Zaza, je voudrais te dédicacer le paragraphe dans lequel on voit Snape corriger ses copies. Cadeau. benebu


Discrètement installés dans le tiers supérieur de la partie des tribunes réservées aux Professeurs, Hermione et plusieurs autres fantômes enduraient le vif soleil de mai pour assister à la Finale de Quidditch de la saison. Même si le jeu lui-même était enthousiasmant, les éclairs de brillance occasionnels de Serdaigle contre l'obstination sans faille des Poufsouffle, son résultat n'avait pas la moindre importance. Ces deux équipes avaient toutes les deux été battues à plate couture par Gryffondor plus tôt dans l'année, et Serpentard également avait perdu face à Gryffondor avec une différence de points embarrassante. Pour ensuite être battus par Serdaigle. Quel que soit le score final, la Coupe de Quidditch reviendrait à Gryffondor à la fin du match de la journée.

Pendant qu'Hermione et Sir Nicholas échangeaient des condoléances presque sincères avec la Dame Grise et le Moine Gras, le Baron Sanglant croisait les bras, l'air mécontent. Même si son équipe n'était plus dans la course pour la compétition, le Baron avait supporté les Serdaigles contre les Poufsouffles. Malheureusement, les joueurs de Poufsouffle, déterminés dans leurs robes jaunes, menaient de près de deux cent points quand L'Attrapeur de Serdaigle attrapa le Vif D'Or, mettant fin à la saison de Quidditch. Hermione se demanda un instant si l'Attrapeur de Poufsouffle n'avait pas volontairement laissé son adversaire attraper le Vif D'Or, mais elle en douta vite. Après tout, c'était bien beau d'être bon joueur, mais le Quidditch, c'était le Quidditch.

Une fois que les joueurs du jour eurent quitté le terrain, Madame Bibine siffla et déclara Gryffondor vainqueur du championnat. Dans tout le stade, les élèves commencèrent à applaudir, avec plus ou moins d'enthousiasme, Harry et ses coéquipiers qui sortaient des vestiaires pour la dernière fois dans leurs robes écarlates. Hermione et Nick applaudirent aussi, malgré le peu de bruit que produisaient leurs mains. Comme le reste de leur Maison, ils crièrent 'Bien joué !' quand Harry reçut la coupe des mains de Madame Bibine. Hermione ne pouvait pas s'empêcher d'être fière de Harry et de Ron. Maintenant, il y aurait trois plaques dans la salle des trophées portant le nom de Harry. Bien sûr, celle-ci serait juste à côté de la plaque en l'honneur de Serpentard qui portait le nom de Drago Malefoy, mais Serpentard avait bataillé ferme pour la victoire l'année précédente, et même Ron avait admis à contrecœur qu'ils avaient gagné à la régulière.

Les foules d'élèves joyeux descendirent des gradins sans l'habituelle exubérance qui suivait le dernier match de l'année, mais le vainqueur de la Coupe était connu à l'avance, et les esprits n'avaient pas trouvé matière à s'échauffer plus que ça. La plupart commençaient à discuter de l'école et d'autres préoccupations quotidiennes, tout en retournant vers le château en groupes dispersés. Les autres fantômes s'élevèrent également au dessus du terrain et retournèrent vers leurs abris respectifs, laissant Hermione redescendre vers la base de l'énorme édifice de bois. Les vestiaires des équipes se trouvaient à la base de la structure, disposant d'une entrée indépendante chacun. Chaque porte était marqué de la mascotte de sa maison.

Hermione attendit derrière la porte ornée d'un lion doré pendant ce qu'elle considéra une durée raisonnable, puis elle passa la tête à travers la porte avec précaution. « Tout le monde est décent ? » demanda t'elle à la cantonade. Les Gryffondors n'avaient pas joué, et elle doutait qu'ils soient en train de se changer, mais poser la question était la moindre des choses, puisqu'elle ne pouvait pas frapper.

« Jamais, » répliqua Denis Creevey avec un grand sourire, en récupérant son appareil photo dans son casier. L'optimisme de Denis, qui était maintenant en quatrième année, ne faiblissait jamais, même quand lui et ses camarades Poursuiveurs étaient sous les Cognards de leurs adversaires. 'C'est vraiment exaspérant,' avait une fois confié Ron à Hermione. Néanmoins il était aussi doué sur un balai qu'un appareil photo à la main, et il prévoyait déjà de devenir photographe sportif professionnel à la fin de ses études.

« Oh, Hermione, salut, » marmonna la dernière Gryffondor, une fille dont Hermione n'avait jamais retenu le nom. Une quatrième année elle aussi, qui n'avait jamais cherché à devenir amie avec Hermione avant sa mort. Maintenant, elle raccrochait ses robes de Quidditch à la hâte, et fila du vestiaire en vitesse. « Tu viens ? » appela t'elle Denis en attendant qu'Hermione ait fini de traverser la porte avant de l'ouvrir.

