Chapitre 4

« J'ai un briefing avec Hank à 9 heures et ensuite je pars, » expliqua Jack, essuyant son visage et remettant sa brosse à dents dans le verre. Dans le miroir, il vit Sam hocher la tête. Elle paraissait fatiguée.

« Nous ne partons pas avant demain, » répondit-elle. « Landry veut s'assurer que nous avons analysé toutes les données du MALP et de l'UAV avant notre départ. Nous ne voulons pas trouver une vilaine surprise Ori qui nous attend. »

« Oui. Tu sais, ces Anciens et les Etres Ascensionnés commencent à être des emmerdeurs de première. Ca donne des migraines à essayer de me rappeler leur foutues règles. »

Jack jeta un œil à Sam, mais elle ne parut pas avoir réagi. Bien. Temps de faire un commentaire un peu plus coloré.

« Les Goa'uld – eux - sont prévisibles. Des ego énormes. Une garde-robe digne de Cecile B. DeMill. Assez de maquillage pour rendre Tammy-Faye fière. Tu pouvais compter sur eux à tout moment. »

Toujours pas de réponse de Sam. Non pas qu'il en fut surpris.

« Ca va ? » demanda Jack, essayant de ne pas lui montrer qu'il était malade d'inquiétude.

Il pouvait dire qu'elle tentait de paraître nonchalante.

« Moi ? Oui. Pourquoi ? »

Jack haussa les épaules.

« Rien. Tu sembles juste un peu, je ne sais pas. Pas vraiment toi. »

« Je pourrais te débiter à toute vitesse la Théorie des Quanta, si tu veux, » répliqua-t-elle. Un peu trop précipitamment, pensa Jack. Il lui jeta à nouveau un coup d'œil et trouva qu'elle paraissait sur le point d'être physiquement malade. Il tenta la plaisanterie, encore une fois.

« Non – merci. J'ai déjà un mal de tête à la perspective de passer plusieurs jours en compagnie de Woolsey, sans mentionner leur « pompeuseté » les Anciens. »

Il lui jeta encore un coup d'œil, espérant voir un début de sourire, mais si c'était possible, elle avait une mine encore pire qu'avant. Très bien. Assez de ces conneries. Il devait savoir ce qu'il se passait avec elle. Parce que s'il le fallait, il s'en mêlerait et la retirerait de cette foutue mission. Pour il ne savait quelle raison, il était certain que cet instant était l'instant déterminant. Quel que soit ce qui allait arriver arriverait à cause de ce qu'il choisirait de faire maintenant.

« Hé... » demanda-t-il doucement, lui faisant savoir qu'il avait mis les plaisanteries de côté. « Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Sam secoua la tête. Les mots, semblait-il, ne voulaient pas venir.

« Sam ? » Il allait insister. Il ne se contenterait pas de ce 'garde-le-pour-toi, sois-forte'. « Qu'y a-t-il ? »

Il lui prit le bras et la tourna vers lui. Elle résista au début, puis céda. Ses bras vinrent s'enrouler autour de son cou et elle le tint si étroitement qu'il crut qu'elle ne le lâcherait jamais.

« Hé, » dit-il, recommençant à demander, mais en fait, à cet instant, ce qui n'allait pas n'avait pas d'importance. La seule chose qui importait était qu'ils se tenaient l'un l'autre. Aussi il la serra contre lui et la tint, et attendit.

Au bout d'un moment, elle le relâcha et se recula. Il prit ses mains et les garda contre sa poitrine, ne voulant pas la lâcher complètement. Des images de la nuit d'avant tourbillonnèrent dans sa tête. Il s'accrocherait à elle. Il s'accrocherait à elle aussi longtemps qu'il pourrait.

« C'est idiot, vraiment, » réussit-elle à dire, essayant de rire, lequel sonna davantage comme un sanglot.

« Oui. Je peux voir ça, » répondit-il doucement. Sam agita la main en vain.

« On dirait que je n'arrive pas à m'ôter l'impression qu'aller à Atlantis est une idée vraiment, vraiment mauvaise. Ridicule, non ? » Elle tenta à nouveau un petit rire. Celui-ci fut plus réussi. Excepté que Jack ne sourit pas. Une peur glaciale montait en lui.

