Après avoir passé une journée et une nuit entière à pleurer dans le couloir du troisième étage, Hermione se força à relever la tête et à être raisonnable. Rassemblant sa détermination encore faiblarde, elle lissa sa robe, remonta sa chaussette qui s'obstinait à descendre, et essuya ses dernières larmes avec un mouchoir, qu'elle remit ensuite dans la poche où elle l'avait trouvé. Se sentant mieux, à défaut d'être tout à fait prête à affronter le monde, elle traversa la porte de bois et se mit à la recherche de réponses. Elle avait passé bien assez de temps à imiter Mimi Geignarde. Elle avait un problème à résoudre.

Ironiquement, aussitôt qu'elle quitta le couloir du troisième étage et commença à descendre vers les étages inférieurs du château, une source potentielle d'information se manifesta à elle. Guidée par les bruits de cris et de jurons étouffés qui accompagnaient des chants (atrocement faux), Hermione délaissa l'escalier principal pour s'engager dans un escalier moins fréquenté.

Peeves, l'Esprit Frappeur bigarré et probablement le spectre le plus connu de Poudlard, tourmentait les portraits suspendus aux murs en chantonnant une chanson obscène dont il inventait les paroles au fur et à mesure. La plupart des personnages parvenaient à se glisser d'un tableau à l'autre, mais quelques uns n'étaient pas assez rapides et se retrouvaient prisonniers de leur cadre pendant que Peeves les décrochait du mur et les faisait tourbillonner follement jusqu'à ce que leur occupant crie pour lui demander grâce. A ces cris, le petit spectre vindicatif ne faisait que changer de direction en riant aux éclats.

Heureusement pour les portraits, Peeves s'ennuyait très facilement. Si la réaction de sa victime n'était pas suffisamment paniquée, il l'abandonnait rapidement pour passer à la suivante. Quelques uns des tableaux, cependant, étaient plus solidement accrochés au mur. Peeves grogna et jura en voyant qu'il ne parvenait pas à les décrocher, et se contenta de les faire pencher d'un côté ou de l'autre, parvenant parfois à en retourner certains sens dessus dessous. En ricanant, il regardait les sujets des portraits éviter les meubles qui leur tombaient dessus tout en essayant de conserver leurs chapeaux sur leurs têtes et tenter de conserver un air digne alors qu'ils avaient la tête en bas.

En le regardant semer la panique, Hermione fut intriguée. « Comment est-ce que tu fais ça ? » demanda t'elle en forçant la voix.

« Comment je fais quoi ? » demanda Peeves, soupçonneux. Il venait juste de casser la ficelle qui retenait un petit paysage, dans lequel une petite bergère surveillait son troupeau, et il le balançait de droite à gauche, insensible aux cris de la jeune fille comme au bêlement des moutons qu'elle s'était refusée à abandonner.

« Comment tu bouges des choses ? » précisa t'elle. « Je ne peux rien toucher. »

Se grattant pensivement le menton, Peeves lui lança un regard calculateur. « Qu'est-ce que j'y gagne, moi ? »

Hermione réfléchit rapidement à la question. « Il se trouve que je suis amie avec Fred et George Weasley. Je peux me débrouiller pour qu'ils t'envoient un colis des Farces pour Sorciers Facétieux. »

L'Esprit Frappeur ricana et se frotta joyeusement les mains, laissant tomber la malheureuse bergère au sol avec les autres tableaux. Il avait beaucoup d'estime pour les jumeaux Weasley depuis leur départ en fanfare deux années auparavant, principalement parce qu'ils étaient les seuls humains qui aient jamais réussi à causer autant de désordre que lui. Un sourire maniaque lui barra le visage, révélant ses dents espacées comme les piquets d'une clôture.

« Et tout ce que tu veux savoir c'est comment je fais pour bouger les choses ? »

« Exactement. Apprends-moi à faire ça et je leur demanderai de t'envoyer un de leurs produits expérimentaux – des choses qu'ils n'auront pas encore mises en vente. Tu serais le premier à les avoir. »

Peeves commença à remuer les jambes, comme s'il dansait une espèce de gigue affreuse dans les airs. « Oh, l'affreux Rusard va en avoir les yeux qui sortent de la tête ! Oh, oh, oh, oh, OUI ! » caqueta t'il.

« Mais pas avant que tu ne m'aies appris, » lui rappela Hermione, qui commençait à avoir un mauvais pressentiment à propos de toute cette affaire. Elle ne fut aucunement rassurée quand Peeves arrêta brusquement sa danse pour l'évaluer une nouvelle fois du regard. »

« Tu veux savoir ? Tu veux VRAIMENT savoir ? »

« Je n'aurais pas demandé si je ne voulais pas savoir, » grogna Hermione.

« Je bouge les choses parce que je peux le faire ! » caqueta t'il follement, avant d'attraper ses pieds exagérément longs pour se laisser rouler jusqu'en bas de l'escalier. Hermione regarda, les yeux plissés, l'Esprit Frappeur multicolore rebondir sur les marches, avant de ricocher sur le palier.