« Oui, je suis prêt, » répondit-il. « A plus tard, » répondit-il en faisant signe de la main à ses équipiers, et suivant son amie. Derrière lui, Ron et Harry répondirent distraitement et s'assirent côte à côte sur le banc en discutant entre eux.

« Eh bien, mes félicitations, encore une fois Gryffondor remporte la Coupe ! »

« Oui, c'est vrai, » répondit Harry.

Hermione leva un sourcil pâle en entendant cette réponse et celle manquant également d'enthousiasme de Ron. « C'est tout ? Qu'est-ce qui est arrivé au duo qui criait à en perdre la voix à chaque victoire ? »

« On se disait simplement, » expliqua Ron, « que c'était fini. On ne jouera plus jamais un autre match de Quidditch pour l'équipe de Gryffondor. Jamais. »

« Oh, » laissa t'elle échapper. « Je vois. La fin d'une époque, tout ça.»

« Je ne m'attendais pas à ce que tu comprennes, » se plaignit Ron.

« Et qu'est-ce que tu veux dire par là ? » demanda Hermione, sèchement.

« Eh bien, tu n'as jamais aimé le Quidditch plus que ça, » répondit-il distraitement, jouant toujours avec ses robes rouges.

Hermione se racla la gorge, et n'en dit pas plus, se réprimandant mentalement d'avoir tiré les mauvaises conclusions. Ron avait fait un commentaire sur le Quidditch, et pas du tout suggérer qu'elle ne pouvait plus rien comprendre aux préoccupations des mortels.

« Allez, » dit Harry à Ron d'un ton décidé, en lui donnant un petit coup d'épaule. Avec une lenteur délibérée, presque de la vénération, il raccrocha sa robe dans son casier et ferma la porte d'un coup sec. « Il y a une fête qui nous attend dans la salle commune. Et il faut qu'on dise à Denis qu'il ne sera pas capitaine l'an prochain. »

« Il s'en fichera, » affirma Ron, « C'est l'un de ces malades qui jouent pour la beauté du sport. »

« Ron, est-ce que je t'ai déjà dit que tu prenais ce jeu bien trop au sérieux ? » demanda Hermione.

« Pas plus d'un millier de fois, » répondit Harry à sa place, avec un grand sourire. « Mais d'habitude, tu m'inclus dans le reproche. Qu'est-ce qui se passe, tu ne m'aimes plus, Hermione ? »

« Oh, la ferme, » répondit-elle, en souriant elle aussi.

Une fois dans le château, Ron et Harry se dirigèrent vers l'escalier principal, pour monter à la Tour de Gryffondor, Hermione flottant devant eux. Les deux garçons venaient juste de passer la marche piège qui marquait le milieu de l'escalier quand une tête se pencha par dessus la rambarde, plusieurs étages au dessus. Le cri impérieux laissa peu de doute quant à l'identité de la personne, mais les cheveux roux auraient été un indice de toute façon.

« Hé ! » hurla Ginny. « Où est-ce que vous étiez passés ? C'est pas grave, » reprit-elle avant qu'ils ne puissent répondre. « On est à court de jus de citrouille. Faudrait que vous redescendiez aux cuisines pour en réclamer aux elfes de maison. »

« Ok, » répondit Harry, en interrompant son ascension. « Remonte, on sera la dans une minute. »

« Et tu disais que j'étais autoritaire ? » demanda Hermione, avec malice. « Au moins, je n'étais pas constamment en colère contre toi. Tu es vraiment sûr de vouloir aller vivre au Terrier avec les Weasley après ton diplôme ? Ginny va faire de ta vie un enfer. »

« Elle te commande encore plus que Maman, » commenta Ron à mi-voix, alors qu'ils tournaient tous les talons pour redescendre les escaliers. « Sérieusement, tu n'aurais jamais dû rompre avec elle. Elle est complètement folle, et je n'ai jamais rencontré personne qui soit aussi rancunier qu'elle peut l'être. »

« Tu ne m'aides pas vraiment, tu sais » se plaignit Harry, prenant la tête et les menant vers un autre escalier pour descendre aux cuisines, deux marches à la fois. « D'abord, tu m'interdis de sortir avec ta sœur. Ensuite, tu me dis que je n'aurais pas dû rompre. Tu veux bien te décider ? »

Ron se contenta de hausser les épaules, il n'avait pas le moindre conseil à donner. Le bas de l'escalier sur lequel ils étaient commença à trembler et bouger et il attrapa la balustrade. Même si elle n'en avait pas besoin, Hermione eut envie de s'accrocher à quelque chose. Mais sa main passa au travers de la balustrade de pierre, et elle fut obligée de se laisser flotter au dessus des escaliers en mouvement. Ils se raccorda à un palier qui n'était plus rattaché à aucun escalier, et qui flottait tranquillement dans les airs. Une personne y était bloquée, attendant de pouvoir monter.

