Chringel - le 06/07/2016
Note : Chose promise, chose due. Voici la seconde partie de cette histoire. J'ai beaucoup de choses à dire sur mon sujet mais, vous m'en excuserez, je justifierai mes choix à la prochaine publication. Je n'ai pas le temps aujourd'hui de poster d'analyse.
Il y a beaucoup de vues mais j'aimerai bien avoir un retour sur votre lecture également. ;)
BRIQUE PAR BRIQUE
ou COMMENT UN COUPLE BASE SUR LE MENSONGE EST VOUE A L'ECHEC
Partie II : "Le ciment s'effrita"
[Trahison]
Lorsqu'il découvrit le pot aux roses, Tobias n'avait pas encore bu. Il aurait préféré être saoul, peut être alors que la vision de sa femme n'aurait été qu'une hallucination. Il n'aurait pas surpris la vaisselle se laver toute seule, ni les vêtements se plier, ni Eileen en train d'apprendre à lire à son fils sur un énorme grimoire. Il n'aurait pas eu ce sentiment de trahison qui l'étouffait à l'instant précis. Cette sensation que leur mariage entier était un mensonge. Il venait de trouver un nouveau travail, pas très bien payé, peu gratifiant. Mais c'était toujours mieux que de rester au chômage, n'est-ce pas ? Mais s'il n'avait pas trouvé eu le poste, il serait parti boire, serait rentré bien plus tard chez lui. Et il n'aurait jamais découvert le secret d'Eileen.
Il n'avait pas su comment réagir. Alors il avait attrapé le gamin pour l'attirer vers lui, le soustraire de l'influence maléfique de sa femme. Elle avait crié, l'avait supplié de comprendre mais il était resté de marbre. Quand elle s'était approchée, ses mauvaises habitudes avaient pris le dessus et il l'avait envoyé par terre. L'avait frappé, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle ne tente même plus de se relever. Il ne voulait pas d'elle. Il voulait Eileen Prince. Avant qu'elle ne devienne mère. Avant qu'ils ne se marient. La jeune fille revêche et têtue, fière de se promener dans ses étranges robes noires. Au fond, il s'en voulait de ne pas avoir compris dès le début, de ne pas l'avoir fui lorsqu'elle avait dit ne pas connaitre le football lors de leur premier rendez-vous. Il ne voulait pas qu'elle soit comme elle était, elle devait rester normale.
Alors qu'il levait la main une nouvelle fois, son fils s'interposa, titubant sous le coup. Il releva la tête, dévoilant une lèvre fendue et une joue qui commençait à rougir dangereusement. Son regard se perdit dans celui si noir du garçon. Pourquoi son fils ne lui ressemblait pas ? Il avait horreur de son regard, comme s'il pouvait lire ses pensées. Le gosse était le portrait de sa mère. Pâle, mince, les cheveux corbeau et un regard noir trop intense pour son âge. Seul son énorme nez venait de lui. Il n'avait que cinq ans mais il lui faisait peur. Tobias aurait pu rire de lui avoir peur de son propre fils, le voilà qui tombait plus bas que terre. « Dégage de là ! »
Sa voix était assourdie par la colère mais le gamin ne bougea pas, tremblant presque devant son paternel. Tobias poussa un cri et, attrapant le gosse par le bras, le traîna dans le cagibi qui lui servait de chambre. Severus heurta le mur avec un petit cri et, maintenant son bras qui formait un angle étrange, commença à pleurer. La porte se referma violemment avant que ne remontent de l'escalier les affres de la colère de son père.
[Préparation]
« Recommence. » Le chaudron se vida de son contenu devant le regard désespéré de Severus. Grondant intérieurement, il reprit les ingrédients et tâcha de les couper correctement sans ne rater aucune étape du processus de préparation cette fois. Taillant les racines de marguerites en dés –qui avait décidé d'une telle coupe sur des racines aussi fines ?- il relança la préparation de la potion. Le regard acéré de sa mère au-dessus de lui, il poursuivait la préparation d'une main déjà habile. Finalement, la couleur verte tant désirée apparu et il fut autorisé à la mettre en flacon. « La suite maintenant. »
Cela faisait presque deux heures qu'ils étaient enfermés dans la cuisine mais il aurait pu continuer sans problème. La préparation des potions avec sa mère exigeait du calme, de la concentration, de la passion. Tout ce qu'il ne pouvait pas avoir lorsque son père était présent.
La révélation qu'il était un sorcier était apparue peu de temps après que son père ait découvert la nature de sa mère. Au pire moment. Ils étaient à table à ce moment-là, partageant un maigre plat de chou sans saveur quand il avait fait tomber son verre. La colère de l'homme de la maison avait été immédiate. Quand le couteau qui avait volé vers sa tête s'était figé à quelques centimètres de ses yeux, le silence avait brutalement régné dans la cuisine. Severus se souvenait encore du regard fier de sa mère, de l'effroi sur les traits de son père. Puis, l'orage avait éclaté et il avait passé l'essentiel de la soirée à pleurer recroquevillé dans un coin du salon tandis que sa mère, renfermée sur elle-même subissait les foudres de son père.
