DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.
Rating : M+18
Genre : romance / slash / Yaoi
Assis à la table de la cuisine, je termine la lecture d'un article du très sérieux journal The Times. Selon le quotidien, une étude récente menée auprès de quelques centaines de célibataires anglais, 76% d'entre eux estiment qu'ils rencontreront l'homme ou la femme de leur vie lors d'un dîner organisé chez des amis ou en vacances, les 24% restants étant persuadés de trouver le bonheur en boîte de nuit ou sur internet. Mais toujours selon le journal, l'étude aurait démontré qu'en réalité, 62 % des couples se forment sur le lieu de travail. Viennent seulement ensuite les rencontres chez les amis, dans les lieux culturels ou de villégiature.
Je finis de siroter ma tasse de café en me disant que les anglais sont vraiment les rois pour mener des études très sérieuses sur des sujets qui ne le sont absolument pas ou qui n'intéressent personne. C'est à se demander à quoi sont payés ces chercheurs… C'est vrai au fond, quel est l'intérêt de savoir ça ? Tous ces couples sont-ils fiers d'alimenter les statistiques ? Ou au contraire, sont-ils déçus de comprendre que leur histoire, qu'ils croyaient unique, est en fait désespérément semblable à celle de milliers d'autres ?
Je replie le journal et me lève pour me resservir du café. Dans la salle de bain, le bruit de la douche s'est arrêté depuis quelques minutes déjà. Il ne va plus tarder… Je prends une deuxième tasse dans l'armoire, ainsi que des assiettes et sa confiture préférée. Je mets le grille-pain en marche et sors le jus d'orange du frigo. En amenant le tout sur la table de la cuisine, je souris en repensant à l'article du Times.
Combien avais-je de chances de trouver l'amour de ma vie dans le métro ?
Aucune sans doute. Et pourtant…
Please mind the gap between the train and the platform…
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Empty spaces, what are we living for ?
(Lieux vides, pourquoi vivons-nous ?)
Abandoned places, I guess we know the score
(Lieux abandonnés, je crois que nous connaissons la partition)
On and on, does anybody know what we are looking for ?
(Encore et encore, quelqu'un sait-il ce que nous cherchons ?)
Another hero, another mindless crime
(Un autre héros, un autre crime stupide)
Behind the curtain, in the pantomime
(Derrière le rideau, dans la pantomine)
Hold the line, does anybody want to take it anymore ?
(Tiens bon, est-ce que quelqu'un peut en prendre encore plus ? )
The show must go on
(Le spectacle doit continuer)
The show must go on
Inside my heart is breaking
(A l'intérieur, mon cœur se brise)
My make-up may be flaking
(Mon maquillage s'effrite)
But my smile still stays on.
(Mais mon sourire reste en place)
(Queen – The Show Must Go On)
Six ans plus tôt - 25 avril 2000
- Je suis désolé Harry… ça ne va pas être possible.
- Je ne comprends pas.
Kingsley Shacklebolt se redressa sur son siège, posant ses mains croisées sur son bureau. Il soupira brièvement.
- Ecoute Harry, je ne dis pas que tu as tort. Je… je peux même comprendre tes arguments mais le monde sorcier lui, ne comprendrait pas. Il y a trop de choses douloureuses qui sont associées à ce nom, expliqua-t-il avec une patience exagérée. Il faut du temps pour guérir certaines bl…
- Kingsley, évitez de me parler comme à un enfant de cinq ans qui fait un caprice. Ou bien comme un politicien qui doit ménager son électorat. Je ne pensais pas que deux ans à peine à la tête de ce Ministère vous aurait rendu aussi obséquieux que Fudge.
Les yeux marron de Shacklebolt brillèrent d'indignation face à cette comparaison peu flatteuse.
- J'ai beaucoup d'amitié pour toi Harry et je sais ce que nous te devons tous mais je te prie de ne pas oublier à qui tu parles, dit-il calmement.
- Je suis désolé, dit Harry après un temps. C'est juste que je suis… révolté. C'est injuste.
- Peut-être. Mais as-tu déjà oublié ce que cette famille a…
- Cette famille ? coupa Harry. Quelle famille ? Je ne vous parle pas de Lucius ou de Bellatrix ou même de Draco. Je vous parle de Narcissa !
- Dans l'esprit de nos concitoyens, c'est la même chose.
- EH BIEN PAS DANS LE MIEN !
Harry se leva, faisant les cents pas dans le bureau ministériel.
