Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Ramos. Une traduction benebu !
Chapitre onze
« Hmm…
« Hmmmm…
« Ah. »
« Poppy, vous commencez vraiment à ressembler au Directeur. C'est soit lui, soit une imitation d'un bourdon. »
Poppy Pomfresh écarta le petit instrument de l'oreille gauche de Severus et lui adressa un regard sévère. « Ce n'est pas la peine de faire ton malin avec moi, Severus Snape. Après toutes ces fois où je t'ai remis sur pied, il est hors de question que je me contente d'une tape sur la tête avant de te renvoyer tranquillement dans tes cachots simplement parce que tu t'es cuisiné une mixture qui aurait paraît-il des vertus miraculeuses. »
« Je vais parfaitement bien, femme. Laissez-moi tranquille. »
Poppy l'ignora, et lui enfonça l'instrument dans l'autre oreille, probablement dans l'intention de voir le jour de l'autre côté de son crâne. Etant donné la fermeté avec laquelle elle lui tenait le lobe de l'oreille, Severus était plutôt enclin à se tenir tranquille, qu'il le veuille ou non. Heureusement, il n'y avait qu'un seul élève à l'infirmerie pour le moment, et il semblait profondément endormi, la couverture enroulée sur lui jusqu'aux épaules.
« Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous en faites autant, Poppy. Je me sens tout simplement mieux que d'habitude ces derniers temps. »
« Tu te sens mieux, c'est ça ? » La médisorcière abandonna ses oreilles pour enfoncer ses doigts glacés et osseux contre ses joues et sa gorge. « Un peu, que tu dois te sentir mieux. Tu n'as pas été en aussi bonne santé depuis que tu étais en culottes courtes. Déglutis. »
Obéissant, Severus déglutit, résistant à l'envie de lever les yeux au ciel. Jusque là, elle avait utilisé cinq différents Sortilèges de diagnostic, lui avait tapé sur la poitrine, lui avait fait tirer la langue, et l'avait palpé en des endroits où il ignorait qu'il était encore chatouilleux. C'était ridicule pour un homme de cinquante ans de gigoter sur la table d'examen parce qu'une médisorcière voulait lui palper le bas-ventre. Pendant tout ce temps, elle avait accompagné ses actions d'un monologue condamnant son acte irréfléchi et son manque de jugement.
« De toutes les idées impossibles… tester une potion inconnue, tout seul dans ces cachots déserts… Tu aurais pu mourir là-bas, et personne ne s'en serait rendu compte avant des jours et des jours. Dieu sait que tes élèves ne seraient jamais venus nous prévenir que tu manquais tes cours. »
« Je suis un Maître de Potions, au cas où vous l'auriez oublié. Je savais ce que je faisais. »
Ça lui valut un autre grommellement. « En tant que Maître de Potions, tu aurais bien dû savoir que c'était une bêtise. » Poppy claqua la langue, et fit de son mieux pour que Severus ait l'impression d'être redevenu un première année. Finalement, elle arrêta de l'ausculter, et croisa les bras sur sa maigre poitrine. « Bon – qu'est-ce qu'il y a dans cette nouvelle potion miracle que tu as concoctée ? »
Severus le lui dit, passant sur les détails et la préparation. La sorcière fronça les sourcils, et hocha plusieurs fois la tête, mais sans l'interrompre. Une fois qu'il eut fini de décrire les effets purgatifs de la potion, elle lui tendit sa chemise sans un mot, et il l'enfila en vitesse.
« Ce sera intéressant de te voir développer ça, Severus, mais je continue à penser que tu t'es montré un sacré imbécile en la testant comme ça. Tu aurais pu te retourner les boyaux comme un gant de toilette. »
« Oui, je sais, » répondit-il, glacial. « Vous n'êtes pas la première personne qui me fait cette réflexion, merci. »
« Et tu peux me compter dans le lot, Severus, » ajouta Albus Dumbledore en entrant dans la pièce.
« Vraiment, Monsieur le Directeur, » lança-t-il d'un ton sourd. « Il vous a fallu deux jours pour remarquer la différence. Je ne pense vraiment pas que la situation mérite une telle attention. »
Dans ses longues robes rebrodées d'étoiles, le Professeur Dumbledore paraissait bien trop vieux pour réprimander ses employés comme des enfants indisciplinés, mais il y parvint néanmoins. « Peut-être que si tu venais plus souvent prendre tes repas dans la Grande Salle, Severus Snape, nous nous en serions rendus compte plus rapidement. Combien de temps s'est écoulé depuis que tu as pris sur toi de jouer les cobayes ? »
Severus ne se laissa pas intimider. « Une semaine, Monsieur. »
« Et tu n'as connu aucune résurgence de ta maladie ? »
« Pas la moindre, » confirma-t-il. « Je me suis même permis de manger un bon steak frites, sans en souffrir le moins du monde. » En vérité, il avait joyeusement englouti deux assiettes de cette nourriture saturée de graisse, chose que son estomac n'aurait jamais supporté dix jours plus tôt.
« Donc, pas le moindre effet secondaire ? » demanda Poppy d'un ton sévère.
« Aucun. Sauf à compter les rêves érotiques que je semble faire plus souvent ces derniers temps, » ajouta-t-il gaiement, obscurément satisfait de l'entendre siffler entre ses dents, embarrassée par ses mots. Dumbledore quant à lui, ricana dans sa barbe, et la médisorcière les planta là, leur disant qu'elle se lavait les mains de Severus, et grommelant à mi-voix contre les sorciers qui semblaient ne jamais vouloir grandir.
« C'est merveilleux de te voir en aussi bonne santé, Severus, » affirma le vieil homme. « Je me suis fait beaucoup de souci pour toi, ces dernières années. »
« Je ne vois pas pourquoi, » répliqua Severus, boutonnant son gilet, avant de nouer sa cravate. « Je souffre de la Braxdyce depuis que je suis enfant. »
« Oui, et tu es l'un des rares enfant qui a survécu à cette maladie pour atteindre l'âge adulte. En grande partie grâce à ton art. Cette potion – les Larmes de Phénix, c'est bien comme ça que tu l'appelles ? – pourra peut-être sauver la vie de nombreuses personnes souffrant de maladies chroniques. »
« Seulement si elle sont dues à des malfonctionnements ou à des traumatismes, Albus, » rectifia Severus. « Et pas avant que nous n'ayons atteint notre but premier. »
Dumbledore lui lança un regard perçant par dessus ses lunettes en demi-lune. « Est-ce que tu es en train de me dire que tu ne comptes pas rendre cette découverte publique ? »
Severus ne répondit pas immédiatement, prenant le temps d'enfiler sa veste. « Je crois qu'il serait plus prudent d'attendre un peu, Monsieur le Directeur. Cet élixir est un philtre de guérison puissant. Il pourrait faire une différence importante sur le champ de bataille, si l'un des deux camps l'avait en sa possession et pas l'autre. »
Cette proposition fut accueillie par un profond soupir, mais Dumbledore acquiesça tristement. « Je suis d'accord, même si ça me fait de la peine. L'amélioration soudaine de ta santé ne passera pas inaperçue pendant certaines réunions, cependant. »
« Non, vous avez raison, » convint Severus. « Après tout, ma condition est – était – une source de plaisanterie bien connue pendant ces réunions. Quand j'informerai une certaine personne que j'ai réussi à trouver un remède à la Braxdyce, et que je lui raconterai par le menu tous les détails de ma découverte, je peux vous garantir que les yeux des auditeurs vont se fermer en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. J'aurai de la chance si je ne reçois pas un sort pour l'avoir ennuyé avec mon babillage. »
« Ça me semble être une excellente approche, mon garçon. On peut faire confiance à un Serpentard pour tromper un autre Serpentard en lui racontant la vérité. » Le rire du Professeur Dumbledore se fit un peu plus robuste qu'à l'ordinaire, et Severus aurait dû entendre le signal d'alarme. Mais il ne se douta de rien avant que son supérieur ne lui passe un bras autour des épaules, l'entraînant marcher avec lui dans le couloir.
« Puisque tu te sens en si bonne forme, Severus, il y a un petit quelque chose que j'aimerais que tu fasses pour moi. » Le Directeur le regardait, rayonnant, et une soudaine appréhension le foudroya. Severus regarda le bras de Dumbledore posé sur lui avec un air proche de la panique.
« En fait, Monsieur le Directeur, il y a plusieurs corvées que j'ai trop longtemps remises à – » protesta le Maître de Potions, avant d'être interrompu.
