Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Ramos.
Note : Vous pouvez remercier zazaone, sans elle, c'était dodo sans chapitre...
Chapitre douze.
Il y avait bien longtemps que Severus s'était habitué aux demandes extraordinaires que faisait peser sur lui son double rôle de professeur et d'agent dans le camp de l'ennemi. Il avait appris à forcer son corps à fonctionner, malgré la douleur des sorts, ou de la Braxdyce, et à continuer à faire entrer des connaissances dans les esprits de cornichons jour après jour. Les stimulants qu'il avait pris pendant si longtemps l'y avaient aidé, lui permettant de conserver sa concentration et son énergie tout en ignorant son besoin de se reposer et de récupérer.
Ce qu'il n'avait jamais réalisé, cependant, c'était à quel point il était devenu dépendant de ces stimulants, et combien ils lui manquaient maintenant que les faits avaient poussé son endurance à ses limites. Pour le dire sans détour : il était complètement au bout du rouleau.
La colère seule lui permit de tenir debout pendant la longue et fatigante journée qui suivit sa confrontation féroce avec Hermione Granger. Une colère profonde, brûlante, qui bouillonnait juste sous la surface, pendant ses cours comme pendant les repas dans la Grande Salle. Ses collègues, qui n'avaient pas réalisé à quel point il s'était détendu depuis qu'il avait retrouvé la santé, découvraient son retour à la personnalité de salaud qu'ils avaient tous connu et évité avec un mélange de méfiance et de confusion. Les enfants ne montrèrent pas pareille réticence ; le bruit courut rapidement que le Professeur Snape était dans une forme remarquable, et distribuait les heures de colle comme certains leurs pastilles au citron.
Une fois sa ronde de début de soirée terminée, Severus se rendit immédiatement dans ses quartiers, ne ralentissant même pas l'allure de ses longues enjambées pour déduire des points à une élève qui avait eu le malheur de glousser alors qu'elle était à portée d'oreille du professeur revêche. Il s'arrêta dans son laboratoire personnel le temps d'y trouver une fiole de Potion Nuit Sans Rêve, avant de passer dans sa chambre à coucher. Même s'il titubait quasiment de fatigue, il n'avait pas la moindre intention de rester vulnérable au intrusions indésirables d'un fantôme mêle-tout et irresponsable.
Il avait pensé à ériger une barrière de protection contre tous les intrus surnaturels, mais se servir de sorts standards manquait d'attrait. Il décida de créer quelque chose qui serait à la fois plus élaboré et plus adapté, comme un philtre qui emprisonnerait les fantômes, ou un labyrinthe spirituel qui se terminerait dans une bouteille. Quelque chose qui donnerait du fil à retordre à la petite Je-Sais-Tout, et qui la conduirait à se ridiculiser, pour finir par l'emprisonner, mettant effectivement fin à ses activités de fouineuse. Ce soir, cependant, son corps lui réclamait du sommeil, et la potion lui donnerait la certitude d'être hors de portée de toute interférence.
Le jour qui suivit fut une torture pour ses élèves. Nombre d'entre eux réalisèrent très vite que le Professeur Snape crachait son venin sur tout le monde sans discrimination, mais qu'il était suffisamment préoccupé pour ne pas remarquer ce qui ne se passait pas dans son voisinage immédiat. Les Poufsouffles se passèrent rapidement le message, mais la Maison Serpentard perdit quasiment une centaine de points avant de retenir la même leçon.
La série d'ouvrages de Miranda Goshawk ne lui apporta rien ; ces livres ne faisaient qu'effleurer les manifestations d'esprits et les fantômes, et la bibliothèque ne possédait qu'une maigre sélection sur le sujet. Les notes de Dumbledore concernant la polarité de la magie, enfouies depuis des mois sur le bureau de Severus, contenaient quant à elles une plus grande quantité d'informations. Severus passa quasiment une soirée entière penché sur ces recherches, à noter des références concernant les barrières de protection et des sortilèges d'emprisonnement avec satisfaction. Les élèves en retenue n'avaient pas la moindre idée de ce sur quoi il travaillait, mais continuaient leurs tâches, de crainte d'attirer son attention. Severus ne vérifiait leurs progrès que de temps à autre, mais les fit travailler dur jusqu'à ce qu'il soit presque l'heure du couvre-feu. Ce ne fut que quand il leur grogna de disparaître de sa vue que ses prisonniers décampèrent vers leurs Salles Communes, tremblant de soulagement.
Severus emporta ses documents et une bouteille de Vieil Ogden dans ses quartiers. Etalant le fatras d'informations sur son lit ; il se mit à lire, appuyé contre la tête de lit de bois sculpté. Il gardait sa baguette à portée de main, s'attendant à voir apparaître son intruse de fantôme. Il y avait maintenant deux jours qu'Hermione ne s'était pas montrée – un record personnel. Il était sûr et certain que ses prédispositions Gryffondor la feraient bientôt revenir sur les lieux de son crime, d'un instant à l'autre en fait, dans une dernière tentative désespérée de justifier ses actes.
Ce fut une surprise douloureuse pour Severus quand il se réveilla en sursaut aux petites heures de la nuit, parvenant à se cogner le crâne contre la tête de lit, et réalisant qu'il avait un bon torticolis.
&&&&&&&
Alors qu'il attendait impatiemment, debout près de la porte, que débute la réunion hebdomadaire des professeurs, le lendemain après-midi, il frottait toujours les longs muscles de sa nuque avec agacement, essayant de faire disparaître la douleur en se massant. Il avait compris depuis longtemps qu'il était mal vu d'arriver en retard, mais qu'il n'était pas mieux, quand on arrivait à l'heure, de prendre la chaise la plus au fond de la pièce. Par contre, s'il arrivait en avance, et restait debout près de la porte, il pouvait laisser les autres s'installer tranquillement dans le petit cercle de chaises proches les unes des autres, lui laissant le fauteuil isolé près de la cheminée – celui qu'il préférait.
Le reste des professeurs ne semblait pas pressé le moins du monde. Ils entraient, et bavardaient entre eux comme s'ils appréciaient, finalement, cette occasion de se rassembler pour s'écouter les uns les autres se plaindre de l'école et des élèves. Si jamais ils attendaient de lui qu'il se joigne à eux, toutefois, ils en furent quittes pour une déception. Severus fusillait du regard les sorcières qui prenaient place, regrettant vaguement de ne pas pouvoir leur jeter de sort de Silence. La présence aux réunions était obligatoire, seuls la mort, un incendie, ou tout autre désastre pouvaient vous permettre de vous esquiver avant que Dumbledore ne soit satisfait et prêt à vous laisser partir. Ça ressemblait beaucoup aux heures de colles, à la différence qu'une punition bien choisie donnait normalement un résultat tangible.
Severus, qui tapotait une de ses manches du doigt, remarqua immédiatement la figure spectrale du professeur Binns qui glissa par la porte de la pièce. Lentement, méthodiquement, le fantôme gris progressa jusqu'à sa chaise habituelle. Il était probablement le seul professeur à n'avoir jamais manqué une réunion. L'homme terne et ennuyeux était devenu un fantôme terne et ennuyeux, et ses soliloques monotones pendant ces séances étaient presque aussi pénibles que ses cours.
La silhouette voûtée dépassa les sorcières qui s'échangeaient les derniers potins sans leur prêter attention, mais en arrivant à la hauteur de Severus, il s'arrêta. Severus leva un sourcil, et le regarda à son tour. Le fantôme se tourna laborieusement, et l'observa lentement des pieds à la tête. Severus se dit qu'il était parfaitement possible que le vieux spectre soit devenu sénile.