- Vous savez très bien que ça n'a rien à voir ! Elle ne portait pas la Marque des Ténèbres ! Et elle a trahi Voldemort en lui affirmant que j'étais bien mort ! Si elle n'avait pas menti, c'est lui qui serait assis à votre place en ce moment !
- Elle ne l'a pas fait pour toi mais pour son fils.
- ET ALORS ? ELLE A FAIT EXACTEMENT LA MEME CHOSE QUE MA MERE A FAIT POUR MOI ! PEUT-ON VRAIMENT LUI REPROCHER D'AVOIR VOULU SAUVER DRACO ?
Kingsley soupira lourdement. Cette discussion n'en finirait jamais.
- Je regrette Harry. Pour la dernière fois, il est hors de question que le nom d'un Malefoy soit inscrit sur la stèle du Mémorial aux héros de la Guerre. Que tu le veuilles ou non, la population sorcière les considère tous comme des traîtres.
- D'accord. On n'inscrit pas le nom des traîtres mais bien celui des lâches, grinça Harry.
- De qui parles-tu ?
- De Mondingus Fletcher !
- Il était membre de l'Ordre du Phénix…
- Et il a lâchement transplané, abandonnant Maugrey Fol Œil…
- Alastor connaissait les risques, coupa le Ministre.
Harry était abasourdi par tant de mauvaise foi. Il se mit à rire nerveusement en secouant la tête d'incompréhension.
- Rien de ce que je pourrais dire ne vous fera changer d'avis.
- Rien. Je suis désolé.
- Non, vous ne l'êtes pas.
Harry soupira avec agacement.
- Puis-je au moins prendre des dispositions pour son enterrement ? Ou devra-t-elle être inhumée comme une moins que rien dans la fosse commune pour contenter la population sorcière ?
- Non, tu es libre de t'en occuper. Son corps repose à la morgue de Sainte-Mangouste.
- Bien.
Harry allait quitter le bureau de Kingsley mais avant de passer la porte, il ne put s'empêcher de demander :
- Et… concernant son fils ? Pour son enterrement à lui…
- Il n'y a rien à enterrer, tu le sais.
- Comment peut-on être certain qu'il était dans la maison ?
- Draco Malefoy était assigné à résidence depuis la fin de son procès. Un système de surveillance stricte avait été mis en place. Il ne pouvait pas sortir du Manoir sans que les Aurors en soient informés.
- Oui mais aucun corps n'a été retrouvé.
- Harry… le Manoir a été entièrement ravagé par le Feudeymon. Il ne restait absolument rien, pas même un mur debout. Si la pierre n'a pas résisté, le corps de Malefoy non plus.
Harry serra les poings. Au fond de lui, il n'aimait pas la manière insensible dont Kingsley lui rapportait les faits.
- Les Aurors ont-ils des pistes sur celui qui a lancé le Feudeymon ?
- Aucune pour le moment.
- Hm… Cherchent-ils au moins ?
- Harry… dit le Ministre avec lassitude.
- C'est bien ce que je pensais, répondit Harry les dents serrées. Je suppose que le bon peuple peut maintenant dormir sur ses deux oreilles. Les Malefoy ont été exterminés jusqu'au dernier. Lucius a reçu le baiser du Détraqueur, Draco a brûlé vif dans son Manoir et Narcissa est morte de chagrin d'avoir perdu son fils. Tout est bien, n'est-ce-pas ?
Le Ministre ne répondit pas et Harry savait qu'il n'obtiendrait jamais de réponse. Il partit en claquant la porte.
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Une heure plus tard, il se trouvait à Sainte-Mangouste, suivant un sinistre médicomage au travers des couloirs du sous-sol.
- La voilà, dit l'homme en désignant un corps recouvert d'un drap vert clair. Vous voulez la voir ?
- Oui, s'il vous plaît, dit Harry d'une voix blanche.
L'homme s'approcha de la silhouette qui semblait si petite et si mince, allongée sur la table en inox. Il souleva le drap, dévoilant un visage très pâle, aux traits fins et réguliers. Même dans la mort, elle restait digne et très belle. Harry eut la pensée fugace qu'en réalité Draco lui ressemblait, et non à son père comme tout le monde se plaisait à dire.
Il fit un signe de tête au médicomage qui remit le drap en place.
- J'ai contacté une entreprise de pompes funèbres. Ils viendront la chercher en début d'après-midi.
- Vous êtes arrivé à temps. Si personne ne la réclamait d'ici demain, c'était la fosse commune. C'est tout ce qu'elle méritait, ronchonna l'homme dans sa barbe.
- Je vous demande pardon ? réagit Harry que l'attitude peu respectueuse du médecin commençait à agacer sérieusement.
