Quand Hermione réussit de nouveau à se rendre visible pour aller jusqu'à la bibliothèque Harry et Ron étaient déjà en train de l'attendre. Les deux garçons étaient affalés sur leurs chaises, jouant distraitement avec les couvertures de leurs livres, et selon toute probabilité, ils envisageaient la possibilité de se mettre à travailler.
« Salut, » dit-elle doucement, leur faisant lever les yeux.
« Où étais-tu ? » demanda Ron. « Ca fait une éternité qu'on t'attend. »
« Désolée, » s'excusa t'elle. « J'ai eu un problème. » Elle renifla un moment, déterminée à ne pas fondre en larmes. La comparaison avec Mimi Geignarde était trop horrible à envisager.
« Nous avons entendu parler de ce qui s'est passé, » lui dit Harry. « Tout le monde dans la salle commune se conduisait de façon étrange. Je ne sais pas ce qui les dérange. J'aurais pensé qu'ils seraient heureux que leur amie soit de retour. »
Hermione arrondit les épaules. « J'étais peut-être Préfète en Chef, mais je ne crois pas qu'ils aient jamais été mes amis. »
« Combien ils t'ont aimé n'a pas la moindre importance, » déclara sèchement Ron, « Ils ne pensent qu'à eux-mêmes. Le fait que tu sois un fantôme leur rappelle qu'ils ont failli mourir, eux aussi. »
« Ne t'en fais pas pour ça, Hermione. Nous, on est contents de te voir, » affirma Harry. « Et je me fiche de ce que pensent les autres. Nous serons toujours tes amis. »
Hermione soupira et lui fit un petit sourire. « Merci, Harry. Tu ne sais pas à quel point ça compte pour moi. »
« En fait, j'en ai une petite idée, » répliqua t'il en remontant ses lunettes. « Maintenant, qu'est-ce que tu voudrais qu'on cherche ? On est supposés travailler cet après-midi, mais je pense qu'on peut prendre un peu de temps pour faire des recherches sur les fantômes. »
Ron grogna, mais alla quand même chercher des livres, tourna les pages et se disputa avec Harry sur l'importance et la signification des fantômes à travers les âges. Malheureusement, aucun des livres qu'ils consultèrent ne contenait d'informations utiles pour Hermione. La plupart semblaient se concentrer sur l'historique de différents lieux hantés, ou sur des sorts pour emprisonner ou bannir des fantômes. La plupart de ces derniers mirent Hermione assez mal à l'aise, mais ils étaient suffisamment complexes pour que la plupart des sorciers et sorcières soient incapables de les lancer. Elle se souvenait vaguement que Mimi Geignarde avait poursuivi Olive Hornby, qui l'avait tant tourmentée quand elle était vivante, et l'avait hantée après sa mort, jusqu'à ce que le Ministère lui lance un espèce d'exorcisme, qui avait confiné le fantôme de l'adolescente dans les toilettes où elle était morte.
Quant à Ron et Harry, leur conversation amicale, entre eux et avec elle, était la même que les centaines d'autres qu'ils avaient eu dans la bibliothèque, malgré son nouveau statut. Hermione apprécia énormément leur compagnie, surtout parce qu'ils refusaient de la traiter différemment d'avant. Elle n'avait jamais apprécié à sa juste valeur leur exaspération quand elle leur répétait constamment qu'il fallait qu'ils travaillent. Ron se plaignit de l'injustice que constituait le fait qu'Hermione n'aurait plus jamais à étudier, jusqu'à ce que Harry lui fasse remarquer que pour Hermione, c'était la même chose que de ne plus jamais jouer au Quidditch pour eux. Ron frissonna, et en fut calmé des plus efficacement.
