Chapitre 2

Décidant que ce qu'il venait de voir avait davantage à voir avec la Guinness que la tombe, Jack se cala dans les oreillers et poussa un soupir. Super. C'était déjà assez pénible d'être inquiet pour la mission de Sam avec SG-1. Maintenant, il imaginait que Jacob Carter le hantait parce qu'il couchait avec sa fille. Quel psy ne s'en donnerait pas à cœur joie ?

Sam remua à nouveau. Cela ne lui ressemblait pas. Il était resté éveillé à côté d'elle assez de nuits pour savoir que quand elle dormait, c'était d'un sommeil profond et calme, pas ce remue-ménage incessant qu'elle faisait cette nuit. Jack lutta contre l'envie pressant de passer un bras autour d'elle et de l'attirer contre lui. Cela pourrait la réveiller et elle avait vraiment besoin de repos. Il ne s'y risquerait pas, peu importait combien il aurait aimé sentir la chaleur de son corps blotti contre le sien à cet instant.

« Tu sais, Jack. Le moins que tu puisses faire est de dire bonjour. »

La tête de Jack se releva brusquement de l'oreiller. Se tenant dans une autre faible flaque de lumière, pas comme celle de Jacob, il y avait une autre silhouette, plus jeune, plus grande, le pli ironique de sa bouche le rendant immédiatement reconnaissable.

« Kawalsky ? »

« Salut, Jack. Comment ça va ? »

Jack s'apprêta à se frotter les yeux, mais laissa ses mains retomber. Que diable. Cela n'avait pas marché avec Jacob. Pourquoi diable cela marcherait-il avec Kawalsky ?

« Eh bien... tu sais... le genou fait un peu des siennes... puis il y a toute cette histoire de promotion... »

« Oui... je suis au courant. Félicitations, Général. »

« Bah, » répondit Jack avec un haussement d'épaules. « Je peux la prendre ou la laisser. La plupart des journées, je pense que je préférai la laisser. »

« Eh bien, pour être honnête, Jack... jamais je n'aurais pensé te voir en bureaucrate. »

« Va comprendre, hein ? »

« Oui... va comprendre. Cela n'aurait rien à voir avec une certaine Lieutenant Colonel blonde, n'est-ce pas ? »

Jack soupira.

« C'est le cas ? »

« Hum-hum. »

« Alors, que dirais-tu de venir avec moi pendant un petit moment ? »

« Tu veux dire que ce truc va me faire sortir du lit ? »

« J'en ai bien peur, Jack. Mais nous serons de retour avant que tu ne t'en rendes compte. Juré. »

« Je n'ai pas à... tenir ta main ou quelque chose comme ça, n'est-ce pas ? »

Kawalsky ricana.

« Nah... pas quand nous avons la technologie de téléportation. »

« Tu veux dire... » Mais Jack n'eut jamais l'occasion de finir sa phrase. La chaude lumière et la légère sensation électrisante du faisceau Asgard l'enveloppa et tout d'un coup il sut qu'il était assis par terre... un sol très dur et très froid... levant les yeux sur le visage souriant de Kawalsky.

« Sympa, non ? J'aurais bien aimé qu'on ait eu ça quand j'étais encore là. » Il tendit une main que Jack étudia un instant avant de saisir. Quand il le fit finalement, il remarqua qu'il n'y avait là rien de non-corporel, jusqu'aux cicatrices du tatouage que Kawalsky avait fait enlever quand il avait pris conscience que « Sandra » n'était pas, après tout, la fille de ses rêves. C'était il y a trop d'années pour que même Jack s'en souvienne. Quand Kawalsky le hissa sur ses pieds, Jack regarda autour de lui. L'endroit lui parut familier. Il ne savait pas pourquoi.

« Froid, » remarqua-t-il finalement, alors qu'il prenait conscience de se tenir dans une caverne de glace. Une lumière diffuse et bleutée provenait d'un plafond distant qu'il était difficile de voir au premier abord. Après un instant, cependant, ses yeux s'accommodèrent. Oh, oui. Il y avait définitivement quelque chose familier sur cet endroit.