- Rien. Vous signez les papiers ?
Harry arracha rageusement les documents et la plume que l'homme lui tendait et apposa sa signature au bas du parchemin. Il était désormais responsable de la dépouille de Narcissa Malefoy.
Il sortit de la morgue sans saluer le médicomage et transplana jusque chez lui.
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- Harry ? Tu es déjà rentré ? s'étonna Ginny en relevant la tête de son magazine alors qu'il entrait dans la cuisine. Je croyais que tu avais cours toute la journée ?
- Je n'y suis pas allé. Quelque chose à régler au Ministère.
Ginny et Harry s'étaient installés ensemble au Square Grimmaurd, juste après la guerre. Aidé de Ron et de George, Harry y avait fait pas mal de transformations, de sorte que la maison était désormais beaucoup moins sinistre qu'autrefois. Ils étaient même parvenus à se débarrasser de l'encombrant et irascible portait de Madame Black. Ils avaient, ni plus ni moins, démonté le mur pour en reconstruire un nouveau. La vieille mégère reposait désormais dans une décharge avec pour seule compagnie des ordures et des gnomes.
L'endroit était certes beaucoup trop grand pour deux personnes mais ça leur convenait tout de même, leur évitant de devoir payer un loyer car ils vivaient tous les deux sur le salaire de Ginny qui avait été engagée comme attrapeuse par les Harpies de Holyhead. Harry, lui, ne travaillait pas encore. Malgré qu'il n'ait pas obtenu ses ASPIC, il avait pu intégrer l'Académie des Aurors, ainsi que Ron et Dean Thomas, et il lui restait encore 18 mois de cours avant de passer son diplôme.
Alors que c'était pourtant son rêve lorsqu'il était à Poudlard, il n'était plus aussi enchanté que cela à l'idée de devenir Auror. Il avait cependant intégré l'Académie sans protester car c'était la seule école supérieure qui l'avait accepté immédiatement, grâce à son « statut » de héros de guerre. Depuis un an et demi, Harry faisait donc un effort surhumain pour s'intéresser à cette formation et surtout pour essayer de faire abstraction du fait que tout cela allait être son quotidien pour, au moins, les quarante prochaines années.
- Cela a quelque chose à voir avec cette nouvelle idée que tu t'es mise en tête ? demanda Ginny posément.
- Oui, soupira Harry. Mais c'est peine perdue. Kingsley a refusé.
- Hm. Ce n'est pas vraiment étonnant.
Harry lui jeta un regard exaspéré.
- Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ?!
- Hé ! Ne le prends pas comme ça ! répondit Ginny en levant les mains. Je ne suis pas contre toi Harry. Je te l'ai dit, je comprends ta démarche. Pour autant, le refus de Kingsley ne m'étonne pas.
- Moi, je trouve ça parfaitement injuste ! martela-t-il. Et encore plus de la part de Kingsley !
- Ça l'est, en effet. Quant à Kingsley, nous devons nous rendre à l'évidence. Il est devenu un politicien comme les autres : soucieux de son image et de son électorat. Et ce que tu lui demandes risque d'écorner la première et de fâcher le second…
- Tu n'as pas idée comme ça me déçoit… Je croyais vraiment qu'il serait différent.
- On le croyait tous. Allez, viens-là, dit-elle en attirant Harry contre elle.
Harry se laissa aller à cette étreinte bénéfique en soupirant. Il avait l'impression d'être tellement seul par moment, tellement incompris. Et il détestait cette façon qu'avaient les gens de le regarder, avec un mélange de commisération et de crainte, comme s'il était devenu un pauvre fou qu'il ne fallait surtout pas contrarier.
Etait-ce de la folie que de vouloir rendre justice à une femme qui lui avait sauvé la vie ? De vouloir lui offrir une sépulture décente ?
- Que vas-tu faire ? demanda Ginny en s'écartant de lui.
- Pour le Mémorial, il n'y a rien que je puisse faire. Par contre, je vais m'occuper de ses funérailles. Elles auront lieu cet après-midi.
- Où ça ?
- Au cimetière de Mildenhall, non loin du Manoir, dans le Wiltshire. C'est là que sont enterrés les Malefoy depuis plusieurs générations. Je pense que c'est là qu'elle aurait voulu être.
- Je le pense aussi. C'est bien ce que tu fais, Harry.
- Merci. Merci de me soutenir Ginny, dit-il en la serrant contre lui à nouveau.
- Tu veux que je vienne avec toi ?
- Tu n'as pas un entraînement cet après-midi ?