Drago Malefoy fit la grimace en les voyant tous les trois. « Hé, mais on dirait le célèbre Harry Potter. Si seulement le public qui t'aime tant savait que tu es trop stupide pour retrouver ta propre salle commune… Vous êtes sensés aller dans l'autre direction. Tous tes fans doivent t'attendre pour imiter le moindre de tes mouvements, non ? Tout le monde sait que les Gryffondors ne peuvent pas lever le petit doigt si Potter n'est pas là pour leur montrer comment faire. »

Il aurait été difficile d'appeler la grimace fatiguée de Harry un sourire. « Ta gueule, Malefoy. »

« Ouais, dégage, » renchérit Ron, « vas lécher tes blessures en privé. Mieux encore, vas te lécher. »

« Ron ! » s'exclama Hermione, avant de lui accorder un regard résigné. « Ecoutez, pourquoi est-ce que vous ne remontez pas à la Tour, pendant que je descends à la cuisine pour vous ? Je suis sûre que si je lui demande, Dobby sera ravi d'apporter tout ce qu'il faut pour la fête. »

« C'est pas vrai, » se moqua Drago. « La sang-de-bourbe est morte, et elle continue de te dire ce que tu as à faire, Weasley. Est-ce que tu arrives à faire tes lacets sans son aide ? »

« Ferme-la, Malefoy, » lui intima Harry.

« Ou quoi, Potter ? » Malefoy l'inspecta des pieds à la tête. « Tu es peut-être le roi de la basse-cour ici, mais attends un peu qu'on soit sortis de Poudlard ! »

« Tu sais quoi ? » l'interrompit soudain Harry. « J'en ai assez de tes menaces stupides, Malefoy, et tu me fatigues. Tu ne m'a pas intimidé pendant notre première année avec tes deux gardes du corps, et en ce moment tu me fais seulement perdre mon temps. Merci, Hermione, on te voit tout à l'heure, d'accord ? »

Tournant délibérément le dos, Harry recommença à monter les escalier, dédaignant l'existence même de Drago. Ron marqua son accord par un reniflement et suivit son ami.

Hors de lui, Drago posa le pied sur la première marche, dans l'intention de les suivre, mais n'alla pas plus loin en réalisant que la silhouette fantomatique d'Hermione lui bloquait la route. « Bouge de là, » ordonna t'il, mal à l'aise.

« Si je veux, » répliqua Hermione. Elle resta exactement où elle était sur l'escalier, sachant que le froid qu'elle dégageait irradiait vers lui tout autant qu'elle pouvait ressentir sa chaleur corporelle. Les humains semblaient incroyablement chauds pour les fantômes, elle s'en était rendu compte la fois où elle avait par accident traversé le bras de Ron : pour elle ça avait été comme ce plonger le bras dans du porridge brûlant.

« Je n'ai pas peur de toi, sang-de-bourbe. Tu es morte, juste pas tout à fait aussi morte que tu devrais l'être. »

« Tu n'as pas peur ? Même pas un peu ? » Elle sourit malicieusement et descendit lentement une marche de plus. Coincé entre battre en retraite, ou la laisser le toucher, Drago attendit que sa robe fantomatique soit à deux doigts de toucher son torse avant de faire un pas en arrière, sans jamais cesser de la fixer d'un regard haineux.

Hermione lui sourit, doucement, délibérément avant de se détourner soudain pour traverser la balustrade de pierre. Les mains légèrement en avant, elle flotta au dessus du vide et fixa Malefoy, les yeux plissés, pensant à regret à toutes ces choses que le Baron Sanglant et la Dame Grise lui avaient appris que les fantômes de Poudlard ne pouvaient pas faire à un vivant.

« Si tu étais seulement à moitié aussi intelligent que tu prétends l'être, Drago Malefoy, tu aurais très peur de moi. »

Le Serpentard marmonna quelque chose dans sa barbe, mais n'ajouta rien de plus quand Hermione se mit à descendre, accélérant et ricochant en arrivant en bas. Sir Nicholas lui avait appris à voler dans les airs aussi bien que n'importe quel hibou de l'école, et elle prenait plaisir à profiter de cette liberté, même si c'était pour épater la galerie. A dire vrai, elle avait toujours pensé que cette façon de tourbillonner en vol était un peu exagérée (sans oublier qu'elle lui rappelait Mimi Geignarde en train de disparaître dans ses toilettes), mais elle devait admettre que c'était une manière de faire une sortie dramatique tout à fait impressionnante.

