Chringel - le 10/07/2016
Note : Désolé pour ce léger retard, j'ai eu un empêchement.
Sans spoiler la suite, on s'enfonce un peu plus dans la violence avec les parties 3 et 4. Sans connaître officiellement le dénouement de l'histoire entre ces deux personnages, je pense que l'on ce doute tous que celui-ci n'a pas été des plus joyeux. Je n'ai fait qu'imaginer et mettre sur papier ma vision des choses.
Pour moi, Eileen était une sorcière fière que l'amour aurait aveuglé brièvement. On a tous déjà vécu cette situation je pense, où l'on se trouvait avec quelqu'un qui n'en valait pas la peine et, par un trop plein de sentiments diront nous, n'avons que trop tardé à quitter. Elle aura ensuite passé des années sous la coupe de son mari et cessé de ce battre, juste pour pouvoir éviter de subir sa colère à chaque instant. Malheureusement, le petit Severus se trouvera entre son père -colérique et violent- et sa mère -qui ne sait pas comment gérer sa situation familiale et sa fierté et ses sentiments.
Bon ce n'est pas l'explication du siècle sur ma vision des choses. xD Mais ce n'est pas pour rien que je n'ai pas fait d'études littéraires, écrire des lignes et des lignes pour expliquer le cheminement de ma pensée est relativement compliqué je trouve. ;)
BRIQUE PAR BRIQUE
OU COMMENT UN COUPLE BASE SUR LE MENSONGE EST VOUE A L'ECHEC
Partie III : Et le vent souffla
[Rupture]
Eileen n'avait jamais été une adepte du maquillage. Pourtant, lorsqu'il fallut aller chercher Severus à la gare, elle prit le temps de mettre un glamour pour masquer ses bleus. Elle ne devait pas lui montrer combien la vie avec son père s'était dégradée depuis son départ.
Lorsqu'elle descendit, Tobias la regarda d'un air mauvais et elle pria intérieurement pour qu'il soit dans un bon jour. « Eileen ! » Sa voix, rendue pâteuse par l'alcool rompit le silence de la maison. Son pas lourd faisait craquer le plancher du salon et, inconsciemment, elle se mit à trembler. « Tu t'es faite belle aujourd'hui. »
Elle se retint de lui répondre qu'elle pourrait l'être tous les jours s'ils cessaient de lui ajouter de nouveaux bleus à chaque fois qu'il était contrarié. Autrefois, au début de leur mariage elle l'aurait fait. Plus maintenant. Elle avait appris les conséquences de chacun de ses actes. Rester silencieuse et soumise était la seule manière de ne pas passer une trop mauvaise journée. Cependant, lorsqu'il posa sa grosse main sur son cou, un geste qu'elle appréciait au début de leur histoire, elle ne put retenir le frisson de dégout qui la traversa. Et si Tobias était un exemple de médiocrité, il n'était pas stupide pour autant. « Allons, tu as peur de moi ? » Il raffermit sa prise et l'attira vers lui brutalement.
« Il faut aller chercher Severus à la gare. » Mais son mari ne l'écoutait pas, trop occupé à la maintenir sur place. Lorsqu'il approcha son visage du sien, elle trouva néanmoins la force de se dégager et, dans un réflexe malheureux, pointa sa baguette sur lui. Comment en étaient-ils arrivés là ?
Severus rentra très tard ce jour-là. Elle eut de la peine en le voyant entrer à bout de force, trainant derrière lui sa lourde malle, la sueur goutant de son front. Il semblait avoir pris des forces à Poudlard. Le fait de pouvoir manger à sa faim y était sans doute pour beaucoup. Oh bien sûr, il n'était pas un mignon petit garçon avec son air renfrogné, ses cheveux gras et son corps mince replié sur lui-même. Mais c'était son fils. Sans un mot, il se dirigea vers la cave qui lui servait de chambre, échangeant à peine un regard avec sa mère. Un regard accusateur et résigné. Elle sut alors qu'elle l'avait perdu, que plus rien ne serait comme avant.
[Isolement]
« Mais tu vas la fermer ! » L'homme abattit une main énorme sur la joue du garçon qui manqua de s'effondrer par terre. Il attrapa les fins cheveux noirs qui volaient autour du visage encore enfantin, forçant le gamin à le regarder. Et Severus pleurait.
L'année scolaire avait été moins facile que ce à quoi il s'était attendu. Non pas à cause des cours, ceux-ci étaient d'une simplicité extrême à ses yeux, mais à cause des autres élèves. Il avait pensé que l'uniforme gommerait les différences sociales. Il n'en était rien, sa misère devait se lire jusque dans son regard apparemment. Mais ce que les autres lui faisaient subir n'était jamais comparable aux souffrances qu'il avait pu ressentir. A Poudlard, il pouvait manger à sa faim, il n'y avait pas de courants d'airs glacés dans sa chambre, son lit n'était pas défoncé et infesté de punaises. Mais surtout, il pouvait se défendre. Excepté la bande de Potter, les autres élèves avaient vite appris à ne pas se frotter à lui. Son environnement familial était bien trop difficile pour qu'il n'ait pas acquis des réflexes que même les élèves de dernières année ne possédaient encore.