« Ridicule, » répéta-t-il, sombrement. Peut-être qu'il était trop tard. Peut-être que rien de ce qu'il ferait maintenant n'aurait d'importance. « Sam... »

« Je sais... » interrompit-elle. « Je sais. Je traverse la Porte des étoiles tous les jours vers des lieux où il y a sacrément plus de dangers qu'un paquet de vieillards vieux de dix mille ans réclamant leur cité perdue. Et nous savons tous les deux qu'un de ces jours, la chance va probablement rattraper l'un de nous... »

« Sam... »

« Et nous connaissions tous les deux les risques quand nous nous sommes engagés dans cette... »

« Sam... »

« Mais si quelque chose t'arrivait... » Sa voix s'estompa et le regard qu'elle lui offrit lui dit exactement ce que le perdre lui ferait.

Comme s'il ne le savait pas déjà.

« Viens-là, » répondit-il, la prenant à nouveau dans ses bras, pressant son visage dans son cou. Dieu qu'il voulait changer cela. Arrêter tout ça maintenant et la remmener au lit, lui faire l'amour, la serrer dans ses bras et laisser le reste de cette fichue galaxie continuer sans eux. Mais la chose dont il avait pris conscience alors qu'il était allongé éveillé après ce que Frasier lui avait montré la nuit dernière, était qu'elle avait raison. Les événements étaient les événements. S'il n'allait pas à Atlantis, ils ne connaîtraient jamais la menace des Réplicateurs. Atlantis était la voie d'entrée vers la Terre. Il ne pouvait pas laisser ces foutus crabes revenir ici, quel qu'en soit le prix. Il n'existait pas de procédure standard pour faire exploser une tête nucléaire sur la cité dans un cas comme celui-ci... mais il y en aurait un d'ici qu'il parte pour la Galaxie de Pégase ce matin. Pourtant. Il devait y avoir un moyen de changer le futur qu'il avait vu. Frasier lui avait dit qu'il y en avait un, et il lui faisait confiance.

Il embrassa Sam. Peut-être que c'était pour la dernière fois ou pas. Dieu, il espérait que non. Mais si ça l'était, il voulait s'en souvenir. L'ardeur de ses lèvres, le toucher de sa main sur sa joue, la chaleur et la douceur de son corps. Comment elle sentait. Quel goût elle avait. Des choses auxquelles il n'avait jamais fait très attention auparavant, il les grava dans son esprit. Il lui fallait les connaître. Se les rappeler. Ils seraient sa force quand le temps viendrait.

o-o-o-o

Elle était revenue sur ses pas pour un dernier truc avant qu'ils ne quittent la maison. C'était maintenant ou jamais. Le temps qui lui était imparti arrivait à son terme. Elle leva les yeux sur lui et lui fit un sourire en fourrant le dossier manquant dans sa serviette. Okay. Maintenant.

« Sam... tu sais... tu n'es pas la seule qui s'inquiète. »

D'accord, ce n'était peut-être pas l'ouverture la plus éloquente qui soit. Pourtant, il pouvait dire que cela l'avait prise par surprise. Elle sourit de nouveau.

« Je sais, » répondit-elle, se penchant et l'embrassant sur la joue. Super. Maintenant, quand il essayait d'être sérieux, elle était celle à traiter cela légèrement.

« Et, euh... » Il grimaça un peu et étudia le sol. Pourquoi ne pouvait-il pas juste ressentir ce qu'il voulait dire et elle comprendrait ? Les mots étaient si fichtrement difficiles. « Si quelque chose t'arrivait un jour... »

Il se risqua un coup d'œil. D'accord... cela avait capté son attention. Ses yeux s'emplissaient de larmes.

« Je m'occuperai des fesses de Mitchell, » conclut-il. Bon sang ! Il aurait pu se botter les fesses. Il avait la chose la plus importante à dire et il ne pouvait s'empêcher de débiter un truc débile. Peut-être que Frasier avait raison. Peut-être qu'il avait peur.

Oui. Eh bien. Il n'avait jamais laissé la peur l'arrêter auparavant. Du moins pas quand c'était vraiment important.

Et ceci était vraiment important.

Pourtant, Sam souriait. En fait, elle s'était esclaffée.

« Est-ce que je dois le lui dire ? » demanda-t-elle, d'un ton léger.

« Je l'ai déjà prévenu, » répondit Jack, se rappelant la petite conversation privée qu'il avait eue avec Mitchell pendant une de ses visites au SGC, peu de temps après la réintégration de Sam dans SG-1. Sam ne l'avait jamais su, et si l'expression sur son visage était une indication, elle ne le croyait pas.

Mais il ne lui restait plus de temps. Quand Sam tendit la main pour prendre ses clés de la console, il l'intercepta.