- Si mais je peux annuler si tu n'as pas envie d'y aller seul…
- C'est gentil à toi mais ça ira. Ne loupe pas ton entraînement à si peu de temps du championnat.
- Ok, c'est toi qui vois.
Elle s'écarta de Harry en lui souriant. Elle allait monter à l'étage se préparer quand il la retint par le bras.
- J'ai de la chance de t'avoir, murmura-t-il avant de l'embrasser tendrement.
- Et comment ! rigola-t-elle en quittant finalement la pièce.
Harry s'adossa au comptoir de la cuisine en soupirant. Il aimait Ginny. Il l'aimait bien plus qu'il ne pouvait le dire. Elle avait tout ce qu'il appréciait chez une femme : elle était belle, intelligente et dégourdie. Son caractère bien trempé était aussi une de ses qualités non négligeables : elle ne pleurnichait pas pour un rien et surtout, elle gardait la tête froide face aux centaines de groupies qui se pâmaient chaque fois qu'Harry posait le pied au Chemin de Traverse, au Ministère ou au stade de Quidditch. Parfois, ce dernier s'étonnait qu'elle ne soit pas plus jalouse mais le jour où il lui avait posé la question, elle avait simplement répondu qu'elle avait confiance en lui. De quoi clore le débat de manière définitive.
Malgré l'insistance de Molly, Harry préférait attendre d'avoir un travail avant d'épouser Ginny. De son côté, la rouquine avait envie de profiter de sa carrière de joueuse de quidditch qui s'avérait assez prometteuse. Elle ne lui mettait donc jamais la pression ni pour qu'ils se marient, ni pour qu'ils aient des enfants.
Une telle constance de caractère avait fini par déteindre sur Harry. Lui qui était d'un naturel plutôt jaloux et vif, il était désormais tempéré dans ses attitudes, calme et patient. Une douce routine s'était installée qui ne semblait toutefois pas déplaire, ni à l'un ni à l'autre.
Chaque jour, Harry se répétait qu'il était heureux… Il faisait des études d'auror. Parce que c'était ce que tout le monde attendait de lui. Il s'était installé avec une fille formidable. La seule fille qu'il ait jamais connue et sans vraiment y réfléchir parce que c'était également ce que tout le monde attendait. Parce que tout cela semblait normal. Et de la normalité, il en avait bien besoin…
Mais.
Au fond de lui, il y avait toujours un « mais ». Il ne savait pas à propos de quoi. C'était là, tout simplement. La plupart du temps, il évitait d'y penser car cela amenait des questions à propos desquelles il n'était pas certain de vouloir une réponse. Des questions à propos de lui, de ce qui donnait un sens à sa vie, des choix qu'il avait fait.
Harry sortit de ses pensées. Ce n'était pas vraiment le moment de faire le point sur sa vie sentimentale. Il avait un enterrement à préparer.
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Le service des pompes funèbres devait arriver à quinze heures au cimetière de Mildenhall. Harry lui, avait transplané en avance car il voulait d'abord se rendre au Manoir.
Arrivé sur place, il put constater que Kingsley n'avait pas exagéré. Du Manoir, il ne restait rien, absolument rien. L'immense bâtisse dont Harry n'avait aperçu que le salon et les cachots lorsqu'il y était prisonnier, était réduite à l'état de cendres sur toute sa surface. La vue donnait d'ailleurs froid dans le dos : au beau milieu d'un parc verdoyant de plusieurs hectares, se dessinait une étendue noir d'encre sur quelques centaines de mètres carrés. Le feu avait été d'une telle intensité que neuf jours plus tard, une forte chaleur se dégageait encore des décombres.
Harry dût se rendre à l'évidence. Si Malefoy était à l'intérieur du Manoir comme il était supposé l'être, jamais il n'avait pu en réchapper. Draco, son ennemi de toujours, était mort. Un étrange sentiment lui serra le cœur et lui amena des larmes au coin des yeux. Il les chassa rapidement, comme pour se convaincre lui-même qu'il ne pleurait pas.
Après un dernier regard consterné à la zone calcinée, il transplana au cimetière sorcier de Mildenhall. C'était un petit cimetière de village, très hétéroclite mais également bien entretenu. Les pierres tombales se succédaient, de forme et de taille diverses, abondamment fleuries pour certaines, plus sobres pour d'autres.
Plus loin, au fond, il remarqua trois personnes qui se tenaient à côté d'un édifice assez imposant sur le fronton duquel était gravée une phrase en latin.
« Semper nobilis, semper superioris ».
