Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Ramos. Moi, je passais simplement par là…
Le nombre d'élèves se baladant dans les couloirs de Poudlard se trouva considérablement réduit par les vacances d'hiver, ce qui permit à Severus Snape de terminer ses rondes vers dix heures du soir. Normalement, à cette heure-là, il était toujours en train passer au peigne fin les caches les plus populaires du château pour les rendez-vous entre amoureux, mais aujourd'hui, chaque petite tête ébouriffée était dans son lit, et Severus était libre de faire ce qui lui plaisait. Il se passerait aussi du circuit supplémentaire qu'il faisait habituellement aux alentours de minuit. Pour une fois, les petits monstres pourraient courir librement et se faire des suçons autant qu'ils le voulaient sans qu'il les gratifie de sa présence désapprobatrice et de sa généreuse distribution d'heures de colle. Après ces dernières vingt-quatre heures, il s'accordait le droit de briser un peu la routine.
Presque exactement vingt-quatre heures auparavant, il avait été convoqué par Voldemort, et avait passé sa soirée à regarder de nouveaux Mangemorts prendre la Marque des Ténèbres et faire vœu d'allégeance. En retour, on leur avait servi un mélange maison d'ambition, de supériorité, et de justifications indignées, le tout assaisonné d'une bonne dose de propagande et de flatterie.
Il se faisait trop vieux pour tout ça. Même sans parler de sa tension à l'idée de se faire poignarder dans le dos, et de toutes les manœuvres purement politiques, se tenir debout dans une clairière au milieu des bois en plein mois de décembre était plus qu'il ne pouvait en supporter. Une bonne dose de Doloris aurait été préférable à cinq heures d'affilée dans ce vent humide et mordant. Ses articulations réclamaient un bain chaud, et il était à peu près sûr d'avoir attrapé un coup de froid.
Une potion le débarrassa de ses reniflements, et une dose soigneusement mesurée de cognac calma ses os douloureux. Il tranquillisa les derniers tressaillements de sa conscience, qui lui reprochait de négliger son devoir en ne surveillant pas les couloirs, en se disant que de toute façon il ne restait qu'un petit nombre d'élèves. Et puis ce soir les concepts de devoir et de responsabilité ne lui inspiraient que le mépris le plus total.
Ce soir, il se consacrerait à l'un de ses rares plaisirs – la traduction d'un texte sur les potions que lui avait envoyé un collègue d'Amérique du Sud. On l'avait découvert dans le laboratoire parfaitement conservé d'un sorcier aztèque, et il était écrit dans un alphabet archaïque. Cependant, de façon surprenante, le texte était écrit en latin, dans un langage d'un niveau étonnamment formel. La combinaison de ces deux facteurs laissait croire que le texte contenait des informations codées qui n'apparaîtraient pas lors d'une simple lecture superficielle. Et si ce puzzle était en lui-même intrigant, son attrait principal résidait dans le fait qu'il n'avait absolument rien à voir avec Voldemort et l'existence sur le fil du rasoir qui était la sienne au quotidien. Bien sûr, il aurait de loin préféré se pelotonner au coin du feu avec un verre de bon cognac et dans ses bras une femme qui aurait su faire autre chose de sa bouche que de ricaner bêtement comme le faisaient les jeunes des deux sexes qui infestaient Poudlard. Mais s'il possédait de bonnes réserves de cognac, les femmes s'étaient faites de plus en plus rares, et avaient été pour ainsi dire absentes ces dernières années.
Chassant de son esprit ses fantasmes de femme intelligente capable de soutenir une conversation, Severus alluma plusieurs lampes d'un mouvement de sa baguette. D'un autre geste, il fit voler plusieurs ouvrages de référence vers la grande table qu'il utilisait habituellement pour ses démonstrations pendant les cours, ainsi que des parchemins vierges, plusieurs flacons d'encre de différentes couleurs et une plume neuve. Finalement, avec des gestes presque révérencieux, il sortit une petite boite de bois d'un tiroir fermé à clé de son bureau et l'apporta jusqu'à la table. Les petits gonds de cuivre étaient vert pâles à cause de leur oxydation, tout comme le fermoir, qui céda malgré une légère résistance. Avec prudence à cause de la fragilité du document, il déroula doucement le parchemin, et posa sur ses bords des galets de verre qui magnifiaient le précieux manuscrit tout en le maintenant à plat.
Dans les hauteurs du cachot, sous le plafond, à près de deux mètres au dessus de la tête de Severus Snape, Hermione Granger se pencha en silence vers le rouleau, tout en regrettant de ne pas oser s'en approcher plus. Le texte était écrit en lettres minuscules, peut-être à l'aide d'une plume de colibri. Pendant un instant elle souhaita que Snape se contente d'utiliser un sortilège de traduction, mais elle admit que sa prudence était certainement raisonnable. On ne pouvait pas exclure la possibilité que le texte dispose d'une protection interne, un sortilège qui mettrait feu au parchemin si la mauvaise personne venait à poser les yeux dessus ; si le document était piégé d'une façon ou d'une autre, Snape serait moins qu'un autre susceptible de le déclencher.
Hermione se contenta d'attendre, se laissant dériver de côté pendant que Snape traduisait manuellement le texte ancien vers le latin standard, tout en conservant apparemment le niveau de langage assez formel. Elle se rendit compte que sa concentration se faisait de plus en plus intense, à tel point que le froid qui envahissait la pièce ne lui arracha pas d'autre réaction qu'un sortilège de 'Protegera', sur les lanternes qui commençaient à goutter.
De son point d'observation, elle pouvait voir l'évolution de la traduction dans l'écriture distinctive de Snape. La recette, si toutefois c'en était une, avait l'air approximative et n'indiquait pas les proportions. Elle était aussi entremêlée d'un certain nombre d'anecdotes personnelles, concernant une année assez ennuyeuse passée dans un Monastère italien. Hermione eut du mal à ne pas rire à certaines des remarques sarcastiques que Snape faisait pour lui-même tout en copiant religieusement le parchemin.
