DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.

Rating : M+18

Genre : romance / slash / Yaoi


Cause you may not believe

(Parce que tu ne crois peut-être pas)

That baby, I'm relieved

(que, bébé je suis soulagé)

When you said goodbye, my whole world shined

(Quand tu m'as dit au revoir, le monde entier s'est éclairé)

Hey hey hey

It's a beautiful day and I can't stop myself from smiling

(C'est une belle journée et je ne peux m'empêcher de sourire)

If I'm drinking, then I'm buying

(Si je bois, alors j'achète)

And I know there's no denying

(Et je sais qu'il n'y a pas de refus)

It's a beautiful day, the sun is up, the music's playing

(C'est une belle journée, le solei lest haut, la musique joue)

And even if it started raining

(et même s'il commence à pleuvoir)

You won't hear this boy complaining

(tu n'entendras pas ce garcon se plaindre)

'Cause I'm glad that you're the one that got away

(car je suis content que ce soit toi qui sois partie)

It's a beautiful day

(C'est une belle journée)

(Michael Buble – It's A Beautiful Day)

16 octobre 2001

Cela faisait maintenant six mois qu'Harry vivait côté moldu. Il avait trouvé un petit studio à louer dans Denman Street, au-dessus d'un restaurant indien, à quelques pas de Piccadilly Circus. Comme tous les logements à Londres, il était minuscule et atrocement cher mais Harry s'y sentait bien. Le quartier était vivant et présentait de nombreuses facilités : épiceries diverses, supermarché, centre médical, cinémas, théâtres et le métro à deux pas.

Il ne s'imaginait pas dire ça un jour mais il devait une fière chandelle aux Dursley. Lorsqu'il vivait chez eux, ils avaient au moins pris la peine de le déclarer au National Health Service, de sorte qu'il disposait depuis toujours d'un numéro de sécurité sociale. Cette formalité administrative lui donnait une existence au regard des lois du Royaume-Uni et avait considérablement facilité son insertion dans le monde moldu, notamment sa recherche d'emploi.

En fait d'emploi, il avait d'abord effectué divers petits boulots, entre autres comme serveur, avant d'être embauché comme vendeur dans une petite librairie située entre Covent Garden et Holborn, joliment appelée « The Corner Bookshop ».

La première fois qu'il la vit, la boutique lui fit penser à celle de Fleury et Bott sur le Chemin de Traverse. Sa double vitrine aux châssis verts à croisillons exposait les best-sellers du moment. A l'intérieur, le parquet en bois clair contrastait avec les rayonnages et les présentoirs en acajou qui supportaient le poids de centaines d'ouvrages.

La boutique avait ouvert en 1904, à l'initiative de Fergus Stoughton, l'arrière-grand père de l'actuel propriétaire, Ethan Stoughton. Ethan était un grand blond aux yeux bleus, âgé de 24 ans qui étudiait la littérature anglaise à l'Université de Londres. Malgré qu'il se destine à une carrière d'enseignant, il refusait de se défaire de la libraire familiale. C'est pourquoi il avait recherché un vendeur afin de s'occuper de la boutique lorsqu'il était en cours.

Le courant entre les deux hommes était passé directement. Ils s'entendaient bien et partageaient beaucoup de centres d'intérêt. Harry aimait l'humour d'Ethan, sa culture, son ardeur au travail et sa vivacité. En fait, il aimait vraiment beaucoup de choses en lui. Peut-être trop.

Depuis un bon mois, c'était d'ailleurs devenu un sujet d'inquiétude pour Harry. Il se sentait vraiment attiré par son nouvel ami. Ce qu'il ressentait pour lui était très différent de ce qu'il avait pu ressentir pour Ron, Neville, Seamus, Dean et tous les autres garçons qu'il avait côtoyés à Poudlard. De coup, il se posait des questions. Etait-ce seulement Ethan ou les hommes en général ? Etait-ce normal de devoir atteindre 21 ans pour se rendre compte qu'il était attiré par les hommes ? N'est-on pas censé découvrir ce genre de chose bien plus tôt à l'adolescence ?

Ceci étant, on ne pouvait pas dire que l'adolescence de Harry avait été propice à la découverte de la sexualité. Il avait pour ainsi dire, autre chose à penser. L'épisode Cho Chang n'avait pas vraiment été concluant et par la suite, il n'y avait plus eu que Ginny.

