Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Ramos. Je ne fais que traduire…

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Et soudain, les vacances de Pâques arrivèrent sur Poudlard, laissant le château vide et tranquille. Puisqu'il était débarrassé des élèves, Hermione s'attendait à ce que son camarade des cachots, à défaut d'être joyeux, soit tout au moins d'humeur charitable. Depuis sa maladie, leur relation avait avancé vers les eaux plus calmes de l'amitié, et elle se rendit compte qu'elle appréciait finalement la compagnie acerbe du Maître de Potions.

Par conséquent, Hermione fut estomaquée quand Severus accueillit son apparition avec une grimace. Il l'informa brièvement qu'il n'avait ni besoin ni envie de sa compagnie ce soir-là. Il refusa qu'elle l'aide, comme ils en étaient convenus plus tôt, à faire l'inventaire de ses réserves, et alla même jusqu'à lui interdire formellement de nettoyer les taches de potions qui souillaient le plafond près de l'endroit où elle avait l'habitude de passer ses heures de repos dans la journée, quand elle en fit la suggestion.

« Pour l'amour de Merlin, » finit-elle par s'exclamer. « Pourquoi êtes-vous si grincheux ce soir ? Enfin, qu'est-ce qu'il y a de pire que d'habitude ? »

Le Maître de Potions claqua violemment la main sur son bureau. « Disparaissez. Allez écrire à Potter, allez chasser les hiboux si le cœur vous en dit. Mais disparaissez ! »

Malgré sa mauvaise humeur, Hermione le connaissait suffisamment pour faire la différence entre une véritable colère, et ce qui ressemblait étrangement à de l'embarras. Plissant les yeux, Hermione le fixa, puis inspecta le bureau sur lequel il était penché. Severus la fusilla du regard, mais Hermione l'ignora et se rapprocha, un œil sur les plumes tordues et les morceaux de parchemin qui encombraient son bureau. Son encrier avait été rempli il y avait peu, et on pouvait voir son écriture rageuse sur la plupart des lettres déchirées. La seule autre chose qu'on pouvait voir sur son bureau était le dernier numéro du Mensuel des Potions.

Il ne lui fallut qu'un instant pour attraper le magazine sur lequel il avait la main posée, malgré sa tentative de l'en empêcher.

« Voyons voyons, qu'est-ce que nous avons là ? » s'amusa t'elle en s'élevant hors d'atteinte.

« HERMIONE GRANGER, REDESCENDEZ IMMEDIATEMENT ! »

Tout en gardant l'homme en colère dans son champ de vision pour le cas où il essaierait de lui reprendre sa prise d'un 'Accio', elle parcourut la table des matières pour trouver ce qui l'avait mis dans un état pareil. Elle n'eut pas de mal à trouver. Le quatrième article important annonçait l'addition d'un élément à la liste des poisons interdits, appelé la 'Variante Mortelle de la Belle de Nuit', découvert par le Professeur Severus Snape, Maître de Potions à l'école de Magie et de Sorcellerie Poudlard et…

« C'est une BLAGUE ! Neville LONDUBAT ? » s'écria Hermione d'un ton aigu, incrédule. « C'est une idée du Professeur Dumbledore, non ? »

L'expression qu'arborait le Professeur Snape aurait fait tourner n'importe lequel des spécimens qui ornaient ses étagères. « Oui, » répondit-il, sans desserrer les dents. « Le Directeur a dit que ça améliorerait sa confiance en lui. »

« Oh, un peu de sérieux ! Neville est un botaniste, il n'est pas fait pour les potions ! »

« Mr Londubat avait vu le problème concernant les Gouttes de Nuit Instantanées, » accorda Severus, d'un ton peiné. « Ce n'est que justice. »

Hermione fut surprise que cette remarque ne l'étouffe pas. « Quelque part, » observa t'elle avec amusement, « je pense que ça a beaucoup plus à voir avec le Ministère qui n'est toujours pas convaincu que vous ne m'ayez pas délibérément empoisonnée. »

« Le Ministère a peut-être accepté d'admettre que votre décès n'avait été qu'un accident, mais le Directeur a pensé que ce serait, et je le cite, 'plus avantageux' d'associer Londubat à la découverte de ce poison. »

« Ce qui fait que si Neville est innocent, vous l'êtes également, » conclut-elle. « Ça ne tient pas vraiment la route, mais je suis sûre que le raisonnement est suffisamment logique pour le Ministère. »

« Si j'avais jamais eu la moindre intention de vous empoisonner, Miss Granger, je l'aurais fait après votre troisième année, au lieu d'attendre que vous en ayez presque fini avec mes cours. » Il irradiait la résignation et la contrariété quand il tira la chaise derrière son bureau pour se rasseoir. « Et pour ma peine, je devrais vivre sachant que mon travail sera pour toujours lié à celui de… Neville Londubat. »

« Eh bien, » commenta Hermione, d'un ton naturel, « peut-être que vous pourrez avoir tout le crédit pour avoir redécouvert cette potion médicinale. »

Rassemblant les morceaux de papier en une pile, Severus fit mine de rien. « Et de quelle potion parlez-vous ? » demanda t'il innocemment, mais Hermione ne s'y laissa pas prendre.