« Ce n'est qu'une saleté de psychopathe fini, » marmonna t'elle pour elle même en soupirant. Du sol, un mouton laissa échapper un bêlement plaintif, comme pour l'approuver.

Sachant que la réponse ne pouvait certainement pas être aussi simple, Hermione se demanda quelle serait la prochaine personne à qui elle pourrait poser ses questions sur les fantômes et le mouvement des objets inanimés. Il était hors de question d'essayer de toucher des créatures vivantes, elles étaient d'un contact bien trop désagréables. Le Baron Sanglant lui avait dit que c'était parce que les créatures vivantes et les fantômes avaient des énergies incompatibles. Elle supposait que c'était un phénomène comparable aux polarités positives et négatives, mais c'était une hypothèse qu'elle poursuivrait à un autre moment. La question du jour était la manipulation des objets, et plus elle y pensait, plus Hermione commençait à se dire que Mimi Geignarde pourrait être une source d'informations précieuse sur le sujet.

Malheureusement, Mimi Geignarde ne l'aida pas plus que Peeves ne l'avait fait. Quand Hermione lui demanda comment elle faisait pour inonder les toilettes des filles, Mimi lui répondit qu'elle n'en savait rien, que les toilettes semblaient déborder d'elles-mêmes à chaque fois qu'elle était bouleversée. Rien que d'en parler, les yeux clos comme pour mieux visualiser la scène, Mimi avait les larmes aux yeux et elle s'enfuit vers ses toilettes. Il ne resta à Hermione qu'à regarder l'eau jaillir en geysers et se répandre en vagues sur le sol, accompagnée par les plaintes de Mimi qui résonnaient dans la tuyauterie.

N'ayant plus comme option que de poser la question au Professeur Binns ou de trouver la réponse toute seule, Hermione choisit de battre en retraite vers l'endroit où elle était morte pour réfléchir à la question. La réponse était là, juste à sa portée, elle en était persuadée. Si elle parvenait à aligner toutes les pièces qu'elle avait à l'esprit dans le bon ordre, la réponse lui apparaîtrait dans un glorieux éclair de déduction.

Pendant un moment elle creusa la piste de la magie élémentaire, que les enfants font sans même en avoir conscience, mais elle abandonna vite cette idée. La magie élémentaire impliquait que des créatures vivantes accomplissent des sorts sans rien toucher. Elle était une créature non-vivante, qui voulait pouvoir toucher des objets sans l'aide de la magie.

Profondément plongée dans ses propres pensées, Hermione ne prêta que peu d'attention à Severus Snape qui entra dans sa salle de classe des cachots. Lui, cependant, la remarqua, et pinça ses lèvres déjà fines en la voyant flotter sans but près du plafond.

« Miss Granger, j'apprécierais que vous n'encombriez pas mon plafond. » Son ton ne permettait pas de douter que c'était un ordre.

« Je réfléchis, » marmonna t'elle, sans lui accorder plus d'attention.

« Allez le faire ailleurs. »

« Je suis très bien où je suis, » répliqua t'elle avec une pointe de défi. C'était le cas, en fait. Elle pensait mieux ici parce que c'était l'endroit où elle était morte et parce que ça avait la salle dans laquelle elle avait assisté aux cours les plus exigeants.

« Malheureusement je tiens à vous rappeler que c'est ma salle de classe, Miss Granger, » commença t'il en commençant à chercher quelque chose dans les textes qu'il avait sur son bureau.

« Seulement pour la durée de votre carrière, Monsieur, » l'interrompit-elle. « Mon bail semble avoir une durée un peu plus longue. Quand vous serez mort et enterré, je serai toujours là. »

Snape lui lança un regard mauvais, avant de plisser les yeux, calculateur. « Vous vous rendez compte que je peux voir votre culotte ? » demanda t'il d'un ton neutre.

Sans même y réfléchir Hermione flotta vers le sol, les mains plaquées sur ses cuisses pour être sûre que ses robes noires sans poids ne se soulèvent pas trop. « Attendez, » protesta t'elle. « Vous ne pouviez absolument rien voir. Et je ne suis même pas sûre de porter une culotte. »

« Peut-être, » répliqua t'il, « mais je vous ai décollée de mon plafond. »

Severus s'autorisa un petit sourire supérieur en se rendant compte qu'elle ne répondait pas. Quand il eut trouvé le livre qu'il cherchait, il leva les yeux pour vérifier si elle avait enfin quitté la pièce. Cet espoir fut déçu, Hermione se tenait immobile, un mouchoir chiffonné à la main. Mais ce furent ses yeux écarquillés qui attirèrent son attention, c'était une expression saisissante chez un fantôme. Ensuite, à son horreur, elle commença à se déshabiller. Elle retira sa longue robe noire d'élève, pour se retrouver en uniforme. Son pull gris de l'école était noué autour de sa taille. Elle le détacha aussi.

