DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.
Rating : M+18
Genre : romance / slash / Yaoi
Cette histoire est dédiée à Brigitte26, en remerciement pour sa fidélité et sa gentillesse.
Merci à tous pour vos commentaires positifs !
Bonne lecture !
Hello darkness, my old friend
(Salut Ténèbres, ma vieille amie)
I've come to talk with you again
(Je suis venu parler avec toi à nouveau)
Because a vision softly creeping
(Parce qu'une vision rampant doucement)
Left it seeds while I was sleeping
(A laissé ses semences pendant que je dormais)
And the vision that was planted
(Et la vision qui était plantée)
In my brain still remains
(dans mon esprit, demeure encore)
Within the sound of silence
(Dans le son du silence)
(Simon & Garfunkel – The Sound of Silence)
31 mars 2000
Des larmes tièdes roulaient sur les joues de Draco Malefoy. Des larmes comme il n'en avait plus versées depuis longtemps et qu'il ne pouvait plus retenir.
- Mère… C'est… c'est impossible. Il y a bien quelque chose que nous puissions faire !
- Il n'y a rien à faire Draco. Les médicomages de Sainte-Mangouste sont formels. C'est un poison inconnu, certainement produit par la Magie Noire. Il n'y a aucun remède.
- Si seulement parrain avait encore été avec nous, il l'aurait trouvé lui !
- Peut-être… Mais Severus n'est plus là alors ça ne sert à rien de ressasser tout cela.
- Combien ?
- Quelques semaines tout au plus.
Un gémissement s'échappa de la gorge de Draco et il se précipita dans les bras de sa mère.
- C'est impossible… je ne veux pas… je ne veux pas… vous ne pouvez pas me laisser ! sanglotait-il.
- Cela devait bien arriver un jour.
- Mais pas si vite ! Pas maintenant ! J'ai encore tellement besoin de vous !
- Draco, ressaisis-toi. Tu es un homme maintenant, tu vas t'en sortir. Nous allons trouver un moyen de te libérer.
Malefoy s'écarta de sa mère et haussa les épaules.
- J'en ai rien à foutre ! Je peux bien crever, j'en ai rien à foutre.
Une claque retentissante s'abattit sur sa joue.
- Draco Lucius Malefoy, je t'interdis de parler comme ça ! siffla Narcissa en brandissant un doigt accusateur devant son fils. Je n'ai pas menti au Seigneur des Ténèbres pour que tu finisses par mourir de la main libidineuse de Crabbe !
- Voyez à quoi votre mensonge vous a amenée, dit Draco, désabusé. Crabbe, Nott et Goyle nous considèrent comme des traîtres ! Ils sont parvenus, Salazar sait comment, à vous empoisonner et ils menacent de me tuer également !
- Ça n'arrivera pas ! martela Narcissa. Pour moi il est trop tard mais pas pour toi. Je veux que tu vives Draco !
- Draco, nous pouvons t'aider.
C'était Blaise Zabini. Il posa la main sur l'épaule de son ami pour lui apporter un peu de réconfort malgré tout.
La famille Zabini était restée en marge des conflits durant la guerre. Le père de Blaise, un diplomate influent, avait rendu des services dans les deux camps si bien que beaucoup de monde lui était redevable. Il disposait dès lors d'un réseau de relations et d'informateurs très dense mais surtout très fiable.
C'est grâce à lui que Blaise apprit que plusieurs mangemorts en fuite avaient pour projet d'attenter à la vie de Narcissa et Draco Malefoy. Ils les considéraient tous les deux comme des traîtres parce que l'un comme l'autre avaient contribué à sauver la vie de Potter en mentant, la première à Voldemort, le second à son père et sa tante.
Celui qui menait la vendetta était Crabbe Senior qui avait le gros défaut d'être très bavard. Défaut qu'il couplait avec un déplorable manque de discernement quant aux personnes auxquelles il faisait confiance. C'est la raison pour laquelle il fallut peu de temps pour que Victor Zabini soit informé de son projet criminel. Il comptait les empoisonner et, pour faire bonne mesure, les faire périr de la même manière que son fils, par le Feudeymon.
Pour Narcissa, il était malheureusement trop tard. Personne ne savait comment mais la mère de Draco avait ingéré le poison quelques jours auparavant. Comme elle ne se sentait pas bien, elle était allée faire des analyses à Sainte-Mangouste où on lui avait confirmé le diagnostic et l'issue fatale de celui-ci.