« Je mourrais, » dit-il simplement, ses yeux sombres et sérieux rencontrant les siens. D'après le regard qu'elle lui rendit, elle comprit. Ce n'était plus l'heure de faire semblant. Plus de plaisanteries légères. Il le pensait. Et elle savait qu'il le pensait.

« Moi aussi, » répondit-elle à voix basse, emprisonnant son regard pendant quelques secondes supplémentaires.

« Alors – sois prudente, d'accord ? » lui dit-il, lâchant sa main.

« Oui. Toi aussi. » Sa voix était basse, contenue.

Ni l'un ni l'autre ne bougea.

« A dans une semaine, alors, » dit Jack. Non ! cria-t-il à lui-même. Fais-le ! C'est l'heure !

Sam hocha la tête, toujours incapable de s'éloigner.

« Je suppose que nous devrions... y aller ? » demanda-t-il. Il ne semblait pas pouvoir détourner ses yeux des siens. Dieu qu'ils étaient beaux. Il les grava dans sa mémoire aussi. Juste au cas où.

« Ils détestent ça quand tu es en retard, » répondit-elle, toujours enracinée sur place.

« Oui, je sais. Ai-je mentionné que je t'aime ? »

Là. Il l'avait dit. Tout haut. Et maintenant, elle savait.

Il vit Sam reprendre son souffle. Oui... elle ne l'avait pas vu venir, celui-là.

« Wow, » répondit-elle, stupéfaite. « C'est... c'est... »

« Pas ce à quoi tu t'attendais ? » offrit-il. Un merveilleux soulagement le submergea. Il l'avait dit. Maintenant les choses seraient différentes. Peut-être. Mais même si elles ne l'étaient pas, il n'aurait pas de regrets. Il n'y avait plus de non dit. Excepté peut-être encore une chose.

« Oui... » dit-elle, donnant encore l'impression qu'elle pensait ne pas l'avoir entendu correctement.

Jack acquiesça. C'était plus facile maintenant. Si facile qu'il n'arrivait pas à croire qu'il ne l'avait pas fait plus tôt.

« Alors. Epouse-moi. »

L'expression sur son visage n'avait pas de prix. Un autre souvenir. Une autre brique dans ce mur anti-réplicateur.

« Quoi ? »

Jack se figea un instant. Un soupçon de doute apparut dans son esprit. Il ne lui était jamais venu à l'esprit. Et si Sam disait non ?

Jack se retrouva à étudier le sol.

« Ecoute, je suis vraiment nul à ce genre de truc, » avoua-t-il. Prenant une profonde respiration et levant les yeux sur elle, il tenta une nouvelle fois. « Je t'aime. Veux-tu m'épouser ? »

Il ne sut pas comment lire la réaction sur son visage. En partie le choc... en partie la perplexité... en partie... il déglutit. Peut-être était-ce de la pitié ?

« Tu me le demandes maintenant ? » D'accord. Peut-être davantage l'incrédulité que la pitié. Jack se détendit un peu et haussa les épaules.

« Y a-t-il un meilleur moment ? » Il choisit la voie de la franchise. Cela marcha. Un énorme sourire s'étala sur le visage de Sam comme elle secouait la tête avec incrédulité. Jack relâcha le souffle qu'il n'avait pas été conscient de retenir. Cela s'était... bien passé. Surtout la partie où elle s'avança sur lui et l'embrassa. Encore. Cette fois sur les lèvres. Pendant très, très, très longtemps.

A bout de souffle, finalement, ils se séparèrent... mais que de quelques centimètres. Il sentit sa main ébouriffer les cheveux à l'arrière de sa tête alors qu'elle lui souriait.

« Non, il n'y en a pas. Et, oui. Je veux t'épouser. »

Le baiser avait déjà été une réponse pour lui, mais il y avait quelque chose sur le fait d'entendre les mots sortir de sa bouche qui fit réaliser à Jack qu'elle avait réellement dit oui.

« C'est vrai ? » Il savait qu'il paraissait surpris. Il ne put s'en empêcher. S'il avait raison, il venait de sauver leur futur. Cette pensée seule le submergea presque. Pas quelque chose qu'il avait à partager tout de suite. Temps de revenir sur quelque chose à laquelle elle s'attendrait.

« Super ! Très bien, allons travailler. »

Il prit ses clés et ouvrit la porte, souriant pour lui-même à l'expression sidérée de Sam lorsqu'elle le dépassa. Alors qu'il allait refermer la porte derrière lui, il leva les yeux au ciel et sourit.

« Merci, Jacob. Je vous en dois une. »

Fin