Etait-il amoureux d'Ethan ? C'était beaucoup trop tôt pour le dire. Mais s'il en jugeait par l'accélération de son rythme cardiaque à chaque fois que le jeune homme arrivait, son envie constante d'être en sa présence et de lui faire plaisir, et le manque qu'il ressentait en son absence, il l'attirait indiscutablement.

Mais l'autre partageait-il ses sentiments ? Depuis quatre mois qu'ils se connaissaient, Harry ne l'avait jamais entendu évoquer une relation quelconque, ancienne ou actuelle. Certes, Ethan avait pas mal d'amis, hommes et femmes, mais aucun ne semblait partager avec lui autre chose qu'une solide amitié.

Harry en était resté là de ses questionnements jusqu'à la vielle au soir. Ethan et lui étaient restés à la boutique après la fermeture pour commencer l'inventaire. Comme d'habitude, ils avaient longuement parlé et ri sur des dizaines de sujets mais la conversation avait fini par s'épuiser. Un silence bienfaisant s'était alors installé entre eux. Il avait suffi d'un regard et d'un frôlement de doigts pour que les deux hommes se retrouvent à échanger un baiser intense et doux à la fois.

Quelques minutes plus tard, Harry regagnait son appartement, dans un état de béatitude avancé. Ce soir-là, il s'endormit, indiscutablement heureux, submergé à nouveau par cette euphorie de liberté qu'il avait ressentie après sa rupture avec Ginny.

Et ce matin, après un sommeil réparateur, il s'était réveillé aux aurores, l'esprit vif et le cœur tambourinant au souvenir de ce qui s'était passé la veille. Il se doucha et s'habilla en un temps record si bien qu'il arriva trois quarts d'heure à l'avance à Piccadilly pour prendre son métro.

Cette journée d'octobre promettait d'être magnifique. Harry remonta le col de sa veste, se félicitant d'avoir pensé à mettre une écharpe car malgré le soleil, l'air était frais. Compte tenu du temps agréable, il hésita à faire le chemin à pied jusqu'à Covent Garden. Il pourrait s'acheter un cappuccino en route et flâner. Mais finalement, il se décida pour le métro. Il arriverait plus tôt à la boutique, ce qui lui permettrait de faire un peu de rangement avant l'ouverture.

Il appréhendait de revoir Ethan. Ce dernier avait cours jusqu'à midi, il ne le verrait donc pas avant 13 ou 14 heures. Ils n'avaient pas vraiment parlé après s'être embrassés, se contenant de se souhaiter une bonne soirée. Et s'il regrettait ? Une angoisse sourde commença à étreindre le cœur de Harry alors qu'il descendait les escaliers qui menaient à la station de métro.

Il finit par se raisonner. Ethan n'était pas du genre à jouer avec les sentiments d'autrui. Au pire, même s'il regrettait, ils pourraient en discuter calmement et faire comme si rien ne s'était passé. Cela mettrait Harry au supplice mais il préférait ça à la perspective de perdre l'amitié d'Ethan et un boulot qu'il aimait vraiment beaucoup.

Rassuré, il passa le portique de contrôle des titres de transport et s'engagea sur l'escalator. Il se tenait bien sur sa droite, comme l'exigeait l'usage, et il regarda défiler les petits panneaux publicitaires qui jalonnaient le mur de gauche, annonçant la programmation des comédies musicales ainsi que la dernière exposition temporaire au British Museum. Alors qu'il se disait qu'il pourrait proposer à Ethan de l'y accompagner, son regard fut imperceptiblement attiré sur l'escalator voisin, celui qui montait.

Et son cœur s'arrêta.

Comme un flash, il aperçut dans la file des usagers, une haute silhouette, des cheveux blonds et des yeux bleus.

C'était impossible. Ce ne pouvait pas être lui ! Et puis, des hommes blonds aux yeux bleus, il y en avait des tas, à commencer par Ethan !

Oui mais pas ce blond si clair, avec de légers reflets dorés. Ni ce bleu avec cette nuance chromée qui donnait à ses yeux une couleur plutôt grise…

Harry se ressaisit. Il se déporta sur la gauche et dévala l'escalator en courant. Arrivé en bas, il prit l'escalier fixe et grimpa les marches quatre à quatre, bénissant sa bonne condition physique. Mais arrivé en haut, la silhouette avait déjà disparu dans le hall de la station, noir de monde. Harry repassa le portique et sortit en surface. Essoufflé, il scruta les alentours de Piccadilly Circus, en vain.