« Ne racontes donc pas de bêtises, mon garçon, » le contra Dumbledore. « Ça ne te prendra pas plus qu'une matinée. Peut-être le début de la soirée également, mais rien de plus. »
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« J'ai été invité à un mariage, » annonça Severus à Hermione ce soir-là, d'un ton qui aurait été plus approprié pour annoncer un décès. « En temps normal, je ne me serais même pas donné la peine d'envoyer un hibou pour décliner, mais comme le Directeur était déjà engagé ailleurs, apparemment je n'ai pas le choix. »
« Vraiment ? » répondit distraitement Hermione, accordant toujours la plus grande partie de son attention à la serre d'hippogriffe qu'elle réduisait en une poudre fine. Severus avait pris l'habitude de dîner avec son filleul le week-end, et à l'occasion il lui racontait quelques anecdotes à ce propos. Peut-être que Drago avait finalement fait son choix parmi le défilé de sorcières décoratives qu'il avait courtisées et dont il avait parlé à son parrain ? Mais il serait certainement plus enthousiaste à l'idée d'aller au mariage de Drago, non ? « Quelqu'un d'important ? »
« Ronald Weasley, » répondit-il succinctement.
« Vous voulez rire. Ron ? Ron se marie ? Est-ce qu'il est fou ? Il sort à peine de l'Académie des Aurors ! »
Severus la regarda longuement, posément. « Il a vingt-sept ans, Hermione. C'est encore un peu jeune à mon avis, mais loin d'être extraordinaire. »
Hermione marqua une pause dans son travail, laissant glisser ses ustensiles sur la table alors qu'elle levait les yeux vers lui, incrédule. « En quelle année sommes-nous ? »
« Deux mille huit. Fermez la bouche, c'est très déplaisant de voir la bibliothèque apparaître au bout de votre langue. »
Complètement abasourdie, Hermione délaissa son banc de travail et flotta vers une chaise vide, au dessus de laquelle elle s'installa distraitement, un air neutre et pensif se peignant sur ses traits transparents. Severus la laissa fixer un moment droit devant elle, le temps qu'elle accepte le temps qui avait passé sans qu'elle ne s'en rende compte auparavant.
« Est-ce que vous pensez que Harry sera son témoin ? » demanda-t-elle finalement.
« Aussi certainement que le soleil se lève et la tartine tombe côté confiture, » répondit-il, d'un ton sinistre. « Ces deux-là sont absolument inséparables, et ils ne s'en cachent pas. Je serai le représentant officiel de Dumbledore à ce mariage, le Seigneur des Ténèbres – selon toute probabilité – appréciera tout rapport que je pourrai lui faire sur les activités de Potter et de ses amis. »
« Vous devriez y aller, » affirma Hermione tout à coup, se concentrant à nouveau sur lui. « Amusez-vous bien. »
Severus lui lança un regard incrédule. « Mais qu'est-ce qui peut bien vous faire croire que je vais m'amuser lors d'un mariage ? »
« Je ne sais pas. Des tas de personnes ont rencontré leur futur époux à un mariage. »
« Je vous demande pardon ? » Snape la dévisageait maintenant comme s'il craignait qu'elle ne soit devenue folle.
Hermione haussa les épaules. « Eh bien, on ne sait jamais. Peut-être qu'une dame attirera votre regard. Quand est-ce que vous avez passé un moment avec une jeune et jolie sorcière pour la dernière fois ? »
« Ecoutez-moi un peu, Nanny Granger, » se moqua-t-il. « Il y a des dizaines d'années que ma grand-mère est morte, et la dernière chose dont j'ai besoin, c'est de quelqu'un qui vienne regarder par dessus mon épaule pour faire des commentaires sur ma vie sociale. »
« Votre totale absence de vie sociale, plutôt, » répondit Hermione du tac au tac. Il lui fallut rassembler ses forces jusqu'à la moindre parcelle pour garder un ton léger alors qu'elle conseillait à Severus Snape de se trouver une femme.
La dernière chose dont elle avait envie était d'abandonner sa relation avec Severus, mais une semaine passée à être aspirée nuit après nuit dans ses rêves, qu'ils soient érotiques ou plus quotidiens, n'avait fait que rendre plus claire à ses yeux l'impossibilité de leur situation. Il était humain, vivant, et il n'avait que cinquante ans. Maintenant qu'il avait retrouvé la santé, il avait peut-être encore un siècle, voire plus, pour trouver le bonheur, et quelqu'un avec qui le partager. Quelqu'un qui pourrait partager l'intégralité de sa vie, et pas seulement cafouiller dans son laboratoire, et lui voler quelques instants d'intimité pendant qu'il était inconscient. Malgré ses grommellements, elle savait qu'il serait mieux avec une vraie femme – vivante.
« Sérieusement, Professeur, vous devriez arrêter de traîner dans ces cachots avec une vieille morte. Sortez et vivez un peu. »
« Une vieille morte ? » s'indigna-t-il. « Je suis plus vieux que vous, je vous ferais dire. Vous avez combien, vingt-six ans maintenant ? »
« Vingt-sept, je suis de l'âge de Ron, » lui rappela-t-elle. « Même si techniquement, j'aurais dû arrêter de compter à dix-sept ans. »
« Beurk, » répondit-il succinctement. « Avoir dix-sept ans pour l'éternité – je crois que je ne pourrais pas imaginer pire enfer. »
Elle lui adressa un regard mauvais, qu'il lui rendit.
« Vous ne faites pas vos dix-sept ans, vous savez, et vous ne vous comportez certainement pas comme si vous aviez cet âge. Vous ne le faisiez d'ailleurs pas non plus quand vous aviez effectivement dix-sept ans, si je me souviens bien. »
« J'avais mes moments, » confessa-t-elle. « Devenir un fantôme a quelque peu changé mes perspectives. »
« J'imagine. »
Il n'ajouta rien, mais continua à la regarder pensivement pendant si longtemps qu'elle finit par demander « Quoi ? »
Il secoua la tête, et répondit d'une voix douce. « Votre mort est l'un de mes plus grand regrets, Hermione. J'aurais aimé voir ce que vous deveniez. J'ai eu beau me moquer Minerva, je dois admettre que vous étiez pleine de promesses. »
« Le monde continue sans moi, Professeur Snape. »
« Vous voulez bien arrêter de m'appeler comme ça ? Votre aide – votre amitié – sont des choses qui ont compté pour moi ces dernières années. J'ai beaucoup de regrets, et surtout il y a beaucoup de choses que j'aurais voulu faire de façon différente. Si j'avais cultivé votre talent pour les potions quand vous étiez élève, peut-être que vous vous seriez rendue compte du danger cet après-midi là… C'est curieux, n'est-ce pas, que ma confidente la plus proche soit quelqu'un dont j'ai la mort sur la conscience ? »
Hermione n'avait pas de réponse à ça ; elle ne pouvait plus parler du tout. Depuis qu'elle connaissait Severus Snape, ses robes et veste noires n'étaient qu'accessoires à côté des ses sarcasmes et de son sale caractère. Le voir ainsi, dans la tenue dans laquelle il préférait travailler, chemise blanche et pantalon noir, et l'entendre parler avec une telle sincérité manifeste, c'était presque plus qu'elle ne pouvait en supporter.
Severus ne semblait pas attendre de réponse de sa part. Il eut un petit sourire, un coin de ses lèvres remontant à peine, avant de revenir aux préparatifs de ses cours étalés devant lui sur son bureau.
Même si elle se rendait compte qu'elle le dévisageait, Hermione ne pouvait pas détourner le regard de Severus. Il ne faisait rien de plus extraordinaire que de préparer une commande pour l'année à venir, assis derrière son bureau, mais une soudaine bouffée de clarté d'esprit de l'au-delà lui permit de le voir lui, tout ce qu'il était et tout ce qu'il avait été. Un enfant mal aimé, et un professeur antipathique, un Mangemort et un pécheur repentant, tout cela composait l'homme qu'elle aimait. C'était ce même homme qui avait désespérément essayé de ressusciter son élève mourante, ce même homme qui avait pleuré seul et en silence au pied de son cercueil.
Le même homme qu'elle allait devoir laisser s'éloigner, s'il devait un jour avoir la chance d'avoir une véritable vie.
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« Combien de fois est-ce qu'on va encore devoir répéter tout ça ? »
Kingsley Shacklebolt était exaspéré, ça se voyait bien à la façon dont il n'arrêtait pas de passer ses grandes mains sur son crâne chauve, ajoutant de nouvelles rides sur son front d'ébène, au dessus de ses sourcils quasiment inexistants. Les autres membres de l'Ordre remuèrent tous sur leurs sièges, mal à l'aise, réticents à croiser le regards les uns des autres. Ces réunions régulières étaient devenues un peu trop régulières récemment, toutes destinées à rapporter de mauvaises nouvelles, et l'absence de progrès dans tous les domaines où l'on en attendait.