« Celle dans sur laquelle vous tâtonnez depuis des semaines maintenant dans votre laboratoire privé. Je n'ai pas pu m'empêcher d'espérer que vous me demanderiez de vous aider, puisque vous avez plus de temps pour y travailler en ce moment. »

« Je ne tâtonne pas, » répliqua t'il avec hauteur. « J'étudie. »

« Oui, bien sûr. Et qu'est-ce que vous avez trouvé jusqu'à maintenant ? »

Severus lui lança un regard indéchiffrable, les yeux mi-clos.

« Oh, allez, Professeur. C'est intéressant, et je suis à cours de chaudrons à nettoyer. Nick et Mimi sont absolument décidés à me traîner à la finale de polo, et je suis tout aussi décidée à n'y aller à aucun prix. Vous pourrez continuer à m'utiliser comme votre assistante personnelle, et je pourrai échapper à plusieurs matches de polo des plus ennuyeux. »

« C'est terrible à ce point ? » demanda t'il en levant un sourcil.

« Pire que le Quidditch. »

« Et qu'est-ce que vous reprochez au Quidditch, au juste ? »

« C'est pas vrai, » marmonna Hermione, se souvenant trop tard que quelqu'un qui était qualifié pour arbitrer un match était plus que probablement un fan du sport. « Je crois que c'est lié au chromosome Y. »

« Peut-être. Mais s'il vous plaît, n'allez pas jusqu'à inclure Madame Bibine dans votre théorie. C'est d'accord. Justement, j'étais sur le point de faire quelques tests préliminaires sur les Larmes de Phénix d'Amérique du Sud. Si la potion fait la moitié de ce que cet alchimiste agité du bocal proclame qu'elle peut faire, alors elle pourra peut-être faire une différence significative dans cette guerre. »

Hermione lui fit un grand sourire, et Severus se concentra sur le rangement de son bureau avant de céder à l'élan qui faillit lui faire rendre ce sourire.

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Les semaines suivantes passèrent vite, et virent Hermione et Severus débattre de l'importance des divagations d'un anonyme mort cinq siècles auparavant, entre les corrections de copies et le reste de la routine de leurs journées, ou plutôt, de leurs nuits. La plupart du temps ils s'entendaient relativement bien, avec seulement quelques prises de bec occasionnelles.

A peu près deux fois par mois, sa Marque des Ténèbres brûlait et l'arrachait à sa routine, pour l'envoyer dans la nuit vers l'inconnu. Il n'y eut plus de beuveries organisées par Malefoy, mais il arrivait parfois à Severus de revenir avec des robes tachées de sang. Ces fois-là, il se versait une dose mesurée de cognac, et le buvait pensivement.

Généralement, Hermione n'essayait pas de lui parler, ne lui laissait même pas voir qu'elle était là, mais elle restait à proximité, invisible. Si Severus l'appelait, elle se matérialisait et le laissait parler tant ou si peu qu'il voulait. Il y avait des fois où il recherchait une distraction, et elle la lui fournissait en discutant de choses et d'autres. S'il préférait qu'elle se taise, elle restait silencieuse et ne posait pas de questions.

Le cognac était parfois suivi d'une fiole de potion somnifère, mais c'était rare. Elle savait qu'il n'aimait pas s'en remettre à cette drogue, à la fois à cause de la dépendance qu'elle créait, mais aussi parce qu'il pensait que ce serait faire preuve de faiblesse, ne fut-ce qu'à ses propres yeux. Ces soirs-là, Hermione attendait dans la pièce attenante à sa chambre à coucher, lisant tranquillement, et écoutant s'il faisait des cauchemars.

Cette nuit était l'une de ces nuits. Il avait fait disparaître ses robes à la buanderie ; il avait eu besoin de trois sortilèges d'exsanguination pour nettoyer toutes les éclaboussures de ses vêtements et de ses mains. Il ne l'avait pas appelée, mais il avait passé un très long moment à regarder son feu, avant d'aller se coucher sans s'arrêter à l'armoire qui contenait la potion somnifère.

Plusieurs heures s'écoulèrent et Hermione attendit. Elle résista à l'envie d'aller jeter un œil sur lui – il avait très nettement fait comprendre qu'il n'aimait pas les infirmières empressées, et il l'appelait toujours Nanny Granger dès qu'elle osait formuler la moindre inquiétude pour son bien-être. Si ses cauchemars empiraient, elle l'entendrait parler dans son sommeil, et un coup dans le mur au bon moment, ou le fait de laisser tomber un livre derrière la porte, suffisaient à le faire sursauter, lui dont le sommeil léger n'était un secret pour personne. Ainsi, il était distrait de ses terreurs nocturnes sans qu'il y ait eu d'intrusion dans sa vie privée.

Finalement, les murmures auxquels elle s'attendait se firent entendre, et Hermione tendit la main vers le livre qu'elle préférait utiliser à cet effet : un traité long et incroyablement complexe sur la politique des sorciers pendant les guerres des gobelins, l'une des sources préférées du Professeur Binns pour ses cours. Ça avait été un cadeau au Maître de Potions de la part d'un parent Serpentard reconnaissant, dont le rejeton avait réussi les ASPICs suffisamment bien pour obtenir un poste de sous-fifre au Ministère après son diplôme. Severus se servait surtout de ce bouquin pour caler sa porte.