« MISS GRANGER ! Voulez-vous éviter de vous déshabiller au milieu de ma salle de classe ! »

« Hein ? Oh, je ne me déshabille pas, vous faites erreur, Professeur. Je voulais juste savoir ce qui arrivait à mes vêtements. » Elle regarda les vêtements fantômes qui étaient posés, transparents et superposés, sur le dossier d'une chaise toute proche. « C'est bizarre. »

Snape poussa un soupir de martyr. « Je vais certainement regretter d'avoir posé cette question, Miss Granger, mais qu'est-ce qui est bizarre ? »

« Eh bien, je me souviens d'avoir vu plusieurs des fantômes se mettre sur leur trente et un pour nous chanter des chants de Noël pendant l'hiver. Et Sir Nicholas a toute une collection de collerettes qu'il change en fonction du temps qu'il fait. D'où viennent tous ces vêtements ? »

Hermione ramassa ses robes d'élève et fronça les sourcils. Reconnaissant cette expression furieuse comme celle d'une profonde réflexion, et intrigué malgré lui, Snape resta silencieux. Plus vite elle aurait résolu son problème, et plus vite elle serait hors de ses cachots.

Quelques instants plus tard, le vêtement noir qu'Hermione avait à la main s'allongea, ses bords se chiffonnèrent et s'ornèrent de mousseline. En virevoltant, Hermione posa sa nouvelle cape sur ses épaules, les bords vaporeux apportant l'effet dramatique qui seyait à un fantôme.

« AH ! » s'exclama t'elle. « Eurêka ! OuiOuiOuiOuiOUIOUIOUIOUI ! C'est ça ! Ça explique tout ! » les pampilles partaient dans tous les sens pendant qu'elle dansait en cercles joyeux, dans un mouvement qui rappelait étrangement à celui de Peeves plus tôt dans la journée.

« C'est un manteau, Miss Granger, il n'est pas doué de parole. Il ne vous a rien expliqué. »

Elle replia la traîne de son manteau sur son bras, brûlante d'excitation. « Pourquoi est-ce que Nick peut changer de col à volonté ? C'est parce qu'il le fait – par sa VOLONTE. Mimi Geignarde a passé les cinquante dernières années dans les toilettes des filles, à triturer ses horribles boutons, parce qu'elle ne VOULAIT pas faire autre chose. Comment est-ce que Peeves fait pour créer pareil chaos ? IL PEUT LE FAIRE ! »

Snape s'appuya négligemment contre son bureau et la dévisagea comme si elle avait perdu la raison. Sans tenir compte de lui, Hermione traversa le cachot et s'arrêta devant le tableau noir. Il n'y avait qu'un morceau de craie dans le reposoir. Tremblant un peu, elle avança la main et donna un petit coup dessus du bout d'un doigt. Qui passa à travers.

Trois autres tentatives lui valurent le même résultat. Hermione fronça les sourcils, fixant le morceau de craie d'un regard ennuyé.

« Eh bien, bravo pour vos progrès, » fit remarquer Severus Snape, sans tenter le moins du monde de dissimuler son amusement. Il coinça le livre sous l'un de ses grands bras et sortit de la classe, d'un pas désinvolte.

Aussitôt que la porte se fut refermée sur le professeur aux airs supérieurs, Hermione serra les dents, arborant une grimace féroce. Avec un cri silencieux, elle se jeta sur le morceau de craie en y mettant toute la rage et toute la frustration qu'elle avait emmagasinées depuis qu'elle s'était réveillée dans cet au-delà, et y ajoutant les sept ans de souffrance que lui avaient causé les préjudices sur les enfants de moldus, et l'injustice criante du comportement de ce salaud sarcastique de Maître de Potions.

La craie resta dans son petit compartiment de bois, suprêmement indifférente à ses efforts.

Dépitée, Hermione laissa échapper un grognement et se laissa tomber au sol, pour s'asseoir en tailleur sur la pierre froide. Ses nouvelles robes formèrent une corolle autour d'elle, et elle baissa lentement les paupières pour se forcer une fois de plus à réfléchir au problème.

« D'accord, Granger, » marmonna t'elle pour elle-même. « Ce mouchoir idiot existe parce qu'à un moment donné tu as pensé qu'il devrait exister. Tu n'avais jamais de mouchoir dans ta poche avant, mais celui-là est toujours là quand tu en as besoin. Qu'est-ce que ça veut dire ? »

Elle releva les genoux et les entoura de ses bras, essayant de faire le tri parmi les idées nébuleuses qui se bousculaient dans son esprit. Elle passa de longues minutes à penser à Mimi Geignarde, à Peeves, et à des piles de copies sur les guerres des gobelins corrigées par un fantôme qui avait ennuyé les élèves de Poudlard pendant une bonne partie du siècle.

Il se passa presque une heure avant qu'Hermione ne change de position, se mettant à genoux pour considérer de nouveau le problème. Cette fois-ci cependant, son visage était calme en apparence. Il n'y avait que ses yeux, qui n'avaient plus besoin de ciller mais le faisaient par habitude, qui fixaient intensément l'innocent morceau de craie. Sa main ne trembla pas quand elle la tendit pour saisir le petit bâton blanc. Il produit un petit cliquètement quand elle le souleva de son présentoir, et un claquement plus net quand elle le laissa retomber, surprise.