Une explosion de statique venant d'un paquet de loques sous un affleurement rocheux le surprit. Sa main chercha automatiquement une arme qu'il ne portait pas. Kawalsky, d'un autre côté, ne parut pas troublé par le bruit.

« Tu reconnais l'endroit ? » demanda son ancien second.

« Est-ce que je devrais ? » contra Jack. Il y avait quelque chose de familier, mais il avait été sur trop de planètes et il n'y avait pas tellement de choses pour les distinguer les unes des autres, après un certain temps.

« Oh, oui... bien que je ne puisse pas dire que je sois surpris que cela n'éveille rien en toi. Je veux dire... tu étais pas mal délirant la majeure partie du temps. » Kawalsky fit un signe de tête vers le tas de vêtements d'où l'explosion de statique était venue et pour la première fois Jack y jeta plus qu'un coup d'œil en passant. On y décernait indéniablement une forme, et il l'étudia, un faible mouvement en dessous : de bas en haut, à peine perceptible. Quelqu'un était en dessous, quelqu'un avec une respiration lente et faible.

Il y eut une autre explosion de statique. Une radio. Jack entendit une faible voix en sortir... une voix qu'il connaissait si bien.

« Mon Colonel.. » Une pause. Davantage de statique. « C'est une planète de glace. C'est tout ce qu'il y a, à perte de vue... aucune chance. » Statique.

Quelques instants plus tard, la même voix résonna à travers la salle.

« Mon Colonel ! »

D'un endroit distant et quelque part au-dessus, il y eut le bruit de quelque chose qui glissait. Un grognement lorsqu'il y eut un choc violent contre un obstacle. Une précipitation de neige avec un petit cri de douleur dans la neige poudreuse qui tomba à ses pieds. Jack sauta en arrière, hors du chemin de Sam, mais elle ne lui prêta aucune attention en rampant vers la silhouette sous le tas de loques.

« Mon Colonel ! » C'était entre un murmure... et une supplication craintive.

« Sam... » Jack se mit à avancer vers elle, mais Kawalsky posa une main sur son bras.

« Elle ne te voit pas, Jack. Ce n'est pas comme si nous étions réellement là. Ceci est le passé... un des lieux que tu dois visiter cette nuit... que tu le veuilles ou non. »

Un nœud se forma dans le ventre de Jack et une terreur effroyable le balaya. Maintenant, il comprenait. Il comprenait et n'aimait pas cela.

« Pas une de mes destinations préférées, je te ferai savoir ! » marmonna-t-il. « Et pourquoi, exactement, sommes-nous là ? »

« Parce que tu dois voir certaines choses, » fut tout ce que Kawalsky dit.

« Et c'est... ? »

Kawalsky fit un signe de tête vers Sam qui était arrivée là où Jack savait que son propre corps à moitié gelé était allongé sur ce monde de glace oublié des dieux.

« Mon Colonel... »

Dieu qu'il détestait entendre ce désespoir dans sa voix. Il fut soudain heureux d'avoir été, à ce moment-là, inconscient la plupart du temps. Même là, cela lui déchirait le cœur. Il l'observa glisser son bras sous la couverture, essayant de lui offrir le peu de chaleur qu'elle pouvait. Elle blottit son visage contre son cou, laissant son souffle le réchauffer.

« Sarah... » La voix était faible, mais le nom reconnaissable. Jack sentit le creux de son ventre se crisper. Avait-il vraiment dit ça ? Appelé son ex-femme ? Bien sûr, il délirait... hallucinait... il était complètement à côté de la plaque... mais pourquoi avait-il l'impression qu'il venait de se regarder trahir la femme qu'il aimait ?

Sam, à son mérite, ne se démonta pas. Au contraire, elle se pressa davantage, le serrant étroitement.