Il claqua de façon satisfaisante en touchant le sol, mais pour une fois sans avoir l'effet désiré. Après avoir laissé tomber bruyamment le livre à trois reprises, Hermione commença à s'inquiéter.

Avec précaution, elle traversa la porte de sa chambre. Elle n'y était pas entrée depuis qu'il avait été malade plusieurs mois plus tôt, mais apparemment peu de choses avaient changé. Des papiers et des livres traînaient en plusieurs endroits en piles relativement ordonnées. Les robes qu'il portait avant sa convocation gisaient au sol, comme s'il les avait écartées de son chemin d'un coup de pied. Le cabinet où elle avait autrefois vu son masque de Mangemort avait été soigneusement refermé et verrouillé.

Sur le lit, Snape laissa échapper un autre gémissement de douleur, mais si bas que c'était comme s'il avait peur qu'on l'entende. Il ne répondit pas quand Hermione l'appela par son nom, et c'est avec le cœur battant qu'elle s'approcha suffisamment pour flotter au dessus du lit.

Il semblait incroyablement humain et vulnérable allongé dans son lit, ses longs cheveux en bataille reposant en mèches noires sur son oreiller. La peau fine, un peu marquée de sa gorge ne suffisait pas à adoucir les traits sévères de ses joues, ou les nœuds de muscles et de cartilage de son cou. Sa pomme d'Adam était agitée de mouvements convulsifs alors que des mots étranglés lui échappaient.

Se penchant au dessus de lui, Hermione essaya de comprendre ce qu'il disait, mais c'était impossible. Pendant un moment, elle se rendit compte qu'elle était penchée sur lui comme une amante prête à donner un baiser, mais elle chassa bien vite cette pensée qu'elle n'avait pas envie d'examiner de trop près. Elle était là pour l'aider, et pas pour les mettre l'un ou l'autre dans une position qu'ils trouveraient très gênante, même s'ils n'étaient pas chacun à une extrémité du spectre de la vie. Ce qu'elle devait faire à tout prix, c'était mettre fin à son cauchemar, et la seule chose à laquelle elle pensa fut l'invasion qu'elle avait déjà commise une fois auparavant.

Apparemment, il ne s'était pas souvenu de son apparition dans son rêve cette nuit où il avait été si malade, mais ça ne voulait pas dire qu'il ne se souviendrait pas de la fois suivante. Et malgré la peur qu'elle avait de l'inévitable explosion de rage à laquelle elle s'exposerait si jamais il se souvenait des rêves et du rôle qu'elle y tenait, ce n'était pas ce qui rendait l'idée d'entrer dans l'esprit du Maître de Potions endormi le plus rédhibitoire. Harry avait expliqué avec beaucoup de clarté combien il était horrible de sentir que quelqu'un était en train d'envahir votre esprit, et les conférences sur l'éthique auxquelles elle avait assisté avaient été très strictes sur les utilisations de la Légilimencie. S'aventurer dans l'esprit d'un autre, avec, et surtout sans sa permission, était absolument interdit sauf dans les cas d'urgence.

Mais c'était permis, se dit-elle, dans les cas où la vie ou le bien-être d'une personne étaient en danger. La vie de Severus Snape n'était pas en danger, mais il aurait fallu être méchant, ou en plein déni, pour penser que des cauchemars affreux n'étaient pas mauvais pour la santé. S'accrochant à cette circonlocution morale, Hermione prit son courage à deux mains et se pencha, laissant leurs tempes se frôler.

Ouvrant les yeux dans le rêve, Hermione fut choquée par ce qu'elle y vit. A des kilomètres à la ronde, de tous les côtés, il n'y avait qu'un sol nu et désolé. Il n'était composé que d'une étendue désertique de boue séchée, en plaques craquelées, de tourbillons de poussière, et de quelques buissons rares et squelettiques. Au ciel, quelques étoiles clignotaient sans conviction, incapables de lutter contre la pleine lune qui éclairait les collines distantes d'une lumière faible et maladive.

Un cri profond, sauvage, résonna dans les airs, faisant se dresser d'appréhension les cheveux d'Hermione sur sa nuque. Elle chercha autour d'elle d'où venait ce son menaçant, et aperçut une silhouette au loin, qui courait vers elle. Enfin, courir était peut-être une façon trop optimiste de décrire la démarche de l'homme qui titubait, à peine debout, et avait l'air de souffrir atrocement.

Se portant à la rencontre de la silhouette, Hermione perdit l'usage de son propre langage en reconnaissant l'alter ego de Severus Snape dans ses rêves, malgré le sang et la boue qui lui maculaient le visage. Il tenait contre son corps, serré, son bras gauche entaillé ; sa manche blanche était déchirée et imbibée de sang.

« Vous devez courir, » lui dit-il avec ferveur, se jetant presque sur elle dans un effort de l'entraîner après lui. « Il va vous attraper. Il va nous tuer tous les deux. » Son visage était blanc de peur et de désespoir, ses yeux sombres étaient éteints par la fatigue. Son visage était marqué par la douleur et l'épuisement.