Il s'approcha jusqu'à reconnaître Azraël Triptolème l'employé des pompes funèbres auquel il avait eu affaire plus tôt dans la matinée.
- Monsieur Potter, le salua l'homme. Je vous présente mon collègue Abel Cocyte. Et voici Marcus Charon, le gardien du cimetière.
Si le nommé Cocyte était un jeune trentenaire fringant, Marcus Charon paraissait sans âge. Sa peau parcheminée était presque translucide et Harry se demandait comment il parvenait à tenir debout sur ses jambes maigres et noueuses comme du bois d'olivier. Mais cette apparente fragilité était aussitôt démentie par sa poigne ferme et ses yeux bleus, vifs et intelligents.
- Bonjour Monsieur Potter, c'est un honneur de vous rencontrer, dit-il d'une voix posée.
- Moi de même.
Harry leva les yeux le mausolée familial. L'édifice était en pierre de taille. Avec ses colonnes doriques, son fronton sculpté, il ressemblait à un Parthénon miniature. Il était fermé par une double porte en bronze.
- J'ai cru comprendre que Madame Malefoy ne pourrait pas y être inhumée… dit Harry en levant les yeux vers la frise qui courrait sur le pourtour.
- En effet, soupira Charon. Il est scellé par magie. Seul un héritier ou un membre de la famille est en mesure de l'ouvrir… mais comme il n'y a plus aucun descendant encore en vie, je crains que personne ne puisse plus jamais y accéder.
- Nous avons déjà procédé à l'excavation des terres juste à côté, précisa Triptolème.
Harry fit le tour du mausolée et vit qu'effectivement une grande fosse rectangulaire avait été creusée dans le sol. A côté, reposait le cercueil contenant la dépouille de Narcissa Malefoy. Harry l'avait choisi en chêne clair. Simple mais élégant et d'une noble matière.
- Pouvons-nous procéder ? demanda Abel Cocyte.
- Heu oui… allez-y.
Cocyte et Triptolème firent léviter le cercueil à l'intérieur de la fosse qu'ils recouvrirent ensuite de terre. La magie aidant, l'opération prit moins de cinq minutes.
- Voilà. Que souhaitez-vous comme épitaphe, Monsieur Potter ? questionna encore Cocyte.
- Heu… comme épitaphe… Heu… Indiquez… « Narcissa Malefoy, bien-aimée épouse et mère ». Je… crois que ça ira comme ça.
- Comme vous voudrez.
De sa baguette, le croque-mort grava l'inscription dictée par Harry, d'une écriture fine et élégante.
- Que devons-nous faire avec la seconde pierre tombale Monsieur ? intervint Triptolème.
- Ah oui. Placez-là juste à côté. C'est… c'est pour son fils. Il a péri dans l'incendie du Manoir mais son corps n'a pas été retrouvé. Dessus, vous pouvez graver « à la mémoire de Draco Malefoy. 5 juin 1980 – 14 avril 2000 ».
Les deux hommes s'exécutèrent. Quand ils eurent terminé, ils saluèrent brièvement Harry et repartirent vers l'entrée du cimetière. Charon, lui, se tourna vers Harry et le fixa avec bienveillance.
- C'est bien ce que vous venez de faire Monsieur Potter.
- Oh… je… oui… enfin, c'était naturel… je suppose…
- Non. Vous n'y étiez pas obligé. Compte tenu des circonstances, peu de gens auraient agit comme vous.
Comme Harry ne répondait pas, le vieil homme poursuivit.
- C'était des gens bien vous savez… Si seulement Lucius Malefoy n'avait pas adhéré aux idées de Vous-Savez-Qui, soupira-t-il avec défaitisme. Quel gâchis.
- Je ne vous le fais pas dire... Mais Voldemort n'a fait qu'exploiter un terrain déjà fertile, vous ne croyez pas ? dit Harry avec plus de virulence qu'il ne l'aurait voulu. Semper nobilis, semper superioris. Toujours noble, toujours supérieur. Leurs convictions sur la pureté du sang ne datent manifestement pas d'hier !
- Détrompez-vous. Lucius a fait ajouter la deuxième partie de la devise seulement après avoir pris la Marque. La devise initiale de la famille Malefoy est seulement Semper nobilis. Noble, pas dans le sens « aristocrate » comme l'entendent les moldus. Noble dans le sens empreint de dignité, de générosité, de grandeur dans la pensée et dans la conduite… C'est une devise presque… chevaleresque.
Etonné, Harry ne sut que dire, ce qui attira un sourire sur le visage de Charon.
- Et noble, vous l'êtes aussi. Au revoir Monsieur Potter.