N'importe qui en passant dans le couloir aurait pu entendre l'éclat de rire joyeux provenant d'une pièce plus connue pour provoquer les pleurs. En s'attardant un peu, ils auraient pu entendre le grattement hésitant d'une craie sur le tableau. Le son se fit de plus en plus confiant et assuré au fur et à mesure que les heures passaient.

XoXoXoXoX

Peu après le petit-déjeuner le lendemain matin, Severus Snape entra dans sa salle de classe pour travailler sur ses recherches personnelles, et préparer ses cours de l'année, mais il marqua un arrêt soudain à la porte. Près du mur, il y avait son tableau noir favori, la vue duquel avait réduit aux larmes plus d'un élève parce que c'était sur celui là qu'il inscrivait en général les questions de ses interros surprises. Ce matin, en revanche, il était couvert de notes et de gribouillis, sans parler de quelques grilles de solitaire et d'un portrait du Professeur Dumbledore relativement ressemblant, étant donné le support. La phrase 'mon nom est Hermione Granger' apparaissait un nombre incalculable de fois, avec des degrés de netteté variés, et tout en bas, en lettres capitales, on pouvait lire une légende : 'PARCE QUE JE LE PEUX !'

« Formidable, » marmonna Snape dans la pièce vide, en attrapant la brosse fatiguée. Il ne fit pas attention à la fine couche de poussière que ses mouvements déposèrent sur ses robes noires. « Peut-être que la prochaine fois elle aura l'amabilité de NE PAS LAISSER ces bêtises sur mon tableau ! »

« Je suis désolée, Professeur, » répondit Hermione.

Il ne s'était pas attendu à une réponse et ils regarda autour de lui, cherchant du regard d'où avait bien pu venir la voix. Près du plafond, Hermione se matérialisa brièvement.

« Je penserai à effacer la prochaine fois, » promit-elle, avant de couvrir de sa main un bâillement délicat en disparaissant une fois de plus.

Une fois seul dans sa classe, Snape envisagea brièvement de cacher toutes ses craies, mais abandonna cette idée stérile pour commencer ses préparatifs de la journée. Tenant parole, elle laissait son tableau propre chaque matin, mais il dût aller réclamer une nouvelle boite de craie à un Rusard connu pour avoir des oursins dans les poches.

Après avoir vu régulièrement diminuer son stock de craie pendant une semaine, Snape ne fut pas surpris de trouver Hermione Granger assise à son bureau en entrant dans ses cachots. Elle tenait entre ses doigts blancs, transparents son crayon habituel, et écrivait une note sur l'un des morceaux de parchemin qu'il avait laissés là.

« Je vous en prie, Miss Granger, faites comme chez vous, » lui dit-il en fermant la porte derrière lui dans un grand claquement.

« Merci, Monsieur, » lui répondit-elle d'un ton neutre, sans tenir compte du sarcasme. « Je n'en ai que pour une minute. »

Il regarda le message se former, d'une écriture un peu maladroite par endroits, mais qui était sans conteste celle d'Hermione Granger. « J'espère que vous adressez cette note à Minerva McGonagall, et non à moi. »

« C'est le cas, » lui répondit Hermione, « Mais j'aimerais pouvoir lui dire que vous avez accepté de me laisser passer l'ASPIC de Potions. »

Il y réfléchit un moment, mais après tout elle avait rempli les conditions qu'il lui avait fixées. « Accordé, » décida t'il finalement. Ses cheveux tombèrent en avant quand elle se pencha de nouveau sur sa lettre, mais pas suffisamment pour cacher le sourire qu'elle avait en ajoutant cette ligne supplémentaire.

Minerva McGonagall, elle, ne souriait pas quand elle descendit discuter avec Severus Snape quelques heures plus tard dans les cachots en brandissant le même morceau de parchemin. « Severus Snape ! Qu'est-ce que c'est que ça ? »

Il leva les yeux, et retourna rapidement à la lecture de sa revue sur les Potions. « Apparemment c'est un morceau de parchemin, Professeur McGonagall, » répondit-il. « Est-ce que vous avez besoin que je vous fournisse une autre démonstration de mes dons de voyance ? »

« Ne jouez pas à ça avec moi, Severus. Vous êtes bien trop vieux pour commencer à avoir un sens de l'humour. »

« Minerva, vous êtes parfaitement incapable de comprendre mon sens de l'humour. Vous êtes une Gryffondor, pure et dure. » Il abandonna l'idée de continuer à lire, et s'adossa à sa chaise, ignorant le regard furieux de son aînée. Parfois, taquiner Minerva était encore plus amusant que de tirer sur la queue d'un chat.

Les lèvres pincées de colère, elle reprit, « Que signifie cette lettre ? Je tiens à vous dire une chose, Professeur, c'est qu'elle est de très, très mauvais goût. »

Elle lui plaqua le morceau de parchemin sous le nez, ne lui laissant le choix qu'entre le prendre, ou découvrir en personne quel goût il pouvait avoir. Il l'ouvrit, et y lut exactement ce qu'il y avait vu écrire, suivi de la signature lisible d'Hermione en bas de la page.