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Mai se transforma en juin, et les élèves de septième année devinrent de plus en plus nerveux au fur et à mesure que les ASPICs approchaient. Madame Pince fut forcée à plusieurs reprises de venir arbitrer des disputes au sujet de livres de référence qui étaient sur le point de dégénérer en matches de boxe. Tout le monde était à cran, et la plupart des élèves avaient les yeux rougis par le manque de sommeil et l'abus de caféine. Madame Pomfresh fit ses habituelles tentatives pour convaincre qu'on devait servir moins de café aux élèves, et comme tous les ans Minerva McGonagall prétendit qu'elle allait réfléchir à la question. En fait, elle avait convaincu les elfes de maison de toujours tenir de bonnes réserves de café pour quiconque viendrait en réclamer en cuisine avant minuit. Ceux qui se présentaient après minuit n'obtenaient que du lait chaud.

Même si la plupart des élèves n'auraient jamais demandé d'aide à l'ancienne préfète en chef pour leurs révisions, ils ne refusaient pas d'écouter ses mises en garde lors de leurs déplacements. Incapable de participer d'une autre manière, Hermione passa de nombreuses soirées à faire le guet, prévenant si Rusard ou son chat approchaient. Elle connaissait bien les bas étages maintenant, et elle permit à plus d'un élève d'échapper à une retenue. Les plus jeunes discutaient avec elle à l'occasion, oubliant qu'il y avait encore quelques mois elle était l'une d'entre eux.

Ce fut une de ces nuits, une semaine avant les examens, que Drago Malefoy s'aventura dans les cuisines pour ordonner bien fort à un elfe qui était toujours dans les parages de lui préparer un sandwich. L'elfe de maison s'exécuta avec joie. Hermione prit un air dégoûtée en voyant ce comportement servile, mais comme elle était toujours invisible, l'elfe n'en fut nullement perturbé.

Pendant que l'elfe servait à Malefoy son sandwich, accompagné d'un verre de limonade et d'une pomme coupé en quartiers rigoureusement identiques, Hermione attendait le bon moment. Elle s'installa sur le banc en face du blondinet de Serpentard, choisissant le moment où il était au milieu d'une énorme bouchée, son verre aux lèvres pour faire descendre le sandwich.

« Tu es une petit crétin pitoyable et arrogant, Drago, et j'espère que les elfes sont en train de t'empoisonner pour te faire regretter de les traiter aussi mal, » affirma t'elle, se matérialisant au même moment.

Les jumeaux Weasley auraient été fiers d'elle : Drago s'étouffa et cracha le sandwich à moitié mastiqué et imbibé de limonade qui survola la table et traversa la silhouette transparente d'Hermione. Pendant un bon moment, il toussait trop pour pouvoir articuler plus que quelque insultes sans suite.

« Putain de merde, Granger ! » s'écria t'il, le visage rouge autant de rage que d'asphyxie partielle. « Est-ce que tu essaies de me tuer ? »

« Ne vas pas croire que cette idée ne m'a pas traversé l'esprit, » répondit-elle. « Mais contrairement à toi, il me reste quelques scrupules. Je ne vais pas essayer de te tuer parce que tu es la personne la plus odieuse que porte cette Terre. Et puis, te regarder souffrir est tellement plus drôle. »

Drago s'essuya la bouche du revers de la manche, la fusillant du regard. « Pourquoi est-ce que tu n'es pas en territoire Gryffondor, en train de faire travailler les deux idiots ? Il n'auront jamais leur diplôme si tu n'es pas là pour leur tenir la main. Il faut vraiment que je rappelle au Professeur Snape de bannir les fantômes de la Grande Salle pendant les examens pour que tu ne puisse pas leur souffler les réponses. »

Hermione lui accorda un regard dégoûté. Elle avait récemment passé une bonne partie de son temps à faire réviser Harry et Ron pour leurs dernières semaines de cours, et ils n'étaient pas aussi prêts qu'elle l'aurait voulu. Quand elle le leur avait dit, les deux garçons avaient levé les yeux au ciel et prétendu qu'elle se faisait du souci pour rien.

« Il y a des gens, Drago, qui peuvent se débrouiller tout seul. Ils n'ont pas de papa plein aux as pour leur acheter leur place dans l'équipe de Quidditch, ou leur trouver un travail dans l'entreprise familiale. »

« Mon père ne m'achète rien. Quand je sortirai d'ici, c'est moi qui gérerai la fortune familiale. » Lui rappela Malefoy avec son habituel sourire supérieur. Officiellement, Lucius Malefoy était toujours un fugitif. Cependant, la voix de Drago manquait un peu d'assurance.