Effrayée qu'il ne l'ait entendue, Hermione l'observa soigneusement, à la recherche d'un indice qui montrerait qu'il s'était rendu compte de sa présence. Il avait arrêté de lui crier dessus à chaque fois qu'il la retrouvait dans sa salle de classe, et de son côté elle faisait de son mieux pour respecter ce qu'il considérait comme son territoire. Il ne leva pas les yeux, cependant, et sa longue silhouette demeura immobile, aussi près du relâchement que c'était possible pour quelqu'un qui était penché inconfortablement sur son bureau. C'était un peu étrange, en fait, parce qu'habituellement Snape dégageait une tension intense, comme contenue, en arpentant les salles et les couloirs de Poudlard.
Ses mains, elle le remarqua, était assurées quand il écrivait, mais avaient une tendance à trembler juste un peu quand il tendait le bras pour atteindre l'encrier. Ses épaules fines étaient affaissées, et ses cheveux gras étaient coincés derrière ses oreilles. De l'endroit où elle était, Hermione pouvait voir que les fines mèches noires se clairsemaient vers le centre, à l'endroit où les coups de brosse les séparaient.
Elle pouvait également voir une vieille cicatrice au sommet de sa tête, cachée par ce rideau noir. Il lui fit penser, à ce moment, à un animal sauvage, qui, stressé à l'extrême, perdait sa fourrure et ne parvenait pas à profiter du peu de nourriture qu'il pouvait obtenir, parce que son corps souffrait de la tension et de l'anxiété que créaient un environnement extrêmement dangereux.
Aucun membre de l'Ordre du Phénix n'avait la moindre illusion au sujet des dangers auxquels Severus Snape était confronté dans sa mission d'espion parmi les Mangemorts fidèles à Voldemort. C'était juste que la moindre compassion qu'ils auraient pu lui manifester était immédiatement tuée dans l'œuf par son abord déplaisant. Pour la première fois, Hermione se demanda si ce n'était pas une attitude délibérée, quelque part. Ce n'était certainement pas possible pour quelqu'un d'être aussi désagréable en permanence et avec tout le monde.
Et puis ça ne correspondait pas à l'image de quelqu'un qui aurait été affligé par la mort d'une de ses élèves au point de veiller auprès de son cercueil au milieu de la nuit. Même si cette image concordait assez avec l'état d'esprit médiéval des sorciers de sang pur moyen, Snape n'aurait certainement jamais fait une chose pareille pour le respect des convenances. D'après l'histoire de Harry et Ron, il était bien plus de minuit quand ils avaient vu Snape agenouillé devant son cercueil, les mains appuyées sur le support drapé de drap blanc et le visage dans ses paumes. Même si elle doutait qu'il ait été ému au point de pleurer pour elle, le simple fait qu'il ait été là, sans que personne ne le sache, était une indication qu'il y avait autre chose chez lui que son air supérieur et ses remarques blessantes.
Ou peut-être qu'il tentait simplement de faire la paix avec la part de responsabilité qu'il avait eue dans sa mort.
Soupirant intérieurement, Hermione s'éleva à travers le plafond des cachots pour se retrouver dans le couloir de l'étage supérieur. Essayer d'analyser Snape était un moyen garanti de devenir folle, et même si apparemment elle avait des siècles devant elle, Hermione doutait que ce temps suffise pour percer les mystères de cet homme-là.
XoXoXoXoX
Depuis quelques semaines, Hermione s'était procurée sur le compte d'élèves distraits une petite réserve de parchemin, une plume d'une qualité acceptable, et un flacon d'encre. Elle ne voulait pas dépendre des bonnes grâces de Snape, en admettant que pareille chose existe, et glaner était finalement une bonne façon d'occuper ses longues soirées d'hiver. Et puis c'était amusant de lire le travail que les élèves avaient abandonné, et parfois il était bien trop tentant de laisser de petites notes dans les marges. Elle ne restait jamais assez longtemps pour voir les expressions des personnes dont elle avait corrigé le travail, mais elle riait parfois rien qu'à les imaginer.
Le couloir abandonné du troisième étage contenait quelques meubles de rebut, et Hermione s'appropria l'un d'entre eux pour en faire son bureau attitré. Elle avait repoussé le moment d'écrire à Ron et Harry, mais elle finit par décider qu'elle préférait savoir comment leurs vies évoluaient, même si elle n'en faisait plus partie elle-même. Dans ses premiers paragraphes elle demandait poliment si Ron avait pris une décision au sujet de sa carrière, puis à Harry comment se passait son entraînement d'Auror. Elle pensa aussi à les prévenir, même si c'était évident, qu'elle avait réussi à apprendre à bouger des objets, que ce soit grâce ou en dépit de l'aide qu'elle avait pu obtenir, et qu'elle avait finalement passé son ASPIC de Potions, sans que ça la fasse disparaître.
Une fois qu'elle eut fini sa lettre, Hermione se dirigea vers la Volière pour l'envoyer. Cette tâche, cependant, se révéla beaucoup plus compliquée qu'elle ne l'avait anticipé. Tout d'abord, il lui fallut transporter le morceau de parchemin, qui était solide, à travers le château. Elle eut parfois à la glisser sous une porte qui avait été fermée pour une raison tout à fait légitime. Ensuite, une fois qu'elle fut parvenue dans la pièce élevée qui était réservée aux hiboux de l'école, elle se retrouva confrontée à un problème totalement différent.
« Est-ce que tu veux bien DESCENDRE ! » siffla Hermione à travers ses dents serrées.
Le hibou à qui elle s'adressait se contenta de cligner des yeux, consterné, avant de quitter son perchoir pour voler jusqu'à l'autre extrémité de la pièce. Ce n'était aucunement surprenant, parce que les cinq autres hiboux auxquels elle s'était adressée avant celui là avaient eu la même réaction. Quel que soit l'oiseau qu'elle approchait, il hérissait ses plumes, battait follement des ailes et refusait de se tenir tranquille.
Jurer ne changeait rien à la situation, mais Hermione ne s'en priva pas pour autant. Elle commençait à se demander sérieusement si elle ne ferait pas mieux d'aller trouver un professeur ou un élève pour lui rendre ce service, mais elle ne tenait vraiment pas à en arriver là. De tous les élèves qu'elle avait connus de son vivant, Ginny Weasley était la seule qui lui adressait la parole, et même elle était assez mal à l'aise. Hermione ne voulait pas abuser de l'amitié qu'elles avaient partagée autrefois, et elle n'insistait pas auprès d'elle. Et puis ça n'aurait pas changé grand chose au problème, puisque Ginny était chez elle pour les vacances.