« Apparemment, c'est une demande d'inscription pour les examens d'ASPIC. Vous devriez pouvoir le reconnaître en tant que Directrice Adjointe de Poudlard. »

« Ce n'est pas un sujet de plaisanterie, Severus. »

Snape leva un sourcil en entendant ses mots. « Non, je suis d'accord. En fait, je suis bien placé pour savoir à quel point cette demande a été faite sincèrement, mais si vous ne me croyez pas, demandez donc à l'auteur. » Il se leva de sa chaise et leva les yeux vers les ombres du plafond de son cachot. « Miss Granger ! » appela t'il sèchement. « Montrez-vous, s'il vous plaît. »

Un bon moment s'écoula, pendant lequel la Directrice de Gryffondor enragea, et son homologue de Serpentard refusa de tenir compte de sa mauvaise humeur. Il appela une fois de plus, et juste au moment où le Professeur McGonagall prenait une inspiration pour mettre fin à cette conversation, Hermione traversa la porte de bois pour venir se poster pile devant lui.

« Je vous prie de m'excuser, Professeur – Professeurs, » corrigea t'elle en voyant que McGonagall était présente également.

Snape accepta ses excuses d'un signe de tête et lui tendit le parchemin. « C'est bien votre message, Miss Granger ? Disant que vous souhaitez passer vos examens d'ASPIC ? »

« Oui, Monsieur, » répondit-elle, en essayant de toutes ses forces de ne pas se donner de faux espoirs. L'expression de McGonagall n'était pas encourageante, et ses paroles le furent moins encore.

« C'est hors de question. »

« Pourquoi ? » demanda Hermione en même temps que Snape demandait « Pourquoi pas ? »

Minerva avait l'air chagrinée. « C'est obscène, Severus. Hermione Granger est morte. »

« Un première année aurait pu trouver cette réponse, » répondit-il. « Et elle est là, en face de vous. Pourquoi ne vous adressez-vous pas directement à elle ? »

« C'est un fantôme. Elle ne peut pas passer les ASPICs avec ses camarades. »

Snape plissa ses yeux foncés, irrité. « J'ai entre les mains la preuve qu'elle est parfaitement capable d'écrire ses réponses. Quant à ses camarades, ils sont partis, et je ne peux pas dire que ça me désole plus que ça. Mais quels qu'aient été mes sentiments à leur égard, je leur ai tout de même dispensé mon enseignement. »

« Inutile de monter sur vos grands chevaux avec moi, Severus, ça ne marchera pas, » l'interrompit sèchement McGonagall. « Le fantôme d'Hermione Granger ne peut pas passer les ASPICs pour toute une série de raison, la plus évidente étant qu'elle ne peut pas passer les épreuves pratiques. » Elle jeta un regard sévère à la pâle silhouette d'Hermione. « Elle n'a pas de baguette, et même si elle en avait une elle serait incapable de faire de la magie. C'est hors de question. »

Satisfaite d'avoir cette fois définitivement réglé le sujet, le Professeur McGonagall rajusta le bord de ses robes d'un mouvement sec. « Maintenant, si vous en avez fini avec ces fariboles, je retourne dans mon bureau pour m'occuper des vrais problèmes de cette école. » La lourde porte grinça sur ses gonds en se refermant derrière la sorcière en colère, avant de se refermer dans un claquement sourd. Un silence pétrifié s'abattit sur la pièce.

Estomaqué par la réaction de son homologue face à cette simple demande, Severus se rassit et reprit sa revue. Le léger bruit de ces mouvements sembla faire revenir Hermione à elle-même. Elle tourna la tête vers lui et lui adressa bravement un sourire par dessus son épaule.

« Merci, Monsieur. Merci d'avoir essayé. J'apprécie ce que vous avez fait. » Elle disparut rapidement, mais il eut le temps de la voir presser la main sur sa bouche, comme pour étouffer un sanglot. Il n'entendit que le plus léger des frous-frous qui se dirigeait vers la porte, accompagné d'un bruit qui pouvait être un autre sanglot étouffé, ou juste un courant d'air dans le couloir.

Fronçant un peu les sourcils, il chiffonna la note qu'il avait à la main et la jeta au feu avant de retourner à sa lecture.

XoXoXoXoX

Severus était en train de corriger sa première pile de copies de l'année scolaire quand il se rendit compte qu'une silhouette pâle flottait à la périphérie de son champ de vision. Il ne laissa paraître aucun signe qu'il était conscient de la présence, et l'ignora de son mieux. Certains fantômes aimaient tout simplement observer les 'vivants', et laisser voir qu'on les avait remarqués était ouvrir le champ à des conversations interminables sur les aspects les plus triviaux de la vie. De l'opinion de Severus, le Professeur Binns était l'un des pires. Il pouvait discourir pendant des heures de choses aussi stupides que le goût du thé, jusqu'à ce que son interlocuteur soit prêt à tuer ou à se suicider pour lui échapper.

« Severus. Je voudrais te dire un mot, » annonça finalement une voix de baryton.