Ainsi, sa première année à Poudlard, bien que beaucoup eussent craqué devant le mépris que tous lui donnaient, s'était bien passé. Il avait même eut le temps d'oublier son père. Ce qui était une mauvaise idée parce que Tobias semblait décidé à lui rappeler qui il était à coup de poing.
Quand personne n'était venu le chercher à la gare, il s'était imaginé que sa mère serait en retard. Il avait attendu. Deux heures. Il avait finalement accepté son absence, son oubli et avait parcouru à pied les 15 kilomètres qui le rapprocheraient de son enfer.
Au fil du chemin, son indulgence avait fini par disparaître et, à son arrivée, il n'avait pas échangé un mot avec ses parents. L'odeur fut la première chose qu'il remarqua. Une odeur infecte de renfermé, de pourriture et de crasse flottait dans son simulacre de chambre. Puis son père était venu, cherchant simplement une bonne raison de le frapper.
Severus ne lui avait pas dit bonjour. La raison était toute trouvée.
[Colère]
Le pub n'était ouvert que depuis deux heures mais ses habitués en avaient déjà pris possession. Installés près de la porte d'entrée, ils commentaient l'apparence des passants, oubliant ainsi leurs propres problèmes.
"Je me la ferai bien celle-là." Le brun, un homme rougeaud, désigna grossièrement une jeune femme en robe qui venait de passer d'un pas pressé. "Elle est aussi bonne devant que derrière !"
Des rires gras leurs échappèrent et ils entreprirent de vider leurs chopes de bière. La matinée était déjà bien avancée quand la porte de l'établissement laissa passer une frêle silhouette en robe noire élimée. La femme semblait hésiter à l'entrée, fuyant le regard de tous, marmonnant pour elle-même.
Lorsque Tobias la vit entrer, il sentit sa bonne humeur s'estomper peu à peu. Eileen savait toujours comment gâcher sa journée. Il prétendit ne pas l'entendre lorsqu'elle lui expliquait qu'elle avait besoin d'argent pour le retour de leur fils.
"Tobias ?" Passant une main dans ses cheveux blonds, il demanda une autre bière. "Tobias ?" Prenant sur lui, il essayait d'occulter sa voix suppliante de son esprit. "Tobias ?"
Il aurait pu continuer ce petit manège encore longtemps si elle ne l'avait pas touché. Aussitôt, la colère prit le dessus et il la repoussa si fort qu'elle manqua de renverser la table adjacente. "Fous-moi la paix ! Démerde-toi avec ton bâtard de fils!"
Il voyait bien qu'elle était blessée mais lui alors? A compter du jour de leur rencontre, sa vie ne lui avait plus appartenue, dictée par cette maudite femme et sa magie. Mais il avait repris les choses en main. Il y a quelques mois de cela, il avait brisé ce foutu bout de bois qu'elle trimbalait partout. Oh oui elle avait pleuré, crié. Elle lui avait promis les pires malédictions et il avait ri. Oui, il avait ri devant sa détresse et sa colère. Enfin, il était redevenu maître de sa destinée.
Les deux comparses rirent en la voyant sortir du bar en boitillant, heureux de leur propre déchéance. "Elle doit apprendre qui commande ici." Sur cette phrase pleine de philosophie, il songea que son été allait encore être gâché par le retour du gamin.
Celui de Joe ramenait des fils de cuivre chez eux. Ils les revendaient ensemble et cet abruti s'était payé une voiture avec l'argent gagné. Il y avait la fille Miller, une belle plante de quinze ans qui sortait toujours propre sur elle. Il y avait des rumeurs sur ces activités mais ça ne le concernait pas, elle gagnait du fric et c'était le principal. Le plus débrouillard était le petit Jordy. Ce gosse d'apparence maladive vendait de la coke aux bourges. En à peine deux ans, la famille avait déménagé de l'impasse du Tisseur. Tobias aurait aimé que son gosse soit aussi efficace. Mais il n'en était rien, et ce n'était pas faute de le frapper pour lui apprendre à vivre. A la place, sa mère l'avait envoyé dans un pensionnat de fous en Ecosse.
Le gosse ne prenait pas de place, ne faisait pas de bruit, ne mangeait presque rien. C'était une mauviette, un de ces enfants chétifs qu'il aurait adoré torturer dans la cours de récréation. Malheureusement, il vivait sous son toit. Et pire encore, l'énorme nez qui pointait au milieu de sa figure ne laissait aucun doute sur son origine paternelle.
Note : Prochaine publication le 12/07/2016. Partie IV : "Balayant les ruines du passés"