« C'est vrai ? » demanda Hermione. « Tu ne vas pas plutôt prendre la marque des Ténèbres comme la moitié des Serpentards ? »

« Ferme-la, sang-de-bourbe. Tu ne sais pas de quoi tu parles. »

« J'en sais plus que tu ne le crois, » rétorqua t'elle. « Le mois dernier, j'ai vu le Professeur Snape revenir de la Forêt Interdite les robes tachées de sang. J'imagine qu'il ne revenait pas d'une promenade digestive… »

En fait, Snape avait ce soir-là aidé Hagrid à rattraper une araignée géante qui s'était éloignée de son nid dans la Forêt Interdite, mais Hermione ne jugea pas utile d'apporter cette précision. Elle doutait que Malefoy connaisse la fréquence des convocations de Voldemort.

De façon inattendue, Drago tressaillit et détourna le regard. Sans un mot de plus, il vida son verre et le reposa sur son assiette, à côté de son sandwich abandonné. Il ramassa rapidement les quartiers de pommes et les enveloppa dans un mouchoir qu'il sortit de sa poche. Rangeant ce butin dans ses robes, il se leva et se dirigea vers la porte.

Hermione le regardait depuis la table, et elle fut un peu surprise quand il s'arrêta, la main sur la poignée. Apparemment, il réfléchissait à quelque chose, et finalement il se retourna vers elle. Pour une fois, il n'avait pas son air supérieur habituel. En fait, si elle ne le connaissait pas depuis si longtemps, Hermione aurait pu croire qu'il était troublé.

« Est-ce que tu as eu mal ? » demanda t'il, et immédiatement il eut l'air de regretter sa question.

Hermione se leva de la table et flotta vers le jeune homme. « Quand je suis morte ? » précisa t'elle.

Il acquiesça, mal à l'aise, les joues rouges.

« Non, » admit-elle finalement. « Je n'ai pas eu mal. Mais par contre ça m'a mise royalement en colère, parce qu'il me restait énormément de choses à faire. »

« Par exemple ? » demanda t'il, toujours sur un ton presque normal.

« Voyons… Passer mes ASPICs, obtenir mon diplôme… Contribuer à la défaite de Voldemort. »

« Tu risques d'attendre un bon moment pour celle-là, » l'avertit-il.

A ces mots, Hermione sourit. Elle avait bien plus de temps devant elle que Drago ne pouvait se le représenter. « Dis-moi, Drago. Est-ce que tu crois vraiment que Voldemort va gagner ? Qu'il va tuer Harry, et Ron, et tous ceux qui ne correspondent pas aux idées de ton père sur une société idéale ? Qu'on verra des sang-mêlés et des enfants de moldus pendus à tous les coins de rue ? »

Pour une fois dans sa vie, Drago n'avait pas de réponse immédiate. Quand le tableau de la coupe de fruits bascula pour révéler Harry Potter, Hermione sut qu'il ne répondrait jamais.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda tranquillement Harry, en jetant à Drago un regard méfiant.

« Rien de spécial, » répondit Hermione. « Drago et moi parlions de la mort. »

« Je croyais que tu savais tout à ce sujet, » affirma Harry à Drago. « Tu n'as pas de problème pour en parler à tout bout de champ. »

Drago grimaça et déglutit. Sa bouche se tordit, et il se mordilla la lèvre. Il lui fallut un long moment avant de dire quoi que ce soit. « Je n'avais jamais vu personne mourir avant, » admit-il, presque à contre-cœur, « mais je peux voir les Sombrals maintenant. »

« Ce n'est pas ce à quoi tu t'attendais ? » demanda sobrement Harry. Les yeux pâles de Drago rencontrèrent ceux de Harry, et la compréhension qu'il y lut le fit tressaillir.

« Granger – quand elle est morte… » Le jeune homme se força à finir sa question. « Est-ce que ça ressemblait à la mort de Diggory ? »

« Non, pas vraiment, » répondit pensivement Harry, fronçant les sourcils pour mieux se concentrer. « Lui, il a eu l'air – surpris, avant tout. Hermione a juste donné l'impression de s'endormir. »

« Mon père m'a dit que quand on tuait quelqu'un on se sentait aussi puissant qu'un dieu, » avoua Drago. « Je ne comprends pas ce qu'il veut dire. Comment est-ce que ça peut donner une impression de pouvoir ? » Il déglutit, l'ai pâle et un peu perdu. « Je ne comprends plus rien à rien. »

« Tu n'es pas ton père, » lui dit Harry. « Tu n'as pas à ressentir ce qu'il ressent. »

« Ou à croire ce qu'il croit, Potter ? » ironisa soudain Drago, comme s'il se souvenait finalement qu'il discutait avec son ennemi de toujours. « Tu crois que tu peux me sauver des griffes maléfiques de mon père ? »

« Est-ce que tu as envie d'être sauvé ? » demanda Harry.