Snape ne répondit pas immédiatement, mais leva un doigt. Il avait déjà assez de mal à s'y retrouver entre la grammaire atroce et l'écriture illisible sans y ajouter la difficulté supplémentaire de soutenir une conversation en même temps. Et puis, les fantômes étaient des êtres connus pour leur patience, et, pour lui en tout cas, le fantôme de Serpentard était particulièrement indulgent.

Il finit, griffonna dans la marge une note condamnant le manque de rigueur de la réflexion, et accorda à la copie un 'A' très généreux à son avis.

« Bien sûr, Votre Excellence. Je suis à votre disposition. »

Le Baron Sanglant flotta plus près du bureau, ses robes argentées tachées brillant à la lueur de la bougie qui éclairait le coin du bureau de Snape.

« Je voudrais discuter avec toi… » commença le Baron, à des lieues de son habituelle attitude menaçante. Severus avait appris nombre de ses propres tactiques d'intimidation en observant le fantôme de Serpentard. « … d'un sujet de nature assez délicate. »

« Délicate ? » demanda Severus.

« C'est au sujet de notre nouvelle arrivante, » expliqua le Baron.

« Non. NON, » l'interrompit fermement Severus, tendant la main pour mettre fin à la conversation. « Je ne veux rien savoir. »

« Miss Granger pose des questions en permanence, » continua le Baron d'une voix exaspérée. « Tous les jours, elle pose des questions ! Et pour chaque réponse qu'on lui donne, elle trouve deux nouvelles questions ! Et ensuite elle veut savoir 'pourquoi ?', et 'pourquoi pas ?', et 'qu'est-ce que ça fait si ?' ! »

« Bienvenue dans mon enfer, Baron, » lui répondit Snape sans la moindre compassion. « Elle a été mon élève pendant des années. Maintenant, elle est votre problème, et je vous souhaite bien du plaisir. »

« Tu as certainement des conseils à me donner, » insista désespérément le fantôme. « Elle pose presque autant de problèmes que Peeves, même s'ils sont d'un genre tout à fait différent. Elle a même dit qu'elle envisageait d'écrire un livre qui parlerait de sa mort et de ce que ça fait d'être un fantôme ! Si elle fait ça, nous serons la risée de tout l'au-delà ! »

« Ma seule suggestion, c'est de l'occuper, » répondit Snape. « Elle était une Gryffondor, faites appel à son sens du devoir. Chargez-la de surveiller Peeves. Elle se tiendra hors de votre chemin et sera trop occupée pour vous créer des problèmes. »

« Elle n'a pas encore assez de pouvoir pour contrôler ce monstre, » objecta le Baron. « Est-ce qu'elle était déjà aussi ennuyeuse quand elle était vivante ? »

Snape tapota sa plume du doigt, sans prêter attention aux petites éclaboussures d'encre qu'il causait sur ses papiers. « Elle était acharnée, autant dans ses projets personnels que dans ses études, » répondit-il après un moment. « Son désir d'apprendre était une soif qu'elle ne parvenait pas à étancher. Apparemment, c'est toujours le cas. C'est intéressant. »

« Qu'est-ce qui est intéressant ? »

Il haussa les épaules. « Qu'elle ait toujours cette soif d'apprendre, même si elle devrait être au dessus de tout ça maintenant. » Presque instantanément, Severus sut qu'il avait dit quelque chose qu'il n'aurait pas dû. La température de la pièce diminua considérablement, et un courant d'air surnaturel fit goutter et vaciller les bougies.

« Nous autres fantômes ne sommes au dessus de rien, Monsieur, » déclara sèchement le Baron, d'un ton plus glacial que la température de la pièce. « Ce n'est pas parce que nous ne mangeons plus que nous ne connaissons plus la faim. Je donnerais cher pour pouvoir goûter de la nourriture une fois encore, ou pour pouvoir toucher un être vivant. Si la gamine veut apprendre, je ne m'y opposerai pas. Je ne faisais que vous demander un conseil. J'aurais dû me douter que vous n'aviez pas plus idée de la façon de vous y prendre avec elle aujourd'hui que vous ne l'aviez de son vivant. »

Dans un souffle d'air froid, le Baron traversa le bureau de Snape pour sortir à travers le mur qui était derrière, laissant derrière lui un tourbillon de papiers et de mauvaise humeur. Severus leva un sourcil en voyant le désordre qui demeurait dans le sillage du Baron, et regarda le dernier parchemin voleter jusqu'au sol. Inconsciemment, il tapota de nouveau sa plume du doigt, éclaboussant encore ses papiers de fines gouttelettes d'encre pendant qu'il réfléchissait.

XoXoXoXoX

« Arrêtez-vous immédiatement ! » s'écria Rusard, se mettant à courir au petit trot à la poursuite d'Hermione. « Madame Pince m'a dit que vous n'aviez pas le droit d'emmener ces livres ! »

Ignorant tranquillement le concierge et les quelques élèves qui quittaient la bibliothèque avant le couvre-feu, Hermione maintenait sa prise hors de portée de Rusard et se dirigeait vers l'escalier. Il n'y avait que les portes qui lui posaient problème, elle devait descendre suffisamment du plafond voûté pour passer son butin solide dans leur encadrement. S'il existait un moyen de rendre intangibles les objets qu'elle avait à la main, elle ne l'avait pas encore découvert.