« Monsieur, vous êtes un con, » affirma Binns de son habituel ton monocorde.
Sans un mot de plus, le professeur d'histoire continua sa progression vers son siège de prédilection, et prit place, ignorant la réaction que ses mots avaient provoqués. Les trois commères n'étaient pas loin de l'asphyxie, à force d'essayer de dissimuler leurs gloussements. Severus leur adressa un regard mauvais, sans grand effet.
Quand arriva l'heure du dîner, ce différend avec Binns était oublié depuis longtemps. Severus, jouant avec ses couverts en attendant que le repas soit servi, ajouta cet incident à l'ensemble des preuves qu'il avait accumulées prouvant que la folie était une facette inexplorée du comportement des fantômes. Il y avait un besoin désespéré d'analyse psychiatrique dans le monde des esprits ; vraiment, quel dommage que plus de psychologues moldus ne deviennent pas des fantômes…
A un moment, entre la soupe et le plat principal, il remarqua que quelqu'un le fixait. Son instinct de survie lui avait depuis longtemps appris à reconnaître cette sensation étrange de picotement entre les omoplates, ce qui lui avait sauvé la vie à plus d'une occasion. Jetant un regard discret dans la Grande Salle, Severus fut incapable de surprendre qui que ce soit, mais il n'avait pas survécu si longtemps sans savoir déterminer quand quelqu'un dans une foule avait sa personne sous surveillance.
Les Gryffondors ne faisaient pas attention à lui, et les Serdaigles non plus. Les Poufsouffles jetaient de temps à autre un regard dans sa direction, mais plus dans l'esprit des moutons vérifiant où était le chien de berger qu'avec une quelconque intention maligne. Ça aurait donc dû venir des Serpentards, mais il connaissait bien les élèves les plus âgés et ce qui les chagrinait pour le moment ; la plupart étaient sous contrôle, et les points qu'il avait retirés dans la journée ne valaient pas une rancœur telle que celle qu'il percevait chez son observateur inconnu.
Ce ne fut que presque à la fin de son dîner, quand le volume des discussions des élèves augmenta alors qu'ils finissaient leurs desserts, que Severus eut l'occasion de lever les yeux vers les recoins les plus sombres du plafond magique, où il remarqua des silhouettes vaporeuses qui n'étaient pas des nuages. En contraste avec les lambris étoilés, il pouvait distinguer les contours du Baron Sanglant, de la Dame Grise, du Moine Gras et de Nick Quasi-Sans-Tête. Pour une fois, Nick n'était pas flanqué de sa pleurnicharde de petite amie, mais tous les quatre semblaient avoir une discussion très animée.
Comme s'il avait crié leurs noms, les fantômes des quatre Maisons se tournèrent du même mouvement pour le fixer. Leur regard était neutre, un peu saisissant peut-être, mais ce fut Nick qui soudain lui fit une grimace, avant de se mordre l'extrémité du pouce, agitant les doigts dans la direction générale de Snape.
Severus cilla. La signification de cette insulte médiévale lui était sortie de l'esprit, mais le sentiment qu'elle exprimait était parfaitement clair : les fantômes de Poudlard n'étaient pas contents.
&&&&&&&
Même si ça le contrariait au plus haut point, après presque une semaine de sommeil écourté, Severus fut obligé d'abandonner ses machinations pour humilier et punir Hermione Granger. Il s'était endormi chaque nuit, serrant sa baguette, pour se réveiller avec un mal de crâne qui résonnait contre ses tempes et de vagues souvenirs de rêves qu'il préférait oublier. A regret, il dût repousser l'idée attrayante d'un juste châtiment afin de se concentrer sur les potions que lui avait demandé le Seigneur des Ténèbres. Des bataillons d'élèves en retenue broyaient, découpaient, remuaient, et préparaient sous son attentive supervision chaque soir, sans la moindre idée pour la plupart de ce qu'ils étaient en train de faire en réalité. Il ne se ménageait pas plus que ses assistants involontaires afin de terminer à temps les solutés préliminaires. Il restait moins de dix jours avant la bataille finale, et il ne pouvait plus se permettre de se laisser distraire.
Ses propres pensées, cependant, se laissaient moins facilement mettre au pas que les élèves maussades qui se présentaient aux portes des cachots. Dix ans – est-ce que ça faisait réellement dix ans déjà ? – de conversations et de coopération avaient été balayés par la perfidie d'Hermione, et Severus se prenait à repenser à ces années bien plus qu'il ne l'aurait souhaité. Les soirées tranquilles étaient les plus dures. Une fois que la cloche avait sonné le couvre-feu, il se retrouvait avec lui-même pour toute compagnie. Il se rendait compte également que ses pensées avaient tendance à vagabonder quand il pouvait le moins se le permettre. Severus redoutait de se voir Convoquer par le Seigneur des Ténèbres avant la date qu'on lui avait d'ores et déjà communiquée. Se laisser distraire quand on était au milieu de Mangemorts, c'était un moyen garanti de recevoir une punition aussi prompte que douloureuse.
Encore que, se dit-il, s'il était Convoqué, il pourrait échapper à la réunion de l'Ordre dans laquelle il était coincé pour le moment. Même une réunion des professeurs de Poudlard lui aurait été moins pénible. Il n'avait vraiment pas été d'humeur pour un saut au Square Grimmaud ce vendredi après-midi. Le Directeur avait insisté, et comme un bon petit espion, Severus avait suivi le mouvement, raison pour laquelle il était maintenant assis à la table de cuisine délabrée, sans le moindre verre à la main, à écouter Potter et les autres feindre la modestie.
C'était une société d'admiration mutuelle, composée de Harry Potter, Kingsley Shacklebolt, Nymphadora Tonks, et Remus Lupin, chacun faisant de son mieux pour refuser le crédit de leur brillante idée. Severus ne pensait pas que c'était une idée brillante, et ne se gêna pas pour le dire haut et fort, d'un ton mordant.
« Vous voulez GUERIR le Seigneur des Ténèbres ? Est-ce que vous êtes fous ? »
« Mais au contraire, c'est très sensé, Severus, » répliqua Shacklebolt d'un ton raisonnable. « Ça fait des mois que nous cafouillons avec ces sorts maintenant. Chaque incantation que nous avons prévue pour les fantômes, ou toute autre créature à l'extrémité 'froide' du spectre a abouti à une impasse. La cible du sort doit forcément être un esprit désincarné, une Créature des Ténèbres, ou un démon qui est sur un autre plan d'existence. Nous pensions être sur une piste avec notre dernière idée, mais elle ne nous a menés nulle part. »
« Et c'est Harry qui nous a finalement fait penser à la solution, » expliqua Remus, avec un sourire affectueux pour le jeune homme qui était à la fois son élève, et un peu son fils adoptif. « C'était brillant, vraiment. »
« Ce n'était pas brillant, Remus, j'ai juste proposé n'importe quoi tellement j'étais frustré, » protesta Harry, secouant énergiquement la tête. « En réalité, c'est la potion de guérison de Snape qui m'y a fait penser. »
Severus se demanda si quelqu'un le verrait s'il vomissait discrètement dans le pot de la plante verte toute proche de sa chaise. « Vous ne pouvez pas être sérieux. Vous voulez lancer sur le sorcier le plus puissant de l'histoire, pour autant que nous puissions en juger, le Sanguis Inficere – un Sortilège de Magie Noire destiné à ramener quelqu'un du seuil de la mort ? »
« Si ça fonctionne comme nous le prévoyons, ce Sortilège ramènera Voldemort à l'autre extrémité du spectre magique, » affirma Shacklebolt, sa voix grave emplie de confiance.