« Je comprends ta frustration, Kingsley, mais nous ne pouvons pas nous permettre d'agir de façon précipitée, pas maintenant. Nos forces sont déjà trop peu nombreuses. »
« Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur le Directeur, nos forces sont toujours trop peu nombreuses. Mes Aurors sont appelés deux fois par semaine à régler des problèmes causés par les activités des Mangemorts. Quand on a de la chance, c'est seulement pour faire disparaître les preuves, et pas pour nous occuper des corps. Le Ministère a beau parler, mais quand il s'agit de joindre les actes à la parole, il n'y a plus personne. »
« Le Ministère a déjà bien assez à faire en ce moment, Kingsley, » contra Arthur Weasley, l'air chagriné de s'entendre défendre son employeur. « Je ne suis pas un partisan de Fudge, ni de sa politique, mais la récente montée en puissance des Sang-Purs au Ministère fait qu'il doit se montrer très prudent en matière de changements. Un faux pas, et il perdrait sa place le temps de dire 'ouf'. Et dans ce cas, impossible de prédire qui prendrait sa place. »
« Et de deux maux, autant choisir celui que l'on connaît… » ajouta Tonks, tirant sur une de ses mèches vert pomme (pour le moment).
« Ces disputes ne nous mènent nulle part, » grommela Maugrey, depuis un coin de la pièce. La boule de bois, à l'extrémité de sa prothèse de jambe, résonna sur le parquet alors qu'il continuait à fixer en même temps Tonks et Shacklebolt. Ils étaient à l'opposé l'un de l'autre de la Salle sur Demande, mais avec son œil magique, il y parvenait sans peine. « Ça va faire douze ans maintenant, et nous ne sommes toujours pas plus près de vaincre Voldemort qu'au début. »
« C'est difficile de traquer quelqu'un quand on ne sait pas où il se trouve, » fit remarquer Shacklebolt, laconiquement. « Et Snape ici présent ne peut pas nous dire à l'avance où le trouver. »
« Si seulement nous avions un moyen de suivre la trace de Snape quand il est convoqué, » commença Harry, rapidement interrompu par son supérieur.
« Je te l'ai déjà dit, Potter. Il est hors de question que j'envoie une équipe à l'aveuglette contre des Mangemorts. Pas sans avoir repéré les lieux, ou avoir des indications sur les voies de repli possibles. Ce serait soit du suicide, soit leur permettre de s'échapper. Je ne veux pas courir ce risque. »
Harry se tassa sur sa chaise, déçu.
La stratégie n'avait jamais été son point fort, se dit Hermione avec affection en s'installant à sa place habituelle sur le dossier de sa chaise. Il était absolument incomparable quand il s'agissait de combattre, et il avait le chic pour sortir ses collègues Aurors des mauvaises passes quand les plans de bataille tombaient à l'eau, mais il était totalement inutile tant qu'on en était au stade du début de l'organisation des plans.
« Est-ce qu'il y a un endroit où Voldemort revient ? » demanda-t-elle à voix haute, dans le brouhaha des grognements des membres de l'Ordre. « Je veux dire, je doute qu'il retourne à Godric's Hollow pour Halloween tous les ans pour se recueillir, mais il doit bien se répéter de temps à autre ? »
Elle avait adressé sa question à la foule en général, mais en réalité c'était à Severus qu'elle l'avait posée. Les yeux se posèrent sur lui, et il réfléchit un temps, les doigts rassemblés en pointe.
« Ça lui arrive, » finit-il par répondre. « Il y a une vieille abbaye déserte dans la vallée de la Wye, au Pays de Galles. Elle est à l'abandon depuis des siècles. Ils nous a convoqués là-bas à plusieurs occasions, mais pas récemment. Les ruines du vieux fort Normand dans le Wilshire. C'est un site historique moldu dans la région, et ça l'amuse de s'en servir. Et je me souviens aussi d'un vieil amphithéâtre romain à Caerleon. » Il secoua la tête, les sourcils plissés. « Ce sont les seuls endroits dont je me souviens qu'ils ont été utilisés à plus de deux reprises depuis dix ou douze ans. » (1)
Tonks laissa échapper un soupir de déception, mais Harry resta quant à lui concentré sur les informations que le Professeur Snape venait de leur fournir.
« Ça nous donnera au moins un endroit par où commencer. Mes équipes peuvent aller reconnaître les sites et se faire une idée de leur configuration. »
« Quelque part, » lança Severus, « je pense que même des moldus risquent de remarquer un troupeau d'Aurors qui fouinent partout dans un site historique classé, sans parler du fait que ce genre d'histoire remonterait sans l'ombre d'un doute aux oreilles de ceux dont nous souhaiterions le moins qu'ils en entendent parler. »
« Ne vous en faites pas trop, Professeur, » le rassura Harry avec un sourire malicieux. « Nous savons ce que nous faisons. Une seule équipe se rend sur place, en tenue moldue, et joue les touristes sur les lieux. Ensuite, ils mettent leurs souvenirs dans une Pensine, et les autres s'entraînent à partir de ça. Nous l'avons déjà fait auparavant. »
« Et ça a le bénéfice ajouté de garder ces emplacements secrets, » ajouta Maugrey. « Les gars peuvent se rendre compte de ce qui les attend sur place, sans savoir pour autant où se situe l'endroit. Ça limite les fuites autant que possible. »
« C'est une perte de temps, » protesta Hestia Jones. Les années écoulées ne lui avaient pas fait de fleurs, elle avait de profondes pattes d'oie autour des yeux, et ses cheveux sombres étaient mêlés de mèches de divers niveaux de gris. « Il pourrait s'écouler encore un an avant que Vous-Savez-Qui décide d'utiliser un de ces endroits à nouveau. »
« Et on ne perd pas notre temps à rester assis ici à se tourner les pouces, peut-être ? » répliqua Harry.
Avant que le reste de l'assemblée ne puisse exprimer ses opinions et ses objections, Dumbledore leva les mains pour faire taire les voix qui s'élevaient.
« C'est une idée raisonnable, et nous allons en tenir compte, tout en poursuivant les plans que nous avions déjà, » leur dit-il sur un ton qui n'admettait pas la contradiction. « Si nous avons ne serait-ce qu'une chance d'attaquer Voldemort quand il s'y attend le moins, ça pourrait bien faire la différence entre la victoire, et la défaite la plus totale. Nous savons tous exactement combien ce combat a déjà duré, et nous sommes conscients que nous aurons encore beaucoup à endurer avant que ce cauchemar ne touche à sa fin.
« Maintenant, » poursuivit-il, une fois que tout le monde se fut calmé suffisamment, « vous avez tous été informés de cette nouvelle potion que Severus a perfectionnée. »
« Elle est loin d'être perfectionnée, Monsieur le Directeur, » protesta le Maître de Potions. « Il y a toujours toute un assortiment de variations subtiles que j'ai besoin de tester avant qu'on puisse commencer à la juger acceptable. »
« Tu dis des bêtises, Severus, » intervint Arthur Weasley. Il avait repoussé ses lunettes sur le sommet de son crâne dégarni, ce qui lui donnait l'air plus distrait encore que d'habitude. « C'est un truc épatant, vraiment. J'aurais bien voulu en avoir sous la main quand ce foutu serpent m'a mordu, si tu te souviens. »
« Un de mes hommes a été touché par un Sortilège d'Ecorché Vif la semaine dernière, » mentionna Kingsley Shacklebolt. « Le Guérisseur a dit qu'il en serait mort si je n'avais pas eu cet échantillon sur moi. »
Severus afficha la mine la plus amère dont il était capable, même si Hermione savait que ce n'était que pour éviter d'apparaître content de ces compliments.
« Quand est-ce qu'on pourra en avoir plus ? » demanda Harry. « Cette potion pourrait potentiellement sauver bon nombre de nos Aurors quand ils ont affaire à des Mangemorts. »
« Je serai ravi d'en préparer des seaux entiers, Potter, dès que vous m'aurez trouvé une baignoire d'or massif, et une météorite de la taille de votre ego surdimensionné, » ironisa Snape. Il vit qu'Hermione lui lançait un regard désapprobateur, mais Harry se contenta de lui sourire de toutes ses dents. L'amertume refit son apparition sur le visage de Severus quand il réalisa qu'il avait perdu toute capacité à intimider son ancien élève.
« Nous travaillons toujours sur la formule, » confessa Severus. « Je mets de côté chaque essai concluant, et d'autres échantillons seront distribués aux Aurors et aux autres membres de l'Ordre qui en ont le plus grand besoin. Malheureusement nous sommes, comme l'a fait remarquer Monsieur Potter, assez limités par la quantité. Le chaudron que je dois utiliser ne peut produire qu'un demi-litre à la fois, et certains ingrédients sont assez difficiles à obtenir. De plus, nous n'avons pas la moindre idée de la durée pendant laquelle cette potion se conserve, même si les résultats préliminaires sont optimistes. »
« Toute contribution que tu peux faire est appréciée, » lui affirma le Directeur. « Maintenant, il est temps de nous intéresser aux dernières nouvelles du Ministère. Arthur, qu'est-ce que tu peux nous en dire ? »
La réunion se concentra alors sur ce point, et Hermione elle aussi accorda son attention aux renseignements apportés par les employés du Ministère également membres de l'Ordre qui soupçonnaient leurs collègues de travail d'être des sympathisants des Mangemorts.