« Je suis là, Jack, » murmura-t-elle en réponse, et Jack aurait juré pouvoir sentir son souffle sur son cou alors même qu'elle le disait à son corps inerte. Une étrange douleur agrippa sa poitrine il n'avait jamais su qu'elle avait dit cela. Ne s'était jamais souvenu de la première fois que son prénom était sorti de sa bouche. Cela avait été perdu dans le brouillard de son esprit. Et pour une raison inconnue, de voir cela de cette façon faisait un mal de chien.

« J'ai froid... si froid, » murmura le Jack O'Neill mourant. Si c'était possible, Sam se pelotonna encore plus près.

« Je sais... ça va aller. Vous pouvez dormir maintenant. » Il la regarda enfouir son visage dans son cou, puis se figer, comme si elle ne pouvait pas simplement faire fi de ces fichus règlements, même s'ils étaient tous les deux sur le point de mourir. « Ce fut un honneur d'avoir servi avec vous, mon Colonel, » ajouta-t-elle, le regardant... celui qui était à un cheveu de mourir... une fois de plus. Et, bien que se tenant à trois mètres d'elle, sous une lumière faiblarde, dans la plus sombre des cavernes qui soit, Jack pouvait voir aussi nettement que s'il regardait à travers un objectif en un après-midi ensoleillé. Sam Carter était amoureuse de Jack O'Neill.

« Déjà à ce moment-là, » remarqua Kawalsky tout haut, faisait sursauter Jack. Il jeta un regard noir à son guide.

« Quoi ? » demanda Jack d'un ton impatient.

« Elle t'aimait. Elle aurait fait n'importe quoi pour te sauver. Elle était prête à mourir pour toi... avec toi... peu importait. Aussi longtemps que vous étiez tous les deux. »

Regardant Sam comme elle fermait les yeux et serrait son corps gelé, Jack fut frappé par sa jeunesse... à quel point elle était encore épargnée par tout ce qui viendrait après. Mais aussi belle était la femme qui était allongée sur la glace à côté de son alter ego mourant, il se rendit compte que la femme qu'il tenait dans ses bras plus tôt cette nuit – dans son temps – dans son lit – possédait une beauté de loin plus attirante que son double plus jeune. C'était de cette Sam qu'il se découvrit désirer.

« Je devine que j'ai manqué ça, » dit-il tout haut, répondant à Kawalski. « Avec moi inconscient et tout. »

« Oui. Tu as raté beaucoup de choses, Jack. Des choses que tu dois connaître. »

Il y eut un autre flash de lumière et cette sensation de picotement le traversa à nouveau. Le Jack mourant et Sam disparurent derrière un voile, puis s'évanouir d'un coup. A leur place, Jack vit un groupe de soldats, les armes pointées sur lui et Kawalsky, les installations familières de la salle d'embarquement en arrière plan. Jack leva les bras pour se rendre, mais il entendit Kawalsky ricaner à ses côtés.

« Ils ne te voient pas, Jack... tu te rappelles ? »

Derrière lui, le son métallique de l'iris qui s'ouvrait le fit se retourner. Sam, Teal'c et Daniel passaient la Porte à reculons, leurs armes dirigées vers le monde qu'ils venaient de quitter.

« Fermez l'iris ! » cria Sam d'un ton tendu. L'énorme disque de métal se referma. Soudain Hammond fut là, juste derrière Jack. Il se redressa par la force de l'habitude et s'écarta du chemin du Général.

« Au rapport, Major ! »

Il y avait une tension dans la voix de Sam que Jack n'avait pas entendue très souvent. Il avait appris à la reconnaître, cependant, car elle signifiait généralement qu'il y avait quelque chose qui méritait qu'on y prêtât attention.

« Nous avons été attaqués par un groupe de Jaffa. Le Lieutenant Tyler a été touché en couvrant nos arrières, et le Colonel O'Neill est retourné le chercher ! » expliqua Sam, incroyablement calme, pensa Jack avec fierté, en dépit du fait que sa voix était un demi-ton plus haut perché à cause de l'inquiétude.