En soupirant, il rebroussa chemin. Il avait rêvé, il n'y avait pas d'autre explication. Sans doute qu'inconsciemment, il avait envie de retourner dans le Wiltshire, s'asseoir sur l'herbe grasse et parler à Malefoy. Après tout, c'était ces visites qui l'avaient fait tenir pendant pratiquement un an… or, cela faisait maintenant plus de six mois qu'il n'y était plus allé.

Alors qu'il se frayait un chemin dans la rame de métro, il se promit de s'y rendre bientôt.

Arrivé à la librairie, il se mit à l'ouvrage rapidement afin de détourner son esprit de cette vision qui ne le quittait plus mais ce fut peine perdue. Ce ne fut qu'à treize heures, quand Ethan passa la porte de la boutique qu'Harry oublia tout ce qui se rapportait à Malefoy.

- Salut Harry !

- Salut Ethan.

- Ça va ? Rien de particulier ?

- Non, rien.

Si ce n'est que tu m'as embrassé hier soir et que je ne sais pas si je dois t'en reparler ou pas.

- Tu es sûr que ça va Harry ? Tu as l'air… absent.

- Non, je t'assure, je…

Mais Harry fut coupé dans son propos par la bouche d'Ethan qui venait de se poser sur la sienne. Il soupira de contentement.

- C'est moi ou tu sembles… soulagé ? demanda Ethan avec perspicacité.

- Je… oui, en fait. On n'a pas vraiment parlé hier soir et je ne savais pas trop comment tu te situais par rapport à tout ça…

- Tu crois vraiment que je t'aurais embrassé comme ça si ça n'avait pas d'importance pour moi ?

- Non… j'imagine que non. Mais je suis content de te l'entendre dire, répliqua Harry en souriant.

- Alors tout est clair maintenant. Tu fais quelque chose ce soir ?

- Hm… non, rien de spécial.

- Ça te dit de venir à l'appartement ? On pourra commander des pizzas.

- Avec plaisir !

Ethan vivait dans un appartement au dessus du magasin. Harry n'y était monté qu'une seule fois depuis qu'il travaillait à la librairie, un jour où Ethan révisait pour ses examens.

Il était très enthousiaste à l'idée de cette soirée mais en même temps anxieux. Qu'attendait-il de lui ? Tout se bousculait dans sa tête et Ethan s'en rendit compte immédiatement.

- Harry, dit-il doucement. On ne fera rien que tu ne veuilles pas. On a tout notre temps, ok ?

- Ok… merci.

Harry se faisait l'idée d'être une adolescente effarouchée avant son premier rendez-vous mais il était néanmoins soulagé de la compréhension dont Ethan faisait preuve. Il venait tout juste d'admettre qu'il était attiré par un garçon, c'était déjà pas mal. Chaque chose en son temps.

Le reste de l'après-midi passa à toute vitesse, sans qu'Harry ne repense à ce qui s'était passé dans le métro. Le soir venu, ils commandèrent des pizzas qu'ils mangèrent de bon appétit, en buvant du vin rouge et en regardant un DVD. Ils eurent un peu de mal à suivre l'intrigue vu qu'ils passaient plus de temps couchés l'un sur l'autre, à se découvrir et à s'apprivoiser progressivement.

Ainsi qu'il l'avait promis, Ethan ne fit rien qui mit Harry mal à l'aise et c'est avec le sourire et le cœur gonflé de bonheur que le brun repartit chez lui sur le coup de onze heures du soir.

Ce n'est qu'arrivé à Piccadilly qu'il repensa à l'étrange vision de ce matin. En remontant Denman Street, il se promit de prendre à nouveau le métro trois quart d'heure plus tôt.

O°O°O°O°O°O°O

17 octobre 2001

Le lendemain, Harry prit soin d'entrer dans la station de métro pratiquement à la même heure que la veille. Avant de prendre l'escalier roulant, il scruta les alentours à la recherche de la silhouette familière mais il ne vit personne.

Convaincu qu'il avait rêvé la rencontre d'hier, il s'engagea dans l'escalator.

Mais arrivé à mi-chemin de la descente, il sursauta en croisant à nouveau les yeux gris d'un homme qui montait en sens inverse. Cette fois le doute n'était plus permis : Harry vit passer dans le regard de l'homme une lueur, brève mais sans équivoque. Ils s'étaient mutuellement reconnus.

- Malefoy ! cria Harry en se retournant. MALEFOY !

Coincé dans la file des navetteurs, Harry savait qu'il ne servait rien de tenter de le rattraper. De toute façon, à son appel, le blond s'était mis à monter les marches à toute vitesse pour disparaître le plus rapidement possible.