Une autre heure s'écoula avant que la réunion ne se termine enfin. Nombreux furent ceux qui quittèrent alors le château, avec tout autant de précautions qu'ils en avaient prises à leur arrivée, même si les vacances d'été signifiaient qu'il y avait peu d'yeux susceptibles de remarquer leurs allées et venues. Quelques uns s'attardèrent pour discuter en privé avec le Directeur de choses qui ne concernaient pas le fonctionnement général de l'Ordre du Phénix. Severus Snape lança à Hermione un regard interrogateur, auquel elle répondit affirmativement, après avoir désigné Harry Potter d'un signe subtil de la tête.
Harry étira ostensiblement sa silhouette de maintenant plus d'un mètre quatre vingt, grognant alors que ses muscles s'étendaient pour la première fois après des heures passées dans un fauteuil copieusement rembourré. « Comment ça va, Hermione ? » demanda-t-il, en se laissant retomber sur son siège, cette fois en passant une de ses jambes par dessus un bras du fauteuil.
« Oh, comme d'habitude, Harry. Peeves est odieux, les élèves continuent à faire exploser leurs chaudrons en cours de Potions, et la rivalité entre les Maisons est aussi féroce que jamais. »
Le regard vert brillant la suivit alors qu'elle vint se percher au milieu de rien face à lui, à une distance plus confortable pour soutenir une conversation. Il sourit, comme en reconnaissance des choses qu'elle était capable d'accomplir. « Tu nous a manqué à Ron et moi lors de son mariage, tu sais. Est-ce que tu as bien reçu les photos que je t'ai envoyées ? »
« Oui, merci. Mais où est-ce qu'il a rencontré Moira, au fait ? »
« Oh, c'était quand il chassait les dragons avec Charlie, » lui répondit Harry en riant. « Ron était allé lui rendre visite, il y a un peu plus d'un an. Moira était stagiaire à la réserve, mais elle en a eu bien assez d'une saison. Elle a dit à Ron que son frère était malade, et Ron n'a pas vraiment pu la contredire – la veille, il venait de se faire mordre par un dragon à peine sorti de son œuf. »
« Est-ce qu'il est heureux ? » demanda-t-elle, d'une voix qui craqua soudain.
« Oui, je pense qu'il l'est. Je sais qu'il n'a pas réellement gardé le contact avec toi, Hermione. Je crois… Non, ça n'a pas d'importance. »
« Non, dis-moi, » insista Hermione. « Qu'est-ce que tu crois ? »
Le regard de Harry se fit plus grave et sérieux. « Je pense sincèrement que Ron était toujours un peu amoureux de toi quand tu es morte, Hermione. C'était déjà assez difficile de rester ami avec toi après que vous ayez rompu, mais si tu ajoutes à ça ton décès soudain…. Ron semblait aller bien, ces quelques dernières semaines avant qu'on aie notre diplôme, mais une fois que nous sommes partis, je crois qu'il a réalisé que tu étais vraiment, définitivement hors de portée pour lui, pour toujours. C'était comme si tu mourais une seconde fois. Et maintenant qu'il a trouvé le grand amour, c'est simplement trop difficile pour lui de te garder dans son cœur autrement que comme un souvenir. »
« Je crois que je peux le comprendre, » répondit Hermione, lentement. « Ça a été un drôle de choc pour moi quand Severus m'a appris que Ron se mariait. J'ai dû lâcher prise, finalement. Je suis simplement désolée que ça ait été aussi douloureux pour lui. Je suis contente qu'il ait trouvé quelqu'un qui le rende heureux. »
« Oh, oui, il est heureux, » lui dit Harry en riant. « Encore plus que tu ne peux l'imaginer – il vient de m'apprendre que Moira est enceinte. »
« Hein ? » Elle laissa échapper un rire joyeux. « Il n'a pas perdu de temps, dis donc. Dieu sait que Molly va compter sur ses doigts la date de naissance de ce bébé. »
« Elle ne sera pas la seule. Ses frères ont tous fait des croix sur leurs calendriers, et Drago Malefoy est quasiment malade de devoir tenir sa langue comme ça. »
« Drago ? Mais qu'est-ce que Drago a à voir avec Ron et Moira ? »
« Tu n'es pas au courant ? » Une lueur malicieuse reparut dans le regard de Harry. « Il sort avec Ginny. »
« Malefoy ? Et Ginny ? Ce n'est pas possible ! »
« C'est ce que nous avons tous pensé. Apparemment, Malefoy était à une soirée du Ministère à l'automne dernier. Molly Weasley n'avait pas pu y aller avec Arthur pour une raison quelconque, alors il y avait emmené Ginny.
« Ils ont commencé à se disputer sur une broutille, et ça a duré pendant tout le dîner. Molly était atterrée quand elle l'a appris, mais Malefoy a dû apprécier, parce qu'il est reparu à la première opportunité qu'il a eue. Ils se chamaillent depuis. »
« Soit Ginny est folle, soit Drago Malefoy a réellement changé, » fit remarquer Hermione.
« Eh bien, il a toujours un problème avec les enfants de moldus, mais Ginny va peut-être réussir à lui faire entendre raison. Ron manque de s'étouffer à chaque fois qu'il doit s'asseoir à la même table que lui pour les repas de famille, et j'ai du mal à supporter de me trouver dans la même pièce que lui. Mais Gin a menacé de nous jeter des sorts à tous les trois si on ne fait pas d'efforts. Personne n'a encore saigné, » ajouta gaiement Harry, « mais nous avons réussi à échanger quelques sorts entre nous quand elle n'est pas dans la pièce. »
« Tu veux dire que Drago vient partager les repas de la famille Weasley ? Au Terrier ? » Hermione était tellement surprise que les mots étaient près de lui manquer.
Harry posa une main sur son cœur. « Sur mon honneur de sorcier. Et il n'a jamais ouvert la bouche pour autre chose que pour manger. Il semble sincère dans ses sentiments. Il lui a même donné un paquet d'argent quand elle organisait cette collecte pour cette orphelinat dont elle partage la direction. »
« Je me demandais justement ce que Ginny ferait après l'école, » confessa Hermione. « Je pense qu'elle doit être douée pour ça – elle peut se reposer sur l'exemple de Molly pour pourvoir aux besoin de nombreux enfants avec un budget restreint. »
« Je peux t'assurer qu'elle ne s'est pas totalement laissée prendre au charme de Malefoy, » ajouta Harry. « Je l'ai entendu lui faire une promesse un soir. Elle disait que si jamais elle trouvait la Marque des Ténèbres sur lui un jour, sa réaction ferait passer le Doloris pour un Sortilège de chatouilles. »
« Tant mieux pour elle. Il se pourrait bien qu'elle soit exactement celle dont Drago a besoin. Il est un peu perdu depuis la mort de son père, et de son côté elle est aussi lucide et terre à terre que possible. Il a peut-être commencé à sortir avec elle pour les apparences, mais je ne pense pas qu'il aurait continué, et encore moins mis les pieds au Terrier, s'il n'était pas sérieux. »
« Comment est-ce que tu sais ce dont Malefoy a besoin tout à coup ? » demanda Harry.
Hermione haussa les épaules. « Il parle à Severus de temps en temps. Drago est son filleul. »
« Severus, hein ? »
« Je hante sa salle de classe, Harry, » lui répondit-elle patiemment. « Il fallait bien qu'on finisse par s'entendre, sinon la situation n'aurait pu que dégénérer. »
« Je comprends, » admit-il. « Je vous ai aussi vu vous faire les yeux doux tout à l'heure. »
« Harry ! » Hermione chercha autour d'elle quelque chose à lui jeter à la figure, mais ne trouva rien.
En riant, Harry leva les mains en signe de reddition. « Je plaisante, Hermione. C'est seulement que c'était intéressant, de te voir faire des signes à cette vieille chauve-souris. Vous avez travaillé tous les deux sur cette potion, pas vrai ? »
« C'était une véritable collaboration, Harry. C'était absolument génial. »
« Je ne doute pas que ce soit génial. Je n'en attendais pas moins de toi, tu sais. »
Le rouge – l'argent – monta légèrement aux joues grises d'Hermione, mais elle sourit à son vieil ami. « Maintenant, tout ce qui nous reste à faire à Severus et à moi, c'est de perfectionner la potion. »
« Ça ne devrait pas vous prendre bien longtemps, » affirma Harry d'un ton léger, « et ensuite, tu pourras travailler sur ton histoire de polarité. Kingsley et Fol-Œil ont pu mettre au point quelques variations intéressantes sur des sortilèges de haut niveau. »
« Je suis désolée, Harry. Je n'ai pas beaucoup pensé à ça ces derniers temps. Sans baguette, je ne peux pas lancer le moindre sort. »
« Tu ne peux pas en utiliser ? »
Elle secoua la tête. « Les véritables baguettes me brûlent les mains, et qu'en j'en fait apparaître une, » elle joignit le geste à la parole, sortant une baguette translucide de sa manche avec un froncement de sourcils concentré, « elle ne fait rien du tout. Je pense que je suis tout simplement à la mauvaise extrémité du spectre pour pratiquer le genre de magie qu'on peut canaliser par une baguette. »
« Hum. Eh bien, peut-être qu'une fois que cette guerre sera finie, nous aurons tous le temps de travailler là dessus. Je pense que tu serais splendide. »
Hermione sourit affectueusement à son ami, mais au bout d'un moment elle détecta une légère ombre dans ses yeux verts. « Qu'est-ce qui ne va pas, Harry ? »
Il chercha à la tranquilliser d'un geste de la main. « Oh, je pensais simplement. A toi, et à Ron. »
Pendant un moment, elle crut qu'il était tout simplement un peu jaloux de Ron et de son bonheur, du fait qu'il fonde une famille quand lui, Harry, en rêvait depuis toujours, mais les mots qu'il prononça ensuite chassèrent bien vite cette idée.
