré d'herbe son poignard tâché de sang, puis il le rangea, avant de reprendre le fil de la conversation.

- Mon cher Grunlek, vous faites effectivement tous partie d'un plan à grande échelle. Un plan qui va déterminer l'avenir de votre monde. C'est pourquoi je vais m'expliquer devant vous, car vous méritez et devez comprendre ce que j'ai fait.

- A propos de ? Qu'avez-vous fait ?

Il invita le nain à une marche tranquille, comme s'ils allaient avoir une discussion anodine.

- A propos de Théo. Vous pensez que je lui ai lancé un sort, ou que je lui ai fait quelque chose de nature à modifier son esprit. Mais vous vous trompez, je n'ai fait que le sauver.

"Voyez-vous, maître nain, il existe nombre de forces et d'entités en ce monde qui vous dépassent, aussi puissant que vous soyez. La chose qu'a recueillie le corps de Théo il y a quelques semaines, et qui se faisait nommer La Mort, en fait partie".

"Elle a infecté le cerveau, le cœur et l'âme de votre ami, avant de s'en expulser pour prendre possession d'un autre corps. Mais des résidus de l'âme corrompue de cette entité sont restés dans son corps, condamnant son esprit à vivre avec deux modes de pensées diamétralement opposés : celui de La Mort, qui vous vouait une haine sans limite après ce que vous lui avez fait, et celui de votre ami, qui s'est senti trahi par tous, sauf vous. Commencez-vous à comprendre ?"

Grunlek ne répondit pas vraiment, trop occupé à réfléchir à toutes ces nouvelles données qui, il devait bien le reconnaître, le dépassaient effectivement.

"Bien, je continue. Théo avait donc, d'un côté le point de vue de La Mort, et de l'autre le sien propre. Et aucune magie n'aurait pu extraire cette mauvaise graine, pas même la mienne. Non, il fallait qu'il se libère tout seul, qu'il fasse lui-même le choix de voir en vous des amis et non des ennemis. C'était le seul moyen de détruire de l'intérieur ces derniers résidus. C'est là toute l'idée que j'avais derrière mes actes".

Ralentissant légèrement la marche, le nain chercha ses mots, confus :

- Dans ce cas, vous avez réussi ? Que va-t-il se passer maintenant ? Tout va redevenir comme avant pour lui ?

- Malheureusement, non. Dans l'esprit de Théo, deux camps s'opposent, sous deux schémas différents. Les Eglises contre vous. Et La Mort contre lui-même. S'il choisit de se fier à lui, et donc à vous, il choisira, de fait, de se détourner de son Eglise et des Eglises en général. Si au contraire, il choisit de se fier à La Mort, alors il restera fidèle à la Lumière et aux Eglises. Et vous serez ses ennemis.

- Alors, dans les deux cas, il va finir brisé…

- Sur ce point-là, je vous demanderai de me faire confiance. Je ne peux pas vous révéler ce que j'ai prévu, car je ne suis pas certain que vous l'approuveriez. Et j'ai besoin que vous croyiez en lui, et en moi, totalement.

Au fond, Grunlek n'avait jamais réussi à détester Enoch, il lui avait toujours trouvé quelque chose de sympathique, derrière ses plans servant principalement ses intérêts personnels.

- Je pense pouvoir le faire, maintenant. Même si je n'ai aucun moyen d'être certain de la véracité de vos propos, je sens que vous m'avez dit la vérité.

- Parfait ! S'exclama le Démon en se claquant les mains l'une contre l'autre. Encore une fois, je suis soulagé. (Il vit le regard soupçonneux du nain) Et cette fois, je n'ai rien à ajouter.

Il avait accompagné la dernière phrase d'un petit clin d'œil.

- Enoch, êtes-vous certain que Shin est en vie ?

- Bien entendu. Et il doit être en route maintenant.

- Tant mieux… En attendant, j'ignore toujours ce que je dois faire ici.

Le Démon redevint sérieux instantanément :

- Quelle question ! Vous allez suivre à la lettre le plan que je vais vous indiquer. Votre rôle n'est pas terminé, dit-il en dépliant une carte, parsemée de flèches et croix en tout genre.

C'était la carte du manoir.