Stupéfait, il regarda le vieux gardien s'en aller à pas lents.
Debout devant les deux stèles posées côte à côte, Harry ne savait pas trop quoi faire. Devait-il se recueillir ? Dire quelques mots ? Finalement, il prit sa baguette et d'une main moins habile que celle du croque-mort mais néanmoins assurée, il traça un mot supplémentaire sur la pierre de Narcissa : « Merci ».
- Je n'ai pas eu l'occasion de vous le dire de vive voix. Mais je le pense sincèrement. Merci, murmura Harry.
Il fit apparaître un bouquet de roses thé qu'il déposa sur la terre fraîchement retournée.
Il se tourna ensuite vers la stèle de Draco. Curieusement, les mots s'écoulèrent sans difficulté.
- Tu dois bien te marrer, là où tu es à me voir parler tout seul, hein Malefoy ? Bah… disons que c'est mon cadeau d'adieu. Te permettre de te foutre de ma gueule une dernière fois !
Harry s'interrompit pour chasser les larmes qui s'échappaient à nouveau de ses yeux. Putain d'allergie aux pollens…
- Je… Je nierai avoir jamais dit ça mais… tu vas me manquer. On ne s'était plus vus depuis la fin de la guerre mais je savais que tu étais là… quelque part… susceptible de me pourrir la vie. Tu vas me prendre pour un fou mais… dans ma vie chaotique, ta haine a été une constante, un élément stable Malefoy. Et ça, j'en avais besoin… j'avais besoin de savoir que certaines choses resteraient immuables malgré tout ce qui se passait autour de moi. Et maintenant… tu… Oh Merlin, je n'arrive pas à croire que… enfin que…
Sa voix se brisa et il pleura à gros sanglots pendant de longues minutes.
- Ce ne sera plus pareil sans toi.
Après un temps, Harry s'essuya finalement les joues. Il ressortit sa baguette et fit apparaître un bouquet de camélias blancs. Il n'avait pas en tête cette fleur-là précisément mais manifestement sa magie avait choisi pour lui. Il ne connaissait rien au langage des fleurs et ne s'interrogea donc pas sur ce choix. S'il l'avait fait, il aurait su que le camélia est la fleur de la fierté et de la constance. De ce qui dure toujours.
Il traça ensuite une phrase sur la pierre grise.
« Mon meilleur ennemi. Je ne t'oublierai jamais »
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14 avril 2001
Une année passa.
Une année durant laquelle Harry fit semblant de se consacrer à ses études d'auror, à ses amis et même à Ginny. La réalité était pourtant que depuis un an, il y avait un vide à l'intérieur de lui. Un vide immense que rien ni personne ne parvenait à combler.
Sa relation avec Ginny s'en ressentait fortement. Ils se disputaient de plus en plus souvent, comme si un mur d'incompréhension se dressait entre eux. Profitant de la participation de l'équipe des Harpies à la Wizzard League de Quidditch à Melbourne, ils se séparèrent même quelques temps.
Lorsque la jeune femme rentra en Angleterre, Harry nota avec consternation qu'elle ne lui avait pas vraiment manqué. Leurs retrouvailles furent amicales et tièdes.
Devant tout le monde, ils faisaient tous les deux bonne figure mais certaines personnes n'étaient pas dupes. C'était le cas d'Hermione bien sûr et aussi de Ron. Ils avaient tout tenté : la psychologie pour Hermione et la discussion entre hommes autour d'un whisky pur feu pour Ron. Mais Harry restait hermétique. Il persistait à dire que tout allait bien et s'agaçait même du comportement pressant et intrusif de ses amis. Ceux-ci finirent par le laisser tranquille, à son grand soulagement.
Ce 14 avril était une belle journée, ensoleillée et douce. Dans le cadre du cours avancé de potions, Harry et sa classe étaient partis à Brighton pour assister à une conférence sur la détection des poisons. Mais il détestait toujours autant ce cours et ne pouvait se résoudre à gâcher une aussi belle journée en étant enfermé dans une salle de conférence. Après la pause déjeuner, il décida donc de transplaner à Londres pour profiter du beau temps et aller voler. Il avait tenté en vain de convaincre Ron de l'accompagner mais ce dernier avait refusé et ne s'était pas privé de faire part de sa désapprobation quant au comportement de son ami. Harry avait levé les yeux ciel, exaspéré par le zèle dont Ron faisait preuve depuis qu'ils avaient intégré l'Académie.