« Je m'étais toujours imaginé qu'on serait tous les trois, tu sais ? Toi, moi, et Ron, face à Voldemort pour la bataille finale. » Il entrelaça ses doigts, et les posa sur son ventre, s'enfonçant un peu plus dans son fauteuil. « J'ai déjà décidé que je ne demanderai pas à Ron d'être là le jour venu. Si j'ai mon mot à dire, il ne saura même pas que la bataille a lieu avant qu'elle ne soit finie. » Ses cheveux noirs en bataille, qui avaient comme toujours grand besoin d'une coupe, dépassaient du dossier du fauteuil quand il leva les yeux pour croiser son regard. « J'aurais simplement aimé que tu puisses être là avec moi, Hermione. »
« Je suis tellement désolée, Harry, » lui dit Hermione. « S'il y avait le moindre moyen pour moi d'être présente, je le ferais. Mais je suis coincée ici à Poudlard. Je ne peux pas m'éloigner de plus de quelques kilomètres, dans quelque direction que ce soit. »
« Je sais. J'ai posé la question, » répondit-il. « Mais je sais que tu seras toujours dans mon cœur, Hermione. »
« Et toi dans le mien, Harry. Je t'aime, espèce d'idiot. »
Son sourire était un peu bancal, mais chaleureux et sincère. « Moi aussi je t'aime, pauvre toquée. »
&&&&&&
Depuis la nuit où il avait testé lui-même cette potion qui avait amélioré sa santé de façon si spectaculaire, Severus avait également constaté d'autres améliorations. Son corps, qui ne recevait plus son copieux cocktail de stimulants, lui demandait une quantité plus importante de sommeil, à des horaires plus réguliers. Il n'était plus capable de passer la moitié de la nuit à remuer des potions et à expérimenter dans son laboratoire personnel, puisque maintenant rester éveillé après minuit plusieurs soirs d'affilée ne résultait qu'en un affreux mal de crâne, et un besoin irrépressible de se glisser sous la couette pour au moins dix heures. Sans parler d'un certain fantôme qui lui faisait continuellement la leçon.
S'il avait remarqué qu'Hermione avait changé ses propres horaires pour s'adapter aux siens, il n'avait pas fait de commentaire. Il se retirait dans ses quartiers aussi tôt qu'il que son employeur le lui permettait. Certains soirs, il parvenait à travailler pendant quatre bonnes heures avant de se faire envoyer au lit. Il protestait par principe, mais finalement, il ne pouvait que convenir que se ménager était la solution la plus sage. Severus ne savait pas si c'était grâce à la potion, ou à ses horaires réguliers, mais ses heures de travail étaient plus productives. Il ne pouvait nier que son esprit était plus vif, ses intuitions plus souvent justes, alors qu'il s'arrachait les cheveux pour comprendre et perfectionner la potion de Larmes de Phénix.
La chose qu'il ne parvenait pas à comprendre, cependant, c'était cette impression subtile qu'il lui manquait quelque chose, ou plutôt qu'une chose n'était pas tout à fait comme elle devrait être, pendant les heures qu'il passait dans son laboratoire. Son fantôme personnel était présent, comme toujours, et même si c'était contraire à tous ses instincts de le reconnaître, même en son for intérieur, il appréciait sa compagnie, il avait l'honnêteté de l'admettre. Il y avait bien des années qu'il n'avait pas travaillé aux côtés d'un autre Maître de Potions, et si Hermione n'était pas un Maître, et techniquement n'était pas capable d'en devenir un, il admettait qu'elle avait plus de talent que toutes les personnes avec lesquelles il avait déjà eu l'occasion de travailler, sauf bien sur le Maître Alchimiste, Albus Dumbledore en personne.
Alors que Severus la regardait préparer encore une fois les ingrédients de leur formule miracle, ses pensées revinrent une fois de plus à cette soirée où elle lui avait dit de sortir un peu et de se trouver une jeune sorcière à courtiser. En d'autres termes, Hermione lui avait indiqué qu'elle pensait qu'il devrait trouver une autre personne qu'elle même en la compagnie de qui passer du temps. Il ne savait pas si c'était pour elle ou pour lui qu'elle lui avait donné ce conseil, même si jamais elle ne lui avait laissé entendre qu'elle était lassée de sa compagnie.
A une ou deux reprises, il avait remarqué une sorcière dans ses rares sorties à Pré-Au-Lard ou dans le Chemin de Traverse. Il était toujours méfiant dans les foules, et quand il attirait l'œil d'une femme, il en était généralement conscient. De son avis, elles n'avaient jamais valu la peine qu'il les courtise, leur attrait n'était que superficiel, et s'évanouissait rapidement après quelques minutes de conversation. Le seul et unique bénéfice que les dames pouvaient lui procurer, il pouvait tout aussi bien, hum, en prendre soin dans l'intimité de son bain. A part le soulagement de sa libido soudain retrouvée, il avait tout ce dont il avait besoin à Poudlard.
Il y avait une idée qui lui échappait au milieu des autres, et il fronça les sourcils, essayant de revenir en arrière dans le cheminement de sa pensée. Qu'est-ce que c'était ? La notion de compagnie. Peut-être que c'était ce mot qu'il cherchait, se dit-il, ne prêtant qu'à moitié attention aux notes qu'il avait sous les yeux. Une jolie sorcière était bonne pour une chose, et en général pas pour grand chose d'autre. Il s'était lassé depuis bien longtemps des sorcières gloussantes, et des jeux qu'il fallait jouer pour les courtiser. Diable, même son filleul s'était lassé des jupons faciles et des baisers volés, pour s'intéresser à quelqu'un d'un peu plus terre à terre.
Un petit rire amusé lui échappa sans qu'il ne s'en rende compte, et Hermione leva les yeux dans sa direction, mais il secoua la tête, et elle se remit au travail. Ginevra Weasley, plus jeune enfant et seule fille de Arthur et Molly Weasley, était la sorcière la plus sensée qui ait jamais mis les pieds à Poudlard. Enfin, la deuxième sorcière la plus sensée, corrigea-t-il, avec un nouveau coup d'œil pour sa partenaire de laboratoire. Ginny Weasley et Hermione Granger se ressemblaient beaucoup, décida-t-il.
Tout comme Ginny, Hermione avait du bon sens, elle était pragmatique, c'était une personne à qui il était agréable de parler – certainement plus que de parler tout seul. Ces qualités seules faisaient d'elle une compagnie plus que suffisante pour n'importe qui. Et s'il était effectivement suffisamment chanceux pour survivre à la bataille finale entre le Seigneur des Ténèbres et Harry Potter, Severus pouvait facilement s'imaginer passer les quelques décennies à venir exactement comme il avait passée celle qui venait de s'écouler – à enseigner la science des potions à des élèves idiots pendant la journée, et à faire des expériences dans son laboratoire le soir.
Il avait à peine fini de mettre de l'ordre dans les pensées qui s'étaient succédées sans rime ni raison dans son esprit, que la pendule massive posée sur le manteau de la cheminée se mit à sonner l'heure. Perdu qu'il était dans ses pensées, il n'avait pas vu minuit approcher, et s'annoncer maintenant par un timbre de cuivre qui sonnait un peu faux.
« Ne vous en faites pas pour ça, Hermione, » lui lança-t-il, l'arrêtant alors qu'elle tendait la main vers une autre botte de racines. « Les élèves arrivent la semaine prochaine, et ça leur fera une excellente retenue. »
« On commence déjà à compter ses victimes ? » demanda-t-elle d'un ton léger, tout en commençant à nettoyer la table où elle avait travaillé. « Est-ce que vous êtes sûr qu'il sauront s'en occuper convenablement ? »
« Ils auront plutôt intérêt, sinon, leur retenue suivante, ils la passeront avec Rusard, » affirma-t-il. « Bonne nuit, Hermione. »
« Bonne nuit, » répondit-elle, sans lever les yeux vers lui.