Harry soupira en secouant la tête. Il avait l'impression de devenir fou. Voilà qu'il voyait des fantômes et qu'il leur criait après !

Quand il arriva à la librairie, Ethan était encore là. Il se pencha pour embrasser Harry et le prendre dans ses bras mais se recula quelques secondes plus tard.

- Harry, ça va ? On dirait que tu as vu un revenant !

- Tu ne crois pas si bien dire.

- Explique-moi ça…

- Hier et ce matin, j'ai croisé dans le métro quelqu'un qui ressemble comme deux gouttes d'eau à quelqu'un que j'ai connu à l'école… Sauf que le garçon en question est mort en avril 2000, dans l'incendie de sa maison.

- Un sosie ? Il paraît qu'on en a tous un quelque part sur terre…

- Je… je crois que c'est lui… je suis persuadé que c'est lui…

- C'est un grand criminel ?

- Pourquoi dis-tu ça ? demanda Harry plus vivement qu'il ne l'aurait voulu.

Ethan se mit à rire devant l'air choqué de son ami.

- Parce que c'est peut-être comme dans les romans policiers ! Le criminel qui met en scène sa propre mort pour échapper à la justice, dit-il avec une emphase exagérée et en riant toujours.

Harry, lui, ne riait pas. Ce pourrait-il que… Par Merlin, il devait en avoir le cœur net !

- … demain ?

- Quoi ? dit Harry qui n'avait rien écouté.

- Je te demandais si tu voulais qu'on aille visiter l'expo du British Museum demain. Tu sais, celle dont tu m'as parlé…

Le jeudi était le jour de fermeture hebdomadaire de la librairie et pour une fois Ethan n'avait pas cours.

- Oh… je suis désolé, Ethan… je… j'avais prévu d'aller rendre visite à… à ma famille ! mentit-il. J'ai déjà mon billet de train.

- Ce n'est pas grave. Ça m'obligera à réviser ! répondit-il en souriant.

Harry s'en voulut non seulement de ne pas profiter de ce temps libre avec son petit-ami mais surtout de déjà lui servir un mensonge alors qu'ils sortaient ensemble depuis deux jours à peine.

Je n'ai pas le choix, se dit-il pour se donner bonne conscience.

Conscience qui lui fit aussitôt remarquer que le choix, il l'avait. Depuis quand le fantôme de Draco Malefoy était plus important que l'homme qu'il aimait ?

Depuis toujours, pensa-t-il sans pouvoir s'en empêcher.

O°O°O°O°O°O°O

18 octobre 2001

Cette fois, Harry décida de changer de tactique. Il n'allait plus entrer dans le métro mais attendre en surface.

Pour ce faire, il se posta sur le trottoir en face de la statue d'Eros, là où il avait une vue sur au moins deux des quatre sorties du métro.

Une légende veut que si on reste suffisamment longtemps à Piccadilly Circus, on finit toujours par rencontrer quelqu'un qu'on connaît. Et manifestement la légende ne mentait pas…

Après un quart d'heure d'attente, Harry vit Malefoy émerger de la sortie n°3 et prendre à gauche sur Piccadilly. Il le suivit discrètement et à bonne distance, sa formation d'auror en matière de filature se révélant finalement assez utile. Tout en marchant, Harry s'interrogeait sur leur destination. Ils passèrent devant Waterstones, puis Saint James Church jusqu'à ce que Malefoy disparaisse subitement de sa vue. Un instant paniqué à l'idée de l'avoir perdu, Harry comprit que le blond était entré chez Fortnum and Mason.

Il eut un petit reniflement méprisant. Evidemment, Monsieur Malefoy ne faisait pas ses courses dans les supermarchés comme tout le monde. Il s'approvisionnait dans une épicerie fine, qui plus est la plus chère de tout Londres ! Harry se rendit compte des limites de son raisonnement quand il se rappela que cela faisait trois jours de suite que Malefoy prenait le métro pour sortir à Piccadilly… Venait-il ici tous les jours ? Si oui, pourquoi ? Tout cela n'avait pas de sens…

Cessant ses interrogations stériles, il se décida à entrer. Le magasin venait d'ouvrir et les clients n'étaient pas encore très nombreux. Il prit un panier à l'entrée et fit mine de parcourir les rayons alors que son regard scrutait les alentours à la recherche d'une tête blonde… qu'il ne voyait nulle part. Par Merlin, où était-il allé ?