Oubliant bien vite le rouquin rabat-joie, Harry arriva chez lui en début d'après-midi. Il allait se rendre au jardin chercher son Eclair de Feu dans la remise quand il entendit des bruits au premier. Baguette en main, il monta silencieusement les marches. Les bruits provenaient de la chambre qu'il partageait avec Ginny.
A pas feutrés, il s'approcha de la porte et poussa le battant, laissant apparaître une femme de dos, nue, ses longs cheveux roux dansant au rythme de ses déhanchements, tandis que deux mains, indiscutablement masculines, caressaient ses fesses et ses reins.
Harry ne put retenir un hoquet de surprise qui fit stopper net les deux amants. Ginny se retourna et soupira en voyant celui qui partageait sa vie, débout sur le pas de la porte, les yeux écarquillés.
- Ernie, rentre chez toi. Nous parlerons après… dit-elle en s'écartant du corps de l'homme allongé sous elle.
Ce faisant, Harry reconnut Ernie McMillan, journaliste sportif à la Gazette du Sorcier. Il ne dit pas un mot et retourna au salon, dans un état second.
Quelques minutes plus tard, Ginny fit son apparition, vêtue d'un peignoir en soie rose tendre. Harry s'apprêtait déjà à entendre les platitudes d'usage dans ce genre de situation : ce n'est pas ce que tu crois… je suis désolée, je n'étais pas moi-même… Harry, je t'aime, n'en doute jamais… Avec Ernie, ce n'était que du sexe.
Il fixa Ginny droit dans les yeux, attendant ses explications.
- Ernie et moi couchons ensemble depuis un bon moment, dit-elle simplement. Presque un an, si tu veux savoir.
Ça, c'était du Ginny tout craché. Elle n'était pas du genre à se cacher ou à se trouver des excuses. Les faits étaient là, assez éloquents, autant les assumer jusqu'au bout.
Harry était comme tétanisé. Il était incapable d'émettre le moindre son.
- Harry, soupira Ginny, es-tu vraiment étonné ?
Alors là, il ne s'attendait pas à ça. Pas à la question à proprement parler mais à sa réponse à lui : évidente, claire, limpide.
- Non, en effet. Je ne suis pas étonné.
- Bien. Alors, je pense que ce n'est pas la peine de faire un incident. Ernie n'y est pour rien. Il était là, au bon moment, c'est tout. Simplement parce que toi tu n'es plus là depuis longtemps… Je ne voulais pas que ça se passe comme ça… mais c'est ainsi. Nous devons arrêter de nous voiler la face Harry. Tu n'es pas heureux avec moi, ou du moins, tu ne l'es plus. Et moi non plus…
Ce n'était pas un reproche, juste un constat et Harry devait admettre qu'elle avait raison. Cela faisait un an que leur couple périclitait.
- Tu comptais me le dire quand ?
- Un jour sûrement, dit-elle en haussant les épaules. Et toi ?
- Quoi moi ? Je ne te trompe pas Ginny !
- Non mais tu ne m'aimes plus… tu n'es plus amoureux… A supposer que tu l'aies été un jour.
- C'est injuste de dire ça !
- Harry… sois honnête. As-tu jamais été heureux avec moi ?
- Bien sûr que oui ! Oh, c'est sûr qu'on ne vivait pas une passion démesurée mais je pensais que c'était normal… qu'on était un couple normal…
- Nous l'étions. Mais ce n'est pas ce que tu veux… ce n'est pas ce dont tu as besoin…
- Je… c'est vrai, admit-il.
- Alors, tout est dit. Choisi ta vie, Harry.
Il fixa Ginny qui le regardait placidement, les bras croisés sur sa poitrine. La réalité le submergea alors avec une telle force qu'il ne put s'empêcher de rire. Il était libéré. Libéré d'être un ami, un fiancé, un futur auror parfait. Libéré de cette vie qu'au fond de lui il ne voulait pas, cette vie qu'il subissait depuis des mois voire des années.
Oui, il était libre.
A grands pas, il se dirigea vers Ginny et la serra une dernière fois dans ses bras. Il pleurait mais c'était des larmes de soulagement.
- Merci, dit-il. Merci d'être ce que tu es.
- Tu compteras toujours beaucoup pour moi Harry. Je t'ai vraiment aimé, tu sais. Sois heureux. C'est tout ce que je te demande.
- Je le serai Ginny. Merlin oui, je le serai ! Et toi ? Tu seras heureuse avec Ernie ?
- Oui… oui, je pense bien que oui.
- Alors tout va bien.
Quelques jours plus tard, déterminé, il se rendit au Terrier où vivaient Ron et Hermione pour leur expliquer, ainsi qu'à Molly et Arthur, la situation et leur faire part de sa décision.