Seule dans le laboratoire personnel de Snape, Hermione rangea ses affaires, et essaya de déterminer pourquoi elle était d'une humeur aussi bizarre ce soir. Sa 'journée' avait commencé tôt. Le nouveau professeur d'Etudes Moldues était aussi qualifié sur le sujet que l'avaient été la plupart de ses prédécesseurs – c'est à dire, pas beaucoup. Elle avait passé des heures et des heures à lui expliquer comment fonctionnaient un mixer et un téléphone portable, sans même ne serait-ce qu'évoquer la théorie de l'électricité devant ce petit homme qui avait déjà bien du mal. Cependant, elle était néanmoins parvenue à convaincre le Professeur Wilmington qu'un lit qui vibre n'était pas un objet que l'on pouvait présenter à des écoliers.
Si bien que quand elle était venu prendre son tour pour patrouiller dans les couloirs, il était déjà dix heures du soir. Finalement elle avait rejoint Severus dans son laboratoire, mais ils avaient à peine échangé quelques mots, s'occupant chacun de ce qu'ils avaient à faire, sans éprouver le besoin de discuter.
S'il leur arrivait souvent de travailler côte à côte en silence, ce soir avait été différent pour une raison ou une autre, et elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi. Severus avait travaillé sur ses papiers, avec la vague idée qu'il pourrait un jour publier un article sur les Larmes de Phénix. D'habitude, pourtant, il lui demandait son avis sur certains passages qu'il était en train d'écrire, et lui lisait le résultat final. Ce soir, il avait écrit moins d'une page, mais l'avait regardée souvent, quand il pensait qu'elle ne s'en rendait pas compte. Hermione n'avait plus d'estomac depuis longtemps, mais elle n'en était pas moins nouée d'anxiété.
Si jamais Severus la soupçonnait de violer l'intimité de son esprit endormi, la fureur de sa réaction ferait pâlir ses précédentes colères en comparaison. Mais l'attente sourde qui l'envahissait plusieurs fois par mois, cependant, ne pouvait être assouvie qu'en répondant à l'appel provenant d'une chambre dans les cachots, où dormait, où rêvait ce même homme. Ces rêves ne suivaient aucun motif prévisible, mais variaient du cauchemar au fantasme érotique, en passant par des divagations sans queue ni tête, sans objet ni signification. Une fois, elle avait même vu Severus en vieillard, déambulant dans Poudlard comme un étrange reflet d'Albus Dumbledore, alors que les élèves l'appelaient 'Monsieur le Directeur'. Il était possible que Severus soit un jour amené à occuper cette fonction, dans un futur lointain – tant qu'il n'avait enseigné à aucun des officiels du Bureau des Gouverneurs qui avaient le pouvoir de l'élire à ce poste.
Amusée en dépit de sa drôle d'humeur, Hermione laissa échapper un petit rire. L'idée d'un Severus Snape présidant à une fête de fin d'année, et obligé de décerner la Coupe des Quatre Maisons à Gryffondor était une image mentale qui valait le coup qu'on la retienne. En riant, elle remit en place ses derniers outils et jeta les détritus à la corbeille, avant de voler vers la dernière bougie qui brûlait. La flamme s'éteignit rapidement quand elle posa ses doigts fins et fantomatiques sur l'extrémité de la mèche.
Elle avait à peine quitté les cachots, dans l'intention de retourner dans la petite niche tout en haut des escaliers où elle aimait se réfugier pour être seule qu'elle sentit un petit appel, comme un murmure dans son esprit. Ce n'était pas vraiment une voix, en tant que telle, mais plutôt comme si quelque chose lui effleurait les tempes. Il n'y avait ni paroles ni images, juste cette impression vague que quelqu'un avait besoin d'elle.
Ce n'était un secret pour personne que Severus était capable d'attirer Hermione, où qu'elle se trouve dans le château en l'appelant à voix haute, mais elle ne savait pas s'il s'était rendu compte que ce n'était pas sa voix, mais son utilisation involontaire de la Légilimencie qui la faisait venir à lui. C'était ce même talent qui lui permettait, endormi, de l'atteindre, et de lui dire qu'il la désirait d'une façon qui l'aurait révolté lorsqu'il était éveillé.
Pendant de longues minutes, elle résista. Quelquefois, il se lassait, ou son rêve se terminait quand il plongeait dans un sommeil plus profond, loin des songes. Il continua à l'appeler cependant, avec de plus en plus de force, et avec un soupir, Hermione se retourna et descendit vers les cachots, maudissant tout autant la faiblesse qui la faisait céder, que le temps qu'elle avait mis à le rejoindre.
Quand elle le retrouva dans son rêve, Severus était debout, vêtu de ses habituels pantalon et gilet noirs, et de sa chemise blanche. Il fronçait les sourcils. « Je t'ai cherchée partout. J'ai cherché, et cherché, et il n'y avait pas moyen de te trouver, » annonça-t-il, l'air perdu et solitaire.
Hermione entortilla les plis de sa robe vert pâle (pour le moment du moins). « Je suis désolée, » finit-elle par répondre. « J'ai été retenue. » La candeur avec laquelle il affichait ses émotions demandait toujours un certain temps d'adaptation quand elle le retrouvait dans ses rêves, mais cette ingénuité était l'un des côtés qu'elle préférait retrouver.
« Bon, on ferait mieux d'y aller maintenant, d'accord ? » demanda-t-il tout à coup. Il lui tendit son coude anguleux, et Hermione y passa le bras, mystifiée.
Ils étaient lancés dans une quête, apparemment, et le paysage autour d'eux se fit vert et luxuriant. L'herbe était haute, les fleurs sauvages, malgré le soleil étrange et pâle. Le ciel était presque indéchiffrable. Un petit panier apparut à l'autre bras de Severus, complet jusqu'au sécateur et au linge humide qui empêcherait les herbes fraîchement coupées de faner trop vite.
C'était l'un de ces rêves, détermina Hermione quelques instants plus tard. Elle regarda Severus qui était à quatre pattes, en train de passer au peigne fin un carré d'herbe, pour se relever, se précipiter plus loin, et tomber à genoux à nouveau. Une de ces quêtes obsédantes, interminables, à la recherche d'un objet qu'il était impossible de trouver, aussi ardemment qu'on le cherche. Elle se souvenait très bien d'un de ses propres rêves récurrents, où elle cherchait frénétiquement une plume dans son sac de cours sans jamais pouvoir la trouver, alors que le professeur expliquait avec force détails quelque chose de très important, qui ne manquerait pas de tomber lors du prochain examen.
Les mouvements de Severus se faisaient de plus en plus désespérés, et Hermione remarqua qu'une couche de sueur perlait sur son front alors qu'elle le suivait dans la prairie au crépuscule. Il devenait difficile de suivre le rythme de plus en plus frénétique de ses déplacements. Finalement, elle tendit la main et lui prit son panier du bras.
Snape se pencha pour le récupérer, mais elle s'éloigna hors de portée. « Qu'est-ce que tu cherches ? » demanda-t-elle.
« Ce ne sont pas tes affaires, » répondit-il hargneusement, essayant à nouveau de se saisir de la hanse d'osier.
« Dis-le moi, je pourrai peut-être t'aider. »
Une grimace féroce apparut sur son visage. « J'ai besoin de trèfles à quatre feuilles. Je ne parviens pas à en trouver, pourtant j'en ai besoin pour… pour… » La grimace s'estompa alors qu'il essayait de se souvenir.
« Pas de problèmes, » lui affirma Hermione d'un ton léger. Les trèfles à quatre feuilles n'avaient quasiment aucune utilité en potions, mais si c'était ce dont il avait besoin, elle l'aiderait à en trouver. « Je crois que j'en ai vu, là-bas, » mentit-elle, se concentrant sur le bord indistinct de leur monde onirique. « Tu vois ce petit creux, juste en dessous de cet amas d'œillets de poètes, là-bas ? »
Severus écarta impatiemment une mèche de cheveux qui lui était tombée dans les yeux pour regarder l'endroit qu'elle lui indiquait. « Oui, pourquoi ? »
« Il est plein de trèfles, » lui dit-elle d'un ton qui ne souffrait pas la contradiction, « Vas-y, il y en a des tonnes, et ils n'attendent que toi. »
Comme prévu, la petite niche débordait de trèfles absurdement robustes, quasiment tous à quatre feuilles. Avec une exclamation joyeuse, Severus s'agenouilla et commença à récolter de petites poignées de trèfles, qu'il plaçait méticuleusement dans son panier. Hermione fut contente de s'asseoir en tailleur au milieu des fleurs sauvages, pour tout simplement observer ses mouvements gracieux, quelles que soient les circonstances.
Une fois le panier rempli, il replia soigneusement le linge humide sur sa récolte. Hermione eut du mal à ne pas rire en voyant qu'il affichait sa satisfaction avec un air qui confinait à la fierté. Le regard qu'il lui adressa ensuite était presque aussi crâne, et le devint plus encore quand il lui tendit tranquillement la main, pour l'attirer contre lui. Elle gloussa, à ce moment-là, jusqu'à ce qu'il l'interrompe d'un baiser qui était aussi chaud que le soleil aurait dû l'être, et bien plus doux qu'il n'aurait dû en avoir le droit.