Concernant Draco, comme toute la population sorcière, Crabbe était au courant que grâce au témoignage de Potter, il avait échappé à Azkaban. En lieu et place, il était assigné à résidence pendant un an et sa baguette était confisquée. Les Aurors avaient bloqué les cheminées et placé autour du Manoir des sorts de détection de mouvements ainsi que des sorts anti-transplanage et une barrière invisible afin de s'assurer que Malefoy ne quitte pas les lieux. Si un incendie se déclenchait dans le Manoir, qui plus est un Feudeymon, il serait piégé comme un rat.
Apprenant tout cela, Blaise était directement venu en avertir Draco et sa mère. Leur première réaction avait été de prévenir les aurors et de demander une protection mais ceux-ci n'ayant pas pris leur plainte au sérieux, ils devaient maintenant trouver d'autres solutions.
- Peut-être pourrions-nous retourner au Ministère ? suggéra Blaise. Maintenant que nous avons la certitude que Narcissa a été empoisonnée, ils seront bien obligés de nous croire !
- Ils n'en feront rien, contra Narcissa. Pour eux, il ne s'agit que d'un règlement de comptes entre anciens mangemorts. Ils n'attendent qu'une chose : que nous nous entre-tuions les uns les autres.
- Sauf si quelqu'un appuie notre démarche, insista le métis.
- Ton père ? demanda Draco en séchant ses larmes. Je croyais qu'il ne voulait pas griller son réseau en se mêlant de tout ça…
- Pas mon père. Potter.
Le nom du Survivant jeta un froid dans le salon.
- Pourquoi Potter lèverait-il le petit doigt pour nous ? grinça Draco.
- Et pourquoi pas ? Il a bien témoigné à ton procès et celui de ta mère !
- Justement ! Il a fait sa bonne action, il a payé sa dette. De toute façon, si le Ministère est au courant, il l'est aussi. S'il avait voulu nous aider, il l'aurait déjà fait.
- Hm… je ne suis pas sûr qu'il sache quoique ce soit, contra Blaise. D'après mon père, le Ministère essaye de tenir Potter à l'écart de pas mal de choses…
- C'est non, coupa Draco. Je ne veux pas de l'intervention du balafré !
- Draco ! s'offusqua sa mère.
- Quoi ? Après les pieds de Voldemort, on doit maintenant baiser ceux de Potter ? C'est ça ? Je refuse ! Je ne veux rien lui devoir ! Vous entendez ? RIEN !
Blaise et Narcissa soupirèrent devant la colère et l'obstination de Draco mais n'insistèrent pas.
- Alors passons au plan B, dit Blaise.
- Du moment qu'il n'implique pas Potter, je t'écoute…
- Non, il n'implique pas Potter. En fait, c'est bien pire à mon avis.
Draco haussa un sourcil mais invita son ami à poursuivre.
- On simule ta mort et tu t'enfuis dans le monde moldu.
- Comment ?
- On laisse Crabbe lancer le Feudeymon, expliqua Blaise. Toi, tu restes dans le Manoir le plus longtemps possible, jusqu'à ce que tous les sorts de détection placés par les aurors soient détruits. A ce moment-là, tu transplanes.
- Comment ? Je n'ai plus de baguette.
- Je t'en aurai trouvé une d'ici là.
- Et toi Mère ?
- Je vais aller à la maison de Brighton comme nous le faisons chaque année à cette période. Vu qu'elle est au nom des Black et pas des Malefoy, elle n'a pas été saisie par le Ministère. Tu viendras m'y rejoindre et t'y cacher le temps qu'on organise ton passage dans le monde moldu.
- C'est risqué, dit Blaise mais c'est faisable. Bien que je persiste à dire que l'option Potter est la meilleure…
- C'est d'accord, dit Draco. Pour le plan B, ajouta-t-il en voyant les yeux de Blaise s'écarquiller d'espoir. Mais à une condition.
- Laquelle ?
- Je reste avec ma mère à Brighton jusqu'à ce que…
Il ne put terminer sa phrase. Une boule douloureuse s'était formée dans sa gorge.
- Draco… ce n'est pas une bonne idée, dit Narcissa. Tout le temps que tu resteras dans le monde sorcier, tu seras en danger.
- Mais je n'ai rien fait ! Comment pourrait-on me punir d'avoir essayé d'échapper à un assassinat !