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Les semaines suivantes passèrent rapidement, et Hermione se rendit compte que la Dame Grise avait eu raison en lui disant que sa perception du temps changerait. Elle ne dormait pas, pas exactement, mais souvent son attention était ailleurs et son esprit assez passif quand le soleil se levait et montait vers le zénith. Peu de choses retenaient son attention avant le crépuscule, et les rayons du soleil couchant à travers les vitres avaient sur elle le même effet que le lever du soleil quand elle était en vie. Plus d'une fois, elle sortit de sa rêverie de la journée pour s'apercevoir qu'elle était revenue dans la classe de Potions, flottant au dessus de la table sur laquelle elle et Neville Londubat avaient préparé la potion fatale.
Les autres fantômes avaient plus ou moins les mêmes horaires, et elle apprit bientôt les différents rôles, devoirs, et occasionnels avantages d'être un fantôme de Poudlard. Elle voyait ça comme être en première année pour la seconde fois, à part qu'elle n'avait pas à assister à des cours. Au lieu de ça, elle devait écouter d'interminables discours de la Dame Grise et du Baron Sanglant sur ce que faisait et ne faisait pas un fantôme respectable. Apparemment, ils avaient des idées très arrêtées sur les manières que devait avoir un fantôme de Poudlard, et malgré ses nombreuses tentatives d'apprendre autre chose de leur part, les deux mascottes ne lui enseignèrent qu'exactement ce qu'ils avaient prévu.
On ne passait pas à travers un humain, parce que c'était désagréable pour l'humain autant que pour le fantôme. Les quartiers des quatre Maisons étaient interdits, ce qui tua dans l'œuf la tentation grandissante d'Hermione d'aller tourmenter Drago Malefoy. Il était aussi du devoir ce tout fantôme de rapporter au Baron Sanglant tout comportement vraiment horrible de Peeves l'Esprit Frappeur. Comme tout ce que faisait Peeves entrait dans cette catégorie, en pratique, aucun des spectres hantant le château n'obéissait à cette règle.
Il était également interdit à un fantôme d'entrer en contact avec les élèves ou les Professeurs pendant la durée des cours. A la vérité, Hermione aurait préféré continuer son cursus normal, et d'une certaine manière elle le faisait, continuant à assister à certains de ses cours préférés. Elle flottait près du plafond pendant que ses camarades continuaient leur éducation sans elle.
Si elle avait voulu suivre les règles à la lettre, elle aurait dû rester invisible et silencieuse pendant la journée, mais le talent de se rendre invisible, et plus important de redevenir visible, lui posa des problèmes au début. L'aide de Sir Nicholas lui fut particulièrement précieuse à cette occasion, et même si ses attentions étaient un peu trop possessives au goût d'Hermione, elle lui fut reconnaissante de ses conseils et de son enseignement. Elle attribua l'attitude de Sir Nicholas au fait qu'il était le fantôme officiel de Gryffondor, et qu'elle, en tant que Gryffondor, était un peu comme de la famille proche pour lui.
Quelques semaines après sa mort, les fantômes de Poudlard organisèrent une sorte de présentation officielle d'Hermione, invitant tous les esprits à des lieues à la ronde à la rencontrer. Les Cavaliers Sans Tête envoyèrent une ravissante composition de roses mortes en son honneur, ce qui ennuya beaucoup Nick, et regrettèrent de ne pas pouvoir assister à la fête, mais ils étaient retenus par une compétition internationale de polo sans tête ce soir-là. Tous les autres fantômes du pays, et certains même de plus loin encore, se présentèrent pour inspecter le nouveau membre de leurs rangs, lui prodiguer des conseils inutiles, et généralement s'ennuyer à mort les uns les autres, comme s'ils n'étaient pas déjà tout morts au départ.
Mimi Geignarde faisait partie des invités, mais après moins d'une demi-heure elle réalisa soudain qu'elle n'était plus le plus jeune fantôme de Poudlard. Hermione essaya de faire remarquer que Mimi était morte à seize ans, alors qu'elle en avait elle-même déjà dix-huit, mais le fantôme de l'adolescente était trop contrariée pour entendre raison. Elle s'enfuit du cachot en pleurs, ses plaintes de désespoir réveillant plusieurs Serpentards, et Rusard se plaignit pendant deux jours de l'eau qui passait sous la porte des toilettes de Mimi.