Drago s'affaissa un peu, mais ne répondit rien. Au lieu de ça, il leur tourna le dos avec insolence et retourna vers le dortoir des Serpentards. Harry tourna la tête vers Hermione, comme pour lui demander ce qu'elle en pensait, et elle ne put que hausser les épaules.

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Quand les examens commencèrent finalement, Hermione se rendit compte qu'elle ne supportait plus de fréquenter les élèves. Les entendre tous discuter des dissertations qu'ils avaient dû écrire, et se demander les uns les autres quelle réponse ils avaient donné à telle question l'énervait à tel point qu'elle se précipitait au dernier étage du château. Mais même là elle ne pouvait trouver refuge. Tous les endroits où elle pensait pouvoir s'isoler tranquillement étaient déjà occupés par des couple d'élèves qui profitaient de leurs derniers moments ensemble avant d'être séparés par les vacances. Hermione n'était pas loin de se mettre à la recherche de Miss Teigne pour qu'elle vienne chasser les élèves des places qu'elle voulait hanter.

Au lieu de ça, Hermione rassembla tout son courage et se mit à le recherche de Mimi Geignarde. Bon, elle n'était pas compliquée à trouver ; Mimi quittait rarement les toilettes des filles du troisième étage, et même quand elle n'y était pas on pouvait l'entendre geindre et pleurer à bonne distance. L'autre fantôme se montra méfiante, mais se laissa finalement convaincre que Hermione voulait véritablement et sincèrement visiter l'intégralité des tuyauteries de Poudlard.

Deux jours plus tard, Hermione et Mimi ressortirent de la gouttière de la cour principale. Mimi irradiait presque de satisfaction d'avoir pu apprendre quelque chose à la je-sais-tout de Gryffondor, et Hermione avec un sourire un peu crispé. C'était un moyen intéressant de se déplacer dans Poudlard, et elle se disait que ça pourrait lui servir de le connaître à un moment ou à un autre à l'avenir. Mais elle ne pensait pas que de savoir retrouver les salles de bains des garçons des quatre Maisons avait été un point indispensable. Franchement, elle se posait des questions au sujet de Mimi, et c'était bien une autre chose à laquelle elle aurait préféré ne pas penser.

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Severus Snape but les dernières gouttes amères de son thé et reposa sa tasse en équilibre instable sur la pile de copies qui était sur le coin de son bureau. Ce devaient être celles des quatrième année, puisque les copies des cinquième année de 'BUSE' étaient comme toujours au centre du bureau d'acajou noir. Sur l'étagère derrière lui, un bocal contenant un spécimen si ancien que lui-même ne savait avec certitude à quel espèce il avait appartenu servait de presse-papier à d'autres copies.

Sur une chaise toute proche s'empilaient d'autres copies encore, celles des examens d'ASPIC des septième année. Par bonheur, celles-ci étaient déjà corrigées, et chacune portait les derniers sarcasmes auxquels son auteur aurait jamais droit venant de lui. Il était bien plus de minuit, mais Snape avait peu d'espoir de venir à bout de ses corrections avant le lever du soleil. La fin de l'année scolaire était le moment où son insomnie légendaire se révélait utile. Une théière pleine, un pot d'encre rouge neuf, format économique, et il était paré.

Le bruit discret d'un raclement de gorge féminin se fit entendre quelque part dans la pièce, et une silhouette se matérialisa.

« Est-ce que je peux vous demander un instant, Professeur ? »

« Non, vous ne pouvez pas, » répliqua t'il sans même lever les yeux. Son fantôme personnel ne lui avait pas manqué ces jours derniers, et il entendait que ça continue pour aussi longtemps qu'elle réussirait à se tenir à distance. Il continua à laisser courir sa plume sur le parchemin, faisant fi de sa présence.

Hermione se tordit les mains dans le dos, consternée. Les choses commençaient mal, et sa détermination fondait comme neige au soleil. Elle ne savait même pas si ce qu'elle voulait demander était possible, mais d'entendre ses amis discuter des examens avait trop dur. L'attitude d'acceptation qu'elle s'était efforcée d'adopter s'était évaporée, et c'est pour ça qu'elle se retrouvait là, essayant de demander une faveur au Professeur le plus hostile qu'elle ait jamais eu.

« S'il vous plaît, Professeur, j'aimerais beaucoup passer mon ASPIC de Potions. »

La plume s'arrêta brutalement, et les yeux noirs de Snape fixèrent soudain Hermione intensément. « Vous n'êtes pas sérieuse, » lui dit-il, sur un ton de reproche.

