Titre : The sound of silence
Auteur : Aélane
Rating/genre : PG - gen - drame

Avertissement : présérie mais ce texte s'appuie sur des éléments développés lors des épisodes 6 et 14 de la saison 2

Résumé : où Ellen Harvelle se retrouve seule, un 31 octobre au soir...

Disclaimer : l'univers de Supernatural appartient à son créateur, E. Kripke, ainsi qu'à l'équipe qu'il a réunie pour monter la série, je ne fais que m'amuser à scribouiller dans les marges sans en tirer le moindre bénéfice autre que celui de m'être amusée ; l'idée du titre vient de la chanson de Simon&Garfunkel du même nom.

Remarque : ficlette écrite pour le thème " silence " sur 31jours

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L'on prétendait qu'une nuit par an les frontières entre les mondes s'effaçaient, les morts marchaient parmi les vivants, et malheur à celui qui aurait oublié de leur donner des offrandes, malheur à celui qui les aurait offensés, malheur à celui qui les aurait oubliés. Chaque heure était ce genre de nuit chez ceux qui avaient pris un jour les armes pour repousser dans les ténèbres ceux qui n'appartenaient pas à la lumière de ce monde. Ils moquaient ces légendes du ton blasé des habitués, car l'homme n'était rien sinon fait d'habitudes et n'étaient-ils point ceux qui avaient préféré apprivoiser le monde de l'au-delà plutôt que leurs propres défunts qui chaque heure les hantaient ? L'autre monde n'avait guère eu besoin de raisons ni de calendrier pour leur ravir qui un parent qui un amant qui un enfant.

Pourtant, ce soir-là, nul ne moquait, attablé au comptoir. Pour la première fois, le bar était désert.

La petite Jo était allée se coucher en pestant contre sa mère qui avait refusé de l'amener en ville, déguisée de la tête aux pieds, pour quêter avec ses camarades bonbons et sucreries par milliers. Cette année, Papa était parti, mais il le lui avait promis ! Halloween n'était-il pas un soir comme les autres chez les chasseurs ? ... ! Pourquoi ne pas profiter des coutumes des autres gens pour avoir des bonbons ? Il n'y avait rien de mal à crier et hurler à tue-tête le jour où c'était permis ! Il n'y avait rien de mal à ne pas se coucher aussi tôt que les jours ordinaires ! Chaque heure de la dernière semaine d'octobre, le discours devenait de plus de plus argumenté, avant que la rage et les pleurs ne viennent.

Un jour, il faudra bien qu'elle arrête de se taire et tente d'expliquer à Jo pourquoi. Il y a des mots, des tas de mots pour ce genre de choses. Si seulement un seul de ces mots pouvait déjà parvenir à lui expliquer à elle-même quoi ce soit. Elle ne mentirait pas à sa fille tant qu'elle n'aurait pas trouvé ces satanés de mots. Ellen ferma brièvement les yeux en avalant son verre cul sec, laissant le whisky lui brûler lentement la gorge. Tous ces mots sonnaient aussi faux que John Winchester lorsque, il y a cinq mois, il était enfin venu s'attabler à son comptoir.

Elle l'avait contemplé sans mot dire, incapable de lui demander pourquoi Bill n'avait pas klaxonné à tue-tête en garant leur 4x4 comme à son habitude, pourquoi son mari ne lui avait pas passé le moindre coup de fil depuis plus d'une semaine malgré ses promesses, pourquoi il n'était pas déjà en train de l'embrasser et de réclamer son petit ange, pourquoi John était seul.

« Bill…, il est pas rentré ? » finit par demander l'homme qu'elle se surprit à haïr pour être encore vivant.

Elle resta blanche, muette, la bouteille de whisky fracassée à terre. Il connaissait déjà la réponse.

« Ellen. J'ai dû partir à mi-chemin. Dean m'avait appelé, affolé. Sammy, il avait de la fièvre, bien sûr qu'on ne pouvait pas l'amener aux urgences et Dean ne savait plus quoi faire. Avec Bill, on l'avait bien identifié, ce putain de monstre, cerné, trouvé le rituel et tout. Alors, il a voulu finir le boulot. Bill, il avait l'habitude de chasser seul, c'est vrai que ça aurait été trop bête de laisser filer. Mais, quand je suis revenu avant-hier, y avait plus rien, plus rien ni personne… »

La salle qui avait fait mine jusque-là de ne rien entendre se leva d'un bond. Bill Harvelle était apprécié de tous et Winchester mentait bien, pour qui ne le connaissait pas aussi bien qu'elle. Elle était là lorsque John avait expliqué à Bill, avec son sourire désarmant, qu'une demi-vérité était toujours le meilleur moyen de mentir. La seule vérité, c'était que John était celui qui avait voulu cette chasse, qu'il avait laissé Bill tout seul à un moment crucial, que son mari en était mort. L'histoire de Dean ? Du bobard, du bobard pour ses oreilles, sauf qu'elle n'était pas une mère en cet instant, elle était une veuve. Et elle ne trouvait pas les mots pour hurler sa rage.

« Vous étiez où, Winchester ? rugit une voix sur la droite.
— Quatre cents miles à l'est d'ici, à peu près. L'trou du cul du monde.
— T'as des coordonnées ?
— Oui, bien sûr.
— Hé, les gars, j'en ai trop pour conduire droit, mais tiens, attrape ça, ma belle, ma toute belle, c'est la plus rapide du secteur.
— C't' Mustang à droite ? Vieux, on t'revaudra ça !
— C'était quoi c't'traque d'merde, ma bleusaille ?
— La ferme, y a pas de temps à perdre, t'aurais dû venir plus tôt, Winchester ! Bouge tes fesses toi. Winchester nous expliquera ce qu'ils chassaient en route. »

La suite de leur conversation se perdit dans le brouhaha. Elle n'écoutait plus. Ce n'était pas la peine. Qu'ils lui ramènent le corps de Bill ou des cendres froides, cela n'avait plus aucune importance. Elle vira tout le monde, ferma le bar, ouvrit une bouteille avant qu'ils ne lui dépêchent Bobby ou un autre. Mieux valait Bobby. Mieux que quiconque, il comprendrait qu'elle ne voulait pas parler, juste rester là, s'habituer au froid et au son du silence.

Lorsqu'un chasseur finit par lui rapporter, avec des précautions de sioux bien inutiles, que la Bête avait été si vicieuse que John Winchester avait dû tuer son Bill d'une balle dans la tête. Ce qu'il en restait. Appât. En vérité. Une balle d'argent. Une balle bénie. Elle refusa de questionner plus avant. Elle n'avait eu plus la force de ressasser le passé et les pourquoi et les comment, excepté en ce jour d'Halloween, quand elle pouvait espérer sans y croire, quand elle pouvait prétendre que ce courant d'air froid au pied de son lit signifiait que Bill était à nouveau avec elle.

Plus tard, un jour, elle sera moins lâche. Elle réussira à tout expliquer à Jo et elle n'aura plus le coeur de maudire Winchester pour ne pas avoir trouvé les mots.

FIN.