« Et au moins, » ajouta Tonks, « changer sa polareté d'autant calmera un peu sa tendance à jeter des sorts à tort et à travers. »
« Pola-ri-té, » corrigea tranquillement Harry.
« Le sortilège dont vous discutez tous avec autant d'insouciante nécessite un apport significatif d'énergie vitale, » fit remarquer Severus sans amabilité. « Il tuerait quiconque ne jouit pas d'une santé parfaite, et quoi qu'il en soit, il affaiblira considérablement la personne. Elle sera sans défense pendant des mois ! »
« Voyons, tu exagères. En général, ce n'est pas fatal quand il s'agit d'un sacrifice volontaire, » le contra Arthur Weasley. « Notre Charlie s'est déjà porté volontaire. Il prétend que toutes ces années à travailler avec les dragons l'ont rendu plus fort qu'un hippogriffe. » Il échangea un regard inquiet avec sa femme, mais Molly serra les lèvres dans un sourire à la fois courageux et fébrile.
« Une fois que Voldemort aura reçu la force vitale de Charlie, il sera en meilleure santé, c'est vrai. » Le regard de Dumbledore se posa sur chacune des personnes assises à la table, une à une. Sa conviction transparaissait dans se yeux usés. « Mais ça veut également dire qu'il deviendra totalement mortel. Et c'est à ce moment que nous devrons frapper. »
'Nous' mon œil, se dit Severus, observant attentivement Harry Potter. Les yeux du jeune homme étaient vert foncés, et il avait le regard baissé vers les tréteaux griffés de la table, devant lui, mais le poids de tous leurs espoirs reposait sur ses jeunes épaules. Plus si jeunes, se corrigea Severus, se souvenant que le gamin avait maintenant vingt-sept ans, tout comme Ronald Weasley. Tout comme Hermione.
Ramenant son attention au sujet, il fit une autre tentative pour mettre fin à la folie qui s'était emparée de l'Ordre. « Mais comment au juste est-ce que vous comptez faire ? Si je me souviens bien, le sortilège demande en général que le donneur se tienne à une grande proximité du receveur. Quelque part, je doute que les Seigneur des Ténèbres se tienne tranquille pendant que nous lui amenons Monsieur Weasley et que nous commençons à chanter une litanie autour de lui ! »
Dumbledore ne semblait pas atteint par l'accès d'humeur de son Maître de Potions. « Il existe d'autres moyens, Severus. Le plus sûr d'entre eux va requérir ta coopération, cependant. »
Un regard noir ne suffit pas à décourager le Directeur, qui attrapa l'un des morceaux de parchemins étalés sur la table. Sans même prendre de plume, il traça une figure sur le parchemin, et une rune apparut.
« Sowelo, » commenta Dumbledore, assez inutilement. La rune faisait partie du cours d'introductions aux Runes Anciennes – une des premières qu'on apprenait pendant ce cours.
« Un sigal, » devina immédiatement Severus.
Le vieux sorcier acquiesça. « Taillé dans de l'argent, par un bijoutier moldu qui croyait créer un bijou. Une petite épingle que tu attacheras à l'ourlet de la robe de Voldemort lors de ta prochaine convocation. Elle est suffisamment légère pour qu'il n'en remarque pas le poids, et, ayant été créée par un moldu, sa signature magique sera trop faible pour attirer son attention. »
La petite figure semblait inoffensive sur papier, mais faite de métal précieux, ce serait comme une balise pour l'énergie magique. Dans l'aura d'un sorcier, ça attirerait le pouvoir du Sanguis Inficere comme un aimant attire le fer. Peu importait à quelle distance Charlie Weasley se trouverait de Voldemort, son sortilège toucherait le Sorcier Maléfique comme l'éclair tombe sur l'arbre le plus haut.
« Je m'en tiens à ce que j'ai dit – vous êtes tous fous. Vous êtes prêts à tout risquer sur la chance que je parvienne à attacher cette épingle à ses robes sans qu'il s'en aperçoive ? » Severus sentit les muscles de ses joues se nouer tant il était tendu, alors qu'il utilisait son sens aigu du sarcasme pour apporter plus de poids à ses objections. « Pourquoi est-ce que vous ne me demandez pas de lui épingler dans le dos une petite note qui dit 'Demandez-moi pourquoi je pue du bec ?' tant que j'y suis ? »
Quelqu'un, en bout de table, ricana – Tonks, probablement, mais les autres se tortillèrent sur leurs siège sous son regard accusateur.
« Vous ne serez pas notre seule chance, » marmonna Harry, grimaçant immédiatement parce qu'un pied anonyme venait de lui donner un bon coup dans les tibias.
Severus concentra immédiatement son regard accusateur sur Harry. « Et qu'est-ce que vous entendez par là ? Ne me répondez pas 'rien', » aboya-t-il, alors que le jeune homme allait ouvrir la bouche. « Albus, je veux savoir très exactement ce qu'il voulait dire par là. »
Ce fut avec une expression neutre que le vieux sorcier regarda Severus dans les yeux. Celui-ci ne céda rien, et après un long moment, Dumbledore laissa échapper un léger soupir.
« Nous avons un autre agent dans les rangs des Mangemorts, » admit-il pesamment. « Il n'a été admis dans le cercle que récemment, mais il est bien placé pour ce que nous projetons. Voldemort l'a déjà prévenu de se préparer, et s'il n'a reçu aucune instruction spécifique, j'ai toute raison de croire qu'il sera convoqué la nuit de Mabon. »
« Si vous êtes deux, nos chances de mettre en place le sigal seront significativement plus importantes, » commenta Remus, mais Severus l'entendit à peine. Il fixait le Directeur, une expression d'horreur absolue sur le visage.
« Albus… Non, dites-moi qu'il ne s'agit pas de Drago. »
Un soupir de regret étouffé lui parvint, de la direction générale de Molly, mais l'attention de Severus toute entière était concentrée sur la pitié qui émanait d'Albus Dumbledore.
« Et quand est-ce que vous pensiez me mettre au courant ?! » tonitrua-t-il, sa rancœur montant, coulant à flot dans ses veines. « Est-ce que vous comptiez attendre que je sois Convoqué, pour mentionner en passant que j'allais voir mon filleul dans les rangs des Mangemorts ? Est-ce que vous aviez seulement l'intention de m'en parler ? »
« Severus, Severus, calme-toi. » Arthur Weasley fit une pauvre tentative pour le réconforter, lui tapotant amicalement l'épaule, mais Severus se dégagea de sa main comme s'il craignait qu'elle soit porteuse d'une maladie quelconque.
« Comment avez-vous osé l'impliquer dans cette histoire ! Après tout ce que j'ai fait pour le tenir hors de portée de vos griffes, affreux vieillard ! »
Dumbledore leva une main pour couper court aux protestations de Severus. Le respect et des années d'habitude lui permirent de retenir le torrent d'objections qu'il avait, et bien que ça le dégoûte, Severus laissa le vieux sorcier prendre la parole.