« Hein ? » demanda Hermione, confuse. « Qui ? »

Severus s'arrêta en titubant. Il se retourna et tendit le bras vers un point derrière lui. Arrivant de la colline lointaine, une grande chose massive apparut. Avec un cri profond et grave, un loup-garou plus gros qu'un hippogriffe, la bave aux lèvres, approchait d'eux à une vitesse phénoménale.

« Courez ! » cria t'il désespérément, attrapant son bras et se mettant à trotter d'un pas incertain. Hermione trébucha et faillit tomber ; choquée par la sensation brutale d'un contact physique. Seule la fermeté avec laquelle il sa tenait lui permit de rester debout. Ses doigts lui vrillaient le bras, elle avait l'impression qu'il serrait assez fort pour souder ensemble les os de son poignet. « Allez ! » insista t'il.

« Attendez ! » s'écria t'elle, luttant contre sa panique contagieuse. « Ce n'est qu'un rêve. Nous sommes dans VOTRE rêve. »

Severus s'arrêta et la dévisagea, confus ; même s'il n'oublia pas de jeter un regard accablé au loup-garou qui les poursuivait. Il était visiblement déchiré entre son propre désir de s'enfuir, et la réticence qu'il avait à l'abandonner au monstre.

Se basant sur sa propre expérience, et espérant désespérément qu'elle avait raison, Hermione tendit la main, la paume vers le haut. « Prenez ça, » ordonna t'elle.

Un long sifflet d'argent apparut sur sa main ; Severus le fixa pendant un long moment avant de lâcher son poignet à regrets pour saisir le sifflet. Gonflant ses poumons, il le lui prit des mains, le porta à sa bouche, et souffla.

A l'extrême limite de son audition, le ton aigu du sifflet à ultra-son lui vrilla les tympans, et réverbéra sur la base de son crâne. A plusieurs centaines de mètres de là, le loup-garou hurla de douleur et perdit toute coordination.

Secouant la tête, l'animal quitta la piste du Maître de Potions, avant de la reprendre, avançant maintenant à un galop mal coordonné. Il geignit pitoyablement quand Severus siffla de nouveau. Sous les assauts successifs des vagues d'ultrasons, la créature, qui avançait avec de moins en moins d'assurance, finit par s'arrêter et se roula en boule, tremblante, à peine à un jet de pierre de l'endroit où ils se trouvaient.

Le sifflet tomba des doigts sans énergie de Severus, et Hermione approcha pour lui toucher le bras qui n'était pas blessé. « Regardez, » chuchota t'elle, en se souvenant de son goût pour les levers de soleil. « Le soleil se lève. »

Alors qu'il se retournait pour regarder, sa suggestion prit racine et influença sa réalité. L'horizon commença à luire, des rayons rouges et violets perçaient, jusqu'à ce qu'un soleil doré et brillant se profile à sur un horizon accidenté. Le loup-garou trembla et se transforma en un jeune garçon plutôt maigre aux cheveux bruns, allongé, nu, face contre terre dans la poussière.

Epuisé, Severus tomba à genoux, ses traits tirés tournés vers le soleil levant.

« Repose-toi, » lui dit Hermione, en s'agenouillant à ses côtés. Une idée lui traversa l'esprit et elle tendit la main vers son bras blessé pour le déplier. « Ton bras n'a rien, » lui assura t'elle, en relevant la manche déchirée. « Tu vois, il ne t'a pas mordu. » Sous ses doigts, la peau était lisse, sans la moindre égratignure.

Fronçant les sourcils, Severus regarda son bras nu. Il n'y avait rien à voir que les poils noirs qui parsemaient son avant-bras. Il le toucha lui même, incrédule, puis il retourna son poignet pour voir l'autre face. Comme de l'encre roulant sur un parchemin, la Marque des Ténèbres apparut sur sa peau, la noircissant inexorablement.

Severus eut un sanglot désespéré quand le tatouage commença à fumer comme s'il venait d'être marqué au fer rouge. Il la gratta de ses doigts, comme si il pouvait l'arracher de sa chair qui se craquelait et commençait à saigner.

« Il n'y a rien sur ton bras, » lui dit vivement Hermione, en capturant ses mains dans les siennes. « Il n'y a rien, » répéta t'elle. « Regarde moi ! Ce monde est comme tu veux qu'il soit, Severus. Il n'y a rien sur ton bras. Rien. »

Ses yeux noirs pleins de panique plongèrent dans les siens, la mettant au défi – l'implorant – et Hermione mit dans son regard toute la confiance et la certitude dont elle était capable. Quand il baissa les yeux de nouveau vers son bras, la marque s'effaçait, elle était devenue grise et disparaissait plus vite que de la poussière devant un elfe de maison efficace.

« Il n'y a rien, » répéta t'il, comme hypnotisé. Il ferma les yeux et se raccrocha à elle, posant une de ses grandes mains sur sa nuque et appuyant son front contre celui d'Hermione. « Merci, » murmura t'il doucement, alors que toutes ses forces semblaient l'abandonner.