Soupirant de frustration, Harry se dit qu'il ne perdrait rien à aller voir à l'étage. Alors qu'il remontait l'allée en direction de l'ascenseur, une porte de service s'ouvrit juste à côté.

Malefoy était là, non plus vêtu du jeans et du manteau qu'il portait dans le métro, mais d'un pantalon gris foncé à fines rayures blanches, d'un gilet noir sur chemise blanche, d'une jaquette queue de pie noire et d'une cravate vert menthe. Sur le revers gauche de sa veste, était épinglée une petite étiquette portant le nom « Draco ».

Harry comprit brusquement que Malefoy ne venait pas ici pour faire son shopping mais pour y travailler. Frénétiquement, il regarda à gauche et à droite, à la recherche d'une échappatoire. Non pas parce qu'il voulait fuir Malefoy mais parce qu'il savait que le blond ne tolérerait certainement pas être vu de lui, dans cette situation.

Ce fut malheureusement peine perdue. Lorsqu'il leva les yeux de ses chaussures noires parfaitement cirées, Malefoy tomba immédiatement sur Harry qui se tenait dans l'allée, les yeux écarquillés et l'air gêné, son panier à la main.

Si son visage ne laissa rien paraître, Harry vit le corps de Malefoy se tendre d'un coup et ses yeux se durcir considérablement. Il allait faire un pas en arrière quand Harry l'arrêta.

- Malefoy ! Attends !

Draco stoppa son mouvement. Les lèvres serrées, il regardait Harry avec hostilité.

- Tu es content Potter ? Tu as eu ce que tu voulais ? finit-il par dire. Eh bien quoi ? Tu ne dis rien ? Tu es là pour te foutre de moi, non ? Alors, vas-y ! Qu'est-ce que tu attends ?!

Le ton acerbe fit sortir Harry de ses gonds. Il posa son panier par terre et en trois enjambées, il se trouva face à Draco.

- Tu étais mort bordel ! Tu étais mort !

- Oui et c'était très bien comme ça ! Mais évidemment, il a encore fallu que tu viennes te mêler de mes affaires ! Quand vas-tu enfin apprendre à me foutre la paix Potter ?

- Comment as-tu pu faire ça ? souffla Harry… quand je pense à ce que j'ai… TU ES UNE ORDURE MALEFOY ! cria-t-il en le poussant sans ménagement.

- JE T'AI RIEN DEMANDE ! ET MAINTENANT DEGAGE D'ICI ! répliqua Draco en le poussant à son tour.

Harry partit en arrière et atterrit rudement sur le sol, l'épaisse moquette rouge vif amortissant à peine le choc.

- MALEFOY ! cria un homme qui surgit à côté de Draco. Que se passe-t-il ici ?

- Ce n'est rien Monsieur, commença Harry.

Mais l'homme ne l'écoutait pas. Il était tourné vers Draco qu'il fixait d'un regard mauvais.

- Jusqu'à présent, j'ai fermé les yeux sur votre comportement hautain et désobligeant avec les clients, Malefoy, mais je ne peux tolérer que vous les agressiez physiquement.

- Ce n'est pas…. tenta Harry.

- Vous êtes renvoyé. Immédiatement !

- Attendez ! réagit Harry qui s'était relevé. C'est de ma faute ! C'est moi qui l'ai provoqué ! Je…

- Si vous souhaitez déposer plainte, je peux appeler un policier, dit l'homme.

- NON ! NON ! Je ne veux pas déposer plainte ! Je vous dis que…

- Alors, laissez-moi gérer mon personnel comme bon me semble, Monsieur.

L'homme tourna les talons. Malefoy aussi. Harry soupira, désemparé. Il s'en voulait énormément.

Il sortit du magasin en se disant que Draco devrait bien finir par en sortir aussi. Il décida donc de l'attendre sur le trottoir.

Après dix minutes à faire les cent pas entre la porte principale et le coin de la rue, il vit le blond sortir par une porte latérale, serrant les pans de son manteau contre lui. Il s'arrêta en voyant Harry en face de lui.

- Potter, souffla-t-il avec lassitude. Vais-je un jour être débarrassé de toi ?

- Malefoy, je… je suis désolé…

- Je ne veux pas de tes excuses. Maintenant, au risque de me répéter : dégage ! dit-il en tentant de le contourner.

Harry le retint par le bras.

- Attends ! Par ma faute, tu as perdu ton travail… dis-moi ce que je peux faire ! Je peux aller parler à la direction, essayer d'arranger les choses !

- Il n'y a rien que tu puisses faire Potter. On n'est pas dans le monde magique ici. Tout ne tourne pas autour de toi et ta sainte parole !