« C'est Drago qui est venu à moi, Severus. Par Arthur et Molly, il m'a fait part de son désir d'aider notre cause. J'étais sceptique au début, mais le jeune homme s'est montré sincère dans ses rapports avec la famille Weasley, et spécialement avec la jeune Ginny. »
« Non. C'est hors de question. Je l'interdis ! »
« Severus… »
« Je refuse que Drago soit impliqué dans tout ça ! »
Au milieu du brouhaha de voix qui s'élevèrent, quelques unes pour défendre Drago, d'autres pour mettre en doute la confiance qu'on pouvait avoir en lui, la seule qui parvint clairement aux oreilles de Severus fut celle de Harry Potter.
« Professeur, cette décision ne vous appartient pas. C'est à Drago de décider. Il jure que s'il fait ça, c'est parce qu'il a ses raisons, et que ça ne me regarde pas. Personnellement, je crois qu'il essaie de prouver quelque chose à Ginny. Mais peu importe pourquoi il le fait. C'est sa décision. »
« Tout comme ça a été votre décision, Potter ? » rétorqua Severus, moqueur. « Est-ce que vous êtes sûr que c'est vous qui avez choisi de vous confronter au Seigneur des Ténèbres ? »
Les yeux verts de Harry rencontrèrent les siens, et Severus fut abasourdi de voir, de ressentir la détermination absolue qui était au cœur de l'esprit de Harry Potter. Le Garçon Qui Avait Survécu était prêt à aller à la rencontre de son destin, et à lui mettre un bon coup de pied aux fesses, sans états d'âme.
« C'est mon choix, professeur. Et c'est celui de Drago, celui de Tonks, et de Kingsley. Chacun d'entre nous a fait un choix. Même vous. Nous avons tous décidé de mettre nos vies dans la balance en rejoignant l'Ordre. »
Constatant que le Maître de Potions ne répondait rien, Harry laissa échapper un rire sans joie. « Regardez les choses sous cet angle, Professeur. Vous aviez peut-être raison en parlant du courage imbécile des Gryffondors. Et si nous mourons tous, vous pourrez venir nous dire 'je vous l'avais bien dit'. »
&&&&&&
Severus ressassait toujours les mots de Harry quand il revint à Poudlard, se glissant par l'une des entrées de derrière, près des serres, pour éviter d'être vu par un quelconque promeneur nocturne. Même si les cours n'avaient recommencé que depuis deux semaines, Severus ne tenait pas à prendre le risque qu'un élève zélé se balade dans les couloirs, déterminé à être le premier de l'année surpris à braver le couvre-feu.
Il fut vaguement déçu de parvenir à ses quartiers sans rencontrer rien ni personne de plus provoquant que quelques souris détalant dans les couloirs des cachots pour échapper à la lumière émanant de sa baguette. Au lieu de s'appesantir sur cette contrariété, Severus se concentra sur l'impertinence de Harry Potter, et la conversation qu'ils avaient eu lors de la réunion de l'Ordre. Un drôle de soupir lui échappa – on ne pouvait pas tout à fait appeler ça un ricanement – quand il repensa aux commentaires bravaches et résolus du jeune sorcier.
Ce son fut suivit par un autre nœud dans sa poitrine. S'il l'avait laissé échapper, ça aurait pu être un sanglot – il était maintenant saisi par une vague de désespoir qui menaçait de faire céder le contrôle soudain fragile qu'il avait sur ses émotions. L'idée de voir Drago lui faire face dans le cercle des Mangemorts le laissait avec une impression de vide à l'intérieur qu'il n'avait pas eu à endurer depuis plus longtemps qu'il n'était capable de se souvenir. Dans ce tourbillon de vide se bousculaient toutes les horreurs qu'il pouvait imaginer – voir son filleul se tordre de douleur sous les punitions infligées aux nouvelles recrues afin de les plier à la volonté de leur Maître, ou pire, imaginer Drago perdre ses moyens au moment crucial, les faisant tous les deux démasquer comme traîtres au Seigneur des Ténèbres.
La pure force de sa volonté, aidée par une dose généreuse de whisky Pur Feu, finit finalement par mettre au pas ses pensées désordonnées. Quelques doigts de whisky plus tard, Severus se sentait pratiquement calme alors qu'il se préparait pour sa soirée. Le repas du soir avait été servi depuis longtemps dans la Grande Salle, mais un rapide coup de cheminée aux cuisine suffit pour que les elfes de maison lui procurent une assiette de sandwiches. Un troisième verre accompagna ce repas, et le temps qu'il finisse, il avait retrouvé son aplomb habituel.
Il se mit à lire sa pile de notes, et cette activité routinière restaura le calme et la concentration dans son esprit. Une heure après qu'il soit revenu à Poudlard, Severus Snape était une fois de plus un sorcier en parfaite possession de ses moyens, qui travaillait sur une série de problèmes difficiles, mais pas insurmontables.
Il était toujours en train de réfléchir aux actions que requéraient la lutte contre le Seigneur des Ténèbres, quand, un parchemin à la main, il se dirigea distraitement vers la salle de bains pour satisfaire un besoin naturel. Entrant dans la salle de bains, il s'approcha des toilettes, se déboutonnant d'une main, quand un torrent d'eau explosa depuis la cuvette.
Sa seule consolation fut le fait qu'il n'avait pas eu l'occasion d'utiliser les commodités. Le geyser qui avait été ses toilettes quelques instants plus tôt le trempa instantanément, et envoya des jets d'eau cogner contre les murs de la pièce. Ses parchemins étaient irrémédiablement noyés, l'encre ruisselait, noire, le long de sa main.
Le réflexe, pur et simple, lui fit dégainer sa baguette et lancer un sort avant qu'il ne prenne le temps d'y réfléchir. La porcelaine explosa dans un nuage de fragments et de shrapnel qui heureusement suivirent une trajectoire qui évita Snape. L'eau se répandait maintenant telle une fontaine qui bouillonnait, sortant des tuyaux amputés, créant un bassin de plus en plus profond sur le sol carrelé.
Des gouttes d'eau ruisselèrent des cheveux mouillés de Severus le long de son grand nez. « Si j'avais voulu un bidet, j'en aurais fait installer un, bordel ! » hurla-t-il, devant les dégâts. La tuyauterie glouglouta de façon menaçante, et une voix de fille s'éleva dans les eaux bouillonnantes, l'affublant d'un nom qu'il ne saisit pas.
Toute la colère qu'il avait gardée au fond de lui la semaine précédente, toute la frustration et le tumulte émotionnel qu'il était parvenu à contrôler plus tôt resurgirent soudain, et explosèrent, comme ses toilettes venaient de le faire.
« BARON ! MONTREZ-VOUS !! »
Ce hurlement était viscéral, et immensément satisfaisant. Severus en laissa échapper un autre, tout en lançant au petit bonheur la chance un sortilège pour se sécher.
« BARON ! »
Il traversa ses quartiers au pas de charge, se dirigeant vers la porte donnant sur le couloir dans l'intention de l'ouvrir à la volée, avec toute la théâtralité qu'il mettait habituellement dans ses entrées dans sa salle de classe. Malheureusement, son pantalon en lainage avait réagi un peu trop bien au sortilège de séchage, et le temps qu'il arrive à la porte, il avait accumulé une dose d'électricité statique assez remarquable. Quand il posa la main sur le bouton métallique de la porte, la décharge lui picota douloureusement les doigts, et ne fit qu'ajouter à sa contrariété alors qu'il ouvrait la porte pour crier une fois de plus dans le couloir.