- Quoi ? s'offusqua Ron. Tu vas faire quoi ?
- Tu m'as bien compris Ron. Je vais aller vivre dans le monde moldu.
- Mais… Harry… tu… ta vie est ici ! Tu es un sorcier ! Que vas-tu faire chez les moldus ? Et tes études d'Auror ?
- Je n'ai plus envie de devenir Auror. J'ai vu trop de morts, trop de souffrance… Honnêtement, je ne sais pas ce que je pourrai faire chez les moldus… je trouverai bien. Ne t'inquiète pas pour moi.
- Evidemment qu'on s'inquiète Harry ! s'écria Hermione, en pleurs.
- Harry, dit Arthur posément, nous comprenons que tu sois… déstabilisé par ta rupture avec Ginny mais est-ce une raison pour… fuir ?
- Je ne fuis pas Monsieur Weasley. Je ne renie pas non plus le fait d'être un sorcier et je ne suis pas déstabilisé par ma rupture avec Ginny. J'ai simplement besoin de prendre un peu de recul… pas pour toujours mais pour quelques temps.
- Combien ? demanda Hermione.
- Je ne sais pas. Quelques mois. Peut-être plus.
Hermione secoua la tête comme si tout ceci n'était qu'un cauchemar. Ron, lui, fixait Harry avec une hostilité non dissimulée. Il était en colère contre sa sœur pour l'avoir trompé mais il était aussi en colère contre Harry pour l'avoir délaissée depuis presque un an.
Seule Molly fit un pas vers lui et le serra contre elle.
- Tu vas nous manquer Harry chéri. Prends soin de toi quand tu seras là-bas et surtout n'oublie pas que nous serons toujours là pour toi.
- Vous ne m'en voulez pas ? Pour Ginny ?
- Bien sûr que non. Je suis triste pour Ginny et toi mais vous êtes adultes. Je préfère vous savoir heureux séparés que malheureux ensemble.
- Merci Madame Weasley. Merci de respecter mon choix, murmura-t-il, ému.
Arthur opina à son tour tandis que Ron et Hermione restaient silencieux, la mine basse. Tout était dit.
Le lendemain, Harry alla à Gringott's clôturer son coffre et demander la conversion de ses avoirs en livres sterling. Il signa également un document par lequel il autorisait Ginny à résider à Grimmaurd tout le temps qu'elle souhaitait et à mettre le bien en location en son nom si jamais elle souhaitait déménager.
Ses valises miniaturisées et son argent en poche, il était prêt à rejoindre le Londres moldu. Mais avant cela, il avait besoin de faire un détour par le Wiltshire.
Personne ne le savait mais depuis un an, il se rendait pratiquement une fois par mois au cimetière de Mildenhall. Là, il s'asseyait devant la stèle de Draco et parlait, parlait, parlait pendant des heures. Au fil du temps, la pierre froide et grise était devenue une confidente inattendue, dépositaire de tous ses secrets les plus intimes, de ses peurs, de ses espoirs. De tout ce qu'il ne disait à personne.
- Salut Draco, dit-il en s'asseyant. Tu ne vas pas me croire mais j'ai quitté Ginny. Ouais, je sais… il était temps tu vas me dire. En fait, elle m'a facilité les choses. Je l'ai trouvée au lit avec McMillan. Non, ne vomis pas Draco… de ce que j'ai pu voir, il s'est bien arrangé depuis Poudlard ! Enfin bref, on s'est quitté en bons termes. On a admis tous les deux qu'on n'était plus amoureux l'un de l'autre et voilà.
Harry se tut un instant, arrachant quelques brins d'herbe devant lui.
- Je… je suis venu te dire que je quitte le monde sorcier. Je vais m'installer côté moldu. C'est de la folie, je sais… mais j'en ai besoin. Je dois passer à autre chose. Alors voilà… je ne pense pas que je pourrai venir aussi souvent mais j'essayerai quand même… Et je… je voulais te dire merci. Ça m'a aidé de parler avec toi. En fait quand tu ne lâches pas des sarcasmes à tout bout de champ, t'es plutôt un mec sympa, ajouta-t-il en riant doucement.
Après avoir encore un peu maltraité le gazon, il se releva.
- Bon ben, je vais y aller… au revoir Draco. Et merci encore.
Comme à chacun de ses passages, il fit disparaître le bouquet de camélias blancs fanés pour le remplacer par un neuf. Cette fois, et toujours sans l'avoir prémédité, les camélias étaient rouge sang.
A suivre...