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La porte de la classe de Potions s'ouvrit avec moins de vigueur que pour les entrées habituelles de Severus Snape, mais il était tard dans la soirée, et il s'attendait à ce que la pièce soit vide, sans le moindre lot d'élèves prêts à bondir de leurs sièges, l'air coupable. Il fut quelque peu surpris, en conséquence, de se rendre compte que la pièce n'était pas aussi déserte qu'il l'escomptait. Une silhouette pâle flottait à mi-hauteur, au dessus des rangs de tables de laboratoire.
« Que faites-vous là, Miss Granger ? » demanda t'il en reconnaissant l'intruse. « Ne devriez-vous pas être en train de hanter quelqu'un ? »
Hermione secoua la tête pour sortir de sa torpeur. « Je suis morte ici, Professeur. Je crains que vous ne deviez apprendre à faire avec moi. »
« Allez chasser les hiboux, » lui ordonna t'il. « Allez chasser Miss Teigne, si le cœur vous en dit. J'ai du travail. »
Hermione s'éleva dans les airs et envisagea une réponse malpolie, mais elle n'était pas vindicative par nature, et ça lui paraissait un effort un peu trop important de se disputer avec ce Professeur désagréable alors qu'elle venait juste de se réveiller.
Au lieu de ça, elle regarda le Professeur préparer une série de chaudrons, posant les mêmes ingrédients près de chacun. Il se débarrassa de ses robes de Professeur et de sa redingote, pour se retrouver en veste et chemise. La chemise de lin blanc était un vrai choc visuel, tout comme la baguette magique qu'il sortit de la longue poche de son pantalon. Elle était gris pâle, et non pas noire comme elle et les autres Gryffondors l'avaient imaginée. Ils s'étaient également dit qu'il serait plutôt maladroit avec une baguette, une notion rapidement démentie par le sortilège de protection qu'il lança aisément et qui s'enroula autour de ses mains et son visage.
Elle reconnut le sort de protection au même moment qu'elle remarqua le bocal de boutons de Belles de Nuit. Une étiquette sur le bocal, de l'inimitable écriture de Snape, précisait que le contenu du bocal était contaminé, et qu'il n'était à utiliser en aucune circonstances.
« Vous travaillez sur la potion qui m'a tuée, » devina t'elle. « Pourquoi ? »
Snape ne prit pas la peine de la regarder, mais répondit néanmoins à la question. « Parce qu'elle n'était pas supposée vous tuer, petite idiote. Elle aurait seulement dû vous faire dormir. »
« Elle m'a tuée parce qu'elle contenait un ingrédient supplémentaire. Le champignon. »
« Déduction correcte, » dit-il distraitement en répartissant les fleurs sur plusieurs plateaux. « La controverse porte sur la question suivante : pourquoi ce parasite a t'il transformé une potion inoffensive en concoction mortelle ? »
Hermione redescendit de façon à flotter à côté de la table de travail, pour examiner les petites fleurs qui lui avaient coûté la vie. Les pâles pétales bleus étaient recourbés fermement contre leur tige. Elle ne voyait pas de différence entre les plantes sur la table et celles représentées sur la gravure de l'herbier que Snape avait ouvert sur la table.
« Il existe une classe de champignons appelée ergot qui parasite les plantes, » dit-elle, plus parce qu'elle pensait à voix haute que pour dire à Snape quelque chose qu'il avait probablement appris pendant qu'elle en était à apprendre à lire et à écrire. « Les alcaloïdes du champignon provoquent une contraction vasculaire, et peuvent provoquer des engelures et la gangrène, et dans les cas extrêmes des convulsions, des hallucinations, et des dommages irréversibles au cerveau. »
« Et ? » encouragea Snape, toujours occupé à préparer des ingrédients. Apparemment, il allait préparer plusieurs versions de la potion.