Teal'c ajouta sa propre insistance.

« Nous devons rassembler une équipe de secours et retourner sur la planète immédiatement, Général Hammond. »

Jack comprit l'expression troublée sur le visage de Hammond. Il se rappelait comment cet événement s'était déroulé, même s'il avait été coincé sur la planète pendant la plupart du temps.

« Doucement..., » interrompit le Général, paraissant sincèrement perplexe. « Qui est le Lieutenant Tyler ? »

Ce fut au tour de Daniel maintenant.

« Que voulez-vous dire par 'qui est le Lieutenant Tyler' ? Il est membre de SG-1. » Jack ne put s'empêcher de remarquer l'irritation dans la voix de Daniel. Cela était devenu bien trop la norme au cours de ces mois qui avaient précédé son ascension.

« Quoi ? » répondit Hammond, essayant toujours de comprendre. Ce fut au tour de son équipe d'être agacée.

« Vous l'avez transféré vous-même le mois dernier, monsieur, » continua Daniel, s'adressant à Hammond, Jack ne put s'empêcher de le noter, comme on expliquerait quelque chose à un grand-père qui avait de petites pertes de mémoire. Sam reprit la parole.

« Tyler, mon Général... nous l'entraînons depuis des semaines. Ceci était sa troisième mission, » souligna-t-elle, tentant de paraître respectueuse quand ce qu'elle voulait vraiment faire, Jack le savait, était d'hurler après Hammond pour ne pas se souvenir du cinquième homme de SG-1.

Le truc était que Hammond ne se rappelait effectivement pas d'un cinquième homme dans SG-1.

« Major... je n'ai aucune idée de ce dont vous parlez. » Jack vit la confusion remplacer l'inquiétude. Il pouvait le comprendre, ayant été dans les chaussures de Hammond pendant un an. Avoir votre équipe phare revenir de mission en parlant de quelqu'un qui, vous saviez, n'existait pas n'était pas ce qu'il aimait pour commencer une journée... même s'il ne savait pas ce qu'il en était pour George.

Comme il se risquait un coup d'œil vers Sam, Jack se rendit compte que la confusion s'était étendue. Elle jeta un regard à Daniel et le fixa, essayant de comprendre ce qui était allé de travers.

Teal'c – vous ne pouviez qu'aimer le gars – fut résolument persistant.

« Général Hammond, nous devons retourner sur la planète tout de suite. »

Mais Jack pouvait dire que George n'allait pas céder. Merde, il n'aurait pas cédé non plus. Même s'ils étaient les trois personnes au monde en qui il avait le plus confiance.

« Personne ne va nulle part tant que je n'ai pas découvert ce qu'il se passe, » répondit Hammond avec toute la fermeté qu'il pouvait insinuer sans en faire un ordre direct. Cela n'eut pas grand effet, cependant. Jack jeta un coup d'œil vers Sam et vit qu'elle se retenait de justesse d'afficher une expression d'exaspération sur son visage. Etant toujours le bon petit soldat qu'elle était, cependant, elle essaya une fois de plus.

« Le Lieutenant Tyler et le Colonel O'Neill sont coupés de la Porte... je vous l'ai déjà dit, mon Général, » commença-t-elle, l'impatience se faisant sentir dans sa voix. Hammond la coupa.

« Et je vous dis que je n'ai jamais entendu parler de ce Lieutenant Tyler ! »

L'heure pour Danny-boy de s'en mêler.

« Comment pouvez-vous dire ça ? » commença-t-il, prêt à se lancer dans un contre argument. Hammond refusa de le laisser continuer, cependant.

« Je pense que vous devriez vous rendre à l'infirmerie, » leur dit-il, un peu plus sévèrement qu'auparavant. Jack vit un bref tiraillement de panique sur le visage de Sam. Aïe. Cela ne faisait que deux semaines depuis toute cette affaire 'Orlin'. Elle n'allait pas bien accueillir le fait de se présenter à l'infirmerie parce que quelqu'un ne la croyait pas.