Les mois qui avaient suivi sa malheureuse entrevue avec Minerva McGonagall avaient été durs à supporter. Mourir avant de passer ses examens avait été ennuyeux, mais avoir la possibilité de réaliser son rêve une seconde fois, pour se la voir refuser avait été blessant et douloureux. Dans une tentative de trouver un autre moyen de s'occuper Hermione s'était lancée dans la recherche de ce que signifiait, exactement, être un fantôme dans le monde magique. Ça n'avait pas été un grand succès. La plupart des autres esprits du château et de Pré-Au-Lard étaient atterrés de l'entendre poser des questions personnelles, et irrités par ses questions plus générales.

« Vous apprendrez, » fut la seule réponse qu'elle put obtenir de la Dame Grise, ce qui était bien plus poli que certaines des réponses qu'elle entendit. Sir Nicholas avait eu l'air embarrassé par ses questions, et avait habilement changé de sujet pour à son tour interroger Hermione sur différents sujets, y compris ses projets pour les soirées à venir, et est-ce qu'elle aimerait l'accompagner à un prochain match de Polo Sans Tête ?

Hermione avait recouru à son habituelle excuse de devoir aller à la bibliothèque, excuse tout à fait valable aussi longtemps qu'elle avait été élève, mais un peu moins crédible maintenant qu'elle était un fantôme. Mais finalement les mots de Ron étaient revenus la hanter. La bibliothèque était pleine de livres qu'elle n'avait pas lus, et maintenant elle n'avait plus à s'inquiéter du couvre-feu, ou de ses camarades de chambre qui se plaignaient qu'elle laisse les bougies allumées trop tard, et elle n'avait plus besoin de l'autorisation d'un professeur pour accéder à la Réserve.

Madame Pince en était restée sans voix la première fois qu'Hermione lui avait annoncé qu'elle empruntait un livre. Elle était resté bouche bée et immobile pendant qu'Hermione inscrivait son nom dans le gros registre qui était sur son bureau. Elle s'était ensuite suffisamment remise de son choc pour protester avec ferveur, dans des murmures stridents, à chaque nouvel emprunt qu'Hermione venait lui signifier. Dans ses efforts pour interdire l'accès de sa bibliothèque à Hermione, Madame Pince avait menacé de la dénoncer au Baron Sanglant et au Directeur. Ces menaces n'avaient fait que renforcer Hermione dans sa détermination, surtout que le seul soutien que la bibliothécaire avait réussi à obtenir jusqu'à ce point était celui d'Argus Rusard.

Hermione abandonna Rusard qui s'époumonait sans résultat au bas de l'escalier et s'envola haut au dessus de l'escalier. Les fenêtres tout en haut étaient ouvertes, laissant entrer l'air frais de la fin de l'automne, et permettant à tout un chacun de voir les étoiles et la lune qui se levait. Le palier qui se trouvait tout en haut de cette volée était à peine assez large pour que s'y trouve un banc, et l'escalier capricieux qui y menait n'était que rarement à sa place. Hermione n'avait jamais découvert cet endroit de son vivant, et elle le regrettait. C'était l'endroit parfait pour quelqu'un qui désirait lire sans être dérangé. Maintenant, elle s'en servait à cet usage, et même si elle n'avait pas vraiment besoin de la petite lanterne qui pendait d'un simple crochet de fer forgé, elle aimait la lumière chaude et rassurante qu'elle dégageait pendant qu'elle lisait.

C'était également un endroit merveilleux pour regarder le soleil se lever sur les montagnes à l'est. Pendant sa vie, Hermione avait toujours apprécié les couchers de soleil. Maintenant que son existence avait été mise sens dessus dessous, que ses journées lui tenaient lieu de nuit et ses nuits de jour, le lever du soleil marquait la fin de sa période de veille. Plus d'une fois elle regarda le soleil se lever, réconfortée de voir l'éternelle répétition de ce mouvement.

Cette nuit-là, cependant, Hermione avait du mal à se concentrer. Même s'il n'était qu'un peu plus tard que le couvre-feu, elle avait l'étrange sensation qu'elle aurait dû se trouver autre part. Elle avait déjà eu cette impression auparavant, quand Harry ou Ron avaient eu envie de lui parler, après qu'elle soit devenue un fantôme, et qui revenait de temps à autre sans qu'elle en connaisse la raison. Haussant les épaules, elle posa le livre sur le banc de pierre et se mit à la recherche de la personne qui devait avoir besoin d'elle.

Elle était à peine arrivée dans le cachot de Snape qu'il aboya, « Vous êtes en retard. Maintenant, approchez et rendez-vous utile. » Sa table de travail était couverte d'ingrédients et de plusieurs chaudrons, dont certains bouillonnaient déjà.