« Si, je suis très sérieuse, » répliqua t'elle. « Je suis morte avant d'avoir pu finir mes études à Poudlard. Je voudrais y remédier. »

Avec un soupir désobligeant, Snape recommença ses corrections. « Alors allez ennuyer votre la directrice de votre Maison, au lieu de moi. »

« Vous êtes le moins susceptible d'accepter, » lui expliqua franchement Hermione. « Je me suis dit que si je pouvais vous convaincre le premier, les autres professeurs accepteraient aussi. »

« La réponse est toujours non, » répondit-il. « Je suis occupé, je n'ai pas le temps de vous aider à poursuivre des chimères. »

« Je vous en prie, Professeur Snape. Une copie de plus ou de moins ne va pas changer grand chose pour vous… »

« Une de plus ! » aboya Snape, en claquant la main sur la pile de parchemin la plus proche. « Une dernière goutte d'eau pour faire déborder le vase, c'est ça ? La réponse est non, Miss Granger, et je vous ordonne de sortir d'ici et de me laisser tranquille ! »

Au lieu d'être intimidée par les cris tonitruants du Maître de Potions, Hermione le fusilla du regard. « J'aurais pensé, Monsieur, qu'étant données les circonstances de ma mort, et compte tenu du fait que j'aurais passé cet examen – SI je n'étais pas morte avant – vous vous seriez montré plus accommodant concernant ma demande. » s'entêta t'elle. « Vous conviendrez que je me suis montrée très raisonnable. De nombreux fantômes reviennent en colère et très malheureux. On dit qu'ils sont capable de rendre l'endroit où ils sont morts invivable. J'aurais pu infliger cela à votre salle de classe. »

« Et j'aurais pu vous faire Bannir. » rétorqua sèchement Snape.

« Mais on ne peut me forcer à rester qu'à l'endroit où je suis morte. » Sans le quitter du regard, elle virevolta dans l'air pour aller flotter au dessus de son ancienne table. « C'était ici, n'est-ce pas ? Vous pourriez me faire Bannir tout juste ici, Professeur, et je soufflerai des conseils à tous les Londubat qui franchiront ces portes jusqu'à la fin de votre existence ! »

« D'accord ! » rugit Snape. Sa mâchoire crispée se détendit soudain. « Vous pourrez passer votre ASPIC de Potions, Miss Granger – dès que vous pourrez tenir une plume pour écrire vos réponses. »

Hermione était bouche bée, horrifiée. « Mais je ne peux pas le faire ! »

« Vous ne pouvez pas ? Quel dommage. » Son manque de sympathie était évident, et il souriait légèrement en trempant sa plume dans son flacon d'encre. Elle aurait juré qu'elle l'entendait fredonner.

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Le bruit se calmait dans la salle commune, et Hermione regardait Harry et Ron disputer leur dernière partie d'échecs dans leur dortoir. On pouvait toujours entendre Seamus Finnigan qui chantait une chanson coquine pour Lavande et plusieurs autres filles, mais la traditionnelle fête de fin d'année arrivait à son terme. Dean Thomas était déjà en train de ronfler sur son lit, tout habillé. Neville, de son côté, avait été vu pour la dernière fois quand il s'était glissé hors de la Tour pour aller rejoindre sa petite amie, une Poufsouffle qui n'était peut-être qu'en cinquième année, mais n'avait pas sa pareille pour trouver des endroits peu fréquentés pour leurs rendez-vous.

Dans quelques heures maintenant ils seraient à bord du Poudlard Express, retournant vers Londres, vers le Terrier, et vers le reste de leurs vies. Hermione avait du mal à conserver sa nonchalance pendant qu'ils discutaient tranquillement tous les trois. Elle essayait de répondre avec enthousiasme à Harry qui discutait des différentes propositions d'emploi qu'il avait reçues, pendant que Ron hésitait de son côté entre un apprentissage de Briseur de Sortilèges, comme son frère, ou entrer au Ministère dans le même Département que son père.

« Alors, le vieux salaud n'a pas accepté ? Quelque part, je ne suis pas vraiment surpris. C'est tout à fait son genre de profiter d'un détail technique pour ne pas en faire plus que ce à quoi il est obligé. » La tolérance de Harry pour Snape avait atteint un plus bas historique après l'examen final de potions qui s'était révélé épuisant.

« Est-ce que le fait de passer tes ASPICs te permettrait de ne plus être un fantôme ? » demanda Ron, en écoutant distraitement, parce qu'il était en train de démolir méthodiquement la défense de Harry.