« Mon Général... nous n'avons rien ! » insista-t-elle, un petit peu plus rebelle qu'avant.

« Nous laisserons le Dr. Frasier en décider, » lui dit Hammond. Les yeux de Sam lancèrent des éclairs vers son commandant.

« Général... Jack est coincé sur cette planète ! » Daniel à nouveau. Mais Hammond se lassait de cette discussion.

« Sergent... »

Un jeune soldat s'avança. Sam, nota Jack, posa ses mains d'un geste protecteur sur son P90.

« ... escortez-les à l'infirmerie. »

Sam ne bougea pas d'un pouce. Elle lança un regard furieux – furieux ! – à Hammond.

« Avec ou sans renforts, nous y retournons, Monsieur, » insista-t-elle, plaçant son arme dans une position défensive. Cela ne passa pas inaperçu du Général. La menace, qu'elle soit implicite ou réelle, fut suffisante pour lui. Jack était tellement stupéfait de voir Sam au bord de la désobéissance à un ordre direct qu'il ne put s'empêcher de béer.

« Cela m'étonnerait !... Lâchez vos armes. »

Le jeu des mâchoires de Sam dit à Jack qu'elle n'avait aucune intention d'obéir. Hammond avait dû s'en rendre compte aussi. Et cela avait dû le tuer de donner l'ordre suivant : « Soldats... »

Soudain une demi-douzaine d'armes semi-automatiques fut pointée sur Sam et le reste de SG-1. Jack la vit jeter un œil évaluateur sur la menace. Merde. Elle ne pensait quand même pas pouvoir tous les avoir, n'est-ce pas ?

« Sam... » dit-il à voix haute. « Ne... »

« Elle ne peut pas... » commença Kawalsky, mais Jack le coupa.

« M'entendre... je sais... okay ? Je sais ! A quoi diable pense-t-elle ? » Jack réprima l'envie pressante d'avancer devant elle – de l'abriter de tous ces canons meurtriers pointés dans sa direction.

« Major Carter. » La voix de Hammond était d'un sérieux mortel. « J'autoriserai l'utilisation de la force à moins que vous ne lâchiez ces armes immédiatement. »

« Allez, Sam... abandonne... » Jack ne put se retenir de marmonner.

Des flèches s'élancèrent des yeux de Sam, d'abord vers Hammond, puis vers le reste des soldats qui se tenaient en demi-cercle autour d'elle, Daniel et Teal'c. Sa colère et sa frustration étaient palpables. Jack pouvait les lire sur son visage. Finalement, décidant apparemment que peu de choses seraient accomplies de cette façon, elle abaissa son arme et avec réticence... vraiment beaucoup de réticence, la détacha de sa veste. Même s'il savait déjà comment cela se déroulerait, il soupira de soulagement. Jack n'arrivait pas à se souvenir d'une expression plus insubordonnée sur le visage de Sam – surtout pas envers Hammond. Même après avoir donné son P90, elle continua de regarder furieusement le Général, avec un mélange de colère et de trahison, ne tenant aucun compte de ses deux compagnons. Puis, avec un mouvement violent de ses épaules pour mettre en garde quiconque tenterait de la toucher, elle sortit à grands pas de la salle d'embarquement, sans un regard en arrière.