Elle l'aida à s'allonger sur le sol craquelé, mais le sol sous lui commença à se rider et à ressembler à une vieille couverture familière, avant de commencer à se désintégrer. Tout le paysage s'évapora rapidement, la laissant en train de flotter au dessus du lit du Maître de Potions une fois de plus, écoutant le souffle régulier de sa respiration alors qu'il plongeait dans un sommeil profond et sans rêve.

Hermione resta un instant à le regarder avant de s'en aller, mais il ne s'agitait plus. Une mèche de cheveux noirs lui tombait sur la joue, et elle failli céder à la tentation de l'en écarter, mais elle se réprimanda d'avoir pareille idée.

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Quand l'été arriva et que les élèves s'en allèrent, Severus laissa Hermione prendre part intégralement à ses recherches. Il avait une grandes quantité de notes sur la potion qu'il essayait d'extraire de l'ancien manuscrit, et sa première tâche fut de les lire toutes, de la première à la dernière page. Même si elle passait une partie de son temps à préparer les ingrédients de base pour les tests préliminaires de façon à ce qu'ils répondent aux standards élevés du Maître de Potions, elle en consacrait bien plus encore à revoir la transcription ligne par ligne, et à débattre de la signification des passages les plus ésotériques.

Expérience après expérience, il n'obtenaient jamais quoi que ce soit qui ressemble à ce qu'ils recherchaient, ce qui avait été décrit, d'après la traduction de Severus, comme, 'un bol d'arc-en-ciel' ou 'un faisceau de plumes de Quetzacoatl'. L'intuition que l'oiseau mythique des aztèques ait en fait été une sorte de phénix avait été la raison pour laquelle Severus avait pensé que la recette donnée devait être celle d'une potion curative, même si les larmes de phénix n'entraient nullement dans sa préparation.

Quand quelques unes de leurs expériences commencèrent à donner des résultats prometteurs, Severus décida qu'il était temps de faire des tests, mais il n'avait pas la moindre intention de les faire sur des sujets vivants. Au lieu de cela, il en toucha un mot à Poppy, qui revint quelques jours plus tard avec un paquet soigneusement emballé.

« Ne me posez pas de questions, » ordonna t'elle brièvement.

Le paquet, une fois déballé, se révéla être un cadre ovale, de la taille d'un plat, sur lequel une pièce de cuir était tendue. Sur l'envers, on pouvait lire 'Propriété de Sainte-Mangouste, hôpital pour maladies et blessures magiques'.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Hermione avec curiosité, en venant flotter près du coude de Severus.

« C'est le cuir d'un Nauga, tendu sur un panneau de bois de chêne, » expliqua Severus. Il posa le cadre sur leur table de travail, cuir au dessus, et attrapa un des petits couteaux tranchants qu'ils utilisaient pour la préparation de leurs ingrédients. D'un mouvement habile et sûr, il trancha profondément la peau. Le cuir délicat se fendit, les bords de la plaie s'écartèrent et du sang se mit à couler, comme d'une blessure véritable.

« Ouille. » Hermione tressaillit, compatissante, même s'il y avait longtemps qu'elle n'avait pas été blessée elle-même. « J'imagine que c'est toujours mieux que de torturer des rats, néanmoins. »

« Hmm. Je n'ai rien contre le fait de donner à ces créatures des potions somnifères qui les tueront sans douleur, mais je n'ai pas la moindre envie de blesser ces petits quémandeurs pour essayer ensuite de les soigner. »

« Vous voulez dire qu'ils mordent, » fit remarquer Hermione, pratique.

« Exactement. Maintenant, voyons ce que donnent nos premières tentatives. »

Le baume, quoique très coloré, ne se révéla pas le remède miracle qu'il était supposé être, et Severus fut obligé de lancer un sortilège de guérison sur la peau artificielle. L'essai suivant n'eut pas plus de succès, celui d'après non plus, mais le Maître de Potions ne se laissa pas abattre.

« L'essence même de l'art d'un Maître de Potions, ce sont les essais et les erreurs, Miss Granger. La connaissance de son sujet est une chose, mais plus que tout, il faut de la patience, de la persévérance, et une attention sans faille aux détails. Il peut se passer des semaines, voire des mois, avant que nous ne fassions des progrès. »

Même si Severus était par nature un oiseau de nuit, Hermione faisait de son mieux pour tenir compte de ses limites humaines, et les lui rappelait quand elle pensait qu'il devrait être en train de dormir au lieu de poursuivre ses expériences. Il l'ignorait souvent, travaillant presque jusqu'à l'aube avant de céder à la fatigue. Elle savait qu'il dormait plus profondément quand il se couchait absolument épuisé, mais parfois il tenait compte de ses remarques. Il l'appelait 'Nanny' et lui disait de ne pas s'en faire pour lui, mais il posait ses instruments et lui laissait le soin de ranger pendant qu'il allait se coucher.

Ça devint bientôt une routine, qui n'était interrompue que par les convocations irrégulières de Voldemort, et qui se poursuivit durant juin, juillet, et jusqu'à la dernière semaine du mois d'août. Arrivée là, Hermione bouillonnait de frustration devant leur manque de progrès, mais le Maître de Potions n'en était que plus exigeant, ne perdant son sang-froid qu'à l'occasion, et il faisait preuve d'une concentration glaciale face au puzzle qui occupait quasiment toutes ses pensées.