Prête à hurler de frustration, Hermione s'apprêtait à approcher un autre hibou quand un croassement moqueur attira son attention. Elle se redressa et vit une tache noire au milieu de tous les tons bruns des hiboux alignés sur les perchoirs. Au fond de la pièce, un grand corbeau tourna un œil intéressé vers elle, puis l'autre.
« J'imagine que tu n'accepterais pas de transporter cette lettre pour moi ? » demanda t'elle, sans vraiment attendre de réponse. Le grand oiseau noir déplia ses ailes maladroitement et sauta de son perchoir pour planer vers elle. Il vira abruptement et se dirigea vers la grande fenêtre et se posa sur le rebord en lui lançant un regard qui disait clairement « Qu'est-ce que tu attends ? »
Le plumage noir couplé à l'attitude hautaine lui donnèrent un horrible pressentiment. « Je parie cinq Gallions que tu appartiens au Professeur Snape » commenta t'elle, résignée au pire. L'oiseau lança un autre cri dédaigneux.
« D'accord, d'accord, tu travailles pour lui, c'est ça ? » corrigea t'elle. « Tu ne m'as pas l'air d'être du genre à accepter un propriétaire. »
La tête au plumage luisant s'inclina une fois, et l'oiseau lui tendit une patte jaune écailleuse comme s'il lui accordait une grande faveur.
« S'il me crie dessus, je lui dirai que c'était ton idée, » avertit-elle l'oiseau en attachant le message. « Je suppose que tu sais déjà où elle va ? »
« Potter, » croassa le corbeau dans une bonne imitation du dédain avec lequel le Maître de Potions le prononçait habituellement.
« Oui, » confirma Hermione en essayant de réprimer son rire. « Harry Potter, chez les Weasley. Au Terrier, » récita t'elle.
« Weasley, » siffla l'oiseau, avant de plonger par la fenêtre, ses croassements ressemblant à un rire.
XoXoXoXoX
L'agitation de fin d'année n'avait pas été suffisamment importante pour qu'Hermione ne la remarque vraiment cette fois, et elle fut surprise de trouver soudain l'école vide. Une bonne partie de son temps avait été accaparé par le Baron Sanglant - il préférait qu'on l'appelle 'Baron', ou, encore mieux, 'Votre Excellence'. Hermione avait appris que le Baron avait quelques autres surnoms, que les fantômes à qui il dispensait ses ordres se chuchotaient entre eux, et elle se surprit à les utiliser plus d'une fois quand elle se retrouva à l'assister sur de nombreux projets, que ce soit à l'intérieur de l'école ou au dehors.
Une sortie mémorable avait eu pour cause des vandales qui traînaient dans le cimetière d'un petit village moldu à plusieurs kilomètres de Pré-Au-Lard. Les fantômes moldus locaux étaient en bons termes avec leurs voisins et s'étaient tournés vers les esprits de Poudlard pour leur demander leur aide. Le Baron et Sir Nicholas avaient pensé que ce serait une excellente présentation de l'art de hanter un lieu, et avaient emmené Hermione pour aller secouer les intrus. Les intrus en question s'étaient révélés être une bande d'adolescents qui pensaient que boire de la bière et fumer cigarette sur cigarette devant les cryptes familiales était un bon moyen d'occuper leurs soirées.
Les fantômes avaient attendu, en regardant avec patience jusqu'à ce que les garçons renversent une pierre tombale, avant de lancer leur contre-attaque. Avec des cris aigus et des lamentations, ils étaient apparus devant les jeunes, qui se s'étaient mis à hurler et s'étaient enfuis du cimetière en courant.
Le Baron s'était montré suffisamment vindicatif pour traverser les corps des adolescents qui s'enfuyaient, leur donnant des frissons qu'ils n'étaient pas près d'oublier, même si ce fut pour se plaindre ensuite pendant des heures de la déplaisante chaleur qu'il avait dû endurer de son côté. Hermione et Sir Nicholas avaient levé les yeux au ciel de concert pendant que le Baron grommelait et secouait sa main, mais ils avaient été d'accord avec lui pour convenir qu'ils feraient mieux de maintenir une surveillance du cimetière pour les quelques nuits suivantes, au cas où l'un des vandales rassemblerait le courage de revenir.
C'était prévisible, le soleil des longues journées d'été se couchait à peine deux jours plus tard quand un garçon dégingandé se hissa par dessus le vieux mur de pierre. Il avança droit vers leur lieu de rassemblement habituel, jonché de mégots, et alluma une cigarette d'un air de défi.
Encouragé par les signes de tête énergiques de Nick dans sa direction et les gestes d'encouragements du Baron, Hermione flotta vers l'arbre et la lumière rouge de la cigarette. Elle fit le tour du garçon lentement, en réfléchissant, remarquant combien sa présence, même si elle était encore invisible, rendait encore plus nerveux le gamin déjà tendu. Elle fit l'expérience de passer un doigt le long du dos de sa veste de cuir, et la chaleur poisseuse qu'elle ressentit dans la main valut le coup pour voir sa victime sursauter et se retourner vivement.
Il avait un tatouage indéchiffrable sur le dos de la main, mais le symbole était le même que celui qu'elle avait vu ciselé sur plusieurs des pierres tombales du cimetière. La sympathie d'Hermione s'envola presque complètement à ce moment là : une des choses qu'elle détestait le plus au monde, c'était qu'on s'en prenne aux personnes qui ne pouvaient pas se défendre.