« Whoa, » dit Kawalsky, alors qu'ils regardaient la salle se vider. « Sacrée caractère. »

« La ferme, Kawalsky. »

« Quoi ? je dis juste, Jack, que... elle était à un cheveu de la cour martiale. Hammond lui passe plus de choses que la plupart des supérieurs. Mais je te le dis... elle était près... fichtrement près. »

« Tu connais la devise, Kawalsky... on ne laisse personne derrière. C'est tout ce que c'était. Elle aurait été pareille si ç'avait été Daniel ou Teal'c. »

« Tu aimerais penser ça, n'est-ce pas, Jack ? »

« De quoi diable parles-tu ? »

« Je veux dire que... ce serait sympa et facile pour toi si, ce qu'elle a fait aujourd'hui, tu pouvais le mettre sur le fait qu'elle est une bonne coéquipière... un bon second. Ca te tirerait une épine du pied. »

« Et de quelle épine est-on en train de parler au juste ? »

« Désolé, Jack... c'est à toi de découvrir ça. C'est pourquoi nous sommes ici. »

« Oh pour l'amour du ciel... Kawalsky ! Tu es aussi agaçant que Jacob ! Allez... les gars, vous savez que je ne saisis pas la moitié des trucs que les gens me disent sans détour, encore moins toute cette connerie aux significations profondes. Si tu es là pour m'aider, alors aide-moi... arrête juste avec cette histoire de 'cherche ton âme', d'accord ? »

Kawalsky haussa les épaules.

« Comme tu voudras, Jack. C'est de ton bonheur que nous parlons là. Et celui de Sam. Tu veux juste plaquer... ? »

« Attends une minute... je n'ai pas dit que... »

Kawalsky lui fit un grand sourire.

« Bien ! » coupa-t-il Jack. « Parce que nous avons encore un arrêt à faire. »

Jack ne fut pas surpris cette fois quand le faisceau Asgard l'enveloppa. Il ferma les yeux cependant et se demanda où diable ils allaient se retrouver quand il les rouvrirait.

Ruines. Bien... très utile, ça. Est-ce que quelqu'un avait une idée du nombre de ces fichues ruines qu'il avait vues au cours des dix dernières années ? Probablement que Daniel le savait, maintenant qu'il y pensait. Et il était probable aussi qu'il pouvait citer leurs noms rien qu'en les voyant, chacune sans exception.

Comme la sensation d'un déplacement soudain s'effaçait et qu'il eut un instant pour étudier les ruines, Jack réalisa qu'il connaissait effectivement cet endroit en particulier. Il ne l'avait pas reconnu tout de suite parce qu'il n'y avait pas tous ces équipements qui envahissaient maintenant toute la scène, ainsi que les caisses que plusieurs personnels du SGC déplaçaient. Le plus geek des geeks, le Dr. Lee, virevoltait comme un colibri, pointant différentes caisses et donnant des avertissements vagues sur le fait de faire attention, de ne pas lâcher, et autres suggestions totalement inutiles.

Le crissement de graviers sous une botte fit retourner Jack à temps pour voir Sam, les joues rouges, fatiguée et paraissant manquer de sommeil, sortir des buissons environnants et s'avancer vers Teal'c.

« J'ai couvert autant de territoire que la portée du UAV permettait, » lui dit-elle d'une voix lasse, regardant l'activité autour d'elle.

« Avez-vous eu des nouvelles des Tok'ra ? » demanda Teal'c.

Sam fut un instant distraite par les mouvements autour d'elle.

« Oui... ils ont répondu... et dit qu'ils ne savaient pas quand l'un de leurs agents avec un vaisseau pourra nous aider... » Elle regarda à nouveau par-dessus son épaule. « Que font-ils ? »

Le visage de Teal'c ne révéla aucune trace d'émotion.

« Je pense qu'ils ont terminé leurs analyses. »

Jack vit l'expression d'incrédulité sur le visage de Sam. Elle se dirigea droit jusqu'au Dr. Lee.

« Excusez-moi... où est le Colonel O'Neill ? Je ne le vois pas, et vous ? Est-ce que vous l'avez trouvé pendant que j'étais partie ? »

Lee fut visiblement surpris par l'assaut frontal de Sam, mais au crédit du petit gars, il tint bon.