Sa vie avait changé par la suite. Pour la première fois de son existence, sa mère s'était pleinement intéressée à lui. Il avait tout appris du monde sorcier, les coutumes, les règles et surtout, les rangs. Il était de sang-mêlé, l'un dernier descendant de la lignée des Princes. "Un Prince de sang-mêlé" comme elle aimait lui répéter. Il avait appris la magie, les enchantements, les sortilèges, les potions. Enfin, à son plus grand plaisir, elle l'avait autorisé à accéder à sa bibliothèque. Il avait appris à lire sur ces livres sans les comprendre, désormais il pouvait les apprendre tout son saoul. De la magie noire qui le fascinait. Quelques fois, comme ce jour-là, ils fabriquaient ensemble des potions qu'elle allait vendre afin qu'ils puissent s'acheter de quoi manger. Son père en revanche, l'ignorait totalement, ne s'intéressant à lui que pour le dénigrer ou passer ses colères de plus en plus fréquentes.
"J'y vais, reste tranquille." Il aurait presque eu envie de rire. Ses deux parents étaient sévères, il ne lui serrait même pas venu à l'esprit de leur désobéir. Tandis qu'il la regardait disparaitre, le panier de potions sous le bras, il vérifia l'heure puis se dirigea vers l'étagère de livres. Il lui restait une heure pour se familiariser avec la magie du sang avant que son père ne revienne et le renvoi dans la cave.
[Héritage]
Eileen regarda son fils tourner sur lui-même, essayant d'examiner son uniforme. Un uniforme pour Poudlard.
Lorsque le hibou portant l'invitation était arrivé, Tobias avait tenté de tirer sur la pauvre bête qui n'avait pas même eu le temps de se poser. Il n'avait plus de balles à présent dans sa carabine et elle ne pouvait s'empêcher d'en être soulagée. Il aurait été capable de leur tirer dessus, elle en était certaine. Toujours est-il qu'il n'avait pas adressé un mot à son fils qui en semblait soulagé et presque plus épanoui encore.
"Maman, tu peux me reparler les maisons ?" Severus semblait tellement heureux qu'elle n'eut pas le cœur de le lui refuser, quand bien même elle l'avait déjà fait de nombreuses fois.
"Il y a quatre maisons, une pour chacun des fondateurs de l'école." Il avait arrêté de bouger, concentré sur les paroles de sa mère. "Gryffondor pour ceux qui fanfaronnent, Serdaigle pour les élèves aimant apprendre, Poufsouffle pour les fidèles en amitié et Serpentard pour ceux qui ont dû apprendre à se débrouiller seuls." Ce n'était pas la version édulcorée qui leur serait servie par Dumbledore. Elle aimait Poudlard mais il fallait se rendre à l'évidence, le système des maisons pouvait tout aussi bien être résumé de la sorte.
Elle savait déjà quelle serait sa place. Il irait à Serpentard. Certes il était intelligent, fidèle, courageux. Peut-être plus que ses futurs camarades. Seulement, tout ce qu'elle lui avait appris était tiré de ses livres à elle. Des potions, de la magie noire et du sang. Et pour le Choipeau, posséder ces connaissances était une tare qui ne pouvait être répandue dans aucune autre maison que celle au Serpent.
[Egoïsme]
Les cris résonnaient souvent dans la maison de l'impasse du Tisseur. Des cris noyés dans le vacarme ambiant du quartier. Des chiens maltraités hurlaient après les enfants qui les approchaient de trop près, des hommes saouls chantaient ensemble des chansons paillardes, des femmes dont la beauté était passée depuis longtemps trainaient derrière elles des gamins braillards portant des habits trop grands.
Tout paraissait pourtant ordinaire dans la ruelle sale. La pauvreté et la crasse empestaient. Tobias cependant n'était pas tranquille.
Le gamin qui lui servait de fils était parti en pensionnat dans une école de fous. Eileen avait paru triste la semaine qui avait suivi, ce qui l'avait énervé au plus haut point. Les voisins les regardaient tous de travers à cause de ces deux anormaux et il savait la question que tous se posaient. Comment avaient-ils pu payer une école privée sans aucun revenu ? Le regard et l'opinion des autres était un poids qu'il ne désirait pas supporter.
"Mais tu vas arrêter de pleurer oui!" Le gosse allait revenir bien assez vite pour que l'on verse des larmes pour lui. Égoïstement, il avait vaguement espéré que toutes les attentions d'Eileen seraient sur lui. C'était trop demander alors pour oublier sa déception, il se fixa comme mission de la faire taire. Et si pour cela il devait l'assommer, il le ferait. Bientôt, il laissa retomber son bras engourdi par les coups et enjamba le corps prostré dans la cuisine pour récupérer un pack de bières.
Note : Prochaine publication le 09/07/2016. Partie III : "Et le vent souffla".