« Comment est-ce que je pourrais vous aider ? » demanda t'elle en flottant vers l'endroit qu'il lui avait indiqué. « Je ne peux rien faire. »

« Vous pouvez lire, n'est-ce pas ? Lisez ça – j'ai besoin de mes deux mains. »

Snape posa un livre ancien sur un pupitre très orné et commença à débiter quelque chose de jaune en morceaux plus petit que ce n'était déjà. Du gingembre, accompagné de quelque chose d'autre, d'après l'odeur. Hermione s'interrogea sur son sens de l'odorat, tout en se concentrant sur le texte en latin qu'elle avait sous les yeux, et commença à lire les instructions qui correspondaient à la préparation des ingrédients de la potion sur laquelle travaillait Snape, quelle qu'elle soit.

Severus Snape avait les mains occupées par son découpage et s'efforçait de ne pas se demander si ce qu'il était en train de faire était raisonnable, tout en écoutant sa voix bien posée lui déclamer l'ancien texte de l'herbier de Dioscoride. Le De Materia Medica était un peu austère pour la plupart des septième année, mais il doutait qu'il pose le moindre problème à Hermione Granger. Et de fait, elle ne le déçut pas, même si elle buta une fois ou deux sur les temps des verbes.

Après cette page, Snape commença à la bombarder de questions sur les propriétés des ingrédients qu'il venait de préparer, et lui demanda de confirmer ou de contredire les théories de Dioscoride. Après les herbes, il enchaîna sur les animaux, lui posant question sur question sur les effets et les dangers des duvets, des épines et des plumes de toutes les créatures qui rampaient, volaient ou marchaient.

Trop effrayée pour deviner ou pour spéculer, trop terrifiée pour espérer, Hermione donnait réponse après réponse, tout en remuant, éminçant et râpant. La partie sur les minéraux lui donna un peu plus de mal, mais elle parvint à se souvenir de plus de détails qu'elle ne s'en serait crue capable. Ce ne fut que quand Snape lui demanda quelle incantation on utilisait pour transformer un mélange gélatineux en poudre qu'elle se figea.

« Je ne peux pas jeter de sort, » avoua t'elle.

« Je ne vous ai pas demandé de le faire, » lui rappela t'il sans aménité. « Dites-moi simplement quel sort utiliser. »

Elle s'exécuta, et à la réflexion détailla le mouvement de baguette nécessaire. Snape grogna distraitement tout en notant quelque chose sur un parchemin. Quelques instants plus tard, il fit glisser le parchemin sur la table, lui faisant signe de le prendre sans lui dire un mot.

Sur cette feuille se trouvaient plusieurs problèmes, dont un assez piégeux qui demandait qu'on divise les quantités d'ingrédients en des proportions curieuses, et plusieurs questions de substitution d'ingrédients. Il lui fallut plus d'une heure pour finir.

En tout, quatre heures s'étaient écoulées avant qu'Hermione ne rende son parchemin et ne vienne se placer à côté de Snape à son bureau pendant qu'il lisait ses réponses. D'un ton sec il lui ordonna de s'occuper des potions qu'ils avaient commencées, ne lui laissant pas d'autre choix que de faire ce qu'il lui avait ordonné. Plusieurs des concoctions étaient quasiment terminées, alors elle les finit, éteignant les flammes (même si les robinets ronds lui donnèrent un peu de mal) et ajoutant les derniers ingrédients dans les autres.

Même si elle essayait de rester concentrée sur ce qu'elle avait à faire, Hermione ne pouvait s'empêcher de repenser à son examen, si toutefois ça en avait bien été un. Elle n'avait pas révisé, elle n'était pas prête pour ça. Elle réalisa la totale inanité de passer un examen qui ne lui servirait à rien, qui ne lui permettrait pas d'entrer à l'université, et elle se retrouva à se demander ce qui l'avait poussée à rester jusqu'à la fin.

« Félicitations, Miss Granger, » intervint Snape de sa voix profonde, la faisant sortir de ces pensées qui tournaient en rond ? « Je dois vous retirer des points à cause de l'incantation que vous n'avez pas pu effectuer. Mais le reste de vos notes, cependant, est suffisamment élevé pour contrebalancer ça. » Il était toujours à son bureau, redressant ses piles de papier et se comportant tout à fait comme s'il n'était pas deux heures du matin.

« Monsieur ? » demanda t'elle, n'osant croire ce qu'elle entendait.

Snape arbora la même grimace de patience qu'il utilisait face à des élèves particulièrement obtus. « Vous venez de réussir votre ASPIC de Potions, Miss Granger. Haut la main, comme le diraient certains. Je veillerai à ce que votre note soit reportée dans votre dossier. » Il leva les yeux pour voir si elle comprenait enfin ce qu'il venait de dire.

Un peu déconcerté par ce qu'il vit, Severus se rendit compte que les coins de sa propre bouche se relevaient en réponse au sourire incroyablement joyeux que lui adressa Hermione en disparaissant progressivement de sa vue. « Merci, Professeur Snape ! » lui lança t'elle de sa voix désincarnée.

« De rien, Miss Granger, » réussit à articuler Severus, toujours sous le choc. Jamais il n'avait réalisé qu'un fantôme pouvait rayonner de bonheur, littéralement.