- Ne sois pas naïf Draco ! Crabbe te pourchassera tant qu'il te croira vivant. Et tu sais comme moi que le Ministère et les Aurors n'ont jamais admis ni mon acquittement ni le fait que tu échappes à Azkaban. Ils trouveront le moyen de te mettre tout ça sur le dos ! Peut-être même arriveront-ils à t'accuser de m'avoir empoisonnée !
Draco fixait sa mère, horrifié. Le cauchemar ne finirait donc jamais ?
- Ta mère a raison Draco, dit doucement Blaise.
Draco acquiesça mollement, conscient qu'il n'avait aucun argument à opposer.
- Autre chose, continua Narcissa. Sitôt que tu auras quitté le monde magique, nous ne pourrons plus avoir aucun contact les uns avec les autres. Les Aurors enquêteront et Blaise et moi serons certainement placés sous surveillance.
- Mais… qui va s'occuper de… quand vous serez…, balbutia-t-il tandis que les larmes menaçaient à nouveau de couler.
Narcissa s'approcha de son fils et lui caressa lentement le bras.
- Il n'y aura pas de funérailles pour moi, Draco.
- Mais Blaise pourrait…
- Non. Il faut absolument protéger le réseau de Victor Zabini. Avant ces dernières semaines, je n'avais jamais eu aucun contact avec Blaise. Cela semblerait suspect que soudainement il se préoccupe de tout cela.
- Mais…
C'en était trop pour Draco. Il allait devoir disparaître dans un monde inconnu, il n'aurait plus de contact avec personne, sa mère allait mourir d'une semaine à l'autre et en plus, elle ne pourrait même pas être enterrée décemment.
Il s'effondra, à genoux sur l'épais tapis du salon, le corps secoué d'irrépressibles sanglots.
- Blaise, dit-elle. Va à l'étage, dans la réserve de potions. Couloir de droite, troisième porte. Prends une potion de calme. Ce sont les fioles lilas.
- J'y vais tout de suite.
Narcissa s'agenouilla aux côtés de Draco et l'attira à elle. Ce n'était pas dans les habitudes des Malefoy mais elle laissa son fils exprimer librement son chagrin. Il en avait besoin. Tendrement, elle caressa ses cheveux comme elle le faisait quand il était petit et qu'il avait fait un cauchemar. Elle s'émerveilla de constater qu'ils avaient conservé la douceur de l'enfance. Il y avait si longtemps qu'elle n'avait pas fait ce geste… Subitement, elle regretta de n'avoir pas plus souvent pris son fils dans ses bras. Son petit garçon, sa raison de vivre, sa fierté. Elle resserra son étreinte et lui murmura à l'oreille :
- Je serai toujours là Draco. Je veillerai sur toi, comme je l'ai toujours fait. Je t'aime tellement mon fils.
- Je… je t'aime Maman.
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14 avril 2000
Quelques jours plus tard, Narcissa rejoignait leur maison de Brighton. Blaise ne vint plus au Manoir et Draco resta seul, emprisonné avec sa peur et sa peine.
Le 12 avril, il reçut un message anonyme par hibou.
« Il a été vu dans l'Allée des Embrumes ».
Draco sut parfaitement de qui il s'agissait. Si Crabbe était sorti de sa tanière, c'est que l'issue était proche.
Il se prépara du mieux qu'il put, s'entraînant à lancer le sort de protection avec la baguette que Blaise lui avait fournie, restant aux aguets durant la nuit. Car il était évident que le Mangemort n'agirait pas de jour…
Et de fait. A deux heures du matin précisément, la nuit du 14 avril, toutes les vitres du Manoir explosèrent. Draco savait comment fonctionnait le Feudeymon : la créature de feu allait progresser, inexorablement, en cercles du bas vers le haut. Il se réfugia donc dans les combles, pour gagner le plus de temps possible. Au fur et à mesure que le feu se propageait, il entendait les protections se briser les unes derrière les autres.
Alors que la gueule enflammée se trouvait à peine à trois mètres de lui, il sentit la dernière barrière de protection encore active, celle qui ceinturait le dernier étage, céder. Il transplana sans plus attendre, le souffle brûlant et mortel effleurant sa jambe droite.