D'un geste brusque, il se dégagea de l'emprise de Harry et poursuivit son chemin en direction de Green Park. Une inexplicable tristesse envahit le cœur de Harry quand il se rendit compte que s'il le laissait partir maintenant, il ne le reverrait sans doute plus jamais.

- Tu étais mort, murmura-t-il mais suffisamment fort pour que Draco l'entende.

Celui-ci s'arrêta et se retourna lentement.

- Oui. C'était mieux ainsi.

- Mais pourquoi ? répliqua Harry qui avait comblé la distance entre eux.

- Quelle importance ? dit Draco en haussant les épaules.

- Quelle importance ? Merde, Malefoy ! Je t'ai enterré ! Je t'ai fait faire une putain de pierre tombale parce que je croyais que tu étais mort ! J'ai… parlé à ta tombe ! Je…

- Tu as pleuré aussi. Je sais… j'étais là.

Harry était mortifié.

- Tu… tu étais là, souffla-t-il. Alors, tu as entendu…

- Allons discuter de cela ailleurs, dit Draco, se rendant compte qu'ils gênaient le passage à rester ainsi sur le trottoir.

- Oui… oui, bonne idée, réagit Harry en reprenant contenance mais malgré tout étonné par la proposition de Malefoy. On pourrait aller boire un café ?

- Si tu veux. Mais je te préviens, je ne suis pas habillé pour aller au Méridien, au Claridge ou dans n'importe quel autre endroit huppé que tu fréquentes certainement.

Le brun rigola.

- Mes finances ne me permettent sûrement pas d'aller au Claridge, fût-ce pour prendre un café ! En fait, je comptais simplement te proposer de prendre un gobelet à emporter à l'entrée de Green Park et aller nous asseoir sur un banc.

- Ça me va.

Ils marchèrent en silence jusqu'au parc quelques dizaines de mètres plus loin. Au marchand ambulant, Harry commanda deux grands cappuccinos. De son côté, Draco avait pris sur le présentoir une réserve de dosettes de sucre suffisamment importante pour provoquer un coma diabétique.

- Comment sais-tu que j'aime le cappuccino ? demanda Draco en prenant le gobelet des mains de Harry.

- Six années d'observation intensive, répondit-il placidement. Et toi ? Comment sais-tu que je mets plein de sucre dans mon café ?

- Observation également. Et puis, qu'on partage un goût commun pour quelque chose était suffisamment étonnant pour que je le retienne.

Ils allèrent s'installer sur un banc non loin. Aucun des deux ne semblait disposé à briser le silence jusqu'à ce que Harry se décide.

- Donc, tu n'es pas mort.

- Finement observé Potter. Qu'est-ce qui t'a mis sur la voie ?

- Hm… les morts ne boivent pas de café ?

Draco ne put s'empêcher de sourire, ce qui détendit considérablement l'atmosphère.

- Alors ? Tu veux bien m'expliquer comment tu as fait pour survivre à un Feudeymon ?

- Toujours aussi curieux, n'est-ce pas ?

- Toujours. Certaines choses ne changent pas.

Un petit rire musical s'éleva dans l'air.

- Tu avais raison, dit Draco. Ça fait du bien…

- Quoi donc ?

- Savoir que certaines choses ne changent pas.

Harry rougit de cette référence explicite à ce qu'il avait dit le jour de « l'enterrement » de Draco.

- Je ne te savais pas si sentimental Potter…

- Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas, répondit-il sèchement, exaspéré par le fait que Draco veuille manifestement l'humilier. Et si tu veux tout savoir, je l'ai fait pour ta mère. Parce que je lui dois la vie.

- Je sais. Et je te remercie pour ça.

Il se tut instant avant d'ajouter, très bas.

- Moi non plus, je ne t'aurais jamais oublié. Mais je ne suis pas sûr que j'aurais été capable de faire ce que tu as fait.

- Que veux-tu ? Je suis Saint Potter, non ?

- Alors là, il n'y a pas de doute !

Ils rirent tous les deux de bon cœur avant qu'Harry ne demande, à moitié sérieux :

- Bon alors Malefoy ? Tu me la racontes ton histoire ? Ou je dois te supplier à genoux ?

- Oh, ce serait tentant Potter !

- Dans tes rêves ! Si tu ne veux rien me dire, libre à toi !

Malefoy but lentement une gorgée de son café.

- C'est une longue histoire.

- J'ai toute la journée.

A suivre...