« Je ne peux pas rester, Severus. Pas ici, pas comme ça, » protesta-t-elle, mais il avait des bras trop forts pour qu'elle puisse lutter, et son propre corps la trahissait, tant il était faible à le repousser.
Les lèvres de Severus couraient maintenant le long de la gorge d'Hermione, et sa voix basse la fit frissonner des pieds à la tête quand il protesta d'un murmure contre sa peau. « Tu as dit que tu serais là pour moi, quand j'aurais besoin de toi. »
« Quand est-ce que j'ai dit ça ? » parvint-elle à demander. Elle avait beaucoup de mal à former des phrases cohérentes.
« Avant, » fut la seule réponse qu'elle obtint avant qu'il ne pose ses lèvres sur les siennes pour la faire taire d'un baiser fougueux. Ses lèvres étaient chaudes et impérieuses, et son contrôle d'elle-même était au plus bas, mais Hermione parvint à écarter les bras de Severus de sa taille. Il laissa échapper un grognement de frustration, et se laissa retomber dans les herbes sauvages. L'expression boudeuse qu'il affichait aurait été plus appropriée chez un septième année.
« Tu sais que je t'aime, Severus, » le rassura-t-elle, s'agenouillant pour mettre plus de distance entre leurs corps.
Il la fixa de ses yeux noirs résignés, et pendant un moment elle se demanda qui, au juste, elle était pour lui dans ses rêves. Est-ce qu'elle était Hermione Granger, l'élève qui était morte ? Ou Miss Granger, le fantôme Gryffondor ? Elle se demanda même, malgré son ego qui protestait, s'il ne la voyait pas comme une femme qu'il avait connue avant, ou une espèce d'agglomérat anonyme de toutes les femmes qu'il avait connues. Elle ne pouvait être sûre que quand il l'appelait par son nom, et ça n'arrivait pas avec une régularité rassurante.
« Je sais, » répondit-il sobrement. Elle s'attendait à moitié à ce qu'il lui demande de prouver son affection, mais il la surprit en attrapant une de ses mains pour la serrer dans une prise forte et rassurante. « Moi aussi je tiens à toi, » affirma-t-il. « Reste avec moi, c'est tout ce que je demande. »
Hermione hocha la tête, et le laissa l'attirer contre lui. Son épaule était maigrichonne et, en toute honnêteté, un peu inconfortable, mais elle faisait néanmoins un oreiller parfait pour sa tête alors qu'il la serrait contre elle, et commençait à lui énumérer les propriétés des trèfles à quatre feuilles.
Après un moment, il changea un peu sa façon de la tenir. Peu après, il commença à déposer de petits baisers sur son visage, dans son cou, tout en continuant à distiller des informations sur les propriétés de la flore qui les entourait. Finalement, les baisers se firent plus longs, les explications plus courtes, et quand il cessa totalement de parler, elle ne le repoussa pas, mais cette fois l'accueillit à bras ouverts.
&&&&&&
L'année scolaire recommença une fois de plus, avec une nouvelle fournée de première année qui semblèrent plus jeunes que jamais à Hermione. Elle se fit de nombreux amis parmi eux, y compris parmi les Serpentards qui semblaient toujours se méfier de tout le monde autour d'eux, et ne fréquentaient personne en dehors de leur propre camarades de Maison. Ses anciens favoris vinrent prendre de ses nouvelles, lui demandant comment s'était passé son été, et lui racontèrent d'interminables histoires de voyages en famille, de rivalités entre frères et sœurs, et bien trop souvent, y glissèrent des allusions à la guerre lointaine que Dumbledore mettait tant d'ardeur à garder à l'écart des portes de Poudlard.
Les premiers signes de l'automne apportaient une fraîcheur soudaine dans l'air un matin quand Snape revint enfin d'une Convocation qui l'avait surpris au milieu des corrections de sa première vague de copies de l'année. Comme toujours, Hermione l'attendait au bout du couloir menant au bureau du Directeur, espérant le voir de ses propres yeux après qu'il ait fait son rapport habituel à Dumbledore.
Finalement, juste au moment ou l'horizon commençait à rosir à travers les grandes fenêtres à meneaux qui courraient le long du passage, la gargouille de pierre pivota, et laissa échapper une silhouette familière, toujours engoncée dans sa cape noire à longs plis. Sa fatigue était évidente, dans les pas mesurés de ses bottes noires, mais ce fut sans hésitation qu'il remonta la coursive pour arriver aux fenêtres près desquelles Hermione l'attendait.
« Le Seigneur des Ténèbres rassemble enfin ses troupes, » lui annonça-t-il pour toute salutation. « Il a choisi la date. Le 22 septembre. »
« Est-ce que vous êtes sûr ? » demanda-t-elle, surprise. « Ce n'est pas que je doute de vos informations, mais ce choix me semble curieux. Je me serais plutôt attendue à ce qu'il suive la tradition, et choisisse Halloween, plutôt que de faire ça si vite après le début de l'année scolaire. »
« Je suis tout à fait sûr, Hermione. Le Seigneur des Ténèbres a été parfaitement clair dans ses ordres, et de toute évidence il se prépare depuis un bon moment. Tous les Mangemorts du Ministère ont ordre de créer autant de désordre que possible dans leurs départements respectifs d'ici au 22 septembre. »
« Attendez. C'est Mabon (2), n'est-ce pas ? »
Severus acquiesça avec amertume. « Exactement. Tout symbolisme mis à part, une grande majorité des anciennes générations célèbrera cette date d'une façon ou d'une autre. De plus, il s'attend à ce que Dumbledore soit absorbé par le chaos qui règne habituellement à la rentrée des classes. »
« Dans ce cas nous avons dix-neuf – non, dix-huit jours, » raisonna-t-elle, adoptant le rythme de Severus qui marchait le long des fenêtres. « Qu'attend-on que vous fassiez ? »
« J'ai reçu l'ordre de préparer des poisons, » admit-il avec dégoût. « Chaque Mangemort devra être armé de fioles de poison pour aller au combat ce soir-là. Je n'ai pas eu connaissance des plans de bataille, mais le Directeur croit que de nombreux officiers ministériels de haut rang feront l'objet de tentatives d'assassinat cette nuit-là. »
« Qu'avez-vous prévu ? »
Il la surprit, en lui adressant un de ces sourires joyeux qu'elle n'avait pratiquement jamais vu ailleurs que dans ses rêves. « Je pense sérieusement aux Gouttes de Nuit Instantanées. La véritable version, pas votre variante. De cette façon, toutes les personnes visées seront immobilisées, mais pas tuées. »
« Je dois dire que ça convient tout à fait à mon sens retors de la justice, » lui répondit Hermione, souriant elle aussi. « Dommage que vous ne puissiez pas la piéger, pour qu'elle devienne inutilisable au moment où on s'apprête à l'utiliser. »
Il leva un sourcil noir, amusé. « Très Serpentard de votre part, Hermione. J'en toucherai un mot à Flitwick – peut-être que le verre peut être ensorcelé pour se vaporiser quand on le tient dans la main, ou que l'on peut faire en sorte que le bouchon se dissolve, ou quelque chose. » Il se mit soudain à bailler, et grimaça, irrité. « C'est pas vrai. On aurait pu croire que d'être en meilleure santé me permettrait de dormir moins, mais en fait j'ai besoin de plus de sommeil maintenant. Et les chances de faire un somme avant mon premier cours me semblent plutôt faibles. »
« Oui, je doute que vous en ayez le temps, » lui répondit Hermione, désignant la fenêtre d'un signe de tête. « Le soleil se lève déjà. »
Il se turent tous les deux pour regarder les pelouses trempées de rosée de Poudlard, et la Forêt Interdite au loin, où le soleil levant découpait avec netteté chaque feuille et chaque brin d'herbe.
« C'est beau, n'est-ce pas ? » commenta doucement Hermione. Comme toujours, cette lumière matinale la remplissait d'une langueur sereine. A ses côtés, Severus laissa échapper un petit soupir dédaigneux, même s'il gardait les yeux fixés sur les glorieux rais de lumière colorés à l'horizon.
« Ne soyez pas si sentimentale, Miss Granger. Le soleil se lève tous les jours, quoi qu'il arrive. »
« Est-ce que vous êtes sûr ? » le taquina-t-elle.
« Aussi sûr qu'il y a des copies à corriger et des potions à préparer, » répliqua-t-il. « Je n'ose pas lâcher la bride à tous ces cornichons, même en pensant à tout le travail qui reste à faire sur les Larmes de Phénix, sans oublier les plusieurs centaines de fioles de Gouttes de Nuit Instantanées qu'il me faut. Est-ce que vous pourrez m'apporter votre aide ? »
« Bien sûr, » confirma-t-elle, surprise qu'il pose la question. « Pourquoi est-ce que je ne le pourrais pas ? »
Les épaules de Severus remuèrent sous la cape noire qu'il portait toujours. « J'ai pensé que vous pourriez avoir envie d'éviter de travailler sur cette potion particulière, » admit-il.