Il atterrit brutalement sur une surface dure, inégale et froide, en haletant, l'air frais s'engouffrant douloureusement dans ses poumons surchauffés par le feu. Le cri des mouettes et l'odeur des embruns lui confirmèrent qu'il avait bel et bien transplané à Brighton. Tant bien que mal, il reprit ses esprits et se releva, ses mains glissant sur les galets froids et humides. Il marcha en direction de la maison qui bordait la plage. Il était à peine arrivé que la porte s'ouvrit et Narcissa l'attira à elle dans une forte étreinte.
- Tu es vivant ! Par Salazar, tu es vivant !
- Oui Mère… et je vais bien.
- Content de te voir mon vieux, dit Blaise en lui faisant une accolade.
- Merci, répondit Draco en lui rendant sa baguette. Elle n'a pas été facile à apprivoiser mais elle a fini par obéir !
Ils se rendirent au salon où Draco expliqua le déroulement des événements, sous le regard horrifié de sa mère et de son ami. Narcissa soigna la brûlure à sa jambe, lui administra ensuite une potion de nettoyage, pour débarrasser son organisme des émanations du feu démoniaque et l'accompagna à sa chambre. Epuisé par deux nuits blanches consécutives, il s'endormit aussitôt.
Le lendemain, Blaise revint alors qu'il déjeunait en compagnie de sa mère. Ils échangèrent tous les trois un regard entendu : il était temps pour Draco de quitter le monde sorcier.
- Là-dedans se trouvent tous les documents dont tu auras besoin dans le monde moldu, dit Blaise en lui tendant une pochette. Il y a un passeport britannique et une carte d'inscription à la sécurité sociale. Je n'ai pas fait modifier ton nom car il y a peu de chances que les Aurors ou les Mangemorts te cherchent dans le monde moldu. Tu trouveras également une réservation dans un hôtel près de Piccadilly Circus pour quinze jours. Ça devrait suffire pour qu'entre-temps, tu trouves un logement à louer.
- Ok… merci.
- Voici aussi un téléphone portable à carte prépayée. C'est indispensable à ce qu'il paraît pour survivre chez les moldus. Voilà le numéro. Je l'ai noté, histoire de pouvoir te prévenir… hm… le moment venu.
Draco ne releva pas. Il savait très bien de quoi Blaise voulait parler.
- J'ai retiré l'argent qu'il restait dans nos coffres, je l'ai fait convertir en livres sterling et déposer sur un compte dans une banque de Londres ouverte au nom d'une fausse association d'aide aux orphelins, dit Narcissa en lui tendant une carte bancaire. Personne ne pourra remonter jusqu'à toi. I peu près 20.000 £. C'est… c'est ridicule, ajouta-t-elle avec amertume mais… c'est tout ce qu'il est resté après que le Ministère ait saisi nos biens.
- Ce sera largement suffisant. Ne vous inquiétez pas Mère.
Draco se dirigea ensuite dans le hall d'entrée et sortit d'un placard la valise que Narcissa l'avait obligé à préparer plusieurs jours auparavant.
- Bien, nous y voilà, dit-il, la gorge serrée.
- Je suis sûre que tu vas t'en sortir, tu es un Malefoy après tout ! dit Narcissa. Et un jour tu reviendras, c'est certain. N'oublie jamais qui tu es mon fils. Tu es un sorcier. Ta place est ici.
- Oui Mère.
- En attendant, promets-moi de faire attention à toi. Et d'être heureux Draco.
- Je vous le promets.
- Et rappelle-toi, ajouta-t-elle tout bas en le serrant dans ses bras, je serai toujours là. D'accord ?
Draco hocha la tête, incapable de parler. Il embrassa sa mère pour la dernière fois et prit le bras de Blaise. Une seconde plus tard, ils transplanaient.
O°O°O°O°O°O°O
25 avril 2000
Cela faisait cinq jours que Draco n'était plus que l'ombre de lui-même, cinq jours que Blaise l'avait contacté sur son portable pour lui annoncer que sa mère était morte. Paisiblement, sans souffrance, avait-il précisé. Mais n'est-ce pas toujours ce que l'on dit pour soulager la peine des proches ? Comment pouvait-il le savoir d'ailleurs ? Elle était morte seule, dans la maison de Brighton.
Il ne lui restait plus que quelques jours à passer dans cet hôtel et il n'avait pas encore trouvé de logement. Il avait bien cherché quelque peu les premiers jours mais il avait été découragé par les prix proposés. Les loyers étaient exorbitants.
