Titre : Ni fleurs ni couronnes
Auteur : Aélane
Rating/Genre : PG - gen - drame/étude de caractère

Résumé : Quoi que dise le monde, John Winchester portera le deuil comment il l'entend...

Disclaimer : l'univers de Supernatural appartient à son créateur E. Kripke et à un tas de gens très importants (diffusion américaine : CW, diffusion française : M6), je m'amuse juste à en explorer les franges.

Remarque : 4 drabbles de 100 mots.

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Les gens bien intentionnés présentèrent leurs condoléances. Les yeux moites, la voix misécordieuse, les paumes embarrassées, ils discoururent du temps qui érodait toutes les souffrances, du Ciel d'où sa femme veillait désormais sur eux, de la main de Dieu qui donne autant qu'elle prend, de ses enfants pour lesquels il devait se reprendre, continuer à vivre, construire un avenir, de tout, sauf de ce qu'il voulait entendre. Voir crever les siens sans pouvoir rien faire, il connaissait, il avait déjà donné. N'avoir pu sauver Mary des flammes ne l'avait pas rendu fou à lier. Il savait ce qu'il avait vu.

Les gens bien intentionnés lui conseillèrent de fuir. Il vous faut déménager, arrêter de remuer ainsi le couteau dans la plaie, chuchotaient-ils, comme si l'absence constante de Mary à ses côtés ne suffisait pas à le torturer où qu'il aille. Si jour après jour il restait assis sur le capot de sa voiture, contemplant en silence le bois calciné de leur ancienne maison, ce n'était pas pour se rappeler que sa femme était morte. Non. Quelque chose avait tué Mary, quelque chose qui n'avait rien à voir avec une installation électrique défectueuse. Et s'il en tremblait encore, c'était de rage.

Les gens bien intentionnés l'enterrèrent sous les papiers. Choisir une musique pour la cérémonie funéraire, rayer Mary des comptes joints, trouver un psy pour Dean, s'épancher sur l'épaule d'une veuve du quartier, contacter les assurances, penser au bébé, décider d'un cimetière, confier ces pauvres petits à une association le temps de se retourner... Vous ne pouvez laisser traîner tout ça, insistaient-ils, comme si paperasser, s'occuper d'un tas de cendres, regarder les yeux vides de ses gosses et ouvrir son coeur à en crever était la clé. Il n'avait que faire de leur beau sens des réalités, il voulait un coupable.

Les gens bien intentionnés insinuèrent mille sottises. Il ne buvait pas plus qu'avant, qu'à l'armée. Il ne dilapidait pas l'argent de ses enfants en cartomanciennes, médiums et charlatans. Il ne refusait pas la dure vérité de la vie, il l'embrassait. Il découvrait sa méchanceté, sa noirceur, son injustice. Et il ne devenait pas plus violent ou irascible, il avait du pain sur la planche. Il se préparait à mener une guerre sans merci contre tout ce qui lui avait ravi Mary, famille, foyer, futur, contre tout ce qui n'hésiterait pas à revenir finir leur sale besogne, à achever les survivants.

FIN.