« Si ces plantes ont été contaminées par un champignon de ce genre, la combinaison des alcaloïdes avec les éléments soporifiques de la potion pourrait paralyser le système nerveux. Le corps arrêterait purement et simplement de respirer. »
« Soit ça, soit contracter les vaisseaux sanguins des poumons au point qu'il deviendraient incapables d'échanger le dioxyde de carbone et l'oxygène efficacement, » expliqua Snape. « Je penche pour la seconde théorie, et je vais essayer de recréer la potion telle que vous et Londubat l'avez préparée. Heureusement, Rusard a réussi à attraper des rats dans le château pour que je puisse tester ma potion sur eux. »
Il désigna du menton une boite dans un coin de la pièce, d'où venaient des bruits de grattements nerveux.
Hermione fit un signe de tête, intéressée, et tendit la main pour attraper le parchemin sur lequel était notée la recette de la potion. Comme d'habitude, sa main passa à travers le document.
« Zut. »
Snape la regarda, par dessus son grand nez, le coin de la lèvre légèrement relevé. « Si vous avez fini de me faire perdre mon temps, Miss Granger, j'ai du travail, et votre présence ne m'aide pas le moins du monde. Du balai. »
« Oui, Monsieur, » répondit-elle avec un petit soupir. « Et merci, au fait. »
« De quoi ? » demanda Snape avec impatience, sur un ton dénué de la moindre curiosité.
« De me parler comme si j'étais réelle. »
Snape leva un sourcil. « Vous êtes réelle, élève ou fantôme. » Et une vraie plaie, suggérait le ton.
« Les vivants – les élèves, je veux dire, sont en général trop mal à l'aise pour m'adresser la parole. Et les autres enseignants, spécialement le Professeur McGonagall, m'appellent 'le fantôme d'Hermione Granger', comme si je n'était qu'un reste de la vraie personne. » Elle soupira. « Ce qui amène la question – est-ce que je ne suis qu'un copie ? Est-ce que la vraie Hermione Granger est au paradis, ou au Walhalla, ou je ne sais quoi, et je ne suis qu'une illusion ? »
« Je pense donc je suis, » cita Snape. « Vous existez. Vous avez un processus de pensée. C'est tout ce que je demande pour considérer quelqu'un comme réel. J'ai toujours refusé de discuter de l'existence et de la localisation de l'âme de quelqu'un. Je ne vais pas commencer avec la votre. »
« Je suis désolée. Je ne voulais pas me plaindre, » » dit rapidement Hermione en regardant ses mains. « C'est juste que… avant ma mort, je pensais que je trouvais finalement ma place dans le monde magique. Et maintenant, mon Professeur préféré ne m'adresse même plus la parole. »
« Minerva McGonagall vous voit comme l'un de ses échecs, » expliqua t'il brusquement. « Malheureusement, elle n'a jamais été douée pour gérer ses échecs. »
« Et vous ? »
« Contrairement à elle, j'ai eu tout loisir d'apprendre à surmonter mes échecs. »
« Non, je voulais dire, est-ce que je suis l'un de vos échecs ? Vous n'avez rien fait de mal. Ce n'est pas de votre faute si je suis morte. »
« Vous êtes morte pendant que vous étiez sous ma responsabilité, Miss Granger. Ça me rend automatiquement responsable. »
Il se montrait si peu concerné qu'il aurait tout aussi bien pu être en train de discuter du temps qu'il faisait ou de l'état du terrain de Quidditch. Hermione se sentit contrariée par sa nonchalance.