« BARON ! »
« Qu'est-ce qu'il y a, Snape ? »
La voix venait de derrière lui, et Severus se retourna pour voir que le fantôme de sa Maison se tenait déjà dans ses quartiers, alors que lui se tenait bêtement la main sur la poignée de sa porte ouverte. Il la claqua avec fracas.
« J'exige que vous fassiez quelque chose ! »
Une expression de vague intérêt apparut sur le visage sanguinolent du Baron, mais son attention dériva du Directeur de sa Maison pour se poser sur l'ameublement de la pièce, comme s'il examinait un appartement meublé de qualité douteuse. Il laissa échapper un petit grognement, et se suçota pensivement une dent creuse.
« Est-ce que vous m'avez entendu ? » demanda Severus. « J'insiste pour que vous fassiez quelque chose au sujet de… »
« Bien sûr que je t'ai entendu, » interrompit le Baron. « La plupart du temps, c'est de ne pas t'entendre qui est difficile. Tu fais un de ces boucans… »
« Je vous demande pardon ? » laissa échapper Severus, perturbé par l'abrupt changement de sujet.
« Nous t'entendons tous, mon garçon. Du plus profond cachot à la plus haute tour. Ton appel est particulièrement strident. Nous t'ignorons, tout simplement. Nous n'allons pas commencer à tous répondre seulement à ceux qui ont le don. »
« Je me fiche de savoir qui m'entend ou ne m'entend pas. Ce que je veux savoir, c'est ce que vous comptez faire au sujet de cette gamine qui a fait exploser mes toilettes. Cette fille est une véritable menace, on aurait dû la noyer dès la naissance. »
« Mimi est déjà morte, » fit remarquer le Baron Sanglant, raisonnablement. « Elle est un peu en colère contre toi en ce moment, mais je ne peux pas dire que je lui en veuille. »
« Tout ça parce qu'elle est copine avec Granger… » commença Severus, pour être aussitôt interrompu.
« Granger ? Mais qu'est-ce que ça aurait à voir avec Granger ? » Le Baron Sanglant fit un geste de la main, balayant la supposition. « Je n'ai pas parlé à Miss Granger depuis plusieurs soirs. Non, les toilettes de Mimi ont vu défiler les gamines, toutes pour chouiner au sujet du traitement que tu leur réserves. Les élèves plus âgés se plaignent aux Directeurs de leurs Maisons. Les Serpentards ne te parlent plus, et c'est vers moi qu'ils viennent, ces petits crétins. »
Il cloua le Maître de Potions sur place avec un regard belliqueux. « De mon temps, on ne serait pas allés se plaindre aux Directeurs. On t'aurait tendu une embuscade un soir après les cours, et on t'aurait enfermé dans un placard à balais quelque part sur le terrain de Quidditch. »
« Mimi a fait exploser mes toilettes parce que j'ai fait pleurnicher quelques Poufsouffles ? » Severus n'en croyait pas ses oreilles. « De toutes les excuses idiotes que j'aie jamais entendues… Je fais toujours pleurer les Poufsouffles. C'est ma raison de vivre. »
« Nous aurions cru que tu avais trouvé une autre raison de vivre, » rétorqua le Baron d'un ton léger. « Mais tu as dû te planter quelque part. Comme je te le disais, il y a plusieurs jours que je n'ai pas parlé à Miss Granger. Tu dois finalement avoir lassé sa patience. »
Severus jeta un regard noir à la langue de vipère fantomatique. « Ce ne sont pas vos affaires. »
« Au contraire, Severus, c'est tout à fait mes affaires. Si tu as des reproches à faire à l'un des miens, tu aurais dû venir m'en parler. »
« Ce qu'elle a fait ne vous concerne pas. »
« Bien sûr que si. Est-ce que tu crois qu'elle est le premier fantôme à partager les rêves de l'un d'entre vous ? D'accord, les novices choisissent d'habitude quelqu'un qui soit un peu plus attaché à la vie, et non pas un vieux croûton aigri et racorni… » Le Baron soupira, et dévisagea Severus de la tête aux pieds, comme pour l'évaluer. « Mais tu as le Don, alors ça pourrait être l'explication. »
« Le Don de quoi ? » demanda Severus. Le Baron ne répondit pas, mais porta la main à sa tempe d'un air entendu.
« La Légilimencie ? »
« La Légilimencie ! » s'indigna le Baron. « Vous les Vivants ! Il faut toujours que vous mettiez un nom sur tout, que vous le délimitiez, que vous le définissiez. De mon temps, c'était un talent à l'état brut, un peu comme votre pyro-truc.
« Tu possèdes ce talent, Severus, rien de plus. Il nous est plus facile à nous, les esprits, d'entendre ceux qui ont le Don. A l'origine, il servait à parler à ceux qui étaient passés de l'autre côté du Voile, avant que vous n'attrapiez la grosse tête et commenciez à l'utiliser comme vous le faites maintenant. »
Surpris et confus, Severus s'appuya sur le dossier du fauteuil dans lequel il s'était assis lorsqu'il avait bu un verre avec son filleul. « Attendez. Avant. Vous avez dit que ça s'était déjà produit. Qu'un fantôme entre dans l'esprit d'un sorcier endormi. »
Le Baron haussa les épaules. « Ça arrive tout le temps. D'accord, par ici, les nouveaux esprits n'apparaissent qu'une fois par siècle environ… La moitié des nouveaux le font, je dirais. Les égocentriques, comme Mimi, sont trop ancrés dans leurs propres malheurs pour y penser. Mais les curieux, par contre, comme Miss Granger… Ils peuvent être un peu difficiles à tenir. »
Avec un rire sincère, le Baron secoua la tête. « Miss Hermione n'a pas pu résister à tes appels plus que nous ne le pouvions, au début. La Dame Grise et moi l'aurions arrêtée, si elle avait fait du mal, ou essayé de posséder l'une des jeunes filles de l'école – ça s'est produit une fois ou deux. »
« Pourquoi… » Severus abhorrait sa propre voix quand elle le trahissait, et il ravala rapidement les émotions qui l'avaient submergé plus tôt et qui menaçaient de reparaître à pleine puissance. « Pourquoi est-ce qu'on laisse ces choses arriver ? Le Ministère doit bien avoir un moyen de contrôler votre espèce ? »
Sa question était un peu plus rude qu'il ne l'avait prévu, et l'attitude du Baron se rafraîchit en conséquence. Littéralement, en fait : la température de la pièce diminua de plusieurs degrés, jusqu'à ce que l'on puisse voir la respiration de Severus former de petits nuages à la lueur des bougies.
« Tu pas idée de ce que ça veut dire de perdre la corporalité ! De ne plus jamais pouvoir rien toucher. Rien goûter. De ne plus exister que comme une ombre, un reflet de ce que tu as été… C'est une épreuve, et elle dure pour l'éternité.
« Les esprits ont été libérés des désirs de leurs corps, Snape, mais jamais de ceux de leurs cœurs. Nous avons tous succombé à l'attrait des rêves humains, à un moment ou à un autre. La plupart du temps, nous décourageons cette pratique entre nous, et presque toujours, nous arrêtons de nous même. C'est aussi illusoire que l'or des fées, et ça dure moins longtemps encore. Oui, le Ministère a des moyens de nous contrôler, et il en a fait usage sur Mimi. Si Hermione t'avait fait le moindre mal, nous serions intervenus.
« Mais Miss Granger ne t'a pas fait le moindre mal, n'est-ce pas ? » Le Baron posait sur Severus un regard exigeant, et le força à répondre honnêtement. La courtoisie, cependant, n'était pas requise, et fut totalement absente de sa réponse.