Puis, il y avait eu ce coup de téléphone. Le premier qu'il recevait dans sa vie. Il se souvenait d'avoir sursauté en entendant la sonnerie, se demandant d'où provenait le bruit. En sentant l'objet vibrer dans sa poche, il l'avait retiré et contemplé la petite fenêtre lumineuse. Se rappelant les instructions de Blaise, il avait appuyé sur le bouton vert et porté l'appareil à son oreille, pour entendre la pire des nouvelles.
Depuis, il n'avait pas quitté la chambre. Il demeurait prostré, ne mangeant plus, dormant à peine, se demandant constamment ce que ces charognes du Ministère pourraient bien faire du corps de sa chère maman.
Il fut tiré de ses pensées macabres par le même bruit strident, accompagné d'une vibration. Il reluqua le portable avec hostilité, se demandant quelle mauvaise nouvelle l'attendait encore de l'autre côté. Il décrocha néanmoins.
- A… allô ?
- Draco, c'est Blaise. Sois dans une heure dans la ruelle où nous avons transplané en arrivant.
- Pourquoi ? Que se passe-t-il ?
- Ta mère va être inhumée. Au cimetière de Mildenhall.
- Quoi ? Mais qui…
- Potter.
Malgré le choc causé par cette annonce, Draco ne posa pas davantage de questions.
- J'y serai, se contenta-t-il de répondre avant de raccrocher et de filer se doucher.
A l'heure dite, il trouva Blaise qui l'attendait au coin d'une petite rue sombre et peu fréquentée, à quelques centaines de mètres de Piccadilly.
- Par Salazar, Draco… tu es…
Blaise s'interrompit, ne sachant comment qualifier l'état de délabrement physique dans lequel il trouva son ami.
- Blaise, raconte-moi, coupa Malefoy.
- Après avoir appris son décès, Potter a fait des pieds et des mains au Ministère pour que ta mère non seulement soit inhumée dignement mais également que son nom soit inscrit au Mémorial des héros de la guerre.
- Quoi ?
- Il n'a pas eu gain de cause pour le Mémorial mais il a été autorisé à s'occuper des funérailles. Elles vont avoir lieu dans quelques minutes, à Mildenhall. J'ai… j'ai pensé que tu voudrais être là… Evidemment, nous devrons nous cacher puisque Potter, comme tous les autres, est persuadé que tu es mort…
- Le plan a fonctionné alors.
- Oui. Comme on l'avait pressenti, les Aurors ont enquêté sur ta « disparition ». Ta mère, Pansy, Théo et moi avons été placés sous surveillance. Mais après quelques jours, ils ont conclu à ton décès dans l'incendie du Manoir. Concernant ta mère, il n'y aura aucune enquête, donc aucune autopsie. Pour tout le monde, elle est morte de chagrin.
- Et pour Crabbe ?
- Il est toujours recherché, tout comme Goyle et Nott Senior, dans le cadre de leurs activités de mangemorts, mais personne n'enquête vraiment sur les circonstances de l'incendie.
Draco émit un petit rire désabusé.
- J'imagine combien la demande de Potter a dû leur rester en travers de la gorge.
- Ça on peut le dire ! confirma Blaise. Bon, tu te sens prêt ?
- Non mais je veux y aller. Emmène-moi Blaise.
Une minute plus tard, ils se trouvaient à l'abri derrière le large tronc d'un arbre centenaire, couvert par un sort de désillusion qui les faisaient se fondre dans le décor.
Potter était déjà là avec Marcus, le gardien du cimetière ainsi que deux autres personnes que Draco ne connaissait pas. Il plaqua sa main sur sa bouche pour ne pas gémir quand il vit, à quelques pas de lui, posé au sol, le cercueil dans lequel sa mère reposait désormais. Il était beau, sans fioritures inutiles. Distingué et élégant, comme elle. En lui-même Draco remercia Potter. Il n'aurait pas pu mieux choisir.
Le cercueil fut mis en terre et la pierre tombale dressée. C'était un large morceau de granit noir, brillamment poli.
- Voilà. Que souhaitez-vous comme épitaphe, Monsieur Potter ? questionna l'un des fossoyeurs.
- Heu… comme épitaphe… Heu… Indiquez… « Narcissa Malefoy, bien-aimée épouse et mère ». Je… crois que ça ira comme ça.
- Comme vous voudrez.
Alors que Draco observait l'homme graver l'inscription avec minutie, il entendit le second poser une question qui le laissa perplexe.
- Que devons-nous faire avec la seconde pierre tombale Monsieur ?