Elle s'approcha plus près et laissa sa froidure surnaturelle heurter le jeune homme de plein fouet. Il laissa échapper un son, mi-piaillement, mi-cri d'horreur. La peur émanait de lui, balayant Hermione dans d'intenses vagues d'émotion, et soudain elle comprit pourquoi certains fantômes aimaient hanter les vivants. La peur et l'adrénaline l'envahissaient, des sensations qu'elle n'avait plus ressenties depuis sa mort, qui la frappèrent comme un vent violent. Les émotions, mais aussi le pouvoir, le pouvoir de faire subir aux autres ce qu'ils avaient subi, de terrifier et d'intimider. Ce pouvoir était enivrant, et elle pouvait très bien voir à quel point ce double plaisir pouvait être tentant. Drago Malefoy, par exemple, adorerait ça.
Brusquement, Hermione décida de mettre fin à tout ça. Ce n'était pas exactement amusant, en fait, et l'idée qu'elle se complaisait dans le genre de jeu mesquin qui plairait à Malefoy rendait les choses encore pires. Qu'était-elle en train de faire, si ce n'était attaquer quelqu'un qui ne pouvait pas se défendre ?
Avec cette idée en tête, elle se plaça de nouveau devant le jeune homme et se matérialisa. « Ces trucs vont te tuer, tu sais, » fit-elle remarquer sur le ton de la conversation à l'adolescent, qui ouvrit grand les yeux. Il ouvrit la bouche sans être capable d'articuler un son, ce qui eut le regrettable effet secondaire de faire tomber sa cigarette dans l'encolure de la chemise de flanelle qu'il portait sous sa veste.
« Hein… argh… OUILLE ! » s'écria t'il quand il ressentit finalement la brûlure. Il se frappa violemment la poitrine de manière à faire ressortir la cigarette de ses vêtements. « Merde ! »
« Surveille ton langage, » le réprimanda Hermione. « Tu peux être grossier quand tu es chez toi, jeune homme, mais ici c'est chez moi et je te serais reconnaissante de ne pas y laisser tes ordures. » L'idée lui traversa l'esprit qu'elle ressemblait un peu à Minerva McGonagall en disant ça, mais elle décida de poursuivre sur ce ton.
« Tu diras à tes amis malappris qu'ils ne sont pas les bienvenus dans ce cimetière à moins de venir s'y faire enterrer, » lui affirma t'elle avec force. « Et s'ils reviennent avant, ils trouveront vraiment, vraiment à le regretter ! »
« O-o-oui Madame, » balbutia le garçon. Dans un mouvement convulsif il ramassa son mégot du sol avant de décamper vers la grille du cimetière et la route qui s'éloignait.
« Excellent, Miss Granger, » la félicita Sir Nicholas en apparaissant à ses côtés, en frappant silencieusement des mains. « Très bien joué, félicitations ! »
Le Baron jeta un regard hargneux à son congénère en se matérialisant, mais haussa les épaules à contrecœur. « La méthode n'est pas très orthodoxe, mais apparemment elle est efficace. Vous avez su utiliser une touche de cruauté, et vous possédez déjà les talents d'un spectre. L'un dans l'autre, c'était un bon spectacle. Vous avez l'instinct qui fera de vous un fantôme de première classe, Miss Granger. »
Hermione le remercia d'un murmure, mais refusa de se réjouir outre-mesure de ce compliment surréel.
Une fois qu'ils furent de retour à Poudlard, le Baron l'accepta dans les rangs et lui attribua les mêmes tâches qui revenaient aux autres fantômes. Comme elle n'était pas l'un des fantômes officiels d'une Maison, elle n'avait pas à s'occuper de certains devoirs ayant trait aux élèves. Il lui était demandé, cependant, d'accompagner Hagrid durant certaines de ses sorties dans la Forêt Interdite, principalement quand on y avait vu les centaures récemment. Elle n'aurait pas pu faire grand chose pour aider le gardien dans l'éventualité d'une attaque à laquelle il n'aurait su faire face seul, mais au moins elle était là pour aller chercher du secours si nécessaire.
Ses autres devoirs incluaient des patrouilles dans les couloirs certaines nuits, une précaution qui avait été mise en place après le fiasco de la Chambre des Secrets quelques années auparavant. Hermione détestait devoir effectuer ces patrouilles avec Mimi. Si la plupart des fantômes fermaient les yeux devant les transgressions des élèves, le fantôme pleurnichard était une rapporteuse dans l'âme et se réjouissait de faire prendre les élèves, quelle que soit l'entorse au règlement qu'ils avaient commise.
Maintenant que les cours étaient terminés jusqu'à la fin de l'été, cependant, il y avait eu un certain nombre de changements. Tout le monde était sur le qui-vive, attendant le début de la véritable guerre qui allait inévitablement déferler sur le monde magique. Même les fantômes étaient inquiets, ne serait-ce que parce qu'ils appréciaient la tranquillité relative de leur au-delà à Poudlard, et ne tenaient pas à voir changer l'actuelle direction. Le bref passage de Dolorès Ombrage à la direction de l'école avait été désagréable pour la plupart des occupants du château, et pas seulement pour les vivants.
XoXoXoXoX
Hermione s'était levée tard, ou de bonne heure, c'était selon, un après-midi. Elle volait sans rapidement dans les couloirs des cachots, et elle ne ralentit pas pour prendre le virage qui l'amena dans la salle de classe de Potions. Elle se glissa entre les pieds de table et fila vers la porte du bureau de Snape, pour disparaître avec un 'pop' dans le voisinage du meuble qui donnait son nom à la pièce.
Severus leva la tête de la pile de notes qu'il consultait, et regarda la salle de classe vide et le mur nu qu'il pouvait voir à travers la forêt de pieds de chaises retournées sur les tables. Il fronça les sourcils, recula un peu sa chaise et fixa d'un air accusateur son massif bureau d'ébène.
Il leva l'un de ses sourcils, et maintint l'autre dans un froncement étonné. Prudemment, il tendit le bras pour ouvrir le tiroir du haut. Regardant à l'intérieur, il n'y vit que plumes, fioles vides, babioles, et des objets divers et variés qui avaient été confisqués aux élèves.
Il ouvrit le tiroir suivant, pour le trouver plein à ras bord d'Hermione Granger. Sa silhouette fantomatique était logée à l'étroit dans l'espace entouré de bois, et elle leva les yeux vers lui alors qu'il la dévisageait.
« Fermez le tiroir, » chuchota t'elle avec insistance.