« Non. Elle a seulement envahi mon intimité, et s'est introduite là où on ne voulait pas d'elle. »
« On ne voulait pas d'elle, hein ? » Le Baron ricana. « Ne te fais pas d'illusions, Snape. Nous pouvons t'entendre toutes les nuits, pleurnicher comme un nourrisson qui fait ses dents. Tu l'as appelée, c'est un fait. Et elle est venue. »
« Je ne l'ai pas appelée ! » tempêta Severus, hors de lui.
« Pas consciemment, non. Mais il y a plus d'une vingtaine d'années que tu enseignes dans ce château, maintenant. Et pendant tout ce temps, tu as fait des cauchemars quasiment tout le temps. »
« Et qu'est-ce que vous entendez par là au juste ? »
« Ta tête a des fuites, petit ! » beugla le Baron. « Ça arrive à tous ceux qui ont le Don, quand ils rêvent. Pas très clairement, ni très fort, merci bien, ou tu nous aurais tous fait fuir du château depuis le temps. »
Severus resta silencieux, repensant aux informations qu'il venait d'apprendre. Il luttait pour ne pas expliquer les actions d'Hermione par ces nouvelles connaissances, mais sa propre logique le forçait à accepter la vérité. Le Baron, en véritable Serpentard, le laissa mariner dans ses remords pendant plusieurs minutes.
« La gamine ne faisait que suivre son cœur, Severus, et c'est un cœur bon. Elle n'a rien fait qui t'ait blessé, et mérite bien plus d'être remerciée pour ses actions que d'être condamnée. »
Severus lança un regard noir au fantôme de sa Maison, malgré ses paupières baissées. Se faire lui-même des reproches était une chose, mais Severus n'avait ni besoin ni envie que le Baron lui donne son avis en prime.
« Je lui présenterai mes excuses, » répliqua-t-il, guindé. « Je comprends mon erreur, » ajouta-t-il, crachant presque ces mots d'un ton monocorde.
« Non, je ne crois pas que ce soit le cas, » répondit tranquillement le Baron. « Est-ce que tu t'es jamais demandé pourquoi elle était restée ? »
Severus fronça les sourcils, mais le fantôme continua à parler, d'une voix mortellement sérieuse. « Je n'étais pas dans les parages du château, le jour où Hermione Granger est morte. Mais on m'a dit que tu avais essayé de la sauver. J'ai vu ton chagrin, après, tout comme ces garçons l'ont vu. Et tous les esprits du château ont entendu ton Don l'appeler, comme un hurlement dans la nuit.
« Ce n'a pas été une grande surprise quand Miss Hermione est revenue, mon garçon. Même si la gamine n'avait rien à faire de toi, elle serait revenue. Elle est comme ça, après tout. Elle aime aider. Etre utile. Elle aime qu'on ait besoin d'elle, » ajouta le Baron. « Elle est resté à cause de toi, Severus Snape. Pense à ça, la prochaine fois que l'idée te prend de lui crier dessus. »
Severus remarqua à peine que le Baron s'éclipsait, traversant le mur de pierre comme s'il ne s'était agi que d'un rideau de fumée. Il ne remarqua pas non plus que la température de la pièce était remontée, après la contrariété du fantôme, plus tôt. Toutes ses pensées, toutes ses émotions étaient concentrées exclusivement sur la jeune femme qui avait passé dix ans dans ses cachots. Elle était devenue une constante dans sa vie, quelque part. La notion qu'il puisse être responsable du fait qu'elle soit restée sur ce plan d'existence, alors qu'elle aurait de façon tellement flagrante mérité d'accéder au suivant, était si douloureuse que même le simple fait de respirer faisait résonner une douleur lancinante dans tout son corps.
Le Baron devait certainement faire erreur. Il n'y avait pas la moindre raison pour qu'Hermione Granger soit restée sur cette Terre alors qu'un autre monde, qu'un monde meilleur l'attendait. Ses sentiments, aussi évidents qu'ils soient pour ceux qui pouvaient les entendre, n'auraient jamais pu avoir tant d'influence sur une élève pour qui il n'avait jamais eu un mot gentil.
Incapable de construire dans son esprit un argument capable de réfuter les mots du Baron, Severus se laissa glisser dans son fauteuil, et laissa ses idées tourbillonner, sans plus essayer de les rassembler en un tout cohérent. Pour la plupart, c'étaient des souvenirs d'Hermione, des heures qu'ils avaient passées ensemble dans son laboratoire, des petites disputes et des silences confortables qu'ils avaient partagés en dix ans en compagnie forcée l'un de l'autre.
Quand une douleur perçante saisit son bras gauche, le Convoquant devant le Seigneur des Ténèbres, ce fut presque un soulagement.
&&&&&&&
En théorie, le temps ne signifiait rien pour un fantôme. Ils étaient éternels et immuables. La mort avait écarté Hermione Granger du cycle incessant de la nature, et l'avait placée hors d'atteinte des dangereux rapides de la vie qui malmenaient les simples mortels. Elle était morte, et étant morte, elle était à peine consciente du passage des saisons alors que les années succédaient aux années.
Ces six derniers jours, cependant, avaient été un enfer sinueux qu'elle aurait cru réservé à ceux qui était passés de l'autre côté du rideau qu'elle avait renoncé à franchir. La rumeur, dans les couloirs, qu'elle vienne des élèves, des portraits, ou des autres fantômes, lui faisait parvenir des informations qu'elle n'était pas tout à fait sûre de vouloir connaître. Elle savait que Severus Snape était dans ce qu'on pouvait généreusement appeler une humeur massacrante, et que même les Serpentards n'étaient pas à l'abri de l'ouragan de retenues qui avait frappé les quatre Maisons. A défaut d'autre chose, elle pouvait être sûre que Severus avait assez de mains pour couper les ingrédients et préparer les bases de potions dont il avait besoin.
Les premiers rayons du soleil commençaient à poindre sur l'horizon à l'est – on les distinguait facilement depuis la niche d'Hermione, tout en haut des escaliers – quand l'escalier plus bas gronda et commença à changer de position. Elle n'y prêta que peu d'attention, cependant. Les escaliers commençaient à bouger au fur et à mesure que les occupants du château se réveillaient. Chaque matin faisait approcher un peu la bataille finale, et la tension qui montait alors qu'elle décomptait les jours l'aurait probablement tuée si elle n'avait pas déjà été morte. Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait qu'attendre, et s'inquiéter, et, même si sa mort lui avait fait perdre quasiment tout sentiment religieux, prier pour ceux à qui elle tenait le plus.
Le bruissement de la semelle d'une botte sur la poussière du palier attira toutefois son attention, et sa curiosité. Pas une seule fois, depuis le temps qu'elle hantait le plus haut point du château, quiconque ne s'était aventuré jusqu'ici. Elle se détourna de la fenêtre, devinant que Harry Potter rendait une de ses rares visites au château et venait la voir. Il mettait en général un point d'honneur à venir lui parler à chaque fois qu'il mettait les pieds à Poudlard.
L'homme qui apparut n'était pas Harry Potter. Il portait toujours les longues robes d'un Mangemort, et une de ses poches tombait plus bas que l'autre, sous le poids de son masque d'argent.
« Hermione, » fut tout ce que dit Severus.