« Ca n'a pas l'air de vous affecter. »
« Et que devrai-je faire, Miss Granger ? Déchirer mes vêtements, me jeter du haut de la Tour D'Astronomie ? Hurler à en devenir fou ? Vous n'êtes qu'une de mes victimes, Miss Granger. Pas la première, et très probablement pas la dernière. »
Elle le dévisagea, bouche bée, ce qui sembla renforcer Snape dans son attitude de dédain glacial. Ses mains s'immobilisèrent. « Si vous voulez savoir, Miss Granger, votre mort n'est pas la tragédie de la décennie. Pas même celle de l'année. Cette vieille chatte hautaine dans son corset de fer aura beau se lamenter dans la salle des professeurs sur la perte de votre potentiel, votre mort n'est pas la fin de la vie telle que nous la connaissons. »
La seule réaction qui trahit le Maître de Potion fut celle de ses mains, immobiles sur la table devant lui, qui relâchèrent peu à peu leur prise, jusqu'à ce que de petits morceaux de fleurs et de pétales glissent entre ses longs doigts et tombent sur la table noire polie. « Est-ce que vous avez la moindre idée de la quantité de potentiel que j'ai vu disparaître au cours des années ? De combien de vies se sont interrompues avant que leur heure soit venue ? Cédric Diggory, les Londubat… La liste est interminable, et pourtant la vie continue. Inexorablement. Incessamment. Inévitablement. Pourquoi est-ce que votre décès serait plus qu'une étincelle dans l'ordre de l'univers ? »
Il inspira profondément, et relâcha sa respiration comme par le seul effet de sa volonté. « Bonne nuit, Miss Granger, » dit-il d'un ton neutre, avant de retourner à ses préparatifs.
Hermione prit ses mots comme la fin de conversation qu'ils étaient, et disparut.
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« Ce n'est pas comme si je m'attendais à quoi que ce soit de sa part, » fulminait Hermione peut-être pour la quatrième fois.
Harry et Ron acquiescèrent en silence, n'osant dire un mot. Ils avaient tous les deux réquisitionné le dortoir des septième année et évincé leurs camarades quand Hermione était apparue, visiblement en colère.
Une colère d'Hermione Granger, même décédée, n'était pas à prendre à la légère. Elle faisait les cents pas entre les lits, mais faire les cents pas était une autre de ces activités qui avait perdu de son impact sans corps incarné. « Alors ? » s'impatienta t'elle en se retournant vers eux. Elle ne se rendait pas compte que ses cheveux étaient dans tous les sens à cause de son agitation, et qu'elle faisait carrément peur en ce moment.
« Alors quoi ? » demanda Ron. « Snape te crie dessus depuis la première fois où tu as levé la main dans une de ses classes. »
« Il s'en est pris à moi et à tous les Gryffondors. Et pendant des années je l'ai défendu, je vous ai demandé de lui montrer plus de respect, parce qu'en fait il n'était pas si mauvais. Eh bien si, il est mauvais. C'est un salaud au cœur de pierre ! » finit-elle dans une envolée lyrique.
« Pas vraiment, » dit Harry d'un ton monocorde.
Hermione était bouche bée. « Tu es complètement fou ? Qu'est-ce qui vous est arrivé à tous les deux ? Vous avez toujours été les premiers à dire que Snape était si horrible. Je suis surprise que vous ne l'ayez pas accusé de m'avoir empoisonnée. »
« Eh bien… » Ron hésita. « Il y a bien eu une méchante rumeur qui disant que Snape t'avait empoisonnée parce que tu étais une enfant de moldus et une insupportable je sais tout. »
« C'est pas la première fois qu'on l'entend, celle-là, » s'impatienta Hermione. « Vous n'y avez pas cru, si ? »
« Pas… Pas vraiment, » balbutia Ron. Il échangea avec Harry un regard que leur amie ne vit pas.
« Il a essayé de te sauver, » admit Ron à contrecœur. « Il nous a envoyés chercher Madame Pomfresh, et il appuyait sur ta poitrine pour faire battre ton cœur. Pendant une seconde on a cru qu'il t'embrassait, mais en fait il essayait de faire entrer de l'air dans tes poumons. Je ne me souviens plus comment ça s'appelle. »
« Du bouche à bouche, je pense, » répondit Hermione, stupéfaite. Elle s'assit pour essayer de réconcilier les deux images : celle du professeur qui avait essayé de lui sauver la vie, avec celle de celui qui venait de lui dire que sa mort n'avait aucune importance.