« Mais que DIABLE faites-vous dans le tiroir de mon bureau ? »
« Je me cache. De Peeves, » expliqua t'elle. « Le Directeur reçoit des invités importants du Ministère cet après-midi, et il nous a demandé de tenir Peeves à l'écart. »
Sachant qu'il allait regretter de l'avoir demandé, Severus ne put s'en empêcher. « Et comment exactement est-ce que vous allez faire ça en étant cachée dans le tiroir de mon bureau, au juste ? »
« On joue à cache-cache, en quelque sorte, » répondit-elle avec sérieux. « Deux ou trois d'entre nous font tout leur possible pour ennuyer Peeves, et il se lance à notre poursuite. Dès qu'il approche trop de quelqu'un, ce quelqu'un se cache et un autre se montre. Il nous le fera payer par la suite, mais c'est toujours mieux que de le laisser s'amuser à renverser des armures pendant que Maugrey Fol-Œil est dans nos murs. »
Severus pouvait imaginer ce que l'ex-Auror, connu pour sa nervosité, pourrait faire si une cinquantaine de kilos d'acier tombaient soudain au sol derrière lui. Les personnes du Ministère qui l'accompagnaient, qui qu'elles soient, seraient bien chanceuses de sortir vivantes du déferlement de sorts qu'il lancerait autour de lui à l'aveuglette.
Avant qu'il ne puisse répondre, Sir Nicholas apparut dans la pièce. « Bonjour, Monsieur. Auriez-vous vu Miss Granger ? »
Il ouvrit la bouche pour répondre par l'affirmative quand il aperçut Hermione qui secouait frénétiquement la tête. Il referma rapidement le tiroir.
« Non, je suis désolé, » mentit-il sans effort. « Je crois l'avoir vue passer, mais c'était il y a déjà un petit moment. »
Nick fit une petite courbette au Maître de Potions, et pencha poliment la tête. Elle fit un petit bruit de succion en se séparant de son cou. « Merci, mon bon Monsieur. Je suis sûr que je ne tarderai pas à la trouver. »
Une fois que le chevalier fantôme fut parti, Severus rouvrit le tiroir. « Je pensais que vous vous cachiez de Peeves, » demanda t'il tranquillement. D'un mouvement sec de la main, il lui fit signe de sortir de là immédiatement.
« C'est le cas, » répliqua Hermione en s'extirpant du tiroir, même si elle jeta un œil alentour pour voir si la voie était libre avant de sortir complètement de sa cachette. « Je vous remercie, Professeur. Je n'avais vraiment pas envie de discuter avec Sir Nicholas en ce moment. »
« Est-ce que je dois m'attendre à ce que Sir Nicholas vienne me provoquer en duel pour l'avoir tenu à l'écart de la dame de ses pensées ? » ironisa Severus en la regardant lisser ses vêtements. Elle ne portait plus son ancien uniforme, mais avait également abandonné les fanfreluches extravagantes.
Hermione soupira profondément. « Alors vous aussi vous avez remarqué. »
A sa surprise, Snape eut un petit ricanement. « Les Gryffondors ne sont pas réputés pour leur subtilité, Miss Granger. Je doute même que ça fasse partie de leur vocabulaire.
« Il est vraiment gentil, » admit Hermione. « Malheureusement, il n'est pas vraiment amoureux de moi. Il est juste amoureux de l'idée de l'être. Je reconnais les symptômes, Professeur, » ajouta t'elle un peu tristement.
Severus se contenta de répondre par un 'hum hum', et reporta son attention à la pile de papier qu'il avait sur son bureau, même s'il voyait tout à fait de quoi elle voulait parler. Il avait eu plus d'une occasion d'être le témoin de tels comportements depuis qu'il enseignait.
« Qu'est-ce que c'est que tout ça ? » s'intéressa Hermione. Snape pouvait être mauvais quand on interrompait le fil de ses pensées, même s'il semblait s'adapter au fait qu'elle hante sa classe.
« Des copies, » répondit distraitement Severus.
« Elles sont en allemand. »
« Evidemment qu'elles le sont, elles viennent de Durmstrang. » Il regarda le plafond d'un air accusateur, dans la direction générale du bureau de Dumbledore. « L'une des idées de tortures les plus originales du Directeur sur la façon de partager les connaissances et les innovations entre les différentes institutions d'enseignement magique. »
Sagement, Hermione s'abstint de tout commentaire. C'était exactement le genre d'idées que pouvait avoir Albus Dumbledore, sans se soucier des sentiments possessifs que pouvaient avoir certains professeurs à l'égard de leur matière. Minerva McGonagall en cracherait probablement de rage si elle devait partager ses préparations de cours avec le professeur de Métamorphoses de Beauxbâtons.
« On dirait une punition à donner à faire pendant une retenue, » remarqua Hermione.
« Nous sommes en juillet, Miss Granger, » lui répondit Snape, plongé dans ses papiers. « Je suis un peu à cours d'élèves, en ce moment. »
« Eh bien, quand j'ai réalisé que j'étais condamnée à passer l'éternité ici dans les cachots, je me suis dit que ce serait comme d'être éternellement en retenue, » dit-elle d'une voix un peu rieuse. « Je peux tout aussi bien me rendre utile. »
« Quelle remarquable générosité de votre part, » ironisa Severus, même si le rappel des paroles qu'il lui avait autrefois adressées ne lui échappa pas.
« Et puis, si je suis occupée, le Baron me laissera abandonner le cache-cache avec Peeves. »
« Sans compter que vous pourrez éviter votre chevalier servant. »
Elle eut un grand sourire, et Severus poussa un soupir d'exaspération. « D'accord. Mais vous commencerez par ces chaudrons, » ordonna t'il, en indiquant le mur du fond de sa salle de classe, où les chaudrons oubliés s'empilaient près de l'évier comme autant de champignons noirs et malveillants. « La moitié des cinquième année les ont abandonnés après en avoir finalement terminé avec mes cours, et ils sont toujours pleins de restes incroyablement incrustés. »
Hermione grogna, mais se reprit quand Snape lui lança un regard acéré. « Je ne peux pas y croire, je suis morte, et je continue à frotter des chaudrons, » se plaignit-elle.