- Ah oui. Placez-là juste à côté. C'est… c'est pour son fils. Il a péri dans l'incendie du Manoir mais son corps n'a pas été retrouvé. Dessus, vous pouvez graver « à la mémoire de Draco Malefoy. 5 juin 1980 – 14 avril 2000 ».
Draco était sans voix. A côté de lui, Blaise semblait tout aussi surpris. Potter avait pensé à lui ? Tandis que les deux employés des pompes funèbres s'occupaient de dresser la stèle taillée dans un granit gris clair, il vit le vieux gardien s'approcher.
- C'est bien ce que vous venez de faire Monsieur Potter.
- Oh… je… oui… enfin, c'était naturel… je suppose…
- Non. Vous n'y étiez pas obligé. Compte tenu des circonstances, peu de gens auraient agi comme vous.
C'est certain, pensa Draco.
- C'était des gens bien vous savez, poursuivit Marcus… Si seulement Lucius Malefoy n'avait pas adhéré aux idées de Vous-Savez-Qui... Quel gâchis.
- Je ne vous le fais pas dire... Mais Voldemort n'a fait qu'exploiter un terrain déjà fertile, vous ne croyez pas ? Semper nobilis, semper superioris. Toujours noble, toujours supérieur. Leurs convictions sur la pureté du sang ne datent manifestement pas d'hier !
La voix de Potter s'était soudainement chargée de colère.
- Détrompez-vous. Lucius a fait ajouter la deuxième partie de la devise seulement après avoir pris la Marque. La devise initiale de la famille Malefoy est seulement Semper nobilis. Noble, pas dans le sens « aristocrate » comme l'entendent les moldus. Noble dans le sens empreint de dignité, de générosité, de grandeur dans la pensée et dans la conduite… C'est une devise presque… chevaleresque. Et noble, vous l'êtes aussi. Au revoir Monsieur Potter.
Te voilà bien mouché pour le coup, Potter, se dit Draco avec satisfaction en voyant l'étonnement sur le visage de Harry.
Mais le plus étonné des deux restait tout de même Draco, surtout lorsqu'il vit Harry sortir sa baguette et ajouter sur la stèle de sa mère le mot « Merci ».
- Je n'ai pas eu l'occasion de vous le dire de vive voix. Mais je le pense sincèrement. Merci, murmura-t-il en faisant apparaître un splendide bouquet de roses thé.
C'était les roses préférées de sa mère. Comment Potter pouvait-il être au courant de ça ? Il ne put y réfléchir plus longtemps car l'autre s'était remis à parler.
- Tu dois bien te marrer, là où tu es à me voir parler tout seul, hein Malefoy ? Bah… disons que c'est mon cadeau d'adieu. Te permettre de te foutre de ma gueule une dernière fois !
Draco était tétanisé. Il avait senti Blaise se crisper également. Potter avait-il deviné sa présence ? Manifestement non. Il semblait s'adresser à la pierre tombale uniquement.
- Je… Je nierai avoir jamais dit ça mais… tu vas me manquer. On ne s'était plus vus depuis la fin de la guerre mais je savais que tu étais là… quelque part… susceptible de me pourrir la vie. Tu vas me prendre pour un fou mais… dans ma vie chaotique, tu as été une constante, un élément stable Malefoy. Et ça, j'en avais besoin… j'avais besoin de savoir que certaines choses resteraient immuables malgré tout ce qui se passait autour de moi. Et maintenant… tu… Oh Merlin, je n'arrive pas à croire que… enfin que…
Draco avait arrêté de respirer. Potter était là, debout devant sa tombe, et il pleurait.
- Ce ne sera plus pareil sans toi.
Dans un état second, Draco le regarda invoquer un bouquet de camélias blancs et tracer une inscription sur le granit qu'il ne pouvait pas lire de là où il était. Puis, il le suivit des yeux tandis qu'il remontait l'allée, la mine basse et les joues encore rougies par les larmes.
Quand il fut hors de vue, Draco sortit du couvert des arbres.
- Draco ! souffla Blaise. Reste ici ! Ce n'est pas…
Mais le blond ne l'écouta pas. Il s'approcha de la pierre tombale – sa pierre tombale – et son cœur se serra.
« Mon meilleur ennemi. Je ne t'oublierai jamais »
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18 octobre 2001
- Je n'arrive pas y croire, murmura Harry… Ils savaient… ils savaient et ils n'ont rien fait.