« Nous sommes là depuis une semaine maintenant... je n'en suis pas certain, mais je suis presque sûr que nous pourrions tous passer le reste de notre vie à essayer de découvrir comment cette chose fonctionne. Mais vous savez quoi ? Même si je pouvais claquer des doigts et la faire marcher, je commence à douter qu'elle nous indiquera où le Colonel O'Neill a été envoyé... Je parierais presque n'importe quoi que l'information contenant la destination était dans l'artéfact que le Colonel Maybourne a utilisé pour ouvrir ce portail. »

Lee se retourna pour reprendre son rangement... mais Sam n'allait pas laisser tomber. Avec une colère si peu contenue que Jack pouvait la voir trembler, elle cria presque : « C'est moi qui dit quand nous en avons terminé ici ! »

Lee s'arrêta net et son visage devint rouge. Se tournant une fois de plus vers Sam, qui avait au moins une tête de plus que lui, il se redressa de toute sa taille.

« Avec tout mon respect... Major... » S'il s'était agi de toute autre personne que Sam à qui le type s'adressait, Jack aurait été impressionné par son ton hargneux. « Je soumettrai mon rapport au Général Hammond. S'il est prêt à permettre un projet à long terme, je serai heureux de revenir... avec ma grande valise. Mais jusque là... si vous voulez bien m'excuser. »

Et avec cela, Lee tourna le dos à Sam une seconde fois et retourna à ses caisses.

Sam en resta sans voix. Jack pouvait voir sa respiration sortir en brèves exhalations comme elle tentait de se reprendre. Au bout d'un moment, elle ferma les yeux et prit une profonde aspiration avant de se tourner dans la direction opposée et de s'éloigner à pas déterminés.

« Venez, Teal'c, » marmonna-t-elle en le dépassant. Jack l'avait surveillé aussi... Teal'c avait écouté attentivement tous les mots échangés entre Sam et le Dr. Lee, et Jack ne put s'empêcher de remarquer qu'il semblait analyser la réaction de Sam.

« Où allons-nous, Major Carter ? » demanda-t-il, égalant rapidement ses foulées. Jack vit Sam jeter un coup d'œil par-dessus son épaule en direction des scientifiques.

« Nous allons parler au Général Hammond. Je veux voir à quel point au juste la valise du Dr. Lee est grande. »

Avec cela, ils furent hors de portée de son oreille.

« Hammond a dit 'non', bien sûr. Ils t'ont déclaré porté disparu, » commenta Kawalsky alors que Jack regardait les silhouettes familières diminuer avec la distance.

« Ne me le rappelle pas. Tout un mois à 'Utopia' avec Maybourne et de l'arugula goa'uld qui provoquait la paranoïa. »

« Tu lui as manqué. »

« Oui. Teal'c me l'a dit. »

« Oh... c'est vrai. Le maître de l'exagération. 'Le Major Carter désespérait de vous revoir un jour'. Je suis sûr que ça t'a dit tout ce que tu avais besoin de savoir. »

« Hé... pour T, c'était beaucoup. »

Kawalsky lui fit un petit sourire narquois.

« Quoi ? »

« Tu es aussi mauvais que lui, tu sais. »

Jack haussa les épaules.

« C'est un truc de mec. »

« Non... c'est un truc à toi, Jack. Ca l'a toujours été. J'étais là pour le pire, ne l'oublie pas. »

Jack sentit son estomac se tordre avec malaise.

« Hé... tu n'as pas parlé d'aller si loin en arrière... »

Kawalsky parut blessé.

« Je ne te ferais pas ça, Jack. Je le jure. Je dis juste que... tu gardes les choses au fond de toi. Tu ne dis pas aux gens ce que tu ressens... que ce soit les mauvais trucs ou les bons. Tout le monde doit deviner... essayer de lire entre ta stupidité feinte et ton indifférence désinvolte. Et parfois, nous lisons mal. Sam l'a fait. Pendant longtemps, elle a cru que tu t'étais sorti de l'équation. Ca l'a blessée. Et tu as été sacrément près de la perdre, Jack. Elle a failli te glisser entre les doigts. »

Un nœud différent prit place dans l'estomac de Jack.