« Mais vous êtes utile, c'est un état que bien des gens n'atteignent pas de leur vie entière. Sauf dans le cas des Poufsouffles, » conclut-il sarcastiquement.
Remontant ses manches, Hermione eut un petit rire avant de se diriger vers l'évier.
XoXoXoXoX
« Miss Granger ? »
Hermione, se dépêchant d'arriver à la Grande Salle ce premier jour de septembre, ne voulant pas manquer la Répartition, faillit ne pas entendre la voix qui l'appelait. Elle ralentit brusquement, manqua le tournant du couloir, et traversa le mur pour ressortir un bon mètre plus bas.
« Oui ? » répondit-elle avec autant de dignité que possible tout en flottant à reculons vers le Directeur.
« J'ai failli ne pas vous reconnaître, Hermione, » lui dit Dumbledore, en ajustant ses lunettes pour la regarder plus attentivement. Les yeux bleu clair pétillaient toujours, mais c'était moins prononcé que quelques années auparavant. « Vous avez beaucoup changé. »
« Vraiment ? » Hermione baissa les yeux vers ses robes. La chaussette qui descendait et les chaussures oxford d'écolière avaient disparu à l'endroit où vont les vêtements des fantômes, pour être remplacés par des ballerines toutes simples. Les cheveux qui lui avaient tant empoisonné la vie cascadaient en boucles et en anglaises dans son dos, retenus en arrière par des peignes qui existaient parce qu'elle le leur avait demandé.
« Oui, vraiment, et je tiens à vous dire que vous êtes particulièrement ravissante ce soir. Pendant un moment, je vous avais prise pour la Dame Grise. Comme vous le savez, elle est le fantôme le mieux habillé du château. »
Hermione ne put s'empêcher de rire à la blague subtile du Directeur ; la Dame Grise était bien connue pour sa vanité concernant son apparence. « Je vous remercie, mon bon Monsieur, » répondit-elle en lui faisant une révérence dans les airs.
« En fait, Miss Granger, c'est moi qui voulais vous remercier, » répondit-il avec sérieux. « Je suis bien conscient des difficultés auxquelles vous avez dû faire face depuis votre mort. Vos amis sont partis… et je suis vraiment désolé de voir que le Professeur McGonagall n'a pas été capable d'accepter votre nouveau statut. »
« Une pensée figée – c'est une des caractéristiques de Gryffondor, non ? » dit-elle en citant Snape, mais avec un sourire pour atténuer le sarcasme de ses paroles. « Je ne peux pas vous dire que ça ne me blesse pas, ce serait faux, mais je la comprends. Vraiment, » affirma t'elle au Directeur.
« Oui, je dois admettre que vous avez raison. Minerva a toujours été un peu inflexible, même si elle est l'alliée la plus solide dont quiconque puisse rêver. »
Hermione acquiesça. « Ses conseils me manquent. Elle m'a toujours fait des suggestions si pleines de bon sens. »
« Elle a finalement accepté d'ajouter votre note de potions à votre relevé officiel, vous savez, » lui dit Dumbledore. « Severus a remis ce sujet sur le tapis en réunion des professeurs pendant des semaines. »
« Il a vraiment fait ça ? »
« Oui. Il a finit par menacer de s'adresser plus haut dans la hiérarchie et de venir déposer une plainte officielle auprès de moi, » ajouta le Directeur.
« Oh, c'est vraiment – gentil, » balbutia Hermione. « Je savais qu'il ferait probablement la demande, mais je ne pensais pas que ça irait plus loin. »
Dumbledore la regarda par dessus ses lunettes. « Severus Snape a toujours été un homme de parole, Hermione. Je ne connais que très peu d'occasions où il n'a pas tenu une promesse qu'il avait faite. Et il n'est pas non plus homme à dédaigner les efforts que vous avez faits pour surmonter les difficultés inhérentes à votre condition actuelle. »
« Ce serait bien la première fois, » marmonna Hermione.
« Je crois que vous ne comprenez pas la différence, » lui expliqua le vieil homme. « Severus apprécie ceux qui travaillent dur pour parvenir à l'excellence, et pas ceux pour qui la réussite est facile. »
Hermione fronça les sourcils. A part elle, elle se demanda si c'était l'une des raisons pour laquelle Snape avait tellement détesté les Maraudeurs. Le père de Harry et Sirius Black avaient apparemment été les enfants chéris de Poudlard pendant leurs années d'école. Ce n'était pas une idée qu'elle avait envie de partager avec le Directeur, et puis ces hommes étaient morts tous les deux, alors… Au lieu de ça, elle choisit de se concentrer sur le fait que Dumbledore lui parlait comme à une adulte, et plus comme à l'enfant qu'elle avait été. C'était gratifiant de se voir accorder cet honneur. Elle n'avait plus l'impression d'être une élève, et appréciait beaucoup de ne plus être traitée comme telle. Avec ça à l'esprit, elle choisit ses mots suivants avec soin.
« Vous tenez à lui, n'est-ce pas ? »
« Oui. J'ai fait défaut à Severus une fois, à ma grande honte, et je l'ai presque perdu. Depuis qu'il est revenu j'ai fait de mon mieux pour le traiter comme un fils. Malheureusement, il y a des choses dont on préfère ne pas avoir à discuter avec son père. C'est pour cette raison, Miss Granger, que je suis si content qu'il ait une autre personne à qui parler. »
« Je ne pense pas que je sois une personne à qui il parle. Il me donne des ordres, il me crie dessus, mais nous parlons rarement de quoi que ce soit. »
« C'est plus que ce qu'il a eu depuis bien longtemps, » lui assura Dumbledore. « Votre mort l'a touché plus qu'il ne le laisse voir, Miss Granger. Il a fait le vœu de protéger les élèves de cette école. »
« Harry et Ron m'ont dit qu'il avait pleuré pour moi, » admit-elle calmement. « Ce serait plus facile s'il laissait voir cette part de lui-même au reste du monde. »
« Peut-être, » répondit le Directeur sans s'avancer. « Mais peut-être que lui-même ne se rend pas compte que cette part de lui existe. Comme vous l'avez sans doute remarqué, l'image qu'on a de soi n'est pas forcément la même que celle qu'ont les autres. Moi-même, par exemple, je suis toujours un peu surpris de voir ce vieillard dans mon miroir tous les matins. »
Hermione rit, comme il l'avait voulu.