Leur dernière tentative ne donnait pas de meilleur résultat que la première, même s'ils avaient accumulé sur les variantes de la recette presque deux fois autant de notes que celles qu'ils avaient au début, et que les échantillons qu'ils conservaient de chacune de leurs tentatives occupaient maintenant trois tablettes sur l'étagère.

« Je refuse de croire qu'un homme dont la pensée manque à tel point de rigueur ait été capable de créer une potion dont la préparation demande tant de minutie, » s'exclama Hermione, alors qu'une autre tentative rencontrait tout aussi peu de succès que les précédentes.

« Nous n'avons aucune preuve que ce texte ne soit autre chose que les élucubrations d'un menteur et d'un vantard, » fit remarquer Severus abruptement, sa propre exaspération prenant le dessus sur ses façons habituellement plus contrôlées. « Pour ce que nous en avons vu, cet élixir n'a peut-être pas plus de propriétés curatives que de la bave de troll. »

Quelques mouvements de baguette, et il répara ce que leur potion n'avait pu soigner, et vida le chaudron. Hermione se retint de faire remarquer qu'il avait oublié d'en prélever un échantillon pour l'ajouter aux autres.

Au lieu de cela elle se laissa flotter jusqu'au manuscrit, toujours en sécurité entre ses deux plaques de verre sur le lutrin orné où il avait sa place. « Et personne de si brouillon ne se serait donné tant de mal pour coder une information si ça n'en avait pas valu la peine, » ajouta t'elle, en fixant le parchemin comme si elle avait pu faire apparaître tous ses secrets par son simple regard.

Severus avança pour se tenir à ses côtés et regarder lui aussi. « Je n'ai pas voulu l'admettre jusque là, mais nous ne faisons pas le moindre progrès, nous perdons notre temps. Sans plus d'informations, nous sommes dans une impasse. Le professeur Flitwick m'a assuré qu'il y avait au moins un sortilège latent dans le document, mais il a été incapable d'en trouver la nature avant de partir pour les vacances. Quand ce parchemin a été écrit, il n'existait que quelques sorciers lettrés, et ils étaient très vigilants sur le choix des apprentis à qui ils transmettaient leurs connaissances. »

Comme s'il avait pris une décision, Severus saisit la plaque de verre avec précaution, et apporta le manuscrit à la table de travail toute proche. Ôtant les pinces qui maintenaient ensemble les deux plaques de verre, il souleva la plaque du dessus et l'écarta. « L'Europe brûlait toujours joyeusement les sorcières à cette époque, » ajouta t'il, « ce qui me fait penser qu'il n'y avait que très peu de sorts de haut niveau connus des seuls lettrés. »

« Est-ce que vous avez demandé son opinion au Professeur Binns à ce sujet ? »

Il retroussa un peu sa lèvre supérieure. « Oui, je l'ai fait. »

Hermione se mordit la joue pour ne pas rire à l'idée de Severus ayant à subir l'un des interminables discours de Binns. Aussi précise que soit la question qu'on lui posait, son comparse le fantôme était connu pour ajouter bien trop d'informations dans une réponse qui n'aurait dû être qu'un simple oui ou non.

De sa baguette grise, il traça le contour du parchemin, comme s'il le mesurait avant de prononcer le sort.

« Attendez ! » s'écria soudain Hermione.

« Ne m'interrompez plus jamais comme ça ! » tempêta Severus qui avait failli lâcher sa baguette.

« Je viens seulement de penser à quelque chose, » expliqua t'elle rapidement, essayant de devancer sa colère. « Si vous aviez tant travaillé pour cacher quelque chose, est-ce que vous ne prévoiriez pas un piège contre une tentative si directe de le découvrir ? »

Il plongea ses yeux noirs dans les siens de fantôme, mais elle voyait bien qu'il réfléchissait. « Il a codé le sortilège, » dit-il a voix haute, comme pour vérifier comment ses mots sonnaient.

« Prenez la traduction, » lui ordonna Severus, en attrapant une plume et un encrier. Hermione attrapa rapidement l'épaisse pile de notes et tourna les pages pour retrouver la page contenant la clé du code qu'il avait patiemment reconstituée. Marmonnant entre ses dents tout en codant l'incantation, il termina, la lut une fois, avant de lancer le nouveau sortilège.

Comme des vaguelettes sur de l'eau, de la lumière s'étala sur le parchemin en ondes successives, éclairant ses traits anguleux de dessous. Le phénomène ne dura que quelques secondes, avant de disparaître. Hermione et Severus se jetèrent presque sur la page ancienne pour voir ce qui avait changé, mais il restait là sur sa plaque de verre, apparemment exactement identique à ce qu'il avait été pendant tous ces mois passés.

« Eh bien, » dit Hermione, incapable de trouver les mots pour exprimer son dégoût, « ça n'aura servi à rien. »

« Peut-être que si, peut-être que non, » lui répondit Severus, examinant toujours le texte minutieusement. « Obtenir n'importe quelle réaction est un progrès au point où nous en sommes. Pour ce que nous en savons, il faudra peut-être attendre avant qu'un changement notable ne se produise. »

« Du temps, j'en ai, » dit-elle d'un ton mordant. « Mais pour la patience, c'est une autre histoire. »

« Vous apprendrez, » répliqua t'il, en refermant son flacon d'encre une fois de plus, résigné à une autre soirée sans avoir fait de progrès. Une fois que la deuxième plaque de verre fut remise en place, et que les pinces furent réinstallées, Hermione attrapa l'ensemble, pour le remettre sur le pupitre où il avait sa place. Severus fit un mouvement pour l'en empêcher, mais rabaissa la main.