« Eh bien, on m'a expliqué que je n'étais pas passée de l'autre côté parce qu'il y avait des choses qui me tenaient à cœur que je n'avais pas pu accomplir. Si je ne peux pas les faire maintenant, j'imagine que je suis coincée ici. » Hermione haussa les épaules et s'adossa à rien du tout. Elle était plus ou moins perchée sur le dossier de la chaise de Ron. Il était assis sur le bord, penché en avant pour mieux étudier l'échiquier.

« Nick avait dit qu'il avait peur de la mort, » rappela Harry. « Moi, j'ai eu l'impression qu'une fois qu'on était fantôme, on était là pour un moment. »

« Probablement, » dit Hermione avec un soupir. « Bon, d'accord. Je ne passerai jamais mes ASPICs. Je finirai bien par me faire à cette idée un jour ou l'autre. »

« Est-ce qu'il y a autre chose que tu n'as pas pu finir ? A part les ASPICs, je veux dire, » demanda Harry, qui bougea sa tour vers Ron en ne regardant que distraitement l'échiquier.

« Elle n'a pas encore lu tous les livres de la bibliothèque, » marmonna Ron. Embêté, il bougea une pièce, puis, se ravisant, la remit en place.

Hermione fit une grimace dans son dos. « Et je ne pourrais plus le faire maintenant. Je ne peux pas lire à moins que quelqu'un ne me tienne le livre. »

« Qu'est-ce qui t'en empêche ? » demanda distraitement Ron. « Tu peux t'asseoir, non ? Tu veux dire que ton cul est capable de faire une chose et que tes mains n'y arrivent pas ? »

Pendant un long moment, Hermione resta simplement là, bouche bée, avant de baisser les yeux vers le dossier de chaise qui lui tenait lieu de siège. « Par la barbe de Merlin ! » s'exclama t'elle enfin d'un ton dégoûté. « Comment fais tu pour exprimer si vulgairement une réponse que ton cerveau a trouvé avec tant de clarté ? »

« J'sais pas. J'ai toujours fait comme ça, » admit Ron, nullement gêné. « Désolé, mec. Echec. »

Harry étudia l'échiquier, penchant la tête de côté avant d'adresser un signe de tête à son fou, qui se tenait innocemment sur un bord de l'échiquier. Avec un air fier, la pièce avança, réduisit en miette la reine de Ron d'un simple coup de sa masse d'armes, puis croisa les bras et fusilla du regard le roi adverse qui était sur sa diagonale.

« Echec et mat, » annonça Harry. « Chouette partie, non ? »

Pendant que Ron faisait des bruits curieux, Harry continua la discussion avec Hermione. « Il a peut-être une piste, tu sais, Hermione. J'ai déjà vu la Dame Grise faire de la broderie, et le Professeur Binns note toujours nos devoirs. Je ne suis pas absolument sûr qu'il les lise, mais il les note. Il doit y avoir un moyen pour les fantômes de tenir les objets. »

« Oui, regarde un peu Peeves. Il n'arrête pas de tout chambouler, » intervint Ron, qui, s'il n'avait pas accepté très gracieusement sa défaite, n'arborait plus maintenant qu'une grimace amère. « Il te suffit de comprendre comment. »

Remettant les pièces dans leur boite, Harry rangea le jeu sur le coffre de Ron. « Tu auras tout le temps qu'il te faut pour chercher une fois que nous ne serons plus dans tes pattes. » Cette tentative de faire de l'humour échoua lamentablement, et il referma doucement son propre coffre. « Tu vas nous manquer, Hermione. »

« Vous me manquerez aussi, » répondit-elle, souriant bravement, et absolument déterminée à ne pas laisser échapper ses larmes. Sa résolution tint bon pendant que les garçons remballaient leurs toutes dernières affaires, faisant disparaître toute trace de leur présence dans la pièce qu'ils avaient occupée pendant sept ans. Elle tint bon pendant que Harry expliquait à Hedwige comment déposer des lettres à un endroit spécifique, plutôt qu'à une personne, comme le leur avait conseillé Nick Quasi Sans Tête.

Elle resta maîtresse d'elle-même pendant la course folle pour arriver à la gare sans rien oublier le lendemain matin. Tout le monde courait, s'embrassait et se promettait de rester en contact, quoi qu'il arrive. Quand le train qui s'éloignait en laissant derrière lui un nuage de fumée quasiment de la même couleur que sa robe fantomatique fut si loin que Harry et Ron qui lui faisaient signe rentrèrent les bras à l'intérieur du compartiment, Hermione éclata en sanglots et alla se réfugier dans les ombres du couloir du troisième étage, dans la pièce même où ils avaient vécu leur première véritable aventure ensemble, pour pleurer tout son soûl.