« Maintenant, Miss Granger, je pense que nous devrions y aller. Nous ne pouvons pas avoir de Répartition sans que le Directeur ne soit présent. Que diraient les élèves ? »
XoXoXoXoX
Une fois l'année scolaire recommencée, Hermione remarqua qu'il y avait quelques différences dans son statut de fantôme. Elle était morte depuis plus de deux ans maintenant, et le temps, couplé à son changement d'apparence, faisait oublier aux élèves qu'elle avait été l'une des leurs. Les plus jeunes élèves en particulier n'hésitaient pas à lui demander de l'aide.
Elle se retrouva à donner des indications à beaucoup de première année, comme la direction des salles de classe, ou des toilettes les plus proches, et la chose qu'ils avaient besoin de comprendre tout de suite, à savoir : ne jamais, jamais faire confiance à Peeves. « Il n'est que malfaisance et mauvaise humeur, » leur disait-elle, et les enfants acquiesçaient avec gravité, les yeux grands ouverts et à l'affût.
D'autres visiteurs vinrent au château cet automne-là, la plupart pour des visites en rapport avec le combat contre Voldemort. Certaines, cependant, ne venaient pas pour apporter leur aide. Quelques semaines après que Severus Snape eut enfin fini d'analyser et de documenter la potion qui avait coûté la vie à Hermione, le Ministère de la Magie s'abattit sur Dumbledore pour vérifier s'il n'y avait pas eu de comportement à l'éthique questionnable.
Plus qu'un peu intéressée par le résultat de cette entrevue, Hermione prit place dans un coin du bureau de Dumbledore pour écouter le rusé Directeur offrir à ses visiteurs du thé, des bonbons au citron, et sa touche personnelle de charme bonhomme. Une fois ou deux elle le vit regarder droit vers elle, même si elle demeurait invisible, mais il ne fit pas signe de vouloir qu'elle s'en aille. Snape, assis dans un côté de la pièce, vit son supérieur regarder vers Hermione et fronça pensivement les sourcils, mais ne mentionna pas le sujet dans la conversation.
Après force discussion, les bureaucrates soupçonneux se calmèrent, et admirent finalement que l'intérêt de l'éducation et de la santé publique était que des recherches poussées soient conduites sur la potion mortelle. Mais au lieu de mettre fin à leurs questions, cependant, une des sorcières de la délégation, celle qui la première avait admis qu'il n'y avait pas de charges à retenir contre Snape, commença à bombarder Dumbledore de questions sur ses plans pour mettre fin au règne de Celui Dont On Ne Doit Pas Prononcer Le Nom. Le Directeur dût arguer qu'il s'agissait de secrets ministériels pour parvenir à la faire taire. La sorcière se hérissa et tenta de mettre en avant le fait que, en tant qu'employée du Ministère, elle avait le droit de tout connaître de ce qu'il avait prévu.
Hermione était sûre que si ça avait été elle, elle aurait lancé un sort sur cette femme depuis belle lurette, et ça aurait été réglé, mais Dumbledore réussit à se débarrasser d'elle auprès de Snape au moment où il escorta le reste du groupe vers l'entrée du château. Hermione flottait derrière eux, écoutant distraitement la femme qui débitait les défauts des imbéciles trop mous qui dirigeaient le Ministère, et combien les choses se passeraient mieux si eux, les Serpentards, étaient au pouvoir.
Elle ne prêta pas spécialement attention à la réponse de Snape, qui murmura, « Oui, bien sûr, Madame Fitz Herbert. »
« Madame Hornby-Fitz Herbert, » rétorqua la femme, hautaine. « La famille Hornby remonte tout aussi loin que la votre, Snape. Montrez un peu de respect. »
Le nom déclencha quelque chose dans la mémoire d'Hermione, mais elle dût chercher un bon moment avant que la réponse lui apparaisse soudain. D'un 'pop' brutal, elle se matérialisa devant la sorcière et lui demanda brusquement.
« Vous vous appelez Hornby ? Comme Olive Hornby ? La Olive Hornby qui était élève ici il y a environ cinquante ans ? »
La femme courtaude se redressa. « C'est moi, » répondit-elle fièrement. « Mais qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? Je ne me souviens pas de vous en tant que fantôme de mon temps, mais j'avais déjà appris à cette époque à ne pas m'occuper de choses aussi triviales. »
Hermione plissa les yeux pendant une fraction de seconde, avant de lui adresser un sourire charmeur. « Vous voudriez bien avoir la bonté de m'attendre quelques minutes ? » demanda t'elle, en serrant les dents à cause de l'effort que lui demandait cette amabilité. « Le Professeur Snape va vous tenir compagnie, je pense. Ça ne vous ennuie pas, Professeur ? »
« Pas du tout, » répondit Severus, en lançant à Hermione un regard acéré qui disait clairement que quoi qu'elle ait en tête, elle avait intérêt à ce que ça vaille le coup.
Hermione se précipita à travers le château, en direction de certaines toilettes des filles. « Mimi ! » appela t'elle vivement, en écoutant si elle entendait du bruit dans les canalisations. De l'eau jaillit des toilettes habituelles de Mimi.
« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda Mimi, boudeuse, de l'intérieur de ses toilettes. Sa voix résonnait curieusement contre la céramique.
« Il y a quelqu'un ici à Poudlard qu'il faut absolument que tu viennes voir, » affirma Hermione avec fermeté.
« Je n'ai besoin de voir personne, » chouina Mimi. « Je veux qu'on me laisse tranquille. »
Hermione passa la tête à travers la porte des toilettes, chose absolument réprouvée par l'étiquette entre les fantômes. « Mimi Buckram ! Tu vas venir avec moi tout de suite, ou je rendrai ton au-delà si misérable que tu trouveras plus agréable de passer ton temps avec Peeves ! »
Assise sur l'arrière des toilettes, Mimi se tassa sous les réprimandes d'Hermione.