- Je ne vois en quoi ça t'étonne Potter. Pour eux, je n'étais rien d'autre qu'un mangemort. Personne n'avait envie de savoir que j'ai été obligé de prendre la Marque. Tout comme j'ai été obligé de faire… ce que j'ai fait.
- Moi, j'en avais envie…
- Pourquoi ?
Harry haussa les épaules, le regard un peu perdu.
- Je ne sais pas… c'est juste que… tu ne pouvais pas être aussi mauvais que ça. Cynique, méprisant, méchant parfois mais pas mauvais… Bon sang, Malefoy, tu étais un gosse… pas un assassin !
Draco ne dit rien, se contentant de se pencher en avant et d'appuyer ses coudes sur ses genoux, les yeux fixés sur quelque chose de fascinant sur le sol.
- Pourquoi n'as-tu rien dit ? L'Ordre du Phénix aurait pu t'aider… tu aurais pu… je ne sais pas… être espion, comme Rogue.
- Alors ça, ça ne risquait pas, asséna Draco en laissant échapper un rire amer. Mon parrain était un homme courageux. Tout ce que je ne suis pas. Moi, je passe mon temps à fuir, souffla-t-il.
Cette réflexion distilla immédiatement l'angoisse dans le cœur de Harry.
- C'est ce que tu vas faire ? demanda-t-il tout bas. Maintenant que je sais que tu es vivant, tu vas fuir ?
Devant le silence de Draco, Harry insista.
- Draco, je n'en parlerai à personne ! J'ai quitté le monde magique depuis plus d'un an. Je n'ai plus de contact avec personne là-bas !
Malefoy le fixa. Il ne savait pas ce qui l'étonnait le plus : l'utilisation de son prénom ou la nouvelle de son départ du monde magique. Cette dernière emporta sa curiosité.
- Quoi ? Mais que sont devenus Weasmoche et Granger ? Et la belette fille ? Tu devais être marié avec elle à l'heure qu'il est !
- Et bien je ne le suis pas.
- Que s'est-il passé ? ne put s'empêcher de demander Draco.
Tu le sais très bien, faillit répondre Harry. Puis se rappelant que toutes ses confidences, il les avait faites à une tombe, il raconta l'essentiel. Sans jamais être interrompu. A la fin de son récit, il s'attendait à une remarqua acerbe, une moquerie, n'importe quoi qui lui aurait fait mal. Mais à la place, une seule question :
- Tu es heureux ?
- Quoi ? demanda Harry, les yeux ronds.
- Est-ce que tu es heureux ?
- Heu… oui. Je pense que oui, répondit-il, encore déstabilisé par la question de Malefoy.
- Alors, c'est tout ce qui compte.
Harry regarda Draco comme s'il le voyait pour la première fois. Il était évident que les épreuves l'avaient changé. Il semblait plus posé, plus humble aussi. Il n'était plus le petit con snob et arrogant qu'il était à Poudlard.
- Tu n'as pas répondu à ma question, reprit Harry. Vas-tu fuir encore ?
- Non, dit Draco après un temps. Je ne fuirai plus. Peu importe ce qu'il adviendra.
Il avait dit cela avec beaucoup de lassitude dans la voix, complètement désabusé. Et pour la première fois depuis le début de cette conversation – indiscutablement la plus longue de leur histoire commune – Harry se demanda comment Draco Malefoy, orgueilleux sang-pur, avait fait pour survivre dans le monde moldu.
- Tu es plus courageux que tu ne veux bien le dire, affirma tranquillement Harry.
- Ah oui ? Et pourquoi penses-tu cela ?
- Hé bien ma foi… tu sembles avoir survécu dans la jungle hostile du monde moldu, toi qui n'a sans doute jamais dû lever le petit doigt pour rien. Tu as un travail – ou du moins tu en avais un jusqu'il y a quelques heures – et surtout, par Merlin, tu prends le métro ! dit Harry, un air faussement horrifié sur le visage.
- Sache Potter que mon petit doigt et moi, on t'emmerde, répondit Draco, une nuance de malice dans la voix.
Harry rigola avant de reprendre.
- Sérieusement Malefoy, comment as-tu fait ? Déjà pour moi, ça n'a pas été facile et pourtant j'ai vécu onze ans dans ce monde. Mais toi ?
- Une rencontre, dit simplement Draco. Qui a tout changé.
- Qui donc ?
- Rose.
A suivre...