Elle ne remarqua pas que Harry et Ron la dévisageaient tous les deux. Elle n'avait plus besoin de quoi que ce soit pour la soutenir, et elle était assise à un mètre cinquante du sol, perché sur le bord de rien du tout, balançant les pieds d'avant en arrière pendant qu'elle réfléchissait.
« Il a essayé de me sauver la vie, » admit-elle à contre cœur. « Ça ne l'empêche pas pour autant d'être un imbécile malpoli et sans cœur. »
Une fois de plus, Ron et Harry échangèrent un regard, et Hermione grogna. « Ne me dites rien, s'il vous plaît. »
« La nuit avant que tes parents ne viennent te chercher, on avait prévu de se faufiler jusqu'à toi pour couper une mèche de tes cheveux, en souvenir, » commença Ron.
Les deux garçon expliquèrent comment ils s'étaient faufilés sous la Cape d'Invisibilité jusqu'à la petite chapelle où son corps était exposé. Elle n'avait aucun mal à les imaginer en train d'ouvrir la porte de la chapelle, le souffle court.
« Mais quand nous sommes entrés, Snape était déjà là. »
Hermione se redressa. « Mais qu'est-ce qu'il faisait là ? »
Ce fut Harry qui répondit cette fois. « Il était agenouillé au pied de ton cercueil. Il avait le visage dans les mains, et soit il priait, soit il pleurait. » Il remonta ses lunettes. « Je ne pense vraiment pas que Snape soit du genre religieux. »
« Il pleurait, » affirma Ron, en se tortillant un peu, gêné. « Je suis bien placé pour le savoir. J'ai pas mal pleuré moi aussi ces derniers temps. »
« Qu'est ce que vous avez fait ? » demanda t'elle, abasourdie.
« Nous sommes revenus à la Tour de Gryffondor, » répondit Harry.
« Ginny était là, » interrompit Ron.
« Et nous nous sommes assis tous les trois et nous avons pleuré à chaudes larmes. » conclut Harry. « Nous avons eu le cœur brisé quand tu es morte, Hermione, » lui dit-il. « Il l'est toujours. »
La désolation dans la voix de Harry donna à Hermione une envie désespérée de le serrer dans ses bras, mais elle ne pouvait que se tenir là et sentir des larmes fantômes se former dans ses yeux et glisser le long de ses joues.
« Pourquoi est-ce que tu pleurniches ? » demanda Ron, avec une pointe de son humour habituel, même s'il reniflait et s'essuyait le nez sur le dos de sa manche. « C'est nous qui avons perdu notre meilleure amie ! »
« Je vous ai perdus aussi, » renifla Hermione. Fouillant distraitement dans ses poches, elle trouva un mouchoir et s'essuya les yeux. « Vous allez me manquer après votre diplôme. »
« Toi aussi. Peut-être qu'on pourra t'écrire ou quelque chose, » proposa Harry. « Il doit bien y avoir moyen de t'envoyer des lettres ou quelque chose. » Normalement, les hiboux postaux ne trouvaient plus une personne après sa mort, et même si Hedwige était un hibou extraordinaire, ça aurait été un peu trop de demander ça à un oiseau, si talentueux fut-il.
« Nick Quasi Sans Tête reçoit du courrier, parfois, » se souvint Ron. « On devrait lui demander comment il s'y prend. »
« Pourquoi pas ? » approuva Hermione, en remettant le mouchoir dans sa poche. « Il doit être à la cuisine à cette heure de la nuit. Pour je ne sais quelle raison, il aime regarder les elfes de maison travailler. »
« Il aime te regarder toi, aussi, » fit remarquer Ron. Lui et Harry rirent sous cape.
« Tais-toi, Ron, » lui dit-elle avec impatience. « Les garçons… » marmonna t'elle, en ouvrant la route vers les cuisines. Harry et Ron mirent un petit moment à la rejoindre dans le couloir, mais d'un autre côté, eux devaient ouvrir les portes avant de passer.
Le plan, c'est de vous poster un chapitre toutes les trois semaines. Maintenant, comme vous pouvez le voir, des fois… je vais plus vite. benebu