« Pourquoi ? » minauda t'elle. « Je suis très bien où je suis. Les autres fantômes ne veulent pas devenir mes amis, et toi tu ne fais que de me donner des ordres. »
« Je t'en prie, Mimi, fais-moi confiance, juste une fois, » l'amadoua Hermione. « Je te promets que ça va te plaire. »
« Qu'est-ce que ça peut bien te faire ? »
« Est-ce que je ne suis pas toujours venue te parler, même quand j'étais encore en vie ? Est-ce que ça ne compte pas pour toi ? »
Mimi tortilla sa chaussure dans l'une des flaques qu'il y avait sur la lunette de ses toilettes. « Bon, d'accord. »
Mimi sur ses talons, Hermione rebroussa chemin à travers les murs et redescendit vers le centre du château. Ils trouvèrent le Professeur Snape en train d'écouter un interminable monologue concernant tout ce qui clochait dans le système éducatif sorcier britannique. Il semblait à deux doigts de faire taire Olive Hornby-Fitz Herbert avec un sortilège de Lèvres Scellés qui la handicaperait pendant quelques jours.
« Je vous remercie, Professeur, » lui dit Hermione avec ferveur. Il lui répondit d'un signe de tête. « Il fallait que j'aille chercher quelque chose dans les toilettes des filles. »
L'expression de Severus passa de l'interrogation à la compréhension, et elle put voir une petite lueur d'anticipation dans son regard avant qu'il ne baisse les paupières. Il fit discrètement un pas de côté pour ne pas se trouver à proximité immédiate de la confrontation qui allait avoir lieu.
« Et pourquoi au nom de tout ce qui est magique voulez-vous me montrer quelque chose qui vient des toilettes ? » demanda Madame Hornby-Fitz Herbert avec un reniflement dédaigneux. « Ça ressemble à une plaisanterie de galopin, et je ne tiens pas à supporter une telle mascarade ! »
« Non, en fait, je tenais à ce que quelqu'un puisse vous voir. Hé, Mimi ! » appela t'elle par dessus son épaule. La jeune fantôme était restée en retrait quand elle avait perçu des mortels dans le couloir. « Viens ici ! »
« Pourquoi est-ce qu'ils sont importants au point de me faire sortir de mes toilettes ? » demanda t'elle avec méfiance.
« Je voulais que tu voies quelque chose, Mimi. Ça, » et elle indiqua la femme trapue qui se tenait derrière elle, « c'est quelqu'un que tu connaissais, avant. »
« Mimi ? » demanda la sorcière d'une voix acariâtre. « Non, je vous en prie, ne me dites pas que c'est elle – je pensais que le Ministère l'avait fait bannir. »
Mimi se pencha vers la visiteuse, descendant un peu. « Olive ? Olive Hornby ? C'est vraiment toi ? » Elle tourna autour de la femme en la regardant.
« Mimi Buckram ! Tu n'as pas changé d'une goutte, » lui dit Olive, en laissant bien entendre tout son mépris dans sa voix. « Alors, tu pleurniches toujours dans tes toilettes, j'imagine ? »
« Vous, par contre, vous avez changé, » intervint rapidement Hermione, avant que Mimi ne se mette à pleurer. « Elle a quoi, Mimi, soixante dix ans maintenant ? Elle ne vieillit pas très bien, tu ne trouves pas ? »
Olive était bouche bée devant Hermione. « C'était un commentaire tout à fait déplacé, et ça ne me plaît pas du tout, » dit-elle avec hauteur. « J'attends que vous vous excusiez immédiatement ! »
« Et je suis sûr que Mimi n'a pas apprécié que vous vous moquiez de ses lunettes, » rétorqua Hermione. « Est-ce que vous vous êtes jamais excusée auprès d'elle ? »
« C'était il y a cinquante ans ! » protesta t'elle. « Je n'étais qu'une enfant ! »
« Ce n'est pas une raison, » répondit Hermione. « Vous n'avez peut-être pas tué Mimi, mais c'était vous qui la rendiez malheureuse à l'époque, et elle a été malheureuse depuis. »
« Ce n'est pas de ma faute, » objecta t'elle, en regardant Mimi d'un air dégoûté. « Si elle n'avait pas toujours été une petite peste ennuyeuse, toujours à tourner autour de moi et de mes amis… »
« Elle a grossi, » commenta soudain Mimi, en se retournant vers Hermione, étonnée. Ni l'une ni l'autre ne firent attention à l'inspiration outragée d'Olive.
« Oui, c'est vrai, » admit Hermione.
« Et elle n'est plus vraiment jolie, non plus, » observa Mimi.
« Vraiment, Mimi, je ne parviens pas à comprendre qu'elle ait réussi à t'intimider un jour, » commenta Hermione avec un reniflement de dédain. « Après tout, ce n'est pas une personne si impressionnante que ça. »
Les joues flasques d'Olive commencèrent à rougir, et son air supérieur commençait à s'estomper au fur et à mesure que sa lèvre inférieure se mettait à trembler. Elle semblait figée sur place, son outrage ne servant à rien contre la brutale vérité qui lui était assénée par deux êtres qu'elle ne pouvait pas intimider.
« Et puis elle a toutes ces rides sur le visage, » continua Mimi, en faisant de nouveau le tour de la femme avant de s'arrêter à côté d'Hermione. « Elle ressemble à un gros, gras et méchant chien-chien à sa mémère. »
Une plainte échappa à Olive, et elle se mit à pleurer. Elle pressa une main contre sa bouche, et s'enfuit dans vers la sortie, ses reniflements se transformant en sanglots quand la porte claqua derrière elle.
Hermione et Mimi s'entre-regardèrent.
« Ce n'était pas très gentil de notre part, » fit remarquer Mimi, en essayant en vain de cacher son sourire derrière sa main.
« Non, pas très, » répliqua Hermione, le même sourire aux lèvres. Les deux fantômes échangèrent un regard, puis éclatèrent de rire. Elles s'envolèrent le long du couloir, bras-dessus bras-dessous, et leurs rires résonnant sur les murs de pierre.
Derrière elles, Severus Snape, pensif, remontait le couloir d'un pas vif, les mains dans le dos, et l'ombre d'un sourire au coin des lèvres.