« Oui. Je sais. »

« Bien... le recul... est une chose merveilleuse. Tu commences à saisir, n'est-ce pas ? Je veux dire... tu as joué les idiots assez souvent, Jack, et parfois, je pense que tu as un peu surjoué. Je t'ai montré ces choses-là pour t'aider à comprendre... Sam ferait n'importe quoi... n'importe quoi... pour toi. A l'époque. Maintenant. Dans cent ans. Elle renoncerait à sa vie... sa carrière... le respect de ses pairs... tout. Elle t'aime autant que ça. C'est un grand cadeau d'être aimé de la sorte. Et un grand fardeau. »

« Hé... je... tu sais... je ressens la même chose pour elle. »

Kawalsky secoua la tête.

« Tu ne peux même pas le dire, n'est-ce pas ? Pas même à moi. »

« Quoi ? » répliqua Jack, bien qu'il sût exactement ce que voulait dire Kawalsky.

« C'est des conneries, Jack. Tu sais de quoi je parle. »

« Elle sait ce que je ressens. »

« Vraiment ? »

« Bien sûr. »

Ce nœud dans l'estomac se resserra, cependant. Un peu de ce que disait Kawalsky le touchait au vif. Et si elle ne savait pas ? Et s'il présumait juste qu'elle savait ?

« Oui... » Kawalsky s'appuyait contre le mur en ruine... juste à l'endroit où Maybourne avait utilisé cette foutue clé. Jack eut un flashback de l'instant où Harry s'était saisi du zat de Sam et l'avait rendue inconsciente. Même si ce n'était qu'un zat... même si le premier coup ne faisait qu'un mal de chien et n'était pas mortel... cet acte simple de Harry avait envoyé Jack en une rage aveugle et à peine contenue. Et c'est ce qui l'avait fait se précipiter vers Maybourne comme cela... plongeant alors que le salopard s'échappait à travers le portail. Personne ne s'en prenait à son second. .. personne ne s'en prenait à Sam et s'en tirait indemne. Pour Jack, il s'était agi de simple justice. « Bah, je dis juste, » continua Kawalsky. « Ces mots... et les actions qui vont avec... ils semblent peut-être simples, mais ils ne le sont pas. »

« Dis-moi quelque chose que je ne sais pas..., » marmonna Jack. Kawalsky arqua un sourcil.

« Nous essayons, Jack. Mais il faut que tu veuilles écouter. Tu nous fais la sourde oreille et tout ceci n'aura servi à rien. »

« Ouais. Je t'ai entendu. » Jack vit un éclair de doute passer sur le visage de Kawalsky. « J'ai dit que je t'avais entendu, okay ? » répéta-t-il, incapable d'empêcher une note d'agitation dans sa voix. « Alors... où on va maintenant ? » ajouta-t-il d'un ton qu'il espéra plus léger.

« Pas où... du moins pas avec moi. Mon temps est terminé, Jack. Je t'ai emmené aussi loin que je pouvais. »

Jack regarda autour de lui. Il y avait toujours le remue-ménage alors que le Dr. Lee et les autres continuaient de faire les paquets.

« Est-ce qu'au moins je vais retourner à mon lit ? » demanda-t-il malicieusement. Kawalsky lui fit un demi sourire. « Biiiiien, » continua Jack, hochant la tête lentement. « Alors... est-ce que je traîne juste ici dans le passé et j'attends une éruption solaire ou quoi ? »

Le sourire de Kawalsky s'agrandit et il sourit d'une oreille à l'autre.

« Au revoir, Jack. C'était bon de te revoir, mon ami. Bonne chance avec... eh bien, avec tout. »

Jack trouva que sa gorge était inhabituellement serrée. Kawalsky faisait le même truc que Jacob : il devenait transparent. Il commençait vraiment à détester les gens qu'il avait aimé disparaître comme cela. Trop d'entre eux avaient disparu pour de bon.