Titre : Abyssus abyssum invocat ("l'abîme appelle l'abîme")
Auteur : Aélane
Rating/Genre : PG - gen - angst/drame psychologique
Résumé : où John Winchester découvre ce que trame le Démon et se retrouve face à ses choix passés...
Avertissements : pré-série mais vagues spéculations (NB : ficlette écrite & publiée avant toute diffusion de la fin de la saison 2) mais surtout SPOILERS pour la saison 1 (notamment les épisodes 1, 11, 16, 21 & 22) ainsi que pour l'épisode 1 de la saison 2, puis, aie, oui, mention en passant (vraiment en passant) d'un détail de l'épisode 19 de la saison 2.
Disclaimer : la série Supernatural appartient à son créateur E. Kripke et à toute l'équipe qu'il a rassemblée pour la mettre sur pied (diffusion américaine : CW, diffusion française : M6), je fais juste joujou avec des mots, des phrases, des idées.
Remarque : ficlette écrite pour Annaoz qui souhaitait voir John et Dean souffrir sur le thème « parler ou non de Sammy » ;p
oOo
OoO
Il aurait pu blâmer Dean. Il ne le voulait pas. Il ne voulait pas détourner les yeux, choisir une nouvelle fois la facilité. Le coeur soulagé, il avait regardé tant de fois ses deux fils s'amuser comme si leur monde commençait à Sam pour s'arrêter à Dean qu'il avait pris plus d'une fois une journée supplémentaire ou deux ou trois pour boucler une enquête, trouver un peu d'argent, rencontrer d'autres chasseurs : il ne pouvait ignorer qu'il n'avait qu'à s'en prendre à lui-même s'il ne pouvait pas partager sa découverte de Sacramento avec son aîné comme il avait partagé tous ses autres fardeaux.
Le coeur serré, il avait observé tant de fois ses enfants vivre en vase clos, comme si tous les deux n'avaient besoin ni de lui ni de personne, qu'il avait fini par y introduire ses règles : le premier à sentir qu'il les épiait gagnait un cookie, une semaine sans lessive ou le droit d'affûter le coutelas de Papa.
Dean joua le jeu, et Dean gagnait, invariablement. Il lui fallut du temps, ainsi qu'une bonne centaine de conseils sibyllins d'anciens camarades, pour comprendre que l'enfant l'avait toujours plus ou moins surveillé du coin de l'oeil après la mort de Mary, prêt à tout faire pour l'empêcher de disparaître à son tour, prêt à l'aider, prêt à le soutenir dans tous ses combats, tel un brave petit soldat. Insidieusement, il s'était alors appuyé de plus en plus sur son aîné, jusqu'à finir par le considérer avant tout comme tel. Si les révélations de la médium lui avaient redonné l'envie de vivre, c'était pour Dean que John était redevenu fort, retrouvant au fond de sa rage envers ce monde maléfique qui lui avait tout ravi l'homme que Jim comme Deacon avaient suivi en bouffant par le nez la boue des rizières Viets.
Toutefois, son aîné avait beau claironner sa victoire pendant des heures, le fanfaron se retrouvait tout aussi invariablement à faire la lessive ou à montrer presque révérencieusement à son frère comme passer la lame sur l'aiguisoir. Car si Dean avait surveillé son père, cela avait été d'abord pour le salut de Sammy : Sammy avait faim, Sammy voulait dessiner, Sammy devait être protégé, et Dean était terrifié de voir son père disparaître à son tour car il était trop petit pour sauver son frère tout seul. Cela, au contraire, John l'avait compris très vite, il l'avait toujours su. Il avait compté dessus. Il avait encouragé cet état de fait, par tous les moyens possibles : il rêvait toutes les nuits que son bébé était le prochain sur la liste parce qu'il l'avait sauvé, que la chose maléfique qui avait attaqué Mary reviendrait pour mettre le feu au lit de Sammy.
Si Dean soutenait son père, l'avait soutenu à bout de bras, le soutiendrait toujours dût-il en crever, son frère restait le centre de son monde. Dean devait avoir fini sa mission à la Nouvelle-Orléans mais John ne pouvait pas aller le retrouver maintenant au point de rendez-vous comme convenu : sa découverte l'avait rendu si furieux qu'il n'arriverait pas à se taire. Il ne pouvait pas révéler à son fils ce qu'il venait d'apprendre ni quelle quête il allait à présent entreprendre. Son aîné ne devait jamais savoir ni pour les plans du démon ni pour Sam et les autres enfants comme lui, cela le détruirait, ou bien il refuserait d'écouter. Ce putain de démon aurait alors gagné et John absolument tout perdu.
Il était temps de porter à nouveau seul ses fardeaux. Il était plus que temps.
Il ne parlera pas de Sammy à Dean. Il les protègerait. Il sera fort, vraiment fort cette fois-ci. Il saura se taire. Il ne leur mentira pas. Il leur en dira juste le moins possible. Jusque sur son lit de mort. Ce poids-là était le sien.
FIN