D'une voix qui n'était qu'un peu rauque, elle le salua. « Professeur. Je ne savais pas que vous aviez encore été convoqué. »
Il ne répondit pas immédiatement, mais leva une épaule d'un mouvement las. Aussi réticente qu'elle puisse être à provoquer sa colère, elle ne put s'empêcher de lui demander. « Est-ce que vous allez bien ? »
« Ça va. » Ses yeux d'ébène cherchèrent les siens, et semblèrent regarder droit à travers elle. « Je voulais vous parler. »
Même si elle n'avait plus besoin de respirer, elle ne put s'empêcher de soupirer. « Est-ce qu'il reste quoi que ce soit à ajouter ? » demanda-t-elle rhétoriquement. « Je vous ai offensé, et j'ai dépassé toutes les bornes concernant le comportement que l'on peut accepter de la part d'un fantôme. Vous auriez parfaitement le droit de me faire exorciser. Ou tout du moins, vous pouvez toucher un mot au Baron et demander qu'il me réprimande. »
« J'ai effectivement discuté avec le Baron, » admit Severus. « Il avait bien des choses à me dire. »
« Est-ce qu'il vous a dit qu'il m'avait prévenue de me rester loin de vous ? »
Il sembla surpris par cette information, mais secoua la tête. « Non. »
Hermione prit un moment pour observer l'homme inhabituellement humble qui se tenait devant elle, et fut loin d'être ravie de ce qu'elle vit. « Vous avez une mine affreuse, » affirma-t-elle de but en blanc.
« Ça ressemble à quelque chose qu'Albus pourrait me dire. Qu'il m'a dit, en d'autres mots. »
Les mots restèrent coincés dans sa gorge, mais elle se força à les dire quand même. « Vous devriez aller vous reposer. Il ne reste plus beaucoup de temps. » »
« Je sais, » répondit-il doucement. « J'ai essayé de dormir. Je ne peux pas. »
Elle leva un sourcil, et Severus releva un coin de ses lèvres, comme par auto-dérision.
« Après cette fois où nous nous sommes disputés, je suis resté éveillé toute la nuit suivante. J'étais certain que vous reviendriez, que vous essaieriez de faire la paix avec moi. Vous n'êtes jamais revenue. »
Hermione leva la tête. Face à cet homme, il ne lui restait que bien peu de fierté, mais cette fierté restait néanmoins le cœur même de ce qu'elle était. « J'ai compris que je n'étais pas la bienvenue, Professeur. Vous avez été parfaitement clair. »
Il hocha la tête, comme pour approuver. « Vous n'êtes pas revenue dans les cachots, du tout, n'est-ce pas ? Pas une seule fois. Je sens votre absence. »
« Ça fait des années que vous me criez de vous laisser tranquille. J'ai fini par le faire. »
De façon peu ordinaire, Severus changea d'appui, et leva les yeux vers la silhouette translucide d'Hermione qui flottait au dessus de lui. « Je voulais seulement… J'ai toujours tenu mon intimité pour sacrée, Hermione. Je n'ai jamais voulu dire que je ne souhaitais pas votre présence. »
Une vague de douleur et d'indignation envahit Hermione en entendant ces mots. « Ma présence est la bienvenue, Professeur ? Ou simplement mon labeur ? Vous n'avez jamais accordé de prix ni à l'une ni à l'autre, alors je vais vous rendre les choses plus faciles, et rester hors de votre chemin, purement et simplement. »
Avec un soupir indigné, elle se tourna vers le coin de la niche le plus éloigné de la lumière du jour filtrant par la fenêtre, s'éloignant, descendant, et commençant à disparaître.
« Hermione, attendez… Attends. Je t'en prie. »
Avec réticence, Hermione s'arrêta, et redevint un peu plus visible, même si elle resta à moitié enfoncée dans le solide mur de pierre. Prenant une inspiration, le Maître de Potions se laissa glisser sur le petit banc de bois, sur l'un des côtés du petit sanctuaire d'Hermione. Ses cheveux noirs, en désordre et qui semblaient avoir bien besoin d'être lavés, tombaient mollement sur ses épaules, alors qu'il frottait de ses mains son visage fatigué, et appuyait ses coudes sur ses genoux.
« Je suis désolé, » chuchota-t-il.
Le choc pur et simple garda Hermione silencieuse, et Severus combla ce silence par un flot d'honnêteté qui tenait autant de la confession que des divagations dues à l'épuisement. « J'ai pris de la Potion Nuit Sans Rêve la nuit qui a suivi notre dispute. Je n'avais pas confiance en toi.
« La nuit suivante, j'ai attendu. J'ai cru que tu viendrais. Quand j'ai fini par m'endormir, je n'ai pas arrêté de rêver de la même chose. Je cherchais quelque chose. Toutes les nuits, depuis une dizaine de jours… Je cherche quelque chose que je ne peux parviens pas à trouver. Je cours, je creuse, j'escalade des tours interminables, à sa recherche. J'appelle, et j'appelle encore, mais ce n'est jamais là. Je ne trouve jamais. »
« Je l'ai senti, j'ai senti que vous m'appeliez, » lui dit-elle doucement, amèrement. « Je me suis tenue à l'écart, comme vous me l'avez demandé. »
« Je ne veux pas que tu restes à l'écart, » admit-il, brutalement. « J'aurais dû l'admettre quand les cauchemars ont recommencé. Hier soir, quand j'ai été convoqué, je m'attendais à moitié à ce que tu sois dans mes quartiers, pour me dire de faire attention. Et je savais que tu ne serais pas là pour attendre mon retour. »
« Je ne comprends pas. Je croyais que vous étiez en colère contre moi. »
« En colère, » s'esclaffa-t-il. « Je ne trouve pas ce que je cherche, parce que toi, tu n'es plus là. Cette nuit, alors que je me tenais face au Seigneur des Ténèbres, j'aurais dû écouter ce qu'il racontait, mais au lieu de ça j'ai passé mon temps à essayer de me souvenir de l'endroit où tu avais dit que tu aimais venir quand tu n'étais pas avec moi. Pitoyable, non ? Je n'arrivais pas à me souvenir. Je ne voyais que le temps que nous avons passé ensemble, côte à côte. Les choses que tu as dites. Ta concentration, ton dynamisme, et ton esprit si incroyable et si capable. Même la mort n'a pas réussi à t'empêcher d'accomplir les choses que tu voulais. »
Doucement, avec hésitation, Hermione redescendit jusqu'au sol, n'osant qu'à peine envisager ce que lui disait, exactement, le sorcier épuisé qu'elle avait face à elle. Ses yeux noirs brillaient d'une émotion qu'elle ne se serait jamais attendue à y voir, qu'elle n'avait jamais osé espéré y voir, même après s'être avouée qu'elle l'aimait. Sa sincérité se lisait sur son visage, et plus encore quand il tendit une main vers elle.
« Je ne peux trouver ce que je cherche qu'ici, Hermione. Avec toi. »
Hermione regarda la main tendue avec consternation. « Severus, je ne peux pas te toucher, » lui rappela-t-elle, sa propre voix craquant sous le coup de l'émotion.
« Prends ma main, » lui ordonna-t-il, d'une voix qui ne permettait pas la contradiction. La peur et l'envie étaient à la lutte l'une contre l'autre, mais finalement ce fut le courage qui les supplanta, et elle franchit la distance qui les séparait encore pour envelopper de sa main les doigts de Severus. La chaleur de sa chair vivante était accablante, et elle savait qu'elle même était d'un froid inhumain pour lui, mais tous les deux, ils s'accrochaient à la réalité semi-tangible aussi pleinement qu'ils le pouvaient.