« Je ne vais pas le laisser tomber, » le rassura Hermione. « Est-ce que vous ne faites confiance à personne d'autre qu'à vous-même ? » demanda t'elle avec légèreté, tout en s'éloignant.

Il suivit Hermione de son regard d'aigle pendant qu'elle portait le manuscrit, pour s'assurer que tout se passait bien. « Je m'en rends compte, » admit-il, ne répondant pas directement à sa question. « J'aurais probablement eu le même réflexe si vous aviez été incarnée. » Il continuait de regarder quand elle passa devant le support du chaudron, et il eu droit à sa silhouette découpée par la lumière vacillante du brûleur.

Le fait qu'Hermione soit une femme venait rarement à l'esprit de Severus, et quand c'était le cas, c'était souvent plus en rapport avec sa personnalité qu'avec sa personne. Si elle avait vraiment été incarnée, se disait-il, il aurait pu voir les contours de son corps à travers ses robes. Comme elle était un fantôme, la lumière traversait tout son torse, et la plaque qu'elle avait entre les mains.

« Refaites ça, » lui ordonna t'il abruptement.

« Hein ? »

« Repassez. Là, » il désigna l'endroit du doigt, un point proche du chaudron.

Mystifiée, Hermione fit ce qu'il lui demandait, et flotta de côté jusqu'à ce qu'elle se trouve entre lui et la table de travail. Comme hypnotisé, Severus avança vers elle et lui prit la plaque de verre des mains. Il la leva, et la plaça devant lui, pour faire écran à sa vue du brûleur. La flamme régulière éclaira le parchemin, comme elle avait éclairée la silhouette d'Hermione quelques minutes plus tôt.

« Est-ce que vous voyez ça ? »

Hermione fut à ses côtés en un instant. La lumière, passant à travers le parchemin, révéla un demi-cercle dont sortait des rayons chatoyants.

« Je vois, mais je ne sais pas ce que ça veut dire. On dirait un soleil couchant. »

« Aurore, » souffla t'il. « La déesse romaine de l'aube, et le mot de base pour désigner l'or. »

« De l'or ? » répéta t'elle. « Alors pourquoi ne pas utiliser son symbole alchimique ? Un cercle autour d'un point, c'est ça ? »

« Oui, et il était très connu au Moyen-Âge. Maintenant, il est considéré comme archaïque, mais en ce temps l'alchimie et les potions n'étaient pas des disciplines différentes comme elles le sont maintenant. Au temps de notre voyageur inconnu, tout le monde, et même les moldus, aurait reconnu le symbole du cercle pointé comme signifiant de l'or. Non, il voulait cacher cela du lecteur du commun. »

« Ce qui expliquerait aussi pourquoi il était en Amérique du Sud, j'imagine. Et maintenant, qu'est-ce que ça nous apporte ? Est-ce qu'il faut qu'on ajoute l'or à nos ingrédients ? »

« Non, pas exactement, » lui répondit pensivement Severus. Abruptement, il lui remit les plaques de verre dans les mains. « Recommencez, mais en diminuant de moitié les proportions des ingrédients, » lui ordonna t'il avant de quitter la pièce. Se retrouvant toute seule avant d'avoir le temps de comprendre, Hermione fit un salut à la porte d'entrée avant de replacer le parchemin sur son lutrin, et de retourner une fois de plus à la table de travail.

Le temps que Severus revienne, elle avait préparé tous les ingrédients et était en train de mettre de l'ordre. Il tenait dans ses bras un chaudron qui était plus petit que la quadruple pinte de Hagrid aux Trois Balais. Ses longues jambes se pliaient d'une façon qui manquait de dignité, et avait l'air sacrément inconfortable.

« Est-ce que c'est de l'or MASSIF ? » demanda Hermione.

« Très massif, » grommela Severus. Il trébucha légèrement en le soulevant jusqu'à la table de travail. Le son qu'il fit résonna dans toute la salle creusée dans la pierre.

« Vous avez de la chance de ne pas vous être rompu quelque chose. Est-ce que vous n'auriez pas pu utiliser un Leviosa ? Où est-ce que vous l'avez trouvé, d'abord ? »

« Il est imperméable aux sortilèges, » expliqua Severus, en s'appuyant sur la table, une main sur ses reins. « Et je l'ai emprunté aux trésors du Directeur. Notre budget scolaire est loin de prévoir l'achat d'un tel équipement, mais Dumbledore a été alchimiste pendant soixante-dix ans avant d'abandonner pour se consacrer au plaisir discutable de l'enseignement. En tant que Directeur et alchimiste, il est bien placé pour collectionner les choses les plus diverses et variées. »

« Comme quoi ? »

Severus lui lança un regard assassin, mais répondit quand même. « Les miroirs, pierres philosophales et chaudrons d'or massif ne sont que quelques exemples de ce qu'il a pu rassembler, Miss Granger. »

Plongeant la main dans la poche de ses robes, Snape en sortit un ensemble d'instruments d'or. D'une autre poche, il sortit un mortier et un pilon. Un lourd plaquage d'or couvrait la tête du pilon, ne laissant que le tiers supérieur de l'instrument de pierre verte pour servir de poignée. L'intérieur du mortier était également plaqué or.