Sachant qu'il ne servirait à rien de le remercier pour cette prévenance, Hermione se contenta de hausser les épaules. « Je serai au laboratoire pour vous aider, de quelque façon que ce soit, Professeur. Je suis à vous, je ferai tout ce que vous voulez. »
Le demi-sourire de Severus se figea, et il fronça légèrement ses sourcils noirs.
« Je suis à vous… » répéta-t-il, se concentrant soudain sur toute autre chose. Ses longs doigts vinrent frotter ses tempes. « Je ferai tout… »
Un sombre pressentiment naquit dans le cœur d'Hermione, et elle hésita, peut-être une fraction de seconde trop longtemps, avant de tenter de le distraire. « Vous devriez vraiment aller changer de robes avant que les élèves ne commencent à fourmiller dans les couloirs, » lui rappela-t-elle, se forçant à adopter un ton léger malgré ses craintes.
Elle aurait tout aussi bien pu demeurer silencieuse ; il ne prêta pas la moindre attention à ses paroles. Il ne se concentrait que sur la miette de souvenir qu'il venait de découvrir, et avec une ténacité sans faille, il recherchait dans son esprit ce à quoi il avait bien pu penser.
« J'ai déjà entendu ça quelque part, » murmura-t-il, confus, incertain. Hermione resta parfaitement immobile, incapable de fuir ce moment, malgré son instinct qui lui hurlait de s'échapper avant que la furie de Severus ne s'abatte sur elle.
« Dans un rêve que j'ai fait… Un rêve que j'ai fait plus d'une fois, » marmonna-t-il. Il se figea, ne fit plus un geste, avant que ses yeux noirs ne se lèvent lentement vers elle, emplis d'horreur et d'accusation, et pire que tout, d'un sentiment de trahison.
« Votre voix, » affirma-t-il, son ton se faisant plus dur. « Vous, en train de me dire ça. Vous étiez dans mes rêves, n'est-ce pas ? »
Hermione secoua la tête, pas pour nier, mais pour essayer de le calmer. « Severus, je… »
Sa réaction fut pire que tout ce qu'elle avait pu imaginer. Sa lèvre supérieure se retroussa de pure furie, sa voix n'était plus qu'un sifflement mortel, qui monta bientôt en une explosion de rage. « Comment avez-vous OSE ? Comment avez-vous OSE envahir un endroit où vous n'êtes pas la bienvenue ? J'aurais dû m'en douter. Vous et Potter, vous êtes bien les mêmes ! J'aurais dû deviner ! Je n'aurais jamais dû vous faire confiance ! »
« Vous pouvez me faire confiance, » protesta-t-elle. « Je n'ai jamais voulu rien faire de mal… »
« C'est le slogan des imbéciles et des maladroits partout dans le monde ! » cria-t-il. « Je pensais que c'était la potion qui me donnait ces idées ! J'aurais dû me douter que ce n'étaient que les tentatives bienveillantes et maladroites d'une Gryffondor imbécile ! Oh, pauvre, pathétique Professeur Snape, il me fait tellement pitié ! »
« Je ne suis pas… Ce n'était pas comme ça ! » protesta-t-elle immédiatement. « J'étais seulement là. Mais c'étaient vos rêves. Je ne pouvais pas les changer. »
« Ne me MENTEZ pas ! » tempêta-t-il. « Vous êtes très douée pour modifier la réalité, ou la perception qu'on en a. Comment est-ce que je peux savoir que vous n'êtes pas dans mon esprit, en train de changer des choses ! Me dire que c'est moi qui en ai le contrôle… de toutes les choses absurdes et les sottises que vous auriez pu inventer ! Vous avez dû mourir de rire dans votre coin, en pensant à l'ironie de tout ça ! »
Avant qu'elle ne puisse se défendre, il poursuivit, enchaînant les accusation avec une méchanceté qu'Hermione avait du mal à comprendre. « Est-ce que vous aviez d'autres plans à l'esprit, Miss Granger ? Me mettre des idées dans la tête ? Me faire tomber amoureux de vous, comme un collégien pathétique ? Ou est-ce qu'il y avait autre chose – quelque chose que vous auriez préparé avec le Directeur, parce qu'au fond de lui, il ne me fait pas tout à fait confiance ? »
Hermione avait toujours su que ce moment arriverait, mais rien ne l'avait jamais préparé à la brutalité de la réaction de Severus. Même si elle continuait à s'expliquer, elle savait qu'il y avait peu de chances qu'il la croie. « C'est votre esprit ! Je ne peux rien y changer ! Je peux seulement vous suggérer des possibilités ! »
Elle lui tendit une main, implorante, mais Severus fit un pas en arrière, s'adossant à la fenêtre, se recroquevillant presque pour la tenir à l'écart. « Je ne vous crois pas, Granger. Vous m'avez trahi. Vous avez trahi la confiance que j'avais en vous, et tout ça parce que vous ne pouvez pas supporter de me laisser tranquille. » Sa voix changea, et ce fut avec l'amertume blessante et aigrie dont il savait se montrer capable qu'il reprit, « Est-ce que même la mort n'a pas suffi à bâillonner votre maudite curiosité ? »
Hermione se redressa, piétinant son angoisse et sa détresse jusqu'à ce qu'ils deviennent pour elle un bouclier de dignité blessée. « J'ai osé, parce que vous m'avez appelée, » lui expliqua-t-elle. « J'ai essayé de me tenir à l'écart, mais vous m'appeliez, dans votre sommeil. »
« Encore des mensonges, » s'exclama-t-il.
« Non, c'est la vérité. Votre Légilimencie m'appelle quand vous faites un cauchemar. Je peux l'entendre. »
Il eut une moue dédaigneuse, mais sa furie sembla se calmer. « Et après ? »
« Je peux vous rejoindre dans vos rêves – les rendre plus stables, » confessa-t-elle. « Plus réalistes. Mais c'est votre esprit qui les dirige, pas le mien. Et ce n'est pas tout le temps, seulement quand vous m'appelez. »
« Vous devez arrêter, » lui ordonna-t-il d'un ton neutre, serrant sa cape contre lui. Sa colère bouillonnante, à peine contrôlée, lui donnait un ton glacial, sec et cassant. « Ne vous avisez plus jamais d'envahir mon intimité de la sorte. »
« J'ai essayé, » lui dit Hermione. Même si elle n'avait plus de corps, elle pouvait sentir les larmes qu'elle retenait lui serrer la gorge. « Mais vous souffriez tellement, Professeur. Je voulais seulement… »
Severus l'interrompit d'un brusque mouvement de la main. « Je ne veux plus jamais que vous fassiez ça, est-ce que c'est compris ? PLUS JAMAIS ! » Son cri résonna le long du couloir.
« Mais j'essayais de vous aider ! »
« De m'aider ? » répéta-t-il, incrédule. Le panneau de verre derrière lui craqua soudain, et une vague de magie d'une chaleur insoutenable irradia de Severus.
« Personne ne vous a jamais demandé votre aide ! Je ne vous ai pas demandé de vous mêler de mes affaires ! Ni de vous intéresser à mon travail ! Et je ne vous ai jamais demandé de passer l'éternité dans ma salle de classe ! »
Elle le dévisagea pendant un moment, à peine capable de croire la véhémence de ses mots, mais il n'y avait rien dans le regard de Severus qui puisse lui laisser un doute, ou lui permettre d'espérer. Froid, noir et cruel, son regard n'était que mépris et colère froide, furie indomptable qui venaient la frapper comme les vagues de magie hostiles qui émanaient de son corps.
Quelque chose en Hermione s'effondra à ce moment, disparut avant qu'elle ne puisse seulement commencer à comprendre ce que c'était. Derrière elle, cette chose ne laissa que le désespoir, et un vide qui l'aurait très certainement tuée si elle n'avait pas été déjà morte. A peine une seconde plus tard, elle n'était qu'une tache grise fusant à travers le plafond de pierre au dessus du Maître de Potions, ne laissant derrière elle qu'un courant d'air glacé.
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Notes originales de l'auteur :
1. L'abbaye de Tintern, au Pays de Galles. Le fort normand de Wilshire s'appelle 'Old Sarum'.
2. Mabon est une fête celtique, à laquelle on connaît plusieurs sources, dont un dieu gaélique qui et le Roi de l'Autre Monde et le Dieu de la Noirceur. Un autre mythe associé à Mabon parle du dieu celtique Gwyn Ap Nuad, ce qui veut dire 'blanc fils de l'obscurité'. Il est considéré comme le dieu de la guerre et de la mort, et le saint patron des guerriers déchus. Je vois assez bien Voldemort adopter ces symboles.