Severus se leva, austère et formel. « Je ne veux plus être privé de ta compagnie, Hermione Granger. Je me sens bien trop seul dans mes cachots, et c'est bien une chose que jamais je n'aurais cru dire. »
« Tu m'as manqué, Severus, » confessa-t-elle. « Tu n'as pas idée de combien ça a été difficile de rester loin de toi. »
Severus lui accorda l'un de ses rares sourires. « Je crois que j'en ai une petite idée. » Il écarta sa main de celle d'Hermione, les doigts bleuis par le froid. « Si seulement nous avions plus de temps, j'aurais aimé trouver un moyen de me faire pardonner. » Il se laissa à nouveau tomber sur le banc, sous le poids de la fatigue accumulée sur ses épaules.
« Malheureusement, il ne nous reste que six jours avant la nuit de Mabon. Tout l'Ordre prépare des plans pour la bataille, même s'il est crucial que nous gardions le secret jusqu'à ce jour. Après la bataille… j'espère qu'alors nous aurons plus de temps pour parler. »
Hermione acquiesça et alla le rejoindre, s'asseyant sur l'extrémité du banc, où la lumière du jour n'était pas si douloureusement brillante. Leur relation ne pouvait pas être restaurée dans les brefs délais dont ils disposaient, et la bataille à venir était plus importante que n'importe quel malentendu, aussi dévastateur soit-il.
« Ils ont un plan, alors ? »
« Seules les personnes aveuglées par leur optimisme pourraient appeler ça un plan, » rétorqua Severus, ironique. Plongeant la main dans sa poche, il en sortit le sigal gravé d'une rune que Dumbledore lui avait donné peu de temps auparavant, quand il était revenu de la convocation du Seigneur des Ténèbres.
Il lui expliqua les grandes lignes de leur intention de faire revenir Voldemort vers l'extrémité mortelle du spectre de la magie, dans l'intention de le rendre plus vulnérable aux sortilèges ordinaires.
« Et cette épingle fait partie de leur plan ? » demanda-t-elle, incrédule. « Est-ce qu'ils sont fous ? »
« C'est exactement ce que je me suis dit. Et pour rendre les choses pire encore, ils ont entraîné mon filleul dans leur folie. »
Hermione lui lança un regard mi-patient, mi-exaspéré. « Severus, je sais bien que tu n'as jamais été fasciné par les Runes Anciennes, mais est-ce que tu es en train de me dire que tu n'as jamais regardé la cicatrice de Harry ? »
« Elle est en forme d'éclair. Dentelée, rouge, rien de remarquable. »
« C'est ce que Dumbledore répète depuis des années – à part la dernière partie. Mais il me semble évident que tu n'as jamais regardé son reflet dans un miroir. »
Reprenant leur habituels motifs de conversation, Severus ne chercha pas à retenir ses sarcasmes. « Je n'ai jamais comméré avec lui aux toilettes, si c'est à ça que tu fais allusion. »
Ça lui valut un autre regard irrité avant qu'Hermione ne se penche pour souffler doucement sur le mur de pierre sombre, entre eux. Une couche de givre se forma obligeamment, blanche et épaisse.
« Dessine la rune Sowelo, » lui ordonna-t-elle. Réalisant que toute discussion serait futile, Severus fit ce qu'on lui avait demandé, et dessina du doigt la forme irrégulière en Z inversé.
« Et la cicatrice de Harry ressemble à ça, » continua-t-elle, faisant glisser son doigt sur le mur à côté du cercle de givre, de façon très similaire à celle dont Dumbledore l'avait écrite du doigt sur un parchemin le soir précédent. Son doigt laissa derrière lui une ligne de givre, cette fois dans la forme d'éclair qui était celle qui ornait le front de Harry Potter. Les deux traces étaient de parfaites répliques l'une de l'autres, inversées comme dans un miroir.
« Est-ce que tu comprends ? C'est la clé. Harry a été marqué comme l'égal de Voldemort. Sa cicatrice est le reflet de la rune Sowelo, et quand Charlie Weasley lancera son sort, Harry sera pris dans cette connexion d'énergies.
« J'ai entendu toutes ces histoires qui disent que Tom Jedusor a passé des années à placer toutes sortes d'enchantements sur lui-même, pour se rendre immortel. L'une des façons de lier son enveloppe physique à la magie c'est d'avoir un sort tatoué à même la peau. Comme la Marque des Ténèbres. Sirius Black avait des tatouages sur le torse, et je me souviens m'être posé des questions à ce sujet quand nous étions au Square Grimmaud, alors j'avais vérifié. Si je cherchais à me rendre immortelle, j'imagine que des sorts, des runes, tatoués sur la peau… »
« Et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal, mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore… » cita Severus, la voix presque râpeuse sous le choc.
« …et l'un devra mourir de la main de l'autre, car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit », compléta Hermione, finissant la citation de la prophétie. Au contraire, sa voix avait maintenant le ton exalté qui accompagnait toujours ses incroyables intuitions.
« Les courants positifs et négatifs, en électricité, ne peuvent pas se rencontrer sans provoquer de court-circuit ou faire voler des étincelles. Mais si on met quelque chose dans le circuit, pour contrôler l'énergie… »
« Charlie Weasley… »
« Ça créera un circuit d'énergie sur le champ de bataille, mais il inclura Harry en même temps que Voldemort. Et si Dumbledore n'a pas déjà envisagé cette possibilité, alors moi je suis la Reine de Mai. »
« Bien sûr qu'il s'y attend, le vieil imbécile. Il sera sur le champ de bataille, aux côtés de Harry. Je parie ce que tu veux qu'il s'attend à ça. »
« Il va vous falloir quelque chose dans le circuit pour contrôler autant de pouvoir. »
« Et si nous pouvons le transmettre à Potter, tout en en privant le Seigneur des Ténèbres… Il faut que nous parlions à Dumbledore. » Il se leva dans un tourbillon de robes noires, et avança impatiemment vers les escalier. « Alors, femme, tu viens avec moi ? »
« Jusqu'au bureau du Directeur, ou jusqu'aux cachots ? Il faut que tu te changes, » lui rappela-t-elle.
« Les deux, » affirma-t-il, avant de perdre son assurance. « Hermione, je veux que tu reviennes dans les cachots – mais seulement les cachots. Pour le moment, » ajouta-t-il rapidement. « Ne crois pas que je ne veuille pas… » son habituelle aisance avec les mots lui fit soudain défaut, et une légère touche de couleur apparut sur ses joues. Il prit une inspiration, et reprit.
« L'appellation 'd'imbécile graisseux' ne me correspond plus vraiment, mais j'imagine que les élèves ne vont pas tarder à me surnommer 'l'imbécile paresseux'. On ne voit pas souvent les professeurs d'âge moyen passer tout leur temps libre à tripatouiller dans leur laboratoire et à dormir. »
Ses yeux noirs brûlaient d'un feu intense, une promesse. « Mais je ne peux pas me permettre cette distraction, Hermione. Le moindre de nos efforts doit être consacré à vaincre le Seigneur des Ténèbres, et je ne faillirai pas maintenant, pas alors que nous sommes si près. »
« Je comprends, Severus. Et que tu le croies ou non, je suis même d'accord. Mais une fois que la guerre sera finie ? »
Son sourire se révéla lentement, mais il dégageait le même ravissement, le même charme espiègle qu'Hermione n'avait, jusque là, vu que dans ses rêves. « Après nous rêverons – ensemble. »