Dans l'heure qui suivit, la petit chaudron avait produit un maigre échantillon de leur concoction la plus prometteuse. La peau de Nauga fut une fois de plus tranchée, et une généreuse coulée de la mixture colorée fut appliquée dessus.

Ils attendirent tous les deux, Hermione, retenant son souffle, même si ce n'était plus que métaphoriquement parlant, et Severus, refusant de se laisser atteindre. Les bords de la blessure commencèrent à se ressouder, réparant lentement les dommages.

« La prochaine fois que vous déplacez ce truc, pensez à le poser sur une plate-forme quelconque et d'utiliser le Leviosa sur la plate-forme, » lui conseilla distraitement Hermione, les yeux toujours fixés sur la peau qui se reconstituait.

« Je n'y manquerai pas, Nanny Granger, » répliqua Severus, momentanément contrarié de ne pas y avoir pensé avant de déplacer ce truc sur cinq étages. « Je ne suis pas sûr que nous ayons fait une découverte fondamentale, » commenta t'il. « C'est prometteur, mais il existe déjà une quantité incalculable de baumes sur le marché capables de guérir des blessures pareilles. »

« Ça ne soignerait certainement pas quelqu'un qui vient de se faire arracher le cœur, » observa t'elle. « Je ne peux pas affirmer que j'aurais laissé quelqu'un me saigner sur un autel, même en sachant que je serai remise sur pied le lendemain, mais je peux comprendre que ce soit utile pour les cérémonies religieuses. » L'incision était maintenant presque complètement refermée, même si la cicatrice était recouverte de tissu cicatriciel assez épais.

« Est-ce que votre traduction dit explicitement qu'il s'agit d'un baume ? » demanda Hermione. « Je pensais qu'il faisait quelques références à des fois où le mélange était bu. »

« Mmm, » répondit pensivement Severus. « Il est possible qu'il s'agisse d'une potion à boire. Nous ne le saurons pas avec certitude avant de faire d'autre essais. »

Il jeta un regard de côté à Hermione, attendant sa réaction, mais elle regardait devant elle, le regard dans le vide.

« Hermione ? » appela t'il, inquiet.

Entendant son nom, Hermione sortit de sa rêverie. « Je suis désolée, Professeur, mais je crois que le soleil se lève. Je commence à disparaître. »

C'était une description littérale : il pouvait voir que son corps commençait à perdre de son homogénéité.

« Je vous demandais si vous aviez conscience de tout le travail qu'il nous restait à faire. Mais si vous préférez aller regarder votre lever de soleil, je suis sûr que je pourrai me débrouiller sans vous. »

Hermione lui lança le regard exaspéré qu'elle réservait autrefois pour Harry Potter et Ron Weasley. « Bien sûr que je veux participer, » lui affirma t'elle. « C'est seulement que je suis fatiguée, et que vous devez l'être aussi si vous me parlez comme ça. »

« Vous avez raison, bien sûr. Nous avons travaillé toute la nuit, mais au moins cette fois nous avons fait des progrès. D'accord, arrêtons-là pour aujourd'hui, et nous nous y remettrons demain. » D'un mouvement de baguette, il nettoya tous les déchets organiques, il fut cependant obligé de porter le chaudron jusqu'à l'armoire fermant à clé. Même dans son laboratoire personnel, il avait l'habitude d'enfermer tout ce qui était cher ou dangereux. Hermione le suivait, portant les instruments, et les posa à côté du chaudron.

« Est-ce que vous voulez venir voir le lever du soleil ? » proposa Hermione en bâillant, pendant que Severus protégeait l'armoire et son précieux contenu d'un sortilège. « Il y a un endroit merveilleux tout en haut des escaliers, j'y passe une bonne partie de mon temps. » Severus lui jeta un drôle de regard, et elle eut un bref instant de panique, pensant qu'il se souvenait de son intrusion dans son cauchemar avec le loup-garou.

Le commentaire qu'il fit, malgré son ton cassant, la rassura. « Qu'est-ce qui pourrait bien me pousser à monter seize étages seulement pour aller voir le soleil se lever ? » demanda t'il. « Je vais me coucher, et savourer ces dernières semaines d'été avant que la horde ne s'abatte sur nous une fois de plus. Si vous voulez vous rendre utile, vous pourrez calculer les stocks d'ingrédients pour les élèves, Minerva m'a finalement donné le décompte des futurs première année. »

« Comptez sur moi, » promit Hermione, en étouffant un autre bâillement.

Severus lui fit un petit signe de tête pour lui dire au revoir, mais elle était déjà en train de disparaître, en lui faisant un vague signe de la main. Il regarda l'endroit où elle avait été pendant un moment, avant de secouer la tête et d'aller retrouver son lit.